- L’entrée de Dieu dans l’histoire, fondement de notre espérance
- Regarder notre passé dans l’espérance
- S’ancrer en Jésus nous projette vers l’avenir
« LA COMMÉMORATION ANNUELLE de la naissance du Messie à Bethléem renouvelle dans le cœur des croyants la certitude que Dieu tient ses promesses. L’Avent est donc une forte proclamation d’espérance » [01]. En considérant l’espérance, nous pouvons tomber dans l’erreur de penser qu’il s’agit de quelque chose d’exclusivement orienté vers le futur ; il semblerait que, face à l’adversité, quelle qu’elle soit, avoir recours à cette vertu reviendrait à rejeter le passé, à fermer les yeux sur le présent et à rêver d’un avenir meilleur.
Ce n’est cependant pas un hasard si ce temps liturgique imprégné d’espérance se situe entre le souvenir de la première venue de Jésus-Christ à Bethléem et l’attente de son retour glorieux à la fin des temps. En d’autres termes, l’Avent nous rappelle à la fois le passé et l’avenir. « Notre espérance n’est pas sans fondement, mais elle se fonde sur un événement qui se situe dans l’histoire et en même temps transcende l’histoire : l’événement constitué par Jésus de Nazareth » [02].
Saint Matthieu présente St Jean Baptiste comme le précurseur du Christ. Il annonce l’arrivée imminente de celui qui s’est fait attendre : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche ». Mais ce Messie ne sera pas présent avec une démonstration de force, comme beaucoup l’ont imaginé : il naîtra dans une crèche. Dieu n’est pas resté un être lointain, difficile à connaître, qui comprend peu nos problèmes et avec lequel il est presque impossible d’entrer en relation. Le Créateur est entré dans notre histoire comme l’un des nôtres et est devenu très proche de nous : voilà la racine de notre espérance.
« TOUT ce qui a été écrit à l’avance dans les livres saints l’a été pour nous instruire, afin que, grâce à la persévérance et au réconfort des Écritures, nous ayons l’espérance » (Rm 15, 1-9). Il se peut que nous ne sachions pas toujours comment maintenir cette espérance. L’expérience de nos propres faiblesses peut nous faire penser que Dieu finira par perdre patience avec nous. Pourtant, le Seigneur est ému de voir que nous avons besoin de lui, même lorsque nous venons à lui avec un « cœur brisé et broyé » (Ps 51, 19). En effet, comme l’écrit également saint Paul, « là où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé » (Rm 5, 20). Saint Josémaria voyait l’expérience de ses faiblesses avec optimisme : il pensait que plus elles étaient évidentes, plus les fondements de la vie spirituelle pouvaient être profonds.
Pour cette raison, la vertu d’espérance se nourrit de deux attitudes qui pourraient sembler contradictoires. D’une part, elle tire sa force de la gratitude pour tout ce que le Seigneur a voulu nous donner. Une espérance enracinée dans le grand amour de Dieu pour nous, dans l’œuvre qu’il accomplit avec nous, peut nous soutenir dans les moments difficiles. Cependant, notre espérance est également renforcée lorsque nous regardons notre propre biographie avec un regard réconciliateur : « Si nous ne sommes pas réconciliés avec notre histoire, nous ne pouvons même pas faire le pas suivant, car nous serons toujours prisonniers de nos attentes et des déceptions qui en découlent » [03]. Dieu ne nous demande jamais de choses impossibles ; il veut seulement que nous le laissions entrer dans les profondeurs de notre âme, même dans notre passé. Il sera alors en mesure d’orienter nos pas futurs vers la rencontre à venir avec le Christ.
L’ICONOGRAPHIE ANCIENNE représentait l’espérance comme une ancre. C’est pourquoi, sur de nombreux navires, l’ancre la plus lourde et la plus importante porte le nom de cette vertu théologale. L’espérance en Dieu nous soutient dans les moments de tempête. Mais l’image de l’ancre ne doit pas nous faire penser à une immobilité vitale, comme si la solution à nos problèmes était de rester paralysé. Jésus-Christ vient renouveler toutes choses (cf. Ap 25, 1), alors s’ancrer en lui, c’est être prêt à prendre la mer pour des océans insoupçonnés.
« Il jugera les petits avec justice ; avec droiture, il se prononcera en faveur des humbles du pays » (Is 11, 4). L’espoir combine une acceptation réaliste de notre vulnérabilité avec une ouverture aux dons que Dieu nous offre chaque jour. Sans renier notre personnalité ou notre passé, nous voulons nous revêtir peu à peu de notre Seigneur Jésus-Christ (cf. Rm 13, 14). Ainsi, la venue de Jésus à Noël ne sera pas un événement purement extérieur, mais nous parviendrons à une plus grande intimité avec ce Dieu qui a voulu se faire Enfant pour entrer dans notre cœur.
Saint Josémaria considérait l’espérance comme « ce don très doux de Dieu, qui comble nos âmes de joie » [04]. L’ancrage de notre vie dans le passé de notre salut, et dans le futur de la seconde venue de Jésus, confère au présent une douceur divine ; chaque moment de notre vie se transforme en une rencontre avec Jésus qui est venu et qui viendra. Marie, notre espérance, a su ouvrir sa propre histoire à l’avenir de Dieu et c’est pourquoi elle était si heureuse à chaque instant de son passage sur terre.
[01]. Saint Jean Paul II, Audience générale, 17décembre 2003.
[02]. Benoît XVI, Homélie, 1er décembre 2007.
[03]. Pape François, Patris corde, n° 4.
[04]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 206.
- La pleine joie vient de Jésus
- De petits services pour semer la paix et la joie
« SOYEZ TOUJOURS dans la joie du Seigneur ; je le redis : soyez dans la joie. Que votre bienveillance soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche » (Ph 4, 4-5). Dans la liturgie de l’Église, le troisième dimanche de l’Avent est connu sous le nom de « Gaudete » ou dimanche de la « joie », et nous sommes invités à réfléchir à la cause de notre joie. Nous aspirons tous, au plus profond de nos âmes, à être heureux. Parfois, cependant, nous ne recherchons cette joie que dans des aspects partiels de notre vie : dans la possession de certains biens matériels, dans la reconnaissance sociale que nous recevons, dans l’acquisition d’une certaine qualité ou dans une vie familiale sereine. Tout cela est bon, sans doute, mais saint Paul nous rappelle que ces joies n’atteignent leur plénitude que lorsqu’elles sont enracinées dans le bonheur que Jésus nous donne : « Soyez toujours dans la joie du Seigneur ».
Le prophète Isaïe, quant à lui, invite avec force son peuple à vivre dans la joie, malgré les pièges de ses ennemis ou les nombreuses fois où il s’est détourné de son Dieu : « Le désert et la terre de la soif, qu’ils se réjouissent ! Le pays aride, qu’il exulte et fleurisse comme la rose » (Is 35, 1). Nous aussi, même lorsque les tentations surgissent ou que nous sommes fatigués, nous pouvons garder cette joie au fond de notre cœur. Et cette possibilité, grâce à la proximité du Christ, est ce que nous célébrons à Noël.
La joie « est le souffle, la façon de s’exprimer du chrétien » [01]. Tout comme la respiration est la première manifestation de la vie, la joie sincère est une manifestation que Jésus offre une réponse authentique aux aspirations profondes de notre cœur. « Fortifiez les mains défaillantes, affermissez les genoux qui fléchissent, dites aux gens qui s’affolent : “Soyez forts, ne craignez pas. Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver” » (Is 35, 3-4), poursuit le prophète Isaïe dans la première lecture d’aujourd’hui. Dieu, de manière surprenante, montre plus de joie pour Noël que nous n’en avons nous-mêmes : c’est dire combien est grand son désir de trouver une place dans notre vie.
JEAN-BAPTISTE nous accompagne pendant une grande partie de l’Avent. Nous voyons s’incarner en lui une vertu indispensable pour jouir de cette joie durable : l’humilité. Toute sa vie a été consacrée à préparer les gens à la venue du Messie. C’est pourquoi, lorsqu’il était en prison et qu’il entendait les prodiges accomplis par le Christ, « il lui envoya ses disciples et, par eux, lui demanda : “Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ?” » (Mt 11, 2-3). Jésus, après avoir décrit les œuvres qu’il a accomplies, prononce cet éloge de son cousin : « C’est de lui qu’il est écrit : Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour préparer le chemin devant toi. Amen, je vous le dis : Parmi ceux qui sont nés d’une femme, personne ne s’est levé de plus grand que Jean le Baptiste » (Mt 11, 10-11).
L’humilité nous aide à orienter notre existence vers la grandeur de Dieu. L’orgueil, en revanche, « ne croit pas possible que Dieu soit si grand qu’il puisse se faire petit, qu’il puisse vraiment se rendre proche de nous » [02]. En revanche, ceux qui sont humbles, sans renier leurs talents ni perdre leur motivation à travailler de la meilleure façon possible, trouvent leur joie en se prosternant devant un enfant, comme le faisaient les rois d’Orient ou les bergers.
La vertu d’humilité nous apprend que le seul jugement important est celui d’un Dieu qui se montre à nous sous le visage d’un enfant. Chaque fois que nous nous approchons, par la prière, de l’amour concret de Jésus, nous sommes libérés des jugements sur nous-mêmes, qui souvent ne correspondent pas à la réalité et finissent par nous priver de la paix. Nous découvrons que Dieu nous aime non pas pour ce que nous faisons ou pour ce que nous ne faisons pas, mais pour ce que nous sommes : ses enfants. Et cela nous aide aussi à ne pas juger les autres. À Bethléem, nous pouvons tourner notre regard vers un regard plus humble, et devenir alors une source de paix et de joie pour ceux qui nous entourent.
