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Méditation : 4 janvier

- Nous sommes réellement enfants de Dieu

- L'expérience d'une rencontre avec Jésus

- Prière d'action de grâce et de demande


PENDANT CES PREMIERS JOURS de la nouvelle année, nous lisons dans la liturgie de la Parole, la première lettre de l’apôtre Jean, écrite à Éphèse, au retour de son exil à l’île de Patmos. Le thème central de la lettre, sur lequel saint Jean revient sans cesse, est la communion du chrétien avec Dieu, grâce à la foi en Jésus-Christ et à la charité fraternelle.

« Dieu est amour », dit l’apôtre à plusieurs reprises dans sa lettre. Il signale aussi que Dieu est la source de tout ce qui existe et que le chrétien est constitué enfant de Dieu par l’amour. Nous sommes réellement ses enfants et non seulement au sens figuré ou poétique (cf. 1 Jn 3, 1). Comme conséquence de cette filiation, nous pouvons affirmer à juste titre que nous sommes nés de Dieu. C’est ce que nous lisons aujourd’hui dans la première lecture : « Quiconque est né de Dieu ne commet pas de péché, car ce qui a été semé par Dieu demeure en lui : il ne peut donc pas pécher, puisqu’il est né de Dieu. Voici comment se manifestent les enfants de Dieu et les enfants du diable : quiconque ne pratique pas la justice n’est pas de Dieu, et pas davantage celui qui n’aime pas son frère (1 Jn 3, 10) ».

« Nous nous savons enfants de Dieu, enfants très aimés de Dieu », disait saint Josémaria en 1967, la veille de Noël. « Cette nuit, le Seigneur va nous envoyer par sa Mère tant de nouvelles grâces : pour que nous grandissions dans l’amour et dans la filiation divine […] Voyez, mes enfants, quelle gratitude ne devrions-nous éprouver envers notre Frère, qui a fait de nous les enfants du Père. Avez-vous regardé vos petits frères, ces frêles créatures, enfants de vos proches parents, ayant besoin de tout et de tous ? Tel est l’Enfant Jésus. Il est bon de le voir sans moyens. Étant le tout-puissant, étant Dieu, il s’est fait un Enfant démuni, désemparé, ayant besoin de notre amour. Or, dans cette froide solitude, avec sa Mère et saint Joseph, ce que Jésus veut, ce qui le réchauffera, c’est notre cœur. Par conséquent, arrache de ton cœur tout ce qui gêne ! Toi et moi, mon enfant, nous allons voir tout ce qui est une entrave dans notre cœur… Loin de nous ! Mais pour de vrai. Saint Jean le dit au chapitre premier : Quotquot autem receperunt eum dedit eis potestatem filios Dei fieri (Jn 1,12). Il nous a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. Dieu a voulu que nous soyons ses enfants » [01].


DEUX PÊCHEURS de Capharnaüm, Jean et André, suivaient Jean le Baptiste qu’ils considéraient comme un grand prophète. Un jour, Jésus est passé près d’eux et le Précurseur dit : « Voici l’Agneau de Dieu » (Jn 1, 37). Ses disciples « entendirent ce qu’il disait, et ils suivirent Jésus » (Jn 1, 37). À compter de cette rencontre, rien ne sera plus comme auparavant. « Poussés par la curiosité, ils décidèrent de le suivre à distance, presque timides et embarrassés, jusqu’à ce que lui-même, se retournant, leur demanda : “Que cherchez-vous ?”, en suscitant ainsi ce dialogue qui aurait été le commencement de l’aventure de Jean, d’André, de Simon “Pierre” et des autres apôtres (cf. Jn 1,29-51) » [02]. Jean et André ont suivi Jésus, lui ont posé des questions, « virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui ce jour-là » (Jn 1, 39) : ce jour-là ils sont devenus apôtres pour toujours. « C’est Jésus qui prend l'initiative. Quand on affaire à lui, la question est toujours retournée : d’interrogeants, on devient interrogés, de “chercheurs” on se découvre “cherchés”; c’est lui, en fait, qui depuis toujours nous aime le premier (cf. 1 Jn 4,10). Telle est la dimension fondamentale de la rencontre : on n’a pas affaire à quelque chose, mais à Quelqu'un, au “Vivant”. Les chrétiens ne sont pas les disciples d’un système philosophique : ils sont les hommes et les femmes qui ont fait, dans la foi, l’expérience de la rencontre avec le Christ (cf. 1Jn 1,14) » [03].

Les deux amis, Jean et André, ne savaient pas clairement qui Jésus était réellement. Ils auront besoin de temps, des années près de lui pour l’écouter, avant de comprendre le mystère du Fils de Dieu. Sans peur, nous aussi nous franchissons le seuil de sa maison pour dialoguer avec le Maître face à face, pour écouter et méditer sa Parole, pour ouvrir notre cœur comme on le fait avec un ami. Dans le silence de la prière, nous apprendrons à connaître le Seigneur. La même question que celle des disciples, insistante et audacieuse, « Maître, où demeures-tu ? », jaillit aussi du fond de notre âme. « Sachez écouter encore, dans le silence de la prière, la réponse de Jésus : “Venez et voyez” » [04].


