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Méditation : Samedi de la 4ème semaine du temps ordinaire

- Le repos était important pour Jésus

- Se reposer avec le Seigneur dans la prière

- Nous sommes tous à la fois brebis et berger


LES FOULES suivaient le Seigneur partout, suspendues à ses lèvres. La prédication du Règne de Dieu et l’appel à la conversion prenaient tout le temps et toutes les énergies du Seigneur. « De fait, ceux qui arrivaient et ceux qui partaient étaient nombreux, et l’on n’avait même pas le temps de manger » (Mc 6, 31). L’intensité de la mission était telle qu’il ne jouissait même pas d’un moment de calme. Les apôtres partagent le don du Christ aux autres. Au retour de leur première mission, ils ont annoncé à Jésus « tout ce qu’ils avaient fait et enseigné » (Mc 6, 30). Au terme de ces journées si intenses d’activité apostolique, enthousiasmante mais aussi épuisante, ils avaient besoin de repos. Jésus, plein de compréhension, se soucie de leur assurer un moment de répit. Il leur dit : « Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu » (Mc 6, 31). Le Seigneur comprend leur fatigue car lui-même se fatiguait « d’avoir tant marchéet par son travail apostolique, comme cela vous est peut-être parfois arrivé : finir épuisés, parce que vous n’en pouvez plus » [01].

Le travail intense, le souci de la famille, les services rendus aux personnes de notre entourage, la hâte et les difficultés… autant d’éléments exigeant un effort et entraînant logiquement la « fatigue, manifestation de la douleur et de la lutte, qui font partie de notre vie présente » [02]. C’est pourquoi le repos n’est pas un caprice égoïste ni une perte de temps ; bien au contraire, il est très nécessaire au corps et à l’esprit. « Se reposer c’est faire le plein : amasser des forces, faire provision d’idéaux, de projets… En peu de mots : changer d’occupation, pour revenir ensuite, avec un nouvel entrain, aux occupations habituelles » [03]. Si nous ne nous reposons pas, nous ne pourrons probablement mener à bien, comme il le faut, nos tâches ; or, étant corps et âme, si nous ne nous reposons pas, des difficultés dans la vie spirituelle pourront aussi se manifester. Jésus, vrai homme, le savait bien ; c’est pourquoi il se souciait du repos des siens.


LES APÔTRES sont partis avec le Christ « en barque pour un endroit désert, à l’écart » (Mc 6, 32). Leur finalité ? Passer quelques heures ensemble et se reposer un peu pour, ensuite, accueillir les gens dans de meilleures dispositions. Comme les apôtres, nous avons besoin de nous reposer avec le Christ, d’aller auprès du tabernacle où il nous attend, de lui parler de nos affaires, de nos soucis, des tâches dont nous nous occupons. Parce que, avec des mots de saint Josémaria, « la prière est sans nul doute la “consolation” de ceux qui aiment Jésus, comme nous » [04].

Dans notre dialogue avec Dieu nous pouvons savourer la réalité merveilleuse de notre filiation divine. Nous savoir des enfants bien-aimés nous apporte « le repos à l’heure de la fatigue, la paix à l’heure de la guerre, la sérénité dans les conflits » [05]. Nous comprenons alors que son joug n’est pas aussi lourd qu’il y paraissait, parce qu’il le porte avec nous. Puisque nous travaillons aux affaires de notre Père, la fatigue devient prière. « Quand viendra la fatigue, lors du travail, de l’étude ou de l’apostolat, quand l’horizon s’obscurcira, alors nous fixerons notre regard sur le Christ : sur ce Jésus plein de bonté, ce Jésus harassé, ce Jésus qui a faim et soif » [06].

« Si nous apprenons à nous reposer vraiment, nous devenons capables d’une vraie compassion ; si nous cultivons un regard contemplatif, nous poursuivrons nos activités sans l’attitude rapace de celui qui veut tout posséder et tout consommer ; si nous restons en contact avec le Seigneur et que nous n’anesthésions pas la partie la plus profonde de nous-mêmes, les choses à faire n’auront pas le pouvoir de nous ôter le souffle » [07].


JÉSUS, en débarquant, « vit une grande foule. Il fut saisi de compassion envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger. Alors, il se mit à les enseigner longuement » (Mc 6, 34). Ce verset laisse entrevoir la profondeur des sentiments du cœur du Seigneur, qui frémit et éprouve une douleur parce que ces gens n’avaient personne pour les orienter.

Trois verbes se distinguent dans ce récit. Premièrement, Jésus les a « vus ». Le regard du Seigneur n’est pas neutre, il n’est pas froid ou indifférent. Jésus ne compte pas de dix en dix ; en réalité, Dieu ne sait compter que jusqu’à un. Il voit une foule et, avec ses yeux, il touche chaque cœur, l’histoire cachée dans chaque personne. Puis, ajoute l’évangéliste, il « fut saisi de compassion » envers eux. Complètement oublieux de lui-même, la tendresse envahit tout son être, il ne pense qu’à la foule qui attend sur le rivage et qui marche dans la vie sans but précis, faute de véritables bergers. Enfin, il les a « enseignés ». Il y avait certainement beaucoup de malades ayant besoin d’un miracle, mais le premier pain avec lequel il les nourrit est sa parole, il se donne lui-même comme nourriture à cette foule affamée.

Saint Josémaria répétait que chacun de nous, « en plus d’être une brebis […], est aussi, d’une certaine manière, un Bon Pasteur » [08]. Nous sommes tous appelés à regarder les gens comme Jésus, à compatir comme Jésus, et à enseigner comme Jésus. Nous pouvons demander à Marie de nous donner la force de ne pas nous détourner de notre mission. Elle est une Mère qui a de la compassion, qui partage la souffrance et l’amour de Jésus. Elle est également proche de nous et « comprend tout » [09].


[01]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 176.

[02]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 47.

[03]. Saint Josémaria, Sillon, n° 514.

[04]. Saint Josémaria, Forge, n° 756.

[05]. Xavier Echevarria, Mémoire du Bienheureux Josémaria Escriva, Madrid 2000, p. 201-202.

[06]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 201.

[07]. Pape François, Angélus, 18 juillet 2021.

[08]. Saint Josémaria, Lettres 25, n° 30.

[09]. Benoît XVI, Homélie, 8 décembre 2005.




