Ressources Catholiques Missel Romain



Méditation : dimanche de la 3ème semaine de l’Avent, année B
Les thèmes proposés pour la méditation du jour sont : la joie du chrétien jaillit de la proximité du Seigneur ; les fruits de la joie dans l’âme ; précurseurs de la grâce de Dieu comme saint Jean Baptiste.

- La joie du chrétien jaillit de la proximité du Seigneur

- Les fruits de la joie dans l'âme

- Précurseurs de la grâce de Dieu comme saint Jean Baptiste


« JÉRUSALEM, réjouis-toi d'une grande joie, car ton Sauveur va venir »[01]. Aujourd'hui, l'Église anticipe la joie de Noël et rappelle avec insistance la recommandation de saint Paul : « Soyez toujours dans la joie du Seigneur; je le redis : soyez dans la joie. (...) Le Seigneur est proche. » (Phil 4,4-5). Ces paroles, adressées à l'église de Philippes, sont comme un résumé de la liturgie de ce troisième dimanche de l'Avent, dit Gaudete parce que c'est le premier mot mentionné dans la célébration liturgique : « Gaudete », réjouissez-vous ! La parole de Dieu et les textes d'aujourd'hui ont le parfum de la joie qui éclate à l'approche de notre Sauveur. Dans la collecte de la Messe, nous demandons au Seigneur de nous regarder et de nous accorder « un cœur nouveau et une joie immense »[02]. C'est pourquoi, chaque fois que cela est possible, la couleur liturgique correspondant à ce jour est le rose.

À Philippes, il y avait une communauté chrétienne dont Saint Paul était très fier, car elle se distinguait par sa grande fidélité au Seigneur. Il s'adresse à eux avec des paroles pleines d'affection et d'espérance. C'est vraiment admirable, si l'on tient compte du fait que Saint Paul leur écrit de prison, enchaîné par son amour pour Jésus-Christ. « Le Seigneur est proche » (Ph 4,5), les encourage-t-il. Les circonstances dans lesquelles nous vivons, même si elles peuvent être difficiles ou douloureuses, ne sont pas un obstacle insurmontable à la vraie joie. Le Seigneur est toujours à nos côtés avec sa providence aimante. Ces premiers chrétiens, confrontés à l'ambiance adverse dans laquelle ils vivaient, apprirent à mettre leur espérance dans la vie de Jésus-Christ. « Voilà la différence entre nous et ceux qui ne connaissent pas Dieu, dit saint Cyprien : dans l'adversité ils se plaignent et murmurent ; chez nous, les choses défavorables ne nous séparent pas de la vertu ou de la vraie foi. Au contraire, elles se renforcent dans la douleur »[03].

La joie à laquelle la parole de Dieu nous invite n'est pas un optimisme doucereux. C'est quelque chose de plus solide, plus profond. C'est une joie qui repose sur la certitude que le Seigneur est ici, à nos côtés, qu'Il prend soin avec amour de son peuple, alors que nous attendons sa venue. Il sait mieux que nous ce dont nous avons besoin et est prêt à se battre à nos côtés. Jésus revient une nouvelle fois, donc « n'ayez plus peur » (Is 35, 4).

« JE TRESSAILLE de joie dans le Seigneur, mon âme exulte en mon Dieu. Car il m’a vêtue des vêtements du salut, il m’a couverte du manteau de la justice » (Is 61,10). Le prophète Isaïe, dans la première lecture de la Messe, nous rappelle que la joie du croyant vient principalement de ce que Dieu fait pour nous. La racine de la joie intérieure n'est pas le résultat d'un effort personnel pour bien faire les choses, bien que cela nous réjouisse aussi. Plus profondément, « la joie est la conséquence de la filiation divine, de savoir que nous sommes aimés de Dieu notre Père, qui nous accueille et nous pardonne toujours »[04]. Ainsi naît une espérance dans le cœur qui éclaire notre route, car nous avons confiance en la puissance du Seigneur. Nous savons que le Sauveur est sur le point d'arriver, il ne va pas nous faire défaut, ni échouer.

« Comme la terre fait éclore son germe, et le jardin, germer ses semences, le Seigneur Dieu fera germer la justice et la louange » (Is 61, 11). La joie naît d'une vie fécondée par l'amour de Dieu qui conduit à un bon oubli de soi. La joie facilite un abandon délicat au Seigneur et à nos frères. Tout cela laisse un sillon de paix dans nos vies. « Mes enfants, soyez heureux », nous a encouragés saint Josémaria. « Je le suis, même si je ne devrais pas regarder ma pauvre vie. Mais je suis heureux, car je vois que le Seigneur nous attend une fois de plus, que le Seigneur est toujours notre Père ; parce que je sais que vous et moi nous verrons ce qu'il faut extirper, et nous allons certainement l’extirper ; quelles choses doivent être brûlées, et nous les brûlerons ; quelles choses doivent être données, et nous les donnerons »[05].

Fruit de la présence et de l'action du Saint-Esprit dans l'âme, nous jouirons habituellement de cette joie dans nos vies. « Combien de contrariétés disparaissent, quand nous nous plaçons intérieurement tout près de notre Dieu, lui qui ne nous abandonne jamais ! Avec des nuances différentes, c’est cet amour de Jésus envers les siens, envers les malades, envers les infirmes qui se renouvelle, de Jésus qui demande : que t’arrive-t-il ? Il m’arrive que... Et aussitôt vient la lumière ou, au moins, l’acceptation et la paix. »[06]


« IL Y EUT UN HOMME envoyé par Dieu ; son nom était Jean. Il venait comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui. » (Jn 1,6-7). Retiré dans le désert, Jean prêche près du Jourdain. Il impressionne le peuple par ses paroles et par son mode de vie, au point de susciter la question de savoir s'il était le Messie attendu (cf. Lc 3,15-17). Jean répond négativement et révèle sa mission : « Je suis la voix qui crie dans le désert : aplanissez le chemin du Seigneur, comme l'a annoncé le prophète Isaïe. » Ses paroles et sa vie transformée sont un signe lumineux de l'arrivée du Sauveur.

Nous pouvons nous demander : « d’où lui vient cette vie, cette intériorité si forte, si droite, si cohérente, consacrée de façon si complète à Dieu et pour préparer le chemin de Jésus ? La réponse est simple : de la relation avec Dieu, de la prière, qui est le fil conducteur de toute son existence »[07]. Au fil du message du Baptiste, nous nous rendons compte que nous pouvons nous aussi montrer, avec l'exemple de notre vie de saveur évangélique, la proximité de la venue du Seigneur. Nous sommes ainsi une voix qui annonce Jésus dans notre entourage, dans notre famille, dans notre travail. Nous pouvons être, comme Jean-Baptiste, des précurseurs de la grâce de Dieu.

La Sainte Vierge est causa nostrae laetitiae, elle nous apporte toujours la joie. Nous lui demandons de nous aider à aplanir les chemins du Seigneur. Avec elle, « nous devons remplir le monde de lumière, car notre service doit être fait avec joie. Que là où il y a un enfant de Dieu dans son Œuvre, il y ait toujours de la bonne humeur, fruit de la paix intérieure. La bonne humeur jaillit de la paix intérieure et du don de soi : se donner au service des autres est si efficace que Dieu le récompense par une humilité pleine de joie spirituelle »[08]



[01] Liturgie des heures, Vêpres du 3ème dimanche de l’Avent

[02] Collecte de la Messe du 3ème dimanche de l’Avent.

[03] Saint Cyprien, De mortalitate, 13.

[04] Saint Josémaria, Notes prises lors d’une réunion de famille, 12-XI-1961.

[05] Saint Josémaria, Lettre 24-III-1931, n°61.

[06] Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 249.

[07] Benoît XVI, Audience générale, 29-VIII-2012.

[08] Saint Josémaria, Lettre24-III-1930, n°22.




Méditation : dimanche de la 3ème semaine de l’Avent, année C
Les thèmes proposés pour la méditation du jour sont : la joie du chrétien jaillit de la proximité du Seigneur ; les fruits de la joie dans l’âme ; précurseurs de la grâce de Dieu comme saint Jean Baptiste.

- Une joie en plénitude plonge ses racines en Jésus

- Être humble, condition indispensable pour recevoir cette joie

- De petits services pour semer la paix et la joie


« SOYEZ TOUJOURS dans la joie du Seigneur ; je le redis : soyez dans la joie. Le Seigneur est proche » (Ph 4, 4-5). Dans la liturgie de l’Église, le troisième dimanche de l’Avent est connu comme dimanche « gaudete » ou « de la joie ». Nous sommes invités à réfléchir sur la vraie cause de notre joie. Nous aspirons tous, au plus profond de notre âme, à être heureux. Néanmoins, parfois nous ne cherchons cette joie que dans des aspects partiels de notre vie : posséder certains biens matériels, être reconnus socialement, acquérir telle ou telle qualité, ou encore une vie familiale paisible. Tout cela est excellent, sans doute, mais saint Paul nous rappelle que ces joies n’atteignent leur plénitude que si elles plongent leurs racines dans le bonheur que Jésus nous donne : « Soyez toujours dans la joie du Seigneur ».

Le prophète Sophonie, quant à lui, invite son peuple avec force à vivre dans la joie, malgré les pièges de ses ennemis ou les nombreuses fois où il s’est détourné de son Dieu : « Pousse des cris de joie, fille de Sion ! Éclate en ovations, Israël ! Réjouis-toi, de tout ton cœur bondis de joie, fille de Jérusalem ! » (So 3, 14). Nous aussi, même lorsque les tentations surgissent ou que nous sommes fatigués, nous pouvons garder cette joie au fond de notre cœur. C’est cette possibilité, grâce à la proximité du Christ, que nous célébrons à Noël.

La joie « est le souffle, la manière de s’exprimer du chrétien » [01]. Tout comme la respiration est la première manifestation de la vie, la joie sincère est la preuve que Jésus offre une réponse authentique aux désirs profonds de notre cœur. « Le Seigneur ton Dieu est en toi, […] il te renouvellera par son amour ; il exultera pour toi et se réjouira » (So 3, 17), poursuit le prophète Sophonie dans la première lecture d’aujourd’hui. Dieu, de manière surprenante, manifeste plus de joie à Noël que nous n’en avons nous-mêmes : tant est grand son désir de trouver une place dans notre vie.


JEAN BAPTISTE nous accompagne pendant une grande partie du temps de l’Avent. Nous voyons incarnée en lui une vertu indispensable pour jouir d’une joie perdurable : l’humilité. Le mot a couru parmi les disciples qui le suivaient qu’il pourrait bien être le Messie. Beaucoup viennent à lui avec des questions pour orienter leur vie : « Que devons-nous donc faire ? » (Lc 3, 10). Mais lorsqu’il présume les intentions de leur cœur, il n’hésite pas à affirmer : « Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi. Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales » (Lc 3, 16). Malgré son succès, malgré tout le bien qu’il est en train de faire, Jean sait que l’ensemble de son activité n’a de sens que si elle est orientée vers le Christ.

L’humilité nous aide à orienter notre existence vers la grandeur de Dieu. L’orgueil, quant à lui, « ne considère pas possible que Dieu soit grand au point de pouvoir se faire tout petit, de pouvoir vraiment s’approcher de nous » [02]. En revanche, ceux qui sont humbles, sans renier leurs talents ni perdre leur motivation à travailler de la meilleure façon possible, trouvent leur joie en se prosternant devant un enfant, comme le faisaient les rois d’Orient ou les bergers.

« Et la paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu’on peut concevoir, gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus », nous dit saint Paul (Ph 4, 7). La vertu d'humilité nous apprend que le seul jugement important est celui d’un Dieu qui se montre à nous sous le visage d’un enfant souriant. Chaque fois que, dans la prière, nous nous approchons de l’amour concret de Jésus, nous sommes libérés des jugements sur nous-mêmes qui ne correspondent pas souvent à la réalité et finissent par nous priver de la paix. Nous découvrons que Dieu nous aime non pas pour ce que nous faisons ou pour ce que nous ne faisons pas, mais pour ce que nous sommes : ses enfants. Et cela nous aide aussi à ne pas juger les autres. À Bethléem, nous pouvons transformer notre regard en un regard plus humble, et devenir alors une source de paix et de joie pour ceux qui nous entourent.


SAINT JOSÉMARIA résumait les tâches qui sont celles d’un apôtre dans la phrase « semer la paix et la joie ». L’humilité de se savoir semeur d’une grande nouvelle qui vient de Dieu nous amènera à ne pas nous lasser d’annoncer l’Évangile. Parfois, il suffira d’un sourire devant une contrariété ; d’autres fois, notre compréhension pour un problème d’un être cher… « La joie de l’Évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus. Ceux qui se laissent sauver par lui sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur, de l’isolement. Avec Jésus Christ la joie naît et renaît toujours » [03].

Notre témoignage chrétien ne vise personne ni rien de particulier. Il manifeste l’humilité d’un Dieu qui a voulu se faire homme pour que tout le monde puisse le rencontrer. En tant qu’humbles disciples, nous voulons contribuer à la Bonne Nouvelle : que chacun de nos gestes d’affection soit dans notre milieu la source d’une joie renouvelée. Jésus veut naître chez les autres par le biais de nos petits gestes d’amour.

La contemplation de la vie de Marie est pour nous un motif permanent d’étonnement devant sa joie, pleine d’humilité. Venant de recevoir la grande nouvelle qu’elle allait être la mère de Dieu, elle ne se replie pas sur elle-même prétendant que tout le monde soit à son service. Elle ne s’attarde pas non plus à réfléchir trop longuement sur la mission spéciale qu’elle a reçue. Face à la grandeur de Dieu, elle répond par un geste apparemment simple : elle court joyeusement pour servir sa cousine. D’un Dieu qui est toujours proche d’elle, elle a appris que la joie authentique naît d’actes d’amour concrets. « Que son allégresse de bonne Mère se communique à nous tous : imitons totalement Sainte Marie en cela, pour ainsi ressembler davantage au Christ » [04]


[01]. Pape François, Homélie, 28 mai 2018.

