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Méditation : 5ème dimanche de Carême - année C

- Jésus pardonne à la femme adultère

- La confession regarde  l’avenir

- La valeur de la contrition


LES PHARISIENS semblent avoir enfin trouvé une occasion favorable pour mettre la main sur Jésus. Ils lui ont présenté une femme prise en flagrant délit d’adultère qui, selon les prescriptions juives, méritait d’être lapidée. Qu’est-ce que le Maître de Nazareth aurait à dire à ce sujet, lui qui qui avait toujours été si prompt à pardonner aux pécheurs ? Mais Jésus semble ne même pas remarquer leur accusation. Avec une certaine indifférence, il commence à écrire sur le sol. Et lorsque les pharisiens insistent pour qu’il dise quelque chose, il se lève et s’exclame : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre » (Jn 8, 7).

Nous pouvons imaginer la peur de la femme qui attendait, les yeux fermés, une pluie de pierres. Elle devait certainement craindre de mourir. Elle pensait  peut-être que cette fin était juste,  et se repentait de ses péchés. C'était sans compter sur la miséricorde de Dieu, qui surpasse tout calcul humain. Les accusateurs sont partis les uns après les autres, et elle est restée seule devant Jésus. Comme chaque fois que nous nous rendons au sacrement de la confession, le regard d’amour du Christ s’est posé sur son visage et l’a pardonné. « Recevoir le pardon des péchés par le prêtre est une expérience toujours nouvelle, originale et inimitable. Elle nous fait passer de la solitude avec nos misères et nos accusateurs, comme la femme de l’Évangile, à la libération et à l’encouragement par le Seigneur, qui nous fait repartir de zéro » [01].

"Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t’a condamnée ?" (Jn 8, 10). La femme savait qu’elle avait péché, et peut-être attendait-elle un mot de réprimande de la part de ce mystérieux rabbin. Mais le Seigneur, au lieu de la réprimander, lui donne deux trésors : le pardon de Dieu et l’espoir d’une vie nouvelle. « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus » (Jn 8, 11).


« UNE SEULE chose compte, écrit saint Paul aux Philippiens : oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l’avant, je cours vers le but en vue du prix auquel Dieu nous appelle là-haut dans le Christ Jésus » (Ph 3, 13-14). Notre chemin de foi est toujours tourné vers l’avenir. Nous voulons que chaque geste de notre vie soit une anticipation du ciel. Nous sommes appelés à rendre présent dès maintenant, dans les détails quotidiens de notre journée, le but final de notre vie.

Chaque fois que nous recherchons le pardon de Dieu, nous courons vers Jésus et anticipons ainsi le ciel dans notre vie terrestre. Dans la confession, nous goûtons aux fruits de la mort et de la résurrection du Christ et nous y prenons part. C’est pourquoi, dans le sacrement de la miséricorde, nous pouvons faire l’expérience intime que « ses bras cloués s’ouvrent pour chaque être humain et nous invitent à nous approcher de lui, certains qu’il nous accueille et nous embrasse avec une tendresse infinie » [02].

Le fait de savoir que le Seigneur nous a pardonnés nous amène à laisser tomber les mauvaises expériences du passé et à nous tourner vers l’avenir. « Quoi qu’il arrive, en avant ! Serre avec force le bras du Seigneur et considère que Dieu ne perd point de bataille. Si, pour un motif quelconque, tu t’éloignes de lui, réagis avec humilité, commence et recommence, conduis-toi en fils prodigue tous les jours et même à plusieurs reprises au long d’une même journée. Redresse ton cœur contrit dans la confession, qui est un authentique miracle de l’Amour de Dieu. Le Seigneur lave ton âme dans ce sacrement merveilleux ; il t’inonde de joie et de force pour que tu ne défailles pas dans ta lutte » [03].


SELON UNE ANCIENNE tradition ecclésiastique, en ce cinquième dimanche de carême, les icônes religieuses dans les églises et les crucifix peuvent être voilés. La couleur violette de ces tissus nous rappelle que nous sommes dans un temps de pénitence. La disparition temporaire des représentations de Dieu, des anges et des saints nous prédispose à un recueillement plus profond.

L’Église nous a toujours enseigné que, « parmi les actes du pénitent, la contrition vient en premier lieu » [04]. Il ne s’agit pas simplement d’un effort humain pour faire ce qui est juste. Cet acte est « le mouvement du “cœur contrit” (Ps 51, 19) attiré et mû par la grâce (cf. Jn 6, 44 ; 12, 32) à répondre à l’amour miséricordieux de Dieu qui nous a aimés le premier » [05]. La contrition n'est donc pas en une sensation oppressante de culpabilité, qui nous pousse peut-être à nous décourager dès que nous ressentons nos limites. Il s’agit plutôt de la sensibilité d’un cœur amoureux qui, se sachant pécheur, utilise même ses pierres d’achoppement pour montrer à Dieu qu’il l’aime encore.

Dieu veut que l’amour que nous avons reçu dans le sacrement de pénitence se transforme en un désir de faire le bien, de transmettre cette même miséricorde à ceux qui nous entourent. La contrition s’accompagne du désir de ne plus offenser Dieu - afin de ne plus nous faire de mal - et de se détourner de tout ce qui pourrait nous éloigner de lui. Marie a vu son fils porter tous les péchés de l’humanité sur la croix. Nous pouvons lui demander, à elle, refuge des pécheurs, de nous renouveler chaque fois que nous nous confessons avec contrition.


[01]. Pape François, Homélie, 29 mars 2019.

