- Fonder nos actions sur le Christ
- Sel qui donne du goût et préserve de la corruption
LE SEIGNEUR nous propose de participer à la mission d’apporter la joie et la paix dans tous les coins. « Vous êtes le sel de la terre […]. Vous êtes la lumière du monde » (Mt 5, 13-14). Il nous a donné la capacité d’éclairer les ténèbres. Il nous permet également de donner du goût à ce qui est insipide. Ces effets ne sont pas produits par nous : c’est le Christ qui nous utilise comme instruments. « Aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde » (Jn 9, 5), dit-il juste avant de guérir un aveugle. Il est clair que ce n’est pas une aventure facile. Pas même pour Jésus, qui s’y est livré avec toute sa perfection d’homme et de Dieu. C’est peut-être pour cette raison que cela nous aide tant de le remercier pour son invitation à remplir le monde de lumière et de saveur la vie des personnes avec lesquelles nous vivons, malgré nos erreurs.
« Ne pensez pas que la bataille à laquelle vous êtes appelés est de peu d’importance et que la cause qui vous est confiée est petite » [01]. C’est tellement décisif et passionnant que nous voulons pouvoir compter à tout moment sur les conseils du Seigneur et son soutien. Il est dans notre intérêt, et même très important, de ne pas faire notre volonté, mais la sienne. Pour bien faire les choses auprès de chaque âme. Nous savons bien qu’il n’y a pas de recettes : lui seul sait en réalité ce dont chacun a besoin à chaque instant. Il nous envoie répandre sa lumière dans chaque situation et dans chaque foyer. Il est vrai que l’obscurité peut parfois nous effrayer, mais nous avons aussi l’expérience qu’une lumière, aussi petite soit-elle, peut rendre l’obscurité plus habitable. Une allumette allumée dans une pièce sombre n’éclaire pas beaucoup, mais même dans ce cas, c’est une référence sûre qui peut être vue de loin.
« Que la lumière de ton visage brille sur nous, Seigneur » (Ps 4). Au milieu de l’obscurité qui remplit parfois le monde, la lumière du Christ que nous reflétons devient plus visible. L’espoir que Dieu est avec nous nous pousse à consacrer nos meilleurs efforts à cette tâche. Parfois, cela peut sembler infructueux, mais nous savons bien qu’aucune graine n’est perdue dans cette semence divine de paix et de joie.
LA VÉRIFICATION de nos limites peut parfois nous amener à douter de l’efficacité de notre collaboration à la mission de l’Esprit Saint. Cependant, de tels moments nous amènent à ancrer notre tâche dans le rocher qu’est le Christ. « Certes, ceux qui croient en Jésus ne voient pas toujours dans la vie que le soleil, presque comme s’ils pouvaient s’épargner souffrances et difficultés ; mais ils ont toujours une lumière claire qui leur montre un chemin, le chemin qui mène à la vie en abondance » [02].
« Remplir le monde de lumière, disait saint Josémaria, être sel et lumière : c’est ainsi que le Seigneur a décrit la mission de ses disciples. Apporter la bonne nouvelle de l’amour de Dieu jusqu’aux extrémités de la terre » [03]. C’est à cela que nous devons consacrer notre vie. Dans cette tâche de semer avec le Christ, nous trouvons parfois que la croissance est lente et que les fruits sont maigres. Mais pour lui, chaque petite prière, chaque petit sacrifice, ressemble à un triomphe. Sa soif est étanchée avec peu de choses. La moindre excuse suffit à sauver un bandit (cf. Lc 23, 42), à multiplier sa grâce (cf. Mt 14, 19) ou à guérir une trahison comme celle de Pierre (cf. Mt 26, 75).
L’apôtre est alors rempli de paix et de hardiesse et il entend des lèvres de Jésus comment la mission n’a pas de limites : « Car je ne t’envoie pas dans deux villes, ni dans dix, ni dans vingt ; je ne t’envoie pas non plus dans une nation entière, comme je l’ai fait autrefois avec les prophètes, mais sur la terre et sur la mer, dans le monde entier » [04] .Ce que le Seigneur attend de nous, c’est que nos propres faiblesses ne ternissent pas la grandeur de la mission. « Le chrétien est sel et lumière du monde, non parce qu’il vainc ou triomphe, mais parce qu’il rend témoignage de l’amour de Dieu » [05].
« VOUS êtes le sel de la terre ». Le sel est un élément qui donne du goût aux aliments. « Cette image nous rappelle que, par le baptême, tout notre être a été profondément transformé, car il a été assaisonné de la vie nouvelle qui vient du Christ » [06]. Mais dans les temps anciens, le sel était également utilisé pour conserver les aliments. Les chrétiens sont donc appelés à préserver la foi que nous avons reçue afin de la transmettre aux autres.
