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Méditation : Dimanche de la 25ème semaine du temps ordinaire - année C

- Appelés à vivre la logique divine

- L’ingéniosité du régisseur comme exemple

- La décision de vivre avec Dieu


DE NOMBREUSES paraboles de Jésus recèlent des surprises ou des rebondissements inattendus. Dans ces histoires que le Seigneur raconte, il y a souvent quelque chose d’inhabituel, qui laisse parfois l’auditeur ou le lecteur perplexe. Il est frappant, par exemple, qu’en une occasion il prenne pour modèle un intendant qui détourne les biens de son maître (cf. Lc 16, 1-8). En revanche, il n’est pas très logique d’accueillir par un festin un jeune fils qui a quitté la maison et dilapidé son héritage (cf. Lc 15, 11-32). Il ne semble pas non plus courant de remettre la dette énorme d’un serviteur qui avait simplement demandé du temps pour la payer (cf. Mt 18, 22-35). Et l’on pourrait dire la même chose de l’employeur qui calcule le salaire de ses ouvriers hors de proportion avec le travail effectué (cf. Mt 20, 1-16).

Outre les enseignements de chaque parabole, Jésus fait comprendre de différentes manières que la vie chrétienne n’est pas régie par exactement les mêmes paramètres que les nôtres. « Mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins » (Is 55, 8), avait dit Dieu par la bouche du prophète Isaïe. Le passage du Christ sur terre nous a révélé une nouvelle échelle de valeurs pour regarder le monde. La logique du pouvoir a cédé la place à la logique du service et de la miséricorde. Ceux qui étaient considérés comme les plus petits dans la société ont obtenu la prédilection du Seigneur. Et ce qui était utilisé pour apporter une mort atroce — la croix — a fini par devenir une source de vie. Ce sont, en somme, les paradoxes qu’il a lui-même incarnés lors de son passage sur la terre : « Étant le Verbe, il s’est abaissé en devenant homme ; étant riche, il s’est fait pauvre, pour nous enrichir de sa misère ; il était puissant, mais il s’est montré si faible qu’Hérode l’a méprisé et s’est moqué de lui ; il avait le pouvoir de faire trembler la terre, mais il était attaché à cet arbre » [01]. En tant que disciples du Christ, nous sommes appelés à laisser notre cœur vivre, petit à petit, dans cette nouvelle logique.


AVANT de se retrouver sans travail, le régisseur décide de réaliser une dernière opération pour assurer sa situation future : il convoque les débiteurs de son maître, leur demande combien ils lui devaient, puis il a écrit un chiffre inférieur à la somme réelle. De cette façon, comme nous le dit la parabole, il a gagné leur amitié afin de pouvoir aussi être aidé plus tard (cf. Lc 16, 3-8). Jésus n’a pas l’intention de souligner la malhonnêteté de cet homme, mais sa ruse. Face à la perspective d’une vie de misère, il a su agir avec sagacité pour répondre à ses besoins de demain. Le Christ invite ses disciples à utiliser leur intelligence pour prêcher le Royaume de Dieu : « Quel acharnement mettent les hommes dans leurs affaires terrestres ! […]. Quand vous et moi mettrons le même empressement dans les affaires de notre âme, nous aurons une foi vivante et agissante, et il n’y aura aucun obstacle que nous ne puissions surmonter dans nos entreprises apostoliques » [02].

Or, il ne s’agit pas d’une simple approche mathématique, selon laquelle il est payant de consacrer autant de temps aux choses de Dieu qu’aux autres choses qui nous intéressent. En réalité, le fondateur de l’Opus Dei veut nous inciter à découvrir que notre relation avec Jésus est l’affaire la plus importante, ce qui nous rend vraiment heureux et qui mérite toute notre ingéniosité. Ce sont précisément les choses humaines que nous faisons déjà avec empressement qui peuvent servir de base pour nous introduire dans l’enthousiasme pour les réalités divines. « De nombreux jeunes sont préoccupés par leur corps, s’efforçant de développer leur force physique ou leur apparence. D’autres se préoccupent de développer leurs compétences et leurs connaissances, et se sentent donc plus en sécurité. Certains visent plus haut, essaient de s’engager davantage et cherchent à se développer spirituellement […] Vous ne grandirez pas en bonheur et en sainteté par votre seule force et votre seul esprit. De la même manière que vous vous préoccupez de ne pas perdre votre connexion internet, assurez-vous que votre connexion avec le Seigneur est active, et cela signifie ne pas couper le dialogue, l’écouter, lui dire vos choses, et lorsque vous ne savez pas clairement ce que vous devez faire, demandez-lui : “Jésus, que ferais-tu à ma place ?” Dieu, qui parle dans notre cœur, nous donnera assez d’ingéniosité pour faire en sorte qu’il soit notre meilleur allié dans les choses que nous faisons » [03].


JÉSUS conclut la parabole par cette considération : « Aucun domestique ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre. […] Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent » (Lc 16, 13). Dans de nombreux domaines de la vie, il est recommandé de toujours avoir un plan B à portée de main. Cependant, le Seigneur nous invite à miser notre vie sur une seule carte : celle de Dieu. « Si aimer le Christ et nos frères et sœurs ne doit pas être considéré comme quelque chose d’accessoire et de superficiel, mais plutôt comme le but véritable et ultime de toute notre vie, nous devons savoir faire des choix fondamentaux, être prêts à des renoncements radicaux, si nécessaire jusqu’au martyre. Aujourd’hui comme hier, la vie d’un chrétien exige du courage » [04]. Opter pour l’amour signifie renoncer à ce qui nous pèse, dans notre désir de servir les autres avec générosité.

