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Méditation : Mardi de la 1ère semaine de Carême

- Nous pouvons sanctifier le nom de Dieu

- Nous pouvons pardonner parce que nous avons été pardonnés

- La volonté de Dieu est de nous aimer


« NOTRE PÈRE, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié » (Mt 6, 9). Cette requête est la première que Jésus nous enseigne à formuler. Nous demandons de pouvoir « sanctifier son nom » non pas parce que Dieu en a besoin, mais parce que c’est ce qu’il y a de mieux pour nous ; le Seigneur nous apprend à prier de la bonne manière afin que nous puissions être heureux avec lui. Le Carême est un temps propice pour intensifier notre prière, pour mieux écouter l’Esprit Saint en nous ; c’est pourquoi il remet le Notre Père sur nos lèvres.

Que signifie que le nom de Dieu soit sanctifié ? Comment pouvons-nous ajouter quelque chose à Dieu ? Nous pouvons, au mieux, reconnaître la sainteté de Dieu, comprendre d’une certaine manière son infinie bonté. « La gloire de Dieu consiste à faire vivre l’homme » [01] dit saint Irénée. Quel bonheur de se savoir l’objet d’une prédilection aussi attachante. « Quelle confiance, quel repos et quel optimisme cela vous donnera, au milieu des difficultés, de sentir que vous êtes les enfants d’un Père qui sait tout et peut tout » [02].

Les requêtes se succèdent dans le Notre Père que Jésus enseigne à ses disciples. Elles sont précédées d’une mise en garde qui nous introduit dans un climat d’intimité et de confiance avec Dieu, jusqu’alors impensable pour l’homme : « Votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant même que vous l’ayez demandé » (Mc 6, 8). Notre prière n’a pas pour but de modifier les desseins divins, sages de toute éternité, bien que, de manière réelle mais mystérieuse, Dieu compte sur elle pour les réaliser. En priant, Dieu nous amène à comprendre son infinie bonté. Il veut que « notre désir soit mis à l'épreuve dans la prière. Il nous dispose ainsi à recevoir ce qu’il est prêt à nous donner » [03].


TOUT au long du Notre Père, on pourrait dire qu’il n’y a qu’une seule action qui nous incombe à nous, les hommes. Lorsque nous demandons à Dieu de nous pardonner, nous affirmons que « nous-mêmes nous remettons leurs dettes à nos débiteurs » (Mt 6, 12). Cela peut sembler n’être qu’une condition, mais c’est bien plus que cela. En réalité, le pardon de Dieu nous précède. D’une certaine manière, nous ne sommes capables de pardonner, d’aimer à ce point, que parce que nous avons d’abord été pardonnés. « Cette charité, ce n’est pas nous qui la bâtissons ; elle nous envahit par la grâce de Dieu : car il nous aima le premier. Il faut que nous nous pénétrions profondément de cette vérité splendide : si nous pouvons aimer Dieu, c’est parce que nous avons été aimés par Dieu. Nous sommes, toi et moi, en mesure de prodiguer à pleines mains notre amour envers tous ceux qui nous entourent, car nous sommes nés à la foi par l’amour du Père » [04].

Le pardon est un acte divin par excellence. Il consiste à rétablir l’offensé dans son état antérieur. « Dieu est joyeux ! Et quelle est la joie de Dieu ? La joie de Dieu est de pardonner. […] C’est la joie du berger qui retrouve ses brebis ; la joie de la femme qui retrouve sa pièce de monnaie ; la joie du père qui accueille à la maison son fils qui était perdu, qui était comme mort, et qui est revenu à la vie, qui est revenu à la maison. C’est tout l’Évangile ! [05]. Lorsque nous connaissons la joie de Dieu en nous pardonnant, lorsque nous faisons l'expérience de son infinie disponibilité, il est logique que nous nous sentions poussés à faire de même pour les autres ; nous voulons participer à cette joie. « Pour apprendre à pardonner, conseillait saint Josémaria, allez vous confesser, avec affection, avec dévotion, et vous y trouverez la paix, la force de vaincre et d’aimer [06].


« QUE TA VOLONTÉ soit faite sur la terre comme au ciel » (Mt 6, 10). Peut-être pensons-nous que la volonté de Dieu n’est que ce qu’il attend de nous. Nous oublions cependant que l’acte principal de son dessein sur nous est de nous aimer, et qu’une conséquence de cet amour est de nous offrir mille et une façons de nous remplir de sa vie : les sacrements, les relations avec les personnes qui nous entourent, la prière, les commandements, etc. En demandant « que sa volonté soit faite », nous lui demandons, au moins en partie, de nous accorder la grâce de nous laisser toucher par cet amour. Et pour cela, Jésus nous invite aussi à demander notre pain quotidien, son corps et son sang. C’est la volonté du Père : que ses enfants soient le plus unis possible.

« Quoi qu’il arrive dans votre vie, prêchait saint Josémaria, aussi triste et sombre et même abominable que cela puisse être, faites rapidement ce processus mental : Dieu est mon Père, Dieu m’aime plus que toutes les mères du monde réunies ne peuvent aimer leurs enfants. Dieu mon Père est, en outre, omniscient et omnipotent. Par conséquent, tout ce qui arrive est pour le mieux. Vous verrez quelle paix, mes enfants, quel sourire illuminera vos lèvres, même si votre visage est baigné de larmes » [07].

Demander que la volonté de Dieu soit faite n’annule pas notre propre volonté. « La force de la grâce doit être combinée avec les œuvres de miséricorde que nous sommes appelés à vivre pour témoigner de la grandeur de l’amour de Dieu [08], en particulier pendant le Carême. La Vierge Marie, fille de Dieu le Père, a sûrement récité le Notre Père de nombreuses fois. Elle avait déjà prononcé son « fiat » personnel, et elle aura été surprise de voir combien la réalité dépassait ses attentes les plus audacieuses. Notre Mère a été témoin du don de soi de son Fils et, peut-être, a-t-elle été réconfortée en le recevant dans l’Eucharistie. Nous pouvons lui demander de nous faire comprendre et savourer les paroles de Jésus.