L’une des caractéristiques du sel est que, bien dosé, il ne vole pas la vedette. Nous ne disons pas « comme le sel est bon », mais « comme cet aliment est bon ». Par conséquent, le disciple est sel quand « il ne cherche pas le consentement et les louanges, mais s’efforce d’être une présence humble et constructive, en fidélité aux enseignements de Jésus qui est venu dans le monde non pour être servi, mais pour servir » [07].
Dans cette tâche d’assaisonnement de la terre, nous ne sommes pas seuls. « Jésus nous invite à ne pas avoir peur de vivre dans le monde […]. Le chrétien ne peut pas se refermer sur lui-même ou se cacher dans la sécurité de sa propre enceinte » [08]. Le sel, s’il est fade ou s’il n’est pas ajouté aux aliments, n’est pas d’une grande utilité. Nous pouvons donc demander à la Vierge Marie de nous remplir du désir de transmettre aux autres le goût d’une vie avec le Christ.
[01]. Saint Jean Chrysostome, Homélie 15, 6).
[02]. Benoît XVI, Veillée de prière, 24 septembre 2011.
[03]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 100.
[04]. Saint Jean Chrysostome, Homélie 15, 6).
[05]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 147.
[06]. Saint Jean Paul II, Message pour la 17ème Journée Mondiale de la Jeunesse, 25 juillet 2001
[07]. Pape François, Angélus, 9 février 2020.
[08].Ibid.
- Jésus révèle la plénitude de la loi
- La liberté en tant que chemin qui conduit au ciel
- Le Royaume et les petites choses
JÉSUS a été accusé à plusieurs reprises de vouloir détruire la religion de Moïse et d’Abraham. Le Seigneur proclame, au contraire, qu’il n’est pas venu pour abolir la première, mais pour nous en révéler le plein sens, pour nous en montrer la portée la plus profonde (cf. Mt 5, 17). Le Christ révèle à ses contemporains — et à nous aussi — la possibilité de trouver dans les préceptes divins un chemin d’authentique liberté intérieure. Dieu s’est révélé et nous a donné son Fils pour nous rendre plus libres. « C’est pour que nous soyons libres que le Christ nous a libérés, dit saint Paul. Alors tenez bon, ne vous mettez pas de nouveau sous le joug de l’esclavage » (Ga 5, 1).
À la lumière du nouvel enseignement de Jésus, « chaque précepte révèle sa pleine signification en tant qu’exigence d’amour, et tous sont unis dans le plus grand commandement : aimer Dieu de tout son cœur et aimer son prochain comme soi-même » [01]. « Tous les iotas, tous les traits » (Mt 5,18) de la doctrine de l’Église, qu’elle soit dogmatique, morale, liturgique, etc., a pour but de nous pousser à aimer le vrai Dieu et, par lui, les personnes qui nous entourent. Et l’amour, même avec ses difficultés normales, n’est donné que dans un environnement de liberté.
C’est pourquoi Jésus peut dire que sa nourriture consiste à faire la volonté du Père. Il ne se résigne pas à cette volonté, comme s’il voulait faire autre chose, mais il la désire ardemment, il veut identifier toutes ses inclinations avec elle, parce que c’est là qu’il trouve sa liberté. Le Christ va même jusqu’à remercier son Père avant le plus grand acte de don de soi, lorsque, à la veille de sa passion, il donne sa vie gratuitement dans l’Eucharistie. En Dieu, nous trouvons la liberté la plus profonde qui nous aide à aimer plus et mieux ceux qui nous entourent.
« PENSONS à ce que sera le ciel, disait saint Josémaria : “Ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas venu à l’esprit de l’homme, ce que Dieu a préparé pour ceux dont il est aimé” (1 Co 2, 9). Pouvez-vous imaginer ce que ce sera d’y arriver, de rencontrer Dieu, et de voir cette beauté, cet amour qui se déverse dans nos cœurs, qui rassasie sans rassasier ? Je me demande plusieurs fois par jour : à quoi cela ressemblera-t-il lorsque toute la beauté, toute la bonté, toute la merveille infinie de Dieu sera versée dans ce pauvre vase de terre que je suis, que nous sommes tous ? » [02] Saint Thomas d’Aquin nous invite également à considérer le ciel comme « la parfaite satisfaction de nos désirs, car les bienheureux y auront plus que ce qu’ils ont désiré ou espéré. La raison en est que, dans cette vie, personne ne peut satisfaire ses désirs, et aucune chose créée ne pourra jamais satisfaire le désir de l’homme » [03], explique encore le saint.
En même temps, penser au ciel nous aide à mieux comprendre la terre, à donner le juste poids aux situations et aux problèmes. « Puisque l’homme est toujours libre et que sa liberté est toujours fragile, le royaume du bien ne sera jamais définitivement établi dans ce monde. Celui qui promet le monde meilleur qui durerait irrévocablement pour toujours, fait une fausse promesse, car il ignore la liberté humaine. La liberté doit être gagnée pour le bien, encore et encore » [04].