Cependant, même si nous avons pris la décision d’entrer dans la logique de Dieu, nous pouvons remarquer que parfois nous ne vivons pas comme nous le souhaiterions. C’est exactement ce que saint Paul a vécu : « Je ne fais pas le bien que je voudrais, mais je commets le mal que je ne voudrais pas » (Rm 7, 19). Quelques mots de saint Josémaria peuvent nous aider à affronter cette tension avec sérénité : « Tu me dis que tu as au cœur le feu et l’eau, le froid et le chaud, de petites passions et Dieu…, un cierge allumé pour saint Michel et un autre pour le diable. Rassure-toi. Tant que tu voudras lutter, il n’y aura pas deux cierges allumés dans ton cœur mais un seul : celui de l’archange » [05]. Le oui de Marie était « le oui de celle qui veut s’engager et prendre des risques, de celle qui veut miser son tout, sans autre sécurité que la certitude de se savoir porteuse d’une promesse » [06]. Elle nous aidera à vivre avec la certitude qu’il n’y a pas de meilleur choix que de vivre avec Dieu comme principal compagnon de route.


[01]. Saint Ambroise, Commentaire du Psaume 118, Milan-Rome, p. 131-133.

[02]. Saint Josémaria, Chemin, n° 317.

[03]. Pape François, Christus vivit, n° 158.

[04]. Benoît XVI, Homélie, 23 septembre 2007.

[05]. Saint Josémaria, Chemin, n° 724.

[06]. Pape François, Discours, 26 janvier 2019.




Méditation : Lundi de la 25eme semaine du temps ordinaire

- Le Christ, lumière de notre vie

- La mission des disciples

- Notre responsabilité d’être lumière


DANS LA SAINTE ÉCRITURE, il est souvent fait référence à la lumière. Le livre de la Genèse nous rappelle que Dieu, après avoir créé le ciel et la terre, crée la lumière (cf. Gn 1, 3). Pour leur part, les prophéties du peuple d’Israël expriment ainsi la venue du Messie : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi » (Is 9, 1). Enfin, saint Jean écrit dans le prologue de son Évangile : « Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde » (Jn 1,9).

Penser à une existence sans lumière, dans les ténèbres, génère de la tristesse, car cela signifierait ne pas jouir de ce qui a été créé. C’est pourquoi, dans la tradition chrétienne, la vie dans les ténèbres est identifiée au mal. L’absence de lumière mène à la confusion, à l’absence de direction claire. Mais même dans la nuit la plus profonde, les petites lumières des étoiles suffisent à nous fournir au moins quelques repères qui jalonnent un itinéraire précis. Le Christ guide notre vie, nous aide à dissiper nos doutes : « Ta parole est la lumière de mes pas, la lampe de ma route » (Ps 118, 105), dit le psalmiste en se référant à la loi de Dieu.

La lumière du Christ nous aide à affronter les difficultés du chemin avec espoir. Certes, croire en lui ne signifie pas être épargné par la souffrance, comme s’il était un analgésique pour les moments de douleur. Au contraire, le chrétien qui se confie au Seigneur sait qu’« il a toujours une lumière claire qui lui montre le chemin, le chemin qui mène à la vie en abondance. Les yeux de ceux qui croient au Christ entrevoient même dans la nuit la plus noire une lumière, et voient déjà l’éclat d’un jour nouveau » [01].


« PERSONNE, après avoir allumé une lampe, ne la couvre d’un vase ou ne la met sous le lit ; on la met sur le lampadaire pour que ceux qui entrent voient la lumière » (Lc 8, 16). Autrefois, quand il n’y avait pas de lumière électrique, il était très difficile de garder un feu allumé. Cette expérience donne au Seigneur la base de certains de ses enseignements. La lumière est nécessaire à la vie humaine. C’est pourquoi, la nuit venue, ces lampes doivent être prêtes à donner de la lumière, comme celles des vierges qui attendent l’époux (cf. Mt 25, 1-13). Jésus, lorsqu’il évoque le rôle de ses disciples au milieu du monde, les compare à la lumière et au sel. Tout comme le sel donne du goût aux aliments, la lumière aide l’homme à ne pas trébucher, lui permet de voir ce qui l’entoure et le guide sur son chemin. Le Christ veut nous montrer dans cette parabole la tâche à laquelle il nous invite : « Remplir le monde de lumière, être sel et lumière : c’est ainsi que le Seigneur a décrit la mission de ses disciples. Porter jusqu’aux derniers confins de la terre la bonne nouvelle de l’amour de Dieu » [02].

La parabole suppose que la lampe est allumée. Qui a allumé le feu qui fait briller la lampe ? L’Église a la mission d’être cette lumière ; elle veut éclairer tous les hommes en annonçant l’Évangile avec la joie du Christ. Ceux d’entre nous qui ont reçu le baptême font partie de ce groupe d’hommes et de femmes que le Seigneur a appelés pour essayer d’éclairer le monde. Saint Ambroise a exprimé cette vocation des chrétiens et de l’Église comme mysterium lunae, le mystère de la lune : « L’Église, comme la lune, ne brille pas de sa propre lumière, mais de la lumière du Christ » [03]. C’est le Christ qui nous éclaire : ce que nous pouvons faire, c’est nous préparer à recevoir son reflet. « Pour l’Église, être missionnaire, c’est manifester sa propre nature : se laisser éclairer par Dieu et refléter sa lumière. Tel est son service. Il n’y a pas d’autre moyen, la mission est sa vocation, faire briller la lumière du Christ est son service. Beaucoup de gens attendent de nous cet engagement missionnaire, car ils ont besoin du Christ, ils ont besoin de connaître le visage du Père » [04].