[02]. Benoît XVI, Discours, 21 mars 2008.

[03]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 214.

[04].Catéchisme de l’Église Catholique, n° 1451.

[05].Ibid.













Méditation : lundi de la 5ème dimanche de Carême

- Jésus est la lumière du monde

- Un regard lumineux

- Le Seigneur est mon berger


« JE SUIS la lumière du monde », dit Jésus aux Pharisiens alors qu’il enseignait dans le Temple, « celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, il aura la lumière de la vie » (Jn 8,12). Peut-être avons-nous dû, plus d’une fois, faire face à l’obscurité de la nuit. Alors, les figures des choses qui nous entouraient disparaissaient, et nous perdions notre orientation. Mais au moment où la lumière revenait soudainement, tout retrouvait ses contours et son sens.

Nous trouvons un réconfort dans ces paroles où le Seigneur se proclame notre lumière, pour ces moments d’obscurité où nous pouvons parfois être envahis par le pessimisme ou la tristesse. « Certes, ceux qui croient en Jésus ne voient pas toujours dans la vie que le soleil, comme s’ils pouvaient pour ainsi dire s’épargner les souffrances et les épreuves ; mais ils ont toujours une lumière claire qui leur montre un chemin, le chemin qui mène à la vie en abondance (cf. Jn 10, 10). Les yeux de ceux qui croient au Christ entrevoient même dans la nuit la plus noire une lumière, et voient déjà l’éclat d'un jour nouveau » [01].

« Reste avec nous, car le soir approche et déjà le jour baisse » (Lc 24, 29), dit l’un des disciples sur la route d’Emmaüs en s'adressant au Christ. Nous aussi, nous pouvons souvent ressentir le besoin de demander au Seigneur de ne pas se retirer de notre vie. Nos doutes, nos blessures et nos inquiétudes ont besoin d’être exprimés à la lumière de son regard. Nous pouvons bien comprendre pourquoi ces disciples du Christ, qui rentraient chez eux découragés, se sont rendu compte que « entre les ombres du jour déclinant et l’obscurité qui envahissait leur esprit, ce Voyageur était un rayon de lumière qui ravivait en eux l’espérance et qui ouvrait leurs cœurs au désir de la pleine lumière » [02].


LA LUMIÈRE du Christ nous aide à découvrir la beauté cachée dans les divers événements et gens qui configurent notre vie. Il arrive que nous nous sentions frustrés lorsque les choses ne se déroulent pas comme nous l’avions prévu, que nous accordions trop d’importance à un désaccord avec un proche ou que nous ayons l’impression que la société a trop de problèmes. Nous pouvons faire l’expérience plus vive de nos propres limites, pendant un certain temps. Cependant, si nous nous laissons remplir de la lumière du Christ, non seulement nous trouverons le réconfort pour faire face à tout cela, mais nous pourrons acquérir ce « regard qui, au-delà des apparences, permet de voir le côté positif, voire amusant, des choses et des situations » [03].

Il est généralement difficile d’identifier la couleur des yeux d’un nouveau-né. Même si, au début, ils sont plutôt grisâtres, ils ne prendront leur véritable couleur que progressivement, avec le temps. Quelque chose de semblable se produit dans notre prière. Chaque fois que nous nous tournons vers le Seigneur, nous voulons qu’il transforme nos yeux parfois gris en une contemplation lumineuse et reconnaissante de tout ce qui nous entoure. « Passons quelques instants dans le recueillement, chaque jour pendant un moment, fixons notre regard intérieur sur son visage et laissons sa lumière nous imprégner et rayonner dans nos vies » [04].

Un jour, Jésus a souligné l’importance des yeux pour la vie intérieure : « La lampe du corps, c’est l’œil. Donc, si ton œil est limpide, ton corps tout entier sera dans la lumière » (Mt 6, 22-23). Non seulement nous voulons voir la lumière de notre Seigneur, mais nous voulons également rayonner cette lumière du Christ auprès de ceux qui nous entourent. C’est pourquoi saint Josémaria nous a appris à répéter une oraison jaculatoire qui exprime une approche profonde de la vie : « Que je voie avec tes yeux, mon Christ, Jésus de mon âme » [05].


« LE SEIGNEUR est mon berger : je ne manque de rien », prie le psalmiste ; « sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer. Il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre » (Ps 22, 3). Si le Christ est notre berger, quelles ténèbres peuvent nous effrayer ? « Qui passe avec le Seigneur dans le ravin de ténèbres de la souffrance, de l’incertitude et de tous les problèmes humains, se sent en sécurité. Tu es avec moi : telle est notre certitude, celle qui nous soutient » [06].

Cette réalité influence notre façon de gérer les situations quotidiennes. Jésus illumine les meilleurs moments et les pires de la journée. « Voilà la grande lumière qui illumine nos vies et qui, au milieu de nos difficultés et de nos misères personnelles, nous pousse à aller de l’avant avec courage » [07]. C’est pourquoi chaque foyer chrétien reflète, au-delà des petits ou grands revers qu’il doit affronter, une profonde sérénité, fruit de la confiance en Dieu. C’est la même tranquillité qu’un enfant ressent lorsque, au milieu des ténèbres, il ne se laisse pas envahir par la peur sachant que son père est tout proche.