La lutte pour être de plus en plus libre sur cette terre, de plus en plus rempli de Dieu et de moins en moins de nos petits égoïsmes, est précisément le chemin vers le ciel. « Pour marcher vers la sainteté, il est nécessaire d’être libre et de se sentir libre. Parce qu’il y a tellement de choses qui asservissent […]. Lorsque nous revenons au mode de vie que nous avions avant la rencontre avec Jésus-Christ, ou lorsque nous revenons aux schémas du monde, nous perdons notre liberté […]. Comme le peuple de Dieu dans le désert : quand ils regardaient devant eux, ils allaient bien ; quand le mal du pays les prenait, parce qu’ils ne pouvaient pas manger les bonnes choses qui leur étaient données là-bas, ils se trompaient et oubliaient qu’ils n’avaient pas de liberté là-bas » [05]. C’est sur cette terre que nous pouvons nous préparer, avec l’aide de la grâce, à ce que nous pourrons ensuite vivre au ciel : choisir Dieu en permanence, libres de toute servitude ou confusion.
« CELUI qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le royaume des Cieux. Mais celui qui les observera et les enseignera, celui-là sera déclaré grand dans le royaume des Cieux » (Mt 5,19). Comment les plus petits préceptes peuvent-ils être liés au Royaume des Cieux ? Jésus relie la recherche de la sainteté à la capacité d’aimer et d’être aimé dans la vie quotidienne. Le paradis, en fin de compte, est une question de savoir dans quelle mesure nous permettons à Dieu d’être notre Père aimant à chaque moment de la journée, dans quelle mesure nous savons que nous sommes accompagnés même dans les plus petites choses. Ceux qui respectent ces petits commandements sont ceux qui se relèvent encore et encore, ceux qui ne se lassent pas de lutter contre la même chose, ceux qui sont honnêtes avec eux-mêmes et avec Dieu pour reconnaître qu’ils sont dans le besoin. Il accomplit ces petits commandements celui qui, sachant donner la priorité à ce qui est le plus important, se rend compte que rien n’échappe à l’amour.
« Certains s’imaginent peut-être que dans la vie ordinaire, il n’y a pas grand-chose à offrir à Dieu : des broutilles, des broutilles, des broutilles. Un petit garçon, désireux de faire plaisir à son père, lui offre ce qu’il a : un soldat de plomb sans tête, une bobine sans fil, quelques cailloux, deux boutons : tout ce qu’il a de valeur dans ses poches, ses trésors. Et le père ne considère pas la puérilité du cadeau : il le remercie et le serre contre son cœur, avec une immense tendresse. Travaillons ainsi avec Dieu, pour que ces petites choses — ces broutilles — deviennent de grandes choses, parce que l’amour est grand : c’est ce que nous faisons, en rendant les petits détails de chaque jour, de chaque instant, héroïques pour l’Amour » [06]. Marie dit toujours oui à tout ce que son fils lui demande car elle sait que c’est ainsi que Dieu lui donne sa joie et son bonheur. Nous pouvons demander à notre Mère de nous donner la sagesse de voir la volonté de Dieu avec les mêmes yeux.
[01]. Pape François, Angélus, 16 février 2014.
[02]. Saint Josémaria, notes prises lors d’une réunion de famille, 22 octobre 1960.
[03]. Saint Thomas d’Aquin, Sur le Crédo, 1. c., III.
[04]. Benoît XVI, Spe salvi, n° 24.
[05]. Pape François, Homélie, 29 mai 2018.
[06]. Saint Josémaria, Lettres 1, n° 19.
- Se réconcilier avec les autres
- Accepter ses propres faiblesses et celles des autres
- Faire preuve d’une compréhension maternelle
« DONC, lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande » (Mt 5, 23-24). L’Eucharistie, le sacrement de l’autel, a le pouvoir de transformer nos relations avec les autres ; Jésus nous demande d’aimer comme il l’a fait, et il demeure sous les espèces de pain et de vin pour rendre cet amour possible. La nouvelle alliance scellée par le sang du Christ peut nous permettre de nous réconcilier avec ceux dont nous nous sommes éloignés.
« Cette affection que j’ai pour vous, mes enfants, n’est pas une charité officielle et sèche, disait saint Josémaria, c’est une vraie charité et une affection humaine sensible parce que vous êtes mon trésor » [01]. Il y a dans ces paroles un écho de celles de saint Paul : « Je ne cesse pas de rendre grâce, quand je fais mémoire de vous dans mes prières » (Ep 1, 16). « Chaque personne est digne de notre dévouement. Non pas en raison de son apparence physique, de ses capacités, de sa langue, de sa mentalité ou de la satisfaction qu’elle nous procure, mais parce qu’elle est l’œuvre de Dieu, sa créature. Il l’a créée à son image, et elle reflète quelque chose de sa gloire. Tout être humain est l’objet de l’infinie tendresse du Seigneur, qui habite lui-même dans sa vie » [02].
