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Méditation : Solennité du Corps et du Sang du Christ

- Le Christ se livre totalement aux hommes

- Banquet, sacrifice et communion

- Jésus sort aujourd’hui dans nos rues


LES SOLENNITÉS qui accompagnent la fin de Pâques se terminent : après l’Ascension de Jésus au ciel, nous avons célébré la venue de l’Esprit Saint, puis la gloire de la Sainte Trinité. Aujourd’hui, la ferveur des chrétiens ne peut être contenue et s’élève avec jubilation en action de grâce pour la présence réelle du Christ, de son corps et de son sang glorieux, dans le pain et le vin de l’autel. Depuis le XIIIe siècle, nous célébrons cette fête comme une expression de la foi eucharistique de l’Église : « Louez autant que vous le pouvez, et sans cesse ; car la plus grande louange qu’on puisse donner ne suffira pas », écrivait saint Thomas d’Aquin dans la séquence Lauda Sion. Louez sans mesure le pain vivant de la vie qui est célébré aujourd’hui. Le pain que, à la table de la sainte cène, le Christ a donné aux douze réunis en frères » [01]. Et il continue en chantant : « Que la louange soit entière, sonore, joyeuse, belle, avec une âme jubilatoire. En effet, nous célébrons aujourd’hui un jour solennel, le jour qui commémore l’institution de la Très Sainte Eucharistie ».

Sous ces espèces sacrées — le pain et le vin — il est clair que Dieu, dans sa toute-puissance, se donne pour toujours et complètement aux hommes. Sa Pâque, le mystère de sa passion, de sa mort et de sa résurrection, n’a pas pris fin, mais « participe de l’éternité divine et surplombe ainsi tous les temps et y est rendu présent » [02]. Notre Seigneur se sert de ces dons simples, le blé et la vigne, pour que nous puissions vénérer le Christ lui-même en eux. Saint Josémaria explique l’Eucharistie comme un miracle d’amour qui dure pour toujours : « C’est vraiment le pain des enfants : Jésus, le Premier Né du Père Éternel, s’offre à nous en nourriture. Et c’est le même Jésus-Christ qui nous fortifie ici-bas et qui nous attend dans le ciel en tant que commensaux, cohéritiers et concitoyens ; en effet ceux qui se nourrissent du Christ mourront de la mort terrestre et temporelle, mais vivront éternellement, parce que le Christ est la vie impérissable » [03].


« DONNEZ-LEUR vous-mêmes à manger » (Lc 9, 13), avait dit Jésus à ses disciples lorsqu’ils avaient vu ceux qui le suivaient avoir faim. Ils n’ont que cinq pains et deux poissons, et pourtant « ils mangèrent et ils furent tous rassasiés ; puis on ramassa les morceaux qui leur restaient : cela faisait douze paniers » (Lc 9, 17). Ce miracle est une image de la surabondance de l’Eucharistie dans notre vie, et il nous montre aussi une tâche des apôtres : être les intendants de cette grâce. Jésus confie à « l’Église le mémorial de sa mort et de sa résurrection, sacrement de l’amour, signe de l’unité, lien de la charité, banquet pascal dans lequel le Christ est reçu en nourriture » [04].

Saint Paul, pour sa part, rappelle cette tradition qu’il a lui-même reçue et qui vient du Christ : « La nuit où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : “Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi” » (1 Co 11, 23-24). Ces mots font écho aux anciens symboles du sacrifice de l’Agneau par lequel les péchés étaient pardonnés, et de la manne avec laquelle Dieu nourrissait le peuple d’Israël dans son errance dans le désert. Bien qu’il s’agisse d’un sacrifice, il est célébré en action de grâce en raison des fruits qu’il procure.

Cependant, la première annonce de ce miracle par le Seigneur n’a pas été bien accueillie. « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement » (Jn 6, 51), a-t-il dit à cette occasion. Son discours a fait scandale pour beaucoup et peut également susciter la surprise aujourd’hui. « L’Eucharistie et la croix sont des pierres d’achoppement. C’est le même mystère, et il ne cesse d’être occasion de division. “Voulez- vous partir, vous aussi ?” (Jn 6, 67) : Cette question du Seigneur retentit à travers les âges, invitation de son amour à découvrir que c’est Lui seul qui a “les paroles de la vie éternelle” (Jn 6, 68) et qu’accueillir dans la foi le don de son Eucharistie, c’est l’accueillir Lui-même » [05].

Enfin, le Seigneur, dans l’Eucharistie, nous rassemble tous dans son corps, et ainsi la communion nous fortifie avec nos frères et sœurs. « Le don du Christ et de son Esprit que nous recevons dans la communion eucharistique réalise pleinement le désir d’unité fraternelle que le cœur humain nourrit et, en même temps, élève l’expérience de la fraternité, propre à la participation commune à la même table eucharistique, à des niveaux qui dépassent de loin la simple expérience de la communion humaine » [06].


À DE NOMBREUSES reprises, Jésus, le fils de Marie, va à la rencontre des gens. Dans l’Évangile, nous voyons, par exemple, comment il rencontre la Samaritaine au puits de Sychar, Zachée à son arrivée à Jéricho, ou encore Bartimée, qui entend soudain que Jésus passe par là. De la même manière, en de nombreux endroits, Jésus marchera dans nos rues aujourd’hui : il vient à notre rencontre comme il l’a fait lorsqu’il vivait sur cette terre qui est la nôtre.