Méditation : Dimanche de la 5ème semaine du temps ordinaire

- Le Christ peut changer notre vie

- Nombreux sont ceux qui, comme les apôtres, ont cédé leur barque à Jésus

- Aimer Dieu comme il désire être aimé


NOMBREUX sont ceux qui ont eu l’occasion de voir le Seigneur, de l’écouter, de se nourrir de sa présence. « La foule se pressait autour de Jésus pour écouter la parole de Dieu » (Lc 5, 1), nous dit l’Évangile. Le verbe employé, « se presser », nous permet d’avoir une idée du nombre de gens réunis près du lac de Génésareth. Pour pouvoir s’approcher de Jésus, ils devaient se presser. Cependant, en tenant compte de l’ensemble du passage du Seigneur dans ce monde, nous pourrions nous demander : Combien se sont-ils laissé transformer par le message du Christ ? Peut-être dans un bon nombre de cas il est arrivé ce que saint Josémaria affirmerait plus tard : que le message de Jésus peut passer « sans laisser de traces, comme passe l’eau sur les pierres » [01].

De nos jours aussi, nous pouvons être témoins de scènes semblables : beaucoup, y compris de non chrétiens, se sentent attirés par le message de Jésus ; un nombre infini de ressources évoquent sa personne, sa figure, son message, captant toujours notre intérêt. Cependant, combien sont-ils chaque jour à se convertir grâce à ce contact avec Jésus ? Combien à s’ouvrir au don de piété qui transforme notre relation avec Dieu ? Le Seigneur nous offre une « amitié avec Dieu, qui nous a été donnée par Jésus, une amitié qui change notre vie et qui nous remplit d’enthousiasme, de joie. C’est pourquoi le don de la piété suscite tout d’abord en nous la gratitude et la louange. Tel est en effet le motif et le sens le plus authentique de notre culte et de notre adoration. Quand le Saint-Esprit nous fait percevoir la présence du Seigneur et tout son amour pour nous, il réchauffe notre cœur et nous incite presque naturellement à la prière et à la célébration » [02].


UN PHÉNOMÈNE à l’opposé du précédent a eu lieu ce jour-là au même endroit. Tout a commencé par une initiative de Jésus : Il « monta dans une des barques qui appartenait à Simon, et lui demanda de s’écarter un peu du rivage » (Lc 5, 3), pour que la foule puisse le voir et l’écouter plus facilement. Ce simple geste a mis en route une histoire partagée. Dans un premier temps, les pêcheurs ont pensé qu’ils faisaient une faveur à Jésus. Or, petit à petit, ils se sont rendu compte que c’était lui qui prenait le gouvernail de la barque. Quelques minutes plus tard, ils ont pris conscience d’avoir assisté à quelque chose d’extraordinaire : une pêche miraculeuse. À la fin, en retournant sur le rivage, ils ont compris que désormais rien ne serait plus pareil. C’est comme s’ils avaient ouvert les yeux pour la première fois.

Ce qui s’est passé ce soir-là à Génésareth s’est répété d’innombrables fois. Beaucoup, malheureusement, n’ont pas compris que c’était Jésus qui leur demandait la barque, et ainsi leur vie s’est peut-être toujours déroulée de manière unidimensionnelle. Heureusement, beaucoup d’autres ont dit oui au cours de l’histoire. Tant de chrétiens qui nous ont précédés dans la foi montrent que Dieu continue d’appeler. La réponse des saints est particulièrement brillante. Avant Génésareth, Dieu avait appelé Marie. Et des siècles plus tard, à Milan il secouera Augustin, à Sienne Catherine, à Pampelune Iñigo, en Ouganda Charles, ou à Logroño un jeune homme appelé Josémaria. Tous ont dit oui et, comme ces premiers pêcheurs, en plus de découvrir toutes les dimensions de leur vie, ils ont aussi changé le cours de l’histoire.


QUELQUES MOTS de saint Josémaria nous fournissent la clé pour comprendre pourquoi les deux chemins possibles que nous montre l’Évangile d’aujourd’hui sont si différents : « Je me laisserai imprégner, transformer ; je me convertirai, je me tournerai de nouveau vers le Seigneur en l’aimant comme il désire être aimé » [03]. Il est possible que la différence entre les gens qui ont simplement écouté le Seigneur ce jour-là et les apôtres qui ont vu leur vie transformée pour toujours se trouve dans cette intuition : aimer Dieu « comme il désire être aimé ». Tandis qu’un groupe s’est limité à écouter un message de plus, parmi bien d’autres, les autres ont compris que l’amour était derrière les actions de Jésus. Or, face à l’amour, nous avons la liberté de passer outre, mais aussi celle de mettre notre vie en jeu pour nous lancer dans une aventure à laquelle le plus grand des bonheurs est promis.

Voilà pourquoi la contemplation de cette scène peut nous aider, parmi d’autres choses, à penser à l’invitation à être, en mots de saint Josémaria, « amoureux de Dieu » [04]. Cependant, répondre à cette invitation peut exiger une question préalable : Comment le Seigneur désire-t-il être aimé ? La Sainte Écriture nous offre de multiples références pour trouver la bonne réponse : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force » (Dt 6, 5), dit le Deutéronome ; « Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres » (Jn 13, 34), nous dit le Christ. En définitive, « le message chrétien n’était pas seulement “informatif”, mais “performatif”. Cela signifie que l’Évangile n’est pas uniquement une communication d’éléments que l’on peut connaître, mais une communication qui produit des faits et qui change la vie » [05].

Le meilleur exemple de cette dimension transformatrice de la présence du Christ est la Très Sainte Vierge : elle a dit « que tout m’advienne selon ta parole » (Lc 1, 38). Ces mots, repris dans l’Angélus, sont la meilleure expression de notre docilité à l’aventure de Dieu. Il s’agit de reconnaître que chaque jour, « Jésus passe à côté de nous, et attend de nous — aujourd’hui, maintenant —, un grand changement » [06].


[01]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 59.

[02]. Pape François, Audience générale, 4 juin 2014.

[03]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 59.

[04]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 60.

[05]. Benoît XVI, Spe salvi, n° 2.

[06]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 59.




Méditation : Lundi de la 5ème semaine du temps ordinaire

- Jésus produit une petite révolution dans les lieux par où il passe

- Découvrir la joie la plus profonde

- Une foi fondée sur l’amour de Dieu


L’ARRIVÉE d’un personnage important produit généralement une petite révolution dans les lieux qu’il visite, surtout s’il s’agit d’endroits n’ayant pas l’habitude de vivre de grands événements. Ce qui règne habituellement dans les petits villages, c’est la tranquillité de la routine, la cadence répétitive d’une vie marquée par le quotidien, faire toujours les mêmes choses et voir continuellement les mêmes personnes. C’est pourquoi l’arrivée de Jésus à Génésareth a été une révolution. Dès qu’ils l’ont reconnu (cf. Mc 6,54), la nouvelle s’est répandue de bouche à oreille avec la rapidité de quelqu’un qui ne veut pas manquer l’occasion de sa vie. Les places de ces villages étaient remplies de malades et le bruit des brancards frappant le sol est devenu le son par excellence dans cette partie de la Galilée.