En revanche, se quereller avec les autres nous éloigne de Dieu ; nous ne laissons pas de place à la paix de Dieu pour qu’elle nous inonde. Nous pouvons demander au Seigneur la disposition des saints à reconnaître l’image divine dans nos frères et sœurs, et ainsi nous unir toujours plus étroitement à Dieu dans la sainte messe.
« TOUT HOMME qui se met en colère contre son frère devra passer en jugement » (Mt 5, 22). Le Seigneur nous montre la source de presque tous les conflits : notre incapacité à comprendre nos propres faiblesses et celles des autres. Derrière un jugement trop sévère sur les autres, il n’est pas rare de trouver des erreurs personnelles que nous n’avons pas entièrement découvertes. « Le fait de montrer du doigt et de juger les autres est souvent le signe de notre incapacité à accepter notre propre faiblesse, notre propre fragilité » [03].
Le Catéchisme de l’Église recommande un moyen sûr : « interpréter autant que possible dans un sens favorable les pensées, paroles et actions de son prochain » [04]. Le péché, parce qu’il consiste à se détourner de Dieu et des autres, entraîne une sanction en soi. Par ses paroles, Jésus nous met face aux conséquences intrinsèques de l’incompréhension des autres : nous-mêmes nous sommes piégés par les jugements que nous portons.
Tout autre est le regard divin que nous voulons aussi développer. Avec l’aide de l’Eucharistie, nous pouvons obtenir le pardon pour nous-mêmes et pour les autres. Jésus prend en charge les erreurs de chacun, nos fautes et nos péchés. Lorsque nous aidons les autres au lieu de les juger, nous sommes les destinataires de la charité infinie qui sera appliquée sur leurs blessures, de l’onguent divin qui est capable de guérir toute douleur et toute souffrance.
« SUR LA ROUTE, on croise inévitablement l’homme blessé » [05]. Il est impossible pour nous de ne pas rencontrer la fragilité dans nos vies. Cependant, ces blessures peuvent être un moment de grâce si nous apprenons à découvrir comment Dieu réagit à cette douleur et à cette souffrance : « À l’exemple du Seigneur, comprenez vos frères et sœurs avec un très grand cœur qui n’a peur de rien, et aimez-les en vérité. Je vous aime comme vos mères vous aiment […]. Étant très humain, vous saurez surmonter les petits défauts et vous verrez toujours, avec une compréhension maternelle, le bon côté des choses » [06].
« La langue doit aussi être transformée, purifiée. La langue donne du son à la musique du cœur » [07]. Si nous n’avons pas réussi à faire nôtre le regard de compassion de Jésus, il n’est pas étonnant qu’en fin de compte, nous accumulions des jugements critiques sur les autres. C’est pourquoi le meilleur endroit pour héberger ceux qui nous entourent n’est pas seulement notre tête, mais aussi notre cœur ; c’est dans la prière et l’examen de conscience que nous pouvons demander à Dieu de transformer toute critique ou plainte en un désir de comprendre et d’aimer nos frères et sœurs tels qu’ils sont, et non tels que nous voudrions qu’ils soient.
Une mère est incapable de penser du mal de son enfant, elle trouve toujours une excuse pour le justifier. Marie a la même attitude envers chacun d'entre nous. Nous pouvons nous tourner vers elle pour qu’elle nous aide à avoir ce même regard sur tous ceux qui nous sont proches.
[01]. Saint Josémaria, cité dans A. Vazquez de Prada, Le fondateur de l’Opus Dei III.
[02]. Pape François, Evangelii gaudium, n° 274.
[03]. Pape François, Patris corde, n° 2.
[04].Catéchisme de l’Église Catholique, n° 2478.
[05]. Pape François, Fratelli tutti, n° 69.
[06]. Saint Josémaria, Lettre 27, n° 35.
[07]. Mgr Fernando Ocariz, À la lumière de l’Évangile.
- Enlever tout ce qui nous gêne
LE SERMON SUR LA MONTAGNE est le premier des cinq grands discours dans lesquels saint Matthieu rassemble les enseignements de Jésus sur le Royaume de Dieu. Le portique de ce discours est la proclamation des Béatitudes (Mt 5, 1-11) : en elles « il nous donne les commandements nouveaux, qui ne sont pas des règles mais indiquent le chemin du bonheur qu’il nous propose » [01]. En faisant d’eux la vie de notre vie, nous qui suivons le Christ pouvons devenir, avec son aide, le sel de la terre et la lumière du monde.
Sur la toile de fond des Béatitudes, le Seigneur interprète les principaux préceptes de la Loi. Il veut en extraire tout le contenu à travers une série d’antithèses entre les anciens commandements et sa nouvelle façon de les proposer : « Vous avez appris qu’il a été dit… Eh bien ! moi, je vous dis ». Sa façon de s’exprimer, « Je vous dis », a fait grande impression sur le peuple car elle revenait à s’arroger l’autorité de Dieu. À ce que Moïse a dit, Jésus ajoute la nouveauté, il l’amène à la plénitude.