SAINT JOSÉMARIA résumait la mission d’un apôtre par la formule « semer la paix et la joie » [03]. L’humilité de savoir que nous sommes des semeurs de la grande nouvelle qui vient de Dieu nous conduira à ne jamais nous lasser de diffuser l’Évangile. Dans de nombreuses occasions, notre sourire face à l’adversité sera suffisant ; dans d’autres, la compréhension dont nous faisons preuve face au problème d’un être cher… « La joie de l’Évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus. Ceux qui se laissent sauver par lui sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur et de l’isolement. Avec Jésus-Christ, la joie naît et renaît toujours » [04].
Notre témoignage chrétien n’est pas dirigé contre quelque chose ou quelqu’un, mais il est la manifestation de l’humilité d’un Dieu qui a voulu se faire homme pour que tous puissent le rencontrer. En tant que ses humbles disciples, nous voulons contribuer à cette annonce : chacun de nos gestes d’affection peut être une source et un renouvellement de la joie de l’environnement dans lequel nous nous trouvons ; Jésus veut naître dans les autres à travers nos petites œuvres d’amour.
La Sainte Vierge Marie est causa nostræ lætitiæ, elle nous apporte toujours la joie. Nous pouvons lui demander que, comme Jean-Baptiste, nous sachions aplanir les sentiers du Seigneur. Avec elle, « nous devons remplir le monde de lumière, car notre service doit être fait dans la joie. Partout où il y a un enfant de Dieu dans son Œuvre, qu’il ne manque pas de cette bonne humeur qui est le fruit de la paix intérieure. De la paix intérieure et du dévouement : se donner au service des autres est si efficace que Dieu le récompense par une humilité pleine de joie spirituelle » [05].
[01]. Pape François, Homélie, 28 mai 2018.
[02]. Benoît XVI, Homélie, 6 janvier 2010.
[03].Quand le Christ passe, n° 120
[04]. Pape François, Evangelii gaudium, n° 1.
[05]. Saint Josémaria, Lettre 24 mars 1930, n° 22.
- La grandeur de la Vierge Marie
JÉSUS se retire à l’écart pour être seul avec ses disciples. Entourés de petites collines et de plaines, ils contemplent la mer de Galilée. Ils ont traversé des villes et des villages. Partout où ils allaient, ils annonçaient le Royaume de Dieu et guérissaient les malades. Épuisés, ils ont maintenant besoin de repos. Mais le peuple cherche le Maître. Des foules le suivent de toutes les régions d’Israël. Et Jésus, regardant les apôtres et les foules, entame un discours qui laisse une profonde impression sur ses auditeurs : les Béatitudes (Mt 5, 1-12 ; Lc 6, 20-26).
Ces paroles prononcées sur la montagne sont comme un miroir de la vie de Jésus, une vie qui s’est toujours déroulée aux côtés de Marie. Chez elle, le Seigneur a vu beaucoup de ces attitudes qu’il propose maintenant comme chemin du bonheur : pauvreté, douceur, miséricorde, pureté du cœur, paix… Marie est, comme l’appelait sa cousine Elisabeth, « bienheureuse » (Lc 1, 45), c’est-à-dire celle qui a osé embrasser ce que le monde rejette souvent, mais que Dieu regarde avec prédilection.
Marie est bienheureuse parce qu’elle se sait bénie par Dieu même dans la pénurie, dans la tribulation, dans l’incompréhension… Elle met toujours sa confiance dans le Seigneur. « Le secret de son succès réside précisément dans le fait de se reconnaître petit, de se reconnaître dans le besoin. Avec Dieu, seuls ceux qui se reconnaissent comme rien sont capables de tout recevoir. Seul celui qui se vide de lui-même est rempli par lui » [01]. En ces jours de neuvaine en l’honneur de l’Immaculée Conception de Marie, nous pouvons parcourir les Béatitudes accompagnés de la Vierge, car d’une certaine manière, les situations décrites par Jésus dans son discours font partie de nos journées. Nous pouvons nous tourner vers elle pour apprendre à placer la source de notre confiance en Dieu, afin que ce soit lui qui remplisse chaque jour nos âmes de bonheur.
LORSQUE les disciples et les gens présents ont entendu pour la première fois le discours des Béatitudes, ils ont dû en être étonnés. Car ils étaient habitués à voir dans la prospérité humaine un signe de l’amour de Dieu. D’où leur perplexité lorsqu’ils ont entendu dire que ceux qui souffrent de la pauvreté ou de l’injustice devaient être considérés comme des bienheureux. Les schémas selon lesquels ils jugeaient ce qui se passait dans leur propre vie sont remis en question. Mais ils ne sont pas les seuls à être surpris d’entendre ces mots. Aujourd’hui aussi, nous pouvons être tentés de penser que ce sont les réalités matérielles ou les sécurités purement humaines qui nous offrent le bonheur : la réussite économique et professionnelle, l’absence de problèmes, les plaisirs et le confort… Cette approche conduit inéluctablement à un rejet des souffrances que nous rencontrons dans la vie : la douleur, l’incompréhension, la maladie ou l’incertitude.
Ce que Jésus nous propose, ce n’est certainement pas d’accumuler toutes les souffrances possibles sur cette terre, afin de pouvoir ensuite jouir du paradis. Saint Josémaria avait l’habitude de dire que « le bonheur du ciel est pour ceux qui savent vivre heureux sur la terre » [02]. D’après ce que nous voyons dans la vie et les enseignements de Jésus, il souhaite plutôt que nous ne cherchions pas le bonheur dans l’éphémère ou le momentané, ou dans ce que nous pensons pouvoir construire de nos propres mains, mais que nous nous préparions à le trouver dans la seule chose capable de satisfaire la soif d’infini qui est en nous : lui-même. Jésus nous invite à nourrir la conviction qu’il est beaucoup plus précieux de rester proche de Dieu, source de la vie qui se renouvelle, plutôt que de connaître de petites joies éphémères. Comme nous le rappelle le prélat de l’Opus Dei : « Derrière les grandes questions, Dieu veut nous ouvrir un panorama de grandeur et de beauté, qui est peut-être caché à nos yeux. Nous devons avoir confiance en lui et faire un pas vers sa rencontre, et nous débarrasser de la peur de penser que, si nous le faisons, nous perdrons beaucoup de bonnes choses dans la vie. La capacité qu’il a de nous surprendre est bien plus grande que toutes nos attentes » [03].
MARIE SAVAIT que nous ne pouvons trouver le vrai bonheur qu’en Dieu. Or, nous pouvons le trouver précisément chez les personnes qui nous entourent. En fin de compte, c’est ce que les saints ont essayé de vivre : « Chercher la face de Dieu en tout, en tout le monde, tout le temps, et sa main dans chaque événement. C’est ce que signifie être contemplatif au cœur du monde. Voir et adorer la présence de Jésus, surtout sous l’humble aspect du pain, et sous le déguisement douloureux de chaque pauvre » [04].
Cette attitude qui consiste à être à la fois en présence de Dieu et à sortir, à chercher comment aider ceux qui nous entourent, est ce qui pousse Marie à rendre visite à Élisabeth. Après avoir reçu l’annonce de l’ange et avoir répondu oui, celle qui sera la mère de Jésus dans quelques mois se lève pour aller à la rencontre de sa cousine. C’est un long voyage, mais elle ne s’arrête pas devant les difficultés. Le plus grand soin qu’elle puisse lui apporter est d’amener chez elle Dieu lui-même. Et à la salutation d’Elisabeth, Marie répond par le Magnificat : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur ! Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse » (Lc 1, 46-48).
À l’annonce de l’ange, Marie se reconnaît comme une « servante ». Mais maintenant, elle sait aussi qu’elle est un sujet de bénédiction parce que Dieu a pris note de son humilité. C’est pourquoi, comme s’il s’agissait d’un prélude aux Béatitudes, elle chante le Seigneur, qui ne regarde pas la richesse et le pouvoir mais la pauvreté et l’humilité. Toute la vie de Sainte Marie a consisté à faire de la place à Dieu et à le trouver dans les autres. « Notre prière à nous peut accompagner et imiter cette prière de Marie. Comme elle, nous ressentirons le désir de chanter, de proclamer les merveilles de Dieu, pour que l’humanité entière participe à notre bonheur » [05].
[01]. Pape François, Angélus, 15 août 2021.
[02]. Saint Josémaria, Forge, n° 1005.
[03]. Mgr Ferdinand Ocariz, « Se laisser étonner par un Père très bon », 25 janvier 2019.
[04]. Saint Térésa de Calcutta, Au cœur du monde - Pensées, récits, prières, Presses du Châtelet, 2016.
[05]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 144.
- La richesse de la Vierge Marie
- La valeur de chaque personne
SUR LE CHEMIN des Béatitudes, que nous suivons pendant cette neuvaine en l’honneur de l’Immaculée Conception, nous pouvons considérer aujourd’hui pourquoi la Vierge Marie était heureuse au milieu de la pauvreté. « Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux » (Mt 5, 3). Jésus était pauvre dès sa naissance. Dieu aurait pu devenir un homme dans une famille entourée de confort et dans une ville importante. Cependant, il l’a fait dans le sein d’une femme simple, Marie la Vierge Immaculée, dans un petit village d’Israël. Sa naissance a eu peu d’éclat humain. Saint Luc la décrit ainsi : une femme « mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune » (Lc 2, 7). Seuls les bergers fatigués et stupéfaits ont été témoins de ce qui venait de se passer. Le Christ « ne voulait rien de spécial, aucun privilège. Tout se déroule avec un extrême naturel : de la conception à sa naissance […] Le Seigneur savait combien son parcours serait rude. Mais il avait faim de venir sur terre pour sauver toutes les âmes » [01].
