- Le Christ peut changer notre vie
- Nombreux sont ceux qui, comme les apôtres, ont cédé leur barque à Jésus
- Aimer Dieu comme il désire être aimé
NOMBREUX sont ceux qui ont eu l’occasion de voir le Seigneur, de l’écouter, de se nourrir de sa présence. « La foule se pressait autour de Jésus pour écouter la parole de Dieu » (Lc 5, 1), nous dit l’Évangile. Le verbe employé, « se presser », nous permet d’avoir une idée du nombre de gens réunis près du lac de Génésareth. Pour pouvoir s’approcher de Jésus, ils devaient se presser. Cependant, en tenant compte de l’ensemble du passage du Seigneur dans ce monde, nous pourrions nous demander : Combien se sont-ils laissé transformer par le message du Christ ? Peut-être dans un bon nombre de cas il est arrivé ce que saint Josémaria affirmerait plus tard : que le message de Jésus peut passer « sans laisser de traces, comme passe l’eau sur les pierres » [01].
De nos jours aussi, nous pouvons être témoins de scènes semblables : beaucoup, y compris de non chrétiens, se sentent attirés par le message de Jésus ; un nombre infini de ressources évoquent sa personne, sa figure, son message, captant toujours notre intérêt. Cependant, combien sont-ils chaque jour à se convertir grâce à ce contact avec Jésus ? Combien à s’ouvrir au don de piété qui transforme notre relation avec Dieu ? Le Seigneur nous offre une « amitié avec Dieu, qui nous a été donnée par Jésus, une amitié qui change notre vie et qui nous remplit d’enthousiasme, de joie. C’est pourquoi le don de la piété suscite tout d’abord en nous la gratitude et la louange. Tel est en effet le motif et le sens le plus authentique de notre culte et de notre adoration. Quand le Saint-Esprit nous fait percevoir la présence du Seigneur et tout son amour pour nous, il réchauffe notre cœur et nous incite presque naturellement à la prière et à la célébration » [02].
UN PHÉNOMÈNE à l’opposé du précédent a eu lieu ce jour-là au même endroit. Tout a commencé par une initiative de Jésus : Il « monta dans une des barques qui appartenait à Simon, et lui demanda de s’écarter un peu du rivage » (Lc 5, 3), pour que la foule puisse le voir et l’écouter plus facilement. Ce simple geste a mis en route une histoire partagée. Dans un premier temps, les pêcheurs ont pensé qu’ils faisaient une faveur à Jésus. Or, petit à petit, ils se sont rendu compte que c’était lui qui prenait le gouvernail de la barque. Quelques minutes plus tard, ils ont pris conscience d’avoir assisté à quelque chose d’extraordinaire : une pêche miraculeuse. À la fin, en retournant sur le rivage, ils ont compris que désormais rien ne serait plus pareil. C’est comme s’ils avaient ouvert les yeux pour la première fois.
Ce qui s’est passé ce soir-là à Génésareth s’est répété d’innombrables fois. Beaucoup, malheureusement, n’ont pas compris que c’était Jésus qui leur demandait la barque, et ainsi leur vie s’est peut-être toujours déroulée de manière unidimensionnelle. Heureusement, beaucoup d’autres ont dit oui au cours de l’histoire. Tant de chrétiens qui nous ont précédés dans la foi montrent que Dieu continue d’appeler. La réponse des saints est particulièrement brillante. Avant Génésareth, Dieu avait appelé Marie. Et des siècles plus tard, à Milan il secouera Augustin, à Sienne Catherine, à Pampelune Iñigo, en Ouganda Charles, ou à Logroño un jeune homme appelé Josémaria. Tous ont dit oui et, comme ces premiers pêcheurs, en plus de découvrir toutes les dimensions de leur vie, ils ont aussi changé le cours de l’histoire.
QUELQUES MOTS de saint Josémaria nous fournissent la clé pour comprendre pourquoi les deux chemins possibles que nous montre l’Évangile d’aujourd’hui sont si différents : « Je me laisserai imprégner, transformer ; je me convertirai, je me tournerai de nouveau vers le Seigneur en l’aimant comme il désire être aimé » [03]. Il est possible que la différence entre les gens qui ont simplement écouté le Seigneur ce jour-là et les apôtres qui ont vu leur vie transformée pour toujours se trouve dans cette intuition : aimer Dieu « comme il désire être aimé ». Tandis qu’un groupe s’est limité à écouter un message de plus, parmi bien d’autres, les autres ont compris que l’amour était derrière les actions de Jésus. Or, face à l’amour, nous avons la liberté de passer outre, mais aussi celle de mettre notre vie en jeu pour nous lancer dans une aventure à laquelle le plus grand des bonheurs est promis.
Voilà pourquoi la contemplation de cette scène peut nous aider, parmi d’autres choses, à penser à l’invitation à être, en mots de saint Josémaria, « amoureux de Dieu » [04]. Cependant, répondre à cette invitation peut exiger une question préalable : Comment le Seigneur désire-t-il être aimé ? La Sainte Écriture nous offre de multiples références pour trouver la bonne réponse : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force » (Dt 6, 5), dit le Deutéronome ; « Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres » (Jn 13, 34), nous dit le Christ. En définitive, « le message chrétien n’était pas seulement “informatif”, mais “performatif”. Cela signifie que l’Évangile n’est pas uniquement une communication d’éléments que l’on peut connaître, mais une communication qui produit des faits et qui change la vie » [05].
Le meilleur exemple de cette dimension transformatrice de la présence du Christ est la Très Sainte Vierge : elle a dit « que tout m’advienne selon ta parole » (Lc 1, 38). Ces mots, repris dans l’Angélus, sont la meilleure expression de notre docilité à l’aventure de Dieu. Il s’agit de reconnaître que chaque jour, « Jésus passe à côté de nous, et attend de nous — aujourd’hui, maintenant —, un grand changement » [06].
[01]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 59.
[02]. Pape François, Audience générale, 4 juin 2014.
[03]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 59.
[04]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 60.
[05]. Benoît XVI, Spe salvi, n° 2.
[06]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 59.
- Les béatitudes donnent un nouveau sens à notre vie
- La joie a ses racines en forme de croix
- Les béatitudes nous invitent à la confiance
LE CHRIST s’arrête dans une vaste plaine, assez spacieuse pour accueillir beaucoup de gens venus de partout : Judée, Jérusalem, même de la côte de Tyr et Sidon. Un climat d’admiration s’étant créé autour de lui, tout le monde est venu pour le voir et l’écouter. Jésus ne laisse indifférent aucun des assistants. « Heureux, vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous. Heureux, vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés. Heureux, vous qui pleurez maintenant, car vous rirez. Heureux êtes-vous quand les hommes vous haïssent et vous excluent, quand ils insultent et rejettent votre nom comme méprisable, à cause du Fils de l’homme. Ce jour-là, réjouissez-vous, tressaillez de joie, car alors votre récompense est grande dans le ciel » (Lc 6, 20-23).
Le passage des Béatitudes nous permet de constater que Dieu n’est pas loin de nous : dans la douleur non plus, dans la faim, la souffrance, la persécution… Sa proximité est « l’antidote à la peur de rester seuls devant la vie. Le Seigneur, en effet, par sa Parole con-sola [en italien], c’est-à-dire est avec celui qui est seul. En nous parlant, il nous rappelle que nous sommes dans son cœur » [01]. La Parole de Dieu, toujours éloquente, interpelle, surtout au moment de la faiblesse ou de l’injustice. Qui plus est, elle nous permet de saisir la réalité d’une façon nouvelle, en nous montrant qu’il y a toujours des possibilités de semer le bien.
Au bout des siècles, l’ensemble du discours qu’il a prononcé alors, et qui est consigné dans l’Écriture, continue de changer la vie de nombreuses personnes. « Les béatitudes sont un nouveau programme de vie, pour se libérer des fausses valeurs du monde et s’ouvrir aux vrais biens, présents et futurs » [02]. Venant de celui qui est la vie, ses enseignements sont les seuls à satisfaire pleinement le désir d’authenticité et de vérité de notre cœur.
DANS CE DISCOURS de Jésus, nous entrevoyons un mystérieux parcours de vie qui nous promet le plein bonheur : c’est le Fils de Dieu lui-même qui nous offre la joie et l’allégresse. C’est un chemin dont la récompense est plus grande que celle offerte par d’autres projets, qui sont souvent bons, mais qui ne satisfont pas les profondeurs de notre âme. « La béatitude promise nous place devant les choix moraux décisifs, dit le Catéchisme de l’Église Catholique. Elle nous invite à purifier notre cœur […] et à rechercher l’amour de Dieu par-dessus tout. Elle nous enseigne que le vrai bonheur ne réside ni dans la richesse ou le bien-être, ni dans la gloire humaine ou le pouvoir, ni dans aucune œuvre humaine, si utile soit-elle, comme les sciences, les techniques et les arts, ni dans aucune créature, mais en Dieu seul, source de tout bien et de tout amour » [03].