« Si nous sommes des âmes de foi comme les saints, nous n’accorderons qu’une importance très relative aux événements d’ici-bas… Le Seigneur et sa Mère ne nous abandonnent pas et, chaque fois que cela sera nécessaire, ils se manifesteront pour remplir de paix et d’assurance le cœur de leurs enfants » [08]. Si, à un moment donné, nous sentons que cette obscurité devient plus évidente, nous pouvons aller comme de bons enfants vers notre Mère, et nous lui crierons avec la certitude qu’elle nous entend : « Mère ! Maman ! ne m’abandonne pas ! » [09]


[01]. Benoît XVI, Discours, 24 septembre 2011.

[02]. Saint Jean Paul II, Mane nobiscum Domine, 7 octobre 2004.

[03]. Mgr Fernando Ocariz, Lettre pastorale, 9 janvier 2018.

[04]. Pape François, Angélus, 17 mars 2019.

[05]. Saint Josémaria, notes prises lors d’une méditation, 19 mars 1975.

[06]. Benoît XVI, Audience générale, 5 octobre 2011.

[07]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 22.

[08]. Saint Josémaria, Chemin de Croix, IVe station, n° 5.

[09].Ibid., n° 3













Méditation : mardi de la 5ème dimanche de Carême

- L’épreuve du désert

- La valeur des biens matériels

- Regarder la Croix pour être guéri


APRÈS avoir traversé la mer Rouge, le peuple juif a dû éprouver un sentiment profond de  libération. Le frémissement des eaux qui s’abattaient sur leurs persécuteurs a dû être accompagné d’une sensation de délivrance : après tant d’années d’esclavage, leur Dieu les avait sauvés. Mais le temps s'écoulait plus lentement qu’ils ne le pensaient. La terre promise semblait de plus en plus lointaine, et certains se souvenaient même avec nostalgie de leur vie d’esclaves. Le peuple se lassait de marcher et parlait contre Dieu et Moïse : « Pourquoi nous avoir fait monter d’Égypte ? Était-ce pour nous faire mourir dans le désert ? » (Nb 21, 5). La joie du salut avait fait place à l’insatisfaction et au ressentiment.

Jésus aussi s’est soumis l’épreuve du désert. Les quarante jours du Carême nous invitent à l’accompagner au milieu de son apparent abandon. Au moment de la faiblesse, le Christ n’a pas succombé à la tentation, mais a mis sa confiance en Dieu son Père. Il nous a appris, non seulement par ses paroles, mais surtout par sa propre vie, que nous devons souvent passer par le désert pour atteindre la pleine liberté. Il est vrai que la vie chrétienne nous promet le salut du péché et donc la joie. Mais le chemin qui nous y mène consiste à redécouvrir ce qui est vraiment important dans notre vie et à nous défaire de nos attaches.

« Le désert est le lieu de l’essentiel. Regardons notre vie : combien de choses inutiles nous entourent ! Comme il nous ferait du bien de nous libérer de tant de réalités superflues, de redécouvrir ce qui compte vraiment, de retrouver les visages de ceux qui nous sont proches ! » [01] À l’approche de la Semaine Sainte, nous pouvons raviver notre désir de vivre près de Jésus, libérés de tout ce qui ne nous conduit pas à lui : « Mon Dieu ! que je haïsse le péché, et que je m’unisse à toi, étreignant la Sainte Croix, afin qu’à mon tour j’accomplisse ta Volonté très aimable… dépouillé de tout attachement terrestre, sans autre visée que ta gloire… avec générosité, sans rien garder pour moi, m’offrant avec toi dans un parfait holocauste » [02].


« LE SEIGNEUR envoya contre le peuple des serpents à la morsure brûlante, et beaucoup en moururent dans le peuple d’Israël » nous disent les Écritures. Le peuple élu avait rejeté la protection de Dieu. Fatigués de ne jamais atteindre le but, ils avaient tourné leur cœur vers les choses qu’ils regrettaient de leur séjour en Égypte, même si elles étaient de peu de valeur ou portaient les marques de leur esclavage.

Parfois, nous aussi, comme le peuple d’Israël, nous pouvons ressentir l’éloignement apparent de Dieu et l’attrait des biens que nous avons laissés derrière nous. Mais en contemplant la pauvreté du Christ sur la croix – « il ne reste au Seigneur qu’un morceau de bois » - nous sentons que le bonheur ne se trouve pas dans les biens matériels. Nous comprenons mieux combien ces réalités sont éphémères, qu’elles ne touchent pas les profondeurs de l’âme. « Lorsque quelqu’un axe son bonheur exclusivement sur les choses d’ici-bas — j’ai été témoin de véritables tragédies —, il en pervertit l’usage raisonnable et détruit l’ordre sagement disposé par le Créateur, dit saint Josémaria. Le cœur est alors triste et insatisfait ; il s’égare dans des sentiers d’éternel mécontentement » [03].

« Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux » (Mt 5, 3). Par ces mots, le Seigneur offre le bonheur, sur la terre et dans le ciel, à ceux qui placent leur sécurité et leur richesse en Dieu. Les pauvres de cœur possèdent les choses sans être possédés par elles. La pauvreté d’esprit nous permet d’apprécier véritablement la réalité, car elle nous relie aux choses simples, aux gens, à Dieu. En bref, avec tout ce qui satisfait nos désirs les plus profonds.


CES MORSURES de serpent n’étaient pas le dernier mot du Seigneur. Le peuple se repent et se rend auprès de Moïse qui, fidèle à sa vocation de prêtre, intercède pour son peuple. Alors Dieu, poussé par sa miséricorde, leur donne un remède particulier : ceux qui, après avoir été mordus, regardaient vers un serpent d’airain, ne mourraient pas. Ainsi, ce qui était la cause de la mort est devenu en même temps le symbole du salut. Le serpent est donc une image qui anticipe la croix du Christ : celle-ci porte tous les péchés du monde et, en même temps, celui qui les a vaincus pour toujours par sa mort.

« Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, dit Jésus dans l’Évangile de Jean, alors vous comprendrez que moi, JE SUIS, et que je ne fais rien de moi-même ; ce que je dis là, je le dis comme le Père me l’a enseigné » (Jn 8, 28). Si nous ne connaissions pas la fin de l’histoire, nous penserions que l’élévation dont parle le Seigneur se rapporte à une gloire temporelle future. Il n’est pas facile de comprendre que sa véritable exaltation a eu lieu sur la croix, et que la fixation des clous est sa façon de vivre la liberté. Par conséquent, en regardant et en assumant la faiblesse du Christ, nous revêtons la force de Dieu. Nous aussi, nous pouvons faire nôtres ces paroles paradoxales de saint Paul : « C’est donc très volontiers que je mettrai plutôt ma fierté dans mes faiblesses, afin que la puissance du Christ fasse en moi sa demeure. C’est pourquoi j’accepte de grand cœur pour le Christ les faiblesses, les insultes, les contraintes, les persécutions et les situations angoissantes. Car, lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort » (2 Co 12, 9-10).

Au pied de la croix, nous trouvons la Vierge Marie. Elle a été capable de se détacher même de son propre Fils, et c’est de ce geste de don de soi qu’est née sa maternité envers tous les hommes. Nous pouvons lui demander de toujours diriger notre regard vers la croix, afin que le Christ chasse les serpents qui peuvent rôder dans notre vie.


[01]. Pape François, Audience générale, 26 février 2020.

[02]. Saint Josémaria, Chemin de Croix, IX station.

[03]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 118.

























Méditation : mercredi de la 5ème dimanche de Carême

- Faire de notre vie une adoration

- Purifier nos désirs

- L’adoration dans la sainte messe


LE ROI NABUCHODONOSOR a fait construire une statue en or de vingt-sept mètres de haut. Tous ses sujets se sont rassemblés autour de lui et ont commencé à l’adorer, car celui qui ne le faisait pas était immédiatement jeté dans la fournaise ardente. Cependant, Sidrac, Misac et Abdénago ont refusé d'obéir au décret royal. Lorsque leurs propos sont parvenus aux oreilles de Nabuchodonosor, il les fit amener devant lui et, rempli de colère, leur rappela le châtiment qui les attendait : « Si vous n’adorez pas cette statue, vous serez immédiatement jetés dans la fournaise de feu ardent ; et quel est le dieu qui vous délivrera de ma main ? » (Dn 3, 15). Les trois jeunes hommes ont répondu à l’unisson, pleins de confiance : « Si notre Dieu, que nous servons, peut nous délivrer, il nous délivrera de la fournaise de feu ardent et de ta main, ô roi. Et même s’il ne le fait pas, sois-en bien sûr, ô roi : nous ne servirons pas tes dieux, nous n’adorerons pas la statue d’or que tu as érigée » (Dn 3, 17-18).

Comme les premiers martyrs, Sidrac, Misac et Abdénago étaient également prêts à verser leur sang pour témoigner du vrai culte. D’une certaine manière, ils nous rappellent que tout ce que nous faisons dans notre journée est destiné à rendre gloire à Dieu. C’est la réalité la plus cruciale de notre vie : développer un cœur contemplatif qui oriente tout ce que nous faisons vers le Seigneur. « Chacun de nous, dans sa propre vie, consciemment et quelquefois inconsciemment, considère les choses comme plus ou moins importantes, selon un ordre précis. Adorer le Seigneur signifie lui donner la place qui lui revient ; adorer le Seigneur signifie affirmer, croire - mais pas seulement en paroles - que lui seul guide vraiment notre vie » [01]. C’est précisément ce que l’Église nous invite à faire en ces jours de Carême, tout proches du Triduum pascal : parcourir le chemin de la conversion, réorienter notre existence de telle sorte que l’amour de Dieu et du prochain soit la chose la plus importante de nos journées.


LA RÉACTION DE NABUCHODONOSOR ne s’est pas fait attendre. Il ordonne d’allumer la fournaise sept fois plus chaude que d’habitude, et il y jette Sidrac, Misac et Abdénago. Il ne réussit cependant à blesser aucun des jeunes gens, car un ange du Seigneur était descendu avec eux. « Puis, d’une seule voix, les trois jeunes gens se mirent à louer, à glorifier et à bénir Dieu en disant : “Béni sois-tu, Seigneur, Dieu de nos pères : à toi, louange et gloire éternellement ! Béni soit le nom très saint de ta gloire : à toi, louange et gloire éternellement !” » (Dn 3, 51-52).

Le chemin de l’adoration commence par le désir, par l’élan intérieur qui nous pousse à aller au-delà de l’immédiat et du visible, pour accueillir la vie que Dieu nous offre. C’est ce que les trois jeunes hommes ont vécu. Ils renoncent à une existence peut-être plus paisible, s’ils écoutaient le roi, et désirent avant tout rendre gloire à Dieu. Et bien que leur destin semblât être la mort certaine dans la fournaise, le Seigneur leur a offert un salut que personne n'aurait pu imaginer, sauf peut-être les jeunes hommes eux-mêmes.