[02]. Benoît XVI, Homélie, 6 janvier 2010.

[03]. Pape François, Evangelii gaudium, n° 1.

[04]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 109.




Méditation : lundi de la 3ème semaine de l’Avent

Les thèmes proposés pour la méditation du jour sont : méditer la Sainte Écriture : lumière pour notre chemin ; Dieu se rend présent dans les cœurs qui le cherchent avec droiture ; l’amour de la vérité caractérise les disciples du Christ.

- lumière pour notre chemin

- Dieu se rend présent dans les cœurs qui le cherchent avec droiture

- l'amour de la vérité caractérise les disciples du Christ


LES PROPHÈTES annoncèrent le Messie et, grâce à leurs paroles, le peuple d'Israël attendait et désirait intensément son arrivée : « Nations ! Écoutez la parole du Seigneur. Annoncez-la dans les îles éloignées »[01]. À de nombreuses occasions, cependant, nous voyons le peuple ignorer les messages prophétiques et, en ne les acceptant pas, échapper difficilement à sa propre ruine. L'histoire de Balaam, un voyant païen duquel un roi ennemi d'Israël exige de maudire le peuple de Dieu, est significative dans ce sens. Rempli de l'Esprit du Seigneur, Balaam ignore la pression royale et bénit le peuple élu par trois fois : « Que tes tentes sont belles, Jacob, et tes demeures, Israël ! » (Nb 24,5). La fin de Balaam est tragique, car il mourra des mains de ces mêmes Israélites.

Dans sa prophétie, Balaam symbolise l'avènement du Messie comme une étoile qui sortira d’Israël : « Un astre se lève, issu de Jacob » (Nb 24 :17). Le Sauveur qui vient sera comme « une grande lumière sur la terre »[02]. Des siècles plus tard, précisément, la lumière d'une étoile guidera les pas des Mages qui y découvrent un message de salut. L'étoile les conduit vers « une petite flamme allumée dans la nuit : un nouveau-né fragile qui vagit dans le silence du monde »[03]. Bien que tout le monde ait vu l'étoile, tout le monde ne comprit pas sa signification. Dans la collecte d'aujourd'hui, nous demandons hardiment : Seigneur, « avec la lumière de ton Fils qui vient nous visiter illumine les ténèbres de nos cœurs »[4}; donne-nous la clarté nécessaire pour découvrir l'importance de tous ces événements dans la vie personnelle et intime de chacun.

Il est dit dans le livre des Nombres que Balaam est un « homme au regard pénétrant » « qui entend les paroles de Dieu, qui possède la science du Très-Haut » (Nb 24,15-17). En méditant tranquillement sur la parole révélée, nous trouvons la lumière pour notre marche quotidienne. « Ta parole est la lumière de mes pas, la lampe de ma route » (Ps 119,105). Dans les Écritures, nous apprenons également à lire notre propre vie. « Dans ce Texte saint, tu découvriras la Vie de Jésus. Mais en outre tu dois y découvrir aussi ta propre vie (...). Prends donc l’Évangile tous les jours, et lis-le, vis-le » [05].


TANDIS QUE JESUS, lors d'une de ses fréquentes visites au temple, enseigne aux pèlerins venus l'écouter, les autorités - les princes des prêtres et les anciens, c'est-à-dire les laïcs du Sanhédrin - se présentent avec l'intention d'éprouver le Seigneur. Ils sont en colère contre Lui, entre autres raisons, parce qu'il jouit d'une autorité devant le peuple qui ne lui a pas été accordée par les pouvoirs établis. « Par quelle autorité fais-tu cela, et qui t’a donné cette autorité ? » (Mt 21, 23). Ils ne le demandent pas par curiosité honnête, ils n'aiment tout simplement pas la prédication du Maître et se rebellent parce que les foules le suivent avec enthousiasme.

Comme on l'a vu à d'autres occasions, Jésus connaît aussi à ce moment l'intention de leur cœur. Ils se comportent avec duplicité, avec hypocrisie, ils ne sont pas clairs. Ils lui posent une question ambiguë, alors qu'en réalité ce qu'ils veulent, c'est que Jésus dise une fois pour toutes s'il est le Messie. En tout cas, eux-mêmes ne veulent pas le reconnaître et agissent avec une mauvaise ruse. Nous ne sommes pas surpris que le Maître les laisse cois, car « Jésus n'a que faire de l'astuce calculatrice, de la cruauté des cœurs froids, de la beauté qui brille mais qui n'est qu'apparence. Notre Seigneur aime la joie d'un cœur jeune, la démarche simple, la voix bien posée, le regard limpide, l'oreille attentive à sa parole affectueuse. C'est ainsi qu'Il règne dans l'âme. »[06].

Dieu est présent dans les cœurs qui le recherchent avec droiture. « Sur le chemin qu'il aura pris, je lui ferai voir le salut de Dieu » (Ps 50, 23). Jésus est ému par l'enfant qui s'approche avec simplicité, le lépreux qui montre ses blessures, l'aveugle qui crie sans crainte du qu'en-dira-t-on ou le publicain qui grimpe à un arbre pour mieux le voir. Autrement dit, par les cœurs qui ne se cachent pas derrière le mensonge. « Le chrétien doit se montrer authentique, véridique, sincère dans tous ses actes. Sa conduite doit refléter un esprit : celui du Christ. Si quelqu’un a, en ce monde, l’obligation d’être cohérent, c’est bien le chrétien, parce qu’il a reçu en dépôt, pour faire fructifier ce don, la vérité qui libère, qui sauve » [07].


« QUI T'A donné un tel pouvoir ?» Lui demandent-ils. Le Maître répond par une autre question : « À mon tour, je vais vous poser une question, une seule ; et si vous me répondez, je vous dirai, moi aussi, par quelle autorité je fais cela : Le baptême de Jean, d’où venait-il ? du ciel ou des hommes ? » (Mt 21,24-25). Avec ces paroles, Jésus place les autorités devant la vérité et, en même temps, fait la louange de Jean. Bien que les foules aient afflué vers le Jourdain pour être baptisées, les autorités n'écoutèrent pas son message de conversion et de pénitence. Les chefs du peuple ne savent pas quoi répondre à Jésus parce que leur attitude n'est pas ouverte à la vérité. En réalité, ils ne recherchent que l'approbation du peuple. Ils pèsent les difficultés que le fait de dire une chose ou une autre peut leur causer - il venait du ciel ... il venait des hommes ... - et ils ne trouvent pas d'issue qui les libère de cette situation : « Nous ne savons pas » (Mt 21, 27).

Rencontrer la vérité nécessite une attitude d'ouverture et d'acceptation. La vérité chrétienne ne se trouve que si on aime librement. Avec son courage et son humilité, le Baptiste a été un témoin audacieux de la vérité. Une attitude cohérente peut ne pas nous conduire à une voie facile. Cependant, la vérité est aimable en soi et a une énorme force d'attraction. Pour montrer la « splendeur de la vérité »[08], il faut d'abord faire un effort pour la chercher, en permanence et honnêtement, afin de pouvoir la connaître et la contempler. Si on aime vraiment la vérité, si elle pénètre en nous pour nous changer, il est plus facile de l'exprimer avec don des langues et de la rendre visible. Montrer le caractère aimable de la vérité est une mission pour les chrétiens.

Le Christ a dit de Lui-même : « Je suis la vérité » (Jn 4,6). Par conséquent, la passion de la rechercher et de la transmettre est une tâche joyeuse pour nous. « Il y a bien des années, j'ai découvert très clairement un critère qui sera toujours valable : l'atmosphère de la société (…), [requiert] une nouvelle façon de vivre et de propager la vérité éternelle de l'Évangile. Au beau milieu de la société, du monde, les enfants de Dieu doivent rayonner par leurs vertus, comme des lampes dans l'obscurité — quasi lucernae lucentes in caliginoso loco »[09]. En compagnie de Sainte Marie et de Saint Joseph, nous marchons vers Bethléem. A leurs côtés, nous pouvons apprendre cette droiture de cœur avec laquelle ils cherchaient Dieu dans les petites et grandes vérités de leur monde ordinaire.



[01] Introït de la messe du lundi de la 3ème semaine de l’Avent (Jr 31,10).

[02] Cf Alléluia de la messe du jour du 25 décembre.

[03] Benoît XVI, Homélie, 6-I-2008.

[04] Collecte de la messe du lundi de la 3ème semaine de l’Avent.

[05] Saint Josémaria, Forge, n° 754.

[06] Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 181.

[07] Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 141.

[08] Saint Jean Paul II, encyclique Veritatis Splendor, n° 1.

[09] Saint Josémaria, Sillon, n° 318.




Méditation : mardi de la 3ème semaine de l’Avent
Les thèmes proposés pour la méditation du jour sont : l’humilité et l’orgueil, l’amour se manifeste dans des œuvres concrètes, la parabole des deux fils.

- Humilité et orgueil

- l'amour se manifeste dans des œuvres concrètes

- la parabole des deux fils


DANS QUELQUES JOURS, nous nous mettrons à genoux devant l'Enfant dans l'étable de Bethléem. Là, nous regarderons avec étonnement la grandeur de l'amour de Dieu chez un nouveau-né. L'Incarnation nous enseigne la manière d'être grand, qui n'est autre que de se faire petit. Saint Paul exprime bien l'humilité de ce Fils qui, étant Dieu, « s’est anéanti, prenant la condition de serviteur » et « s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort » (Ph 2,7-8). C'est le secret que notre Sauveur nous enseigne à chaque Noël. Le Verbe fait chair nous montre que le Seigneur de l'univers triomphe dans l'humilité. Précisément par cet abaissement « C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse » (Ph 2,9-10).

Dans la première lecture, nous trouvons une exhortation véhémente du prophète Sophonie à la conversion. Il accuse Jérusalem d'orgueil et de rébellion parce que « Elle n’a pas écouté l’appel, elle n’a pas accepté la leçon, elle n’a pas fait confiance au Seigneur, de son Dieu elle ne s’est pas approchée » (So 3,2). Au contraire - affirme-t-il dans son oracle - le peuple se vantait de son arrogance et se pavanait sur la sainte montagne (cf. So 3,11). Cette même tentation continue d'être présente lorsque « l’orgueilleux essaye en vain de ravir son trône à Dieu, lui qui est miséricordieux envers toutes les créatures, pour s’y installer »[01].

Pour communiquer son amour paternel, Dieu attend de l'homme qu'il se reconnaisse librement comme une créature dans le besoin. La demande que nous formulons dans la prière sur les offrandes de la Messe d'aujourd'hui est très agréable au Seigneur : « Que les prières et les offrandes de notre pauvreté t'émeuvent, Seigneur, et, qu’en nous voyant impuissants et sans mérites propres, Tu viennes avec compassion à notre aide »[02]. Nous devons souvent implorer le Seigneur de nous ôter la tentation de l'orgueil, car si celui-ci « parvient à nous tourmenter avec ses hallucinations multiples, - disait Saint Josémaria -nous nous revêtons d’apparences, nous nous remplissons de vide, nous plastronnons comme la grenouille de la fable qui, présomptueuse, se gonflait le jabot jusqu’à en éclater » [03]. Quelle est différente l'attitude de Dieu qui, venant sur terre, se fait Enfant fragile, ayant besoin de toute aide, incapable de s'imposer avec violence aux autres, pour rendre agréable à chacun le chemin de sa crèche.


« JE ME GLORIFIERAI dans le Seigneur : que les pauvres m'entendent et soient en fête ! Magnifiez avec moi le Seigneur, exaltons tous ensemble son nom. » (Ps 34,3-4). L'humilité « nous aide à connaître à la fois notre misère et notre grandeur »[04]. Saint Josémaria qualifiait l'humilité de bonne divinisation de la créature qui connaît l'amour que Dieu a placé en elle. Son principal ennemi est la mauvaise divinisation, fruit de l’orgueil : se vanter de soi au lieu de se glorifier dans le Seigneur.

Le cœur qui se sait béni de tant de grâces du ciel essaie de répondre généreusement au Seigneur, parce que « l’amour se paie avec de l’amour »[05]. Il n'est pas possible d'aimer en général, et ce n'est pas de l'amour s'il se contente de bonnes intentions. L'amour s'incarne dans des actes concrets qui révèlent quelque chose de ce qui se passe dans le cœur de celui qui aime. Un amour qui ne laisse pas de trace dans des détails, dans des expressions d'affection, peut s'estomper peu à peu ou rester petit, sans éprouver la véritable joie. « Au soir de la vie, on nous jugera sur l’amour », disait Saint Jean de la Croix, car l'amour authentifie la valeur de nos œuvres.

On pourrait dire que l'amour a deux caractéristiques fondamentales : il tend à donner plutôt qu'à recevoir ; et cherche à se manifester plus en actes qu'en paroles. « Quand on dit qu'il tend plus à donner qu'à recevoir, c'est parce que l'amour est toujours contagieux, toujours contagieux, et est reçu par l'être aimé »[06]. Et « quand on dit que c'est plus dans les actes que dans les mots », c'est parce que « l’amour donne toujours la vie, fait grandir »[07]. Un bon thermomètre pour connaître notre amour pour Dieu pourrait être de se demander comment nous servons et essayons de rendre heureux ceux qui sont les plus proches de nous, « en effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas » (1 Jn 4.20). L'amour de Dieu et l'amour du prochain sont inséparables, ils sont comme le côté pile et le côté face d'une pièce de monnaie. « Il n'y a pas de moyen plus sûr d'atteindre Dieu que l'amour du prochain »[08], affirmait saint Augustin, car « l'amour du prochain est comme le nid de l'amour de Dieu »[09], c'est le lieu où il grandit.