« Dans son incarnation, le Fils de Dieu nous a invités à la révolution de la tendresse » [01]. Il est facile d’imaginer qu’il en était effectivement ainsi, tendresse, dans le regard de Jésus alors qu’il guérissait chaque malade, alors qu’il produisait, comme dans d’autres circonstances semblables, la vraie révolution : celle qui consiste à leur pardonner leurs péchés (cf. mc 2, 5). Or, cette révolution requiert un pas préalable : lorsqu’ils sont descendus de la barque, « aussitôt les gens reconnurent Jésus », nous dit l’Évangile. Seul peut être guéri par le Christ celui qui est capable de le reconnaître. Peut-être, comme les saints l’ont fait, pouvons-nous commencer par reconnaître Jésus dans la chair des personnes qui nous entourent, en sachant regarder avec tendresse leurs blessures. Nous savons que tous les petits services que nous rendons à nos amis ou aux membres de notre famille, c’est à Jésus-Christ que nous les rendons (cf. Mt 25, 40). Saint Josémaria affirmait que « si nous les chrétiens, nous vivions vraiment selon notre foi, il se produirait la plus grande révolution de tous les temps » [02].


SI NOUS REGARDONS les événements de loin, nous voyons le Seigneur entouré d’agitation, de bruit, de cris ; de grandes foules de gens se pressant autour de lui pour essayer de l’atteindre. Cependant, nous voulons découvrir ce qui se passe plus près, dans le cœur de Jésus. En plus de la tendresse de son regard, il ne fait aucun doute que la joie éprouvée par les personnes guéries allait également bouleverser le Seigneur, qui savait se réjouir de ce qui était une cause de bonheur pour les autres. Saint Paul invite les Romains à se réjouir avec ceux qui se réjouissent (cf. Rm 12,15) parce qu’il sait que telle est l'attitude de ceux qui ont les sentiments du Christ (cf. Ph 2,5).

Cependant, nous savons que Jésus n’est pas venu pour apporter la joie passagère de la guérison physique. Quelque temps plus tard, sur le chemin du Calvaire, « à sa droite et à sa gauche, le Seigneur voit cette multitude, errant comme des brebis sans pasteur. Il pourrait les appeler une par une, par leurs noms, par nos noms. Là sont présents […]ceux qui ont été guéris de leurs infirmités » [03]. En effet, Jésus savait que, dans peu de temps, certains auraient effacé ce jour de leur mémoire, oubliant les merveilles que le Messie avait opérées dans leur vie.

Les habitants de Génésareth qui ont retrouvé la santé l’ont certainement fait parce qu’ils croyaient que Jésus pouvait faire le miracle, ils croyaient en sa capacité à vaincre la maladie. Peut-être, cependant, leur cœur était-il tiède ; ils n’ont cherché le Seigneur que pendant qu’il avait quelque chose d’immédiat à leur offrir, ils n’ont pas découvert la joie profonde de la vie avec Jésus. Au contraire, « la joie chrétienne naît de la certitude que Dieu est proche, qu’il est avec moi, qu’il est avec nous : dans la joie et dans la tristesse, dans la santé et dans la maladie […]. Et cette joie demeure aussi dans l’épreuve, même dans la souffrance ; et elle n’est pas à la surface, mais dans les profondeurs de la personne qui se confie à Dieu et qui a confiance en lui » [04].


LE CONTRASTE entre ce qui s’est passé à Génésareth, lorsque les foules se sont précipitées pour chercher la guérison, et ce qui s’est passé au Calvaire, lorsque les foules ont réclamé la crucifixion, peut nous aider à considérer lentement, honnêtement, ce que nous cherchons exactement lorsque nous cherchons Jésus. Saint Jean, qui savait si bien ce qu'il y avait dans le cœur du Christ, nous donne un indice pour purifier notre foi : « Nous avons connu et cru à l'amour que Dieu a pour nous » (1 Jn 4,16). C’est quelque chose que nous pouvons parfois oublier par inadvertance dans les moments difficiles, lorsqu'il nous semble que le Seigneur est endormi ou qu’il ne veut pas utiliser sa puissance.

Car c’est certainement l’un des grands défis de la foi : embrasser le mystère de la volonté de Dieu lorsque le Seigneur n’utilise pas son pouvoir comme il nous semble qu’il devrait le faire. Croire en Jésus lorsque nous sommes témoins d’un miracle est facile ; le plus difficile est d’être témoin de circonstances dans lesquelles il nous semble, à tort, que Dieu n’intervient pas. Parfois, sans nous en rendre compte, nous pouvons nous comporter comme ceux qui criaient sur le Calvaire : « Il a sauvé les autres, mais il ne peut pas se sauver lui-même. Il est le roi d’Israël, qu’il descende maintenant de la croix et nous croirons en lui » (Mt 27,42).

Si souvent, nous voyons l’injustice, les mauvais traitements et la douleur qui peuvent nous faire douter de la présence de Dieu. Saint Jean a vécu la même chose : les tempêtes, les persécutions, le martyre de Jean-Baptiste et des onze autres apôtres. Qui plus est, saint Jean a fait l’expérience du Calvaire et, paradoxalement, c’est ce qui lui permet d’affirmer qu’il a « vu et cru » en l’amour de Dieu. C’est précisément cela, que le Seigneur ne descende pas de la croix, qui nous a appris que la révolution de la tendresse n’est pas une accumulation de beaux événements, mais la présence d’un amour qui se donne aux conséquences ultimes. « L’expérience de la tendresse consiste à voir la puissance de Dieu passer précisément par ce qui nous rend le plus fragile » [05]. Marie, notre mère, est celle qui comprend le mieux l’amour de Dieu : elle nous aidera à mieux le connaître et à y croire plus fermement.


[01]. Pape François, Evangelii gaudium n° 88.

[02]. Saint Josémaria, Sillon, n° 945.

[03]. Saint Josémaria, Chemin de Croix, IIIe station.

[04]. Benoît XVI, Angélus, 16 décembre 2007.

[05]. Pape François, Audience générale, 19 janvier 2022.