C’est une occasion festive de l’adorer avec la beauté de la musique et du chant, avec la couleur précieuse des fleurs, avec le parfum de l’encens, les lumières et les belles formes d’art. Tout l’amour et la dévotion avec lesquels les processions sont préparées nous semblent insuffisants pour montrer la gratitude que nous devons à notre Dieu. Mais, en plus de ces gestes, la meilleure façon d’honorer le Seigneur est peut-être de laisser le Christ lui-même vivre toujours plus intensément en nous : « Si la réception du corps du Seigneur nous a renouvelés, nous devons le prouver par nos actes, écrit saint Josémaria. Que nos pensées soient sincères : qu’elles soient des pensées de paix, de générosité, de service. Que nos paroles soient véridiques, claires, opportunes ; qu’elles sachent consoler et aider ; surtout, qu’elles sachent apporter aux autres la lumière de Dieu. Que nos actes soient cohérents, efficaces, opportuns ; qu’ils aient le bonus odor Christi, la bonne odeur du Christ, parce qu’ils rappelleront sa façon d’agir et de vivre » [07].

« Ô bon Pasteur, notre vrai pain, ô Jésus, aie pitié de nous, nourris-nous et protège-nous, fais-nous voir les biens éternels » [08]. Dans la terre des vivants, dans l’Eucharistie, nous goûtons un peu du ciel déjà sur cette terre ; c’est pourquoi elle nous pousse à saluer Sainte Marie, de qui le Christ a pris chair : « Ave verum corpus, natum de Maria Virgine. Ô Corps très saint du Seigneur, né de la Vierge Marie » [09].


[01]. Saint Thomas d’Aquin, Séquence, Lauda Sion.

[02].Catéchisme de l’Église Catholique, n° 1085.

[03]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 152.

[04].Catéchisme de l’Église Catholique, n° 1323.

[05].Catéchisme de l’Église Catholique, n° 1336.

[06]. Saint Jean Paul II, Ecclesia de Eucharistia, n° 24.

[07]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 156.

[08]. Saint Thomas d’Aquin, Lauda Sion, Séquence.

[09]. Hymne Ave verum.













Méditation : lundi de la 12ème semaine du temps ordinaire

- Ne juger personne

- La personne est au centre de tout

- Aimer Dieu, c’est aimer les autres


« NE JUGEZ PAS , pour ne pas être jugés ; de la manière dont vous jugez, vous serez jugés ; de la mesure dont vous mesurez, on vous mesurera » (Mt 7, 1-2). Ces mots de Jésus nous mettent en garde contre la tentation de nous ériger en dieux pour les autres, avec le pouvoir de juger leur conduite, et même de tomber dans les murmures. Si le Seigneur est venu pour renouveler nos cœurs, le regard que nous portons sur les autres est un terrain privilégié pour la conversion. Jésus nous conseille de rediriger notre regard vers nous-mêmes, avant toute considération sur les autres.

Saint Thomas d’Aquin explique que ces jugements proviennent généralement d’un cœur qui se méfie imprudemment des autres. Il identifie trois raisons pour lesquelles de tels jugements peuvent être : parce que le cœur est inondé de mauvaises choses et pense donc facilement du mal des autres ; parce qu’il n’a pas une affection purifiée pour une personne particulière, et a donc tendance à penser du mal à la moindre allusion ; ou parce que certaines expériences négatives l’ont rendu trop sensible [01]. Dans aucun de ces cas, il ne s’agit d’une attitude généreuse envers les autres, de sorte qu’ils ne seront pas une source de bonheur, ni pour eux-mêmes ni pour les autres.

Tout regard humain sur les autres sera toujours limité : Dieu seul connaît les cœurs et peut évaluer les véritables circonstances de ce qui se passe. Il est toujours compréhensif et toujours prêt à pardonner. « Pour qui te prends-tu donc, toi qui juges ton prochain ? » (Jc 4, 12), écrit l’apôtre Jacques aux premières communautés chrétiennes. Lorsque nous nous laissons emporter par cette attitude, nous devenons des accusateurs au lieu de défenseurs. Mais si nous essayons d’avoir un cœur en accord avec celui de Jésus, nous regarderons les vertus et les imperfections des autres avec le même amour et la même miséricorde que ceux dont il fait preuve envers les nôtres.


« QUOI ! tu regardes la paille dans l’œil de ton frère ; et la poutre qui est dans ton œil, tu ne la remarques pas ? » (Mt 7, 3) L’expérience de nos propres erreurs, considérées ensemble avec Dieu, devrait nous amener à être compatissants envers celles des autres. Il ne s’agit pas simplement d’ignorer leurs fautes. En effet, nous pouvons parfois offrir notre aide pour changer ou s’améliorer par une correction fraternelle. Mais ce changement, d’une part, ne se fait pas du jour au lendemain ; et, d’autre part, il peut souvent s’agir de leur propre manière d’être, qui n’est pas un obstacle important sur leur chemin vers la sainteté. Savoir que nous avons nous aussi des défauts ou des traits de caractère qui peuvent ne pas plaire à tout le monde nous amène à regarder les autres avec compréhension. « Plus qu’à “donner”, la charité consiste à “comprendre”. — C’est pourquoi, si tu es tenu de juger, cherche une excuse à ton prochain : il y en a toujours » [02], écrit saint Josémaria.