[01]. Saint Irénée, Contre les hérésies, Livre 4, 20.5-7.

[02]. Saint Josémaria, Lettres 29, n° 60.

[03]. Saint Augustin, Épître 130, 8, 17.

[04]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 229.

[05]. Pape François, Angélus, 15 septembre 2013.

[06]. Saint Josémaria, 2 juin 1974, cité par Julián Herranz, Dios y audacia. Mi juventud junto a san Josemaría, pp. 166-167

[07].Ibid., p. 166-167.

[08]. Pape François, Audience générale, 29 septembre 2021.





































Méditation : 3ème dimanche de Pâques (année C)

- Le Christ Ressuscité se présente devant ses disciples

- Les premiers chrétiens annoncent la miséricorde de Dieu

- Nous sommes des témoins de Jésus


NOUS VOILÀ arrivés à la troisième semaine de Pâques. L’Évangile nous fait entrer dans le Cénacle, à la nuit tombée, le jour même de la résurrection de Jésus. Les disciples d’Emmaüs « racontaient ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain » (Lc 24, 35). Aucun doute n’est plus possible, tant sont nombreux les témoignages qui, tout au long de la journée, ont confirmé la résurrection du Maître. C’était leur seul sujet de conversation. Alors qu’ils en parlent en s’aidant mutuellement à se rappeler les promesses de Jésus « lui-même fut présent au milieu d’eux, et leur dit : “La paix soit avec vous !” » (Lc 24, 36). Il les a salués en leur apportant la paix, comme il le leur avait recommandé autrefois lorsqu’ils entreraient dans une maison (cf. Lc 10, 5).

Bien que les personnes présentes au Cénacle fussent déjà convaincues de la résurrection du Seigneur, elles ont réagi avec étonnement et crainte devant l’apparition car « ils croyaient voir un esprit » (Lc 24, 37). Comme cette nuit-là sur la mer, lorsqu’il leur était apparu sur les eaux, au milieu de la tempête (cf. Mc 6, 50). Cette fois-ci, Jésus insiste sur la réalité de sa présence physique. Il leur montre ses blessures, une sorte de lettres de créance, son document d’identité : « “Pourquoi êtes-vous bouleversés ? Et pourquoi ces pensées qui surgissent dans votre cœur ? Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi ! Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os comme vous constatez que j’en ai”. Après cette parole, il leur montra ses mains et ses pieds » (Lc 24, 38-40).

Devant la confusion des apôtres, que l’évangéliste explique par la joie qui les avait saisis, Jésus leur donne un autre argument : « Avez-vous ici quelque chose à manger ? » (Lc 24, 41). Une nouvelle fois, il partage le repas avec eux, comme trois jours plus tôt, en instituant l’Eucharistie. Ainsi il démontre qu’il « ne vient pas du monde des morts — ce monde qu’il a déjà définitivement laissé derrière lui — mais bien au contraire, qu’il vient précisément du monde de la vie pure » [01]. Nous pouvons accueillir l’invitation que saint Josémaria nous adresse en contemplant la résurrection du Christ : « Avant de terminer cette dizaine, tu as embrassé les blessures de ses pieds…, et moi, plus audacieux — étant plus enfant — j’ai posé les lèvres sur son côté ouvert » [02]


« ALORS il ouvrit leur intelligence à la compréhension des Écritures » (Lc 24, 45). Comme il l’avait fait avec les disciples d’Emmaüs, le Seigneur leur accorde la grâce de discerner les prophéties de l’Ancien Testament le concernant. Jésus continue de les former, après trois années d’enseignement : maintenant il leur prête un secours spécial pour l’interprétation des Écritures. Grâce à cette lumière, les disciples comprennent le sens de tout ce qu’ils ont vécu auprès du Maître. « Il leur dit : “Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour, et que la conversion serait proclamée en son nom, pour le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem” » (Lc 24, 46-47). Sous l’impulsion de ces mots, les premiers chrétiens ont annoncé la proximité de la miséricorde de Dieu, mais en précisant que ce n’est plus une simple promesse ; désormais, les disciples seraient les ministres de la réconciliation, puisque Jésus leur avait dit : « À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis » (Jn 20, 23).

Dans la première lecture, nous écoutons le témoignage de saint Pierre : « Convertissez-vous donc et tournez-vous vers Dieu pour que vos péchés soient effacés » (Ac 3, 19). Dans la seconde, la remarque de saint Jean : « Mes petits enfants, je vous écris cela pour que vous évitiez le péché. Mais si l’un de nous vient à pécher, nous avons un défenseur devant le Père : Jésus Christ, le Juste. C’est lui qui, par son sacrifice, obtient le pardon de nos péchés, non seulement les nôtres, mais encore ceux du monde entier » (1 Jn 2, 1-5). Chaque année, à Pâques, l’Église renouvelle cette invitation. « La Confession, c’est le passage de la misère à la miséricorde, c’est l’écriture de Dieu dans le cœur. A chaque fois, nous y lisons que nous sommes précieux aux yeux de Dieu, qu’il est Père et qu’il nous aime plus que nous nous aimons nous-mêmes. […] Combien de fois nous nous sentons seuls et perdons le fil de la vie. Combien de fois nous ne savons plus comment recommencer, oppressés par la difficulté de nous accepter. Nous avons besoin de recommencer mais nous ne savons pas à partir d’où. […] C’est seulement en tant que pardonnés que nous pouvons repartir rassurés, après avoir éprouvé la joie d’être aimés du Père jusqu’au bout. Des choses vraiment nouvelles en nous se produisent seulement à travers le pardon de Dieu » [03].