Méditation : Mardi de la 5ème semaine du temps ordinaire

- Le vrai sens de la Loi

- Dieu nous demande de lui donner notre cœur

- La charité est la Loi de l'Esprit Saint


TOUT AU LONG de sa vie publique, Jésus a été sans cesse jugé par les pharisiens. Il arrivait assez souvent que, ne trouvant rien pour l’accuser (cf. Lc 6, 7), ils fixent leur attention sur le comportement de ses disciples, voulant trouver chez eux les fissures qu’ils ne trouvaient pas chez le Seigneur. Une fois, le scandale pharisaïque portait sur le fait que les apôtres avaient mangé du pain sans respecter les rites prévus pour la purification des mains. Cela nous rappelle peut-être nos mamans, insistant sur l’importance de se laver les mains avant de passer à table. Plus d’une fois, nous l’avons sans doute fait en maugréant, peut-être pour nous épargner un mauvais moment. Plus tard, nous avons grandi et découvert qu’il ne s’agissait pas d’un simple caprice mais d’un geste important, plein de sens, puisque la santé était en jeu.

Nous pouvons affirmer que dans le cœur des pharisiens ayant interpelé Jésus le sens de la Loi n’a jamais grandi. S’ils continuaient de se laver les mains, c’était par peur de la punition. « La crainte serre le cœur et empêche d’aller vers les autres, vers la vie » [01]. Ces pharisiens n’ont jamais compris que les commandements de Dieu n’étaient pas un caprice, mais une orientation dictée par l’amour en vue du bien de leur âme. Ils n’ont jamais compris que « la loi n’a pas été prévue pour faire de nous des esclaves mais des personnes libres, des enfants […] La rigidité n’est pas un don de Dieu ; la douceur, oui ; la bonté, oui ; la bienveillance, oui ; le pardon, oui ; mais la rigidité, non ! » [02]. Derrière chaque commandement bat le désir de Dieu que nous ayons un cœur pur pour pouvoir le contempler, lui (cf. Mt 5, 8). Voilà l’important.


DANS NOTRE VIE chrétienne, nous sommes appelés à adhérer aux préceptes avec une pureté de cœur toujours plus grande et non animés du désir d’accomplir quelque chose ou de nous sentir satisfaits parce que nous avons rempli notre devoir. Certes, nous pouvons tomber dans l’erreur des pharisiens et penser que la vie chrétienne consiste dans une série de choses « à accomplir », faisant du large horizon de la sainteté un espace réduit, où la seule chose qui compte est de s’acquitter strictement de toute une série de devoirs. D’autre part, nous pourrions tomber dans l’attitude opposée, celle qui pense que la seule chose à prendre en compte pour l’action est de « ressentir de l’amour », dans un sens abstrait, en le réduisant simplement à une sensation agréable qui va et vient.

Voilà pourquoi Jésus, dans son dialogue avec les pharisiens, cite des propos du livre d’Isaïe, un moyen pour nous de comprendre ce que le Seigneur attend de nous : « Ce peuple s’approche de moi en me glorifiant de la bouche et des lèvres, alors que son cœur est loin de moi » (Is 29, 13). Le témoignage de la Sainte Écriture, déjà dans l’Ancien Testament, est unanime : ce que Dieu nous demande est le don sincère de notre cœur. Celui qui cherche constamment un dialogue sincère avec Dieu ne tombe pas dans ce scrupule, car il a découvert la profondeur de son amour miséricordieux ; il ne tombe pas non plus dans le laxisme, parce qu’il sait que cet amour mérite une bonne réponse et que, pour ce faire, les mots sont insuffisants. « Les œuvres sont amour, non les beaux discours. », répétait souvent saint Josémaria. « Des œuvres ! Des œuvres ! — Une résolution à prendre : oui, je continuerai de te dire encore très souvent que je t’aime — combien de fois te l’ai-je répété aujourd’hui ! mais, par ta grâce, ce sera surtout ma conduite, ce seront les petits faits de chaque jour qui crieront devant toi, Seigneur, avec une muette éloquence pour te prouver mon Amour » [03].


SAINT PAUL était « pharisien, fils de pharisiens » (Ac 23, 6). Il a été éduqué dans cet esprit qui cherchait à rendre gloire à Dieu par l’accomplissement ponctuel des commandements. « Pour l’observance de la loi de Moïse, j’étais pharisien » (Ph 3, 5), affirme-t-il. Cependant, il lui est arrivé quelque chose qui a radicalement changé sa vision de ce que Dieu attendait de lui : la rencontre personnelle avec Jésus-Christ. Ce qui change, à partir de ce moment, ce n’est pas l’accomplissement de la loi de Dieu, mais son désir « d’être reconnu juste en lui, non pas de la justice venant de la loi de Moïse mais de celle qui vient de la foi au Christ, la justice venant de Dieu, qui est fondée sur la foi » (Ph 3, 9).

Saint Paul découvre que « le plein accomplissement de la Loi, c’est l’amour » (Rm 13, 10). Vivre la charité implique, en premier lieu, la reconnaissance que Dieu seul peut nous l’accorder, qu’elle est un don du Seigneur. « Le commandement de l’amour de Dieu et du prochain […] est “écrit” dans les cœurs par l’Esprit Saint. C’est pourquoi elle devient “la loi de l’Esprit” […]. C’est d’ailleurs l’Esprit Saint lui-même qui devient ainsi le maître et le guide de l’homme depuis l’intérieur du cœur » [04]. Nous pouvons demander à la Vierge Marie, qui n’a jamais vu dans la loi un esclavage mais la liberté de l’amour, de nous aider à « vivre selon l’Esprit Saint » ce qui, selon saint Josémaria, suppose de « laisser Dieu prendre possession de nous et changer radicalement notre cœur pour le faire à sa mesure » [05].


[01]. Benoît XVI, Audience générale, 11 avril 2012.

[02]. Pape François, Homélie, 24 octobre 2016.

[03]. Saint Josémaria, Forge, n° 498.

[04]. Saint Jean Paul II, Audience générale, 9 août 1989.

[05]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 134.




Méditation : Mercredi de la 5ème semaine du temps ordinaire

- Le bien et le mal sont en nous

- Pour un chrétien, tout renoncement est une affirmation encore plus grande

- Examiner à fond notre cœur


« ÉCOUTEZ-MOI TOUS, et comprenez bien. Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui entre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur » (Mc 7, 14-15). Plus tard, dans l’intimité, ses disciples lui demandent une explication plus détaillée de ces propos, qui leur avaient sans doute semblé très novateurs. On dirait que le Seigneur a un intérêt particulier à les graver au fer rouge dans l’âme de ceux qui le suivaient : c’est le cœur qui regarde Dieu. D’où le soin poussé à l’extrême avec lequel il a cherché à ce que ceux qui le suivaient apprennent à vivre en donnant la priorité aux choses importantes. Le Seigneur était venu pour faire la Rédemption, pour transformer notre cœur et non pour se perdre dans des discussions aux horizons rétrécis.