La pauvreté qui entoure la scène de la crèche contraste avec la joie de ses protagonistes. Il pourrait sembler que, dans de telles conditions, il soit difficile d’atteindre un certain bonheur. Mais la joie de Marie et de Joseph ne dépend pas des circonstances extérieures ou des biens qu’ils possèdent. Ils ont découvert une joie profonde qui ne repose pas tant sur des réalités passagères que sur la conscience de vivre en présence de Dieu. Ils sont capables de voir son amour divin derrière tout ce qui s’est passé ces jours-là : le voyage improvisé jusqu’à Bethléem, le manque de place dans l’auberge, l’inconfort de la crèche… Marie et Joseph peuvent dire, en somme, ce que saint Paul écrira plus tard aux Philippiens : « J’ai appris à me contenter de ce que j’ai. Je sais vivre de peu, je sais aussi être dans l’abondance. J’ai été formé à tout et pour tout : à être rassasié et à souffrir la faim, à être dans l’abondance et dans les privations. Je peux tout en celui qui me donne la force » (Ph 4, 11-13).
À BETHLEHEM, Marie sait que sa vie, des choses les plus pratiques au bonheur le plus profond, dépend de Joseph et de Jésus. Toutes les générations pourront la qualifier de bienheureuse, non pas tant pour ce qu’elle a fait, mais surtout pour ce que Dieu fait dans son cœur. Elle n’a pas été la mère du Sauveur par ses propres mérites, mais c’est le Seigneur qui l’a choisie, et elle a dit oui. C’est grâce aux soins de Joseph qu’elle a pu donner naissance à Jésus dans cette étable. Ses soins lui permettent de retrouver ses forces, avec l’assurance qu’apporte quelqu’un sur qui il est possible de s’appuyer. C’est la richesse que Marie possède à ce moment-là : reconnaître qu’elle a besoin des autres.
Dieu compte sur les gens qui nous entourent pour nous tendre la main, pour nous soutenir dans les moments où nous pouvons nous sentir plus faibles. En une occasion, le prélat de l’Opus Dei nous a encouragés à « voir la vie comme un chemin de collaboration dans lequel nous nous soutenons les uns les autres. Les moments d’adversité peuvent finir par être des occasions favorables de croissance intérieure, d’amélioration personnelle et sociale : ils nous obligent à sortir de nous-mêmes, à nous ouvrir aux autres » [02]. Marie s’est sentie soutenue à tout moment par Jésus et Joseph. Dans le même temps, ils se sont également sentis soutenus par elle. Il en est ainsi dans la vie de chaque personne. Aussi grande que soit l’incertitude humaine, nous pouvons toujours transmettre de l’affection et de la sérénité aux autres, et réciproquement : nous pouvons trouver du réconfort auprès des gens qui nous aiment.
Notre dépendance à l’égard des autres n’est pas une limite, bien au contraire. C’est là que réside l’une des sources du bonheur sur cette terre, car « la joie n’est pas l’émotion d’un moment : c’est autre chose ! La vraie joie ne vient pas des choses, de l’avoir, non ! Elle naît de la rencontre, de la relation avec les autres, elle naît du fait de se sentir accepté, compris, aimé et du fait d’accepter, de comprendre et d’aimer ; et cela non pas pour un instant, mais parce que l’autre, l’autre, est une personne » [03]. En Jésus et en sa Mère Immaculée, nous pouvons toujours trouver un amour qui nous accepte et nous comprend.
BEAUCOUP de choses n’étaient pas nécessaires pour être heureux à Bethléem. Jésus, Marie et Joseph se soutiennent mutuellement. Il est vrai que les circonstances extérieures du lieu ne sont peut-être pas propices à l’amour, mais la Sainte Famille embrasse la réalité du moment. Dans la vie de chaque personne aussi, Dieu nous invite à accueillir avec sérénité et joie ce qui nous arrive, car il nous accompagne toujours. Et, en premier lieu, il nous invite à accueillir ceux qu’il a placés à nos côtés.
La pauvreté d’esprit conduit à découvrir la richesse de chaque personne, même si chez l’autre de nombreux aspects diffèrent de notre façon d’être et de vivre. La valeur de chaque personne ne dépend pas des qualités ou des affinités que nous pouvons avoir, mais du fait que cette personne a été aimée de Dieu et qu’elle a été confiée d’une certaine manière à notre compagnie. « Le secret de la vie nous a été révélé par la manière dont le Fils de Dieu, qui s’est fait homme, l’a affrontée, jusqu’à prendre sur lui, sur la croix, le rejet, la faiblesse, la pauvreté et la douleur. Dans chaque enfant malade, dans chaque personne âgée faible, dans chaque migrant désespéré, dans chaque vie fragile et menacée, le Christ nous cherche, il cherche notre cœur pour nous révéler la joie de l’amour » [04].
Lorsque nous accueillons quelqu’un tel qu’il est, avec ses vertus et ses défauts, nous accueillons le Christ. C’est ce que Marie Immaculée fait avec chacun d’entre nous. Quand elle nous voit, elle reconnaît le visage de Jésus, car par sa mort, il nous a rachetés du péché. En bonne Mère, elle est la première à nous accueillir ; elle sait reconnaître que « chaque âme est un merveilleux trésor ; chaque homme est unique, irremplaçable. Chacun d’eux vaut tout le Sang du Christ » [05].
[01]. Saint Josémaria, Méditation, 31 décembre 1959.
[02]. Mgr Fernando Ocariz, Méditation, 11 mai 2020.
[03]. Pape François, Discours, 6 juillet 2013.
[04]. Pape François, Audience générale, 10 octobre 2018.
[05]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 80.
- Les Mages rencontrent la douceur
« HEUREUX les doux, car ils recevront la terre en héritage » (Mt 5, 5). Les Mages ont vu cette béatitude s’accomplir à Bethléem, bien des années avant le jour où le Christ l’a prononcée. Il est probable qu’en arrivant sur le seuil de la porte, ils ont été surpris de voir l’atmosphère qui entourait celui qu’ils entendaient vénérer. Peut-être s’imaginaient-ils trouver d’autres grands monarques de l’époque, impatients de rencontrer le sauveur tant attendu. Au lieu de cela, tout ce qu’ils voient est un enfant couché dans une crèche avec ses parents. Seuls quelques bergers se sont avancés pour offrir les quelques cadeaux qu’ils avaient. Tel était le cortège qui accompagnait le Messie.
Les Mages avaient laissé derrière eux beaucoup de choses, au moins pour un temps, pour parcourir le chemin qui les conduisait au Christ : confort, biens terrestres, projets personnels… Ils se rendent compte maintenant que pour découvrir l’Enfant Roi, ils doivent aussi laisser tomber quelque chose de beaucoup plus profond : leur conception de l’exercice du pouvoir et de la royauté. Ils cherchaient quelqu’un de puissant, et ils trouvent un petit enfant sans défense. Ils comprennent que le roi dans la crèche ne s’impose pas par la force, mais par la douceur. Il ne domine pas, mais assume la fragilité de la nature humaine afin de nous rapprocher de lui.
« Ce ne sont pas les violents qui héritent de la terre, elle appartient finalement aux doux : ils ont la grande promesse, et nous devons donc être sûrs de la promesse de Dieu, que la douceur est plus forte que la violence » [01]. Cette scène dans la crèche a probablement changé les schémas qui régissaient la vie des Mages. Qui sait s’ils n’exerceront pas désormais leur royauté différemment, en fonction de ce qu’ils ont vu à Bethléem. Peut-être ont-ils aussi été étonnés par l’attitude de la Vierge Marie. « Si quelqu’un mérite d’être important, c’est bien elle », auraient-ils conclu. Et au lieu de cela, ils ont vu la familiarité de la Mère avec son fils. C’est précisément à cause de sa douceur qu’elle a accepté la promesse divine dans la foi et s’est laissé transformer par Dieu. Nous pouvons lui demander, en ce troisième jour de la neuvaine en l’honneur de l’Immaculée Conception, de nous obtenir de Dieu cette même attitude douce et humble.
LORSQUE Hérode apprit que les mages cherchaient un roi des Juifs, il « fut bouleversé, et tout Jérusalem avec lui » (Mt 2, 3). Il avait peur que celui que ces mystérieux personnages recherchaient ne soit un concurrent pour lui et sa progéniture. Le danger pour son royaume étant grand, il décida que cet enfant ne pouvait plus continuer à vivre. C’est pourquoi, sous prétexte de vouloir le vénérer, il a demandé aux Mages de lui dire où il se trouvait dès qu’ils l’auraient découvert. Mais quand il apprit qu’ils étaient repartis par un autre chemin, il « entra dans une violente fureur. Il envoya tuer tous les enfants jusqu’à l’âge de deux ans à Bethléem et dans toute la région » (Mt 2, 16).