Le Seigneur n’annule pas les commandements de la Loi, mais il les intériorise, les illumine de telle sorte qu’ils puissent vraiment conformer notre cœur à celui de Dieu. Pour ses disciples, « les paroles de Jésus, pleines d’amour autant que d’exigence sont un programme de sainteté » [02] : « Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5,48). « C’est vrai : Jésus est un ami exigeant qui fixe des objectifs élevés » [03], certainement plus élevés que ceux de Moïse, il va jusqu’aux conséquences ultimes. Pour Jésus, chaque commandement prend tout son sens en tant qu’exigence d’amour, et ils se rejoignent tous dans le plus grand de tous : aimer Dieu de tout son cœur et son prochain comme soi-même (cf. Mt 22, 36-40). L’amour est exigeant et c’est là toute sa beauté.
« VOUS AVEZ appris qu’il a été dit : Tu ne commettras pas d’adultère. Eh bien ! moi, je vous : Tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur » (Mt 5, 27-28). Commentant ce verset, saint Grégoire le Grand avertissait : « Nous devons donc être vigilants, car ce qu’il n’est pas licite de désirer ne doit pas être vu » [04]. Les préceptes du Seigneur ne sont pas arbitraires ; au contraire, ils répondent aux désirs du cœur de l’homme puisque, nous connaissant intimement, Dieu nous prescrit ce qui correspond au véritable chemin du bonheur. Auparavant, au début du discours, le Maître nous avait assuré que sont bénis ceux qui ont vraiment « un cœur pur » (Mt 5,8).
Par cette béatitude, le Seigneur nous invite à identifier notre regard au sien ; à cultiver une intériorité qui nous amène à diriger vers lui nos affections et nos pensées. Limiter la pureté du cœur à la seule lutte contre les tentations et les impulsions désordonnées pourrait nous amener à la considérer comme un fardeau. Elle nous fait perdre de vue qu’en réalité, la vie avec Dieu nous remplit d’un « Amour qui rassasie sans rassasier » [05] nos désirs les plus profonds. Lorsque le roi David supplie « Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu » (Ps 51 [50], 12), il demande la capacité de goûter et d’apprécier ce qui est vraiment précieux, et pas seulement ce qui est éphémère.
« Il ne suffit pas de s’arrêter “à la surface” des actions humaines, il faut pénétrer précisément à l’intérieur » [06]. Dans la lutte contre le péché, notre Seigneur va à la racine, il pointe vers le cœur, car c’est là que se forge la bonté ou la méchanceté de nos actions. « Pense sincèrement à ta façon de suivre le Maître, suggère saint Josémaria. Vois si tu t’es engagé d’une manière officielle et sèche, sans que la foi vibre en toi. L’humilité te ferait-elle défaut, tout comme le sacrifice et les œuvres dans tes journées ? N’es-tu que pure façade ? Es-tu ou non attentif à chaque instant à tous ces détails à soigner… En un mot demande-toi si ce n’est pas l’Amour qui te manque » [07].
« SI TON ŒIL droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi, car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres que d’avoir ton corps tout entier jeté dans la géhenne » (Mt 5, 29). Les paroles du Seigneur, avec des images frappantes, nous exhortent « à ne pas pactiser avec le mal […] Jésus est radical en cela, exigeant, mais pour notre bien, comme un bon médecin. Chaque coupe, chaque taille, est pour mieux grandir et porter du fruit dans l’amour. Demandons-nous alors : Qu’y a-t-il en moi qui contraste avec ? Qu’est-ce que Jésus veut en particulier que je coupe dans ma vie ? » [08]
« N’aie pas la lâcheté d’être “courageux” : fuis ! » [09], conseille saint Josémaria. Pour suivre le Seigneur sur le chemin, il nous faudra parfois fuir les occasions qui nous éloignent de l’amour, et nous passer de ce qui nous entrave. Nous avons acquis un trésor caché pour lequel nous sommes prêts à vendre tout le reste, même les choses que nous savons être bonnes. « La fidélité se manifeste surtout lorsqu’elle implique des efforts et des souffrances » [10], et exige parfois le renoncement. Saint Augustin disait : « Dans ce que l’on aime, soit on ne sent pas la difficulté, soit on aime la difficulté elle-même […]. Les travaux de ceux qui aiment ne sont jamais pénibles » [11].
Marie a vécu les moments de joie et de tristesse avec le même amour. Nous pouvons lui demander d’intercéder pour nous afin que nous puissions nous aussi faire face à toutes ces situations en sachant que tout ce que si Dieu nous demande quelque chose, c’est pour nous garder plus près de lui.
[01]. Pape François, Audience générale, 29 janvier 2020.
[02]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 33.
[03]. Saint Jean Paul II, Message, 15 août 1996, n° 3.
[04]. Saint Grégoire le Grand, Moralia, 21, 2.
[05]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 208.
[06]. Saint Jean Paul II, Audience générale, 16 avril 1980.
[07]. Saint Josémaria, Forge, n° 930.
[08]. Pape François, Angélus, 26 septembre 2021.