LA LITURGIE actualise le mystère pascal et, par conséquent, la mission apostolique. Comme il y a vingt siècles, Jésus ressuscité nous dit : « À vous d’en être les témoins » (Lc 24, 48). Cet appel à l’apostolat fait partie de notre identité chrétienne. « La nouvelle évangélisation doit impliquer que chaque baptisé soit protagoniste d’une façon nouvelle. Cette conviction se transforme en un appel adressé à chaque chrétien, pour que personne ne renonce à son engagement pour l’évangélisation, car s’il a vraiment fait l’expérience de l’amour de Dieu qui le sauve, il n’a pas besoin de beaucoup de temps de préparation pour aller l’annoncer » [04].

« À vous d’en être les témoins » (Lc 24, 48) Comment être un bon témoin ? « Nous ne pouvons être témoins que si nous connaissons le Christ personnellement et non seulement à travers les autres, par notre propre vie, par notre rencontre personnelle avec le Christ. En le rencontrant réellement dans notre vie de foi nous devenons des témoins et nous pouvons ainsi contribuer à la nouveauté du monde, à la vie éternelle » [05]. Vivre en ayant le sens de la mission présuppose un cœur amoureux, être les amis de Jésus ressuscité, le fréquenter dans le pain et la parole. « Jésus-Christ vit, disait saint Josémaria, avec une chair comme la mienne, mais glorieuse ; avec un cœur de chair comme le mien […]. “Je sais, moi, que mon rédempteur est vivant”. Mon Rédempteur, mon Ami, mon Père, mon Roi, mon Dieu, mon Amour, est vivant ! Il prend soin de moi » [06].

Bien conscients de l’importance de notre mission, nous voulons imiter les premiers chrétiens : aller auprès de la Vierge Marie, Reine des Apôtres, pour qu’elle nous aide à devenir des hérauts du Christ.


[01]. Benoît XVI, Jésus de Nazareth, vol. II, Parole et Silence, Paris, 2012.

[02]. Saint Josémaria, Saint Rosaire, premier mystère glorieux.

[03]. Pape François, Homélie, 29 mars 2019.

[04]. Pape François, Evangelii gaudium, n° 120.

[05]. Benoît XVI, Audience générale, 20 janvier 2010.

[06]. Saint Josémaria, Instruction 9 janvier 1935, n° 248.













Méditation : 4ème dimanche de Pâques (année C)

- Jésus est le bon pasteur

- Donner la vie pour les brebis

- Nous sommes tous à la fois brebis et pasteur


LES ÉVANGILES des premiers dimanches de Pâques rapportent les apparitions du Christ ressuscité. Or, nous trouvons aujourd’hui le discours où Jésus se présente comme le bon pasteur et explique à ses auditeurs les caractéristiques de celui qui veille sur les brebis : son attention, son esprit de sacrifice, son union au Père, sa pleine liberté pour assumer sa mission… On dirait qu’il veut encourager ceux qui l’écoutent à mettre leur confiance en lui et à vouloir faire partie de son troupeau. Aujourd’hui, dimanche du bon pasteur, l’Évangile nous invite à entrer dans le bercail du Christ ressuscité, à lui permettre d’être notre guide.

La liturgie de la messe commence par une prière adressée à Dieu le Père, qui nous place devant un besoin : « Dieu éternel et tout-puissant, guide-nous jusqu’au bonheur du ciel ; que le troupeau parvienne, malgré sa faiblesse, là où son Pasteur est entré victorieux » [01]. Jésus connaît notre situation et il sait que nous avons besoin de sa force de guérison. Les blessures de notre péché ne sont pas un motif de découragement, mais elles peuvent nous conduire à une grande confiance dans le Seigneur. Il nous aide à contempler la réalité avec compréhension et à fixer notre regard sur Dieu. Jésus nous a précédés sur la route qui conduit à la vie éternelle : il fraye le chemin et nous montre qu’il mène au bonheur.

La lumière de la Pâque éclaire la figure du bon pasteur. Nous pouvons dire que Jésus « est mon berger : je ne manque de rien. Sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer. Il me mène vers les eaux tranquilles » (Ps 22, 1-2), car il a vaincu la mort en retournant à la vie. « Après avoir triomphé de l’enfer, dit un hymne liturgique, le Restaurateur du genre humain retourne au ciel, ressuscité, portant sa brebis sur ses épaules » [02]. Cette brebis est l’image de l’humanité, une image de chacun d’entre nous.


« MOI, JE SUIS LE BON PASTEUR, le vrai berger, qui donne sa vie pour ses brebis » (Jn 10, 11). Par ses mots si brefs, Jésus nous dit comment il s’identifie au bon pasteur : celui qui se donne lui-même pour prendre soin des âmes à lui confiées. Cette tâche est pour lui la plus importante. Il existe un lien étroit entre le bon pasteur et les brebis à sa charge : il les connaît une par une, il passe son temps entouré d’elles, il reconnaît leurs bêlements, leur façon de marcher… Le bon pasteur n’abandonne jamais ses brebis parce qu’elles font partie de sa vie, tandis que le « mercenaire », celui qui ne les aime pas comme siennes, ne s’en occupe pas personnellement.

Jésus souligne qu’il donne sa vie pour les brebis, comme un acte libre, fondé donc sur l’amour : « Voici pourquoi le Père m’aime : parce que je donne ma vie, pour la recevoir de nouveau. Nul ne peut me l’enlever : je la donne de moi-même. J’ai le pouvoir de la donner, j’ai aussi le pouvoir de la recevoir de nouveau : voilà le commandement que j’ai reçu de mon Père » (Jn 10, 17-18). Quelle espérance un tel amour ne devrait-il pas susciter en nous ! Si la passion du Seigneur nous a montré jusqu’à quel extrême est arrivé son amour pour nous, sa résurrection nous dit qu’il vaut la peine de se laisser gagner par cet amour, puisque nous y trouverons la force pour commencer à marcher, déjà ici-bas, conformément à la vie nouvelle. « Mon Dieu, priait saint Josémaria, qu’il est facile de persévérer, quand on sait que tu es le Bon Pasteur, et nous — toi et moi… — des brebis de ton troupeau ! — En effet, nous savons bien que le Bon Pasteur donne sa vie tout entière pour chacune de ses brebis » [03].