DANS L'ÉVANGILE D'AUJOURD'HUI, notre Seigneur nous raconte l'histoire de deux fils (Mt 21,28-32). Leur père leur demande d'aller travailler dans le vignoble familial et les frères ont des réactions très différentes. Le premier répond de manière rebelle et irrespectueuse : « Je ne veux pas ». Le second, apparemment plus obéissant, lui dit qu'il le fera. Passé le premier éclat, le fils qui a dit non se reprend, il se repent et part travailler à la vigne. Le fils qui a dit oui, en revanche, ne se rend pas à sa tâche. Le premier, conclut Jésus, tombe par faiblesse mais, encouragé par sa foi, se lève et obéit au Père. En revanche, le second n'est pas fidèle à sa promesse et représente les chefs du peuple qui honorent Dieu «de leurs lèvres, mais leur cœur est loin de moi » (Is 29, 13 ; Mt 15,8).

Jésus dans cette parabole parle aussi à nos cœurs. Nous trouvons certainement quelque chose du comportement de chacun de ces fils dans notre vie. Plusieurs fois, nos dispositions sont grandes, mais par faiblesse, nous n'arrivons pas à accomplir nos bons désirs. Et à maintes reprises, le contraire nous arrive : après une première réaction rebelle, nous nous corrigeons et, avec l'aide de la grâce, nous embrassons avec amour la volonté de Dieu. Les deux attitudes sont généralement présentes dans notre lutte intérieure et nous devons les connaître de près pour savoir comment réagir à tout moment. On pourrait aussi imaginer l'existence d'un troisième enfant : celui qui dit « oui, j'y vais » et qui, avec ses œuvres, ratifie toujours ses paroles. Ce fils, fidèle en toutes circonstances, est en réalité Jésus-Christ, qui nous invite à entrer dans son mouvement d'amour pour le Père.

Dans notre prière, nous pouvons dire à Dieu aujourd’hui : comme je voudrais être un fils comme Jésus ! Un fils qui répond oui ! Et quand nous ne le sommes pas, alors il est temps de dire au Seigneur d'être patient avec nous. Tomber dans le découragement serait une manifestation d'orgueil, cela nous ferait comprendre que nous étions en train de mettre notre espérance en nous-mêmes et non en Dieu. Face à la connaissance de sa propre faiblesse, Saint Josémaria suppliait avec simplicité : « Seigneur, Toi qui as soigné tant d'âmes, fais que, en Te possédant dans mon cœur ou en Te contemplant dans le Tabernacle, je Te reconnaisse comme Médecin divin »[10] . Cette humble demande nous accordera la paix et, tenant la main de notre Mère, nous nous remettrons debout avec espérance.



[01] Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 100.

[02] Prière sur les offrandes, Messe du mardi de la 3ème semaine de l’Avent.

[03] Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 100.

[04] Ibid, n° 94.

[05] Refrain populaire.

[06] François, Homélie, 27-VI-2014.

[07] Ibid.

[08] Saint Augustin, Des coutumes de l’Église Catholique, 1, 26, 48.

[09] Ibid, 1, 26, 5.

[10] Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 193.




Méditation : mercredi de la 3ème semaine de l’Avent
Les thèmes proposés pour la méditation du jour sont : le chrétien vit du trésor de l’espérance ; laisser agir Dieu dans notre vie ; l’action merveilleuse de Dieu à travers nous.

- Le chrétien vit du trésor de l'espérance

- Laisser agir Dieu dans notre vie

- L'action merveilleuse de Dieu à travers nous


« VIENS, Seigneur, et ne tarde pas »[01]. L'Avent est un temps d'espérance car le salut est proche, il est imminent. « Le Seigneur notre Dieu vient avec toute sa puissance »[02]. Le chrétien vit du trésor de l'espérance. L'auteur sacré la définit comme « une ancre sûre et solide pour l’âme » (He 6,19). L'ancre permet au bateau de s'accrocher au fond marin, fixe sa position, n'a pas à se soucier du courant et empêche le bateau d'être entraîné à la dérive. L'espérance chrétienne se fonde sur les promesses de Dieu, sur son amour inconditionnel, et non pas sur notre force ou nos possibilités. « C’est une espérance nouvelle, vivante, qui vient de Dieu. Ce n’est pas un simple optimisme, ce n’est pas une tape sur l’épaule ou un encouragement de circonstance, avec un sourire fuyant. Non ! C’est un don du Ciel que nous ne pouvons pas nous procurer tout seuls »[03].

Lorsque le peuple juif vivait en exil à Babylone, les prophètes maintenaient l'espoir et l'encouragement des exilés en annonçant une délivrance prochaine. En première lecture, nous écoutons aujourd'hui le prophète Isaïe qui invite le peuple à maintenir allumée la flamme d'une espérance fondée sur Dieu, puisque Lui seul peut sauver : « Je suis le Seigneur, et il n'y en a pas d'autre (...). Car je suis Dieu et personne d'autre » (Is 45,6-7,22). Grâce à la puissance du Seigneur, « toute la race d'Israël sera justifiée et glorifiée » (v. 25).

La vertu de l'espérance nous protège de l'emprise du découragement et nous soutient dans les moments où la tempête menace de tout balayer. Quand le cœur vit d'espérance, il ferme le chemin de la lamentation stérile et nous rend capables d'accomplissements qui semblaient inaccessibles. Avec lui, nous pouvons endurer les plus grandes épreuves. « Il y a bon nombre d’années, soulignait saint Josémaria, fort d’une conviction qui grandissait de jour en jour, j’écrivais : Attends tout de Jésus : tu n’as rien ; tu ne vaux rien ; tu ne peux rien. C’est Lui qui agira si tu t’abandonnes en Lui. Le temps a passé, et ma conviction n’en est devenue que plus vigoureuse, plus profonde aussi. J’ai pu constater comment, dans bien des existences, l’espérance en Dieu avait allumé de merveilleux foyers d’amour, brûlant d’un feu qui tient le cœur en haleine, sans découragements, sans relâchements, même si l’on souffre au long du chemin, et si l’on souffre parfois pour de bon »[04].


L'ESPÉRANCE se manifeste dans le désir de laisser Dieu agir dans notre vie. Isaïe rappelle au peuple en exil que c'est Dieu qui fait toutes choses : « je façonne la lumière et je crée les ténèbres, je fais la paix et je crée le malheur » (Is 45,7). Le départ de Babylone n'était pas le résultat d'une révolte ou d'une stratégie politique ou militaire intelligente. Dieu ouvrit les voies quand le temps était venu.

La même chose se produit dans notre vie. C'est le Seigneur, par son action miséricordieuse, qui apporte le salut à notre terre, car « Le Seigneur donnera ses bienfaits » et « ses pas traceront le chemin » (Ps 85,13-14). Il est le protagoniste principal et celui qui écrit - en comptant sur notre liberté - le scénario de notre histoire. Dieu veut que nous apportions de notre part la lutte et l'enthousiasme, mais aussi que nous n'oubliions pas, en même temps, que tout dépend de Lui, « parce que sans Moi vous ne pouvez rien faire » (Jn 15,5). « Si jamais il te semble que l'horizon se ferme et que la terre rencontre le ciel, regarde le ciel, conseillait saint Josémaria. C'est comme cela que tu feras beaucoup de bien sur terre : en regardant le ciel »[05].

« Le fondateur de l'Œuvre disait : je n'ai rien inventé. C'est un Autre qui a tout fait ; j'ai essayé d'être disponible et de Le servir comme un instrument »[06]. Ces paroles du cardinal Ratzinger, à propos de la canonisation de saint Josémaria, résument le secret de la sainteté : laisser Dieu agir, avec un réel abandon des tâches et des préoccupations, en Lui permettant de nous conduire sur les chemins qu'Il préfère. Avec cette disponibilité s'ouvrent « les portes du monde pour que Dieu puisse se rende présent, agir et tout transformer »[07].

Lorsqu'on attend quelque chose ou quelqu'un, c'est parce qu'on espère que ce désir sera comblé. Mais attendre demande de la patience et beaucoup de confiance. Dieu a son rythme, qui ne coïncide pas toujours avec le nôtre. L'espérance va de pair avec la patience, qui loin de révéler l'apathie est une manifestation de force. Selon les mots de saint Augustin, la patience est « comme une empreinte de Dieu qui réside en nous »[08], qui nous permet de « supporter, de porter sur nos épaules les choses désagréables de la vie. Également les épreuves ; c'est la capacité de dialoguer avec ses limites »[09].


QUAND la nouvelle de la prédication de Jésus arrive en prison, Jean envoie deux disciples à la rencontre du Seigneur pour Lui demander : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » (Lc 7,19). Jésus les accueille et, en guise de réponse, leur montre les fruits de l'action de Dieu dans les âmes : « les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle » (v. 22).

Jean est très clair sur sa mission - préparer le chemin pour le Messie - et il soupçonne que sa fin est proche. Il ne cherche aucun rôle important pour lui-même. Il est prêt à diminuer pour que le Christ grandisse (cf. Jn 3, 30). « Il a l’humilité profonde de montrer en Jésus le véritable Envoyé de Dieu, se mettant de côté afin que le Christ puisse grandir, être accueilli et suivi. (...) La vie chrétienne exige, pour ainsi dire, le « martyre » de la fidélité quotidienne à l’Évangile, c’est-à-dire le courage de laisser le Christ grandir en nous et de le laisser orienter notre pensée et nos actions »[10]. De cette façon, nous ferons l'expérience de l'effet de guérison, de transformation et de revitalisation de l'action divine dans notre âme, et nous serons de bons instruments entre ses mains.

« Regardez, nous faisait méditer saint Josémaria, l'exemple de saint Jean-Baptiste lorsqu’il envoyait ses disciples demander au Seigneur qui Il était. Jésus leur répond en les faisant réfléchir à tous ces miracles. Vous vous souvenez de ce passage : pendant plus de quarante ans, je l'ai enseigné à mes enfants pour qu'ils le méditent. Ces miracles que le Seigneur continue de faire maintenant, par vos mains : des gens qui ne voyaient pas et qui maintenant voient ; des gens qui n'étaient pas capables de parler, parce qu'ils avaient le démon muet, qui l'ont chassé et parlent ; des gens incapables de bouger, paralysés par des choses qui n'étaient pas humaines, et qui brisent cette immobilité et accomplissent des œuvres de vertu et d'apostolat. D'autres qui semblent vivre et sont morts, comme Lazare : « Iam foetet, quatriduanus est enim » ».

« Vous, avec la grâce divine et avec le témoignage de votre vie et de votre doctrine, de votre parole prudente et imprudente, vous les amenez à Dieu, et ils ressuscitent. Vous ne pouvez pas non plus vous en étonner : vous êtes le Christ, et le Christ fait ces choses à travers vous »[11]. « Toutes les grandes choses que le Seigneur veut faire à travers notre misère, sont de Son fait (...). Le fruit n'est pas le nôtre (...) ; l'orme ne peut pas donner de poires. Le fruit appartient à Dieu le Père, qui a été tellement père et tellement généreux qu'Il l'a mis dans notre âme »[12].

Marie est notre espérance. Nous l'appelons ainsi parce qu'elle est le chemin sûr pour que Dieu puisse continuer à accomplir ses merveilles dans notre monde. L'humble femme de Nazareth continue sa mission depuis le Ciel et nous suggère constamment de laisser la grâce de Dieu agir dans nos cœurs : « Faites tout ce qu'il vous dira » (Jn 2,5).



[01] Introït de la Messe du mercredi de la 3ème semaine de l’Avent.

[02] Alléluia de la Messe du mercredi de la 3ème semaine de l’Avent.

[03] François, Homélie en la Vigile Pascale, 11-IV-2020.

[04] Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 205.

[05] Saint Josémaria, notes tirées d’une méditation, 15-I-1959.

[06] Cardinal J. Ratzinger, Laisser Dieu agir, L’Osservatore Romano 6-X-2002.

[07] Ibid.

[08] Saint Augustin, De patientia, 1.

[09] François, Audience, 12-II-2018.

[10] Benoît XVI, Audience, 29-VIII-2012.

[11] Saint Josémaria, Le dialogue avec le Seigneur, « Maintenant que l’année commence », n° 5.

[12] Ibid.




Méditation : jeudi de la 3ème semaine de l’Avent
Les thèmes proposés pour la méditation du jour sont : Dieu est fidèle à ses promesses ; l’exemple de saint Jean Baptiste ; la fidélité est toujours créative.

- Dieu est fidèle à ses promesses

- L'exemple de saint Jean Baptiste

- La fidélité est toujours créative


UNE BONNE PARTIE du livre du prophète Isaïe présente la douleur de Yahvé devant l’infidélité de son peuple. Cependant, le moment vient où Dieu décide de consoler Jérusalem, de lui pardonner tous ses péchés et de sceller une alliance éternelle. Nous l’évoquons dans la première lecture de la messe. Le langage employé par le prophète est presque maternel : « Un court instant, je t’avais abandonnée, mais dans ma grande tendresse, je te ramènerai ». « Un instant, je t’avais caché ma face. Mais dans mon éternelle fidélité, je te montre ma tendresse » ; « ma fidélité ne s’écarterait pas de toi » (Is 54, 1-10). À nos infidélités, Dieu répond par sa miséricorde : « Sa colère ne dure qu’un instant, sa bonté, toute la vie » (Ps 29, 6). Son amour est plus fort que notre péché.