[09]. Saint Josémaria, Chemin, n° 132.
[10]. Mgr Fernando Ocariz, Lettre pastorale, 19 mars 2022, n° 3.
[11]. Saint Augustin, De bono viduitatis, 21, 26.
- Diversité parmi les premiers chrétiens
LORSQUE l’on lit les Actes des Apôtres, on est frappé par le grand nombre de collaborateurs qui ont accompagné saint Paul tout au long de sa vie. L’apôtre des Gentils savait s’appuyer sur les autres, il était ouvert à la collaboration avec les autres, sans tout faire tout seul. « Saint Paul n’agit pas comme un “soliste”, comme un individu isolé, mais avec ces collaborateurs dans le “nous” de l’Église. Ce “je” de Paul n’est pas un “je” isolé, mais un “je” dans le “nous” de l’Église, dans le “nous” de la foi apostolique » [01].
Parmi les compagnons les plus proches, jouant un rôle particulièrement important, la figure de saint Barnabé se détache. C’était un Juif de la tribu de Lévi, originaire de Chypre. Il a été l’un des premiers à embrasser la foi à Jérusalem après la résurrection de Jésus. Afin de soulager les plus démunis, il vendit un champ et donna l’argent aux apôtres (cf. Actes 4, 37). Cette manifestation de générosité n’était pas un acte isolé, mais quelque chose de constant, qui s’est prolongé tout au long de sa vie.
Lorsque la nouvelle est parvenue à Jérusalem de la bonne réception de l’Évangile à Antioche en Syrie, les apôtres ont envoyé Barnabé. « La nouvelle parvint aux oreilles de l’Église de Jérusalem, et l’on envoya Barnabé jusqu’à Antioche. À son arrivée, voyant la grâce de Dieu à l’œuvre, il fut dans la joie. Il les exhortait tous à rester d’un cœur ferme attachés au Seigneur » (Ac 11, 22-23). Plus tard, il se rendit à Tarse à la recherche de Saul ; il le trouva et se rendit avec lui à Antioche. « Envoyés par le Saint-Esprit » (Actes 13,4), ils ont travaillé ensemble à l’évangélisation de cette ville importante pendant une année entière, et c’est là qu’ils ont appelé pour la première fois les disciples « chrétiens ». Plus tard, il a accompagné saint Paul lors de son premier voyage missionnaire, traversant les régions de Chypre et d’Asie Mineure, dans l’actuelle Turquie (cf. Ac 13-14). Ils ont enduré, « avec assurance » (Actes 13, 46), de nombreuses épreuves pour le Seigneur. Néanmoins, grâce à saint Barnabé, « la parole du Seigneur se répandait dans toute la région » (Ac 13, 49).
BARNABÉ est décrit comme « un homme de bien, rempli d’Esprit Saint et de foi » (Ac 11, 24). Dans sa vie, depuis ses premières expériences apostoliques jusqu’à sa mort, il a été un témoin infatigable de l’Évangile. Son zèle apostolique découlait du commandement du Christ que nous avons entendu le jour de sa fête : « Sur votre route, proclamez que le royaume des Cieux est tout proche. Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, expulsez les démons. Vous avez reçu gratuitement : donnez gratuitement. Ne vous procurez ni or ni argent, ni monnaie de cuivre à mettre dans vos ceintures, ni sac pour la route, ni tunique de rechange, ni sandales, ni bâton. L’ouvrier, en effet, mérite sa nourriture » (Mt 10, 7-10).
La vie de Barnabé était pleine d’une activité intense car c’est dans cette mission qu’il a trouvé le sens de sa vie. Il travaillait pour l’évangile avec une totale générosité, comme le Seigneur l’avait demandé à ses disciples : « Vous avez reçu : donnez gratuitement » (Mt 10, 8). Selon les Actes des Apôtres, Dieu a béni ses pas par des fruits abondants : par exemple, après sa prédication à Antioche, « une foule considérable s’attacha au Seigneur » (Ac 11, 24). La confiance en Dieu a soutenu toute son action. Le jour de sa fête, la liturgie fait entendre une supplique à Dieu pour qu’il nous accorde « que l’Évangile du Christ qu’il a proclamé sans faiblir, soit annoncé fidèlement en paroles et en actes » (prière de la Collecte).
Saint Josémaria écrit : « Pour que tu ne les gaspilles pas, je vais te dire quels sont les trésors de l’homme sur la terre : la faim, la soif, la chaleur, le froid, la douleur, le déshonneur, la pauvreté, la solitude, la trahison, la calomnie, la prison… » [02]. Dans l’aventure de Paul et Barnabé, ces trésors étaient très fréquents. « Bien que cette mission exige de nous un dévouement généreux, ce serait une erreur de la comprendre comme une tâche personnelle héroïque […]. Dans toute forme d’évangélisation, la primauté appartient toujours à Dieu, qui a voulu nous appeler à collaborer avec lui et nous pousser par la puissance de son Esprit […]. Cette conviction nous permet de rester joyeux au milieu d’une tâche aussi exigeante et difficile qui occupe toute notre vie. Il nous demande tout, mais en même temps il nous offre tout » [03].