Hérode, en plus de la peur de perdre son pouvoir, se laisse aller à la colère. Il croit que c’est par la violence qu’il gardera son royaume. Et bien que ce geste a pu être considéré comme une manifestation de son pouvoir temporel, il a en réalité perdu quelque chose de bien plus important : la paix, la confiance que son peuple pouvait avoir en lui. « Un moment de colère peut détruire beaucoup de choses ; vous perdez le contrôle et ne valorisez pas ce qui est vraiment important, et cela peut ruiner votre relation avec un frère, parfois de façon désespérée. À cause de la colère, beaucoup de frères et sœurs ne se parlent plus, ils se détournent les uns des autres. C’est le contraire de la gentillesse. La douceur rapproche, la colère sépare » [02].
La douceur voit les difficultés dans leur contexte approprié, elle nous aide à ne pas prétendre que les gens ou les circonstances se conforment toujours à ce que nous attendons. La douceur ne cherche pas à dominer les autres, mais à faciliter le cheminement de leur cœur vers Dieu. Ainsi, si quelqu’un nous contrarie, cette vertu aide à donner la priorité à la relation, sachant que l’unité est au-dessus des différences. Cela ne signifie pas pour autant que la douceur conduit à l’apathie, c’est-à-dire à vivre dans l’indifférence à l’égard de ce qui se passe autour de nous. En fait, sa note caractéristique sera parfois, comme le disait saint Josémaria, la rébellion : « Je ne veux pas protester contre tout sans donner de solution positive, je ne veux pas remplir ma vie de désordre. Je me rebelle contre tout cela ! Je veux être un enfant de Dieu, fréquenter Dieu, me comporter comme un homme qui sait qu’il a une destinée éternelle et aussi traverser la vie en faisant le plus de bien possible, comprendre, pardonner, vivre ensemble… voilà ma rébellion ! » [03].
DÈS QUE JOSEPH apprit de l’ange que l’on voulait tuer Jésus, « il prit l’enfant et sa mère, et se retira en Égypte » (Mt 2, 14). Cette situation semble contredire la béatitude que le Seigneur proclamera plus tard sur ceux qui seront les héritiers de la terre. Cette fois-ci, les humbles ont été contraints de quitter leur place, tandis que la colère d’Hérode s’est répandue sur tout son territoire. À première vue, il semble que le plus fort ait gagné, celui qui veut s’imposer par la violence.
Mais la béatitude ne concerne pas tant un lieu physique que quelque chose de beaucoup plus précieux. « Le doux est celui qui “hérite” du plus sublime des territoires. Il n’est pas un lâche, un “paresseux” qui trouve un terrain moral confortable pour rester à l’écart des problèmes — rien de tout cela ! C’est quelqu’un qui a reçu un héritage et qui ne veut pas le disperser. Le doux n’est pas quelqu’un de complaisant, mais le disciple du Christ qui a appris à défendre une autre terre. Il défend sa paix, il défend sa relation avec Dieu, il défend ses dons » [04]. Comme le dit le psalmiste : « Seigneur, mon partage et ma coupe : de toi dépend mon sort. La part qui me revient fait mes délices ; j’ai même le plus bel héritage ! » (Ps 15, 5-6). Le territoire que, à la fin, les doux finiront par posséder, c’est Dieu lui-même.
La Vierge Marie a su vivre ce moment de danger avec douceur parce qu’elle faisait confiance au Seigneur. Logiquement, elle devait éprouver de la lassitude et de l’incertitude, mais elle a accepté ces difficultés avec sérénité, sans perdre sa paix : elle savait que rien n’échappe au plan de Dieu. Jésus a certainement pu être témoin de la douceur de sa mère dans de nombreuses circonstances ordinaires. Ainsi, lorsqu’il dira plus tard : « Je suis doux et humble de cœur », nous pouvons supposer qu’il l’a appris en partie de Marie. C’est ce qui a « attiré le regard de la Très Sainte Trinité sur la Mère de Jésus et notre Mère » [05]
[01]. Benoît XVI ; Rencontre avec des prêtres, 23 février 2012.
[02]. Pape François, Audience générale, 19 février 2020.
[03]. Saint Josémaria, Rencontre avec des jeunes au Pérou, 13 juillet 1974.
[04]. Pape François, Audience générale, 19 février 2020.
[05]. Saint Josémaria, Sillon, n° 726.
- Être une consolation pour Dieu
IL EST PLUS QUE PROBABLE qu’une partie de la vie de la Sainte Famille, comme dans toute famille, consistait à réconforter Jésus quand il en avait besoin, surtout quand il était petit. Ainsi, lorsque le Seigneur a dit « Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés » (Mt 5, 4), il se peut que des souvenirs de sa mère lui soient venus à l’esprit. Elle l’avait accompagné dans tant de moments ; une consolation qu’il offre maintenant aussi à tous ses enfants. En ce quatrième jour de la neuvaine en l’honneur de l’Immaculée Conception, nous pouvons contempler cette scène dans laquelle Marie a voulu, en quelque sorte, demander pardon pour les péchés de tous les hommes : la présentation de l’Enfant et sa propre purification au Temple.
Marie et Joseph arrivent à Jérusalem avec l’enfant Jésus dans les bras. Quarante jours se sont écoulés depuis sa naissance et ils s’approchent du Temple pour accomplir le rite de la présentation du premier-né et de la purification de la mère. En réalité, elle n’avait pas besoin d’accomplir ce rite, car elle n’avait aucun péché à purifier : elle était l’Immaculée. Mais elle le fait pour nous accompagner, pour que nous apprenions à faire le deuil de nos fautes, et ainsi, à partir de ce deuil, nous unir au don de soi de son fils. La Sainte Famille ne se rend pas au Temple simplement pour faire ce qui est prescrit ; elle y va pour demander le pardon des péchés de toute l’humanité, pour implorer la miséricorde et la consolation dont ce monde a besoin. La Vierge Marie ne se contente pas de ne pas offenser Dieu, elle veut que tous les hommes et toutes les femmes — tous ses fils et toutes ses filles — découvrent le bonheur de l’amour divin et ne tombent pas dans la déception et la douleur du péché.
« Ne demande pas seulement à Jésus le pardon de tes fautes : ne l’aime pas seulement dans ton cœur… Répare toutes les offenses qu’on lui a faites, qu’on lui fait et qu’on lui fera... Aime-le de toute la force de tous les cœurs de tous les hommes qui l’ont le plus aimé » [01]. Marie peut nous aider à regarder notre cœur blessé — et celui des autres — et à nous laisser transpercer par la douleur du péché. Elle nous offrira la consolation nécessaire pour que nos larmes ne se transforment pas en tristesse, mais en désir de réparer et de recommencer aussi souvent que nécessaire.
DANS LE TEMPLE se tenait un vieil homme nommé Siméon. Il a eu l’occasion de tenir l’enfant dans ses bras et de voir en lui « la consolation d’Israël » (Lc 2, 25). En effet, « tout au long de la vie du Christ, la prédication du Royaume a été un ministère de consolation : la proclamation d’un message joyeux aux pauvres, la proclamation de la liberté aux opprimés, de la guérison aux malades, de la grâce et du salut à tous » [02]. Mais pour s’ouvrir à cette consolation, il faut d’abord admettre notre fragilité. Parfois, il peut être plus facile de cacher notre faiblesse, de vivre comme si elle n’existait pas. Par peur de montrer notre vulnérabilité, nous pouvons préférer ne pas pleurer, et cette attitude peut nous conduire à ne pas affronter nos problèmes, à rejeter l’aide que le Seigneur et les autres pourraient nous offrir.
La Vierge Marie nous apprend à pleurer, à reconnaître notre péché pour accepter la consolation de Dieu. Il ne s’agit pas de pleurer n’importe comment, mais de pleurer pour le mal que nous avons fait ou le bien que nous n’avons pas réussi à faire. « Ce sont les larmes de ne pas avoir aimé, qui coulent parce que la vie des autres compte. Nous pleurons parce que nous ne répondons pas fidèlement au Seigneur qui nous aime tant, et nous sommes attristés par la pensée du bien non fait ; c’est le sens du péché. Certains disent : “J’ai fait du mal à celui que j’aime”, et cela les blesse jusqu’aux larmes. Que Dieu soit béni si ces larmes arrivent ! » [03]. Nous pouvons demander à Marie Immaculée de nous donner les mêmes larmes que les siennes, que celles de saint Pierre lors de la Passion et de tant de saints, qui les ont amenés à reconnaître leur faiblesse et à aimer Jésus d’un amour renouvelé.
SIMÉON, après avoir béni les parents de Jésus, se tourna vers Marie et dit : « Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction – et toi, ton âme sera traversée d’un glaive – : ainsi seront dévoilées les pensées qui viennent du cœur d’un grand nombre » (Lc 2, 34-35). Sainte Marie, mère de tous dans l’Église, nous amène à partager la souffrance des autres ; à laisser que nos âmes soient transpercées par les douleurs que les autres peuvent endurer. C’est ainsi que nous devenons la consolation de Dieu, car il se déverse lui-même dans nos cœurs pour qu’il déborde tout autour de nous.
Le Seigneur s’appuie sur les hommes et les femmes pour manifester sa compassion. Lorsque Jérusalem a été détruite, Dieu a envoyé ses prophètes avec le message suivant : « Consolez, consolez mon peuple, – dit votre Dieu – parlez au cœur de Jérusalem. Proclamez que son service est accompli, que son crime est expié, qu’elle a reçu de la main du Seigneur le double pour toutes ses fautes » (Is 40, 1-2). Et il se compare même à une mère : « Comme un enfant que sa mère console, ainsi, je vous consolerai. Oui, dans Jérusalem, vous serez consolés » (Is 66, 13).