Pendant l’Avent, la liturgie nous rappelle sans cesse le désir divin d’être avec les hommes. Le Seigneur désire ardemment que l’homme ne rejette pas sa compagnie et qu’il se laisse aimer. « Dieu est proche, et accomplit de grandes œuvres de salut pour ceux qui ont confiance en lui. […] Dieu aime d’un amour sans fin, que pas même le péché ne peut freiner, et grâce à lui, le cœur de l’homme est comblé de joie et de réconfort » [01]. Quant à nous, l’histoire humaine est remplie de nos infidélités. Ce nonobstant, Dieu fait preuve d’une patience infinie, sans se lasser de nous éduquer comme un père éduque ses enfants. Son cœur est toujours enclin au pardon. Dieu garde l’alliance malgré tout, de génération en génération. Comme saint Paul l’affirme : « Dieu reste fidèle à sa parole, car il ne peut se rejeter lui-même (2 Tm 2, 13).

« Ce “mystère” de la fidélité de Dieu constitue l’espérance de l’histoire » [02]. C’est la plus forte garantie pour notre loyauté, puisque le Seigneur « est vrai en tout ce qu’il dit, fidèle en tout ce qu’il fait » (Ps 144, 13). « Tu me demandes quel est le fondement de notre fidélité ? », disait un jour saint Josémaria. Et il répondait : « À grands traits, je te dirai qu’elle repose sur l’amour de Dieu, qui nous fait surmonter tous les obstacles : l’égoïsme, l’orgueil, la fatigue, l’impatience… » [03].


PENDANT les semaines de l’Avent, Jean Baptiste est très présent dans la liturgie de la Parole. Nous suivons les moments les plus importants de sa mission personnelle de préparer le chemin de Jésus. Nous le regardons pour apprendre à espérer, animés du désir grandissant de la naissance du rédempteur. Jean est le dernier des prophètes et le premier à mourir pour le Christ. Dans l’évangile d’aujourd’hui, Jésus parle de lui à la foule : « Qu’êtes-vous allés regarder au désert ? un roseau agité par le vent ? Alors, qu’êtes-vous allés voir ? un homme habillé de vêtements raffinés ? Mais ceux qui portent des vêtements somptueux et qui vivent dans le luxe sont dans les palais royaux. Alors, qu’êtes-vous allés voir ? un prophète ? Oui, je vous le ; et bien plus qu’un prophète ! » (Lc 7, 24-26).

Parmi les traits caractéristiques de sa personnalité, un modèle pour les chrétiens, se détache la fidélité. Le Précurseur n’hésite pas à montrer le Messie, sans craindre de voir ses disciples partir ou de se retrouver tout seul, car c’était sa mission et il s’y était identifié. « Voici l’Agneau de Dieu » (Jn 1, 29), « qui est plus fort que moi. Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales » (Lc 3, 16), affirme-t-il. Ce sont des expressions d’un cœur humble, qui sait qu’il ne fait que passer, comme chacun de nous ; il sait que son bonheur consiste à mettre Dieu à la première place, aussi ne se sent-il pas indispensable.

Jean Baptiste n’est pas « un roseau agité par le vent », instable, complaisant pour faire plaisir à tout le monde ; il est un envoyé de Dieu qui ne vit que pour sa mission, même si elle l’oblige à consentir certains sacrifices personnels. La loyauté envers Dieu et envers la vérité l’amène même à répandre son sang. C’est pourquoi saint Jean Paul II a pu affirmer que « nous voyons resplendir cette fidélité radicale au Christ dans le martyre de saint Jean-Baptiste » [04]


« J’AI SU que ton alliance était fondée pour toujours » [05]. Cette certitude a toujours été présente dans la vie de saint Jean Baptiste. La fidélité de Dieu est sans déclin. Dieu est celui de toujours. En considérant la force de son amour, la créature se sent poussée à lui rendre un amour fidèle, conséquence de sa liberté. Nous lisons aujourd’hui dans l’antienne de la communion les conseils que saint Paul donne à Tite : « Car la grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes. Elle nous apprend à renoncer à l’impiété et aux convoitises de ce monde, et à vivre dans le temps présent de manière raisonnable, avec justice et piété, attendant que se réalise la bienheureuse espérance : la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur, Jésus Christ » (Tit 2, 11-13). La fidélité à Dieu exige une intimité authentique avec Jésus dans la prière, car c’est dans notre dialogue avec le Seigneur que nous faisons l’expérience se son amour, à la fois doux et exigeant, ce qui nous amène à être généreux.

Le visage d’une vie sainte et fidèle se compose d’un grand nombre de moments sans éclat extérieur, car la plupart du temps ils restent cachés, mais ils sont toujours réalisés par amour : un sourire, l’ordre, un “merci” ou un “excuse-moi” si nous avons blessé quelqu’un, une réponse aimable… Parlant du bienheureux Álvaro, saint Josémaria a commenté : « Je voudrais que vous l’imitiez dans beaucoup de choses, mais surtout dans sa loyauté. Au cours de ces nombreuses années de vocation, il a eu de nombreuses occasions, humainement parlant, de se mettre en colère, de s’énerver, d’être déloyal ; et il a toujours eu un sourire et une fidélité incomparables. Pour des raisons surnaturelles, pas à cause de la vertu humaine. Ce serait très bien si vous pouviez l’imiter en cela » [06]

« La fidélité dans le temps est le nom de l’amour ; d’un amour cohérent, vrai et profond » [07]. Tout au long de la vie, l’amour authentique se renouvelle souvent dans la journée. C’est ainsi qu’il grandit toujours plus et reste vivant ; la fidélité, ce n’est pas l’inertie ou le simple passage du temps. Être fidèle ne signifie pas être inflexible ; rien de plus éloigné de la fidélité que de se limiter à suivre un choix passé. La personne fidèle est créative, capable de se renouveler et de rêver de quelque chose de grand, selon les plans de Dieu.

Si, par moments, le chemin devient plus dur, la réaction de l’homme fidèle sera de demander de l’aide pour faire tout son possible et aller de l’avant. En regardant la Vierge fidèle, nous pouvons mettre entre ses mains notre désir d’aimer comme elle a aimé.


[01]. Pape François, Audience générale, 16 mars 2016.

[02]. Benoît XVI, Homélie, 6 janvier 2008.

[03]. Saint Josémaria, Forge, n°532.

[04]. Saint Jean Paul II, Angélus, 29 août 1999.

[05]. Jeudi de la 3ème semaine de l’Avent, Antienne d’ouverture.

[06]. Saint Josémaria, notes prises lors d’une réunion de famille, 19 février 1974.

[07]. Benoît XVI, Discours, 12 mai 2010.




Méditation : 17 décembre
Les thèmes proposés pour la méditation du jour sont : le Seigneur est de plus en plus proche ; Jésus commence à faire partie de la famille humaine ; le Christ nous enrichit.

- Le Seigneur est de plus en plus proche

- Jésus commence à faire partie de la famille humaine

- Le Christ nous enrichit


« ALLONS AU-DEVANT de celui qui vient » [01]. L’intensité de notre attente grandit jour après jour, heure après heure, notre cœur étant très attentif à l’arrivée de l’Emmanuel. L’évangile d’aujourd’hui nous montre la longue chaîne des générations qui ont attendu le Messie : d’Abraham à David et jusqu’à saint Joseph. Nous, nous sommes nés bien plus tard mais nous n’en sommes pas moins les héritiers de la même promesse. Il n’est pas facile d’imaginer les sentiments de tant de générations du peuple juif qui attendaient le Messie promis. La liturgie nous en offre un échantillon, en évoquant l’intensité d’une joyeuse explosion à la pensée de l’arrivée imminente de Jésus : « Cieux, criez de joie ! Terre, exulte ! » (Is 49, 13)

Abraham est le premier maillon de cette longue chaîne, le premier d’une famille qui durera à tout jamais. Il a fait confiance au Seigneur dont la promesse s’est accomplie : « Regarde le ciel, et compte les étoiles, si tu le peux… » (Gn 15, 5). Dieu s’est servi de sa fidélité et de celle de tant d’autres pour nous envoyer son Fils et rendre de nouveau possible son intimité avec les hommes. Notre dignité a été restaurée et élevée à un degré inimaginable. « Ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas venu à l’esprit de l’homme, ce que Dieu a préparé pour ceux dont il est aimé » (1 Co 2, 9). Notre âme se remplit de joie en nous sachant sauvés, rachetés et guéris : « C’est pourquoi, avec les anges et tous les saints, nous proclamons ta gloire, en chantant d’une seule voix : Saint ! » [02]

Il se peut que notre chant ne sonne pas toujours juste, mais l’Esprit Saint nous enveloppe de « gémissements inexprimables » (Rm 8, 26). Nous constatons jour après jour combien nous aimerions répondre à Dieu avec une mesure équivalente. Aucune phrase ne peut exprimer le désir divin de nous rencontrer, pas plus que son insistance : quatorze générations d’Abraham à David, quatorze jusqu’à la déportation à Babylone et encore quatorze jusqu’au Christ (cf. Mt 1, 17). Le cri divin pour nous porter secours arrive sans tarder : « N’aie pas peur. C’est Dieu lui-même qui se réjouira et rendra grâce à votre place ».


NOUS POSSÉDONS tous notre arbre généalogique. Jésus-Christ a voulu avoir le sien. En Marie, sa Mère, Dieu en personne croise le chemin des hommes et s’unit pour toujours avec nous. Il assume la nécessité d’espérer, que l’humanité tout entière éprouve de tout temps. Par l’Incarnation, Dieu ne rejette rien de ce qui est humain mais se charge de l’histoire de chaque personne, pour offrir à tous une place dans la vie éternelle. Le Créateur du ciel et de la terre a voulu appartenir à la famille humaine.

« Dans l’étable de Bethléem, le ciel et la terre se rejoignent. […] Le ciel n’appartient pas à la géographie de l’espace, mais à la géographie du cœur. Et le cœur de Dieu, dans cette Nuit très sainte, s’est penché jusque dans l’étable : l’humilité de Dieu est le ciel. Et si nous entrons dans cette humilité, alors, nous toucherons le ciel. Alors, la terre aussi deviendra nouvelle » [03]. Combien de fois n’avons-nous pas pensé que Dieu ne peut se trouver là où il y a faiblesse, fragilité ou médiocrité. Si nous ne nous contentons pas du péché mais nous sommes attirés par les vrais bien de la vie, alors l’humilité de Dieu ne rejette pas la mangeoire de notre cœur ; il apporte le ciel à notre vie ordinaire, à notre maison, à chaque instant.

Cette longue liste de noms a suscité à travers plusieurs générations un désir que seule l’arrivée du nouveau-né de Bethléem a pu apaiser. Probablement, certains n’ont pas très bien compris l’objet de cette attente. D’autres, confus, ont cherché des idoles apparemment plus proches et accessibles. Le même désir de salut bat de nos jours chez tout le monde, même si la plupart n’arrivent pas à l’exprimer ou à le comprendre clairement. Nous, nous avons la chance de bien connaître la bonne nouvelle de Noël, nous attendons Jésus et nous aimerions bien qu’il parvienne jusqu’au cœur qui en a le plus besoin, au dernier recoin de la terre.


« NOUS TE BÉNISSONS, Seigneur Dieu Très-Haut, qui t’es abaissé pour nous. Tu es immense, et tu t’es fait petit ; tu es riche, et tu t’es fait pauvre ; tu es le tout-puissant, et tu t’es fait faible » [04]. Il arrive parfois que nous faisons exactement le contraire de ce mouvement divin : nous nous estimons grands et puissants. Saint Augustin le savait bien qui a écrit : « Toi, un homme, tu voulais être Dieu et tu as péri. Lui, Dieu, voulait être un homme et il t’a sauvé. L’orgueil humain était si fort qu’il avait besoin de l’humilité divine pour être guéri ! » [05]

Le Christ nous élève sur ses épaules jusqu’au ciel. L’orgueil accorde une gloire fort éphémère ; elle ne dure qu’à peine quelques minutes et passe aussitôt la facture. Elle a vite fait de nous perturber et de nous inquiéter. Elle a constamment besoin de nouveaux motifs pour dépasser les autres. Elle n’accorde jamais la paix ni ne rassasie. Saint Josémaria était conscient de cette faiblesse : « Je connais un petit âne d’une si mauvaise condition que, s’il s’était trouvé à Bethléem tout près du bœuf, au lieu d’adorer, tout soumis, le Créateur, il aurait mangé la paille de la mangeoire… » [06]

En revanche, l’amour de Dieu est capable de combler notre cœur comme nul ne l’a jamais fait jusqu’à présent. En évoquant son affection, nous resterons toujours bien en-deçà de la réalité. Ce que nous ne savons pas sur son immense amour est bien plus important que ce que nous parvenons à comprendre sur lui. Sainte Marie qui, comme la préface de la messe d’aujourd’hui le dit, « l’attendait avec amour », nous dévoilera dans l’intimité de notre prière ces secrets qu’elle connaît de première main. Une mère sait toujours, par un geste ou un câlin, expliquer ce que les mots ont du mal à exprimer.



[01] Liturgie des Heures, antienne Invitatoire, 17 décembre.

[02] Préface de l’Avent II.

[03] Benoît XVI, Homélie, 24 décembre 2007.

[04] Pape François, Homélie, 24 décembre 2013.

[05] Saint Augustin, Sermon 183.

[06] Saint Josémaria, Notes intimes, n° 181 (25 mars 1931).




Méditation : 18 décembre
Les thèmes proposés pour la méditation du jour sont : Saint Joseph, le ciel sur la terre ; sa mission auprès de sainte Marie et du Messie ; avec Marie et Jésus, nous surmontons les difficultés.