« FAITES ATTENTION à la manière dont vous écoutez. Car à celui qui a, on donnera ; et à celui qui n’a pas, même ce qu’il croit avoir sera enlevé » (Lc 8, 17-18). Le Seigneur, à la fin de la parabole, parle de la responsabilité d’avoir reçu sa lumière, d’avoir été le bénéficiaire d’un don de Dieu. Et cet appel peut nous amener à considérer notre faiblesse et le manque de cohérence que notre feu a parfois. En gardant à l’esprit que même une petite lumière fait beaucoup de bien dans les ténèbres, la prise en compte de notre petitesse peut nous amener à cultiver une disposition humble pour continuer à recevoir le feu de Dieu.

Saint Jean raconte son expérience de porteur de l’Évangile : « La lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises » (Jn 3,19). Nous avons tous une expérience personnelle des ténèbres ; lorsque nous y entrons, nous perdons le sens du bien et du mal, les yeux de l’âme s’habituent progressivement aux ténèbres et ignorent la lumière. Le prélat de l’Opus Dei nous rappelle que, dans ces moments-là, « la fidélité consiste à parcourir — avec la grâce de Dieu — le chemin du fils prodigue » [05]. Nous reconnaissons qu’il ne vaut pas la peine de vivre dans les ténèbres, nous nous rappelons que nous sommes appelés à être le rayonnement de Dieu.

La joie de la vie d’un chrétien est de partager la mission avec Jésus. Nous découvrons alors en profondeur qui nous sommes. « Le péché est comme un voile sombre qui couvre notre visage et nous empêche de nous voir et de voir le monde clairement ; le pardon du Seigneur enlève ce manteau d’ombre et de ténèbres et nous donne une lumière nouvelle » [06]. « Debout, Jérusalem, resplendis ! Elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi » (Is 60, 1), dit Isaïe. Marie protège toujours la lampe de notre âme. Et si elle devait s’assombrir, elle la ravive avec le feu de son Fils, afin qu’elle éclaire ceux qui en ont besoin.


[01]. Benoît XVI, Audience générale, 24 septembre 2011.

[02]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 147.

[03]. Saint Ambroise, Exameron, IV, 8, 32.

[04]. Pape François, Homélie, 6 janvier 2016.

[05]. Mgr Fernando Ocariz, Lettre pastorale, 19 mars 2022, n° 2.

[06]. Pape François, Angélus, 22 mars 2020.




Méditation : Mardi de la 25eme semaine du temps ordinaire

- L’Église, famille de Jésus

- Marie, le femme de l’écoute

- Ouverture de cœur


LA RENOMMÉE de Jésus s’est déjà répandue dans toute la Galilée. Beaucoup de gens viennent le voir. Certains lui amènent les malades, d’autres lui confient un problème ou lui demandent conseil. Il y a peut-être aussi ceux qui amènent leurs enfants au Christ pour qu’il les bénisse de sa main. Le Seigneur prêche, écoute et répond aux questions. Il s’intéresse aux gens. Il ne recule pas devant la douleur, la maladie ou l’angoisse des gens. Chacun des jours de Jésus est comme une miche de pain dont une multitude de mains affamées arrachent des morceaux jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien. Son don total de soi sur la croix a été précédé d’un don de soi quotidien aux personnes qui l’entouraient.

Un jour, alors que Jésus se trouvait dans l’une de ces situations, sa mère et quelques membres de sa famille vinrent le voir, « mais ils ne pouvaient pas arriver jusqu’à lui à cause de la foule » (Lc 8, 19). La foule était telle autour du Maître qu’elle empêchait les nouveaux arrivants de passer. Ses disciples l’ont prévenu : « Ta mère et tes frères sont là dehors, qui veulent te voir ». Et le Christ leur donne une réponse qui, d’une manière mystérieuse, résume l’Évangile qu’il apportait sur terre : « Ma mère et mes frères sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique » (Lc 8, 20-21).

Les visages de ceux qui l’ont écouté ont pu être surpris. Cependant, Jésus n’a pas voulu exprimer par ces mots un éloignement par rapport à sa Mère. En fait, ce qu’il souligne, c’est son intention de former une famille de liens surnaturels : l’Église. Et celle-ci sera constituée des hommes et des femmes qui, au cours des âges, accepteront sa parole pour qu’elle porte du fruit dans leur vie. Comme l’explique un écrivain médiéval : « Le Christ a habité le tabernacle du sein de Marie pendant neuf mois ; jusqu’à la fin du monde, il vivra dans le tabernacle de la foi de l’Église et, pour les siècles des siècles, il habitera dans la connaissance et l’amour de l’âme fidèle » [01].


« MARIE est la femme de l’écoute. Nous le voyons dans la rencontre avec l’ange et nous le voyons encore dans toutes les scènes de sa vie, des noces de Cana à la croix et au jour de la Pentecôte […]. Elle ne se contente pas de dire “oui”, mais elle assimile la Parole, prend la Parole en elle » [02]. Lorsqu’elle prononce le Magnificat, par exemple, nous voyons que la Mère de Jésus connaissait les Écritures, et pas seulement de manière théorique ; nous nous rendons compte qu’« elle était tellement identifiée à la Parole que, dans son cœur et sur ses lèvres, les mots de l’Ancien Testament sont transformés, synthétisés, en un chant. Nous voyons que sa vie était réellement pénétrée par la Parole ; elle était entrée dans la Parole, elle l’avait assimilée ; ainsi en elle la Parole était devenue vie » [03].