L’Évangile garde son actualité palpitante. C’est pourquoi nous pouvons nous demander s’il ne nous arriverait pas ce qui arrivait à ces pharisiens qui nettoyaient l’extérieur de la coupe sans se rendre compte que la saleté était dedans (cf. Mt 23, 26). Jésus « souligne la primauté de l’intériorité, c’est-à-dire la primauté du “cœur” : ce ne sont pas les choses extérieures qui font de nous des saints ou pas, mais le cœur qui exprime nos attentions, nos choix et le désir de faire tout par amour de Dieu. Les attitudes extérieures sont la conséquence de ce que nous avons décidé dans notre cœur, mais pas le contraire : avec l’attitude extérieure, si le cœur ne change pas, nous ne sommes pas de vrais chrétiens. La frontière entre le bien et le mal ne passe pas à l’extérieur de nous mais plutôt à l’intérieur de nous. Nous pouvons nous demander : où est mon cœur ? […] Sans un cœur purifié, on ne peut avoir vraiment les mains propres et des lèvres qui prononcent des paroles sincères d’amour — tout est double, une double vie —, des lèvres qui prononcent des paroles de miséricorde, de pardon. Seul le cœur sincère et purifié peut le faire » [01].


LA SAINTE ÉCRITURE offre de nombreuses références sur ce que Jésus voulait transmettre aux pharisiens : il voulait leur expliquer que les renoncements auxquels Dieu invite parfois comportent une autre face, car ce sont des affirmations pleines d’un sens positif. La question importante ne résidait pas dans les aliments qu’il était possible ou non de manger, mais dans ce qui se passait à l’intérieur de la personne. C’est pourquoi nous écoutons dans un autre passage cette invitation du Seigneur : « Travaillez non pas pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle » (Jn 6, 27). Dans le même sens, saint Paul nous rappelle que « tous les athlètes à l’entraînement s’imposent une discipline sévère ; ils le font pour recevoir une couronne de laurier qui va se faner, et nous, pour une couronne qui ne se fane pas » (1 Co 9, 25). Le Seigneur veut éviter que nous ne tombions dans l’ascétique de ces pharisiens qui accomplissaient le précepte mais en oubliant ce qu’il représentait dans le fond, ce qu’en réalité il affirmait.

Le christianisme est beaucoup plus que ce qui se voit à la surface : le Seigneur invite à chercher ce qui ne passe pas, ce qui est permanent. Notre foi n’est pas un grand « non », comme certains pourraient le penser à tort. Certes, vivre en chrétien exige quelquefois de dire « non », mais uniquement comme moyen de dire « oui » à quelque chose de plus grand. Nous jeûnons, mais pour chercher la nourriture qui en vaut la peine, celle qui demeure. Benoît XVI dans sa première homélie comme successeur de Pierre, citait son prédécesseur : « En quelque sorte, n’avons-nous pas tous peur – si nous laissons entrer le Christ totalement en nous, si nous nous ouvrons totalement à lui – peur qu’il puisse nous déposséder d’une part de notre vie ? N’avons-nous pas peur de renoncer à quelque chose de grand, d’unique, qui rend la vie si belle ? Ne risquons-nous pas de nous trouver ensuite dans l’angoisse et privés de liberté ? Et encore une fois le Pape voulait dire : Non ! Celui qui fait entrer le Christ ne perd rien, rien – absolument rien de ce qui rend la vie libre, belle et grande » [02].


EN RELISANT la liste que propose Jésus sur les choses mauvaises peuvant sortir de notre cœur, il peut être intéressant de s’attarder à ce qui nous concerne personnellement. Il est vrai que les premiers mots du Seigneur sont forts, « vol » ou « meurtre » et qu’en les écoutant nous pouvons penser qu’ils n’ont rien à voir avec nous. Cependant, il suffit d’aller plus loin pour découvrir que, sur la même liste, on trouve par exemple l’orgueil ou l’inconduite. La tendance à troubler la paix familiale par des discussions semblables à celles des pharisiens, à ne pas être capable de « passer, chaque jour, sur les détails ennuyeux et impertinents de ton entourage » [03], tout cela dévoile ce qui peut faire que notre caractère soit plus pharisien que nous ne le pensons. Il se peut que, silencieusement, l’orgueil contamine nos relations avec les autres, ou que nous manquions de discernement pour être conscients que le Seigneur nous demande de penser aux choses d’en haut et non à celles de la terre (cf. Col 3, 2).

Ce passage de l’Évangile nous invite à faire un examen pour voir jusqu’à quel point notre cœur s’identifie de plus en plus au cœur du Seigneur. C’est encore saint Paul qui nous met en garde, pour que nous nous rendions compte que l’orgueil peut parfois nous amener à vivre superficiellement notre foi, peut-être en essayant d’avoir un comportement chrétien, non pour faire plaisir au Christ mais pour satisfaire notre ego : « Si, avec le Christ, vous êtes morts aux forces qui régissent le monde, pourquoi subir des prescriptions légales comme si votre vie dépendait encore du monde : “Ne prends pas ceci, ne goûte pas cela, ne touche pas cela”, alors que toutes ces choses sont faites pour disparaître quand on s’en sert ! Ce ne sont là que des préceptes et des enseignements humains, qui ont des airs de sagesse, de religion personnelle, d’humilité et de rigueur pour le corps, mais ne sont d’aucune valeur pour maîtriser la chair » (Col 2, 20-23).

Nous pouvons répéter, avec saint Josémaria : « Cor Mariae dulcissimum, iter para tutum, Cœur très doux de Marie, accorde-nous la force et la sécurité tout au long de ce chemin sur la terre » [04]. Puisse notre Mère nous aider à purifier notre cœur pour que, à partir de lui, nous élevions notre regard et nos œuvres vers Dieu.


[01]. Pape François, Angélus 30 août 2015.

[02]. Benoît XVI, Homélie, 24 avril 2005.

[03]. Saint Josémaria, Chemin, n° 173.

[04]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 178.