« Si nous sommes incapables de voir nos défauts, nous aurons toujours tendance à exagérer ceux des autres. En revanche, si nous reconnaissons nos erreurs et nos misères, la porte de la miséricorde s’ouvre à nous » [03]. Le regard de Dieu ne se porte pas seulement sur nos erreurs, mais sur tout ce qu’il peut tirer de nos désirs de faire le bien : il sauve toujours la personne, d’autant plus si nous sommes ses enfants. Et c’est dans la prière que nous pouvons cultiver ce regard. « L’homme bon tire le bien du trésor de son cœur qui est bon ; et l’homme mauvais tire le mal de son cœur qui est mauvais : car ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur » (Lc 6, 45). Si nous cultivons un cœur pur, sans double pensée ni murmure, nous saurons voir le bien chez les autres et ne pas accorder une importance excessive au mal. Saint Josémaria a écrit sur ses résolutions : « 1/ Avant d’entamer une conversation ou de faire une visite, j’élèverai mon cœur vers Dieu. 2/ Je ne m’obstinerai pas, même si je suis plein de raison. Seulement, si c’est pour la gloire de Dieu, je donnerai mon avis, mais sans me plaindre. 3/ Je ne critiquerai pas négativement : quand je ne peux pas louer, je me tairai » [04].


LA VIE du chrétien se nourrit et s’épanouit dans la relation personnelle avec Dieu et avec les autres. La substance de cette relation est la : c’est là que naissent l’amitié, la vie familiale, les structures sociales et toutes les relations : « Pour l’Église - enseignée par l’Évangile - la charité est tout, car, comme l’enseigne saint Jean (cf. 1 Jn 4, 8.16) […] tout vient de la charité de Dieu, tout est façonné par elle, et tout tend vers elle. La charité est le plus grand don que Dieu a fait à l’humanité, c’est sa promesse et notre espoir » [05].

Peu avant sa passion, Jésus a voulu laisser un nouveau commandement : « C’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres (Jn 13, 34). Et puis, pour nous donner une image de ce mode de bonheur, il a démontré cet amour en actes, en lavant les pieds de ses disciples. « Nous savons bien que rencontrer Dieu, aimer Dieu, est inséparable d’aimer et de servir les autres ; que les deux préceptes de la charité sont inséparables » [06].

Nous autres chrétiens, nous avons été précédés par tant de saints qui se sont donnés à la charité, également dans la vie ordinaire : nous la voyons dans « les parents qui élèvent leurs enfants avec tant d’amour, dans ces hommes et ces femmes qui travaillent pour apporter le pain à la maison, dans les malades, dans les religieuses âgées qui gardent le sourire » [07]. Les œuvres spirituelles de miséricorde offrent une attitude qui prime sur la tendance à juger : enseigner, conseiller, corriger, pardonner, consoler… Sainte Marie est la première à nous traiter de cette manière et, en tant que Mère pleine de bonté, elle peut nous aider à aimer également ceux qui nous sont les plus proches.


[01].Cf. saint Thomas d’Aquin, S. Th. II-II, q. 60, a. 3.

[02]. Saint Josémaria, Chemin, n° 463.

[03]. Pape François, Audience générale, 27 février 2022.

[04]. Saint Josémaria, Notes intimes, n° 399, 18 novembre1931.

[05]. Benoît XVI, Caritas in veritate, n° 2.

[06]. Mgr Fernando Ocariz, Lettre pastorale, 19 mars 2022, n° 9.

[07]. Pape François, Gaudete et exsultate, n° 7.













Méditation : mardi de la 12ème semaine du temps ordinaire

- La crainte de Dieu ardemment désirée

- Le Royaume de Dieu sur la terre

- Magnanimité pour parvenir au plus grand nombre


LE PREMIER psaume du Psautier commence par louer l’homme qui a conscience de sa condition de créature, tout en reconnaissant la grandeur de son Dieu : Heureux l’homme « qui se plaît dans la loi du Seigneur et murmure sa loi jour et nuit ! » (Ps 1, 2). Ce chant souligne l’attitude de ceux qui comprennent le sens de la « crainte de Dieu » : ce don de l’Esprit Saint qui n’a rien à voir avec la peur, mais qui nous amène à reconnaître la sagesse et la grandeur du Créateur. Le chant loue celui dont le cœur est ancré dans ce qu’il désire vraiment, dont les impulsions sont toujours dirigées vers ce qu’il aime, et qui ne s’intéresse pas à ce qui pourrait l’éloigner du Seigneur. Nous voudrions aussi avoir cette attitude pour nous-mêmes : avoir une ferme disposition à vivre en contemplant la grandeur de Dieu et en faisant l’expérience de son amour pour les hommes.

Nous remarquons dans les Écritures la bonne attitude d’Ézékias, roi de Judée, lorsqu’il reçoit une lettre de menace du roi d’Assyrie. « Ézékias prit la lettre de la main des messagers ; il la lut. Puis il monta à la maison du Seigneur, déplia la lettre devant le Seigneur, et, devant lui, pria en disant : “Seigneur, Dieu d’Israël, toi qui sièges sur les Kéroubim, tu es le seul Dieu de tous les royaumes de la terre, c’est toi qui as fait le ciel et la terre. Prête l’oreille, Seigneur, et entends, ouvre les yeux, Seigneur, et vois ! Écoute le message envoyé par Sennakérib pour insulter le Dieu vivant” » (2 R 19, 14-16). La confiance avec laquelle Ézékias s’adresse à Dieu est surprenante. Il était probablement habitué à louer Dieu, à lui rendre grâce, ce qui l’amène à se tourner vers lui de cette manière, même au moment où il en a le plus besoin. Et l’histoire se poursuit en racontant que cette même nuit, l’ange du Seigneur a frappé cent quatre-vingt-cinq mille hommes dans le camp assyrien.

Dieu nous attend toujours, il attend que nous lui fassions part de nos besoins, notamment la manifestation de notre amour. Mais pas parce qu’il en a besoin, mais parce que cette attitude fera grandir en nous la sainte « crainte de Dieu » qui reconnaît sa grandeur.