L’écoute de la parole de Dieu ne nous éloigne pas de la terre, bien au contraire : elle nous y fait entrer pleinement, elle nous révèle la vraie réalité. « Dire “oui” au Seigneur, c’est être encouragé à embrasser la vie comme elle vient, avec toute sa fragilité et sa petitesse, et souvent même avec toutes ses contradictions » [04]. C’est pourquoi la fidélité de Marie « se manifeste, non par des actions voyantes, mais par un sacrifice quotidien, silencieux et caché » [05]. La vie de tous les saints nous révèle que cette écoute fidèle est un trésor qui se déverse ensuite en gestes d’amour dans l’ordinaire, qui est ainsi transformé. En Marie, la femme d’écoute, nous voyons une vie sans spectacle extérieur, alors qu’elle accomplit le travail propre à une mère de famille de son temps ; toute l’existence de Marie est caractérisée par une profonde docilité à la volonté divine. Son quotidien, comme celui de son fils Jésus, est marqué par la joie de celle qui est entrée dans la logique divine : « Contente qu’elle était de se trouver à sa place, là où Dieu la voulait, dans l’accomplissement total de la volonté divine » [06]. Ses désirs et ses plans se situent dans le cadre des desseins bienveillants de son Fils. Et en eux, Marie évolue avec aisance et en toute liberté.


SAINT JOSÉMARIA aimait à penser qu’au moment de l’Annonciation, la Vierge était recueillie dans la prière. De nombreux peintres ont représenté cette scène de cette manière, en ajoutant le livre des Écritures dans ses mains. Pour elle, la lecture de ces pages n’était pas un simple rappel d’événements d’un autre temps : c’étaient les paroles que le Seigneur lui adressait à un moment précis. « Il n’y a pas de meilleure façon de prier que d’être comme Marie dans une attitude d’ouverture, avec un cœur ouvert à Dieu : “Seigneur, ce que tu veux, quand tu veux et comme tu veux”. En d’autres termes, avec un cœur ouvert à Dieu et Dieu répond toujours » [07].

Lire les Écritures avec cette ouverture de cœur nous conduira à découvrir ce que Dieu veut nous dire aujourd’hui et maintenant. Puisque sa parole est toujours vivante et efficace, nous pouvons relire le même passage avec fraîcheur. Cette écoute de la parole de Dieu nous conduira, la main dans la main, à l’accomplir, en mettant au service de Dieu notre liberté, notre intelligence et notre grande capacité d’aimer. En réalité, l’écoute et l’accomplissement de la parole de Dieu sont deux choses inséparables, car « la parole de Dieu n’est vraiment comprise que lorsque nous commençons à la pratiquer » [08]. Nous pouvons demander à la Vierge Marie que nous sachions méditer les Écritures avec la même ouverture de cœur qui a marqué sa vie.


[01]. Office des Lectures, Bienheureux Isaac de Stella, Sermon 51.

[02]. Benoît XVI, Audience générale, 26 février 2009.

[03].Ibid.

[04]. Pape François, Discours, 26 janvier 2019.

[05]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 172.

[06].Ibid., n° 148.

[07]. Pape François, Audience générale, 18 novembre 2020.

[08]. Saint Grégoire le Grand, Homélies sur Ézéchiel, I, 10, 31.




Méditation : Fête de saint Matthieu

- La rencontre de Matthieu avec Jésus

- Un amour qui éclaire dans les difficultés

- Se reconnaître pécheur


« JÉSUS vit le publicain et, parce qu’il l’aimait, il le choisit » [01]. Ces mots de saint Bède condensent les caractéristiques essentielles de toute vocation. Dans tout appel, l’initiative vient toujours de Dieu, qui pense à nous depuis l’éternité et nous accompagne dans chacun de nos pas. Dans le cas de Matthieu, c’est Jésus qui passe à l’endroit où il collectait les impôts. Et le voyant, il décide de l’appeler sans plus attendre. C’est le mystère de la vocation. Matthieu aurait pu se poser des questions comme : Pourquoi moi, pourquoi maintenant, ai-je les qualités requises, où ce choix va-t-il me mener ? Il était collecteur d’impôts, socialement considéré comme un pécheur public. Mais son histoire montre qu’aucune de ces questions n’est décisive. Ce qui est vraiment important, dans le cas de Matthieu et dans le cas de toute vocation, c’est qu’il y ait eu une rencontre personnelle avec le Christ et que ce soit lui qui nous invite à collaborer à son plan de salut.

Jésus adresse un mot à Matthieu : « “Suis-moi”. Il ne s’agit pas seulement d’une invitation à le suivre. Cela signifie également : “Imite-moi”. Il lui dit : “Suis-moi, non par tes pas, mais par ta façon d’agir”. Car celui qui dit qu’il demeure dans le Christ doit vivre comme il a vécu » [02]. Et c’est ainsi que la vie de Matthieu a trouvé son plein épanouissement. Il voyait toute son existence avec des yeux nouveaux, avec une lumière qui était aussi une chaleur et une impulsion à donner une réponse généreuse : « Si vous me demandez comment on ressent l’appel divin, comment on le réalise, disait saint Josémaria, je vous dirai que c’est une nouvelle vision de la vie. C’est comme si une lumière s’allumait en nous ; c’est une impulsion mystérieuse qui pousse l’homme à consacrer ses énergies les plus nobles à une activité qui, avec la pratique, finit par prendre la forme d’une profession. Cette force vitale, qui a quelque chose d’une avalanche irrésistible, est ce que d’autres appellent la vocation » [03].


MATTHIEU répond immédiatement à l’appel. L’Évangile dit en toute simplicité qu’« il se leva et le suivit » (Mt 9, 9). Les détails sont succincts. Nous ne savons pas s’il avait déjà entendu le Maître auparavant ou s’il avait parlé avec lui à Capharnaüm, où il vivait et travaillait. Ce que le texte met en évidence, dans sa concision, c’est l’empressement avec lequel il suit le Seigneur lorsqu’il reçoit l’appel à partager sa vie. On retrouve quelque chose de très similaire dans le cas d’autres apôtres, comme André et Pierre, Philippe et Nathanaël, ou Jacques et Jean (cf. Jn 1, 40-50 ; Mt 4, 18-22).