Un jour, un enseignant a demandé à saint Josémaria comment guider ses élèves vers la vraie liberté. Le fondateur de l’Opus Dei a rappelé la manière de comprendre la réalité de ceux qui se sont laissé transformer par la perspective de l’Évangile : « Je sais que vous enseignez aux enfants que la liberté a été gagnée pour nous par le Christ sur la Croix, a-t-il commencé, qu’il est monté sur l’échafaud de la Croix par amour pour nous, pour gagner notre liberté ; que la libération n’est pas la libération de la douleur, des contrariétés, de la calomnie, de la diffamation, de la pauvreté [...]. Il ne se révolte pas contre la pauvreté, il l’accepte ; il ne se révolte pas contre le travail, il l’accepte ; il ne se révolte pas contre l’autorité, il l’accepte ; il ne se révolte pas contre la maladie, il l’accepte ; il ne se révolte pas contre les parents, il les accepte et les aime ; ni contre les maîtres, qui font un travail paternel et maternel » [04].
Cette acceptation n’est pas une attitude d’abnégation passive, comme quelqu’un qui se contente de quelque chose qu’il ne comprend pas ; au contraire, c’est l’acceptation de celui qui, ayant confiance que Dieu le Père est mystérieusement derrière toutes ces situations, alors qu’il ne peut pas y remédier les embrasse avec la sérénité avec laquelle Jésus a embrassé la croix pour nous sauver tous. Les racines du bonheur proposé par les béatitudes « sont en forme de Croix » [05].
« LA CERTITUDE de l’amour de Dieu nous donne confiance dans sa providence paternelle, même lors des moments les plus difficiles de l'existence. Cette confiance totale en Dieu le Père providentiel, même face aux adversités, est admirablement exprimée par sainte Thérèse d’Avila : “Que rien ne te trouble, rien ne t’effraye. Tout passe, Dieu ne change pas. La patience obtient tout. Celui qui a Dieu ne manque de rien. Dieu seul suffit” (Poésies, n. 30). L’Écriture nous offre un exemple éloquent de confiance totale en Dieu, lorsqu’elle rapporte qu’Abraham avait mûri la décision de sacrifier son fils Isaac. En réalité, Dieu ne voulait pas la mort de son fils, mais la foi du père. Et Abraham démontre pleinement sa foi, car lorsqu’Isaac lui demande où se trouve l’agneau de l’holocauste, il ose lui répondre que “c’est Dieu qui pourvoira” (Gn 22, 8). Immédiatement après il fera précisément l’expérience de la Providence bienveillante de Dieu, qui sauve le jeune garçon et récompense sa foi, en le comblant de bénédictions » [06].
Le Catéchisme de l’Église Catholique nous dit qu’avoir confiance en Dieu, croire en lui, est « un acte authentiquement humain. Il n’est contraire ni à la liberté ni à l’intelligence de l’homme de faire confiance à Dieu et d’adhérer aux vérités par lui révélées. Déjà dans les relations humaines il n’est pas contraire à notre propre dignité de croire ce que d’autres personnes nous disent sur elles-mêmes et sur leurs intentions, et de faire confiance à leurs promesses […] Dès lors, il est encore moins contraire à notre dignité de “présenter par la foi la soumission plénière de notre intelligence et de notre volonté au Dieu qui révèle” (Cc. Vatican I : DS 3008) et d’entrer ainsi en communion intime avec lui » [07]. Les béatitudes nous invitent à cette confiance et à cette communion avec la vie du Christ ; elles nous offrent la possibilité que Jésus vive en nous, déjà dans ce monde. Les béatitudes ont commencé dans la vie de la Vierge Marie et de tous les saints : ils nous accompagnent sur le chemin.
[01]. Pape François, Homélie, 24 janvier 2021.
[02]. Benoît XVI, Angélus, 30 janvier 2011.
[03].Catéchisme de l’Église Catholique, n° 1723.
[04]. Saint Josémaria, notes prises lors d’une réunion de famille, 2 juillet 1974.
[05]. Saint Josémaria, Forge, n° 28.
[06]. Saint Jean Paul II, Audience générale, 24 mars 1999.
[07].Catéchisme de l’Église Catholique, n° 154.
- Un programme du Christ pour agrandir le cœur
- Noyer les jugements dans une abondance de grâce et de joie
- Nous sommes tous appelés à aimer nos ennemis
« C’EST UNE MESURE bien pleine, tassée, secouée, débordante, qui sera versée dans le pan de votre vêtement » (Lc 6, 38). Jésus présente ainsi la somme de grâces dont Dieu, en Père plein de bonté, veut nous combler. Pour être à même de les recevoir, nous avons besoin d’élargir notre cœur afin de le rendre apte à tant de richesse. Le Seigneur indique tout un programme de croissance pour notre capacité de recevoir : « Aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour […] Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés. Pardonnez, et vous serez pardonnés. Donnez, et l’on vous donnera » (Lc 6, 35-38). La promesse de Jésus, cette mesure pleine qu’il veut nous donner, amène à notre esprit quelques mots de la prière eucharistique de la messe : « Afin qu’en recevant ici, par notre communion à l’autel, le corps et le sang de ton Fils, nous soyons comblés de ta grâce et de tes bénédictions » [01].
Peut-être nous semble-t-il un peu difficile de parcourir le chemin que Jésus nous indique pour élargir notre cœur : aimer ceux qui ne nous aiment pas, pardonner, ne pas juger, donner sans rien attendre en retour… Cependant, les paroles du Christ sont claires. Dieu veut, d’une certaine manière, rentrer à l’intérieur de nous, jusqu’à ce que nous puissions répéter avec saint Josémaria : « Mon Dieu, quelle joie ! Comme tu es grand, et comme tu es beau, et comme tu es bon ! Et moi, comme je suis bête, à prétendre te comprendre. Comme tu serais petit, si tu pouvais entrer dans ma tête ! Tu es dans mon cœur, ce qui n’est pas rien » [02]. Nous sommes les enfants de Dieu et nous ne voulons pas renoncer à cette dignité inégalée ni faire obstacle à son désir de nous aimer sans mesure. Saint Ambroise dit : « Toi aussi, si tu fermes la porte de ton âme, tu laisses le Christ dehors. Bien qu’il ait le pouvoir d’entrer, il ne veut pas être importun, il ne veut pas entrer de force » [03]. Ces paroles du Christ, que nous aurons probablement du mal à mettre en pratique, sont aptes à préparer notre cœur afin que Dieu puisse y régner.
L’UNE DES CHOSES que Jésus recommande pour que notre cœur soit capable de recevoir toute l’affection de Dieu notre Père est de ne pas juger les autres : « Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés » (Lc 6, 37). Il est beaucoup plus facile de dire du mal des autres que de se regarder soi-même et de regarder les autres avec les yeux de Dieu. « Le fait de montrer du doigt et le jugement que nous utilisons à l’encontre des autres sont souvent un signe de l’incapacité à accueillir en nous notre propre faiblesse, notre propre fragilité » [04].
« Pourquoi, lorsque tu juges les autres, mets-tu dans ta critique l’amertume de tes propres échecs ? » [05], se demande saint Josémaria. « Le Malin nous pousse à regarder notre fragilité avec un jugement négatif. Au contraire, l’Esprit la met en lumière avec tendresse. La tendresse est la meilleure manière de toucher ce qui est fragile en nous. […] Paradoxalement, le Malin aussi peut nous dire la vérité. Mais s’il le fait, c’est pour nous condamner. Nous savons cependant que la Vérité qui vient de Dieu ne nous condamne pas, mais qu’elle nous accueille, nous embrasse, nous soutient, nous pardonne » [06].
Le manque de paix intérieure agit comme une loupe pour chercher les défauts des autres. La tristesse intérieure qui découle du fait que nous n’acceptons pas nos limites avec sérénité est souvent exprimée par un jugement critique. Deux attitudes peuvent nous aider à suivre le conseil de Jésus de moins juger et de donner plus de place à Dieu dans nos cœurs. D’une part, être reconnaissant pour tout ce qui nous entoure, comme un don de Dieu. D’autre part, nous devrions essayer de découvrir et de nous réjouir des dons que Dieu accorde aux autres. Alors nous noierons le mal de nos jugements dans une abondance d’actions de grâce et de joie [07].
IL N’EST PAS DIFFICILE de considérer l’invitation de Jésus à aimer ses ennemis comme exceptionnelle, héroïque ou inhabituelle. Il n’est pas difficile d’être tenté d’y voir une invitation adressée aux autres, et non à soi-même. Le mal que quelqu’un nous a fait, qu’il soit grand ou petit, si nous ne parvenons pas à le faire passer par le cœur du Christ, peut devenir une véritable prison pour le déploiement des dons de Dieu. Nous avons du mal à pardonner. Pourtant, les paroles de Jésus sont sans équivoque : « Aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour » (Lc 6, 35). Pour aimer comme Dieu, nous devons nous libérer des limites étroites de notre propre dimension et entrer dans la logique divine.