- Saint Joseph, le ciel sur la terre

- Mission de saint Joseph auprès de sainte Marie et du Messie

- Avec sainte Marie et Jésus, nous surmontons les difficultés


« TU JOUIS DÈS CETTE VIE de la présence de Dieu ». Depuis plusieurs siècles, l’hymne Te Joseph exprime en paroles ce que nous ressentons en considérant la mission du saint Patriarche [01]. Nous pouvons demander à l’époux de Marie que nous sachions jouir de l’Enfant Jésus et de l’affection qu’il nous offre par sa venue parmi nous.

Cependant, la joie de saint Joseph n’a pas été exonérée d’ombres, ici sur terre : « “Avant qu’ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint” (Mt 1, 18). Il a immédiatement réagi avec la loyauté d’un homme fidèle et plein d’amour pour Dieu. Il a pris la décision de la répudier en secret, afin de ne pas imposer à Marie un poids allant bien plus loin que sa propre absence. Tout dans cette famille est au service des plans divins ; tout est conforme à la volonté du Seigneur. Bien que les heures d’angoisse aient été peu nombreuses, saint Joseph a souffert. Il ne comprenait pas ce qui se passait, mais il n’a jamais douté de son épouse ni de Dieu. Il était “rempli d’une sainte crainte de vivre aux côtés d’une si grande sainteté » [02]. Un ange lui a été envoyé pour l’en dissuader et lui montrer quelle était sa tâche dans tout ce que, tout étonné, il était en train de voir. « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés » (Mt 1, 20-21).

Il est facile d’imaginer la joie de Joseph en écoutant cette double annonce. Le Messie était déjà sur cette terre et il allait le garder avec sa Mère bénie. À la joie de recouvrer Marie s’est jointe la jubilation immense de savoir que le temps était accompli. Pour un fils de David, cette nouvelle était la plus attendue. Le Sauveur était déjà parmi eux. Il n’avait jamais rêvé d’avoir une chance si grande et imméritée. Il a commencé à jouir de ce qu'il avait à ce moment-là, bien que la manière dont cela allait se passer lui échappait encore.


AVANT DE RECEVOIR l’annonce de l’ange, le saint Patriarche « était en train de suivre un bon projet de vie, mais Dieu lui réservait un autre dessein, une mission plus grande. Joseph était un homme qui écoutait toujours la voix de Dieu, profondément sensible à sa volonté secrète, un homme attentif aux messages qui lui parvenaient du plus profond de son cœur et d’en-haut. […] Et c’est ainsi que Joseph est devenu encore plus libre et encore plus grand. En s'acceptant selon le dessein du Seigneur, Joseph se retrouve pleinement, dépassant sa propre personne. Sa liberté de renoncer à ce qui lui appartient, à la possession de sa propre existence, et sa pleine disponibilité intérieure à la volonté de Dieu nous interpellent et nous montrent le chemin » [03].

Il est fort probable qu’il se soit dépêché d’aller raconter à son épouse ce qui lui avait été révélé. Un mot revient à plusieurs reprises dans l’évangile d’aujourd’hui : accueillir. Ce verbe définit bien la relation que nous souhaiterions avoir avec Dieu. Nous sommes habités par le désir d’être refuge, d’abriter ce mystère d’amour dans notre cœur. Si ce verbe concerne une personne, accueillir signifie l’admettre chez soi ou dans sa compagnie. C’est comme si Dieu demandait à Joseph la permission d’entrer dans le monde. C’est pourquoi nous voyons bien que Jésus ne s’impose pas mais qu’il arrive en demandant une place dans notre cœur. Il nous demande de lui offrir un abri et notre compagnie.

Il est étonnant que Dieu ait demandé à saint Joseph d’accomplir la tâche d’accueillir les deux vies les plus précieuses qui aient jamais existé sur terre. Étant reconnaissant, l’époux de Marie a accepté le don qui lui était offert et Dieu a montré qu’il ne se laisse jamais gagner en générosité. À nous aussi le Seigneur offre sans cesse ses dons, grands et petits, des projets dans lesquels nous pouvons réserver une place à Jésus et à sa mère. Saint Josémaria était enthousiasmé devant la simplicité du saint Patriarche : « Saint Joseph est merveilleux ! C’est le saint de l’humilité totale…, du sourire permanent et du haussement d’épaules » [04].

PEUT-ÊTRE saint Joseph avait-il considéré à de nombreuses reprises la grandeur d’avoir Jésus et Marie sous son toit et s’était-il considéré comme béni de Dieu. Marie et Jésus lui ont probablement fait comprendre à chaque instant l'importance de sa mission et de sa vie. Ils l’auraient facilement convaincu qu’il était le meilleur père du monde.

Pourtant, cela a dû être particulièrement difficile le jour où Jésus est resté dans le Temple sans les prévenir, en mettant nettement en évidence quelle était sa mission dans le monde. « Cet épisode de l'évangile révèle la vocation la plus authentique et la plus profonde de la famille : accompagner chacun de ses membres sur le chemin de la découverte de Dieu et du dessein qu’il a préparé à son égard »[05] Lorsque, au bout de trois jours, ils l’ont retrouvé, Joseph a dû éprouver une certaine consolation en constatant que Marie ne le comprenait pas non plus. La compagnie de Marie, tout près de lui, était la clé, la solution à tous ses doutes et à toutes ses incertitudes. Avec Marie, tout devenait plus facile.

Que pourrait demander de plus un homme sur terre ? Bénéficier d’une affection si spéciale de la part d’une telle créature et l’avoir toujours près de lui, quelle que fût la tâche, difficile ou ordinaire, c’était comme se trouver déjà au ciel. Grâce à cette compagnie, qu’importait de marcher à travers le désert lors de la fuite en Égypte ou de travailler jour après jour dans l’atelier de Nazareth. Qu’importait que les affaires se déroulent comme il l’attendait ou à l’opposé de ses attentes. Le sourire de son épouse rendait tout bien simple. Prions Dieu d’accueillir son amour comme Marie et Joseph l’ont fait. « Si tes mains te semblent vides, si tu vois ton cœur pauvre d’amour, cette nuit est pour toi. La grâce de Dieu est apparue pour resplendir dans ta vie. Accueille-la et la lumière de Noël brillera en toi » [06].



[01]. Tu vivens, Súperis par, frúeris Deo. L’hymne est chanté aux Vêpres de la solennité de saint Joseph et dans la mémoire de saint Joseph Artisan.

[02]. Saint Thomas d’Aquin, Commentaire des Sentences de Pierre Lombard, lib. 4, d. 30, q. 2, ad 5.

[03]. Pape François, Angélus, 22 décembre 2013.

[04]. A. Vazquez de Prada, Le fondateur de l’Opus Dei, vol. III, Le Laurier-Paris, Wilson & Lafleur-Montréal, 2005, p. 736, note 170.

[05]. Benoît XVI, Angélus, 31 décembre 2006.

[06]. Pape François, Homélie, 24 décembre 2019.




Méditation : 19 décembre

Les thèmes proposés pour la méditation du jour sont : confiance et crainte chez Zacharie ; les leçons du silence ; se fier à Dieu

- Confiance et crainte chez Zacharie

- Les leçons du silence

- Se fier à Dieu


« ZACHARIE ET ÉLISABETH étaient l’un et l’autre des justes devant Dieu : ils suivaient tous les commandements et les préceptes du Seigneur de façon irréprochable » (Lc 1, 6). L’Ancien Testament parvient à sa plénitude. Le Messie est sur le point d’arriver et l’Église nous propose de considérer la foi de ce ménage. Saint Josémaria avait l’habitude de dialoguer avec les personnages de l’Évangile qui ont fréquenté Jésus de près. « Ce matin, j’ai commencé à tout recommander à sainte Élisabeth et je me suis aussitôt mis à parler à son fils Jean et à Zacharie ; ensuite à la Vierge Marie, à saint Joseph et à Jésus ; car il en va de cette fréquentation du Seigneur comme des amitiés humaines : par l’intermédiaire de nos amis, le cercle de nos connaissances s’élargit » [01].

Nous souhaitons nous préparer à la venue imminente du Sauveur en apprenant dans l’Évangile à avoir confiance en Dieu. Car n’est-il pas vrai que, souvent, nous avons de nombreuses raisons nous incitant à nous fier davantage à notre expérience ou à notre vision des choses ? C’est pourquoi la question de Zacharie n’est pas une nouveauté pour nous : « Comment vais-je savoir que cela arrivera ? » (Lc 1, 18) Il était en quête de certitudes mais il n’a eu droit qu’à un éloquent silence divin, jusqu’à ce que s’accomplisse ce qu’il avait demandé tant de fois au Seigneur.

Peut-être le père de Jean Baptiste avait-il peur de ne pas être à la hauteur. Nous aussi nous cherchons des points de repère, des garanties, des prises solides. Il a affirmé qu’il n’était plus d’âge, que son épouse n’avait pas les conditions requises. Il en est toujours ainsi : lorsque nous nous regardons nous-mêmes, nous pensons que nous pouvons faire échouer les projets de Dieu. Nous pensons être déterminants et indispensables et la peur nous bloque. « Dans un monde où nous risquons de nous fier uniquement à l’efficacité et à la puissance des moyens humains, dans ce monde nous sommes appelés à redécouvrir et à témoigner de la puissance de Dieu qui se communique dans la prière » [02]. C’est précisément à cela que nous invite l’Évangile d’aujourd’hui : à faire confiance à Dieu. Malgré ses doutes, Zacharie s’est rempli de joie en écoutant l’annonce de Gabriel : «Sois sans crainte, Zacharie, car ta supplication a été exaucée» (Lc 1, 13).


CERTAINEMENT, nombreuses sont les choses que Zacharie a apprises au cours de ces mois de silence. Tout le monde se doutait qu’il avait eu une vision. Il ne pouvait pas parler mais il y avait quelque chose de plus sur son visage : dans une certaine mesure, ce visage était devenu très expressif. Ces journées ont assurément été des journées d’une prière intense : le silence lui a permis de parvenir à une proximité toute spéciale avec Dieu. Lorsque, finalement, il a recouvré la parole, ses propos montrent que ce temps lui avait servi à mieux se préparer à l’arrivée de son fils, le précurseur, et de son neveu, le Messie tant attendu : « À l’instant même, sa bouche s’ouvrit, sa langue se délia : il parlait et il bénissait Dieu » (Lc 1, 64).

Zacharie saute de joie. Au cours des semaines écoulées il a assurément reconnu la valeur d’un bon nombre de gestes communs, très significatifs lorsque les mots font défaut : un clin d’œil, une caresse, un sourire. Élisabeth a peut-être essayé de saisir ce qu’il voulait dire. Il leur suffisait de se regarder et de partager ce que Dieu avait fait dans leur vie. C’est dans l’intimité qu’ils ont voulu vivre ce cadeau du Seigneur, pour en jouir ensemble dans le silence. Dieu s’était manifesté, un point c’est tout : l’heure était au bonheur et aux rêves. « La crainte saisit alors tous les gens du voisinage et, dans toute la région montagneuse de Judée, on racontait tous ces événements. Tous ceux qui les apprenaient les conservaient dans leur cœur et disaient : “Que sera donc cet enfant ?” En effet, la main du Seigneur était avec lui » (Lc 1, 65-66).

L’expérience de Zacharie nous apprend qu’il nous est donné, à nous aussi, de mieux connaître les plans de Dieu grâce aux événements et aux personnes qui nous entourent. Si nous n’en avions pas encore compris le sens, c’était parce que nous nous écoutions nous-mêmes un peu trop. « Il faut apprendre à faire confiance et à se taire devant le mystère de Dieu et à contempler dans l’humilité et le silence son œuvre, qui se révèle dans l’histoire et qui dépasse si souvent notre imagination » [03]. Lorsque nous faisons silence pour écouter Dieu, comme Zacharie et Élisabeth, alors nous nous remplissons de joie en voyant que Dieu nous bénit, même là et quand nous nous y attendions le moins.


SOUVENT, aimer et se laisser aimer implique de ne pas dire à l’autre comment il doit s’y prendre. L’amour permet à la personne aimée de s’exprimer comme elle l’entend. Il ne lui dicte pas ni n’exige certaines manières d’exprimer l’affection. De façon analogue, il arrive quelque chose de semblable dans nos relations avec Dieu : nous sommes attirés par l’idée de nous laisser surprendre par le Seigneur. La grâce est imprévisible, elle est libre et créative. Zacharie a pu constater à quel point l’initiative divine est merveilleuse. Il a découvert que la confiance comporte toujours la récompense et qu’à tout moment Dieu se tient tout près, même si ce n’est pas évident : « Ne te fie pas à moi… Moi, si, je me fie à toi, Jésus… Je m’abandonne dans tes bras ; j’y laisse ce que j’ai : mes misères ! » [04]

Pour préparer notre cœur à l’arrivée de l’Enfant Jésus, nous pouvons demander à ce saint homme d’avoir sa foi, ses désirs et sa patience. Foi pour demander pendant des années un miracle qui s’est finalement produit alors qu’il ne s’y attendait plus ; désirs pour rêver du Messie et du salut qu’il allait apporter à Israël ; et patience envers soi-même tandis qu’il apprenait à chercher son assurance en Dieu. L’amour comporte toujours un risque, car personne ne peut le garantir ; il dépend de la volonté de celui qui nous aime. C’est pourquoi nous demandons à Zacharie de nous aider aux moments d’inquiétude, lorsque nous sommes pour ainsi dire obligés de faire confiance à Dieu. Il est notre assurance. Sainte Thérèse en témoigne en quelques mots : « Confiez-vous en sa bonté ; jamais il n’a manqué à ses amis » [05].