« IL EST GRAND, le Seigneur, hautement loué, dans la ville de notre Dieu, dit le psalmiste, sa sainte montagne, altière et belle, joie de toute la terre. La montagne de Sion, c’est le pôle du monde, la cité du grand roi » (Ps 47, 2-3). Ces versets nous parlent d’une cité que nous, chrétiens, cherchons à établir sur terre, une cité construite sur l’amour de Dieu pour l’humanité. À la fin de sa vie, saint Augustin a écrit un traité dans lequel il explore ce thème en profondeur, tout comme saint Thomas More. Ces deux cas permettent de reconnaître combien il a été important pour les saints de méditer sur la nature du royaume de Dieu sur terre et sur la manière dont nous devons nous y référer pour qu’il devienne une réalité.

À cet égard, saint Josémaria dit : « Vérité et Justice, paix et joie en l’Esprit Saint : voilà le royaume du Christ, l’action divine qui sauve les hommes et qui culminera quand l’histoire s’achèvera et que le Seigneur, assis au plus haut des cieux, viendra pour juger définitivement les hommes » [01]. Le règne du Christ sur terre se réfère avant tout à la manière dont il est présent dans le cœur des hommes. Si le Christ est au centre de notre âme, notre action parmi nos frères et sœurs sera conforme à la manière dont Dieu contemple les autres, et conforme à la manière dont il veut régner dans le monde.

La vie chrétienne est toujours une vie communautaire, et non un chemin à parcourir individuellement. L’Église constituée par le Christ est son propre corps mystique, dont tous les chrétiens font partie. Son activité, et donc son règne, s’étend à tous les lieux où se trouvent ses membres. « Contrairement à la société humaine, où l’on a tendance à poursuivre ses propres intérêts de manière indépendante, voire au détriment des autres, la communauté des croyants fuit l’individualisme pour favoriser le partage et la solidarité. Il n’y a pas de place pour l’égoïsme dans l’âme d’un chrétien » [02]. Un signe de la présence du royaume de Dieu sera cette unité de solidarité entre tous les enfants.

DANS L’ÉVANGILE, Jésus a des mots pour décrire ce qui peut se produire lorsque la grandeur de Dieu entre en contact avec ceux qui ne sont pas dans les meilleures dispositions pour la recevoir : « Ne donnez pas aux chiens ce qui est sacré ; ne jetez pas vos perles aux pourceaux, de peur qu’ils ne les piétinent, puis se retournent pour vous déchirer » (Mt 7, 6). Cela ne signifie pas qu’il existe des personnes auxquelles le royaume de Dieu n’est pas destiné ; au contraire, tous peuvent le recevoir, tous sont appelés à entrer dans ce bonheur, mais nous devons réfléchir à la meilleure façon de partager cette invitation. C’est pourquoi le Seigneur poursuit en disant : « Donc, tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux, vous aussi » (Mt 7, 12). Il s’agit de chercher la voie la plus appropriée pour chaque personne, de trouver le moyen de s’adapter à la situation de l’autre.

Pour mieux nous préparer à cette douce joie de l’évangélisation, saint Josémaria suggère de prier pour tout le monde : « Ne pensez pas seulement à vous : ouvrez grand votre cœur pour qu’il puisse contenir l’humanité entière. Pensez, avant tout, à ceux qui vous entourent, à vos parents, à vos frères, à vos amis, à vos compagnons — et cherchez comment vous pourriez les amener à approfondir leur amitié avec Notre Seigneur […] Et priez aussi pour tant et tant d’âmes que vous ne connaissez pas, parce que nous autres hommes, nous sommes tous embarqués sur le même bateau » [03].

« Mais elle est étroite, la porte, il est resserré, le chemin qui conduit à la vie » (Mt 7, 14), poursuit Jésus. Certes, la route sera étroite si nous voulons aller à la vie accompagnés de tant de personnes autour de nous. « Magnanimité, qui est grandeur d’âme, ouverture du cœur au plus grand nombre, force qui nous dispose à sortir de nous-mêmes, à entreprendre des actions valeureuses, pour le bien de tous » [04], répétait saint Josémaria. Sainte Marie est peut-être la première personne qui a compris le royaume de Dieu et a accepté d’y vivre. Nous pouvons lui demander de nous rendre magnanimes pour l’apporter, un par un, à de nombreuses personnes de notre entourage.


[01]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 180.

[02]. Pape François, Audience générale, 26 juin 2019.

[03]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 175.

[04]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 80.













Méditation : Saint Thomas More

- Un bon époux et un bon père de famille

- Porter partout la lumière de l’Évangile

- Un héroïsme forgé jour après jour


SAINT THOMAS MORE est né en 1478 et mort martyr en 1535. Il était professeur de droit et un avocat prestigieux. Il a occupé diverses fonctions publiques et, en 1529, a été nommé Lord Chancelier du royaume britannique. Il a combiné cette carrière juridique et politique avec l’étude des disciplines humanistes, au point d’être considéré comme l’un des hommes les plus sages de la Renaissance. Érasme de Rotterdam, un autre des plus célèbres humanistes de l’époque, lui vouait une grande admiration : « À moins que le grand amour que je lui porte ne me trompe, écrivait-il, je ne crois pas que la nature ait jamais forgé un caractère plus habile, plus ingénieux, plus circonspect, plus fin […]. C’est le plus doux des amis, avec lequel j’aime à mêler le sérieux et l’humour avec délice » [01].