Le plus grand réconfort que nous puissions offrir aux autres, comme l’ont fait les prophètes, est de leur rappeler que Dieu nous pardonne toujours. « Il n’agit pas envers nous selon nos fautes, ne nous rend pas selon nos offenses » (Ps 102, 10), chante le psalmiste. C’est ainsi que la tristesse, même au milieu de la douleur, se transforme en joie, par l’espérance du pardon. C’est ce qui est arrivé à Marie Immaculée sur le Calvaire, lorsque la prophétie de Siméon s’est réalisée. Elle a été transpercée de douleur à la vue de son Fils sur la croix et, avec lui, de toutes les offenses du monde entier. Mais, en même temps, sa présence a rempli Jean et les autres femmes — nous aussi — de consolation, car elle nous a invités à tourner notre regard vers la résurrection. Heureux ceux qui pleurent, car Marie les consolera en leur rappelant la victoire de son Fils sur le péché et la mort.
[01]. Saint Josémaria, Chemin, n° 402.
[02]. Saint Jean Paul II, 13 août 1989.
[03]. Pape François, Audience générale, 12 février 2020.
« HEUREUX ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés » (Mt 5, 6). Lorsque Jésus a prononcé cette béatitude, il ne faisait pas tant référence à un besoin physique qu’à un besoin plus profond. Il n’a pas non plus fait uniquement allusion à une distribution adéquate des biens. Ce besoin est plutôt le même que décrit le psalmiste lorsqu’il dit : « Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube : mon âme a soif de toi ; après toi languit ma chair, terre aride, altérée, sans eau » (Ps 62, 2). C’est une faim que la nourriture normale ne peut pas satisfaire. « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est agité jusqu’à ce qu’il repose en toi » [01], commente saint Augustin.
Sainte Marie Immaculée a connu ce même besoin lorsqu’elle revenait de la célébration de la Pâque à Jérusalem. Au milieu du voyage, elle se rend compte que Jésus n’est pas dans la caravane du retour. Elle et Joseph « firent une journée de chemin avant de le chercher parmi leurs parents et connaissances. Ne le trouvant pas, ils retournèrent à Jérusalem, en continuant à le chercher » (Lc 2, 44-45). Nous pouvons imaginer l’inquiétude avec laquelle tous deux ont vécu l’absence de l’Enfant ; une angoisse que nous pouvons aussi faire nôtre lorsque nous perdons le seul qui puisse satisfaire nos désirs les plus profonds. « Où est Jésus ? — Notre Dame : l’Enfant !… où se trouve-t-il ? Marie pleure. — En vain nous avons couru toi et moi de groupe en groupe, de caravane en caravane : personne ne l’a vu. — Joseph, après des efforts inutiles pour se retenir de pleurer, pleure à son tour… Et toi aussi… Et moi » [02].
Il existe chez tous les hommes et toutes les femmes un désir de plénitude qui est un signe de la présence de Dieu dans l’âme. C’est une faim qui nous dit qui nous sommes et où nous voulons aller. Par conséquent, elle n’est pas quelque chose qui se satisfait simplement sur le moment, mais elle est appelée à diriger notre vie entière. « Un désir sincère sait frapper profondément les cordes de notre être, c’est pourquoi il ne s’éteint pas face aux difficultés ou aux revers. C’est comme lorsque nous avons soif : si nous ne trouvons rien à boire, cela ne signifie pas que nous abandonnons ; au contraire, la recherche occupe de plus en plus nos pensées et nos actions, jusqu’à ce que nous soyons prêts à faire n’importe quel sacrifice pour l’apaiser, presque obsédés. Les obstacles et les échecs n’étouffent pas le désir, non, au contraire, ils le rendent encore plus vivant en nous » [03]. Dans cette scène, Marie ressent plus que jamais la soif de son Fils, car elle a momentanément perdu celui qui donnait un sens à sa vie.
« C’EST AU BOUT de trois jours qu’ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs de la Loi : il les écoutait et leur posait des questions, et tous ceux qui l’entendaient s’extasiaient sur son intelligence et sur ses réponses » (Lc 2, 46-47). La soif de Jésus de Marie a été étanchée. Cependant, en plus, tout en éprouvant la joie d’avoir retrouvé son Fils, elle était aussi surprise : que faisait l’enfant à enseigner aux sages d’Israël ?
Jésus satisfaisait à son tour leur faim de Dieu. Il avait été envoyé précisément pour répondre à ce besoin. Et en regardant ces personnes âgées, il a vécu quelque chose de semblable à ce qu’il dira plus tard avant la multiplication des pains : « Je suis saisi de compassion pour cette foule, car depuis trois jours déjà ils restent auprès de moi, et n’ont rien à manger » (Mt 15, 32). Le Seigneur comprend nos souffrances et, comme en cette occasion, il veut que ses disciples surmontent leur indifférence et se mettent au travail : « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Mc 6, 37). « Nous voulons le bien, disait saint Josémaria, le bonheur et la joie des gens de notre maison ; notre cœur est oppressé par le sort de ceux qui ont faim et soif de pain et de justice ; de ceux qui connaissent l’amertume de la solitude ; de ceux qui, à la fin de leur journée, ne reçoivent pas un regard d’affection ou un geste d’aide » [04].
Nous pouvons supposer que, d’une certaine manière, Jésus a développé un regard particulier de compassion grâce à sa Mère. Nombreux sont les moments où nous voyons Marie attentive aux besoins des autres : elle pense que sa cousine Elisabeth lui serait reconnaissante de ses soins, remarque que le vin manque à Cana, accompagne les apôtres dans les premiers pas de l’Église… Et aujourd’hui encore, elle continue à aider tous ses enfants à satisfaire leur faim et leur soif de Dieu.
MARIE et Joseph sont stupéfaits de trouver leur Fils dans cette situation au Temple. Sa mère est venue le voir et lui a dit : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comme ton père et moi, nous avons souffert en te cherchant ! » Mais la réponse de Jésus, les premiers mots que l’Écriture rapporte de lui, peut laisser perplexe : Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? » (Lc 2, 48-49).
Jésus a parlé à plusieurs reprises de ce qu’est sa nourriture. Par exemple, lorsqu’il rencontre la Samaritaine. En réalité, sa soif n’était pas tant de boire de l’eau que de parler du royaume de Dieu à cette femme. Aussi, lorsque les apôtres insistent pour qu’il mange, il répond qu’il a une nourriture qu’ils ne connaissent pas : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre » (Jn 4, 34). Et la volonté du Père est, comme nous le voyons lorsqu’il enseigne aux anciens dans le Temple, d’annoncer le salut à tous : « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Mt 4, 4). C’est « la plus grande justice qui puisse être offerte au cœur de l’humanité, qui en a un besoin vital, même si elle ne s’en rend pas compte » [05].
L’évangéliste fait remarquer que Marie et Joseph n’ont pas compris ces paroles de Jésus. En même temps, il signale que sa mère a gardé toutes ces choses dans son cœur immaculé (cf. Lc 2, 51). Elle anticipe, dans sa propre vie, ce que son Fils indiquera comme une caractéristique essentielle de ses disciples : « Celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère » (Mt 12, 50). Marie fera aussi sienne cette nourriture, avec laquelle elle assouvira sa faim et sa soif de Dieu.
[01]. Saint Augustin, Confessions, I, 1.
[02]. Saint Josémaria, Saint Rosaire, Ve mystère joyeux.
[03]. Pape François, Audience générale, 12 octobre 2022.
[04]. Saint Josémaria, Aimer l’Église, n° 47.
[05]. Pape François, Audience générale, 11 mars 2020.
- Marie pousse notre cœur vers Dieu
- Reconnaître le pardon de Jésus
« HEUREUX les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde » (Mt 5, 7). Une caractéristique particulière de cette béatitude est la réciprocité. C’est-à-dire que ce que nous donnons aux autres nous sera donné à son tour comme un don de Dieu. Et c’est aussi l’inverse : la miséricorde divine que nous recevons est ce qui nous pousse à être miséricordieux envers les autres. C’est ce que nous voyons dans la vie de Marie Immaculée. Dans la scène des noces de Cana, par exemple, nous voyons comment Marie est émue et demande la bénédiction de son Fils au nom des personnes présentes.
Les invités à la fête célèbrent la mariée et le marié. Pendant ce temps, Marie garde un œil sur tout. Elle remarque que quelque chose manque et en conclut : il n’y a pas de vin. « À Cana, tout est à la joie de la fête ; Marie, seule, remarque que le vin manque… L’âme pousse son esprit de service jusqu’aux plus petites attentions Si, comme Marie et pour l’amour de Dieu, elle reste passionnément attentive au prochain » [01].
Marie est consciente du problème et son cœur la pousse à chercher une solution. Elle sait que le cœur de son Fils est encore plus riche en miséricorde, et qu’il ne se désintéresse pas des problèmes des autres. C’est pourquoi elle s’adresse à lui : « Ils n’ont pas de vin » (Jn 2, 3). Et elle ne dit plus rien. Elle-même a fait l’expérience dans sa propre vie qu’il n’est pas besoin de grands discours pour émouvoir le cœur miséricordieux de son Fils. Il suffit de se présenter comme nécessiteux et, sans nous lâcher la main, il fait le reste. « Marie se place entre son Fils et les hommes dans la réalité de leurs privations, de leur dénuement et de leurs souffrances. Elle se place “au milieu”, c’est-à-dire qu’elle joue le rôle de médiatrice, non pas en tant qu’étrangère, mais dans son rôle de mère, consciente qu’en tant que telle elle peut — ou plutôt “a le droit de” — rendre présents à son Fils les besoins de l’humanité » [02] C’est ce qu’elle fait dans cette neuvaine si nous laissons nos soucis entre ses mains.