En tant que brebis du troupeau du Christ, nous saurons aller aux lieux où il nous donne la vie : ces moments de prière quotidienne, les pratiques de piété, qui battent la mesure de nos journées… Mais, principalement, les sacrements, puisqu’ils nous renouvellent d’une vie divine. Nous pourrons alors dire avec le psalmiste : « Tu prépares la table pour moi devant mes ennemis ; tu répands le parfum sur ma tête, ma coupe est débordante. Grâce et bonheur m'accompagnent tous les jours de ma vie ; j’habiterai la maison du Seigneur pour la durée de mes jours » (Ps 22, 5-6).


LE DIMANCHE du bon pasteur est un bon jour pour demander à Dieu que l’Église rende toujours présents les soins du bon pasteur. Offrir ces soins est une mission très spéciale des ministres sacrés. Cependant, en un certain sens, tous les baptisés, identifiés au Christ, sont appelés à être pasteurs des autres : à les aider par l’exemple, la prière et le conseil. C’est pourquoi, saint Josémaria disait que nous sommes tous à la fois brebis et pasteur.

Pour être de bons pasteurs nous avons besoin d’imiter Jésus lorsqu’il sert, guérit, accompagne, écoute… En définitive, lorsqu’il donne gratuitement sa vie pour les autres. « L’intermédiaire fait son travail et reçoit son salaire. […] Le médiateur, en revanche se perd lui-même pour unir les parties, donne sa vie, soi-même, le prix est celui-ci : sa vie, il paie de sa vie, de sa fatigue, de son travail, tant de choses » [04]. Les autres ne sont pas un moyen pour obtenir quelque chose, pas plus que des objectifs qui pourraient nous sembler très élevés. Telle serait l’attitude du mercenaire de la parabole : il n’a que faire des brebis, excepté les avantages qu’il pourrait en tirer.

Le bon pasteur regarde chacun avec la gratuité de Dieu ; il les voit selon leur condition fondamentale : un fils ou une fille de Dieu appelé à la gloire et à prendre part à son amour. C’est pourquoi il sert tout le monde avec joie, ce qui entraîne une confiance sincère chez les autres : ils souhaitent s’approcher du pasteur, sachant qu’il ne cherche que leur bonheur. Après tout, la récompense de ce don de soi est une joie qui n’en finit pas : « Quand se manifestera le Chef des pasteurs, vous recevrez la couronne de gloire qui ne se flétrit pas » (1 P 5, 4).


[01]. Missel Romain, Prière, Quatrième Dimanche de Pâques.

[02]. Hymne Salve dies.

[03]. Saint Josémaria, Forge, n° 319.

[04]. Pape François, Homélie, 9 décembre 2016.













Méditation : 4ème dimanche de Pâques (année C)

- L’Église tout entière se réjouit parce que le Christ ressuscité est son Pasteur

- Sûrs entre les mains de Dieu

- Invités à entrer dans l’intimité du Père et du Fils


TOUTE LA LITURGIE d’aujourd’hui est imprégnée de la joie pascale, dont la source est la résurrection du Christ. Ce quatrième dimanche de Pâques est traditionnellement appelé le dimanche du Bon Pasteur. L’Évangile d’aujourd’hui nous apprend que, lors de la fête de la Dédicace, Jésus a prononcé ces paroles sous le porche de Salomon du Temple de Jérusalem : « Mes brebis écoutent ma voix ; moi, je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, et personne ne les arrachera de ma main. Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tout, et personne ne peut les arracher de la main du Père. Le Père et moi, nous sommes un » (Jn 10, 27-30).

L’Église tout entière se réjouit parce que le Christ ressuscité est son Pasteur. Dans l’hymne qui précède l’Évangile, nous entendons les paroles que Jésus a prononcées à son sujet : « Je suis le bon pasteur » (Jn 10, 14). Le Christ ressuscité connaît chacun de nous d’une manière particulière, non pas de l’extérieur, mais dans les profondeurs de notre être. « Il nous a faits, et nous sommes à lui, nous, son peuple, son troupeau » (Psaume responsorial, Ps 99, 3). Il nous connaît par « une connaissance du cœur, propre à celui qui aime et qui est aimé ; à celui qui est fidèle et qui sait à son tour pouvoir avoir confiance » [01]. Le Seigneur ressuscité nous connaît « avec la connaissance “la plus intime”, avec la même connaissance avec laquelle le Fils connaît et embrasse le Père et, dans le Père, embrasse la vérité et l’amour infinis » [02].

Les brebis du troupeau reconnaissent la voix de leur berger, répondent à son appel et le suivent. En écoutant la voix et les sifflets de leur berger, les brebis sont soulagées, car elles se sentent en sécurité. « Le mystère de la voix est suggestif : pensons que, dès le sein de notre mère, nous apprenons à reconnaître sa voix et celle de notre père ; par le ton d’une voix, nous percevons l’amour ou le mépris, l’affection ou la froideur. La voix de Jésus est unique. Si nous apprenons à le distinguer, il nous guide sur le chemin de la vie, un chemin qui surmonte aussi l’abîme de la mort » [03].


TOUT POUVOIR au ciel et sur la terre a été donné au Bon Pasteur. Notre confiance vient de savoir que nous sommes guidés par lui. C’est avec cette certitude de la foi que les premiers apôtres se sont mis en route vers le monde connu. Ils se savaient témoins de cet amour unique, ils se sentaient en sécurité entre les mains de Dieu, les meilleures mains. C’est pourquoi, lorsque des routes leur étaient fermées, ils en ont courageusement ouvert de nouvelles. C’est ce qu’ont fait Paul et Barnabé à Antioche de Pisidie, lorsqu’ils se sont heurtés à la fermeture d’esprit et à la jalousie des Juifs, comme nous le lisons dans la première lecture de la messe d’aujourd’hui : « C’est à vous d’abord qu’il était nécessaire d’adresser la parole de Dieu. Puisque vous la rejetez et que vous-mêmes ne vous jugez pas dignes de la vie éternelle, eh bien ! nous nous tournons vers les nations païennes. C’est le commandement que le Seigneur nous a donné » (Actes 13, 46-47).