Que ce soit à la cour ou au tribunal, Thomas More ne manquait pas d’occupations intenses et absorbantes. Toutefois, conscient de la possibilité que ses obligations professionnelles l’amènent à négliger son propre foyer, il a toujours été clair pour lui que le plus important était d’être un bon mari et un bon père. Il écrit à sa fille aînée lors d’un voyage qui l’éloigne quelque temps de la maison : « Je vous assure qu’avant que mes enfants et ma famille ne soient ruinés par mon incurie, je suis capable de dépenser toute ma fortune et de dire adieu aux affaires et aux occupations pour me consacrer entièrement à vous » [02].

En effet, il mettait tout en œuvre pour que sa maison soit à la fois une source de bonheur et une petite école familiale. Thomas lui-même et des professeurs bien formés enseignaient les disciplines humanistes et scientifiques, ainsi que la doctrine chrétienne, aux cinq filles et au garçon qui vivaient là. Cependant, dans une lettre à l’un des précepteurs, il précise l’ordre d’importance de l’éducation : « L’essentiel pour eux doit être une vie vertueuse ; l’étude ne doit venir qu’en second lieu ; ils doivent donc étudier les matières qui les conduiront à être fidèles à Dieu, à aimer leur prochain, à être modestes et à avoir une humilité chrétienne devant eux-mêmes. Alors la grâce d’une vie de bonne réputation sera leur lot ; alors ils ne seront pas effrayés à la pensée de la mort, car leurs cœurs seront remplis d’une vraie joie » [03].


SAINT JOSÉMARIA avait une dévotion pour saint Thomas More. En 1954, il le nomme intercesseur de l’Opus Dei pour les relations avec les autorités civiles. Lors de ses séjours en Grande-Bretagne, entre 1958 et 1962, il est fréquemment allé se recueillir devant sa dépouille mortelle à Canterbury. Et il encouragea l’un de ses fils à écrire une biographie de ce saint anglais, qui lui semblait un excellent exemple de sainteté laïque, réalisée, avec la grâce de Dieu, au milieu du monde et au carrefour des changements culturels de son temps [04]. En effet, ce sont les fidèles laïcs, les chrétiens ordinaires, qui sont appelés à faire briller la lumière de l’Évangile dans tous les coins : la famille, l’environnement dans lequel ils travaillent, tous les domaines de la société civile et de la culture. Il leur appartient « de témoigner comment la foi chrétienne […] constitue la seule réponse valable aux problèmes et aux attentes que la vie pose à tout homme et à toute société. Cela sera possible si les fidèles laïcs savent surmonter en eux-mêmes la fracture entre l’Évangile et la vie, en restaurant dans leur vie quotidienne en famille, au travail et dans la société, cette unité de vie qui trouve dans l’Évangile l’inspiration et la force de se réaliser pleinement » [05].

Saint Thomas More a été exemplaire à la fois dans son service à la société civile et dans sa contribution à la culture de son temps. Aujourd’hui encore, les chrétiens travaillent à transformer le monde, convaincus qu’il nous appartient parce qu’il est notre maison, notre tâche et notre patrie. « Nous sachant enfants de Dieu, appelés par lui, nous ne pouvons pas nous sentir étrangers dans notre propre maison ; nous ne pouvons pas traverser cette vie comme des visiteurs dans un lieu étranger, ni marcher dans nos rues avec la crainte de ceux qui marchent en territoire inconnu. Le monde est à nous parce qu’il appartient à notre Père Dieu. Nous sommes appelés à aimer ce monde, pas un autre monde dans lequel nous pensons nous sentir plus à l’aise ; nous devons aimer les personnes concrètes qui nous entourent, dans les défis concrets qui se présentent à nous » [06].


THOMAS MORE assistait chaque jour à la messe. Le dimanche, il était membre de la chorale de sa paroisse. Malgré sa position sociale, il n’occupait pas une position d’honneur. Lorsque certains nobles lui firent remarquer que cela pouvait déplaire au roi que son Lord Chancelier ne cherche pas à être traité avec plus de déférence, il répondit avec beaucoup d’esprit : « Il n’est pas possible que je déplaise au roi mon seigneur alors que je rends publiquement hommage au seigneur de mon roi » [07]. Il aimait son pays et son roi de tout son cœur. Mais par-dessus tout, il aimait Dieu. C’est pourquoi, lorsque vint le moment tragique où il dut choisir entre la fidélité au Christ et la soumission à une loi qui allait à l’encontre de sa conscience, saint Thomas More fut prêt à embrasser sans réserve la volonté divine, même s’il savait que sa position, sa fortune et même sa vie étaient en jeu.

Cette réponse héroïque dans une situation extraordinaire avait, en réalité, été forgée au cours de nombreuses années d’héroïsme dans la vie ordinaire. Par exemple, saint Thomas ne décidait jamais rien d’important sans avoir d’abord reçu le Seigneur dans la communion ce jour-là ; il se tournait vers la prière avec foi et insistance pour tous ses besoins personnels et familiaux ; il était généreux et plein de sollicitude pour ses amis et s’occupait des pauvres de son quartier. En ce qui le concerne, il était sobre et austère. Tout cela lui a donné « la force intérieure confiante qui l’a soutenu dans l’adversité et face à la mort. Sa sainteté, qui a brillé dans le martyre, a été forgée par une vie de travail et de dévouement à Dieu et au prochain » [08].