LA RÉPONSE de Jésus aux paroles de Marie pourrait sembler refléter une certaine indifférence : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue » (Jn 2, 4). Il est normal que cette façon de s’adresser à sa Mère soit déconcertante. « Nous voudrions objecter : vous en avez trop avec elle ! C’est elle qui t’a donné la chair et le sang, ton corps ; et pas seulement ton corps : par son ”oui”, qu’elle a prononcé du fond de son cœur, elle t’a fait naître dans son sein ; par l’amour maternel, elle t’a donné la vie et t’a fait entrer dans la communauté du peuple d’Israël » [03].
La Tradition a vu dans ces paroles un parallèle avec la scène du Calvaire. Ces deux moments sont marqués par la présence de Marie. À Cana, elle intercède alors que « l’heure » de son Fils n’est pas encore venue ; au Calvaire, lorsque ce moment est accompli, « Jésus lui confie son Église et toute l’humanité ». Au pied de la croix, lorsqu’elle accepte Jean comme son fils ; lorsque, avec le Christ, elle demande au Père le pardon pour ceux qui ne savent pas ce qu’ils font (cf. Lc 23, 34), Marie, dans une parfaite docilité à l’Esprit, fait l’expérience de la richesse et de l’universalité de l’amour de Dieu, qui dilate son cœur et lui permet d’embrasser tout le genre humain. Ainsi, elle se donne à nous comme la Mère de chacun d’entre nous. Elle devient la Mère qui nous tend les bras avec la miséricorde divine » [04].
À Cana, Jésus répond avec cette froideur apparente parce que le don qu’il avait en tête était bien plus grand que le vin : sa propre Mère, par laquelle il allait accorder sa grâce en abondance. Le cœur de l’Immaculée Conception, attentif aux besoins de ces époux, a été appelé à accueillir tous les hommes, à les rassembler dans l’amour infini et inconditionnel de Dieu pour nous. Elle nous rappelle que son Fils n’est pas venu « appeler des justes mais des pécheurs » (Mt 9, 13). C’est pourquoi « aucun péché de l’homme ne peut annuler la miséricorde de Dieu, ni l’empêcher de mettre en action toute sa puissance victorieuse, pourvu que nous y fassions appel. En effet, le péché lui-même fait briller d’autant plus l’amour du Père, qui a sacrifié son Fils pour racheter l’esclave : sa miséricorde pour nous est rédemption » [05].
MARIE n’est pas satisfaite de la réponse de son fils. Elle va donc voir les serviteurs et leur dit : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le » (Jn 2, 5). Jésus ne résiste alors plus et accomplit le miracle. Il leur fait remplir les jarres d’eau, et quand le maître goûte le contenu, il est stupéfait : « Tout le monde sert le bon vin en premier et, lorsque les gens ont bien bu, on apporte le moins bon. Mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant » (Jn 2, 10).
La fête a dû continuer comme si de rien n’était. Pendant la célébration, la plupart des gens présents n’étaient peut-être pas conscients du miracle qui venait de se produire. Ils ont certainement apprécié le vin, mais sans savoir d’où il venait. Ainsi, lorsque Jésus invite ensuite les gens à être miséricordieux pour recevoir la miséricorde, il nous encourage à accorder aux autres les dons les plus élevés que nous détenons dans notre cœur, sans attendre de prouver leurs bons mérites, car c’est ce que Dieu fait avec nous. Nous pouvons même offrir notre amour lorsque nous avons été lésés, car nous vivons du don de Dieu : « Chacun doit se souvenir qu’il doit pardonner, qu’il a besoin de pardon et qu’il a besoin de patience ; c’est le secret de la miséricorde : en pardonnant, nous sommes pardonnés » [06]. Dieu nous précède en nous pardonnant pour que nous puissions être miséricordieux envers les autres.
Dans cette Béatitude, Jésus veut que nous reconnaissions cette réalité : nous avons reçu plus que nous ne pouvons donner. D’une certaine manière, nous sommes tous « redevables » à quelqu’un. Tout d’abord, à Dieu, mais aussi à tant d’autres gens qui nous ont tant donné : parents, frères et sœurs, amis… C’est pourquoi nous avons besoin de la miséricorde, car dans beaucoup de ces relations, nous ne pourrons jamais rendre tout le bien que nous avons reçu. Sur ce chemin de préparation à la fête de l’Immaculée Conception, Marie nous montre que « nous ne serons vraiment bénis, heureux, que lorsque nous entrerons dans la logique divine du don, de l’amour gratuit ; si nous découvrons que Dieu nous a aimés infiniment pour nous rendre capables d’aimer comme lui, sans mesure » [07].
[01]. Saint Josémaria, Sillon, n° 631.
[02]. Saint Jean Paul II, Redemptoris Mater, n° 21.
[03]. Benoît XVI, Homélie, 11 septembre 2006.
[04]. Saint Jean Paul II, Veritatis splendor, n° 120.
[05].Ibid, n° 118.
[06]. Pape François, Audience générale, 18 mars 2020.
[07]. Pape François, Message, 15 août 2015.
- Préambule de la vie éternelle
SAINT JEAN est le seul apôtre à être resté au pied de la croix. On peut supposer que pour lui, fuir n’avait aucun sens et qu’il était incapable de renoncer à l’amour qui le remplissait à ras bord. Il avait donné à Jésus ce qu’il avait de plus précieux : son cœur. C’est pourquoi le Christ lui a confié le plus grand de ses trésors. « Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils ». Puis il dit au disciple : « Voici ta mère » Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui » (Jn 19, 26-27). En ce moment, c’est comme si Jésus complétait cette béatitude : « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu » (Mt 5, 8). Les cœurs purs non seulement le verront, mais recevront aussi sa mère dans leur propre maison (cf. Jn 19, 27). « En se livrant filialement à Marie, le chrétien, comme l'Apôtre Jean, «reçoit parmi ses biens personnels» la Mère du Christ et l'introduit dans tout l'espace de sa vie intérieure, c'est-à-dire dans son «moi» humain et chrétien » [01].
Nous savons que, dans la Bible, on entend par cœur non seulement la sphère sentimentale, mais le lieu le plus intime de l’homme, celui qui définit la personne elle-même. En saint Jean, nous voyons un cœur passionné parce qu’il ne se contente pas de le remplir de n’importe quelle réalité. Dans les bons et les mauvais moments, il cherche ce qui est vrai, ce qui est noble, ce qui reflète l’amour de Dieu qu’il a expérimenté en Jésus. Le psalmiste exprime cette réalité qui est à la portée de tous : « Mon cœur m’a redit ta parole : “Cherchez ma face”. C’est ta face, Seigneur, que je cherche : ne me cache pas ta face » (Ps 26, 8-9). Seul Dieu peut satisfaire pleinement les désirs du cœur humain. C’est pourquoi, lorsque Jean l’a rencontré, il a pu s’exclamer comme Job : « C’est par ouï-dire que je te connaissais, mais maintenant mes yeux t’ont vu » (Jb 42, 5). En ce septième jour de la neuvaine en l’honneur de l’Immaculée Conception, nous pouvons cultiver avec la Vierge Marie le désir de chercher le visage de Jésus. Le Seigneur a dit un jour : « Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur » (Mt 6, 21). C’est précisément sa Mère qui nous aide à découvrir que « le bien le plus précieux que nous puissions avoir dans la vie est notre relation avec Dieu » [02].
DANS L’ÉVANGILE, contrairement à saint Jean et à Marie, il y a des personnages qui, bien qu’ayant Jésus devant eux, ne le reconnaissent pas. C’est le cas des disciples d’Emmaüs. Ils parlaient de la mort récente du Seigneur quand « Jésus lui-même s’approcha, et il marchait avec eux. Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître » (Lc 24,15-16). Dieu voulait guérir l’aveuglement intérieur qui empêchait ces disciples de comprendre ce qui s’était passé à Jérusalem et de croire en lui. C’est pourquoi Jésus va à leur rencontre, et le fait à nouveau aujourd’hui avec nous. Nous ne tâtonnons pas dans le noir, nous n’errons pas en vain à la recherche de ce qui pourrait être juste, nous ne sommes pas comme des brebis sans berger, qui ne savent pas où est le bon chemin. Dieu s’est montré. Il nous montre lui-même le chemin. Jésus, à la fin d’une journée qui a commencé par un reproche, ouvrira les yeux des disciples — ”Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit !” (Lc 24, 25) — et terminera par la fraction du pain.
Par la grâce de Dieu et en raison de sa réponse délicate, Marie n’a pas connu l’aveuglement intérieur qui découle du péché. Elle ne comprenait pas toujours tous les événements, mais ses sens étaient clairs et ouverts à la sagesse divine. C’est pourquoi elle a su trouver le sens de son existence dans l’enfant qu’elle a conçu et que, désarmé, elle a tenu dans ses bras. Elle nous aide à purifier notre regard pour reconnaître le Christ qui passe dans notre vie. La faiblesse humaine et la blessure du péché nous conduisent à évaluer l’histoire à partir de catégories simples et mondaines, et à espérer en de fausses promesses qui laissent nos cœurs tristes parce qu’elles ne sont pas les promesses de Dieu. Marie peut nous accompagner en ces jours de neuvaine dans la noble bataille « contre les déceptions intérieures que génèrent nos péchés. Car les péchés changent la vision intérieure, ils changent l’évaluation des choses, ils montrent des choses qui ne sont pas vraies, ou du moins pas si vraies » [03].