« FAISONS, par conséquent, une prière d'enfant et une prière ininterrompue, encourageait saint Josémaria lors d’un Noël. “Oro coram te, hodie, nocte et die” (Ne 1,6), devant ta face je prie jour et nuit. Ne m’avez-vous pas entendu dire tant de fois que nous sommes des contemplatifs, jour et nuit, même pendant le sommeil ; que le sommeil fait partie de la prière ? C’est le Seigneur qui l’a dit : “Oportet semper orare, et non deficere” (Lc 18,1). Nous devons prier sans arrêt, toujours. Nous devons éprouver le besoin d’accourir à Dieu, après chaque succès et chaque échec dans notre vie intérieure. Spécialement dans ce dernier cas, retournons auprès du Seigneur avec humilité pour lui dire : Malgré tout, je suis ton fils ! Jouons le rôle du fils prodigue. Comme l’Écriture le dit ailleurs : Toujours en prière, non avec de longues prières vocales (cf. Mt 6, 7) mais dans une prière mentale, sans le bruit des mots, sans aucun geste. Où prions-nous ? “In angulis platearum…” (Mt 6,5). Lorsque nous marchons dans les rues ou en traversant les places, nous devons prier sans cesse » [05].

Ce jour-là, saint Josémaria suggérait d’élever des actions de grâce pour Noël et encourageait ses auditeurs à rêver dans leur prière, à avoir des pensées en grand, à demander que la volonté de Dieu s’accomplisse dans beaucoup d’âmes. « Comment allons-nous prier ? Une prière d’action de grâce. Nous rendons grâce à Dieu le Père, nous rendons grâce à Jésus, qui s’est fait un enfant pour nos péchés ; qui a vécu l’abandon en souffrant à Bethléem et sur la Croix, les bras grand ouverts dans un geste de Prêtre Éternel […] Mais aussi la demande. Que devons-nous demander ? Qu’est-ce qu’un enfant demande à son père ? Papa… la lune ! des choses absurdes. Demandez et on vous donnera, frappez et on vous ouvrira (Mt 7, 7) Que ne pourrons-nous demander à Dieu ? Nous avons tout demandé à nos parents. Demandez la lune et il vous la donnera ; demandez sans peur tout ce que vous voudrez. Il vous le donnera toujours, d’une manière ou d’une autre. Demandez avec confiance » [06].

Dans la maison où Jésus vit, nous trouvons aussi la douce présence de Marie. Nous lui demandons de savoir vivre en fils nés de Dieu et d’aller à la rencontre de Jésus pour demeurer dans sa maison.

[01]. Saint Josémaria, Dialogue avec le Seigneur, méditation « Prier avec plus d'empressement », 1a-2b.

[02]. Saint Jean Paul II, Message pour la XIIe Journée Mondiale de la Jeunesse (Paris, 1997), 15 août 1996.

[03]. Ibid.

[04]. Ibid.

[05]. Saint Josémaria, Dialogue avec le Seigneur, méditation « Prier avec plus d'empressement », 2c-2d.

[06]. Ibid.
















Méditation : Baptême du Seigneur

- Comme Jean, nous rendrons témoignage au Christ

- Un apostolat discret, en tête à tête

- Semer grâce à notre amitié


« LE LENDEMAIN, Jean a vu Jésus venir vers lui » (cf. Jn 1, 29). Notre Seigneur va à la rencontre de Jean Baptiste comme un de plus, mêlé à ces milliers de gens venus de partout. « Jésus-Christ, qui est le Juge des pécheurs, vient se faire baptiser parmi les esclaves » [01]. Pour cette foule, l’artisan de Nazareth était un de plus parmi un grand nombre. Or, le regard de Jean a découvert le Fils de Dieu en ce pèlerin et il résistait à le baptiser. « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi ! » (Mt 3, 14). Jésus-Christ a insisté et, à la fin, Jean a dû transiger.

« Dès que Jésus fut baptisé, il remonta de l’eau, et voici que les cieux s’ouvrirent : il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui : “Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie” » (Mt 3, 17). Saint Jean-Paul II dit que « la prédication de Jean a conclu la longue préparation, qui avait couvert l’ensemble de l’Ancienne Alliance et, on pourrait dire, toute l’histoire humaine, racontée par les Saintes Écritures. Jean a ressenti la grandeur de ce moment décisif, qu’il a interprété comme le début d’une nouvelle création, dans laquelle il a découvert la présence de l’Esprit qui se mouvait sur la première création (cf. Jn 1, 32 ; Gn 1, 2). Il savait et confessait qu’il était un simple héraut, précurseur et ministre de Celui qui devait venir “baptiser avec le Saint-Esprit” » [02].

Quelques jours plus tard, Jean a reçu une ambassade singulière : « Vous souvenez-vous, demandait saint Josémaria, de ces scènes de l’Évangile à propos de la prédication de Jean Baptiste ? Quel trouble en était résulté ! Sera-ce le Christ, sera-ce Élie ou un des Prophètes ? Il y a eu un tel tumulte que « les Juifs lui envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des lévites pour lui demander : « Qui es-tu ?” » Ce à quoi Jean a répondu : « “Moi, je baptise dans l’eau. Mais au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas ; c’est lui qui vient derrière moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de sa sandale” » (Jn 1, 26-27).

À nous aussi le Seigneur s’est montré lorsqu’il nous a fait voir, avec la lumière de l’Esprit Saint, qu’il était tout près de nous sur le chemin de la vie. Alors, comme à Jean, il nous a demandé de lui rendre témoignage.