Rien de vraiment mauvais ne peut nous arriver si nous faisons confiance au Christ et si nous le laissons nous guider de sa main puissante. Ainsi, nous dit l’Apocalypse, ses brebis « n’auront plus faim, n’auront plus soif, ni le soleil ni la chaleur ne les accablera, puisque l’Agneau qui se tient au milieu du Trône sera leur pasteur pour les conduire aux sources des eaux de la vie. Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux » (Ap 7, 16-17).

« Pour lui, nous ne sommes ni masse ni multitude. Nous sommes des personnes uniques, chacune avec sa propre histoire, chacune avec sa propre valeur, à la fois en tant que créature et en tant que personne rachetée par le Christ. Chacun d’entre nous peut dire : “Jésus me connaît !” C’est vrai, c’est ainsi : il nous connaît comme personne d’autre, lui seul sait ce qu’il y a dans nos cœurs, nos intentions, nos sentiments les plus cachés. Jésus connaît nos forces et nos faiblesses, et il est toujours prêt à prendre soin de nous, à guérir les blessures de nos erreurs par l’abondance de sa grâce. En lui se réalise pleinement l’image du berger du peuple de Dieu esquissée par les prophètes : il prend soin de ses brebis, il les rassemble, il panse les blessés, il guérit les malades » [04].


DANS l’allégorie du Bon Pasteur, Jésus se révèle comme Fils, en tout point égal au Père : « Le Père et moi, nous sommes un. Le Père est en moi, et moi dans le Père » (Jn 10, 30.38). Les autorités juives lui avaient demandé : « Combien de temps vas-tu nous tenir en haleine ? Si c’est toi le Christ, dis-le-nous ouvertement ! » (Jn 10, 24). La réponse du Maître fut si audacieuse et surprenante qu’elle les scandalisa : « Tu n’es qu’un homme, et tu te fais Dieu » (Jn 10, 33). Beaucoup des auditeurs qui l’ont entendu réagissent avec foi, mais certains, en particulier les chefs du peuple, le rejettent avec haine, au point de ramasser des pierres pour le lapider (Jn 10, 31).

L’unité entre le Père et le Fils est un point central de l’Évangile, surtout dans la dernière partie de la prédication du Seigneur avant la Passion. Il appelle Dieu « son » Père et fait toutes choses en son nom. Le Père « l’a consacré et envoyé dans le monde » (Jn 10, 36), et l’a chargé de prendre soin des brebis. Le Fils nous ouvre les portes pour participer à sa relation avec le Père : l’intimité même à laquelle il nous invite est déjà la vie éternelle.

Nous faisons partie de la famille du Christ, car c’est lui-même qui nous a choisis (cf. Ep 1,4). « Nous venons à son bercail, attirés par sa voix et par ses sifflements de Bon Pasteur, sûrs que nous ne trouverons le vrai bonheur temporel et éternel qu’abrités sous son ombre » [05]. « Tu nous connais bien, prêchait saint Josémaria ; tu sais bien que nous voulons entendre, écouter toujours attentivement tes sifflements de Bon Pasteur et y répondre parce que la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul véritable Dieu ; et ton envoyé, Jésus-Christ » [06].

Certes, le Bon Pasteur cherche tout le monde, mais certaines brebis rebelles n’acceptent pas ses soins affectueux. Nous sommes émus par la plainte de Jésus devant l’obstination de certains cœurs : « Je vous l’ai dit, et vous ne croyez pas » (Jn 10, 25). La foi exige une volonté attentive et libre, un cœur qui veut écouter la voix du berger. « Je peux voir à la lumière du soleil, mais si je ferme les yeux, je ne vois pas : ce n’est pas à cause du soleil, mais à cause de moi, car en fermant les yeux, j’empêche la lumière du soleil de m’atteindre » [07]. Marie nous aidera à ouvrir tout grand notre cœur à l’amour de Dieu, à l’entendre avec joie nous appeler par notre nom.


[01]. Benoît XVI, Homélie, 29 avril 2007.

[02]. Saint Jean Paul II, Homélie, 27 avril 1980.

[03]. Pape François, Regina cœli, 24 avril 2013.

[04]. Pape François, Regina cœli, 25 avril 2021.

[05]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 22.

[06].Ibid., n° 1.

[07]. Saint Thomas d’Aquin, Sup. Ev. Ioann. in loc.













Méditation : 5ème dimanche de Pâques (année C)

- L’Église tout entière se réjouit parce que le Christ ressuscité est son Pasteur

- Sûrs entre les mains de Dieu

- Invités à entrer dans l’intimité du Père et du Fils


APRÈS le lavement des pieds, à table, Jésus rompt le silence et ouvre son cœur : « Maintenant le Fils de l’homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui. Si Dieu est glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera ; et il le glorifiera bientôt » (Jn 13,31-32). La richesse de ces paroles peut être comprise dans le contexte de la fête juive de l’Expiation, au cours de laquelle le grand prêtre accomplit le sacrifice pour lui-même, pour les autres prêtres et enfin pour tout le peuple. L’objectif était de rendre à Israël la conscience d’être réconcilié avec Dieu, d’être le peuple élu.