Nous aussi, nous sommes appelés par Dieu à vivre en chrétiens au milieu des situations les plus ordinaires. Parfois, nous rencontrerons des difficultés dans notre environnement, ou même avec des lois qui portent atteinte à la dignité humaine. Ce sera alors le moment d’être fidèle à la voix de Dieu qui résonne au fond de notre conscience [09]: « C’est précisément en raison du témoignage, rendu jusqu’à l’effusion de son sang, de la primauté de la vérité sur le pouvoir, que saint Thomas More est vénéré comme un exemple durable de cohérence morale », a écrit saint Jean-Paul II. Et même en dehors de l’Église, surtout parmi ceux qui sont appelés à diriger les destinées des peuples, sa figure est reconnue comme une source d’inspiration » [10].


[01]. Antonio Sicari, Ritratti di santi, vol. 1, p. 40.

[02]. Vázquez de Prada, Sir Tomás Moro, pp. 180-181 (édition espagnole).

[03]. Mariano Fazio, Contracorriente… hacia la libertad, pp. 15-16 (édition espagnole).

[04]. Cf. A. Hegarty, “St. Thomas More as Intercessor of Opus Dei”, dans Studia et Documenta, n. 8 (2014), pp. 91-124.

[05]. Saint Jean Paul II, Christifideles laici, n° 34.

[06]. Mgr Fernando Ocariz, À la lumière de l’Évangile.

[07]. Antonio Sicari, Ritratti di santi, vol. 1, p. 40.

[08]. Saint Jean Paul II, Lettre apostolique pour la proclamation de saint Thomas More comme patron des responsables de gouvernement et des hommes politiques, 31 octobre 2000, n° 4.

[09]. Cf. Gaudium et Spes, n° 16.

[10]. Saint Jean Paul II, Lettre apostolique pour la proclamation de saint Thomas More comme patron des responsables de gouvernement et des hommes politiques, 31 octobre 2000, n° 1.













Méditation : Nativité de Saint Jean-Baptiste

- C’est Dieu qui choisit chacun

- Préparez le chemin du Seigneur

- Humilité dans l’apostolat


L’ÉGLISE commémore habituellement les saints le jour de leur départ au ciel, qui, aux premiers temps du christianisme, coïncidait souvent avec leur martyre. Cependant, le cas de Saint Jean Baptiste est unique depuis les premiers siècles, puisque sa naissance, six mois avant celle de Jésus, était également célébrée. L’Église a toujours compris, à travers l’Écriture, que Jean Baptiste a été rempli de l’Esprit Saint dès le sein de sa mère (cf. Lc 1, 15), lorsque Marie, qui portait déjà le Seigneur dans son sein, a rendu visite à sa cousine sainte Élisabeth.

Dans l’Évangile, nous lisons la naissance et le nom de Jean le Baptiste, et ces événements nous invitent à considérer le plan divin qui les précède. « J’étais encore dans le sein maternel quand le Seigneur m’a appelé ; j’étais encore dans les entrailles de ma mère quand il a prononcé mon nom » (Is 49, 1). Ces paroles du prophète Isaïe énoncent l’une des réalités les plus profondes de l’existence humaine : nous ne sommes pas apparus sur cette terre par hasard, et nous ne sommes pas non plus un spécimen anonyme et sans intérêt de notre espèce. Notre arrivée dans la vie est, en même temps, un appel de Dieu et un choix qui promet bonheur et mission. Il nous a créés tels que nous sommes, avec chacune de nos particularités, il a prononcé notre nom propre et personnel, il a voulu que nous soyons uniques et non reproductibles. « C’est toi qui as créé mes reins, qui m’as tissé dans le sein de ma mère, dit le psalmiste. Je reconnais devant toi le prodige, l’être étonnant que je suis : étonnantes sont tes œuvres toute mon âme le sait » (Ps 138, 13-14).

« Dieu veut quelque chose de toi, Dieu t’attend […]. Il vous invite à rêver, il veut que vous voyiez que le monde peut être différent avec vous. Mais si tu ne fais pas de ton mieux, le monde ne sera pas différent. C’est un défi » [01]. Saint Josémaria expliquait que pour recevoir la lumière du Seigneur et la laisser éclairer le sens de notre existence, « il faut aimer, avoir l’humilité de reconnaître que nous avons besoin d’être sauvés, et dire avec Pierre : Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de vie éternelle […]. Si nous laissons l’appel de Dieu pénétrer en nos cœurs, nous pourrons aussi vraiment répéter que nous ne marchons pas dans les ténèbres, car au-delà de nos misères et de nos défauts, brille la lumière de Dieu comme le soleil sur la tempête » [02].


« TOI AUSSI, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut ; tu marcheras devant, à la face du Seigneur, et tu prépareras ses chemins » (Lc 1, 76). Ces paroles prononcées par Zacharie, que nous reprenons dans l’acclamation avant l’Évangile, montrent le lien inséparable entre vocation et mission, entre appel et envoi. La grandeur de la vocation de Jean réside en fait dans l’importance irremplaçable de sa mission. « Le plus grand des hommes a été envoyé pour rendre témoignage à celui qui était plus qu’un homme » [03], dit saint Augustin. Et Origène ajoute un autre aspect de la vocation du Baptiste qui se prolonge jusqu’à nos jours : « Le mystère de Jean se réalise encore aujourd’hui dans le monde. Celui qui est destiné à croire en Jésus-Christ, il faut d’abord que l’esprit et la puissance de Jean viennent dans son âme pour “préparer au Seigneur un peuple bien disposé” (Lc 1,17) et pour que “tout ravin soit comblé, toute montagne et toute colline soient abaissées” (Lc 3,5) dans les aspérités de son cœur. Ce n’est pas seulement à cette époque que les chemins ont été aplanis et les sentiers rendus droits, mais aujourd’hui encore l’esprit et la force de Jean précèdent la venue du Seigneur et Sauveur » [04].