LA VIE tout entière de Jean Baptiste a été dépensée dans l’attente, dans l’effort de préparer son cœur et le cœur des autres à l’arrivée du Rédempteur. La voix qui criait dans le désert était la sienne : « Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers » (Mt 3, 3). Aujourd’hui, grande est la joie de Jean car le Seigneur est arrivé ; maintenant il peut s’exclamer : « C’est de lui que j’ai dit : L’homme qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était » (Jn 1, 30). Notre tâche n’est pas bien différente de la sienne : « Combien de fois ne pourrait-on dire des amis et des compagnons de travail de mes enfants, ces paroles du Saint Évangile : medius autem vestrum stetit, quem vos nescitis ! (Jn 1, 26). Au milieu de vous il est quelqu’un que vous ne connaissez pas : Jésus-Christ. Sans spectacle, avec un naturel très surnaturel, le Christ est présent dans votre vie et dans vos paroles, pour attirer à la foi et à l’amour ceux qui ne connaissent rien, ou très peu, de la Foi et de l’Amour » [03]

Jean rend témoignage à Jésus ; quelques jours plus tôt, il avait annoncé publiquement qu’il n’était pas le Messie, que le Christ viendrait bientôt. Ensuite, il a annoncé au cercle intime de ses disciples où le Seigneur se trouvait : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde » (Jn 1, 29). C’était un apostolat personnel qui préparait le cœur de ses auditeurs à l’appel divin. Une autre fois, plus directement encore, il l’a indiqué à Jean et à André : « Le lendemain encore, Jean se trouvait là avec deux de ses disciples. Posant son regard sur Jésus qui allait et venait, il dit : “Voici l’Agneau de Dieu”. Les deux disciples entendirent ce qu’il disait, et ils suivirent Jésus » (Jn 1, 35-37). Quelle efficacité ! Les propos de Jean Baptiste ont préparé les deux premières vocations parmi les apôtres. Ensuite, Jean et André en amèneraient d’autres.

Il est facile que quelques mots de saint Josémaria nous viennent à l’esprit sur l’apostolat des chrétiens vivant au milieu du monde : « Vous êtes des inconnus, mais dans tous les recoins du monde vous avez des camarades de travail et des amis qui découvrent le Christ chez vos frères ou en vous-mêmes. À leur tour, eux amènent le Christ à d’autres cœurs, à d’autres intelligences. Vous êtes le Christ qui passe dans les rues, mais vous devez mettre vos pas dans ses pas » [04]


BEAUCOUP se rendait au Jourdain pour écouter Jean et recevoir son baptême. Pour tous, il y avait sur les lèvres du prophète, des mots de lumière ; tous, il les préparait à recevoir le Seigneur. Cela dit, il avait un groupe réduit de disciples, qu’il formait à la chaleur de ses entretiens directs. C’est précisément de ce groupe que sont issus les premiers disciples du Seigneur.

Chacun de nous connaît de nombreuses personnes. Peut-être pouvons-nous diffuser en certaines occasions le message du Christ auprès d’un auditoire plus large, grâce à différents moyens. Or, l’apostolat que saint Josémaria appelait apostolat d’amitié et de confidence semble particulièrement adéquat pour faire connaître le message chrétien. C’est ainsi qu’il le décrivait : « Vous devez approcher les âmes de Dieu avec le mot opportun, qui ouvre des horizons d’apostolat, avec le conseil discret, qui aide à aborder chrétiennement un problème ; avec l’entretien aimable qui enseigne à vivre la charité […] Mais vous devez attirer les autres surtout par l’exemple de votre vie intègre, par l’affirmation — à la fois humble et audacieuse — de votre vie chrétienne parmi vos égaux, vie ordinaire mais cohérente, en manifestant dans vos œuvres votre foi : voilà, avec l’aide Dieu, la raison de notre efficacité » [05].

L’apostolat chrétien est service, diffusion du bien, amitié ; souci sincère des autres, informé par la charité, qui nous amène à donner aux autres ce qui remplit notre vie de joie. Les fidèles laïcs, en particulier, sont appelés à « l’action libre et responsable au sein des structures temporelles, en y portant le ferment du message chrétien » [06]. Le panorama est immense.

Nous pouvons mettre sous la protection maternelle de la Vierge Marie ces personnes qui sont près de nous ; nous lui demandons de nous obtenir la grâce nécessaire pour raviver notre désir de semer la parole divine à travers notre amitié. « Semez, donc, disait saint Josémaria, je vous garantis, au nom du Maître de la moisson, que la récolte sera abondante » [07]


[01]. Saint Jean Chrysostome, Homélies sur l’évangile selon saint Matthieu, 12, 1.

[02]. Saint Jean Paul II, Audience, 11 juillet 1990.

[03]. Saint Josémaria, Lettre 15 août 1953, n° 11.

[04]. Saint Josémaria, Notes prises lors d’une réunion de famille, 9 janvier 1969.

[05]. Saint Josémaria, Lettre 24 mars 1930, n° 11.

[06]. Saint Josémaria, Entretiens, n° 59.

[07]. Saint Josémaria, Lettre circulaire 24 mars 1939.







Méditation : 2eme dimanche du temps ordinaire - année A

- Dieu nous appelle par notre nom

- L'unité vient de notre désir de nous enrichir de l'apport des autres

- La Vierge Marie prend soin de l'unité


EN FAISANT la connaissance de quelqu’un, la première chose que nous lui demandons est son nom. Tout nom propre recèle deux dimensions. D’une part, son nom lui permet d’être connu comme un individu unique et absolument singulier. En même temps, faire connaître notre nom nous permet d’engager une relation avec quelqu’un et de former une communauté.