Dans la prière sacerdotale de cette nuit-là, Jésus, quelques heures avant de se livrer sur la croix, se tourne vers le Père. « Lui, prêtre et victime, prie pour lui-même, pour les apôtres et pour tous ceux qui croiront en lui, pour l’Église de tous les temps » [01]. Et cette glorification dont il parle est la pleine obéissance à la volonté de Dieu. « Cette disponibilité et cette demande constituent le premier acte du nouveau sacerdoce de Jésus, qui consiste à se donner totalement sur la croix, et c’est précisément sur la croix — acte suprême d’amour — qu’il est glorifié, car l’amour est la vraie gloire » [02]

« Le véritable amour suppose que l’on sorte de soi-même et que l’on se donne. L’amour authentique entraîne la joie : une joie dont les racines sont en forme de Croix » [03]. C’est un mystère qui a trouvé son sens à la lumière de la résurrection de Jésus. « Chaque fois que nous regardons l’image du Christ crucifié, nous pensons que lui, en tant que véritable Serviteur du Seigneur, a rempli sa mission en donnant sa vie, en versant son sang pour la rémission des péchés » [04]


LORSQUE Jésus a annoncé à ses apôtres qu’il quittait ce monde (cf. Jn 13, 33), il a proclamé un commandement nouveau : « C’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13, 34-35). Lorsque l’amour avec lequel nous autres chrétiens nous vivons est une prolongation de l’amour de Jésus, sa présence parmi nous est prolongée.

Il est frappant que Jésus ait appelé ce commandement « nouveau », puisque dans l’Ancien Testament, Dieu avait déjà établi le précepte de l’amour. Ce qui est nouveau, en revanche, c’est la manière et l’origine de cet amour : ce qui est nouveau, c’est « d’aimer comme Jésus a aimé ». C’est ce qui fait de nous des hommes nouveaux, car cela implique de donner la vie aux autres comme il l’a donnée ; qui plus est : laisser le Christ lui-même agir en nous. « L’insertion de notre moi dans le sien — “Je vis, mais ce n’est pas moi, c’est le Christ qui vit en moi” (Gal 2, 20) — est ce qui compte vraiment […]. Le commandement nouveau n’est pas simplement une exigence nouvelle et plus élevée. Elle est liée à la nouveauté de Jésus-Christ, en s’immergeant progressivement en lui » [05].

L’amour du Fils de Dieu qui a vécu parmi nous est, en réalité, la source de tout amour : il n’a pas de limite, il embrasse tout le monde, il est capable de transformer les difficultés en occasions d’aimer encore davantage. Pour reprendre quelques mots de saint Josémaria, nous pouvons demander hardiment à Dieu : « Donne-moi, Seigneur, l’amour avec lequel tu veux que je t’aime » [06]


EN NOUS DONNANT le commandement nouveau, Jésus nous envoie vivre de son amour, afin que nous soyons un signe crédible et efficace de la venue du royaume de Dieu dans le monde. Par notre façon d’aimer, nous manifestons à nos contemporains que tout a été renouvelé. Les païens du premier siècle, émerveillés par cette nouvelle charité, disaient : « Voyez comme ils s’aiment et comme ils sont prêts à mourir les uns pour les autres » [07]. L’atmosphère qui régnait parmi ces premiers chrétiens étonnait les païens : « Ils s’aiment avant même de se connaître » [08].

« L’amour commence à la maison, disait Sainte Teresa de Calcutta. Il y a d’abord votre famille, puis votre ville. Il est facile de prétendre aimer les gens qui sont loin, mais beaucoup moins facile d’aimer ceux qui vivent tout près de nous » [09]. C’est d’abord aux personnes qui nous sont les plus proches que nous montrons l’amour que nous avons reçu de Jésus. En dépassant les différences et en regardant ce qui nous unit, les chrétiens essaient de vivre un amour qui se manifeste par des choses tangibles : « Jésus lui-même […] nous parle de choses concrètes : nourrir les affamés, visiter les malades […]. Quand il n’y a pas ce caractère concret, on peut vivre un christianisme illusoire, parce qu’on ne comprend pas bien où se trouve le cœur du message de Jésus » [10].

Aimer les autres comme le Christ les aime n’est possible qu’avec la force qu’il nous communique, en particulier dans l’Eucharistie. Dans l’Eucharistie, notre cœur s’élargit. Marie, avec son Fils, est aussi un modèle de cet amour généreux et total, qui surmonte tous les obstacles.


[01]. Benoît XVI, Audience générale, 25 janvier 2012.

[02].Ibid.

[03]. Saint Josémaria, Forge, n° 28.

[04]. Pape François, Angélus, 30 août 2020.

[05]. Benoît XVI, Jésus de Nazareth, ch. III.

[06]. Saint Josémaria, Forge, n° 270.

[07]. Tertullien, Apologeticum, ch. 39.

[08]. Minucius Félix, Octavius, ch. 9.

[09]. Sainte Teresa de Calcutta, Un chemin tout simple.

[10]. Pape François, Homélie, 9 janvier 2014.













Méditation : 6ème dimanche de Pâques (année C)

- L’Église tout entière se réjouit parce que le Christ ressuscité est son Pasteur

- Sûrs entre les mains de Dieu

- Invités à entrer dans l’intimité du Père et du Fils


LE TEMPS PASCAL touche lentement à sa fin. Au cours de ces semaines, nous avons évoqué certaines des rencontres du Christ ressuscité avec les apôtres et les saintes femmes. L’Ascension et la Pentecôte approchent, et l’Église nous invite à nous préparer intérieurement à ces deux solennités. Dans l’Évangile, nous lisons les paroles d’adieu de Jésus lors de la dernière Cène : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure » (Jn 14, 23).

Jésus manifeste l’immensité de l’amour de Dieu pour nous, en révélant le mystère de l’inhabitation divine dans l’âme : nous sommes appelés à être le temple et la demeure de la Sainte Trinité. « À quel plus grand degré de communion avec Dieu l’homme pourrait-il aspirer, quelle plus grande preuve Dieu pourrait-il donner de vouloir entrer en communion avec l’homme ? Toute l’histoire millénaire de la mystique chrétienne, bien qu’elle ait des expressions sublimes, ne peut nous parler qu’imparfaitement de cette présence ineffable de Dieu dans les profondeurs de l’âme » [01].