« Le désir mène à l’adoration et l’adoration renouvelle le désir. Parce que le désir de Dieu ne grandit qu’en étant en face de lui. Car seul Jésus guérit les désirs. De quoi ? Il les guérit de la dictature des besoins » [02]. Lorsque nous rendons gloire à Dieu, nous purifions les désirs de notre cœur, afin qu’ils ne se limitent pas à ce qui est immédiat, mais s’ouvrent à l’amour de Dieu et de nos frères et sœurs. Alors nous ne nous contenterons pas d’une vie tranquille, accrochés à nos sécurités, mais nous marcherons ouverts aux surprises de Dieu.


TOUS LES JOURS, nous avons l’occasion de participer au plus grand acte de culte : la sainte messe. Chaque fois que la mort et la résurrection du Seigneur sont renouvelées dans le sacrifice de l’autel, Jésus se livre pour nous. Si nous mettons tout notre cœur dans la célébration de la messe, nous sommes en train de dire à Dieu : « Père, entre tes mains je remets mon esprit » (Lc 23, 46), comme le Christ a manifesté son amour pour accomplir la volonté du Père en se donnant lui-même sur la Croix. En union intime avec son sacrifice, tous les détails de notre journée prennent une valeur divine, qui nous pousse à chercher à travailler le mieux possible, pour l’amour de Dieu.

« Dans la sainte messe, nous adorons, en accomplissant avec amour le premier devoir de la créature envers son Créateur : “C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte” (Dt 6, 13 ; Mt 4, 10). Non pas une adoration froide, extérieure, de serviteur, mais une estime et un respect intimes, qui sont l’amour intime d’un fils » [03]. L’adoration dans le sacrifice eucharistique va au-delà de la volonté de ne pas se déconcentrer pendant la célébration ; il s’agit plutôt de mettre toutes les forces de notre âme en accord avec le cœur du Christ. Comme on nous y encourage dans les préfaces de la sainte messe, nous voulons donner une voix à toute la création pour qu’elle puisse chanter « Saint, Saint, Saint est le Seigneur, Dieu de l’univers » [04].

Faire l'expérience profonde de la sainte messe nous prépare à la célébration du mystère pascal du Christ. Nous y sommes introduits dans son œuvre de salut. Dans ce renouvellement non sanglant de son sacrifice, nous trouvons aussi la Vierge Marie qui soutient son Fils par sa présence. Nous pouvons lui demander de nous aider à vivre chaque messe avec le désir d’accompagner Jésus sur son chemin de croix.


[01]. Pape François, Homélie, 14 avril 2013.

[02]. Pape François, Homélie, 6 janvier 2022.

[03]. Saint Josémaria, Aimer l’Église, n° 46

[04]. Prière eucharistique IV, Préface.













Méditation : jeudi de la 5ème dimanche de Carême

- Dieu est fidèle

- Les promesses de Dieu viennent à bout de tous les obstacles

- Le fil de l’espérance


« MOI, VOICI L’ALLIANCE que je fais avec toi : tu deviendras le père d’une multitude de nations » (Gn 17, 3-9), a dit Dieu à Abraham en établissant son Alliance. Le Seigneur lui promet un peuple nombreux et une terre pour qu’il partage la joie d’être avec lui. Dieu s’engage à être fidèle au peuple de la promesse : « Je serai ton Dieu et le Dieu de ta descendance après toi » (Gn 17, 7).

Ces promesses ont toutefois connu des moments d’obscurité apparente. Et même des moments où elles semblaient avoir été oubliées, comme lorsque le Seigneur demande à Abraham de sacrifier son fils Isaac. D’un point de vue purement humain, une telle demande n’est pas compréhensible. Mais le patriarche sait que Dieu est fidèle, et il raisonne dans la foi. Il sait que ses plans ne peuvent pas toujours être pleinement compris, ici et maintenant. Il fait donc confiance au Seigneur, qui sait tout, et espère « contre toute espérance » (Rm 4, 18). Au dernier moment, un agneau remplacera Isaac dans le sacrifice afin que le fils d’Abraham vive et qu’en lui s’accomplisse la promesse d’une descendance nombreuse.

Ce souvenir du patriarche nous aide à nous préparer à la célébration du triduum pascal. Bientôt, nous nous rappellerons comment cet épisode mystérieux a pris tout son sens sur la croix. De même qu’Isaac a été remplacé par un agneau au dernier moment, le sacrifice de Jésus-Christ, l’Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde, libérera de la mort tous ceux qui croient en lui : il nous ouvrira les portes de la patrie définitive avec un peuple très nombreux.


JÉSUS RÉVÈLE dans l’Évangile que la portée des promesses faites à Abraham concerne, en réalité, une vie qui va au-delà de la mort. « Amen, amen, je vous le dis : si quelqu’un garde ma parole, jamais il ne verra la mort » (Jn 8, 51). Certains Juifs ont eu du mal à s’ouvrir à cette signification transcendante des promesses, et ils accusent Jésus : « Maintenant nous savons bien que tu as un démon. Abraham est mort, les prophètes aussi […] Pour qui te prends-tu ? » (Jn 8, 52-53). Mais cette rage contre Jésus, qui le conduira à la croix comme un agneau immolé, donnera justement un accomplissement insoupçonné à ce qui avait été promis. Cela s’est produit fréquemment tout au long de l’histoire du salut : lorsque l’horizon semble se refermer sur les projets de Dieu, le fil des promesses traverse toutes les étapes de l’histoire sans se rompre.

« Abraham votre père a exulté, sachant qu’il verrait mon Jour. Il l’a vu, et il s’est réjoui » (Jn 8, 56), leur répond Jésus. La confiance totale dans les promesses du Seigneur est pour celui qui espère la source de la plus forte paix et joie. Rien ne peut nous enlever cette assurance, qui repose sur la fidélité de Dieu. Quoi qu’il arrive, il nous a promis qu’il sera toujours notre Dieu.