« Et les nations verront ta justice ; tous les rois verront ta gloire. On te nommera d’un nom nouveau que la bouche du Seigneur dictera » (Is 62, 2). Ces mots du prophète Isaïe adressés à Jérusalem peuvent être aisément appliqués à notre vie. Dans le rite d’accueil du Baptême, le ministre demande quel est le nom à donner au baptisant parce que « Dieu appelle chacun par son nom, en nous aimant individuellement, dans l’aspect concret de notre histoire » [01]. Dieu aime chacun de nous d’un amour de prédilection. Notre nom est sur ses lèvres comme celui d’en enfant est sur les lèvres de sa maman lorsqu’elle veut le faire sourire ou le consoler après une chute. Le prophète poursuit : « On ne te dira plus : “Délaissée !” À ton pays, nul ne dira : “Désolation !” Toi, tu seras appelée “Ma Préférence”, cette terre se nommera “L’Épousée”. Car le Seigneur t’a préférée, et cette terre deviendra “L’Épousée » (Is 62, 4). Est-ce que nous entendons habituellement en nous les mots d’encouragement et de réconfort que le Seigneur nous adresse à tout moment ?

Parfois nous pourrions penser que notre prière consiste surtout à adresser des mots à Dieu. Or, avant de le faire, il serait peut-être bon pour nous d’écouter Dieu prononcer notre nom et nous inviter à ouvrir notre vie à sa présence. Notre vocation est ancrée dans cette relation, toute d’amour, avec Dieu. Et de même que chacun de nous a un nom personnel qui fait de lui quelqu’un d’unique devant la Très Sainte Trinité, ainsi nous saurons comment Dieu s’appelle : « Amour est le nom propre de Dieu » [02].


« LES DONS de la grâce sont variés, mais c’est le même Esprit. Les services sont variés, mais c’est le même Seigneur. Les activités sont variées, mais c’est le même Dieu qui agit en tout et en tous » (1 Co 12, 4-6). Ces mots de saint Paul sont bien connus, tirés de la deuxième lecture de la messe d’aujourd’hui. Par là, il entend souligner l’unité de l’Église, basée sur sa riche pluralité. Dieu invite chacun à la suivre sur un chemin personnel, en union intime avec lui, et c’est pourquoi il nous appelle par notre nom. Notre biographie l’intéresse, tout comme les talents dont il nous a fait don et les limites que nous percevons en essayant de mettre en pratique ce qu’il nous suggère. En même temps, l’appel de Dieu porte comme un de ses fruits le plus savoureux la formation d’une famille dont des personnes possédant différents dons et sensibilités font partie. Quelle joie que de savoir que nous appartenons à une famille si riche !

« La diversité légitime ne s’oppose pas du tout à l’unité de l’Église, elle en accroît même le prestige et contribue largement à l’achèvement de sa mission » [03]. Il existe dans l’Église différentes manières d’annoncer l’Évangile puisque son unité est fondée sur un amour créatif. Notre nom, que Dieu prononce avec tant d’affection, nous ouvre aux autres pour qu’eux aussi puissent nous appeler et ainsi, à nous tous, nous pourrons porter la bonne odeur du Christ à tous les recoins de la terre.

« Je n’ai cessé de le répéter depuis 1928, que la diversité d’opinions et de comportements dans le domaine temporel et dans le domaine théologique laissé à la libre discussion ne pose aucun problème : elle existe et existera toujours chez les membres de l’Opus Dei, représentant au contraire une manifestation de bon esprit, de vie honnête, de respect des opinions légitimes de chacun » [04]. Nous aussi, dans cette « petite partie » de l’Église — l’Œuvre — nous voulons être dans l’admiration devant la grande variété de sensibilités. Faire en sorte que la famille soit de plus en plus unie consiste précisément à favoriser la personnalité de chacun, sa manière d’être et de penser ; et, en même temps, à montrer un réel intérêt pour s’enrichir des points de vue et des attitudes de ceux qui nous entourent.


L’ÉVANGILE de la messe d’aujourd’hui nous a introduits dans l’ambiance pittoresque d’une noce juive, à Cana de Galilée. Notre attention est frappée par ce que Jésus, peu après avoir choisi ses premiers disciples, les a invités à prendre part à une célébration ayant un si profond sens communautaire. Chacun de nous aussi, tout en nous poussant à ressentir une responsabilité personnelle au sein de notre famille et dans notre vie professionnelle, il nous rappelle l’autre dimension : la conscience de faire partie d’une communauté. Appartenir à l’Église, la famille de Dieu, consiste aussi à savoir jouir de la compagnie des autres.

En pleine célébration, très animée, le vin vient à manquer. Seule une femme discrète et délicate s’aperçoit de l’angoisse des organisateurs de l’événement. En l’espace d’un instant, l’ambiance détendue et joyeuse aurait pu basculer dans une grande déception. Or, Marie intercède auprès de son Fils et lui dit : « Ils n’ont pas de vin » (Jn 2, 3). Dans une fête, le vin peut être le signe de l’unité, de la bonne entente et notre Mère, prenant soin de l’Église dans son souci infatigable, ne veut pas que le vin s’épuise. Elle intercède toujours pour que notre diversité soit source de compréhension et d’admiration mutuelles, au lieu de les entraver.

« Tout ce qu’il vous dira, faites-le » (Jn 2, 5). Par ces mots, Marie nous fait don d’une phrase qui pourrait être comme un condensé de notre vie. Notre appel de Dieu, le nom qu’il nous a offert nous amène à bâtir l’Église avec nos vies données à Dieu. « Notre vocation divine nous confère une mission et nous invite à participer à la tâche unique de l’Église : porter témoignage du Christ devant les hommes et ramener toute chose à Dieu » [05]. Demandons à notre Mère, à celle qui porte un si doux nom, de savoir nous aussi prendre soin de l’unité de l’Église, dans la mesure où nous vivons, dans la joie et l’affection, notre vocation personnelle.