« Dans l’Évangile revient tant de fois ce ne craignez pas : c’est comme un refrain de Dieu à la recherche de l’homme. En effet, l’homme depuis les origines, encore à cause du péché, a peur de Dieu : “J’ai eu peur […], et je me suis caché” (Gn 3, 10), a dit Adam après le péché. Bethléem est le remède à la peur, parce que malgré les “non” de l’homme, là Dieu dit pour toujours “oui” : pour toujours il sera Dieu-avec-nous. Et pour que sa présence n’inspire pas la peur, il s’est fait un tendre enfant » [06]. Nous pouvons demander à la Vierge Marie que nous soyons capables de faire confiance au Seigneur, à sa bonté et à son affection ; que nous n’essayions pas de contrôler Dieu et que nous nous laissions surprendre par sa Providence pleine d’amour.



[01]. Xavier Echevarria, Memoria del Beato Josemaría Escrivá, Rialp, Madrid, 2000, p. 259.

[02]. Benoît XVI, Audience, 13 juin 2012.

[03] Pape François, Angélus, 24 juin 2018.

[04] Saint Josémaria, Chemin, n° 113.

[05] Sainte Thérèse d’Avila, Livre de sa vie, 11, 4.

[06] Pape François, Homélie, 24 décembre 2018.




Méditation : dimanche de la 4ème semaine de l’Avent, année B
Les thèmes proposés pour la méditation du jour sont : l’Avent de Marie ; le fiat de Notre-Dame ; une fidélité traduite en œuvres de service.

- L'Avent de Marie

- Le fiat de Notre-Dame

- Une fidélité traduite en œuvres de service


« CIEUX, distillez d’en haut votre rosée, que, des nuages, pleuve la justice, que la terre s’ouvre, produise le salut » (Is 45, 8). Nous voilà arrivés au 4ème dimanche de l’Avent, un temps d’espérance. L’expectation du genre humain est centrée sur Marie, puisque c’est elle qui a été l’objet du choix divin. Dieu a contemplé la terre avec miséricorde et s’est penché sur la femme de Nazareth. « Comme le lis entre les ronces, ainsi mon amie entre les jeunes filles » (Ct 2, 2). Aussi l’Avent est-il un temps spécialement marial. Comme il semble logique de le vivre le regard tourné vers Notre-Dame ! Les désirs de son cœur sont simples et à la fois intenses. Elle rêve déjà d’envelopper l’Enfant de l’affection la plus profonde de son âme.

Nous savons que la femme choisie pour apporter la lumière au monde a conçu Jésus-Christ par l’opération du Saint-Esprit. Tout était prévu depuis l’éternité ; Dieu a toujours pensé à Marie « dès le commencement, avant l’apparition de la terre » (Pr 8, 23). C’est pourquoi, en la comblant de sa grâce, il l’appelle à une sainteté unique parmi les créatures. En l’élevant au-dessus de la création, y compris des anges, Dieu nous a fait un don, à nous tous. Puisque Marie est notre Mère et notre Dame, nous pouvons avoir confiance qu’un jour nous arriverons au terme du chemin, où elle nous attend.

C’est un bon moment pour donner suite au conseil de saint Josémaria, en nous exclamant : « Ô Mère, ma Vie, mon Espérance, conduisez-moi par la main… et si en ce moment-même quelque chose déplaît en moi à Dieu mon Père, obtenez-moi la grâce de le découvrir, afin qu’à nous deux nous l’extirpions. Et poursuis, sans crainte : — Ô très clémente, ô pieuse, ô douce Vierge Marie, priez pour moi, afin qu’en accomplissant la très aimable Volonté de votre Fils, je sois digne d’obtenir les promesses de Notre-Seigneur Jésus-Christ et d’en jouir » [01].


MARIE a été la première sur terre à apprendre que le Rédempteur était déjà arrivé. Son Avent personnel, le premier de l’histoire, a débuté lorsque l’ange lui a parlé dans la solitude de sa maison : « Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père » (Lc 1, 31-32). Marie ne doute pas. La demoiselle de Nazareth vit attentive à la volonté divine, toujours à l’écoute de Dieu. L’ange fait irruption dans sa vie, transmet le message divin et trouve une réponse immédiate : « Fiat mihi secundum verbum tuum, que tout m’advienne selon ta parole » (Lc 1, 38). « Et dans l’enchantement de ces paroles virginales, le Verbe s’est fait chair » [02].

C’est ainsi que l’Avent de Marie a commencé. « Ô Mère, Mère ! Par ce mot — fiat — vous avez fait de nous les frères de Dieu et les héritiers de sa Gloire. — Soyez bénie ! » [03] Ce n’est pas un mot éphémère mais une expression qui résume toute une vie. Nous aussi, nous pouvons répéter souvent « fiat », « qu’il m’advienne », de mille manières différentes. En regardant Marie nous apprenons d’elle l’obéissance à Dieu : « Notre Dame écoute avec attention ce que Dieu veut d’elle ; elle médite ce qu’elle ne comprend pas ; elle interroge sur ce qu’elle ne sait pas. Ensuite, elle s’applique de tout son être à accomplir la volonté divine […] Quelle merveille ! Sainte Marie, notre exemple en toutes choses, nous apprend maintenant que l’obéissance à Dieu n’est pas servilité, qu’elle ne subjugue pas notre conscience. Au contraire, elle nous incite intérieurement à découvrir la liberté des enfants de Dieu (cf. Rm 8, 21) » [04].

Notre Mère est un exemple exquis de fidélité et d’abandon au plan rédempteur de Dieu. Pendant ces derniers jours de l’Avent, les propos de Marie canalisent les désirs de notre âme. « Qu’il m’advienne », voilà une prière qui nous préparer à être une demeure digne pour le Sauveur. Alors que nous sommes animés du désir d’imiter notre Mère, elle « nous regarde comme Dieu l’a regardée, humble jeune fille de Nazareth, insignifiante aux yeux du monde, mais choisie et précieuse pour Dieu » [05].


APRÈS son entretien avec l’archange Gabriel, Marie ne reste pas paralysée, repliée sur elle-même. Malgré le trouble de son âme en apprenant ce que Dieu avait réalisé en elle, elle fait le nécessaire pour s’occuper de sa cousine enceinte. Tel est l’Avent de Marie : une fois la nouvelle apprise, elle se met en route vers la maison d’Élisabeth, laissant tomber tout le reste, bien qu’elle aussi fût enceinte et ayant un grand nombre de tâches à faire pour préparer l’arrivée de son Fils.

Marie a appris au quotidien à prendre soin des autres. Cela la rend heureuse. Son attente du Messie est une attente active, débordante d’amabilité avec ceux qui l’entourent. Marie nous montre le chemin de l’Avent : en premier lieu, écouter attentivement la voix de Dieu et, ensuite, nous ouvrir aux soucis des autres pour les servir avec joie. Nous pouvons dire que dans la vie de Marie les heures ne passent pas inutilement. Elle vit chaque seconde avec l’intensité que lui donne sa certitude d’avoir été choisie par Dieu, son regard se portant sur ceux qui sont près d’elle.

« La scène de la Visitation exprime aussi la beauté de l’accueil : là où il y a accueil réciproque, écoute, où l’on fait de la place à l’autre, Dieu est présent ainsi que la joie qui vient de lui » [06]. En contemplant l’humble don de soi de Sainte Marie, nous lui demandons en bons enfants de nous aider pour que le Seigneur trouve en nous, en arrivant à Noël, un cœur bien disposé. Nous voulons vivre ces jours comme notre Mère : lors du premier Avent, les merveilles de Dieu l’ont amenée à servir ceux qui étaient près d’elle.



[01] Saint Josémaria, Forge, n° 161.

[02] Saint Josémaria, Saint Rosaire, Premier mystère joyeux.

[03] Saint Josémaria, Chemin, n° 512.

[04] Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 173.

[05] Benoît XVI, Discours, 8 décembre 2010.

[06] Benoît XVI, Angélus, 23 décembre 2012.




Méditation : 20 décembre

Les thèmes proposés pour la méditation du jour sont : la joie de toute vocation ; trouver grâce auprès de Dieu ; laisser le Seigneur faire son œuvre en nous.


- La joie de toute vocation

- Trouver grâce auprès de Dieu

- Laisser le Seigneur faire son œuvre en nous

L’ARCHANGE saint Gabriel a une mission délicate à accomplir. L’heure est arrivée. Dieu a posé son regard sur une demoiselle de Nazareth pour porter à sa plénitude l’histoire passionnante du rachat de ses enfants. Le messager salue celle qui est comblée de grâce et la création tout entière retient son souffle. « À cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation » (Lc 1, 29). Un bon nombre de représentations artistiques ont imaginé notre Mère en train de lire la Sainte Écriture au moment où l’ange l’a saluée. Et, en effet, c’est cette attitude de méditation qui lui permet probablement d’entretenir un dialogue constant avec Dieu, en considérant sans cesse toutes les choses, donc dans une vie de prière.

En contraste avec Marie, nous, nous avons souvent du mal à saisir les invitations divines. Parfois nous pouvons même penser que Dieu veut nous enlever quelque chose, que, pour accomplir sa volonté, il nous demande de renoncer à la joie dans ce monde. Cependant, la réalité est bien différente. Nul plus que lui ne souhaite notre bonheur, que la joie nous comble, nous faire partager sa joie infinie ; c’est pour cela qu’il est allé jusqu’à la Croix. Seule notre liberté pourrait l’arrêter. « N’ayez pas peur du Christ ! disait Benoît XVI au début de son pontificat. Il n’enlève rien et il donne tout. Celui qui se donne à lui reçoit le centuple. Oui, ouvrez, ouvrez tout grand les portes au Christ – et vous trouverez la vraie vie » [01].

L’Église nous montre dans l’évangile de la messe d’aujourd’hui la vocation de notre Mère, sainte Marie, un récit qui ressemble beaucoup au récit de notre vie. Tout appel est une vocation à la joie. De facto, « le bonheur du ciel est pour ceux qui savent vivre heureux sur la terre » [02]. Si le Seigneur nous demande quelque chose, en réalité c’est lui qui nous offre un don : c’est Dieu qui éclaire notre chemin, le remplit de sens et lui donne plus de relief.


« SOIS SANS crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu » (Lc 1, 30). Ces propos de l’ange révèlent de quelle manière Dieu regarde la plus belle de ses créatures. Marie est, dans une certaine mesure, le rêve de Dieu, sa consolation, son espérance. Il nous est difficile de penser que Dieu puisse nous contempler ainsi. Bien entendu, nous savons que le Seigneur est miséricordieux et qu’il nous fait don de sa grâce et nous la rend autant de fois que nécessaire. Cependant, qu’il trouve grâce en nous, que nous puissions lui faire plaisir comme la Vierge Marie, voilà qui nous semble hors de portée.

Néanmoins, « les paroles de l’ange descendent sur les peurs humaines en les dissolvant par la force de la bonne nouvelle dont elles sont porteuses : notre vie n’est pas un pur hasard ni une simple lutte pour la survie, mais chacun d’entre nous est une histoire aimée par Dieu. Le fait d’“avoir trouvé grâce à ses yeux” signifie que le Créateur découvre une beauté unique dans notre être et a un projet magnifique pour notre existence. Cette conscience ne résout certainement pas tous les problèmes et n’enlève pas les incertitudes de la vie, mais elle a la force de la transformer en profondeur. L’inconnu que demain nous réserve n’est pas une menace obscure à laquelle il faut survivre, mais un temps favorable qui nous est donné pour vivre l’unicité de notre vocation personnelle et la partager avec nos frères et sœurs dans l’Église et dans le monde » [03].


AUPRÈS DE Dieu trouvent grâce les âmes simples, celles qui se laissent aimer et élever jusqu’à la sainteté la plus éminente. Rien ne plaît davantage à un père que de voir briller ses enfants : « Que tout m’advienne selon ta parole ». Bien des années avant que la Vierge Marie ne prononce ses mots, Israël s’était engagé à tenir ses promesses, au moment où Dieu a établi son alliance avec le peuple élu : « Toutes ces paroles que le Seigneur a dites, nous les mettrons en pratique » (Ex 24, 3). Marie et Israël emploient le même verbe : cependant, Israël met l’accent sur son action, alors que Marie le met sur la force de Dieu. Le résultat des deux réponses est manifeste, car il est très différent de faire que de laisser faire. Bien que cette dernière attitude semble plus facile, nous savons que c’est souvent l’inverse. Nous préférons, à tort, avoir les choses sous notre contrôle et ce qui échappe à notre vigilance et à notre prévoyance nous met souvent mal à l’aise.

L’Avent est un temps de joie, de bonheur, de paix. Nous savons que les difficultés ne vont pas disparaître, mais nous serons sauvés si nous apprenons à dire oui à l’action de Dieu. « Marie nous invite nous aussi à prononcer ce “oui” […] Tout d’abord cela peut apparaître comme un poids presque insupportable, un joug qu’il n’est pas possible de porter ; mais en réalité, la volonté de Dieu n’est pas un poids, la volonté de Dieu nous donne des ailes pour voler haut, et nous pouvons ainsi aussi oser, avec Marie, ouvrir à Dieu la porte de notre vie, les portes de ce monde, en disant “oui” à sa volonté » [04].