Qu’est-ce qui a poussé ces simples pêcheurs et le collecteur d’impôts Matthieu à suivre le Christ sans tarder ? Il n’est pas du tout facile de donner une réponse. Nous savons peu de choses sur qui ils étaient, comment ils pensaient, quels étaient leurs espoirs et leurs désirs. Mais nous percevons dans les évangiles que Jésus est entré dans leur cœur. Il leur a fait vivre de manière vivante l’amour qu’il a apporté sur terre. Et cette découverte les a remplis d’une joie irrésistible. « Toute véritable vocation commence par la rencontre avec Jésus qui nous donne une joie nouvelle et une espérance nouvelle, et nous conduit, même à travers les épreuves et les difficultés, à une rencontre toujours plus complète » [04].

Matthieu a laissé Jésus gagner son cœur. Il a fait l’expérience qu’être avec lui apporte un bonheur que le monde ne peut donner. Il est possible que, quelques semaines après avoir été avec Jésus, on ne lui ait pas caché qu’il y aurait des difficultés, car tout le monde n’a pas reçu le Maître avec la même ouverture de cœur. Peut-être percevrait-il aussi ses propres limites et misères, en contraste avec la mission que Jésus entreprenait. Mais Matthieu préférait l’espoir, rejetant le pessimisme ; il avait confiance dans le fait qu’il pourrait garder son amour pour Jésus, peut-être en le purifiant et en le renouvelant plusieurs fois. « Épris de Jésus. Bien sûr, il y a des épreuves dans la vie, il y a des moments où il faut aller de l’avant malgré le froid et les vents contraires, malgré tant d’amertume. Mais les chrétiens connaissent le chemin qui mène à ce feu sacré qui les a allumés une fois pour toutes […] Cultivons de saines utopies : Dieu veut que nous puissions rêver comme lui et avec lui, tandis que nous marchons les yeux fixés sur la réalité » [05].


APRÈS la rencontre au bureau de la douane, Matthieu décide d’organiser une fête dans sa propre maison. Il voulait célébrer la nouvelle vie, qu’il était sur le point de commencer, en invitant ses amis à rencontrer Jésus eux aussi. Beaucoup d’entre eux, comme Matthieu lui-même, étaient considérés comme des pécheurs en raison de leur collaboration avec l’Empire romain. C’est pourquoi, « voyant cela, les pharisiens disaient à ses disciples : “Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs ?” Jésus, qui avait entendu, déclara : “Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Allez apprendre ce que signifie : Je veux la miséricorde, non le sacrifice. En effet, je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs” » (Mt 9, 10-13).

Celui qui se considère comme juste ferme les portes à Dieu. En revanche, celui qui se reconnaît pécheur permet au Christ de s’approcher pour le guérir. Il ne nous demande pas une vie sans tache et sans défaut, mais un cœur contrit et humilié : c’est le meilleur sacrifice que nous puissions lui offrir (cf. Ps 51, 19). « Nous sommes de pauvres vases d’argile : fragiles, cassables. Mais Dieu nous a faits pour nous remplir de son bonheur, pour toujours. Et maintenant sur la terre, il nous donne sa joie pour que nous la transmettions à tous » [06]. Nous pouvons demander à notre Mère du ciel de nous aider à faire l’expérience dans notre vie du pouvoir de guérison de la miséricorde de Dieu. En particulier dans la confession et dans l’Eucharistie, nous recevons la grâce qui nous pousse à être des témoins de l’amour que Dieu nous porte.


[01]. Saint Bède le Vénérable, Homélie 21.

[02].Ibid.

[03]. Saint Josémaria, Lettres 3, n° 9.

[04]. Pape François, Audience générale, 30 août 2017.

[05].Ibid.

[06]. Mgr Fernando Ocariz, À la lumière de l’Évangile.




Méditation : Jeudi de la 25eme semaine du temps ordinaire

- Souhaiter voir Jésus

- Revêtir le Christ

- Sainteté et apostolat


LES ÉVANGILES nous parlent de différents personnages qui souhaitaient ardemment voir Jésus. L’un d’entre eux est Hérode, qui, en entendant parler des miracles qu’il accomplissait, « était perplexe ». La raison d’une telle surprise était que « certains disaient que Jean le Baptiste était ressuscité d’entre les morts ». Mais Hérode avait du mal à croire à cette possibilité, car il avait lui-même ôté la vie à Jean, à l’instigation d’Hérodiade, la femme de son frère : “Jean, je l’ai fait décapiter. Mais qui est cet homme dont j’entends dire de telles choses ?” » (Lc 9, 7-9). Luc note qu’Hérode « depuis longtemps désirait le voir » (Lc 23, 8). Cependant, lorsqu’il rencontre enfin Jésus pendant la Passion, le Seigneur reste silencieux. Le roi s’attendait à le voir accomplir quelque miracle et l’interrogea de manière très loquace, mais Jésus ne lui répondit rien. Alors Hérode, avec ses soldats, le méprisa et se moqua de lui devant tout le monde (cf. Lc 23, 6-12).

Saint Luc parle aussi d’un autre personnage qui désirait depuis longtemps voir Jésus. Il s’agit du vieillard Siméon. « C’était un homme juste et religieux […]. Il avait reçu de l’Esprit Saint l’annonce qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Christ » (Lc 2, 25-26). Lorsqu’il le rencontre au Temple, alors que Jésus n’est encore qu’un enfant, il « reçut l’enfant dans ses bras, et il bénit Dieu en disant : “Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole” » (Lc 2, 28-29).

Hérode était incapable d’apprécier la présence de Jésus. Sa curiosité et son désir de voir des merveilles l’ont empêché de comprendre que le Messie était devant lui. D’autre part, l’exemple de Siméon « nous enseigne que la fidélité dans l’attente aiguise les sens spirituels et nous rend plus sensibles à reconnaître les signes de Dieu » [01]. Il lui suffisait de tenir Jésus dans ses bras. Et une fois qu’il a vu cette promesse se réaliser, il a considéré que sa vie, marquée par l’espérance, en valait la peine.