« Quel est le sens de cette parole ? Pourquoi Jésus demande-t-il d’aimer ses ennemis, un amour qui dépasse les capacités humaines ? […] Sa miséricorde qui s’est faite chair en Jésus et qui seule peut “faire basculer” le monde du mal vers le bien, à partir de ce “monde” petit et décisif qu’est le cœur de l'homme. […] Pour les chrétiens, la non-violence n’est pas un simple comportement tactique, mais bien une manière d’être de la personne, l’attitude de celui qui est tellement convaincu de l’amour de Dieu et de sa puissance, qu’il n’a pas peur d’affronter le mal avec les seules armes de l’amour et de la vérité. […] Voilà l’héroïsme des “petits”, qui croient dans l’amour de Dieu et le diffusent même au prix de leur vie » [08].
Sainte Marie a incarné toutes les attitudes que le Christ recommande pour agrandir nos âmes. Nous ne pouvons pas l’imaginer en train de juger les autres, de faire acception de personnes ou d’endurcir son cœur pour le pardon. C’est pourquoi elle a pu porter Dieu dans son sein. Nous pouvons demander à notre Mère de nous rendre de plus en plus semblables à elle.
[01]. Prière eucharistique I.
[02]. Saint Josémaria, Notes prises lors d’une réunion de famille, 9 juin 1974.
[03]. Saint Ambroise, Commentaire du Psaume 118, 12.13-14.
[04]. Pape François, Patris corde, n° 2.
[05]. Saint Josémaria, Chemin, n° 52.
[06]. Pape François, Patris corde, n° 2.
[07]. Cf. saint Josémaria, Sillon, n° 864.
[08]. Benoît XVI, Angélus, 18 février 2007.
- Dieu nous aide avec le don de conseil
- Dieu soutient la vertu de prudence
- L’Esprit Saint et l’apostolat
LE PROPHÈTE Isaïe avait annoncé la venue d’un roi qui aurait des qualités exceptionnelles pour diriger le peuple. L’Esprit de Dieu reposera sur lui, lui donnant « l’esprit de sagesse et de discernement, l’esprit de conseil et de force, l’esprit de connaissance et de crainte du Seigneur » (Is 11, 2). Les dons du Saint-Esprit, dont il est question dans ce texte, « complètent et mènent à leur perfection les vertus de ceux qui les reçoivent. Ils rendent les fidèles dociles à obéir avec promptitude aux inspirations divines » [01]. Aujourd’hui, nous nous penchons sur le don de conseil, qui nous aide à bien juger afin de prendre la meilleure décision à chaque instant.
« Des problèmes qui peuvent sembler insolubles ne manquent jamais. Mais le Saint-Esprit aide dans les difficultés et éclaire… On peut dire qu’il possède une inventivité infinie, propre à l’esprit divin, qui permet de dénouer les nœuds des événements humains, même les plus complexes » [02]. Par le don du conseil, le Paraclet nous rend plus sensibles à sa voix, oriente « nos pensées, nos sentiments et nos intentions selon le cœur de Dieu » [03]. À de nombreux moments de notre vie, notamment lorsque nous sommes confrontés à une difficulté ou à un doute, nous faisons l’expérience du bien que nous font les conseils pleins de bon sens de personnes sages. Avec le don de conseil, c’est Dieu lui-même qui nous assiste. Jésus l’a expliqué à ses disciples à la fin du dernier repas : « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter. Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : mais ce qu’il aura entendu, il le dira ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître. Lui me glorifiera, car il recevra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître » (Jn 16, 12-14).
Le don de conseil agit comme un souffle nouveau dans la conscience, il nous suggère ce qui est le mieux, ce qui convient le mieux à l’âme, ce qui nous conduit au vrai bonheur. « La conscience devient alors l’œil sain dont parle l’Évangile (cf. Mt 6, 22) et acquiert une sorte de nouvelle pupille, grâce à laquelle elle est capable de mieux voir ce qu’il faut faire dans une circonstance donnée » [04].
« APPRENDS-MOI à faire ta volonté, car tu es mon Dieu » (Ps 142,10), pouvons-nous nous écrier, avec le psalmiste. « Seigneur, enseigne-moi tes voies, fais-moi connaître ta route » (Ps 24, 4). L’Esprit Saint répond à cette humble prière par le don du conseil, qui est comme une boussole qui guide l’âme de l’intérieur, comme une lumière qui éclaire nos décisions afin de vivre notre vocation personnelle avec une fidélité créative. De cette manière, le Saint-Esprit nous conduit à découvrir les plans de Dieu pour notre vie.
Le don de conseil perfectionne et enrichit la vertu de prudence. Avec cette vertu, nous réfléchissons et choisissons les moyens les plus raisonnables pour atteindre une fin particulière, quelque chose de concret que nous devons faire, sans perdre de vue la fin ultime, qui est le bonheur avec Dieu. La prudence n’est ni témérité ni insouciance : c’est un jugement de la raison sur ce qui est opportun et, en même temps, un ordre de l’exécuter. Le rôle du don de conseil est de perfectionner la vertu de prudence de telle sorte que ces deux tâches — jugement et décision — soient facilitées et que nous y trouvions du plaisir. C’est pourquoi saint Josémaria souligne que « la véritable prudence est celle qui reste attentive aux insinuations de Dieu et qui, dans cette écoute vigilante, reçoit dans l’âme des promesses et des réalités de salut » [05].
L’habitat dans lequel ce don précieux se développe est la prière ; là, d’une manière ou d’une autre, nous faisons de la place pour que l’Esprit vienne nous apporter son aide. Tant de fois, nous pouvons dire à Dieu : « Seigneur, pourquoi ne m’aides-tu pas ? Qu’est-ce qui est le mieux à faire en cette occasion ? Que veux-tu que je fasse ? » L’Église, par la voix du psalmiste, nous invite à prier avec ces mots empreints de confiance : « Je bénis le Seigneur qui me conseille : même la nuit mon cœur m’avertit. Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ; il est à ma droite : je suis inébranlable » (Ps 15, 7-8).
LE DON de conseil nous aide aussi à être capable de guider les autres sur le chemin du bien. Lorsque saint Paul est arrivé à Athènes, il a été invité à prendre la parole à l’Aréopage, où les gens se réunissaient pour leurs débats intellectuels. Là, il s’exprima avec une grande éloquence : « Athéniens, je peux observer que vous êtes, en toutes choses, des hommes particulièrement religieux. En effet, en me promenant et en observant vos monuments sacrés, j’ai même trouvé un autel avec cette inscription : “Au dieu inconnu.” Or, ce que vous vénérez sans le connaître, voilà ce que, moi, je viens vous annoncer » (Ac 17, 22-23). À la suite de ce témoignage, « quelques hommes s’attachèrent à lui et devinrent croyants. Parmi eux, il y avait Denys, membre de l’Aréopage, et une femme nommée Damaris, ainsi que d’autres avec eux » (Actes 17, 34).
Paul a développé un discours qui peut être un exemple pour l’évangélisation à toute époque : il a montré la nature raisonnable du christianisme et à quel point il peut contribuer à améliorer la pensée humaine. Il leur a d’abord parlé du seul Dieu vrai et vivant, « en qui nous avons la vie, le mouvement et l’être » (Ac 17, 28) ; puis il a proclamé Jésus-Christ, le Sauveur de tous les hommes. Comme cela fut le cas en ces temps-là avec saint Paul et les premiers chrétiens, de même aujourd’hui Dieu nous accorde le don du conseil pour que nous soyons des témoins qui évangélisent notre propre temps « avec le don des langues, pour qu’ils nous comprennent, pour qu’ils reçoivent la lumière de Dieu » [06].
L’apostolat d’amitié et de confidence est un domaine privilégié pour travailler avec l’Esprit Saint, car « l’amitié elle-même est un apostolat ; l’amitié elle-même est un dialogue, dans lequel nous donnons et recevons la lumière » [07]. Marie aussi, mère du bon conseil, peut nous éclairer dans notre tâche apostolique.
[01].Catéchisme de l’Église Catholique, n° 1831.
[02]. Saint Jean Paul II, Audience générale, 24 avril 1991.
[03]. Pape François, Audience générale, 7 mai 2014.
[04]. Saint Jean Paul II, Audience générale, 7 mai 1989.
[05]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 87.
[06]. Saint Josémaria, AGP, bibliothèque, P06, II, 202.
Mgr Fernando Ocariz, Lettre pastorale, 9 janvier 2018, n° 14.
[07]. Mgr Fernando Ocariz, Lettre pastorale, 9 janvier 2018, n° 14.