Dire oui, c’est demander à Dieu que sa volonté soit faite, demander la grâce de ne pas être un obstacle pour ses plans, de ne pas gêner l’action de l’Esprit Saint. Il n’est pas facile d’ouvrir des espaces dans notre cœur pour un si grand amour. Le défi consiste à se rendre compte que « la chose la plus importante n’est pas de le chercher, mais plutôt de faire en sorte que ce soit lui qui me cherche, qui me trouve et qui me caresse avec amour. Voici la question que nous pose l’Enfant par sa seule présence : est-ce que je permets à Dieu de m’aimer ? » [05] Remercions Jésus et sa Mère bénie pour notre chemin de sainteté ; pour une vie parsemée d’un bonheur quotidien, à la fois très normale et divine.


[01]. Benoît XVI, Homélie, 24 avril 2005.

[02]. Saint Josémaria, Forge, n° 1005.

[03]. Pape François, Message pour la XXXIIIe Journée Mondiale de la Jeunesse, 25 mars 2018.

[04]. Benoît XVI, Homélie, 18 décembre 2005.

[05]. Pape François, Homélie, 24 décembre 2014.




Méditation : 21 décembre

Les thèmes proposés pour la méditation du jour sont : Marie se hâte vers la montagne ; reconnaissance pour la bonté de Dieu ; la joie de celui qui croit.

- Marie se hâte vers la montagne

- Reconnaissance pour la bonté de Dieu

- La joie de celui qui croit

« MARIE se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée » (Lc 1, 39) ; elle sent que sa cousine a besoin d’elle et court à sa rencontre, sans s'arrêter. Quelle chance pour Elisabeth d'avoir une telle parente : si volontaire, si sensible, si docile aux besoins des autres. « D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ?» (Lc 1,43). Peut-être pouvons-nous, nous aussi, adresser une prière comme celle-ci au Seigneur : pourquoi ai-je une telle chance de te connaître, Seigneur, de pouvoir te parler maintenant, de t'avoir dans mon âme ? Nous demandons à sainte Élisabeth, qui a reçu la première visite du Messie incarné, de nous aider à remercier Dieu pour ses attentions envers chacun de nous. Et cela, en même temps, nous conduit à vouloir, comme sainte Marie, nous hâter de partager ce don avec de nombreuses âmes.

Elisabeth s'est émue quand sa cousine est arrivée. Quelque chose secoua profondément son âme. Elle se remplit du Saint-Esprit. Dès les premières mesures de la nouvelle alliance, Dieu inonde de sa grâce les âmes qui se laissent caresser par elle. Nous savons donc que Marie était pleine de grâce et qu'Elisabeth se remplit du Saint-Esprit. Cette capacité du cœur humain à contenir Dieu est impressionnante. Saint Josémaria était bouleversé devant la grandeur et l'infinitude d'un Créateur qui veut être si proche de nous : « Que tu es grand, et que tu es beau, et que tu es bon ! Et moi, quel sot je suis, qui faisait semblant de te comprendre ! Que tu serais petit, si tu arrivais à tenir dans ma tête ! Tu tiens dans mon cœur, ce qui n'est pas rien » [01]


DEVANT LA GRANDEUR de la mission qu'elles avaient reçue, ces deux cousines ne reculent pas, comme effrayées. Elles ne sont pas emportées par la peur de l'échec ou de l'angoisse. Elles font entièrement confiance à Dieu. Elles sont reconnaissantes. Elles ne se voient qu'entourées de dons, et, une action de grâce jaillit de leurs cœurs, sans trop penser aux difficultés qu'elles ont déjà rencontrées ou qui viendront inévitablement.

C'est ainsi que ces deux mères apparaissent : sereines, heureuses, reconnaissantes. Elles se savent aimées de Dieu et cela les pousse bien au-delà de ce qui est humainement raisonnable. Marie et Elisabeth sont enthousiastes. Leurs fils marqueront, chacun d'une manière différente, un avant et un après dans l'histoire de l'humanité. Elles ne s'inquiètent pas trop de la façon dont tout cela va se faire, elles sont convaincues que Dieu le fera très bien. « Bienheureuse es-tu parce que tu as cru, dit Elisabeth à notre Mère. — L'union à Dieu, la vie surnaturelle, comporte toujours l'exercice attrayant des vertus humaines : parce qu'Elle "porte" le Christ, Marie apporte la joie chez sa cousine »[02].

Pour Elisabeth, le silence de son mari Zacharie, fut aussi une source de grâce. Cela l'a probablement fait prier davantage, et demander directement à Dieu le sens de ses plans. Ensemble, Elisabeth et Zacharie se préparèrent silencieusement à la venue de Jean ; de cette façon, il était plus facile d'empêcher que le superficiel ne dissimule le grand mystère de la rédemption qui se déroulait sous leurs yeux. Ils avaient été choisis pour être de la famille du Messie et cela suffisait à remplir leurs heures d'un dialogue continu avec Dieu.


« TU ES BÉNIE entre toutes les femmes » (Lc 1,42). C'est probablement l'une des phrases les plus répétées de l'histoire. Nous la prononçons à chaque Je vous salue Marie, avec tous les chrétiens du monde et de tous les temps. Et les années ont confirmé qu'Elisabeth avait vu juste. Quiconque a confiance en Dieu est plus heureux. Seules les promesses qui sont sûres, qui ne sont pas fragiles, sont celles du Seigneur. Comme dans la vocation de Marie, nous pouvons aussi voir dans l'histoire d'Elisabeth que la joie tient une place importante : Jean tressaille de joie dans le sein de sa mère en présence de Jésus.

Nous aussi aimerions tressaillir de joie en permanence. Nous aimerions ressentir même physiquement la présence du Christ, sa proximité. Certes, sainte Élisabeth avait prié pendant de nombreuses années avant ces événements. Peut-être avait-elle déjà supposé qu'elle n'aurait pas d'enfants. C'est alors que Dieu intervient dans sa vie, faisant d'elle la mère du plus grand parmi les enfants des femmes (cf. Mt 11,9). Ainsi en va-t-il de Dieu qui fait la même chose dans notre vie. Là où Il semble nous manquer, c'est de là qu'Il nous bénit. Là où nous ne parvenons pas, sa grâce abonde. Là où nous nous abandonnons à sa Providence, nous constatons que ses plans sont les meilleurs, les plus émouvants et les plus ambitieux. « Dieu vient gratuitement. Son amour n'est pas négociable : nous n'avons rien fait pour le mériter et nous ne pourrons jamais le payer de retour »[03].

Qui aurait pu penser six mois auparavant que sa cousine allait être la mère du Messie et qu'elle serait celle du précurseur ? Combien de fois notre foi est-elle mise à l'épreuve par des circonstances défavorables ou par notre désir de vouloir considérer toutes les variables et possibilités de l’avenir ? Nous pouvons demander à Elizabeth et à Sainte Marie de nous aider à rendre grâce avec une joie comparable à la leur. « D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ?» (Lc 1,43).



[01] Saint Josémaria, Notes de la prédication, 9-VI-1974.

[02] Saint Josémaria, Sillon, n° 566.

[03] François, Homélie, 24-XII-2016.




Méditation : mardi 22 décembre
Les thèmes proposés pour la méditation du jour sont : la reconnaissance de Marie ; Dieu vient en aide à notre désir de Lui ; de la gratitude à la générosité.

- La reconnaissance de Marie

- Dieu vient en aide à notre désir de Lui

- De la gratitude à la générosité


MARIE a marché d'un pas rapide, jusqu'à la maison d'Élisabeth et Zacharie. À son arrivée, elle constate que tout ce que l'ange lui a dit est vrai. Elle y croyait fermement, mais quelle joie de voir sa cousine attendre un enfant ! Ce qu'elle ressent déjà dans ses entrailles se confirme à nouveau : la présence du Messie. Sa joie déborde et touche Jean lui-même. On peut penser que le Baptiste attend déjà impatiemment le moment de proclamer la bonne nouvelle, dès le ventre de sa mère : Jean ne perd pas un instant et l'annonce à sa mère, qui, pour l'instant, est la seule à l'entendre.

Pour Marie, ce fut sans doute une immense joie de pouvoir partager avec quelqu'un ce qui remplissait son cœur. En saluant Élisabeth, elle comprit vite que celle-ci savait déjà tout. Jusqu'alors, elle avait gardé la nouvelle au plus profond de son cœur. La Mère de Jésus commence à chanter et, dans sa louange, elle entrelace l'histoire d'Israël avec les paroles qu'elle a lues tant de fois dans la Sainte Écriture. L'amour divin pour elle est si grand qu'elle ne sait comment l’exprimer ; elle doit emprunter ses paroles à Dieu lui-même, comme nous le faisons presque toujours dans la liturgie de l'Église. Élisabeth lui a dit des choses magnifiques, mais elle les adresse immédiatement à l'auteur de telles merveilles. Il en sera ainsi tout au long de sa vie : conduire les hommes à Dieu.

« Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur » (Lc 1,46). Marie est impressionnée par la manière dont Dieu fait les choses et par la raison pour laquelle il se sert d’elle : « Il s’est penché sur son humble servante » (Lc 1,48). Marie se sent regardée d'une manière particulière par Dieu et cette conviction la conduit à rendre grâce.


BIEN SÛR Marie n'avait jamais rêvé de trouver grâce à ce point, aux yeux de son Créateur. Elle se rend compte que c'est l'immense bonté de Dieu qui se répand, sans aucune autre raison que la liberté divine elle-même. Nous sommes saisis d'émerveillement. Nous avons du mal à imaginer et à croire en un Dieu qui soit si content de nous, pauvres créatures que nous sommes.

En même temps, à cause de l'expérience du péché, nous pouvons nous sentir quelquefois un peu étrangers à cette gratitude, car il ne faut pas oublier que "l’aptitude à percevoir Dieu semble presque un don qui est refusé à certains. Et en effet – notre manière de penser et d’agir, la mentalité du monde contemporain, l’éventail de nos diverses expériences sont de nature à affaiblir la sensibilité à Dieu, à nous 'priver d’oreille musicale' pour Lui. » [01]. Ce manque d'oreille ne doit pas nous inquiéter. Saint Thomas d'Aquin nous rassure : « La grâce de Dieu et son amour pour nous sont tellement splendides qu'Il a fait plus pour nous qu'on ne peut le comprendre »[02]. En d'autres termes, bien que nous ayons du mal à syntoniser avec Lui, la grâce de Dieu va beaucoup plus loin et nous aide.

Dieu se tourne vers chacun de ses enfants, avec toute son intensité. " Il n’a pas attendu que nous devenions bons pour nous aimer, mais il s’est donné gratuitement à nous. (...) Et la sainteté n’est autre que conserver cette gratuité. " [03]. Être saint, c'est se laisser aimer par Dieu, comme ça, parce qu'Il en a envie, sans aucune autre raison. Saint Josémaria employait des mots qui nous surprennent peut-être : « Avec la Foi et l'Amour, nous pouvons "faire perdre la tête" à Dieu, qui devient fou à nouveau - Il était déjà fou sur la Croix, et Il est fou chaque jour dans l'Hostie -, comme un Père aime avec prédilection son premier né »[04]. Nous sommes aussi l'objet de ce regard gratuit de Dieu. Marie comprend que sa joie sera proclamée par toutes les générations et le don qu'elle fait d'elle même jaillit de cette reconnaissance.


LES DESIRS de correspondance et de générosité jaillissent plus facilement d'un cœur reconnaissant. Nous ne pouvons atteindre le vrai bonheur et nous engager vraiment à rendre amour pour amour, que lorsque nous laissons notre cœur réagir avec gratitude. Par nos forces, nous ne pouvons pas répondre à Dieu proportionnellement à ce qu'Il nous donne. Cette incapacité nous libère, d'une certaine façon. Le don que nous faisons de nous-mêmes même est l'œuvre de Celui qui « fit pour moi des merveilles » (Lc 1,49) parce qu'Il est tout-puissant, même pour tirer de nous ce qui nous dépasse au départ. « Sa miséricorde s'étend d'âge en âge » (Lc 1,50), d'Abraham à aujourd'hui, jusqu'à ma vie, concrète, ordinaire et inconnue de tant de personnes.

Dieu aime manifester la puissance de son bras et ainsi confondre ceux qui pensent qu'ils peuvent être heureux par eux-mêmes et que leur seule volonté suffit. Dieu a ordonné de placer au sommet de son royaume les humbles, les petits qui se laissent devenir grands. Il ébranlera tout trône construit par des mains humaines. Dieu veut combler de biens ceux qui se sentent dans le besoin, et parmi ces biens le premier d'entre eux est son amour inconditionnel et infini : Il est décidé à faire déborder notre imagination et à dépasser nos désirs les plus optimistes.

Malheureusement, pour ceux qui se sentent riches sans l'être, Dieu ne pourra pas leur offrir son trésor. Ce sera un grand regret pour Lui, car Il veut combler tous ses enfants de son amour. Mais c'est l'histoire de sa miséricorde, de sa tendre affection pour chacun. C'est l'histoire de la liberté d'un Dieu qui offre toute sa joie, de génération en génération, qui cherche continuellement des chemins pour que l'homme se laisse aimer. Marie, avec son « fiat », l'a réalisé comme personne d'autre, et elle se fera un plaisir de nous l’enseigner et de nous accompagner sur le chemin.



[01] Benoît XVI, Homélie, 24-XII-2009.

[02] Saint Thomas d’Aquin, Sur le Credo, 1, c., 61.

[03] François, Homélie, 24-XII-2019.

[04] Saint Josémaria, Instruction, 19-III-1934, n° 39.




Méditation : mercredi 23 décembre
Les thèmes proposés pour la méditation du jour sont : la mission de Jean ; se cacher et disparaître ; la manière silencieuse d’agir de Dieu.