[01]. Pape François, Audience générale, 18 avril 2018.

[02] Benoît XVI, Homélie, 3 mai 2010.

[03]. Saint Jean Paul II, Ut unum sint, n° 50.

[04]. Saint Josémaria, Entretiens, n° 38.

[05]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 45.




Méditation : mardi de la 2eme semaine du temps ordinaire

- Évoluer avec l’aisance d’un fils

- Jésus est la plénitude du culte et de la morale

- La vertu de magnanimité


POUR LES APÔTRES, un bon nombre de journées qu’ils ont passées près de Jésus ont assurément été épuisantes. Assez souvent, la foule se pressait autour du maître de Nazareth. Aux guérisons et à ses discours pleins de vie, il faudrait ajouter tous les kilomètres parcourus. Les disciples étaient donc habitués à la fatigue et à la faim. C’est pourquoi nous comprenons bien la scène de l’Évangile de la messe d’aujourd’hui : alors qu’ils traversaient un champ de blé, ils n’hésitent pas une seconde à arracher quelques épis. Nous aussi peut-être, après une journée de lutte et de travail, nous ne pensons qu’au repos bien mérité. Jésus défend l’attitude de ses apôtres.

Or, ce n’est pas le propriétaire du champ qui se fâche après les apôtres affamés mais les pharisiens. Scandalisés qu’ils aient fait cela un jour de sabbat, ils commencent à murmurer contre les disciples de Jésus : « Regarde ce qu’ils font le jour du sabbat ! Cela n’est pas permis » (Mc 2, 24). Notre attention est sans doute attirée par le nombre d’occasions où, dans la Sainte Écriture, les autorités juives jugent les autres et cherchent à qualifier l’attitude de ceux qui les entouraient. Ils ne se rendent pas compte que les disciples marchent à travers les champs avec le Dieu fait homme. Nous aussi, au milieu de nos tâches ordinaires, il nous est donné de sentir toute proche la présence aimable de Jésus-Christ, qui, loin de nous enlever la liberté, nous aide à évoluer avec encore plus d’aisance au milieu de ce monde qui nous appartient.

« En tant que fondement, la filiation divine donne forme à toute notre vie : elle nous amène à prier avec la confiance des enfants de Dieu, à avancer dans la vie avec l’aisance des enfants de Dieu, à raisonner et à décider avec la liberté des enfants de Dieu, à affronter la douleur et la souffrance avec la sérénité des enfants de Dieu, à apprécier ce qui est beau comme le fait un enfant de Dieu » [01]. Nous sentir enfants de Dieu et, par conséquent, frères de Jésus-Christ nous permet de travailler et de nous reposer dans la paix de son amour.


MALGRÉ l’attitude orgueilleuse des pharisiens, la réponse de Jésus n’en est pas moins surprenante, surtout aux oreilles d’un Juif de l’époque : « Le sabbat a été fait pour l’homme, et non pas l’homme pour le sabbat » (Mc 2, 27). La deuxième partie de la phrase met bien en évidence la divinité de Jésus. Si le sabbat était le jour divin par excellence, le Seigneur, en se plaçant au-dessus des règles et des préceptes, montre clairement qu’il est lui-même le nouveau sens du culte et de la vie morale. Voilà une vérité de la plus grande importance pour notre vie intérieure. C’est pourquoi nous pouvons demander à Jésus que nos pratiques de piété et l’accomplissement des commandements ne soient jamais quelque chose de creux, mais plutôt l’expression de la plénitude que nous expérimentons en allant à sa suite.

« Tous ceux qui ont foi dans Jésus Christ sont appelés à vivre dans l’Esprit Saint, qui libère de la Loi et, dans le même temps, la conduit à son accomplissement selon le commandement de l’amour » [02]. Être amoureux de Jésus-Christ et prier sans cesse l’Esprit Saint de nous aider à discerner la volonté de Dieu nous concernant nous rend libres. Nous nous plaçons ainsi au-dessus d’une casuistique consistant à dire si nous pouvons ou non faire ceci ou cela, par exemple manger les épis du champ de blé, parce que nous savons que Dieu n’a pas le regard critique des pharisiens mais le visage aimable et exigeant d’un bon père.

En nous sachant aimés de Dieu, nous voulons lui dire à notre tour notre amour, à tout moment par des petits gestes d’affection. De la sorte, nos journées deviennent des occasions formidables d’arracher un sourire à Jésus. Parfois nous serons fatigués, sans parvenir à mettre en pratique toutes nos résolutions ; nous pourrons même chuter ou nous séparer de l’amour de Dieu. Or, si nous n’oublions pas que la chose réellement importante de notre vie est l’affection que Dieu nous accorde gracieusement, nous garderons alors la liberté de marcher à nouveau à la recherche de son amour. « Que le Seigneur nous aide à marcher sur le chemin des commandements, mais en regardant l’amour pour le Christ, vers la rencontre avec le Christ, en sachant que la rencontre avec Jésus est plus importante que tous les commandements » [03].