- Jésus envoie ses disciples en mission et il nous envoie nous aussi
- Il retourne au ciel mais il ne nous abandonne pas
- Le Christ nous précède, comme "capitaine"
QUARANTE JOURS après le Jour de Pâques, l’Église célèbre l’Ascension de Jésus. La Préface de la messe nous rappelle que « le Seigneur Jésus, vainqueur du péché et de la mort, est aujourd’hui ce Roi de gloire devant qui s’émerveillent les anges : il s’élève au plus haut des cieux, pour être le Juge du monde et le Seigneur des seigneurs » [01]. Saint Marc rapporte que, avant de monter au ciel, Jésus a confirmé la mission apostolique de ses disciples : « Allez dans le monde entier. Proclamez l’Évangile à toute la création » (Mc 16, 15). Voilà une tâche ambitieuse. Car il ne s’agit pas d’évangéliser le seul peuple d’Israël, ou l’empire romain, mais le monde entier, toute la création. « Cette tâche que Jésus confie à un petit groupe d’hommes simples et sans grandes compétences intellectuelles semble vraiment trop audacieuse ! Pourtant, cette petite compagnie, sans importance face aux grandes puissances du monde, est envoyée pour apporter le message d’amour et de miséricorde de Jésus aux quatre coins de la terre » [02].
Compte tenu de tout ce qu’ils avaient vécu pendant les quarante jours qui ont suivi la Résurrection de Jésus, les disciples ont répondu à son mandat missionnaire avec une foi agissante. « Quant à eux, ils s’en allèrent proclamer partout l’Évangile. Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient » (Mc 16, 20). La mission apostolique n’est pas une tâche réservée aux premiers disciples, car nous aussi nous sommes concernés par cette tâche divine. C’est pourquoi le jour où Jésus est monté au ciel nous semble si proche. « L’apostolat est comme la respiration du chrétien : un enfant de Dieu ne peut vivre sans ce frémissement de l’âme. La fête d’aujourd’hui nous rappelle que le zèle pour les âmes est un commandement amoureux du Seigneur qui, en montant dans sa gloire, nous envoie répandre son témoignage dans le monde entier. Notre responsabilité est grande : car être témoin du Christ suppose, avant tout, d’essayer de vivre selon sa doctrine, de lutter pour que notre conduite rappelle Jésus, évoque sa figure très aimable. Nous devons nous conduire de telle manière que les autres puissent dire en nous voyant : celui-ci est chrétien, parce qu’il n’a pas de haine, parce qu’il sait comprendre, parce qu’il n’est pas fanatique, parce qu’il domine ses instincts, parce qu’il se sacrifie, parce qu’il manifeste des sentiments de paix, et parce qu’il aime » [03].
SAINT LUC écrit que, peu avant de monter au ciel, Jésus « les emmena au dehors, jusque vers Béthanie ; et, levant les mains, il les bénit » (Lc 24, 50). Dans une certaine mesure, depuis ce jour-là « ses mains sont étendues sur ce monde. En nous bénissant, les mains du Christ sont comme un toit qui nous protège […]. En partant, il vient nous élever au-dessus de nous-mêmes et ouvrir le monde à Dieu. C’est pourquoi les disciples ont pu se réjouir lorsqu’ils sont rentrés de Béthanie. Par la foi, nous savons que Jésus, bénissant, étend ses mains sur nous. Telle est la raison permanente de la joie chrétienne » [04]. La liturgie des heures médite aujourd’hui quelques mots de saint Augustin concernant ce mystère : « Lui ne s’est pas éloigné du ciel lorsqu’il en est descendu pour venir vers nous ; et il ne s’est pas éloigné de nous lorsqu’il est monté pour revenir au ciel […]. Il est descendu du ciel par miséricorde, et lui seul y est monté, mais par la grâce nous aussi sommes montés en sa personne » [05].
Saint Marc, quant à lui, conclut son Évangile en disant que « le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et s’assit à la droite de Dieu » (Mc 16, 19). La scène est facile à imaginer si nous suivons ce que saint Josémaria a écrit : « Il est juste que la sainte Humanité du Christ reçoive l’hommage, la louange et l’adoration de toutes les hiérarchies des Anges et de toutes les légions des bienheureux dans la Gloire » [06].
Jésus monte au ciel mais sans nous abandonner pour autant. « Puisque Jésus est proche du Père, il n’est pas loin mais proche de nous. Maintenant, il n’est plus en un seul endroit du monde, comme avant l’Ascension ; par sa puissance, il dépasse tout espace, […] il est présent aux côtés de tous, et chacun peut l’évoquer, en tout lieu et tout au long de l’histoire » [07]. Jésus demeure avec nous : l’Esprit Saint habite dans notre âme en état de grâce et le Seigneur nous accompagne, y compris physiquement, dans l’Eucharistie. « Il nous est possible d’entrer dans l’intimité de Jésus, corps et âme. Le Christ nous a clairement montré le chemin : le Pain et la Parole ; nous nourrir de l’Eucharistie, connaître et accomplir ce qu’il est venu nous apprendre, et en même temps parler avec lui dans la prière » [08].
« ET COMME ils fixaient encore le ciel où Jésus s’en allait, voici que, devant eux, se tenaient deux hommes en vêtements blancs, qui leur dirent : “Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Ce Jésus qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel” » (Ac 1, 10-11). La solennité de l’Ascension rallume en nous l’espérance de partager la gloire dont Jésus jouit, à laquelle nous sommes appelés en tant que membres de son corps. « Il ne s’évade pas de notre condition humaine : mais en entrant le premier dans le Royaume, il donne aux membres de son corps l’espérance de le rejoindre un jour » [09].
« Cet “exode” vers la patrie céleste, que Jésus a vécu personnellement, il l’a entièrement affronté pour nous. C’est pour nous qu’il est descendu du ciel et c’est pour nous qu’il y est monté, après s’être fait en tout semblable aux hommes, humilié jusqu’à la mort sur la croix, et après avoir touché le fond de l’abîme du plus grand éloignement de Dieu. C’est justement pour cela que le Père s’est complu en lui et l’a “exalté” (Ph 2, 9), en lui restituant la plénitude de sa gloire, mais cette fois avec notre humanité. Dieu dans l’homme – l’homme en Dieu : c’est désormais une vérité non théorique mais réelle. C’est pourquoi l’espérance chrétienne, fondée dans le Christ, n’est pas une illusion, mais, comme le dit la lettre aux Hébreux, “en elle, nous avons comme une ancre de notre âme” (He 6, 19), une ancre qui pénètre dans le Ciel où le Christ nous a précédés » [10].
Le Seigneur nous attend au ciel et nous envoie l’Esprit Saint, ses dons et ses fruits, pour que nous aussi nous arrivions à franchir la ligne d’arrivée. « Après que le Seigneur fut monté au Ciel, les disciples se réunirent en prière au Cénacle, avec la Mère de Jésus (cf. Ac 1, 14), en invoquant ensemble l’Esprit Saint, qui allait les revêtir de puissance pour le témoignage qu’ils devaient rendre du Christ ressuscité (cf. Lc 24, 49 ; Ac 1, 8). Chaque communauté chrétienne, unie à la Très Sainte Vierge, revit ces jours-ci cette expérience spirituelle singulière en préparation à la solennité de la Pentecôte » [11].
[01]. Missel Romain, Préface de l’Ascension I.
[02]. Pape François, Regina Cœli, 13 mai 2018.
[03]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 122.
[04]. Benoît XVI-Joseph Ratzinger, Jésus de Nazareth.
[05]. Saint Augustin, Sermon sur l’Ascension.
[06]. Saint Josémaria, Saint Rosaire, IIe mystère glorieux.
[07]. Benoît XVI-Joseph Ratzinger, Jésus de Nazareth.
[08]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 118.
[09]. Missel Romain, Préface de l’Ascension I.
[10]. Benoît XVI, Angélus, 4 mai 2008.
[11]. Benoît XVI, Angélus, 8 mai 2005.
- La joie est un élément central de l’expérience chrétienne
- Sage est celui qui connaît les choses de Dieu
- La sagesse donne toute sa saveur à notre vie
LA NUIT de Pâques, l’Église chante la préface pascale, expression de la joie de la victoire de Jésus-Christ : « Qu’exulte de joie désormais la foule des anges… Que se réjouisse aussi la terre, irradiée de rayons si brillants… et que ce lieu retentisse des fortes acclamations que chantent les peuples ! » Après les jours tristes et douloureux de la Passion, les apôtres ont retrouvé leur joie en voyant le visage du Christ ressuscité. Lors de la dernière Cène, le Christ les avait prévenus : « Vous allez pleurer et vous lamenter, vous serez dans la peine, mais votre peine se changera en joie. […] Mais je vous reverrai, et votre cœur se réjouira ; et votre joie, personne ne vous l’enlèvera » (Jn 16, 20-23) Malgré leur échec cuisant dans l’amour de son Maître, Jésus ne les a pas laissés enfermés dans leur misère. Il est reparti sur les routes, « déguisé en étranger » [01], à la recherche de ses disciples.