L’espérance est « cette vertu qui coule sous l’eau de la vie, mais qui nous soutient pour que nous ne nous noyions pas au milieu de nombreuses difficultés, pour que nous ne perdions pas ce désir de rencontrer Dieu, de rencontrer ce visage merveilleux que nous verrons tous un jour » [01]. À partir du Christ, le fil des promesses faites à Abraham se poursuit dans l’Église, qui va son chemin à travers l’histoire comme un fil d’espérance. Même dans les moments les plus sombres, quand il semble que ce fil est sur le point de se rompre, apparaissent des hommes et des femmes de foi qui, comme Abraham, savent que Dieu est fidèle. Eux aussi, espérant contre toute espérance, se savent porteurs des promesses de Dieu. « J’ai pu constater comment, dans bien des existences, l’espérance en Dieu avait allumé de merveilleux foyers d’amour, brûlant d’un feu qui tient le cœur en haleine, sans découragements, sans relâchements, même si l’on souffre au long du chemin » [02].


CE FIL D’ESPÉRANCE était le thème d’une méditation prêchée par saint Josémaria le 26 juillet 1937 [03]. Il s’était réfugié dans la légation du Honduras à Madrid. L’Opus Dei n’existait que depuis quelques années et son activité avait été stoppée net par la guerre civile espagnole. La vie des premiers fidèles de l’Œuvre étant en danger et comme ils pouvaient être tentés par le pessimisme, saint Josémaria a voulu faire lever les yeux à ce groupe de jeunes, en leur rappelant que Dieu reste toujours fidèle, suscitant à chaque époque des saints et des saintes qui renouvellent l’espérance.

Dans cette méditation, il a commencé par évoquer les premiers chrétiens. Rien ne les distinguait de leurs pairs, si ce n’est « la lumière vibrante qui brûlait dans leur poitrine ». À travers eux, « la voix du Christ résonne de plus en plus fort ». Et lorsque, au tournant des siècles, la ferveur des premiers chrétiens semblait s’être émoussée, Dieu a suscité saint François et saint Dominique, et une nouvelle vitalité spirituelle est apparue qui a fait revivre le monde. Le XVIe siècle a vu l’essor de saint Ignace de Loyola et de saint François Xavier, dont l’œuvre d’évangélisation devait atteindre les extrémités de la terre. Et c’est aussi une femme, Teresa de Ahumada, qui donnera naissance dans l’Église à d’authentiques « générateurs de vie spirituelle intense » avec la fondation de ses couvents.

Saint Josémaria a planté devant ces jeunes du début du XXe siècle quelques jalons historiques pour conclure que le Seigneur reste fidèle à ses promesses. « Dieu ne s’est pas coupé les bras. Non est abbreviata manus Domini ; la main de l’Éternel n’est pas trop courte pour sauver ; il continue à accorder de nouvelles merveilles aux hommes ». Nous sommes nous aussi invités à être porteurs de ce fil d’espérance qui anime chaque époque de l’histoire. Notre Dame, notre espérance, nous aidera à apporter la joie du Christ à tous les hommes.


[01]. Pape François, Homélie, 17 mars 2016.

[02]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 205.

[03]. Saint Josémaria, Grandir intérieurement, “Non est abbreviata manus domini”, 26 juillet 1937.













Méditation : vendredi de la 5ème dimanche de Carême

- Contempler les douleurs de la Vierge Marie

- Humilité pour s’ouvrir à la vérité

- Reconnaître les signes de Jésus


AUJOURD'HUI vendredi, une semaine avant le Vendredi saint, l'Église se souvient traditionnellement des douleurs de la Vierge Marie tout au long de sa vie. Lorsque l’enfant Jésus fut présenté dans le temple, le vieillard Siméon lui adressa ces mots : « Et toi, ton âme sera traversée d’un glaive – : ainsi seront dévoilées les pensées qui viennent du cœur d’un grand nombre » (Lc 2,35). L’Évangile rapporte plusieurs moments de douleur dans la vie de la Vierge : cette prophétie du vieillard, la fuite en Égypte pour sauver la vie de son fils, les trois jours d’angoisse où l’enfant est resté à Jérusalem… Mais surtout, les moments qui entourent la mort de Jésus : la rencontre avec lui sur le chemin du Calvaire, la crucifixion, sa descente de croix et son ensevelissement.

Contempler la Vierge Marie dans chacune de ces situations nous rappelle que la tristesse est une compagne inséparable de la vie. Même la Mère de Dieu, la créature la plus parfaite qui soit sortie de ses mains, n’a pas été épargnée par cette réalité. Elle-même fut la première à se rendre compte que la prophétie de Siméon était vraie : « Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction » (Lc 2, 34). Jésus lui-même dira plus tard à ses disciples qu’il n’est pas venu apporter la paix, mais une épée (cf. Mt 10, 34). Par conséquent, accueillir le Christ dans notre vie « signifie accepter qu’il dévoile mes contradictions, mes idoles, les suggestions du mal » [01] : qu’il nous dévoile toutes ces douleurs que nous provoquons en nous par nos propres péchés.