- La mission de Jean

- Se cacher et disparaître

- La manière silencieuse d'agir de Dieu


« QUE SERA donc cet enfant ? » (Lc 1,66). Dans leur petit village, les amis de Zacharie et d’Élisabeth sont surpris. Des choses merveilleuses se passent autour de la naissance de Jean. L'attente grandit de jour en jour. Son père vient de retrouver la parole et tous ses mots ne sont que louanges et bénédictions de Dieu. Zacharie ne peut cacher sa joie et sa reconnaissance. Ceux qui l'entourent pressentent l'œuvre divine dans tous ces événements, et ils ne veulent donc rien rater ; ils gravent toutes les paroles au plus profond de leur âme.

Dans ce village, « ils apprirent que le Seigneur (...) avait montré la grandeur de sa miséricorde » envers Élisabeth (cf. Lc 1,58). À la veille de Noël, nous voulons nous aussi entendre à nouveau les miséricordes de Dieu, combien Il est bon, combien Il nous aime et comment Il veut nous sauver et nous libérer du péché. Nous pouvons demander aux proches de Marie de nous aider à affiner notre oreille, à nous préparer du mieux possible à accueillir le merveilleux don de la rédemption. En ces jours de Noël, nous voulons entendre sans cesse la douce voix de Jésus. « Restons en silence et laissons parler cet Enfant ; imprimons dans notre cœur ses paroles sans détourner notre regard de son visage. Si nous le prenons dans nos bras et si nous nous laissons embrasser par lui, il nous apportera la paix du cœur qui n’aura jamais de fin » [01].

Dans l'Évangile d'aujourd'hui, nous voyons que le précurseur vient de naître. Il n'est pas le Messie et il le sait. Certains le lui demanderont expressément. Et nous savons qu'il répond toujours la même chose : «Lui, il faut qu’il grandisse ; et moi, que je diminue » (Jn 3, 30). Il ne nous est pas toujours facile de laisser le Seigneur agir. Il n'est pas facile d'apprendre à ne pas nous mettre au centre. Nous nous sommes sûrement impliqués dans la mission apostolique et peut-être avons-nous beaucoup prié pour une personne en particulier. Cependant, le véritable apôtre sait rester à l'arrière-plan, il sait qu'il n'est pas essentiel, il ne veut pas être le personnage principal. C'est le message du Christ et non le sien qu'il apporte aux âmes. Nous pouvons demander à Saint Jean-Baptiste de nous aider à être, comme lui, de bons précurseurs de l'arrivée de Jésus dans la vie de tant de personnes qui nous entourent.


PROFITER de quelque chose, c'est en apprécier les fruits. L'apôtre voit toujours des fruits, car il sait que rien de ce qu'il fait en union avec Jésus-Christ ne tombe dans l'oreille d'un sourd. La mission lui plaît toujours, même s'il n'en voit pas le résultat. La manière dont Dieu accomplit la rédemption est mystérieuse. Sa naissance, que nous célébrerons sous peu, s'est produite sans que presque personne ne le sache. Et Jean est un bon précurseur car il fait la même chose que Jésus : il est discret, simple, il ne se donne pas d'importance. Comme le dit saint Augustin : « Il vit où était le salut, il comprit qu'il n'était qu'une torche et il craignit d'être éteint par le vent de l’orgueil »[02].

Se cacher et disparaître remplit de paix l'âme de l'apôtre car quiconque vit ainsi se considère comme un simple instrument. Il est conscient que ce n'est pas lui qui supporte tout le poids. Dans les bons moments, il reconnaît que c'est Dieu qui a agi. Dans les moments difficiles, il ne s'inquiète pas car il sait que Dieu va tout arranger. Et cela n'enlève rien à son enthousiasme ni à sa spontanéité. En revanche, cela lui enlève la tension, l'angoisse et la rigidité. Chaque fois que nous pensons que quelque chose nous échappe, nous pouvons dire au Seigneur que nous Lui faisons confiance ; que nous ne voulons rien pour nous-mêmes, mais que nous sommes disposés à être le canal grâce auquel Il permet aux autres d'être heureux.

De nombreux saints tendent à vivre cette humilité. Ils veulent imiter Jésus et, comme Lui, ne chercher que la gloire de Dieu. Saint Josémaria fait le lien entre ces deux attitudes. Il pourrait sembler que disparaître, c'est se retirer, laisser tomber la mission, mais ce n'est pas cela. Nous le voyons clairement dans la vie de Jean-Baptiste et chez tous les saints : en étant humbles, ils n'ont pas ignoré les âmes qui étaient proches. C'est pourquoi saint Josémaria a pu dire : « J’ai ressenti dans mon âme, depuis que j'ai décidé d'écouter la voix de Dieu - quand j'ai pressenti l'amour de Jésus -, un désir de me cacher et de disparaître ; vivre cet illum oportet crescere, me autem minui (Jn 3,30) : il convient que la gloire du Seigneur augmente et que moi, on ne me voie pas »[03]. D'autres fois, il le disait plus succinctement : « Me cacher et disparaître, pour que seul Jésus brille »[04]


JEAN devança aussi le Christ au moment de donner sa vie. Cela a dû être une grande joie pour lui de voir comment ses disciples rencontraient le Messie et restèrent avec Lui. Lorsqu'il fut arrêté et condamné, peut-être pensa-t-il que tout cela en valait la peine, pour accomplir la volonté de Dieu, mais il ne savait pas que le Messie lui-même suivrait ses traces peu de temps après. Le Baptiste est le plus grand des enfants nés de femme (cf. Mt 11,11) et, néanmoins, il a vécu en essayant de passer inaperçu. Si le nom de Jean signifie favorisé par Dieu, on peut dire que Dieu rend heureux celui qui se fait discret, Il lui donne la paix, Il le réjouit. Le joug est doux et le fardeau léger.

Le plan de Dieu se réalise ainsi, silencieusement et sans que beaucoup s'en rendent compte. Nous voulons que le Christ règne et Il a déjà décidé comment : depuis la croix, par la douleur qu’implique le fait de se charger des péchés de tous les hommes. La prophétie sur l'humilité divine poussée à l'extrême s'est accomplie : « L’abaissement de Dieu a pris un réalisme inouï et inimaginable auparavant. (...) Le Créateur qui tient tout dans ses mains, dont nous dépendons tous, se fait petit et nécessiteux de l’amour humain. Dieu est dans l’étable. (...) De quelle façon, en effet, sa prédilection pour l’homme, sa préoccupation pour lui pourraient apparaître plus grandes et plus pures ? (...) Parce que rien ne peut être plus sublime, plus grand que l’amour qui de cette manière s’abaisse, descend, se rend dépendant »[05].

Nous demandons à la Vierge Marie, l'humble femme de Nazareth qui a toujours voulu que Jésus soit le protagoniste, de nous aider à être des instruments efficaces et discrets entre les mains du meilleur artisan de l'histoire.



[01] François, homélie, 24-XII-2015.

[02] Saint Augustin, Sermon, n° 293.

[03] Saint Josémaria, Lettre 29-XII-1947, 14-II-1966, n° 16.

[04] Saint Josémaria, Lettre, 28-I-1975.

[05] Benoît XVI, Homélie, 24-XII-2008.




Méditation : jeudi 24 décembre
Les thèmes proposés pour la méditation du jour sont : rendre grâces pour la venue de Jésus ; la grâce de Dieu s’est manifestée ; l’attente prend fin.

- Rendre grâces pour la venue de Jésus

- La grâce de Dieu s'est manifestée

- L'attente prend fin


« BÉNI soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, qui visite et rachète son peuple » (Lc 1,67). Ce sont les mots de Zacharie après neuf mois sans pouvoir parler. Son chant pourrait se résumer ainsi : que Dieu est bon ! C'est avec cet évangile que l'Église veut que s'achève le temps d'attente que nous avons vécu. Ce saint homme n'a pas vu ces mois comme un châtiment. Bien au contraire : il est reconnaissant pour ce qui lui a été donné, pour la merveilleuse opportunité qu'il a eue de se disposer convenablement pour ce que son fils Jean va annoncer. C'est un temps semblable à l'Avent que Dieu nous a offert, une fois de plus. Nous avons plus ou moins bien profité de ces jours de préparation. Quoiqu'il en soit, cela nous fera beaucoup de bien de remercier Dieu qui a travaillé dans notre âme même si nous la voyons comme une pauvre étable. Dieu a préparé pour son Fils une place très spéciale dans notre crèche.

Il nous arrive peut-être ce qui est arrivé à l'un des bergers la veille de Noël : « Une belle légende raconte qu’à la naissance de Jésus, les bergers accouraient à la grotte avec divers dons. Chacun apportait ce qu’il avait, celui-ci des fruits de son travail, celui-là quelque chose de précieux. Mais, tandis que tous se dépensaient avec générosité, il y avait un berger qui n’avait rien. Il était très pauvre, il n’avait rien à offrir. Tandis que tous rivalisaient pour présenter leurs dons, il se tenait à l'écart, tout honteux. À un moment donné, saint Joseph et la Sainte Vierge se trouvèrent embarrassés pour recevoir tous ces cadeaux, si nombreux. Marie, surtout, qui devait porter l’Enfant. Alors, en voyant ce berger les mains vides, elle lui demanda de s’approcher. Et elle déposa Jésus dans ses bras. En le recevant, ce berger comprit qu'il avait reçu ce qu’il ne méritait pas, il avait entre les bras le plus grand cadeau de l’histoire. Il regarda ses mains, ces mains qui lui paraissaient toujours vides : elles étaient devenues le berceau de Dieu. Il se sentit aimé et, surmontant la honte, il commença à montrer Jésus aux autres, parce qu’il ne pouvait pas garder pour lui le présent de tous les présents. »[01]


« SI TES MAINS te semblent vides, si tu vois ton cœur pauvre d’amour, cette nuit est pour toi. La grâce de Dieu est apparue pour resplendir dans ta vie. Accueille-la et la lumière de Noël brillera en toi »[02]. Au-delà de la façon dont nous percevons notre lutte et notre apostolat, nous savons qu'en réalité nos mains ne sont pas vides. Saint Josémaria nous a proposé de nous présenter à Bethléem avec quelque chose de très précieux : « Dans cette froide solitude, avec sa Mère et Saint Joseph, ce que Jésus veut, ce qui va le réchauffer, c'est notre cœur »[03].

Peut-être serions-nous plus tranquilles si nous étions arrivés à ce moment les mains pleines de bonnes œuvres, de sainteté et d'affection pour tous ceux qui nous entourent. Mais souvent la réalité ne répond pas à nos souhaits. Il se peut que dans notre vie, pleine d'engagements et de démarches en suspens, le temps soit passé trop vite, sans que nous l'ayons trop remarqué. Peu importe : nous pouvons nous aussi nous approcher de la crèche aujourd'hui et nous serons très bien accueillis. Nous découvrirons qu'on nous y attendait, que la Sainte Vierge et Saint Joseph se réjouissent infiniment de nous y accueillir à ce moment précis de notre histoire.

Le salut est là. Juste quelques heures à attendre, mais la joie commence à nous envahir. Saint Bernard nous confirme dans nos souhaits les plus ambitieux : « Maintenant donc, notre paix n'est pas promise, mais envoyée ; elle n'est pas différée, mais accordée ; elle n'est pas prophétisée, mais réalisée : le Père a envoyé sur terre quelque chose comme un sac plein de miséricorde ; un sac, je dirais, qui se déchirera lors de la Passion, de sorte que le prix de notre salut qu'il contient se déversera ; un sac qui, bien qu'il soit petit, est déjà complètement plein. En effet, un enfant nous a été donné, mais en cet enfant réside toute la plénitude de la divinité. » [04]


LES MOTS de Zacharie sont la dernière prophétie avant que notre salut ne soit définitivement accompli. Dieu a été ému par les ténèbres dans lesquelles nous vivons et vient pour nous sauver, non pour juger si nous sommes dignes de Le recevoir. Nous voulons, guidés par cet Israélite juste et pieux, atteindre les profondeurs de l'intimité divine « grâce à la tendresse, à l’amour de notre Dieu, quand nous visite l’astre d’en haut » (Lc 1,78). Il n'y a pas de manière plus ardente de parler.

Nous pourrions perdre ce privilège en commettant une erreur, très facile lors de ces dernières heures : « Nous vivons dans des philosophies, dans des affaires et des métiers qui nous remplissent complètement et depuis lesquels le chemin vers la crèche est très long. Dieu doit continuellement nous encourager de bien des manières, et nous donner un coup de main pour que nous puissions sortir de l'enchevêtrement de nos pensées et de nos engagements, et ainsi trouver notre chemin vers Lui »[05]. Nous allons parcourir cette dernière partie main dans la main avec Sainte Marie, peut-être avec elle sur l'âne qui l'emmène à Bethléem.

En cette nuit - pour reprendre les paroles de Saint Jean-Paul II - Dieu «entre dans l’Histoire. Il se soumet à la loi de la fluidité humaine. Il clôt le passé. Avec lui se termine le temps de l’attente, c’est-à-dire l’Ancienne Alliance. Il ouvre l’avenir : la Nouvelle Alliance de la grâce et de la réconciliation avec Dieu. C’est le nouveau 'début' des temps nouveaux »[06]. Nous accompagnons la Vierge pendant qu'elle prépare la crèche : la paille, la mangeoire, les couches… Et elle y met tout son amour pour que l'Enfant ne manque de rien. Nous adorons fournir ces services et voir que, dans un sens, ils voulaient tous deux avoir besoin de nous.



[01] François, Homélie, 24-XII-2019.

[02] Ibid.

[03] Saint Josémaria, Le dialogue avec le Seigneur, « Prier sans interruption », n° 2.

[04] Saint Bernard, Premier sermon de l’Épiphanie, 1 -2.

[05] Benoît XVI, Homélie, 24-XII-2008.

[06] Saint Jean Paul II, Homélie, 1-I-1979.