Méditation : Jeudi de la 5ème semaine du temps ordinaire

- Jésus ne refuse jamais de s'occuper des âmes

- Reconnaître que nous avons besoin de Dieu

- Le pouvoir de la foi d'une mère


LA VIE PUBLIQUE de Jésus s’est déroulée assez souvent selon le même schéma : le Seigneur essaye de s’isoler pour s’accorder un petit répit, afin de prier, de réfléchir ou de passer un moment avec ses apôtres, mais les foules l’en empêchent. D’autres fois, il essaye de passer inaperçu mais sans y parvenir : « Il était entré dans une maison, et il ne voulait pas qu’on le sache. Mais il ne put rester inaperçu » (Mc 7, 24). Ce besoin, si humain, qu’éprouvait Jésus d’être seul est assez touchant. Mais il est encore plus touchant de voir qu’il ne garde rien pour lui et qu’il ne refuse jamais de s’occuper des âmes.

Un de ses miracles le plus connu, la multiplication des pains et des poissons, est précédé d’une scène de ce genre. Le Seigneur invite les Douze à partir « pour un endroit désert, à l’écart. Les gens les virent s’éloigner, et beaucoup comprirent leur intention. Alors, à pied, de toutes les villes, ils coururent là-bas et arrivèrent avant eux. En débarquant, Jésus vit une grande foule » (Mc 6, 32-34). Jésus dont on pourrait penser qu’il avait tout fait pour avoir une journée tranquille, la consacre tout entière aux gens, au point que ses apôtres l’invitent à leur donner congé car il s’était déjà fait assez tard.

Voilà des exemples merveilleux pour quelqu’un qui veut sanctifier sa vie ordinaire. Saint Josémaria nous rappelle que « ce sont précisément ceux qui n’ont pas de temps qui intéressent le Christ » [01], c’est-à-dire ceux qui sont toujours occupés, travaillant intensément. De facto, c’est ainsi que Jésus a vécu ; c’est pourquoi nous autres chrétiens nous sommes appelés à être bien conscients qu’« il est vraiment court le temps que nous avons pour aimer » [02]. Jésus n’avait pas un horaire pour s’occuper des gens, car la Rédemption n’était pas pour lui une tâche à accomplir parmi d’autres. Nous sommes appelés nous aussi à incarner ainsi notre vie de chrétiens.


DÈS QUE LE MOT s’est répandu que Jésus était arrivé dans le pays, les gens ont commencé à se grouper autour de la maison où il se trouvait. Or, pour une femme cette présence avait un sens différent, plus décisif : la possibilité de lui demander la guérison de sa fille, possédée par un esprit impur. Elle s’adresse directement au Seigneur et, dans une attitude suppliante, empreinte d’humilité, elle se jette à ses pieds pour lui demander de faire le miracle. Saint Josémaria a écrit : « En considérant le nombre élevé de ceux qui ratent la grande occasion, et laissent passer Jésus au loin, réfléchis : d’où me vient cet appel si clair, si providentiel, qui m’a montré mon chemin ? » [03] Dans l’Évangile nombreux sont ceux qui n’étaient pas conscients de la grandeur de ce qu’ils contemplaient. Heureusement, nous disposons aussi de l’exemple de cette femme et d’autres, comme Jaïre ou les amis du paralytique.

Les passages évangéliques rapportant ce genre des demandes adressées au Christ ont un élément commun : se savoir dans le besoin. La femme qui demande la guérison de sa fille voit dans le Christ sa seule chance de l’obtenir, de changer le cap du destin. « Tu dis : “Je suis riche, je me suis enrichi, je ne manque de rien”, et tu ne sais pas que tu es malheureux, pitoyable, pauvre, aveugle et nu ! » (Ap 3, 17), nous rappelle l’Apocalypse avec des mots forts.

L’attitude pleine de confiance de cette femme, sachant qu’elle avait besoin de Jésus, est une image de la foi authentique. « Se reconnaître petit est un point de départ pour devenir grand. Si nous y réfléchissons, nous grandissons non pas tant en fonction de nos succès, des choses que nous avons, mais surtout en fonction des moments de lutte et de fragilité. C’est là, dans le besoin, que nous mûrissons. […] Une belle prière serait : “Seigneur, regarde mes fragilités…” et les énumérer devant lui. Cela est une bonne attitude devant Dieu » [04].


LE DIALOGUE qui s’est engagé entre Jésus et cette femme est un exemple de foi persévérante. Elle était d’origine syro-phénicienne, c’est-à-dire qu’elle n’appartenait pas au peuple élu. C’est pourquoi le Seigneur répond à sa demande avec des mots qui peuvent nous sembler durs : « Laisse d’abord les enfants se rassasier, car il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens » (Mc 7, 27). Le Seigneur signale que, pour l’heure, sa priorité était de retrouver les brebis égarées de la maison d’Israël. Ce n’était pas la première fois qu’il semblait évoquer des difficultés pour satisfaire les demandes : il suffit de penser à Cana, lorsqu’il a dit à sa Mère que son heure n’était pas encore venue (cf. Jn 2, 4).

Cependant, comme lors des noces de Cana, Jésus s’est laissé une nouvelle fois gagner par le cœur d’une mère qui a su exprimer son amour en insistant de façon délicate : « Seigneur, les petits chiens, sous la table, mangent bien les miettes des petits enfants ! » (Mc 7, 28). Cette réponse arrache aussitôt cette exclamation des lèvres du Christ : « Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux ! » (Mt 15, 28). Une nouvelle fois, l’Évangile nous présente la foi comme la clé qui ouvre à Dieu les portes de notre cœur, pour qu’il puisse effectuer son travail.

La grande foi de cette femme est un reflet de la foi de Sainte Marie. « Nous pouvons nous poser une question : nous laissons-nous éclairer par la foi de Marie, qui est notre Mère ? Ou bien pensons-nous qu’elle est lointaine, trop différente de nous ? Dans les moments de difficulté, d’épreuve, d’obscurité, tournons notre regard vers elle comme vers un modèle de confiance en Dieu, qui veut toujours et uniquement notre bien » [05].


[01]. Saint Josémaria, Sillon, n° 199.

[02]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 39.

[03]. Saint Josémaria, Sillon, n° 200.

[04]. Pape François, Angélus 3 octobre 2021.

[05]. Pape François, Audience générale, 23 octobre 2013.