Ce besoin de purifier le cœur n’est pas une humiliation. Au contraire, il nous amène à raviver le désir de voir le visage de Jésus. Tous les saints sont passés par cette expérience. Saint Pierre n’a pas répondu à l’appel du Christ en vantant ses mérites et ses talents, mais en reconnaissant son aveuglement : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur » (Lc 5, 8). Et dans ce sens, saint Josémaria écrivait : « La Mère de Dieu, qui est aussi ma Mère, moi je la couronne de mes misères purifiées, parce que je ne possède ni pierres précieuses ni vertus » [04]. Reconnaître que nous sommes pécheurs est le premier pas vers la pureté du cœur, qui nous permet à son tour de redécouvrir le visage de notre Seigneur, si semblable à celui de sa Mère.
IL POURRAIT sembler que la béatitude concernant les cœurs purs et la vision de Dieu se réfère à la contemplation que nous atteindrons seulement dans la vie future. C’est comme si nous devions attendre le ciel pour recevoir la récompense de la pureté du cœur. Cependant, cette promesse de Jésus nous permet de savourer également la présence de Dieu sur terre. Le Catéchisme de l’Église dit que « la pureté du cœur est le préalable à la vision. Dès aujourd’hui, elle nous donne de voir selon Dieu, de recevoir autrui comme un “ prochain ” ; elle nous permet de percevoir le corps humain, le nôtre et celui du prochain, comme un temple de l’Esprit Saint, une manifestation de la beauté divine » [05].
Marie n’a pas toujours pu voir son Fils face à face. En fait, elle a passé du temps sans lui après l’Ascension. Cependant, elle n’a pas oublié la mission qu’il lui avait confiée avant de mourir sur la croix : « Femme, voici ton fils ». À partir de ce moment, elle a accueilli dans son cœur pur tous les hommes de tous les temps, et en chacun d’eux elle a reconnu le visage même de Jésus. Elle ne voyait plus simplement des « personnes », mais des enfants pour lesquels son Fils a donné sa vie.
La pureté du cœur nous amène à voir Dieu dans tout ce qui nous arrive. Tout d’abord, dans chaque personne. Nous sommes créés pour un amour qui ne regarde pas les autres comme s’ils étaient un objet disponible pour notre usage, quelqu’un que nous pouvons dominer selon notre intérêt ou même à la merci de notre caprice. Il s’agit plutôt de l’amour bienveillant que saint Paul décrit : patient, aimable, généreux, humble… (cf. 1 Co 13, 4-8). Un amour, en somme, qui arrive à voir l’image du Christ en chaque personne ; le même amour qui a façonné la vie de l’Immaculée Conception. « Y a-t-il un cœur plus humain que celui d’une créature qui déborde de sens surnaturel ? Pense à Sainte Marie, la pleine de grâce, Fille de Dieu le Père, Mère de Dieu le Fils, Épouse de Dieu le Saint-Esprit : il y a place dans son Cœur pour l’humanité tout entière sans différences ni discriminations. — Chacun est pour Elle un fils, une fille » [06].
[01]. Saint Jean Paul II, Redemptoris Mater, n° 45.
[02]. Pape François, Message, 31 janvier 2015.
[03]. Pape François, Audience générale, 1er avril 2020.
[04]. Saint Josémaria, Forge, n° 285.
[05].Catéchisme de l’Église Catholique, n° 2519.
[06]. Saint Josémaria, Sillon, n° 801.
- Se réconcilier avec son frère
JÉSUS est monté au ciel. Les apôtres, bien qu’ayant été témoins de sa résurrection, ont encore une certaine crainte des autorités. Dans ces moments, nous voyons qu’ils étaient « tous, d’un même cœur, assidus à la prière » (Ac 1, 14). Ils doivent se soutenir mutuellement. Et dans ces rencontres, Marie Immaculée occuperait une place particulière. Ils l’avaient accueillie comme leur mère. Elle les traite comme ses enfants. Au milieu d’un climat hostile, ils trouveraient en sa présence la même sécurité qu’un enfant dans les bras de sa mère. Une paix qui atteindra une mesure plus complète avec l’envoi de l’Esprit Saint, qui leur permettra de se tourner vers Dieu comme leur Père. Voici ce qu’écrivait saint Paul à la même époque : « Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans nos cœurs, et cet Esprit crie “Abba !”, c’est-à-dire : Père ! » (Gal 4, 6-7). Avec l’envoi du Paraclet, les apôtres ont pu affronter la violence et l’hostilité avec la paix qu’ils voient en Marie, la pleine de grâce. Comme elle, ces paroles de Jésus peuvent leur être appliquées : « Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu » (Mt 5, 9).
L’Esprit Saint témoigne dans nos âmes que, par la grâce, nous sommes enfants de Dieu dans le Christ. Et « c’est notre force et notre sécurité, dit le prélat de l’Opus Dei, de savoir que nous sommes aimés par un Père qui sait tout et peut tout » [01]. Avec l’Annonciation et l’Incarnation de Jésus, la Trinité a élu domicile dans l’âme de Marie, qui est devenue fille de Dieu le Père, mère de Dieu le Fils et épouse de Dieu le Saint-Esprit. Cette relation avec les Personnes divines lui a permis d’accepter avec sérénité les difficultés de la vie, surtout celles qu’elle aurait à subir en tant que Mère de Jésus-Christ, qui ne seraient autres que celles de son propre Fils. Les apôtres cherchent refuge auprès d’elle parce que Marie transmet la paix qui découle de la communion intime avec Dieu. En ce huitième jour de la neuvaine en l’honneur de l’Immaculée Conception, nous pouvons nous tourner vers elle, comme les disciples, en l’invoquant comme Reine de la Paix. « Lorsque le trouble agite ton âme, ton milieu familial ou professionnel, ou encore la vie en société, les relations entre les peuples, ne cesse pas de l’acclamer sous ce titre : “Regina pacis, ora pro nobis !” — Reine de la paix, priez pour nous ! As-tu au moins essayé, quand la tranquillité vient à te manquer ?… — Tu seras surpris de son efficacité immédiate » [02].
JÉSUS a fait la paix avec sa propre vie. Par son sang, il a réconcilié deux réalités qui, depuis le péché d’Adam, étaient en désaccord. Il a uni le ciel et la terre, Dieu et l’homme. En bref, il a ouvert les portes de la vie éternelle en se donnant à nous. C’est pourquoi l’artisan de la paix n’est pas simplement quelqu’un qui essaie de mettre d’accord deux parties : il crée lui-même, par sa vie, la paix là où il se trouve.
Il est normal que les apôtres aient eu des divergences entre eux. Dans les évangiles, nous voyons que chacun avait sa propre façon d’être et de comprendre la réalité. Et cela, comme dans toute famille, causerait quelques tensions. Avec le temps et la grâce de Dieu, leur cœur se transformera jusqu’à devenir les saints que nous vénérons aujourd’hui. Dans ce parcours, les rencontres autour de la Vierge Marie auront favorisé cette sainte communion des cœurs. De l’union de Marie avec Jésus, ils apprendront la valeur de préserver la paix avec Dieu et avec leurs frères, même avec ceux qui semblent être des ennemis. Dans le cadre de la famille immédiate, ils se souviendraient de ce qu’ils ont entendu de la bouche du Maître : « Lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande » (Mt 5, 23-24). Pour Jésus, il était plus important d’être en paix avec un frère que n’importe quel rituel du Temple, aussi solennel soit-il. Dans ces paroles, nous comprenons que Jésus ne veut pas que nous vivions au milieu de trêves dans nos relations, de fractures non guéries avec lesquelles nous vivons paisiblement. Il souhaite que nous ayons la vraie paix, celle qui met de côté nos propres opinions ou notre vision de la vie pour atteindre un bien plus précieux : la communion qui conduit à la connaissance que nous sommes enfants de Dieu. « Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu » (Mt 5, 9).
Cette paix, cependant, ne consiste pas simplement à supporter les fautes ou les insultes plus ou moins graves des autres, comme si c’était inévitable. Celui qui travaille à la paix, en y aspirant, est le premier bénéficiaire de ce désir. Non seulement parce qu’il jouit de la communion restaurée, lorsqu’elle est atteinte, mais parce qu’il développe un regard et un cœur qui génèrent plus de paix et de compréhension là où il se trouve, comme un fruit de l’Esprit Saint. Même ce qui auparavant était peut-être une petite guerre avec un frère, il le découvre maintenant comme un chemin d’union, de purification, d’ouverture à la grâce. « Ceux qui ont appris l’art de la paix et le pratiquent, qui savent qu’il n’y a pas de réconciliation sans le don de leur vie, et que la paix doit toujours et dans tous les cas être recherchée, sont appelés enfants de Dieu » [03]. Personne n’est mieux placé qu’une mère pour réconcilier deux frères. Comme les apôtres, nous trouvons dans notre Mère Immaculée la force de guérir et de remplir nos relations avec nos frères de la paix de Dieu.