Marie est éducatrice du sacrifice caché et silencieux. Par sa présence discrète, s’identifiant à la volonté de Dieu, elle a offert la plus grande consolation à Jésus sur la croix : « Que pouvait-elle faire ? Se fondre dans l’amour rédempteur de son Fils, offrir au Père l’immense douleur qui, telle une épée tranchante, transperçait son Cœur pur » [02]. Nous ne trouverons pas sur cette terre une explication absolue du mal et de la souffrance ; mais dans le Christ fait homme, qui a subi toutes les souffrances, s’ouvre à nous au moins un sens, une compagnie et une consolation.


NOUS VOYONS dans l’Évangile d’aujourd'hui, quelques jours avant le Vendredi saint, comment certains Juifs ont commencé à s’adresser au Seigneur de manière plus agressive. Beaucoup ont essayé de le lapider parce que, étant un homme, il prétendait être Dieu. Mais Jésus désire ardemment que ces cœurs s’ouvrent au mystère de sa Personne, aussi concentre-t-il l’attention de ses interlocuteurs sur les prodiges indéniables qu’il a accomplis : « J’ai multiplié sous vos yeux les œuvres bonnes qui viennent du Père. Pour laquelle de ces œuvres voulez-vous me lapider ? » (Jn 10, 32). Les sages d’Israël se trouvaient à un carrefour indéniable. Mais au lieu de s’ouvrir au mystère avec émerveillement, ils décident de lapider Jésus, soit parce que ce qui se présentait à eux dépassait leurs horizons, soit parce qu’ils n’étaient pas mus par un intérêt sincère pour la vérité.

« Seule l’humilité nous ouvre à l’expérience de la vérité, de la joie authentique, de la connaissance qui compte. Sans humilité, nous sommes coupés de la compréhension de Dieu, de la compréhension de nous-mêmes » [03]. De même qu’un enfant ne comprend pas toujours la manière d’agir de son père, l’action divine nous paraît souvent mystérieuse. Reconnaître la grandeur de Dieu implique aussi d’accepter notre petitesse, sachant qu’il dépasse nos schémas humains. L’Esprit Saint veut toujours faire des merveilles dans notre histoire, mais nous devons être prêts à écouter humblement son souffle toujours nouveau.

La Vierge Marie, dans son chant du Magnificat, glorifie la puissance du Seigneur, qui « renverse les puissants de leurs trônes et élève les humbles » (Lc 1, 52). Dieu a considéré son humilité de sorte que désormais toutes les générations la qualifieront de bienheureuse. « L’humilité, c’est nous regarder tels que nous sommes, sans rien nous cacher, avec vérité. Et, comprenant que nous ne valons presque rien, nous nous ouvrons à la grandeur de Dieu : c’est là notre propre grandeur » [04].


À MESURE que sa passion approche, Jésus parle de plus en plus ouvertement de sa condition de Fils de Dieu : « Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, continuez à ne pas me croire. Mais si je les fais, même si vous ne me croyez pas, croyez les œuvres. Ainsi vous reconnaîtrez, et de plus en plus, que le Père est en moi, et moi dans le Père » (Jn 10, 37-38).

Les miracles relatés dans les évangiles nous en disent long sur l’identité de Jésus de Nazareth. Saint Jean appelle habituellement les miracles des « signes », car le but premier de ces actions n’est pas de mettre fin à la maladie ou à la souffrance sur cette terre, mais de montrer la personnalité divine du Christ et sa messianité. Les trente-cinq miracles de Jésus nous invitent à entrer dans le mystère de sa Personne. Dans certains d’entre eux, il montre son pouvoir sur la nature, comme lorsqu’il multiplie les pains et les poissons, ou lorsqu’il invite Pierre à marcher sur l’eau. Il a ainsi manifesté l’esprit du Dieu créateur lui-même, qui « planait au-dessus des eaux » (Gn 1, 2) dans le récit de la création. Les miracles qui ont trait à la résurrection des morts montrent, en revanche, son pouvoir sur la vie.

Dans quelques jours, au cours du Triduum pascal, Jésus donnera sa propre vie comme personne d’autre ne peut le faire, car lui seul en a le pouvoir. « Voici pourquoi le Père m’aime : parce que je donne ma vie, pour la recevoir de nouveau. Nul ne peut me l’enlever : je la donne de moi-même. J’ai le pouvoir de la donner, j’ai aussi le pouvoir de la recevoir de nouveau » (Jn 10, 17-18). Jésus est le même aujourd’hui qu’il y a deux mille ans, dans cette terre de Palestine ; il continue à remplir nos vies de gestes qui révèlent la proximité de Dieu. Nous pouvons demander à la Vierge Marie que, dans l’humilité, nous soyons capables de reconnaître les signes de son Fils.


[01]. Pape François, Homélie, 15 septembre 2021.

[02]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 288.

[03]. Pape François, Audience générale, 22 décembre 2021.

[04]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 96.













Méditation : samedi de la 5ème dimanche de Carême

- Le leurre des tentations

- Se savoir porteurs d’un trésor

- Suivre le Christ jusqu'au Calvaire


APRÈS LA RÉSURRECTION DE LAZARE, les chefs des prêtres et les pharisiens, ayant convoqué le Sanhédrin, ont dit : « Qu’allons-nous faire ? Cet homme accomplit un grand nombre de signes. Si nous le laissons faire, tout le monde va croire en lui, et les Romains viendront détruire notre Lieu saint et notre nation » (Jn 11, 47-48). Alors Caïphe, qui était le grand prêtre, prit la parole : « Il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple, et que l’ensemble de la nation ne périsse pas » (Jn 11, 50). Dès lors, l’évangéliste remarque que les autorités juives « avaient donné des ordres : quiconque saurait où il était devait le dénoncer, pour qu’on puisse l’arrêter » (Jn 11, 57).