Certes, la joie est une aspiration gravée dans notre être. « Notre cœur cherche la joie profonde, pleine et durable qui peut donner de la saveur à l’existence » [02] En tant que disciples du Seigneur, nous savons que la joie que nous cherchons se trouve en lui. C’est un élément central de l’expérience chrétienne. Après la Pentecôte, la joie devient pour la première communauté un mode de vie, car la joie est un fruit de sa présence. « Chaque jour, d’un même cœur, ils fréquentaient assidûment le Temple, ils rompaient le pain dans les maisons, ils prenaient leurs repas avec allégresse et simplicité de cœur » (Ac 2, 46.
La joie et l’amour vont de pair. « L’homme ne peut vivre sans amour », rappelait saint Jean-Paul II au début de son pontificat. « Il reste pour lui-même un être incompréhensible, sa vie n’a pas de sens si l’amour ne lui est pas révélé, s’il ne rencontre pas l’amour, s’il ne l’expérimente pas et ne le fait pas sien, s’il n’y participe pas vivement » [03]. La joie chrétienne naît du fait de savoir que nous sommes inconditionnellement aimés par Dieu. Il nous accueille, nous accepte et nous aime tels que nous sommes. Cet amour personnel entretient une joie que rien ni personne ne peut nous enlever (cf. Jn 16, 23). Le Seigneur nous dit, dès le début de notre vie : « Je veux que tu sois ; il est bon, très bon que tu existes… Quelle merveille que tu sois dans le monde » [04].
« C’est pourquoi, frères, réjouissez-vous dans le Seigneur, et non dans le monde », conseillait saint Augustin. « C’est-à-dire, réjouissez-vous dans la vérité, non dans l’iniquité ; réjouissez-vous dans l’espérance de l’éternité, non dans les fleurs de la vanité. Réjouissez-vous de telle sorte que, quelle que soit la situation dans laquelle vous vous trouvez, ayez à l’esprit que le Seigneur est proche ; que rien ne vous inquiète » [05].
AUJOURD’HUI commence la pieuse coutume des “Dix Jours pour le Saint-Esprit”, qui nous prépare à la solennité de la Pentecôte. Dans une invocation liturgique, nous demandons à Dieu, avec la lumière du Paraclet, de nous accorder « de connaître les choses justes et de jouir toujours de ses divines consolations ». Il existe également un lien étroit entre la sagesse et la joie. Le premier et le plus grand des dons de l’Esprit Saint est le don de sagesse, qui nous donne une connaissance profonde du mystère de Dieu, une connaissance nouvelle et charitable, par laquelle « l’âme acquiert une familiarité, pour ainsi dire, avec les choses divines « [06]. La sagesse est « un certain goût de Dieu » [07], un goût pour le spirituel, qui nous donne aussi une capacité nouvelle de « juger les choses humaines à la mesure de Dieu » [08].
En effet, nous lisons dans la Sainte Écriture : « Aussi j’ai prié, et le discernement m’a été donné. J’ai supplié, et l’esprit de la Sagesse est venu en moi. Je l’ai préférée aux trônes et aux sceptres ; à côté d’elle, j’ai tenu pour rien la richesse ; je ne l’ai pas comparée à la pierre la plus précieuse ; tout l’or du monde auprès d’elle n’est qu’un peu de sable, et, en face d’elle, l’argent sera regardé comme de la boue » (Sg 7, 7-9). Les anciens recherchaient la pierre philosophale, qui avait des pouvoirs magiques et transformait tout en or. Le don de la sagesse est bien plus que cette pierre inexistante qui laissait présager tant de bonheur, car il nous apprend à regarder la réalité de l’intérieur, en la contemplant avec les yeux de Dieu. «Le vrai sage n’est pas simplement celui qui connaît les choses de Dieu, mais celui qui les expérimente et les vit» [09]. Les saints nous donnent un exemple de cette sagesse joyeuse. En suivant leurs traces, nous apprenons à imprégner notre vie entière de la lumière de la sagesse : nos expériences, nos sentiments, nos rêves et nos projets.
Le don de la sagesse « en nous faisant connaître Dieu et jouir de Dieu, nous rend capables de juger sans erreur les situations et les choses de cette vie. […] Non pas que le chrétien ne se rende compte de tout ce qu’il y a de bon dans l’humanité, qu’il n’apprécie les joies pures, qu’il ne participe aux désirs et aux idéaux terrestres. Il ressent, au contraire, tout cela du plus profond de son âme, et il le partage et le vit avec une intensité spéciale, parce qu’il connaît mieux que quiconque les profondeurs de l’esprit humain » [10]. La sagesse nous fait découvrir le sens profond de la réalité, de l’histoire elle-même. Avec elle, nous allons au-delà de la surface des choses et des événements pour plonger dans le sens ultime de tout ce qui se passe.
SAINT PAUL est resté longtemps à Corinthe à prêcher la parole de Dieu, car dans une vision, le Seigneur lui a dit : « Sois sans crainte : parle, ne garde pas le silence. Je suis avec toi, et personne ne s’en prendra à toi pour te maltraiter » (Ac 18, 9-10). La constance de la foi et du témoignage de Paul, comme celle du reste des disciples, reposait sur la conviction que le Seigneur, qui connaît tous les cœurs et toutes les choses, se tenait à ses côtés et veillait sur lui avec amour.
« Ne garde pas le silence ». La Sagesse nous apprend à sentir avec le cœur de Dieu, à parler avec les mots de Dieu. Elle n’est pas le fruit de l’étude, ni de la préparation intellectuelle. Il s’agit d’un don gratuit du doux Hôte de l’âme, grâce auquel nous découvrons la bonté et la grandeur du Seigneur, qui remplit notre vie de saveur afin que nous devenions « sel de la terre » (Mt 5, 13). Le cœur du « sage » a le goût de Dieu, en lui tout nous parle de Dieu, de sorte qu’il devient pour les autres un témoignage beau et vital de son amour.
Dans le premier livre des Rois, il est raconté qu’au début de son règne, Salomon a fait un rêve. Dieu l’a encouragé à demander un cadeau : «Demande ce que je dois te donner» (1 R 3, 1-15). À cette demande divine, le roi répond : « Donne à ton serviteur un cœur attentif pour qu’il sache gouverner ton peuple et discerner le bien et le mal ». Il était très agréable aux yeux de Dieu que Salomon ait demandé la sagesse, comme le plus grand de tous les trésors. Prenant l’exemple du roi sage, nous pouvons nous tourner vers le Christ avec ces mots de saint Ambroise : « Apprends-moi les riches paroles de la sagesse, car tu es la Sagesse ! Ouvre mon cœur, toi qui as ouvert le livre ; tu ouvres la porte qui est au ciel, car tu es la Porte ! Celui qui entre par toi possédera le Royaume éternel ; celui qui entre par toi ne sera pas trompé, car celui qui est entré dans la demeure de la Vérité ne peut se tromper » [11].
Marie est la Cause de notre joie et le Siège de la Sagesse. Nous lui demandons de nous donner la grâce de tout regarder avec les yeux joyeux de Dieu.
[01]. Cf. J. M. Ibañez Langlois, Livre de la Passion, Jésus s’est rendu plein d’amour sur les chemins, cherchant à apparaître, déguisé en étranger.
[02]. Benoît XVI, Message pour la XXVIIe Journée Mondiale de la Jeunesse (2012).
[03]. Saint Jean Paul II, Redemptor hominis, n° 10.
[04]. J. Pieper, Les vertus fondamentales (cf. Gn 1, 31).
[05]. Saint Augustin, Sermon (PL 38, 933-935).
[06]. Saint Jean Paul II, Catéchèse sur le Crédo, 9 avril 1989.
[07]. Saint Thomas d’Aquin, Somme théologique II-II, q. 45, a. 2, ad 1.
[08]. Saint Jean Paul II, Catéchèse sur le Crédo, 9 avril 1989.
[09].Ibid.
[10]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 133.
[11]. Saint Ambroise, Commentaire du Psaume 118/1.
- Chanter les merveilles de Dieu
« EN CES JOURS-LÀ, Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée » (Lc 1, 39). Peu de temps s’était écoulé depuis l’Annonciation. Au terme de son ambassade, l’archange Gabriel avait révélé à Marie que sa vieille cousine Elisabeth attendait un enfant, « car rien n’est impossible à Dieu » (Lc 1, 37). La Vierge décide d’aller l’accompagner et part « avec empressement », avec la légèreté qu’éprouvent ceux qui se sont remis entièrement entre les mains de Dieu.