PAUL ET BARNABÉ ont eu un désaccord au début du deuxième voyage missionnaire à cause de Marc, un jeune chrétien. Barnabas voulait l’emmener avec lui, mais Paul a refusé, car Marc les avait abandonnés lors du précédent voyage (cf. Ac 13, 13 ; 15, 36-40). En raison de cette différence, leurs chemins ont divergé. Barnabé, avec Marc, se rendit à Chypre (cf. Ac 15, 39), tandis que Paul poursuivit son voyage sans eux.
En effet, des désaccords peuvent également survenir entre les saints. Il est normal que certains aient des opinions ou des sensibilités différentes des autres. « Les saints ne sont pas tombés du ciel. Ce sont des hommes comme nous, même avec des problèmes compliqués. La sainteté ne consiste pas à ne jamais faire d’erreurs ou à ne jamais pécher. La sainteté grandit avec la capacité de conversion, de repentir, de disponibilité à recommencer, et surtout avec la capacité de réconciliation et de pardon. […] Par conséquent, ce qui fait de nous des saints, ce n’est pas le fait de n’avoir jamais commis d’erreur, mais la capacité de pardon et de réconciliation » [04].
La mentalité des premiers chrétiens, celle de saint Barnabé, peut être un modèle pour nous, en raison de leur conviction claire que l’Évangile illumine des vies très différentes les unes des autres. Il est compréhensible que saint Josémaria ait eu les yeux fixés sur ces premières communautés. Pour cette raison, « la diversité d’opinions et de comportements dans le domaine temporel et dans le domaine théologique laissé à la libre discussion ne pose aucun problème : elle existe et existera toujours chez les membres de l’Opus Dei, représentant au contraire une manifestation de bon esprit, de vie honnête, de respect des opinions légitimes de chacun » [05]. Nous pouvons demander à Dieu, par l’intercession de Sainte Marie, la ferveur apostolique de saint Barnabé et la grâce d’animer les milieux chrétiens comme l’ont fait ces premiers disciples.
Tous les chrétiens servent l’Évangile avec les dons que Dieu leur a donnés et selon leur vocation personnelle. Pour être toujours fidèles, nous comptons sur l’aide de notre Mère du Ciel, Reine des Apôtres. Nous lui demandons de ne jamais nous abandonner.
[01]. Benoît XVI, Audience générale, 31 janvier 2007.
[02]. Saint Josémaria, Chemin, n° 194.
[03]. Pape François, Evangelii gaudium, n° 12.
[04]. Benoît XVI, Audience générale, 31 janvier 2007.
[05]. Saint Josémaria, Entretiens, n° 38.
- La Trinité est dans notre âme
- L’Amour du Père, du Fils et de l’Esprit
- L’Esprit Saint nous conduit au Christ et au Père
LA SOLENNITÉ de la Très Sainte Trinité récapitule tout ce qui nous a été révélé à Pâques : la mort et la résurrection du Seigneur, son ascension à la droite du Père et l’effusion de l’Esprit Saint à la Pentecôte. En cette fête, la liturgie commence par louer et adorer la Trinité, qui s’est manifestée à nous en Jésus-Christ : « Bénie soit la Sainte Trinité et son indivisible Unité ; glorifions-la car elle a manifesté envers nous sa miséricorde » (Antienne d’entrée). La Trinité n’est pas seulement un mystère sur l’identité de Dieu. C’est, d’une manière particulière, le mystère de son amour miséricordieux pour le monde et pour chacun d’entre nous.
« Je te baptise », a dit un prêtre en versant trois fois de l’eau sur notre tête, « au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ». Et saint Hilaire commente : « Le Seigneur a ordonné de baptiser […] dans la profession de foi dans le Créateur, dans le Fils unique et dans celui qui est appelé Don. Un seul est le Créateur de tous, car un seul est Dieu le Père, de qui tout procède ; un seul est le Fils unique, notre Seigneur Jésus-Christ, par qui tout a été fait ; un seul est l’Esprit, qui nous a été donné à tous » [01].
La Trinité nous a fait entrer dans l’intimité divine en tant qu’enfants. L’eau du baptême nous a donné la capacité d’entrer en relation avec les trois Personnes. De plus, nous avons été créés pour cette relation d’amour, pour rendre gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit. « Vous m’avez souvent entendu dire, prêchait saint Josémaria, que Dieu est au centre de notre âme en état de grâce ; et que, par conséquent, nous avons tous un fil direct avec Dieu notre Seigneur. Que valent toutes les comparaisons humaines, avec cette réalité divine et merveilleuse ? De l’autre côté du fil, il y a, qui nous attend, […] toute la Trinité : le Père, le Fils et le Saint-Esprit, car là où se trouve l’une des Personnes divines, il y a les deux autres. Nous ne sommes jamais seuls » [02].