« LE SABBAT a été fait pour l’homme, et non pas l’homme pour le sabbat. Voilà pourquoi le Fils de l’homme est maître, même du sabbat » (Mc 2, 27-28). La première partie de la réponse de Jésus comporte un enseignement très important. Le Seigneur ne veut pas que notre réponse à son appel rapetisse notre âme ou engendre des soucis inutiles. Tout ce qu’il a établi, y compris les détails les plus quotidiens de notre vie, vise notre bonheur. C’est pourquoi il veut que nous ayons des horizons vastes et le grand cœur d’un fils de roi, puisque nous le sommes. Nous pouvons demander à Jésus une vertu que saint Josémaria appréciait beaucoup, indispensable pour éprouver le vertige d’une vie auprès de Dieu : la magnanimité.

« Magnanimité, qui est grandeur d’âme, ouverture du cœur au plus grand nombre, force qui nous dispose à sortir de nous-mêmes, à entreprendre des actions valeureuses, pour le bien de tous. La mesquinerie n’est pas pensable chez le magnanime ; pas plus que la lésinerie, le calcul égoïste, ou l’intrigue intéressée. Le magnanime s’adonne sans réserve à ce qui en vaut la peine ; c’est pourquoi il est capable de se donner lui-même. Donner ne lui suffit pas : il se donne. Il peut alors comprendre ce qui constitue la plus grande preuve de magnanimité : se donner à Dieu » [04]. La personne magnanime ne gaspille pas ses énergies à réfléchir sur combien ou jusqu’où il vaut la peine d’aller, car elle se donne à fond et son seul intérêt et d’arriver au but, c’est-à-dire au Christ.

« Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur ! » (Lc 1, 46-47). La vie de notre Mère a été joyeusement magnanime, parce qu’elle a su trouver sa joie dans le salut de Dieu. Sainte Marie, porte du ciel et étoile du matin, ne se lasse pas de prier Dieu pour nous, pour que nous nous sentions de plus en plus ses enfants.


[01]. Mgr Fernando Ocariz, Lettre pastorale, 28 octobre 2020, n° 3.

[02]. Pape François, Audience général, 11 août 2021.

[03]. Ibid.

[04]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 80.




Méditation : mercredi de la 2eme semaine du temps ordinaire

- La personne est prioritaire

- Jésus montre comment est Dieu

- Le dimanche, jour de Dieu et de l’homme


FIDÈLE aux prescriptions de la loi de Moïse, Jésus se rendait à la synagogue tous les samedis avec ses disciples. C’est là que le peuple de Dieu se rassemblait pour écouter et méditer la loi du Seigneur. Dans l’Évangile d’aujourd’hui nous voyons que quelqu’un, dont la main était atrophiée, s’y est rendu précisément le jour du sabbat, peut-être avec l’espoir de rencontrer le Seigneur. En le voyant, Jésus, touché par sa maladie, décide de faire le miracle. Il est légitime de supposer que la guérison de ce malade aurait dû être pour tous un motif de joie ; cependant, pour certains elle fut plutôt une occasion de suspicion et de discussion.

Les pharisiens épiaient tous les mouvements du Seigneur et le critiquaient pour avoir fait des miracles le jour du sabbat. Jésus connaissait parfaitement la hiérarchie erronée qui régnait dans leur cœur : ils préféraient l’accomplissement d’une obligation, qu’ils avaient créé eux-mêmes, au soulagement de quelqu’un qui souffre. Un bon nombre de prescriptions, détachées de leur esprit initial, étaient devenues une charge pesante, lourde de formalités. Le sabbat était important pour le Christ, mais la souffrance de cet homme ne le laissait pas indifférent. Dans son cœur, très humain et très divin, l’amour l’emporte toujours. Nous pouvons regarder Jésus et apprendre de lui à respecter la bonne hiérarchie de valeurs parce que, comme nous le voyons dans cette discussion, toutes les choses n’ont pas la même importance.

Avant de faire le miracle, Jésus avait posé le problème aux pharisiens : « Est-il permis, le jour du sabbat, de faire le bien ou de faire le mal ? de sauver une vie ou de tuer ? Mais eux se taisaient » (Mc 3, 4). Leur silence attriste le Seigneur. « Alors, promenant sur eux un regard de colère, navré de l’endurcissement de leurs cœurs, il dit à l’homme : “Étends la main”. Il l’étendit, et sa main redevint normale » (Mc 3, 6). Jésus met bien en évidence que la valeur et le bien de la personne est au-dessus de tout précepte. « L’ordre des choses doit être subordonné à l’ordre des personnes et non l’inverse » [01]. Chacun et chacune est prioritaire. C’est ainsi que le Christ a agi et nous, ses disciples, nous voulons faire comme lui.


MALGRÉ l’interdiction de la plupart des activités ordinaires le jour du sabbat, Jésus profite de sa visite aux synagogues pour guérir. Rien ne peut freiner un cœur miséricordieux. « Considéré mystiquement, dit saint Bède, cet homme à la main desséchée représente la race humaine inapte au bien, mais guérie par la miséricorde de Dieu » [02]. Les miracles de Jésus sont autant d’occasions de manifester sa miséricorde et de nous rendre plus capables de nous réjouir pour son activité salvifique. Ils ne sont pas circonscrits à certains jours ou lieux. Tous les jours sont bons pour faire le bien, pour soulager une peine, pour nourrir l’espérance ; tout comme une synagogue ou n’importe quel sabbat.