Méditation : Vendredi de la 5ème semaine du temps ordinaire

- Nous pouvons amener les gens à Jésus

- Dieu agit de différentes manières

- Le temps de Dieu n’est pas toujours notre temps


LE SEIGNEUR, dans son désir d’annoncer l’Évangile, a prêché à de grandes foules, à l’instar du semeur qui jette sa semence à la volée. Or, parfois, il s’est comporté comme le médecin qui souhaite guérir ses malades un par un : il écoutait, regardait, examinait, guérissait. Un passage de l’Écriture montre que ceux qui cherchaient Jésus pouvaient ne pas le faire par leurs propres moyens ; étant incapable d’exprimer ce dont ils avaient besoin, ils cherchaient l’aide des autres. Par exemple, concrètement, un sourd qui ne pouvait pas parler. L’Évangile nous indique que ce sont probablement les membres de sa famille ou des amis qui l’ont « amené » et qui ont « supplié » Jésus de le toucher (cf. Mc 8, 22).

Cette scène semble être une image de notre rôle en tant qu’apôtres. Nous aussi nous sommes appelés à partager avec nos amis la force du Christ dont nous avons fait l’expérience. Souvent, quelqu’un est incapable d’entendre et, en plus, il a des difficultés pour communiquer. Il est sûr qu’un bon nombre de gens qui nous entourent souhaitent au plus profond de leur âme avoir une relation plus serrée avec Dieu, sans pour autant savoir très bien par où commencer. « Beaucoup d’entre eux sont secrètement à la recherche de Dieu, mus par la nostalgie de son visage » [01].

Dans cette tâche nous pouvons nous servir de deux verbes que l’évangéliste emploie dans ce passage : « amener » et « supplier ». Le deuxième semblant plus facile à comprendre, comment faire pour le premier ? Saint Josémaria offre plusieurs pistes, en nous rappelant qu’il ne s’agit pas « d’une contrainte physique mais c’est l’abondance de lumière, de doctrine ; le stimulant spirituel de votre prière et de votre travail, qui est un témoignage authentique de la doctrine ; la somme de sacrifices que vous savez offrir ; le sourire qui vous vient aux lèvres parce que vous êtes enfants de Dieu : filiation qui vous remplit d’un bonheur serein — même si parfois, dans votre vie, les contrariétés ne manquent pas —, que les autres voient et qu’ils vous envient. Ajoutez à tout cela votre élégance et votre sympathie humaines » [02].


LES AMIS du sourd-muet, pleins de foi, avaient demandé à Jésus d’imposer ses mains sur le malade. Mais le Seigneur décide d’agir autrement : il choisit une guérison progressive. « Jésus l’emmena à l’écart, loin de la foule, lui mit les doigts dans les oreilles, et, avec sa salive, lui toucha la langue. Puis, les yeux levés au ciel, il soupira et lui dit : “Effata”, c’est-à-dire : “Ouvre-toi !” » (Mc 7, 33-34). Quelque chose de semblable était arrivé lors de la guérison d’un aveugle. Il avait appliqué à ses yeux la boue qu’il avait formée avec sa salive (cf. Jn 9, 6). Cependant, d’autres fois il avait fait des miracles instantanés, y compris pour des gens qui étaient physiquement assez loin de lui.

Nous savons que, comme nous l’exclamons chaque jour à la messe, un mot de Jésus suffit à guérir tout mal. Mais cela pourrait nous amener à penser que Dieu « doit » toujours et partout agir de cette manière. Cependant, l’expérience de notre propre vie nous enseigne que ce n’est pas le cas. Tant de fois nous avons constaté que Jésus nous conduit sur des chemins qui ne ressemblent pas à des raccourcis, que nous passons par des moments apparemment inutiles, semblables à ces gestes de toucher la langue ou les oreilles de ceux qui sont malades. Il peut arriver que nous nous soyons habitués à ce que tout ce qui nous entoure fonctionne d’une manière apparemment efficace, rapide, sans besoin d’attendre… et nous voudrions qu’il en soit ainsi dans tous les autres domaines de la vie.

« Le Seigneur est proche de son peuple, très proche. Il dit lui-même : “Quelle nation a un Dieu aussi proche que vous ?” La vie est un chemin qu’il a choisi de parcourir avec nous. Mais quand le Seigneur vient, il ne vient pas toujours de la même manière. Il n’y a pas de protocole pour l’action de Dieu dans notre vie. Tantôt il le fait d’une certaine manière, tantôt différemment, mais il le fait toujours. Le Seigneur prend son temps, mais il est aussi très patient […]. Dans la vie, les choses deviennent parfois très sombres. Et nous ressentons le désir, si nous sommes en difficulté, de descendre de la croix. Et c’est le bon moment : la nuit est plus sombre quand l’aube approche » [03].


AU TERME de son passage sur la terre, lors de la Dernière Cène, Jésus dit à ses apôtres qu’ils ont bien fait de l’appeler Maître (cf. Jn 13, 13). Nous avons considéré que le Seigneur s’était également attribué les images du médecin (cf. Mt 9,12) et du semeur (cf. Mt 13,37). Ces trois façons dont Jésus se caractérise peuvent nous aider à comprendre comment il agit dans notre vie, notamment lorsque nous pensons que Dieu devrait agir plus rapidement, lorsque nous voulons qu’il agisse selon notre mesure du temps plutôt que la sienne.

Si nous pensons à un enseignant, nous nous rendons compte que son travail de formation des autres nécessite toujours un long processus de temps. Le médecin n’agit pas non plus à la hâte : la moindre blessure peut parfois nécessiter plusieurs séances. Enfin, si nous pensons au semeur, nous pouvons constater qu’il n’y a pas de graine qui pousse toute seule, qui ne nécessite pas le travail patient de revenir sans cesse pour arroser, améliorer l’état du sol, etc.

Saint Paul écrivait aux Galates : « Mes enfants, vous que j’enfante à nouveau dans la douleur jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous » (Ga 4,19). C’est précisément ce que la Sainte Trinité s’efforce de faire : former le Christ en nous. « C’est pourquoi notre désir le plus ardent est de nous considérer comme co-rédempteurs avec le Christ, sauver avec lui toutes les âmes, parce que nous sommes, nous voulons être Ipse Christus, Jésus-Christ lui-même, et lui s’est livré pour le rachat de tous. Et dans l’attente d’être toujours «davantage le Christ», nous n’avons pas de meilleur soutien que celui de Marie : bien qu’ayant une sainte impatience de voir son fils, elle a attendu neuf mois que Jésus soit formé dans son sein, puis trente ans pour voir ses merveilles.


[01]. Pape François, Evangelii gaudium, n° 14.

[02]. Saint Josémaria, Lettre 24 octobre 1942, n° 9.