Les Juifs pensaient depuis un certain temps déjà à tuer Jésus, mais ils n’avaient pas encore pris de décision ferme. La résurrection de Lazare leur a fait prendre leur décision finale. Ils pensent que s’il continue à accomplir de tels prodiges, la paix fragile conclue avec les autorités romaines sera ébranlée. Ainsi, afin d’éviter que des représailles n’anéantissent le peuple juif, Caïphe conclut que Jésus doit mourir. Les gens présents sont convaincus d’avoir pris une décision juste, car elle permettrait à Israël de survivre, même si telle n’était pas la véritable raison de leur persécution du Christ.

Cette façon de précéder reflète, en quelque sorte, le processus de toute tentation. « Elle agit généralement de cette manière : elle commence par peu de choses, par un désir, une idée, elle grandit, se propage aux autres et, à la fin, se justifie » [01]. Et le cœur, poussé par la passion, se laisse souvent convaincre de la justice tordue de cette pensée. Mais la vie quotidienne du chrétien est également marquée par les inspirations de l’Esprit Saint ; Dieu nous offre de nombreuses occasions d’orienter toutes nos impulsions vers « les biens promis dans l’éternité » [02]. Nous pouvons demander au Paraclet de nous aider à être dociles à ses conseils, à accueillir les appels qu’il nous adresse, et de nous accorder la sagesse de ne pas nous laisser tromper par quelque tentation passagère.


TOUS n’ont pas réagi de la même manière en assistant à la résurrection de Lazare. « Beaucoup de Juifs, qui étaient venus auprès de Marie et avaient donc vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui » (Jn 11, 45). Ceux qui ont été émerveillés par le miracle sont allés à la rencontre du Seigneur lors de son entrée triomphale à Jérusalem : « La foule rendait témoignage, elle qui était avec lui quand il avait appelé Lazare hors du tombeau. […] C’est pourquoi la foule vint à sa rencontre ; elle avait entendu dire qu’il avait accompli ce signe » (Jn 12, 17-18).

En d’autres temps, Jésus avait exhorté ses disciples à annoncer le salut : « Allez dans le monde entier. Proclamez l’Évangile à toute la création » (Mc 16, 15). Cependant, dans ce cas, il n’y a pas de mots explicites : ce que ces gens font est la conséquence naturelle de leur rencontre avec le Seigneur. Ils ont le sentiment d’être porteurs d’un trésor, et ils veulent le partager avec tous leurs frères et sœurs. C’est la même réaction d’André en rencontrant Pierre : « Nous avons trouvé le Messie » (Jn 1, 41). « La joie de l’Évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus. Ceux qui se laissent sauver par lui sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur, de l’isolement. Avec Jésus Christ la joie naît et renaît toujours » [03].

« L’apostolat, quel qu’il soit, n’est que le débordement de la vie intérieure » [04], disait saint Josémaria. Les apôtres étaient attrayants parce qu’ils communiquaient l’expérience qu’ils avaient eue de Jésus-Christ : ils l’avaient vu, touché et entendu, il était donc naturel de répandre la joie de l’avoir rencontré. Ce n’était pas une tâche imposée de l’extérieur, mais l’impulsion spontanée de ceux qui avaient rempli leur cœur de l’Évangile.


BEAUCOUP de ceux qui, à la vue de ce miracle, ont cru en Jésus et l’ont ensuite accueilli avec des acclamations à Jérusalem, ont pu être déçus de le voir condamné à mort. Les jours de réjouissance semblent bien loin. Certains ont peut-être été témoins de son passage avec la croix. Et, à l’heure de sa mort, seuls sa Mère, Jean et quelques femmes étaient auprès de lui.

Nous ne savons pas avec certitude pourquoi toutes ces gens ont abandonné Jésus. C’était probablement la peur d’être identifiés à lui, un condamné à mort, ou la pensée que cet homme n’était peut-être pas le Messie attendu. Le Christ n’était pas devenu la raison principale de leur vie, ce qui a pu les amener à cacher leur admiration pour le Maître. « C’est le moment pour dire à Jésus Christ : “Seigneur, je me suis laissé tromper, de mille manières j’ai fui ton amour, cependant je suis ici une fois encore pour renouveler mon alliance avec toi. J’ai besoin de toi. Rachète-moi de nouveau Seigneur, accepte-moi encore une fois entre tes bras rédempteurs” » [05].

Embrasser le Christ signifie quitter le confort de la rive pour se passionner pour la mission d’être son témoin. L’Esprit Saint, avec ses dons, nous aide à parcourir ce chemin, qui comprend à la fois les acclamations de Jérusalem et la douleur du Calvaire. La Vierge Marie a risqué toute sa vie avec son « oui » à l’ange. Et bien que cela lui ait apporté de nombreux moments de douleur jusqu’à ce qu’elle voie son fils mourir, l’assurance que Dieu triomphe toujours lui a apporté le plus grand réconfort. « Avec un groupe de femmes vaillantes comme celles-là bien unies à la Vierge des Douleurs, quel travail apostolique ne ferait-on pas dans le monde ! » [06]


[01]. Pape François, Homélie, 4 avril 2020.

[02]. Prière sur les offrandes, Samedi de la 5ème semaine de Carême.

[03] . Pape François, Evangelii gaudium, n° 1.

[04]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 239.

[05]. Pape François, Evangelii gaudium, n° 3.

[06]. Saint Josémaria, Chemin, n° 982.