Dans ce passage de l’Évangile, nous pouvons voir un double esclavage : celui de l’homme à la main atrophiée, esclave de sa maladie ; et celui des pharisiens, esclaves de leur religiosité formaliste. Jésus « libère les deux : il fait voir au rigide que ce n’est pas le chemin de la liberté ; et il libère de la maladie l’homme à la main paralysée » [03]. Dieu est au-dessus même des choses de Dieu, il veut que nous ne cherchions notre sécurité qu’en lui, car ainsi nous serons vraiment libres. En agissant de la sorte, le Seigneur révèle petit à petit son identité ; il épure l’image de Dieu que ses contemporains s’était forgée et celle que nous aussi nous nous sommes forgée. Jésus est le Messie que le peuple attendait depuis des siècles, celui qui vient définitivement combler la distance entre Dieu et les hommes.


POUR le nouveau peuple de Dieu, l’Église, le sabbat a cédé la place au dimanche. Depuis le début, les chrétiens ont attaché une importance très particulière au lendemain du sabbat. C’est en ce jour qu’ils se rassemblaient en souvenir de la résurrection du Seigneur, dont beaucoup avaient été témoins. Même s’ils ont gardé la coutume juive pendant les premières années, avec l’arrivée des premiers gentils, ils ont commencé à considérer le premier jour de la semaine comme dies Domini, le jour du Seigneur.

Le dimanche est le jour du Christ car nous célébrons sa résurrection. C’est un jour de joie et d’espérance. « C’est la Pâque de la semaine, jour où l’on célèbre la victoire du Christ sur le péché et sur la mort, l’accomplissement de la première création en sa personne et le début de la “création nouvelle” » [04]. C’est un jour réservé à Dieu et, en même temps, « le jour de l’homme » [05], où nous nous reposons en cultivant la vie familiale, culturelle et sociale. Nous autres chrétiens nous sanctifions le dimanche en consacrant à nos proches « le temps et les soins, difficiles à accorder les autres jours de la semaine » [06]. Le Catéchisme rappelle aussi que le dimanche est « traditionnellement consacré par la piété chrétienne aux bonnes œuvres et aux humbles services des malades, des infirmes, des vieillards » [07], comme le Maître l’a fait à la synagogue.

La « perle de grand prix » au cœur de ce jour est l’Eucharistie. « La participation à la messe du dimanche doit être ressentie par le chrétien non pas comme une contrainte ou comme un poids, mais comme un besoin et une joie. Se réunir avec nos frères et sœurs, écouter la Parole de Dieu et se nourrir du Christ, qui s’est immolé pour nous, est une belle expérience qui donne un sens à la vie » [08]. Logiquement, la Mère de Jésus est spécialement présente en ce jour. « D’un dimanche à l’autre, le peuple pèlerin suit les traces de Marie » [09]. Nous ne voulons pas manquer de nous unir à sa joie pour la résurrection du Christ.


[01]. Concile Vatican II, Gaudium et spes, n° 26.

[02]. Saint Bède le Vénérable, In Marcum, 1, 3.

[03]. Pape François, Homélie, 9 septembre 2013.

[04]. Saint Jean Paul II, Dies Domini, n° 1.

[05]. Ibid., n° 55-73.

[06]. Catéchisme de l’Église Catholique, n° 2186.

[07]. Ibid.

[08]. Benoît XVI, Angélus, 12 juin 2005.

[09]. Saint Jean Paul II, Dies Domini, n° 86.




Méditation : jeudi de la 2eme semaine du temps ordinaire

- L’appel de Dieu est universel

- Nous cherchons tous le visage de Jésus

- Découvrir sa présence autour de nous


À PLUSIEURS REPRISES, Jésus a conduit ses apôtres à l’écart, pour prendre un peu de repos avec eux. La prédication de l’Évangile est un travail épuisant. Il leur arrivait souvent de n’avoir même pas le temps de manger. Cependant, parfois ces tentatives de se retirer en quête d’un peu de tranquillité n’aboutissaient pas, car ceux qui cherchaient Jésus parvenaient à les retrouver. Ce que saint Marc nous dit : « Jésus se retira avec ses disciples près de la mer, et une grande multitude de gens, venus de la Galilée, le suivirent. De Judée, de Jérusalem, d’Idumée, de Transjordanie, et de la région de Tyr et de Sidon vinrent aussi à lui une multitude de gens qui avaient entendu parler de ce qu’il faisait » (Mc 3, 7-8). L’enthousiasme des gens était tel que Jésus doit se protéger pour ne pas être écrasé : « Il dit à ses disciples de tenir une barque à sa disposition pour que la foule ne l’écrase pas » (Mc 3, 9). La renommée du Seigneur avait franchi les frontières : ce ne sont pas uniquement des galiléens, les gens de son pays, qui l’écoutent avec plaisir, mais des gens de toutes les régions, y compris de lieux très éloignés comme Tyr et Sidon. La mention par la Sainte Écriture des lieux d’origine est un signe et un prélude de l’universalité de l’Évangile : l’appel de Dieu n’est pas réservé à un petit nombre, d’une origine géographique déterminée, d’une culture ou possédant un bagage intellectuel précis. L’appel s’adresse à l’humanité tout entière.

La joie d’annoncer l’Évangile a poussé un bon nombre de saints à traverser la planète d’un extrême à l’autre. Saint Josémaria rêvait de porter l’Évangile jusqu’au dernier recoin de la terre. Pour lui, l’évangélisation était « une mer sans rivage », une tâche sans limite. À cet égard, il aimait choisir comme motif décoratif des mappemondes, car elles l’aidaient à prier pour l’expansion de la foi, aussi bien géographiquement que pour embraser plus de monde, chacun à sa place. « L’universalité de l’Église puise donc à l’universalité de l’unique dessein divin de salut du monde. Ce caractère universel émerge avec clarté le jour de la Pentecôte, quand l’Esprit remplit de sa présence la première communauté chrétienne, pour que l’Évangile s’étende à toutes les nations et fasse grandir dans tous les peuples l’unique Peuple de Dieu. Ainsi, l’Église, depuis ses origines, est orientée kat’holon, elle embrasse tout l’univers. Les apôtres rendent témoignage au Christ en s’adressant à des hommes provenant de toute la terre et chacun les comprend comme s’ils parlaient dans sa langue maternelle » [01].