LA LECTURE et la méditation fréquentes de l’Évangile nous aident à revêtir le Christ. C’est-à-dire à conformer notre vie à la sienne, afin que son exemple et ses paroles pénètrent profondément dans nos cœurs. Comme le disait saint Josémaria : « Ces minutes que tu consacres chaque jour à la lecture du Nouveau Testament, selon le conseil que je t’ai donné (essayer de bien entrer dans chaque scène, et d’y participer, comme un personnage de plus) elles sont là pour que tu incarnes, pour que “tu accomplisses” l’Évangile dans ta vi…, et pour “le faire accomplir” »[02]. Ainsi, nous comprendrons que la sainteté ne consiste pas seulement à éviter le péché ou à respecter un ensemble de préceptes, mais à nous identifier de plus en plus à Jésus.

« Le Christ vous a donné le pouvoir de lui ressembler selon vos forces. N’ayez pas peur d’entendre cela. Ce qui doit vous effrayer, c’est de ne pas être comme lui » [03], disait saint Jean Chrysostome. Si nous sommes dociles à l’Esprit Saint, l’image du Seigneur, le visage des enfants de Dieu, prendra forme dans notre vie. Et cela, en premier lieu, se reflète dans la vie quotidienne, en s’efforçant de transformer « en alexandrins, en vers héroïques, la prose de chaque jour » [04].

Le désir de s’identifier au Christ se manifeste dans les réalités humaines : dans la famille, au travail, dans les amitiés… « Dieu veut que nous soyons très humains, si nous acceptons de nous considérer comme ses enfants. Que notre tête touche le ciel, mais que nos pieds soient bien assurés sur la terre. Le prix pour vivre en chrétien ne consiste pas à cesser d’être des hommes ou à renoncer à l’effort pour acquérir ces vertus que certains possèdent, même sans connaître le Christ. Le prix de chaque chrétien, c’est le Sang rédempteur de Notre Seigneur qui veut — j’y insiste — que nous soyons très humains et très divins, et appliqués à l’imiter chaque jour, lui qui est perfectus Deus, perfectus homo » [05].


L’EFFORT sincère pour connaître le Christ et s’identifier à lui nous amènera à « nous rendre compte que notre vie ne peut choisir d’autre orientation que de nous donner totalement au service des autres » [06]. Le chrétien ne vit pas pour lui-même, mais en pensant à tous ceux qui l’entourent. Même ce qui semble le plus personnel et le plus intime — notre vie intérieure, nos efforts pour nous améliorer dans la pratique des vertus — a toujours une dimension apostolique : l’apostolat est inséparable de la sanctification de chacun, et vice versa.

« Pour un chrétien, il n’est pas possible de penser à sa mission sur terre sans la concevoir comme un chemin de sainteté » [07]. Comme l’écrit saint Paul aux Thessaloniciens : « La volonté de Dieu, c’est que vous viviez dans la sainteté » (1 Th 4, 3). Et cet appel du Seigneur n’est pas en contradiction avec les autres projets de la vie, bien au contraire. Comme nous le rappelle le prélat de l’Opus Dei : « Puissions-nous, jeunes et adultes, comprendre que la sainteté n’est pas un obstacle à nos rêves, mais qu’elle en est l’aboutissement. Tous les désirs, tous les projets, toutes les amours peuvent s’intégrer dans les plans de Dieu » [08].

La Vierge Marie nous accompagne sur ce chemin de sanctification et d’apostolat. Elle « nous fera ressentir notre fraternité avec tous les hommes, car nous sommes tous les enfants de ce Dieu dont Elle est Fille, Épouse et Mère. […] Elle nous aidera à reconnaître ce Jésus qui passe à côté de nous, et qui se présente à travers les besoins de nos frères les hommes » [09].


[01]. Pape François, Audience générale, 30 mars 2022.

[02]. Saint Josémaria, Sillon, n° 672.

[03]. Saint Jean Chrysostome, Homélies sur l’Évangile de saint Matthieu, 78, 4.

[04]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 50.

[05]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 75.

[06]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 145.

[07]. Pape François, Gaudete et exultate, n° 19.

[08]. Mgr Fernando Ocariz, Lumière pour voir, force pour croire, El Tiempo, Bogota, 24 septembre 2018.

[09]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 145.




Méditation : Vendredi de la 25eme semaine du temps ordinaire

- Qui est Jésus pour moi ?

- La logique nouvelle de la Croix

- Étreindre la Croix avec joie


« AU DIRE des foules, qui suis-je ? » (Lc 9, 18). Il semblerait, à première vue, que Jésus veuille connaître, par l’intermédiaire de ses disciples, la variété des opinions sur sa figure. La réponse ne se fait pas attendre : « Jean le Baptiste ; mais pour d’autres,Élie ; et pour d’autres, un prophète d’autrefois qui serait ressuscité » (Lc 9,19). Toutes les opinions qui leur étaient parvenues sont ainsi mises en évidence. Cependant, dans un second temps, le Seigneur pose une autre question qui, elle, les laisse plus songeurs : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » (Lc 9, 20).

Un silence s’installe. Les regards se croisent. Les apôtres, qui quelques secondes auparavant parlaient tous en même temps, semblent maintenant perdus en eux-mêmes, réfléchissant. Peut-être ressentent-ils un certain vertige en pénétrant dans leur propre cœur. Car cette question exige une réponse venant du centre le plus profond de l’âme, là où réside l’Esprit Saint. C’est Pierre qui répond : « Le Christ, le Messie de Dieu » (Lc 9, 20). Le « Christ » signifie littéralement « l’oint », celui qui est choisi par Dieu pour remplir une mission. Et, dans ce cas, il ne s’agit pas d’un oint comme d’autres dans l’histoire d’Israël, mais de l’Oint par excellence, de l’envoyé, « le Fils du Dieu vivant » (Mt 16, 16).