Chaque chrétien est également appelé à poursuivre la mission de Jean-Baptiste, en préparant les gens à rencontrer le Christ : « Comme elle est belle, la conduite de Jean-Baptiste ! Comme elle est propre, noble, désintéressée ! Ses disciples ne connaissaient le Christ que par ouï-dire, et il les a amenés à dialoguer avec le Maître ; il a fait en sorte qu’ils le voient et le fréquentent ; il leur a donné l’occasion d’admirer les merveilles qu’il opérait » [05]. La vie de saint Jean Baptiste a été sobre et pénitente, à l’image du message de conversion qu’il a partagé. Sa prédication était une proclamation intrépide de la vérité de Dieu, dont il a témoigné jusqu’à sa mort. Comme lui, nous sommes aussi appelés à apporter le Christ dans les lieux où se déroule notre vie. À cette fin, comme Jean et ses disciples, nous fixerons nos yeux sur Jésus afin que, remplis de sa vie, nous puissions inviter ceux qui nous entourent à faire de même.

AU MOMENT de conclure le cours de sa vie, Jean dit : « Ce que vous pensez que je suis, je ne le suis pas. Mais le voici qui vient après moi, et je ne suis pas digne de retirer les sandales de ses pieds » (Ac 13,25). Saint Jean Baptiste est un exemple d’humilité et d’intention droite. Il n’a jamais cherché à briller de sa propre lumière, à s’annoncer, à profiter de sa vocation pour obtenir de l’importance ou d’autres avantages personnels. « Un homme ne peut rien s’attribuer, sinon ce qui lui est donné du Ciel » (Jn 3,27), expliquait-il à plusieurs de ses disciples, lorsqu’ils s’inquiétaient du fait que ses fidèles commençaient à diminuer. « Telle est ma joie : elle est parfaite. Lui, il faut qu’il grandisse ; et moi, que je diminue » (Jn 3, 29-30), a-t-il poursuivi. L’apostolat et la conversion des cœurs sont la tâche de Dieu, dans laquelle nous sommes d’humbles collaborateurs. Il est le maître du fruit et de l’époque. Selon les mots de saint Augustin, Jean était toujours conscient qu’il « était la voix, mais le Seigneur était le Verbe qui, au commencement, existait déjà. Jean était une voix passagère et le Christ, le Verbe éternel dès le commencement » [06].

Dans notre vie d’apôtre aussi, il est important que le Christ grandisse et que notre ego diminue. Cela exige une profonde humilité, comme l’explique saint Josémaria : « J’imagine que vous êtes tous en train de prendre la résolution d’être très humbles. De cette façon, vous éviterez bien des désagréments dans la vie, et vous serez comme un arbre feuillu ; mais pas avec une fronde de feuilles, ni avec des fruits qui, lorsqu’ils sont vains, lorsqu’ils n’ont pas de pulpe charnue et sucrée, ne sont pas lourds, et que l’arbre a ses branches dirigées vers le haut, vains ! En revanche, quand les fruits sont mûrs, quand ils sont solides, quand la pulpe, comme je l’ai déjà dit, est douce et agréable au palais, alors les branches sont abaissées, avec humilité […]. Demandons-le à Sainte Marie, notre Mère, car j’ai fait en sorte que vous ayez toujours sur les lèvres, comme un charmant compliment adressé à la Vierge Marie, ce cri : Ancilla Domini ! » [07], servante du Seigneur.


[01]. Pape François, Discours, 30 juillet 2016.

[02]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 45.

[03]. Saint Augustin, Sermo 293.

[04]. Origène, Homélies sur Saint Luc, 4.

[05]. Saint Josémaria, Lettres 4, n° 21.

[06]. Saint Augustin, Sermo 293.

[07]. Saint Josémaria, notes prises lors d’une réunion de famille, 27 décembre 1972.













Méditation : le Sacré Cœur de Jésus (Cycle C)

- Nous valons tout le sang du Christ

- Un cœur qui ne finit jamais de nous chercher

- Prendre la route du retour


« VOICI, d’âge en âge, les desseins de son Cœur : délivrer leurs âmes de la mort et les nourrir aux jours de famine » [01]. L’Église nous propose ces mots du psalmiste pour entrer dans le mystère du Sacré-Cœur de Jésus et de son amour pour nous. Ils nous rappellent que le cœur de Dieu nourrit des projets qui embrassent l’histoire personnelle de chaque être humain ; ce sont des projets de liberté et de vie. « Nous ne sommes pas le produit occasionnel et dénué de sens de l’évolution. Chacun de nous est le fruit d’une pensée de Dieu. Chacun de nous est désiré, chacun de nous est aimé, chacun de nous est nécessaire » [02].

Nous pouvons contempler Jésus sur la Croix, qui a laissé transpercer son cœur pour nous donner une preuve supplémentaire qu’il nous aime inconditionnellement. Saint Ambroise fait remarquer que « de même qu’Ève a été formée du côté d’Adam endormi, ainsi l’Église est née du cœur transpercé du Christ mort sur la Croix » [03]. Nous pouvons dire, dans un certain sens, que notre origine est dans le cœur transpercé de Jésus. Notre vie de chrétien jaillit de ce côté, qui est comme une source à laquelle nous pouvons revenir sans cesse, pour reprendre des forces sur notre chemin.