Dieu nous montre sa proximité. Il ne se contente pas d’être près de nous : il veut être en nous, remplir notre cœur de sa présence. « Dieu est ici avec nous, présent, vivant, écrivait saint Josémaria : il nous voit, il nous entend, il nous dirige, et il contemple nos moindres actions, nos intentions les plus cachées » [02]. Se souvenir souvent de lui nous aidera à faire l’expérience de sa présence, à être fidèles dans les petites et les grandes choses qui composent notre existence : « En nous approchant de lui de cette manière, avec cette intimité, tu deviendras un bon fils de Dieu et son grand ami : dans la rue, sur les places, dans tes affaires, dans ta profession, dans ta vie ordinaire » [03].

« Je vous parle ainsi, tant que je demeure avec vous ; mais le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. (Jn 14, 25-26). L’Église est née du mystère pascal du Christ, et elle est continuellement guidée et vivifiée par l’Esprit Saint. Dans son parcours historique, malgré les fragilités de l'homme, l’aide de la troisième personne de la Trinité ne cesse jamais.


IL EST POSSIBLE que, face au départ imminent de Jésus, les apôtres aient été inquiets. Le contraste entre l’ampleur de l’entreprise qui leur était confiée et leurs capacités était grand ; comment allaient-ils remplir la mission de porter sa parole dans le monde ? C’est pourquoi Jésus, après avoir annoncé l’envoi de l’Esprit Saint, a cherché à insuffler la sérénité à ses disciples : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Que votre cœur ne soit pas bouleversé ni effrayé » (Jn 14, 27).

Avec l’Esprit Saint, Jésus leur donne la paix. Une paix qui est le don de Dieu et qui va donc au-delà de ce que nous pouvons atteindre par nos seules forces humaines. Souvent, sur terre, « il n’y a que des apparences de paix, un équilibre de la peur, des engagements fragiles » [04]. D’autre part, la paix que le Seigneur nous donne est avant tout la conséquence de l’amour que le Paraclet déverse dans nos cœurs (cf. Romains 5, 5). « La paix du Seigneur suit le chemin de la douceur et de la croix : c’est la prise en charge des autres. Le Christ, en effet, a pris sur lui notre mal, notre péché et notre mort. Il a pris tout cela sur lui. C’est ainsi qu’il nous a libérés. Il a payé pour nous. Sa paix n’est pas le fruit d’un accord quelconque, mais elle naît du don de lui-même » [05].


L’ACTION du Paraclet dans les premiers temps de l’Église est évidente lors du Concile de Jérusalem. « L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé… » (Actes 15, 28). Les apôtres et les anciens s’étaient réunis pour résoudre une controverse sur la manière d’évangéliser tous les peuples, y compris les chrétiens non juifs. Au-delà du problème spécifique, le texte sacré montre l’enthousiasme avec lequel l’Église primitive a répandu la foi, suivant l’inspiration du Paraclet.

Cet élan missionnaire, sans cesse renouvelé, apparaît tout au long de l’histoire de l’Église. Et c’est un motif d’espérance dans la tâche d’évangélisation où nous aussi nous sommes plongés. « L’Esprit accompagne l’Église tout au le long du chemin entre la première et la seconde venue du Christ : « Je m’en vais, et je reviens vers vous » (Jn 14, 28), dit Jésus aux apôtres. Entre le « départ » et le « retour » du Christ, il y a le temps de l’Église, qui est son Corps ; il y a les deux mille ans qui se sont écoulés jusqu’à présent. Temps de l’Église, temps de l’Esprit Saint : il est le Maître qui forme les disciples et les fait tomber amoureux de Jésus, les éduque à écouter sa parole, à contempler son visage » [06].

Pendant ses premières années de sacerdoce, saint Josémaria avait dans son bréviaire quelques images dont il se servait pour marquer les pages. Un jour, il lui sembla qu’il s’y attachait et il les remplaça par des bouts de papier sur lesquels il écrivit plus tard :Ure igne Sancti Spiritus, brûle avec le feu de l’Esprit Saint ! « Je les ai utilisés pendant de nombreuses années », se souvient-il, « et chaque fois que je les lisais, c’était comme si je disais à l’Esprit : Enflamme-moi, fais de moi une braise ! » [07] C’est avec ces mêmes désirs que nous pouvons nous préparer, en persévérant dans la prière avec Marie (cf. Ac 1, 14), à recevoir l’Esprit Saint dans notre cœur. Ainsi, enflammés dans l’amour pour Dieu et pour les autres, nous connaîtrons la chaleur divine pour tous les hommes, comme les apôtres.


[01]. Saint Jean Paul II, Homélie, 5 mai 1986.

[02]. Saint Josémaria, Sillon, n° 658.

[03]. Saint Josémaria, notes prises lors d’une réunion de famille, 17 septembre 1972.

[04]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 73.

[05]. Pape François, Audience générale, 13 avril 2022.

[06]. Benoît XVI, Homélie, 13 mai 2007.

[07]. Salvador Bernal, « Portrait de Mgr Escriva”.













Méditation : Notre-Dame de Fatima

- Une impulsion au chapelet

- La paix est le fruit de la prière et de l’expiation pour les péchés

- Le cœur de la Vierge Marie triomphe du péché


LE XXème SIÈCLE a été marqué dans l’histoire de la piété mariale par les apparitions de Notre Dame à Fatima. Nous sommes en 1917 et les douleurs de la guerre couvrent une grande partie du monde. Alors que plusieurs pays s’affrontaient avec obstination, que l’on tentait de résoudre les problèmes par la force de la violence, au Portugal, Notre Dame révélait aux enfants le chemin de la vraie paix. La prière que l’Église propose pour la messe d’aujourd’hui résume le message de Fatima : « Seigneur Dieu, tu as voulu que la Mère de ton Fils soit aussi notre Mère : accorde-nous de persévérer dans la pénitence et la prière pour le salut du monde ; puissions-nous devenir ainsi, de jour en jour, des artisans efficaces du Royaume du Christ » [01]. Notre Dame a fait part aux trois petits bergers la nécessité pour les chrétiens d’avoir une vie de prière et de pénitence afin d’accueillir la paix de son Fils. Le message de Fatima est comme un écho de ces paroles de Jésus au début de sa prédication : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile » (Mc 1, 15).