Il s’agit d’une prise de position qui est toujours actuelle dans la vie de tous. Même si nous connaissons le christianisme avec plus ou moins de profondeur et que nous avons une vie de piété personnelle, nous pourrons toujours nous poser dans un sens renouvelé la question que les apôtres se sont posée : Qui est Jésus pour moi ? « Qui est Jésus pour chacun d’entre nous ? Nous sommes appelés à faire de la réponse de Pierre notre réponse, en professant avec joie que Jésus est le Fils de Dieu, le Verbe éternel du Père qui s’est fait homme pour racheter l’humanité, en y déversant l’abondance de la miséricorde divine » [01].


APRÈS la confession de foi de Pierre, la conversation s’engage sur un terrain qui a dû être assez surprenant pour les apôtres. C’était l’une des premières fois que quelqu’un proclamait publiquement que le Christ était le Fils de Dieu, le Messie attendu. Et Jésus ne le nie pas, mais il leur demande, pour le moment, de se taire à ce sujet ; puis il annonce à ses disciples la manière dont il va accomplir sa mission salvatrice. Il leur révèle qu’« il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, le troisième jour, il ressuscite » (Lc 9, 22).

Le Christ révèle que le salut ne se fera pas par la force. Le Messie ne sera pas un dirigeant à la manière humaine. Il régnera, mais depuis la croix, qui n’était jusqu’alors que le gibet où l’on exécutait les malfaiteurs. Il nous sauvera, mais par le don total de lui-même dans la Passion. Jésus annonce une nouvelle logique, qui n’est pas de ce monde : la logique du don et de la croix. La croix est le siège d’une nouvelle sagesse, devant laquelle nous devrons prendre parti : certains la rejetteront comme absurde ou scandaleuse ; d’autres l’aimeront et finiront par l’embrasser, parce qu’ils comprendront que la croix est la « puissance de Dieu » (1 Co 1, 18) qui libère du péché et de la mort.

Comme le prélat de l’Opus Dei le rappelle : « Nous avons besoin de Jésus-Christ pour guérir définitivement notre propre liberté ; et c’est sur la Croix qu’il nous a obtenu la libération la plus profonde : la libération du péché, qui purifie nos âmes afin que nous puissions découvrir notre véritable identité d’enfants de Dieu » [02]. Le paradoxe de la Croix marque la vie quotidienne du chrétien, il la remplit de cette logique supérieure, faite d’humilité et de don de soi. « Ô don le plus précieux de la Croix, quel aspect splendide il revêt […]. C’est un arbre qui donne la vie sans donner la mort, qui illumine sans faire d’ombre, qui fait entrer au paradis sans en expulser personne » [03].


« ALORS que les Juifs réclament des signes miraculeux, et que les Grecs recherchent une sagesse, nous, nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les nations païennes » (1 Cor 1, 22-23). Ce passage, tiré de la première lettre de saint Paul aux Corinthiens, a été inclus par saint Josémaria dans un manuscrit de 122 textes qu’il méditait assidûment au début des années 1930. Déjà à cette époque, il faisait comprendre aux premiers qui s’approchaient de l’Opus Dei qu’il n’est pas possible de suivre Jésus-Christ, de vouloir collaborer avec lui dans son œuvre de salut, sans étreindre la Croix. En pensant à une grande croix en bois qu’il avait placée dans une pièce de l’Académie DYA, la première résidence de l’Opus Dei, il écrivait : « Lorsque tu verras une pauvre croix de bois, seule, misérable et sans valeur… et sans crucifié, n’oublie pas que cette croix est ta croix : celle de chaque jour, cachée, sans éclat et sans consolation… Elle attend le crucifié qui lui manque. Et ce crucifié, ce doit être toi » [04].

Paradoxalement la Croix, étant unie à la vie du Christ, est une source de joie ; lorsque nous l’embrassons, nous permettons à la toute-puissance de Dieu d’agir en nous. « Avec quel amour Jésus embrasse le bois qui va devenir l’instrument de sa mort ! N’est-il pas vrai que, dès que tu cesses d’avoir peur de la Croix, de ce que les gens appellent croix, et que ta volonté s’applique à accepter la Volonté divine, tu es heureux, et que disparaissent tous tes soucis, toutes tes souffrances physiques ou morales ? » [05]. Et nous pouvons le faire non seulement dans des moments extraordinaires, à l’occasion d’une maladie, d’une persécution ou d’un revers grave, mais à chaque instant de notre vie : être heureux avec les petites croix quotidiennes. Peu avant la fin de la Passion, Jésus nous a donné Marie comme Mère. « Cor Mariæ perdolentis, miserere nobis ! Invoque sans crainte le Cœur de Sainte Marie, décidé à t’unir à sa douleur, en réparation pour tes péchés et pour ceux des hommes de tous les temps » [06].


[01]. Pape François, Angélus, 19 juin 2016.

[02]. Mgr Fernando Ocariz, Homélie, 18 avril 2019.

[03]. Saint Théodore Studite, Oratio in adorationem crucis.

[04]. Saint Josémaria, Chemin, n° 178.

[05]. Saint Josémaria, Chemin de Croix, IIe station.

[06]. Saint Josémaria, Sillon, n° 258.




Méditation : Samedi de la 25eme semaine du temps ordinaire

- Admiration pour le Christ et vie contemplative

- La Croix est toujours près de nous

- La vie comme dialogue avec Dieu


L'ÉVANGÉLISTE saint Luc note que à l’égard de Jésus « tous étaient frappés d’étonnement » (Lc 9, 43). Il n'est pas difficile d'imaginer les raisons de cette renommée. D'une part, le Seigneur parlait avec une autorité et un charisme qui attiraient les foules. De plus, ses enseignements n'étaient pas de simples paroles, mais s'accompagnaient d'actes. Ses miracles ont affirmé son origine divine, et son mode de vie a reflété la miséricorde de Dieu. Aucun de ceux qui ont vu Jésus ne pouvait rester indifférent à la richesse de sa personnalité et au trésor de ses paroles.