« Jésus sur la Croix, le cœur transpercé d’Amour pour les hommes ; voilà une réponse éloquente — les paroles sont superflues — à notre question sur la valeur des choses et des personnes. Les hommes, leur vie, leur bonheur ont une telle valeur que le Fils de Dieu lui-même se livre pour les racheter, les purifier, les élever » [04]. En célébrant le Sacré-Cœur du Seigneur, nous réalisons qu’au-delà de la souffrance et de la défaite, il y a quelqu’un pour qui nous sommes irremplaçables. C’est pourquoi c’est dans la prière, ce dialogue de cœur à cœur avec le Christ, que nous pouvons toujours retrouver la joie et la confiance.


PARFOIS, notre paix peut être menacée lorsque nous découvrons la présence du péché dans notre vie ; peut-être cela se produit-il lorsque nous succombons à la tentation et que nous nous empêtrons dans nos propres vices. En fait, nous détestons le péché qui nous éloigne de Dieu, qui nous fait du mal à nous-mêmes et aux autres, mais nous n’arrivons pas à trouver le moyen d’en sortir. Dans ces moments-là, notre volonté semble être en sommeil et peut-être avons-nous l’impression d’être paralysés dans la vie spirituelle. Si nous avons l’impression que notre cœur ne réagit pas, nous pouvons nous rappeler que le cœur de Jésus est toujours attentif. « Si l’un de vous a cent brebis et qu’il en perd une, n’abandonne-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour aller chercher celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il la retrouve ? Quand il l’a retrouvée, il la prend sur ses épaules, tout joyeux » (Lc 15, 4-5). Le Christ est le bon berger qui nous cherche continuellement, qui fait son chemin pour nous trouver et nous porter à nouveau sur ses épaules. Savoir que son cœur ne dort pas, même lorsqu’il semble que le nôtre est loin, nous remplit de confiance pour recommencer nos luttes quotidiennes.

« Le cœur du Bon Pasteur nous dit que son amour ne connaît pas de limites, qu’il ne se lasse pas et ne renonce jamais. […] Il est incliné vers nous, spécialement concentré sur ceux qui sont loin ; là, il pointe avec ténacité l’aiguille de sa boussole, là, il révèle la faiblesse d’un amour particulier, parce qu’il désire atteindre tout le monde et ne perdre personne » [05]. Nos péchés ne sont plus une raison pour nous décourager dans notre désir d’être avec Dieu. Le Seigneur nous permet de faire l’expérience de la faiblesse et cela nous ouvre la possibilité d’être humbles ; il compte sur nos efforts pour que, poussés par sa grâce, nous puissions nous relever. Parfois, « l’histoire du salut s’accomplit en croyant “contre toute espérance” (Rm 4, 18) à travers nos faiblesses. Nous pensons souvent que Dieu ne compte que sur la partie bonne et conquérante de nous-mêmes, alors qu’en fait la plupart de ses desseins s’accomplissent à travers et malgré notre faiblesse » [06].


SUR LA CROIX, Jésus laisse la lance lui transpercer le côté « afin que tous, attirés vers le Cœur ouvert du Sauveur, ne cessent de venir puiser dans la joie aux sources vives du salut » [07]. Contempler le Christ de cette manière nous aidera à réveiller notre courage et à retrouver le chemin de l’amitié avec Dieu. « Cherche refuge dans les plaies de ses mains, de ses pieds, de son côté, conseille saint Josémaria. Ta volonté de recommencer en sera renouvelée, et tu reprendras ton chemin avec une décision et une efficacité plus grandes » [08]. Si nous voulons sortir du piège du découragement, le meilleur remède est de penser moins à nos limites, et de regarder calmement ce Cœur qui s’est laissé transpercer par les péchés de tous.

« Tu commets encore des étourderies et des fautes, et comme elles te font souffrir ! En même temps, tu poursuis ton chemin avec une joie à en exploser, dirait-on. C’est justement parce qu’ils te font souffrir, souffrir d’une douleur d’amour, que tes échecs ne t’enlèvent plus la paix » [09]. Dieu ne veut pas que nos péchés nous remplissent de tristesse ou qu’ils soient un fardeau que nous portons avec fatigue. C’est pourquoi il nous a laissé la confession, afin que nous puissions retrouver notre joie aussi souvent que nous en avons besoin. La contrition, la tristesse pour nos propres fautes, est le propre d’un cœur amoureux ; ce n’est pas un sentiment qui cache un certain découragement, celui de ne pas avoir été à la hauteur de ce que les autres, ou nous-mêmes, attendions : c’est une tristesse qui est le fruit de l’amour pour un Dieu qui fait tout ce qui est nécessaire pour nous.

Dans le Cœur du Christ, nous aurons toujours une place où revenir. Tout ce que nous avons à faire, c’est de nous faire petits et d’y entrer par l’humilité. Et si jamais nous avons du mal à retrouver le chemin, nous pouvons compter sur l’aide de Marie : elle nous montre, avec son regard maternel, le chemin pour entrer dans le côté ouvert de son fils.


[01]. Missel romain, Solennité du Sacré Cœur de Jésus, Chant d’entrée (cf. Ps 32, 11.19).

[02]. Benoît XVI, Homélie, 24 avril 2005.

[03]. Cf. S. Ambroise, Luc. 2, 85-89 : PL 15, 1583-1586, cité dans Catéchisme de l’Église Catholique, n° 766.

[04]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 165.

[05]. Pape François, Homélie, 3 juin 2016.

[06]. Pape François, Patris corde, n° 2.

[07]. Missel romain, Préface de la Solennité du Sacré Cœur de Jésus.

[08]. Saint Josémaria, Chemin de Croix, XIIe station, n° 2.

[09]. Saint Josémaria, Sillon, n° 861.