[03]. Pape François, Homélie, 28 juin 2013.




Méditation : Samedi de la 5ème semaine du temps ordinaire

- Jésus regarde tout le monde avec miséricorde

- Dieu compte sur nous pour faire ses miracles

- Offrir au Seigneur nos affaires ordinaires


JÉSUS, en regardant la foule qui le suivait, dit : « J’ai de la compassion pour cette foule, car depuis trois jours déjà ils restent auprès de moi, et n’ont rien à manger » (Mc 8, 2). Il s’agit de la deuxième multiplication des pains racontée par l’évangéliste Marc ; cette fois-ci, quatre mille ont été nourris par le Seigneur à partir de sept pains et de quelques poissons (cf. Mc 8,1-10). Ce miracle n’est pas le résultat d’une demande explicite du peuple : c’est Jésus lui-même qui découvre, de ses propres yeux, qu’il manque quelque chose aux hommes. Et de sa propre initiative, il décide d’y remédier. « Ils souffraient la faim et la soif, ils sentaient leur âme défaillir » (Ps 106, 5), dit le psalmiste ; mais Dieu, dans sa liberté souveraine, répond par la bouche du prophète : « Je vais désaltérer l’âme qui défaille ; toute âme en détresse, je la comblerai » (Jr 31, 25). Lorsque l’évangéliste nous dit que Jésus a eu “pitié” de la foule affamée, nous entrevoyons, comme à travers une minuscule fissure, l’amour trinitaire d’où l’Incarnation du Verbe est jaillie.

« Le fait de l’Incarnation, de Dieu qui se fait homme comme nous, nous montre le réalisme inouï de l’amour divin. L’action de Dieu, en effet, ne se limite pas aux paroles, nous pourrions même dire qu’il ne se contente pas de parler, mais il se plonge dans notre histoire et assume en lui la fatigue et le poids de la vie humaine. […] Cette manière d’agir de Dieu est un puissant encouragement à nous interroger sur le réalisme de notre foi, qui ne doit pas être limitée au domaine du sentiment, des émotions, mais doit entrer dans le concret de notre existence, doit toucher par conséquent notre vie de tous les jours et l’orienter aussi de manière pratique » [01]. Le réalisme de l’amour divin se traduit par le désir de nourrir ses enfants. La miséricorde du regard du Christ sur la foule qui le suivait, qui l’incite à faire le miracle de la multiplication des pains, est la même que Dieu continue de poser sur chacun de nous.


LORSQUE Jésus annonce son désir de nourrir la foule, les apôtres déposent à ses pieds une contribution nettement insuffisante : quelques pains et quelques poissons. Évidemment, d’un point de vue humain, une telle entreprise était impossible : il n’y avait pas d’autre choix que de renvoyer la foule et de laisser chaque famille trouver sa propre nourriture. L’autre option, cependant, était d’entrer dans l’aventure de Jésus. Et cela implique que, bien que le Seigneur ait pu accomplir ce miracle tout seul, il s’attend à recevoir quelque chose de ses apôtres, au moins une petite manifestation de leur volonté de ne pas se contenter de renvoyer les gens. Le raisonnement du Christ est semblable à celui d'un amoureux : il ne s’agit pas simplement de faire quelque chose, mais de le faire ensemble. L’extraordinaire a son origine en Dieu, mais il veut le faire à travers l’ordinaire que nous apportons.

Saint Josémaria rappelait souvent le moment où il a vu quelques pêcheurs qui, tirant de la mer une grande quantité de poissons, n’empêchaient pas un petit garçon de saisir de ses mains le filet. « Ces rudes pêcheurs, nullement raffinés, durent sentir leur cœur s’émouvoir et ils laissèrent le petit ; ils ne l’écartèrent pas, bien qu’il les gênât plutôt. J’ai pensé à vous et à moi ; à vous que je ne connaissais pas encore, et à moi ; à nous qui tirons la corde chaque jour, dans tant de domaines. Si nous nous présentons à Dieu notre Seigneur comme ce petit, convaincus de notre faiblesse, mais disposés à seconder ses desseins, nous atteindrons plus facilement notre but : nous traînerons jusqu’au rivage le filet débordant de fruits abondants, car le pouvoir de Dieu réussit là où nos forces échouent » [02].

Nous découvrons alors comment les œuvres de Dieu sont aussi les nôtres, puisqu’il a voulu lui-même nous impliquer dans cette tâche. Nous vivons dans une période historique spécifique, dans un lieu spécifique, accompagnés de personnes spécifiques : le Christ veut que nous partagions son désir de nourrir les foules qui ont soif du plein bonheur que le Fils de Dieu apporte au monde.


SE SOUVENIR DU MIRACLE de la multiplication des pains peut servir à illustrer graphiquement ce qu’a été la vie des saints. C’étaient des gens comme nous, en chair et en os, avec des défauts, des erreurs, des limites. La grande majorité d’entre eux, au départ, n’avaient pas d’influence particulière sur les décisions de la société ou sur les gens qui les entouraient. Cependant, leur rencontre personnelle avec le Christ les a amenés à comprendre que leur tâche était d’offrir les « pains et les poissons » qui étaient à leur disposition ; ensuite, le Seigneur nourrirait la multitude.

Chaque saint nous rappelle que pour changer le monde « il n’y a pas de baguette magique, mais des petites choses à apprendre chaque jour. Changez le monde avec les petites choses de tous les jours, avec la générosité, le partage, en créant ces attitudes de fraternité » [03]. Il y a tant d’exemples, comme le saint Curé d’Ars ou Sainte Thérèse de Lisieux qui, pratiquement sans bouger de leur place, ont laissé une marque très profonde sur de nombreuses âmes. Nous aussi, chrétiens ordinaires au milieu du monde, nous pouvons collaborer à cette multiplication des aliments à partir de cette conviction profonde de saint Josémaria : « Veux-tu vraiment être saint ? — Remplis le petit devoir de chaque instant : fais ce que tu dois et sois à ce que tu fais » [04].

Sainte Marie est le meilleur exemple de quelqu’un qui a su mettre tout ce qu’il avait au service du Seigneur. Peu importe qu’il y ait peu ou beaucoup de pains : l’important est de déposer ce que nous avons aux pieds de Jésus. Ainsi, nous serons témoins des merveilles d’un Père qui aspire à satisfaire la faim de tous ses enfants.


[01]. Benoît XVI, Audience générale, 9 janvier 2013.

[02]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 14.

[03]. Pape François, Discours, 2 juin 2017.

[04]. Saint Josémaria, Chemin, n° 815.