Cette impression profonde que Jésus a laissée sur ses disciples l'a aussi laissée sur nous ; c'est un sentiment qui, Dieu merci, se renouvelle à des moments précis, mais nous voudrions qu'il soit toujours présent. L'admiration consiste à regarder d'un œil neuf ce que l'on aime, car il n'y a pas d'amour qui n'ait un goût de nouveauté. Une personne amoureuse ne se lasse pas de contempler l'être aimé ; non pas tant par curiosité que par désir de continuer à en apprécier toutes les richesses. C'est précisément ce qu'est la vie contemplative : savoir que Jésus est proche et ne jamais se lasser d'entrer dans son mystère.

Comme toute relation, la vie de prière est un voyage sur lequel on progresse petit à petit. « D’abord une oraison jaculatoire, puis une autre, et une autre… jusqu’à ce que cette ferveur semble insuffisante, tant les mots paraissent pauvres… : alors on donne libre cours à l’intimité divine, dans une contemplation de Dieu qui ne connaît ni repos, ni fatigue » [01]. Il s'agit de s'abandonner entre ses mains et de le laisser nous conquérir : « on donne libre cours à l’intimité divine, dans une contemplation de Dieu qui ne connaît ni repos, ni fatigue. Nous vivons alors comme des captifs, comme des prisonniers. Tandis que nous réalisons avec la plus grande perfection possible, malgré nos erreurs et nos limites, les occupations propres à notre condition et à notre métier, notre âme désire ardemment s’échapper. Elle va vers Dieu, comme le fer attiré par la force de l’aimant » [02].


NOUS POURRIONS être surpris de la façon dont Jésus réagit à l'admiration qu'il suscitait. Au lieu de se réjouir de leurs regards étonnés, il leur parle de la Croix, comme pour montrer que la vraie contemplation ne peut pas être séparée d'une profonde purification intérieure : « Ouvrez bien vos oreilles à ce que je vous dis maintenant : le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes » (Lc 9, 44).

Le Christ a clairement indiqué, à d'innombrables reprises, que « la foi ne peut être réduite au sucre qui adoucit la vie » [03]. Peut-être que certains de ceux qui ont suivi Jésus l'ont fait par désir d'être assurés d'une existence un peu plus confortable ou simplement pour avoir le sentiment de faire partie du groupe dirigé par un prophète célèbre. Mais ce n'était pas le message du Christ : l'amour authentique va de pair avec la vérité, avec la réalité, et ne peut ignorer la douleur. « N'oubliez pas, écrivait saint Josémaria, qu’être avec Jésus c’est certainement rencontrer sa Croix. Lorsque nous nous abandonnons entre les mains de Dieu, il permet souvent que nous goûtions la douleur, la solitude, la contradiction, la calomnie, la diffamation, la moquerie au dedans de nous-mêmes et de l’extérieur, parce qu’il veut nous rendre conformes à son image et à sa ressemblance » [04].

Contempler le visage du Christ, entrer dans le mystère de son amour, signifie découvrir les messages de ses plaies, s'ouvrir à la douleur de son cœur, même chez ceux qui souffrent près de nous. C'est pourquoi la prière contemplative, qui est « la respiration de l'âme et de la vie » [05], exige la mortification intérieure : cette lutte sereine mais déterminée pour avoir tous nos sens libres afin de les mettre en Jésus et de vivre les choses comme il les vit. Si notre prière nous unit au Christ, elle nous unira aussi aux problèmes du monde et les assumera dans la perspective de Dieu.


« MAIS LES DISCIPLES ne comprenaient pas cette parole, elle leur était voilée, si bien qu’ils n’en percevaient pas le sens » (Lc 9, 45). La foule qui entourait Jésus était déconcertée lorsqu'elle a entendu ses paroles sur la Croix. Il leur semblait étrange que quelqu'un doté d'un si grand pouvoir, capable même de ressusciter les morts, leur parle de sa fin douloureuse. Ils ne pouvaient pas comprendre que Jésus, au milieu de son triomphe palpable, décrive sa future défaite. Ses paroles semblaient contredire l'ambiance générale de joie et d'espoir.

Cependant, au lieu de commenter leurs désaccords avec Jésus, « ils avaient peur de l’interroger sur cette parole » (Lc 9, 45). Leur admiration pour le Seigneur s'est souvent révélée être un mélange de connaissance superficielle et de révérence craintive. Jésus, cependant, les invite à faire de cette contemplation non seulement l'impression d'un moment passager, l'émotion d'un instant, mais à opérer un changement profond dans leur vie : il leur propose de comprendre toute l'existence comme un dialogue avec Dieu.

Cette union de notre cœur avec le cœur du Christ nous permet de regarder le monde avec des yeux nouveaux. Nous découvrons, même dans les ombres de l'histoire et de notre propre biographie, une lueur de lumière divine. « Jésus était un maître de ce regard. Dans sa vie, il n'a jamais manqué les temps, les espaces, les silences, la communion amoureuse qui permet à l'existence de ne pas être dévastée par les épreuves inévitables, mais de garder intacte la beauté » [06]. Marie, éducatrice de la prière, peut nous obtenir la grâce d'avoir un cœur contemplatif comme le sien.


[01]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 296

[02].Ibid.

[03]. Pape François, Homélie. 15 septembre 2021.

[04]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 301.

[05]. Benoît XVI, Audience générale, 25 avril 2012.

[06]. Pape François, Audience générale, 5 mai 2021