Marie entreprend ce voyage dans des circonstances particulières. Elle vient d’apprendre qu’elle sera la mère du Messie. Elle, une fille apparemment ordinaire, qui vit dans un village anonyme de Galilée. Humainement parlant, il pourrait sembler logique qu’elle se soit concentrée sur ce qui venait de se passer et sur les situations qu’elle va devoir gérer : ce que Joseph va dire, ce que ses parents vont penser, ses proches parents, le reste du village… Pourtant, son âme, pleine de grâce, suit d’autres chemins. Une fois qu’elle a donné son oui à Dieu – « que tout m’advienne selon ta parole » (Lc 1,38). Marie se met au rythme des inspirations de l’Esprit Saint. C’est pourquoi elle s’est immédiatement mise en route vers les montagnes. Elle veut voir sa cousine pour lui offrir son aide et son affection ; peut-être aussi pour partager sa joie, pour parler à la seule personne qui, à ce moment-là, pouvait comprendre quelque chose des merveilles que Dieu fait.
De manière similaire à ce que nous contemplons en Marie, notre vie chrétienne, si elle suit le souffle de l’Esprit Saint, sera aussi de plus en plus ouverte aux autres. Nos efforts pour nous améliorer dans les vertus ne seront pas autoréférentiels, mais inséparables de la fraternité et de l’apostolat. Et notre intimité avec le Seigneur dans la prière nous conduira également à vivre la charité envers tous de manière plus délicate. « Nos prières, même lorsqu’elles commencent par des sujets et des propos en apparence personnels, finissent toujours par s’orienter vers le service des autres. Et si nous cheminons la main dans la main avec la Sainte Vierge, Elle nous fera ressentir notre fraternité avec tous les hommes, car nous sommes tous les enfants de ce Dieu dont Elle est Fille, Épouse et Mère » [01]
LA VIERGE MARIE arrive à Ain Karim, le village où Jean va naître. « Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint » (Lc 1, 40-41). Pour la première fois dans les évangiles, nous voyons Marie étroitement associée à son Fils dans la rédemption. Sa présence dans la maison de Zacharie est un canal de la grâce divine. Elle a introduit le Christ dans cette maison, et en cela, par la foi, nous sommes appelés à l’imiter. Saint Josémaria le dit en ces termes : « Si nous nous identifions à Marie, si nous imitons ses vertus, nous pouvons obtenir que le Christ naisse, par la grâce, dans l’âme de beaucoup de personnes qui s’identifieront à lui par l’action de l’Esprit Saint » [02].
Remplie d’un enthousiasme surnaturel pour l’action du Paraclet, Elisabeth fut comblée par la visite qu’elle avait reçue. S’adressant à sa cousine, elle s’exclame : « Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur » (Lc 1, 45). Ces mots nous invitent à regarder la foi de Marie, à la reconnaître comme éducatrice de cette vertu et à lui demander de nous aider à vivre par la foi. De cette façon, nous pourrons reconnaître Jésus présent dans nos vies, nous serons convaincus qu’il n’y a rien d’impossible pour ceux qui travaillent pour lui.
« Jésus-Christ pose comme condition que nous vivions de la foi : alors nous serons capables de déplacer des montagnes. Il y a tant de choses à déplacer dans le monde, et d’abord… dans notre cœur » [03]. Aujourd’hui, nous pouvons demander à la Vierge Marie une grande foi, qui ne se laisse pas vaincre par les obstacles. « Aidez-nous à le découvrir, au milieu des multiples occupations de chaque jour ; apprenez à notre intelligence et à notre volonté à écouter la voix de Dieu et les appels de la grâce. Éveillez en nous le désir de suivre ses traces, en quittant notre terre et en faisant confiance à sa promesse » [04].
APRÈS AVOIR ÉCOUTÉ les paroles de sa cousine, Marie ne lui répond pas directement, mais entonne un chant de louange à Dieu : le Magnificat. Elle se voit à travers les yeux de Dieu, se sent regardée et aimée par lui, et comprend avec une immense gratitude qu’il l’a choisie par pure grâce. Se reconnaissant dans la lumière divine, elle exulte de joie, de cette joie qui est si présente dans toute la liturgie de la fête d’aujourd’hui.
Le chant de joie humble et exultant de Marie nous rappelle la générosité, la proximité et la tendresse du Seigneur envers les hommes. Le prophète Sophonie se fait également l’écho de cette sollicitude paternelle : « Le Seigneur ton Dieu est en toi, c’est lui, le héros qui apporte le salut. Il aura en toi sa joie et son allégresse, il te renouvellera par son amour ; il exultera pour toi et se réjouira » (Sophonie 3, 17). « Dieu va jusqu’à s’intéresser aux plus petits détails concernant ses créatures — vos affaires et les miennes — et il nous appelle un par un, par notre nom. Cette certitude que nous donne la foi nous fait contempler ce qui nous entoure sous un jour nouveau et, bien que tout demeure pareil, nous avons la sensation que tout est différent, parce que tout est expression de l’amour de Dieu » [05].
Avoir cette attitude nous conduira à vivre dans une action de grâce continuelle pour tout ce que nous recevons de lui. Nous apprécierons les bonnes choses que nous avons comme des dons de Dieu. Et entretemps, les choses que nous voudrions changer nous amèneront à être humbles et à faire confiance à la grâce divine, qui accompagne et soutient toujours nos efforts personnels. Ainsi, nous pourrons dire avec Marie : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur ! Il s’est penché sur son humble servante » (Lc 1, 46-48).
[01]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 145.
[02]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 281.
[03]. Pape François, Lumen fidei, n° 60.
[04]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 203.
[05]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 144.
- Les dernières solennités liées au cycle pascal
- Le Seigneur envoie tous les chrétiens en mission
- Les moyens pour mener à bien la mission confiée
LA LITURGIE de ce 7ème dimanche après Pâques reprend une nouvelle fois l’Évangile selon saint Jean, concrètement le grand discours que le Seigneur a prononcé au cours de la Dernière Cène. Et, dans ce discours, la partie connue comme la « grande prière sacerdotale », une prière qu’il adresse à son Père. Par le choix de ce texte, l’Église nous préparer aux dernières fêtes du cycle pascal. D’abord, l’Ascension que nous avons célébrée jeudi dernier ; maintenant, la Pentecôte, la descente du Saint Esprit, dimanche prochain. Sans oublier les autres fêtes qui vont intervenir alors que le temps ordinaire aura pris la suite du temps pascal, à partir du lundi après la Pentecôte, donc du 6 juin. À ce propos, n’oublions pas que le pape François a institué pour ce lundi-là la mémoire de la Vierge Marie, Mère de l’Église.
Pour mémoire, quelles sont les fêtes qui suivront la grande solennité de la Pentecôte ? Pour y répondre, on serait tenté de dire « excusez du peu », car il va s’agir bel et bien de la Très Sainte Trinité, le dimanche 12 ; ensuite, de la Fête-Dieu, le dimanche 19 juin, du Sacré Cœur de Jésus, le vendredi 24 et du Cœur immaculé de Marie, le samedi 25. Bref, les mystères les plus extraordinaires que l’esprit humain puisse contempler. Le Seigneur entend nous y introduire, par ses conseils, mais surtout par sa propre prière, cette prière sacerdotale qu’en tant qu’homme il a adressée à son Père. Le Verbe, la Parole du Père, s’est fait chair, c’est-à-dire parole humaine, pour nous faire connaître le Père et l’Esprit Saint.
Dans cette même prière, le Seigneur nous a indiqué en quoi consiste la mission qu’il nous confie, à titre de ses disciples. Il nous dit, en substance, que la mission de tout chrétien est une participation à la mission des Trois Personnes divines. Le Père envoie le Fils dans le monde ; et, après l’Ascension, le Père et le Fils envoient le Saint-Esprit. Ce qui signifie que, nous autres chrétiens nous sommes personnellement associés aux œuvres divines en faveur des hommes, pour l’essentiel, la Création, la Rédemption et la Sanctification. Soyons-en bien conscients, ayant en outre l’assurance que les trois Personnes divines nous assisteront toujours dans l’accomplissement de cette mission.
C’EST CE QUE le Seigneur nous dit dans un des versets qui précèdent l’Évangile d’aujourd’hui. « De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde » (Jn 17, 18). En clair, il nous invite à partager son zèle rédempteur. C’est-à-dire que nous devons avoir toujours présente à l’esprit notre mission d’apôtres. Bien sûr, la tâche n’est pas facile, car le monde ne va pas bien, puisqu’il s’éloigne de Dieu, peut-être sans en être vraiment conscient, surtout conscient des conséquences pratiques qui découlent de cet éloignement, involontaire peut-être mais combien réel.
Or, pour nous protéger des dangers qui nous guettent, le Seigneur n’entend pas nous retirer du monde. « Je ne prie pas pour que tu les retires du monde, mais pour que tu les gardes du Mauvais » (Jn 17, 15). Il nous y envoie, tout en nous protégeant du Mauvais, concrètement de ce qu’on appelle l’esprit mondain, une vision trop terre-à-terre de notre vie et de ses finalités. En effet, nous voyons que le monde actuel privilégie, sans doute un peu trop, des réalités qui ne sont pas à la hauteur de notre dignité humaine, moins encore de notre dignité d’enfants de Dieu. En effet, la mentalité dominante ne porte-t-elle pas souvent le nom d’hédonisme, de matérialisme, d’esprit de consommation, etc. ? Et, surtout, ne voyons-nous pas ces approches de l’existence s’imposer un peu partout, dans les médias ou dans les mœurs de nos concitoyens et, qui plus est, ne les voyons-nous pas exaltées, comme si elles étaient une expression incontestable du véritable progrès ?