Jacinthe, François et Lucie, dès qu’ils ont rencontré la Vierge Marie, ont commencé à prier le chapelet quotidiennement et à offrir des sacrifices à Dieu. La fidélité de ces trois petits à la demande maternelle de Marie a ouvert un chemin d’espoir pour de nombreuses personnes dans le monde entier. Depuis les apparitions de Fatima, la dévotion au saint rosaire a pris un nouvel élan. Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui se tournent vers cette prière, en y ajoutant celle que la mère du Christ a enseignée aux petits bergers : « Mon Jésus, pardonne-nous nos péchés, délivre-nous du feu de l’enfer, conduis toutes les âmes au ciel, surtout celles qui ont le plus besoin de ta miséricorde ». Quelle grande consolation nous autres chrétiens nous trouvons dans la récitation du Saint Rosaire ! Des mères et des pères qui prient avec insistance pour la conversion de leurs enfants, des travailleurs confrontés à des perspectives économiques incertaines, des jeunes qui veulent consacrer leurs énergies à vivre et à partager la joie de l’Évangile… C’est une prière qui change l’histoire de nombreux peuples et qui peut aussi changer la nôtre.


EN SUIVANT les paroles de Notre-Dame de Fatima, nous voulons apprendre à persévérer dans la prière et dans la réparation des péchés. L’Évangile nous rappelle comment Jésus a insisté sur « la nécessité pour eux de toujours prier sans se décourager » (Lc 18, 1. Et saint Paul, pour sa part, demande ceci aux chrétiens : « ayez la joie de l’espérance, tenez bon dans l’épreuve, soyez assidus à la prière » (Rm 12,12). La paix naît dans un cœur qui a l’audace de croire au pouvoir de la prière et qui s’en remet avec confiance aux bras de Dieu.

Le Seigneur regarde avec plaisir notre prière. Ses mains tiennent l’histoire de l’humanité, dans laquelle se trouvent également notre histoire personnelle et celle de ceux qui nous entourent. Le livre de l’Apocalypse utilise l’image du parfum de l’encens pour parler de la prière des chrétiens : « Et par la main de l’ange monta devant Dieu la fumée des parfums, avec les prières des saints » (Ap 8, 4). En réponse à notre cri constant, le Seigneur agit dans l’histoire pour la mener à sa plénitude. C’est pourquoi nous voulons apprendre à persévérer dans la prière. Marie veut apprendre aux gens à faire confiance à son fils, même si parfois il semble qu’il ne nous écoute pas. Aux noces de Cana, il semble que Jésus ne pense pas à accomplir le miracle, mais la Vierge Marie insiste : notre Mère ne voit pas dans les paroles de son fils un appel à l’inaction, mais une invitation à l’audace. C’est pourquoi elle se met à dire aux serviteurs : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le » (Jn 2, 5). Et le miracle est accompli.

« Marie, modèle de prière. — Vois comme elle prie son Fils, à Cana ; et comme elle insiste, sans se décourager, avec persévérance. — Et comme elle réussit. — Prends exemple sur elle » [02]. Ce conseil de saint Josémaria peut nous aider à obtenir de nombreux dons de notre Seigneur grâce à notre prière.


LE VOCABLE de Notre-Dame de Fatima reste lié à la dévotion au Cœur Immaculé de Marie. « Mon Cœur Immaculé triomphera. Qu’est-ce que cela signifie ? Que le cœur ouvert à Dieu, purifié par la contemplation de Dieu, est plus fort que les fusils et toutes sortes d’armes. Le « fiat » de Marie, la parole de son cœur, a changé l’histoire du monde, parce qu’elle a mis au monde le Sauveur, parce que grâce à ce « oui », Dieu a pu se faire homme dans notre monde et il le demeure maintenant et pour toujours » [03].

Les apparitions de Notre Dame à Fatima parlent du danger que court l’humanité si elle abandonne la prière. La Sainte Vierge, cependant, ne veut pas que nous tombions dans une vision pessimiste de l’histoire. Son cœur triomphe : en imitant la constance de son dialogue avec Dieu, nous pouvons éviter le péché, qui est le pire des maux. Nous y trouvons « la force qui s’oppose à la puissance de destruction : la splendeur de la Mère de Dieu, et toujours venant de lui, l’appel à la pénitence. L’importance de la liberté humaine est ainsi soulignée : l’avenir n’est pas déterminé de manière immuable, et l’image que les enfants ont vue n’est pas un film anticipé de l’avenir, dont on ne pourrait rien changer. L’ensemble de cette vision ne vise qu’à attirer l’attention sur la liberté et à l’orienter dans une direction positive » [04].

Notre prière, simple et confiante, nous engage dans l’histoire ; ce n’est pas la naïveté de ceux qui ne sont pas conscients des problèmes, ni l’indifférence de ceux qui ne pensent qu’à apaiser leur conscience. Les litanies du Rosaire, par exemple, nous unissent à ceux qui souffrent : les malades, les pécheurs, les migrants, etc. En priant pour eux, nous nous sentons, avec l’aide de Dieu, responsables de leur apporter du réconfort. Nous pouvons nous adresser à Notre Dame de Fatima comme l’a fait le Bienheureux Alvaro del Portillo : « Nous voulons entrer dans votre Cœur Immaculé. C’est ainsi que nous connaîtrons la joie et la paix des enfants de Dieu. Que tout ce qui pourrait vous blesser, nous blesse. Et, si nous sommes bien introduits dans votre cœur très aimable, vous nous ferez entrer dans le cœur de votre fils » [05].


[01]. Missel romain, Mémoire de la Bienheureuse Vierge Marie de Fatima, prière.

[02]. Saint Josémaria, Chemin, n° 502.

[03]. Joseph Ratzinger, Commentaire théologique, Congrégation pour la Doctrine de la Foi, 13 mai 2000.

[04].Ibid.

[05]. Bienheureux Álvaro del Portillo, Prière à Fatima, 15 novembre 1985.