CHAQUE fois que nous faisons le signe de la croix, nous nous rappelons le nom de Dieu dans lequel nous avons été baptisés. La célébration eucharistique commence et se termine par le signe de la croix. Souvent, il en est de même lorsque nous commençons à faire notre prière ou lorsque nous la finissons. Il y a aussi des gens qui ont l’habitude de faire le signe de la croix en entrant ou en sortant de chez eux, et à de nombreux autres moments de prière. « On trouve donc dans le signe de la croix et dans le nom du Dieu vivant l’annonce qui engendre la foi et inspire la prière » [03].
Saint Paul nous rappelle que nous marchons vers Dieu, par le Christ, dans « l’amour de Dieu qui a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5, 5). C’est « l’espérance qui ne déçoit pas ». Dans la plénitude des temps, Dieu a voulu nous révéler son intimité divine pour faire de nous des enfants de Dieu le Père, par la rédemption de Dieu le Fils, en vertu de la grâce de Dieu le Saint-Esprit. Son amour continue d’accomplir l’œuvre de notre salut et de notre sanctification. Sainte Teresa de Calcutta a trouvé un jour dans une rue une vieille femme, couverte de plaies ; alors elle a commencé à faire sa toilette. À un moment donné, l’autre femme a demandé : « Pourquoi faites-vous cela ? » Les gens ne font pas de telles choses. Qui vous a appris ? » Sainte Teresa a répondu : « Mon Dieu m’a appris ». La vieille femme répondit : « Qui est ce Dieu ? » Et Mère Teresa a simplement dit : « Vous connaissez mon Dieu. Mon Dieu s’appelle amour ».
Dieu est amour, « non pas en une seule personne, mais une seule substance en trois personnes » (Préface). « Ce n’est pas un amour sentimental, affectif, mais l’amour du Père qui est à l’origine de toute vie, l’amour du Fils qui meurt sur la croix et ressuscite, l’amour de l’Esprit qui renouvelle l’homme et le monde » [04]. Dieu n’est pas un être solitaire, qui vit éloigné et indifférent au destin de l’homme ; il est une famille, une source inépuisable de vie qui se donne.
DANS LE DISCOURS de la Dernière Cène, Jésus annonce et promet l’envoi de l’Esprit Saint : il sera le réconfort et la force de ses disciples. Le Seigneur l’appelle « l’Esprit de vérité » parce qu’il « nous conduira dans la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : mais ce qu’il aura entendu, il le dira ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître » (Jn 16, 13). L’Esprit Saint n’ajoute rien de nouveau au Messie ; « il recevra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître », dit Jésus (Jn 16, 14). De même que Jésus-Christ ne dit que ce qu’il entend et reçoit du Père, « l’Esprit Saint est l’interprète du Christ. Il ne nous conduit pas vers d’autres lieux, loin du Christ, mais il nous conduit de plus en plus dans la lumière du Christ » [05].
Selon saint Grégoire de Nazianze, « l’Ancien Testament a manifesté clairement le Père, obscurément le Fils. Le Nouveau Testament a révélé le Fils et fait allusion à la divinité de l’Esprit. Aujourd’hui, l’Esprit vit parmi nous et se manifeste clairement » [06]. Le Paraclet « enseigne maintenant aux fidèles toutes les choses spirituelles dont chacun est capable, mais il allume aussi dans leur sein un désir plus vif de croître dans cette charité qui leur fait aimer ce qu’ils savent et désirer ce qu’ils ne savent pas [07].
« Avec l’action de l’Esprit Saint, il a fait rayonner une nouvelle lumière sur la terre et dans chaque cœur humain qui l’accueille ; une lumière qui révèle les coins sombres, les duretés qui nous empêchent de porter les bons fruits de la charité et de la miséricorde » [08]. De même que lorsqu’un flacon de parfum est brisé son odeur se répand partout, ainsi lorsque le corps du Christ a été brisé sur la croix son Esprit a été répandu dans le cœur de tous [09]. Nous pouvons demander à la Vierge Marie, fille, mère et épouse de Dieu, de nous apprendre à entrer dans la communion trinitaire, à vivre et à témoigner de l’amour qui donne un sens à notre vie.
[01]. Saint Hilaire de Poitiers, Traité sur la Très Sainte Trinité, livre 2, 1, 33.35.
[02]. Saint Josémaria, notes prises lors d’une méditation, 8 décembre 1972.
[03]. Benoît XVI, Angélus, 30 mai 2010.
[04]. Pape François, Angélus, 26 juin 2013.
[05]. Benoît XVI, Homélie, 7 mai 2005.
[06]. Saint Grégoire de Nazianze, Discours, 31, 25-27 (PG 36, 159).
[07]. Saint Augustin, Traité 97,1 (Sur l’Évangile selon saint Jean).
[08]. Pape François, Angélus, 11 juin 2017.
[09]. Cf. saint Hyppolite, Commentaire du Cantique des cantiques, 13, 1.