LA PAIX dont parle la béatitude n’est pas seulement une question d’harmonie intérieure, d’absence de difficultés. « Ce sens du mot “paix” est incomplet et ne doit pas être absolutisé, car dans la vie, l’agitation peut être un moment important de croissance. Souvent, c’est le Seigneur lui-même qui sème en nous l’inquiétude pour que nous partions à sa recherche, pour le trouver » [04]. En effet, Jésus lui-même est présenté comme un “signe de contradiction” (Lc 2, 34), de sorte que ce n’est pas notre propre sécurité qui nous assure la paix, mais la paix qu’il nous donne lui-même, différente de celle du monde (cf. Jn 14, 27).
Il est difficile d’imaginer une vie sans complications. Nous vivons tous souvent des situations qui nous agitent. Même Sainte Marie n’a pas été épargnée par la douleur, la fatigue ou l’incertitude. C’est pourquoi Jésus ne promet pas la simple sérénité humaine, car il est conscient de notre fragilité. La paix qu’il nous offre est marquée par la confiance que les enfants de Dieu ont avec leur Père. « Même si tout s’écroule et disparaît, écrivait saint Josémaria, même si les événements se passent à l’inverse de ce qui était prévu, dans une terrible adversité, que gagne-t-on à se troubler ? Et puis, souviens-toi de cette prière confiante du prophète : “Le Seigneur est notre Juge, le Seigneur est notre Législateur, le Seigneur est notre Roi ; c’est lui qui nous sauvera”. — Récite-la avec piété, chaque jour, pour conformer ta conduite aux desseins de la Providence, qui nous gouverne pour notre bien » [05].
Saint Luc nous fait remarquer l’attitude de Marie lorsque quelque chose dans sa vie la troublait parce qu’elle ne le comprenait pas : « Elle gardait dans son cœur tous ces événements » (Lc 2, 51). Nous aussi, comme les apôtres aux premiers pas de l’Église naissante, nous pouvons laisser nos soucis entre les mains de l’Immaculée Conception. Elle intercédera comme une bonne mère et nous obtiendra la paix des enfants de Dieu.
[01]. Mgr. Fernando Ocáriz, Méditation, 8 octobre 2022.
[02]. Saint Josémaria, Sillon, n° 874.
[03]. Pape François, Audience générale, 25 avril 2020.
[04].Ibid.
[05]. Saint Josémaria, Sillon, n° 855.
- Le dogme de l'Immaculée Conception de Marie
- Appelés à une vie de foi, d'espérance et de charité
« Ô VIERGE TRÈS PURE, mère sans péché, dans ton sein tu as porté le Seigneur ton Dieu ! » [01] Aujourd’hui, avec l’Église tout entière, nous célébrons la sainteté de Marie, la femme de Nazareth qui a reçu tous les dons et les fruits de l’Esprit Saint. Dès les premiers temps, les écrivains chrétiens ont appelé la Vierge Marie la nouvelle Ève, reconnaissant par là qu’elle était associée à un titre particulier à une nouvelle création du monde, œuvre de la rédemption. Le pape Pie IX a défini le dogme de l’Immaculée Conception de Marie le 8 décembre 1854, dans la bulle Ineffabilis Deus.
La formule centrale du document, qui définit clairement la foi de l’Église, dit : « Nous déclarons, nous prononçons et définissons que la doctrine qui enseigne que la Bienheureuse Vierge Marie, dans le premier instant de sa Conception, a été, par une grâce et un privilège spécial du Dieu tout-puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée et exempte de toute tache du péché originel, est révélée de Dieu, et par conséquent qu’elle doit être crue fermement et constamment par tous les fidèles » [02].
La première lecture de la messe propose un des textes bibliques cité par le pape dans la bulle : le récit de l’expulsion du paradis de nos premiers parents, après le péché originel. Cependant, le récit inclut aussi une annonce pleine d’espérance. Le Seigneur s’adresse au serpent tentateur et lui dit : « Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance : celle-ci te meurtrira la tête, et toi, tu lui meurtriras le talon » (Gn 3,15). Ce passage est appelé le Protoévangile car il s’agit de la première annonce de notre salut.
Saint Jean Paul II faisait remarquer que, traditionnellement, le texte de la Genèse « a inspiré de nombreuses représentations de l’Immaculée Conception, qui écrase le serpent sous ses pieds […]. Cette traduction ne correspond pas au texte hébreu, dans lequel ce n’est pas la femme qui écrase la tête du serpent, mais sa progéniture, sa descendance. Ce texte n'attribue donc pas la victoire sur Satan à Marie, mais à son Fils. Cependant, puisque la conception biblique établit une profonde solidarité entre le géniteur et sa descendance, il est cohérent avec le sens originel du passage de représenter l’Immaculée Conception comme écrasant le serpent, non par sa propre vertu mais par la grâce du Fils » [03].
LA PRÉFACE de la messe considère le mystère qui rattache Marie à l’origine de l’Église : « Car tu as préservé la bienheureuse Vierge Marie de toute souillure du péché originel, tu l’as comblée de ta grâce en plénitude pour préparer en elle une mère vraiment digne de ton Fils et manifester l’origine de l’Église, l’Épouse sans tache ni ride » [04]. C’est à partir de la conception immaculée de Marie, ce moment de l’histoire que nous rappelons aujourd’hui dans la joie, que commence le temps de l’Église, notre temps.
Nous sommes tous appelés à imiter la sainteté de notre mère. Cependant, en considérant cette invitation, nous aurons peut-être dans notre esprit « le soupçon qu’une personne qui ne pèche pas du tout est au fond ennuyeuse ; que quelque chose manque à sa vie : la dimension dramatique du fait d’être autonomes » [05]. Tout en sachant que ce n’est pas vrai, nous pouvons être inquiets à la pensée que, en un certain sens, nous n’arriverons à être pleinement humains qu’en faisant l’expérience de cette tension qui semble absente de la vie de la Vierge Marie.
« Cependant, en regardant le monde autour de nous, nous pouvons voir qu’il n’en est pas ainsi, c’est-à-dire que le mal empoisonne toujours, il n’élève pas l’homme, mais l’abaisse et l’humilie, il ne le rend pas plus grand, plus pur et plus riche, mais il lui cause du mal et le fait devenir plus petit. C’est plutôt cela que nous devons apprendre le jour de l’Immaculée : l’homme qui s’abandonne totalement entre les mains de Dieu ne devient pas une marionnette de Dieu, une personne consentante ennuyeuse ; il ne perd pas sa liberté. Seul l’homme qui se remet totalement à Dieu trouve la liberté véritable, l’ampleur vaste et créative de la liberté du bien » [06]. En définitive, celui qui suit les pas de notre Mère se retrouve lui-même et peut se rapprocher davantage des autres.
Tel est le rêve de Dieu mis en évidence dans l’Évangile d’aujourd’hui, lorsque Marie reçoit l’annonce de sa vocation (Lc 1, 26-38). C’est aussi l’expression du dessein miséricordieux de Dieu pour chacun. Comme saint Paul le dit dans la deuxième lecture de la messe : « Il nous a choisis, dans le Christ, avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints, immaculés devant lui, dans l’amour » (Ep 1, 4).
« L’ANGE entra chez elle et dit : “Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi” » (Lc 1, 28). Connaître les plans de Dieu engendre la joie. Y prendre part est le chemin du bonheur sur cette terre et au ciel. Nous pouvons dire que les aspects essentiels de la salutation de l’ange sont au nombre de deux : d’un côté, l’invitation à la joie, puisque le Fils de Dieu annoncé dans la Genèse est sur le point de s’incarner ; et de l’autre, la plénitude de grâce de Marie, qui nous révèle qu’elle est totalement sainte, ce qui va se manifester chez elle par une plénitude de foi, d’espérance et de charité.
Nous aussi, nous souhaitons être comblés de foi et vivre selon les plans de Dieu. Nous voulons posséder une foi qui demeure à jamais et se manifeste avec fécondité lorsque nous sommes en proie à la douleur et aux difficultés ; nous savons que « Marie n’en a pas moins connu durant sa vie terrestre la douleur, la fatigue, les clairs-obscurs de la foi » [07]. Nous souhaitons aussi vivre d’espérance car nous sommes sûrs que nous participons à la victoire du rédempteur. De même que les apôtres ont ravivé leur espérance en voyant la gloire de Jésus sur le Thabor, ainsi nous, en contemplant celle qui est comblée de grâce, nous nous remplissons d’optimisme dans notre mission, y compris lorsque, du point de vue humain, nous passons un mauvais moment. « Que dans les moments de difficulté, Marie, la Mère que Jésus nous a offerte à tous, puisse toujours soutenir nos pas, puisse toujours dire à notre cœur : “Lève-toi ! Regarde de l’avant, regarde l’horizon”, parce qu’elle est Mère de l’espérance » [08].
Nous demandons à sainte Marie, pour finir, de nous obtenir de son Fils Jésus une plus grande charité afin d’intensifier notre amour de Dieu et des autres. Être les enfants d’une si bonne Mère nous aidera à ressembler à son Fils qui est passé sur la terre en faisant le bien et en éclairant les cœurs avec la lumière toujours nouvelle et efficace de la grâce divine.
[01]. Liturgie des Heures, solennité de l’Immaculée Conception, Laudes.
[02]. Pie IX, Lettre apostolique Ineffabilis Deus, n° 18.
[03]. Saint Jean Paul II, Audience générale, 29 mai 1996.
[04]. Préface, Messe en la solennité de l’Immaculée Conception de Marie.
[05]. Benoît XVI, Homélie, 8 décembre 2005.
[06].Ibidem.
[07]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 172.
[08]. Pape François, Audience générale, 10 mai 2017.