Nous autres chrétiens nous devons penser aux priorités apostoliques que le saint-père a signalées à de multiples reprises. En particulier à la famille, à laquelle il a voulu dédier l’année qui se termine. En ce qui concerne l’année dédiée à la famille, nous savons qu’elle a débuté le 19 mars 2021, précisément le jour de la solennité de saint Joseph et 5ème anniversaire de l’exhortation apostolique du pape François “Amoris Laetitia”, et qu’elle va prendre fin le 6 juin 2022, lors de la Xe Rencontre Mondiale des Familles à Rome. Or, si la famille en générale doit être une priorité permanente pour tous, notre famille personnelle encore plus, de toute évidence. Que chacun de nous fasse un effort pour renouer ou renforcer des liens qui se sont peut-être brisés ou, tout au moins, un peu distendus, quelle qu’en soit la raison.
NOUS NE MANQUONS PAS de moyens ni de possibilités concrètes pour accomplir notre mission, surtout le dernier aspect évoqué, la famille. Tâchons d’y réfléchir aujourd’hui, en ce 7ème dimanche, mais aussi pendant les semaines qui viennent, y compris pendant les grandes vacances qui approchent, à la faveur du recul qu’elles nous apportent toujours. Il va sans dire que, pour ce faire, une des conditions indispensables est de prendre soin de notre prière personnelle, surtout si nous voulons sentir en nous la lumière et la force de l’Esprit Saint. Voyons dans nos moments de prière la manière dont nous pouvons nous associer encore plus et mieux aux initiatives en cours. Sachant pertinemment que l’Esprit Saint ne sera pas insensible à notre désir d’accomplir notre mission. Il nous accordera les grâces dont nous avons besoin.
Et si nos forces défaillent, ce qui n’a en soi rien d’extraordinaire, allons sans hésitation nous revigorer auprès de notre Seigneur, surtout dans l’Eucharistie. Ainsi la messe sera au cœur de notre vie, comme source et sommet de notre vie chrétienne, selon les images proposées par le Concile Vatican II. Elle sera notre vraie force, si bien que tout deviendra possible, à commencer par notre fidélité chrétienne, notre combat contre nos péchés et nos défauts, mais aussi nos projets apostoliques les plus ambitieux, nos initiatives pour une renaissance effective et universelle des valeurs familiales.
Puisse la sainte messe, célébrée ce 7ème dimanche du temps pascal, nous apporter de nouvelles énergies spirituelles, un nouveau zèle pour accomplir notre mission. Puissions-nous répondre comme il le faut aux attentes de Dieu le Père, qui sont les attentes de Jésus-Christ notre Seigneur. Nous y arriverons si nous ne nous écartons pas ne serait-ce que l’espace d’un moment de notre Mère, la Vierge Marie. N’hésitons donc pas à l’invoquer souvent comme Mère, comme notre Mère, mais aussi comme Mère de l’Église, dans l’esprit de la mémoire du lundi 6 juin.
- L'Esprit Saint met en route notre mission et lui donne l'impulsion
- Avec le Paraclet, le pardon nous est accordé
- La vie et la force de Dieu nous sont accordées dans l'Esprit Saint
ON POURRAIT DIRE que la fête de la Pentecôte met un terme à la mission de Jésus sur cette terre et lance la nôtre, encouragés, poussés et soutenus par son Esprit. Notre mission est celle que le Père avait confiée à son Fils : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie » (Jn 20, 21). Nous nous remplissons de gratitude devant un tel don et nous souhaitons que le feu qui brûlait dans le cœur de Jésus-Christ ne s’éteigne pas mais provoque en nous l’incendie dont il a rêvé et qu’il souhaite. Nous voulons que les petites langues de feu qui sont apparues au-dessus de la tête des apôtres, et dans notre âme, se propagent jusqu’au dernier recoin de la terre. Nous sommes heureux à l’idée d’être des coopérateurs des plans divins pour remplir le monde de la chaleur que le Sauveur est venu nous offrir.
Nous ne sommes pas seuls pour accomplir notre mission, car nous comptons sur une aide inestimable. Jésus nous l’avait promis en affirmant qu’il ne nous laisserait pas orphelins et il a tenu parole (Jn 14, 18). « L’Esprit Saint vainc la peur. Nous savons que les disciples s’étaient réfugiés au Cénacle après l’arrestation de leur Maître et y étaient restés enfermés par peur de subir le même sort. Après la résurrection de Jésus, leur peur ne disparaît pas à l’improviste. Mais voilà qu’à la Pentecôte, lorsque l’Esprit Saint se posa sur eux, ces hommes sortirent sans peur et commencèrent à annoncer à tous la bonne nouvelle du Christ crucifié et ressuscité. Ils n’avaient pas peur, parce qu’ils se sentaient entre les mains du plus fort. Oui, chers frères et sœurs, l’Esprit de Dieu, là où il entre, chasse la peur ; il nous fait savoir et sentir que nous sommes entre les mains d’une Toute-Puissance d’amour : quoi qu’il arrive, son amour infini ne nous abandonne pas. C’est ce que montrent le témoignage des martyrs, le courage des confesseurs de la foi, l’élan intrépide des missionnaires, la franchise des prédicateurs, l’exemple de tous les saints, certains même adolescents et enfants. C’est ce que révèle l’existence même de l’Église, qui, en dépit des limites et des fautes des hommes, continue de traverser l’océan de l’histoire, poussée par le souffle de Dieu, et animée par son feu purificateur » [01].
Il se peut que, parfois, nous nous sentions orphelins, mais nous ne voulons pas nous laisser paralyser par cette pensée, sachant qu’elle vient de l’ivraie que le diable essaie de semer au beau milieu du bon blé de l’amour auquel nous sommes appelés. Se sentir orphelin, ce n’est pas pactiser avec cette idée, mais l’occasion de nous rappeler, avec l’aide de l’Esprit Saint, que nous sommes des enfants bien-aimés. Suivant saint Josémaria, nous voudrions entrer dans cette source inépuisable de grâce : « La gloire pour moi, c’est l’amour, c’est Jésus et, avec lui, le Père, mon Père, et l’Esprit Saint, mon sanctificateur » [02]. C’est dans l’intimité de la Trinité que trouvent leur place et leur solution nos craintes et nos angoisses.
LA PREMIÈRE FOIS que nous avons marché tout seuls, peut-être en quittant les bras de notre père ou de notre mère, nous ne savions pas ce qui allait nous arriver, puisque c’était la première fois. Mais pour nous, le fait de savoir qu’ils étaient tout près, devant ou derrière, c’était suffisant. Lorsqu’ils nous ont serré contre eux après notre prouesse, nous avons compris que la prise de risque est quelque chose de merveilleux. Nous pouvons demander à l’Esprit Saint d’enflammer notre volonté pour que, de manière analogue, nous partagions les désirs divins de semer partout dans le monde la paix et la joie. La prière est le lieu privilégié pour écouter sa voix et donner une suite à ses désirs et à sa volonté. « La prière est un don que nous recevons gratuitement ; elle est un dialogue avec Lui dans le Saint-Esprit, qui prie en nous et nous permet de nous adresser à Dieu en l’appelant Père, Papa, Abbà (cf. Rm 8, 15 ; Ga 4, 4 ) et cela n’est pas seulement une “façon de parler”, mais c’est la réalité, nous sommes réellement des fils de Dieu. “En effet, tous ceux qu’anime l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu” (Rm 8, 14) » [03].
Parfois nous subissons la tentation, peut-être inconsciente, de vivre comme si Dieu s’éloignait de nous à cause de nos péchés ou de nos trahisons. Cependant, il nous surprend mille et une fois par sa réaction devant notre fragilité. « Jésus Ressuscité, en apparaissant pour la première fois aux siens, dit : “Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis” (Jn 20, 22-23). Jésus ne condamne pas les siens, qui l’avaient abandonné et renié durant la passion, mais il leur donne l’Esprit du pardon. L’Esprit est le premier don du Ressuscité et il est donné avant tout pour pardonner les péchés. Voilà le commencement de l’Église, voilà la colle qui nous maintient ensemble, le ciment qui unit les briques de la maison : le pardon. Car, le pardon est le don à la puissance n, c’est le plus grand amour, celui qui garde uni malgré tout, qui empêche de s’effondrer, qui renforce et consolide. Le pardon libère le cœur et permet de recommencer : le pardon donne l’espérance ; sans pardon l’Église ne s’édifie pas » [04].
L’ESPRIT SAINT veut nous remplir de force pour que nous puissions jouir de la mission qu’il nous confie. Saint Josémaria nous montre les dommages de l’absence de fondations solides que constitue cette grâce divine. « Les attaques contre la foi mettent par terre l’édifice spirituel. La tentation contre l’espérance est déroutante. Or, la pensée ferme que Dieu ne m’aime pas et que je ne l’aime pas à mon tour détruit tout et, même physiologiquement, laisse le cœur vide » [05].
Heureusement, la solution est à portée de la main de tous : « Aujourd’hui donc, nous apprenons ce qu’il faut faire quand nous avons besoin d’un vrai changement. Qui d’entre nous n’en a pas besoin ? Surtout quand nous sommes à terre, quand nous peinons sous le poids de la vie, quand nos faiblesses nous oppriment, quand aller de l’avant est difficile et aimer semble impossible. Alors, il nous faudrait un “fortifiant” efficace : c’est lui, la force de Dieu. C’est lui qui, comme nous le professons dans le “Credo’”, « donne la vie ». Comme il nous ferait du bien de prendre chaque jour ce fortifiant de vie ! Dire, au réveil : “Viens, Esprit Saint, viens dans mon cœur, viens dans ma journée” » [06].
Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus écrivait le jour de sa Confirmation : « Ah ! que mon âme était joyeuse ! Comme les apôtres j’attendais avec bonheur la visite de l’Esprit-Saint. […] Enfin l’heureux moment arriva, je ne sentis pas un vent impétueux au moment de la descente du Saint Esprit, mais plutôt cette brise légère dont le prophète Élie entendit le murmure sur le mont Horeb » [07]. Nous aussi nous voulons avoir une oreille attentive pour que le Consolateur nous parle des merveilles auxquelles il nous appelle et en vue desquelles nous avons été créés.
« “Je ne vous laisserai pas orphelins”. Aujourd’hui, fête de Pentecôte, ces paroles de Jésus nous font penser aussi à la présence maternelle de Marie au Cénacle. La Mère de Jésus est au milieu de la communauté des disciples rassemblés en prière : elle est mémoire vivante du Fils et invocation vivante de l’Esprit Saint. Elle est la Mère de l’Église. À son intercession nous confions de manière particulière tous les chrétiens et les communautés qui en ce moment ont le plus besoin de la force de l’Esprit Paraclet, Défenseur et Consolateur, Esprit de vérité, de liberté et de paix » [08]
[01]. Benoît XVI. Homélie, 31 mai 2009.
[02]. Saint Josémaria, Notes intimes, nos 1653-1655.
[03]. Pape François, Homélie, 8 juin 2014.
[04]. Pape François, Homélie, 4 juin 2017.
[05]. Saint Josémaria, note en marge du livre « Dix jours pour le Saint-Esprit », de Francisca Javiera del Valle.
[06]. Pape François, Homélie, 20 mai 2018.
[07]. Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, Manuscrit A, ch. IV, 36.
[08]. Pape François, Homélie, 15 mai 2016.
- Présence maternelle dans l’Église de la Vierge Marie
- Comme la Vierge Marie, l’Église amène tout le monde au Christ
APRÈS l’Ascension de Jésus, le livre des Actes montre les apôtres réunis dans le Cénacle. « Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus » (Ac 1, 14). Dans cette scène, la Tradition a vu la maternité de la Vierge Marie sur toute l’Église. C’est elle qui fait la jonction entre deux moments clés de l’histoire du Salut : l’Incarnation du Verbe et la naissance de l’Église. « Celle qui est présente comme mère dans le mystère du Christ […] se rend présente dans le mystère de l’Église. Dans ce mystère aussi, nous trouvons sa présence maternelle » [01]
Une mère est dévouée à son enfant depuis qu’elle l’a conçu dans son sein. Il est de sa responsabilité d’entretenir ce don que Dieu lui a donné. Lorsqu’il naît, il est clair que l’enfant a encore besoin de sa protection, et lorsqu’il grandit, elle l’aide à se développer dans la vie. L’Évangile nous montre quelques-unes des caractéristiques de l’attention que la Vierge porte à Jésus. Et dans le livre des Actes, nous voyons la même attitude à l’égard de l’Église naissante, veillant sur les apôtres et les premiers chrétiens. C’était une période de gestation, au milieu des persécutions et des difficultés, où ils avaient particulièrement besoin de son aide. Elle est « la protagoniste humble et discrète des premiers pas de la communauté chrétienne : Marie en est le cœur spirituel, car sa seule présence parmi les disciples est une mémoire vivante du Seigneur Jésus et un signe du don de son Esprit » [02].
Aujourd’hui encore, la Vierge continue à prendre soin de chacun de ses enfants qui composent l’Église. Sentir que nous faisons partie d’un peuple qui a la même Mère nous aidera à nous unir à chacun des fidèles qui composent l’Église, comme l’ont fait les premiers chrétiens. « Demande à Dieu que, dans la Sainte Église, notre Mère, les cœurs de tous ne fassent qu’un seul cœur, tout comme dans la chrétienté primitive, afin que s’accomplissent en vérité, jusqu’à la fin des siècles, ces paroles de l’Écriture : « Multitudinis autem credentium erat cor unum et anima una », la multitude des fidèles n’avait qu’un seul cœur et qu’une seule âme » [03].
LORSQUE le Seigneur s’est adressé à Jean du haut de la croix, il lui a donné quelque chose dont il n’avait pas voulu se passer jusqu’au dernier moment : l’amour de sa mère. Jésus ne voulait pas se passer de son aide dans les moments les plus difficiles de sa vie. Il était Dieu, mais il avait besoin de son soutien et de sa proximité pour nous sauver. Et quand tout fut accompli, il nous a donné la seule chose qui lui restait, en disant : « Femme, voici ton fils […] Voici ta mère » (Jn 19,26-27).
La Vierge Marie nous aide à persévérer lorsque la route devient plus coûteuse. Le clair-obscur de la foi n’a pas été épargné à notre Mère. Personne comme elle ne peut nous accompagner dans ces moments pour que ce soit un temps de croissance et de maturité. « Nous pouvons nous poser une question : nous laissons-nous éclairer par la foi de Marie, qui est notre Mère, ou la croyons-nous distante, très différente de nous ? Dans les moments de difficulté, d’épreuve, d’obscurité, la voyons-nous comme un modèle de confiance en Dieu qui veut toujours et uniquement notre bien ? » [04]
Par ces mots, Jésus invite tous les chrétiens à accueillir Marie dans leur vie. Il veut que nous l’approchions avec confiance. « Grâce à son pouvoir devant Dieu, elle nous obtiendra ce que nous lui demanderons ; en tant que Mère elle veut nous l’accorder. Et en tant que Mère également elle connaît et comprend nos faiblesses, elle encourage, elle excuse, elle rend facile le chemin, elle a le remède toujours prêt, même quand il semble que rien n’est plus possible » [05].
DÈS QUE Marie apprit que sa cousine était enceinte, elle « se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth » (Lc 1, 39-40). Au-delà de l’aide matérielle qu’elle a pu lui apporter à cette époque, elle lui a surtout apporté Jésus et, avec lui, une joie pleine et entière. Élisabeth et Zacharie étaient déjà heureux de cette grossesse qui semblait impossible. Mais c’est Marie qui leur rend présente la joie totale qui naît de la rencontre avec Jésus et l’Esprit Saint.
« La Vierge Marie veut nous apporter à tous le grand cadeau qu’est Jésus ; et avec lui, elle nous apporte son amour, sa paix, sa joie. Ainsi, l’Église est comme Marie […], elle doit amener tout le monde au Christ et à son Évangile. C’est le centre de la vie de l’Église et de chaque chrétien : porter l’amour de Jésus à toutes les âmes comme la Vierge Marie l’a fait avec Élisabeth. L’Église nous rappelle que le vrai bonheur ne dépend pas du succès, de la richesse ou du plaisir, mais de l’accueil du Christ : lui seul peut offrir la joie la plus profonde » [06].
Grâce à nos efforts pour nous identifier à elle, Jésus peut naître, par la grâce, dans l’âme des personnes qui nous entourent. « Si nous nous identifions à Marie, si nous imitons ses vertus, nous pouvons obtenir que le Christ naisse, par la grâce, dans l’âme de beaucoup de personnes qui s’identifieront à lui par l’action de l’Esprit Saint. Si nous imitons Marie, nous participerons d’une certaine façon de sa maternité spirituelle. En silence, comme Notre Dame ; sans que cela se remarque, presque sans mots, par le témoignage intègre et cohérent d’une conduite chrétienne, avec la générosité qui nous fera répéter un fiat sans cesse renouvelé, comme quelque chose d’intime entre nous et Dieu » [07].
[01]. Saint Jean Paul II, Redemptoris Mater, n° 24.
[02]. Benoît XVI, Regina Cœli, 9 mai 2010.
[03]. Saint Josémaria, Forge, n° 632.
[04]. Pape François, Audience générale, 23 octobre 2013.
[05]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 292.
[06].Pape François, Audience générale, 23 octobre 2013
[07]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 281.