AU COURS des premiers mois où ils ont suivi Jésus, les apôtres ont pu toucher du doigt le fruit de leur travail apostolique, ils ont vu de nombreuses guérisons et conversions. Ils prennent tous part avec joie à l’enthousiasme que le Christ suscite autour de lui. Cependant, plus tard, le Seigneur leur annonce qu’il n’en sera pas toujours ainsi, qu’ils auront eux aussi à faire l’expérience des contrariétés : « On portera la main sur vous et l’on vous persécutera ; on vous livrera aux synagogues et aux prisons. […] Cela vous amènera à rendre témoignage. […] Mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu » (Lc 21, 12-18). Ces annonces se sont accomplies plus tard et les apôtres ont fait dans leur chair l’expérience de l’échec, tout au moins apparent ; ils ont assisté avec peine à la défection de beaucoup de disciples, voire à la trahison. Ils ont dû tous apprendre à surmonter les difficultés inhérentes à la prédication du nom de Jésus. Dieu nous appelle « à un don merveilleux et plein de joie, même à l’heure des contradictions, qui sont le lot de toute créature » [02]. Aussi bien dans les moments de joie que de souffrance, le disciple ne peut pas oublier qu’il est avec le Christ, la seule chose qui soit vraiment déterminante.

Tout le monde, hommes et femmes, cherche consciemment ou inconsciemment le visage de Jésus. Cette certitude nous aide à ne pas nous arrêter si les obstacles s’accumulent. « En réalité, c’est Jésus que vous cherchez quand vous rêvez de bonheur ; c’est lui qui vous attend quand rien de ce que vous trouvez ne vous satisfait ; c’est lui, la beauté qui vous attire tellement ; c’est lui qui vous provoque par la soif de radicalité qui vous empêche de vous habituer aux compromis ; c’est lui qui vous pousse à faire tomber les masques qui faussent la vie ; c’est lui qui lit dans vos cœurs les décisions les plus profondes que d’autres voudraient étouffer. C’est Jésus qui suscite en vous le désir de faire de votre vie quelque chose de grand, la volonté de suivre un idéal, le refus de vous laisser envahir par la médiocrité, le courage de vous engager avec humilité et persévérance pour vous rendre meilleurs, pour améliorer la société, en la rendant plus humaine et plus fraternelle » [03]. Trouver Jésus est un don plus grand que n’importe quel obstacle se dressant sur notre chemin.


« CAR IL AVAIT fait beaucoup de guérisons, si bien que tous ceux qui souffraient de quelque mal se précipitaient sur lui pour le toucher » (Mc 3, 10). Les gens, venus des quatre points cardinaux, s’entassent autour du Seigneur cherchant à le toucher. Voilà l’image de ce que nous autres chrétiens nous voulons faire en recevant les sacrements. Mais aussi en passant du temps pour prier devant le tabernacle, ou simplement en embrassant un crucifix. Nous cherchons aussi ce contact avec le Christ en nous occupant des malades, des gens dans le besoin ou déjà âgés. « En touchant ces plaies, en les caressant, il est possible d’“adorer le Dieu vivant parmi nous” » [04].

Jésus est le chemin de notre salut. Son humanité attire notre cœur parce que nous savons qu’il ne lasse pas ni ne déçoit. Il est vrai que notre bonheur réside dans l’amour, mais même dans les relations humaines les plus profondes nous pouvons trouver « une certaine dose de déception » [05], car personne ne peut nous donner ce que Dieu nous offre dans son Fils. « Seul Jésus de Nazareth, le Fils de Dieu et le Fils de Marie, le Verbe éternel du Père né il y a deux mille ans à Bethléem de Juda, est en mesure de satisfaire les aspirations les plus profondes du cœur humain » [06].

Pour continuer d’en attirer beaucoup vers le Christ, nous avons besoin de nous approcher de lui dans les sacrements, dans la prière et à travers les autres, pour y recevoir la vie surnaturelle. Trouver toujours Jésus nous apportera énergie et réconfort dans notre apostolat. « Le Christ envoyé par le Père étant la source et l’origine de tout l’apostolat de l’Église, il est évident que la fécondité de l’apostolat […] dépend de leur union vitale avec le Christ » [07]. En découvrant le Christ chez ceux qui nous entourent nous nous remplirons de fécondité apostolique, peut-être différente de celle que nous avions imaginée. La Vierge Marie est l’heureux témoin de la marée de gens qui courent après son Fils, en quête de lumière et de salut. Avec l’encouragement de celle qui est Reine des apôtres, nous irons à la rencontre du Christ pour, ensuite, partager notre découverte avec les autres.


[01]. Benoît XVI, Allocution, 24 novembre 2012.

[02]. Saint Josémaria, Aimer l’Église, n° 36.

[03]. Saint Jean Paul II, Discours, 19 août 2000.

[04]. Pape François, Homélie, 3 juillet 2013.

[05]. Saint Jean Paul II, Homélie, 20 août 2000.

[06]. Ibid.

[07]. Catéchisme de l’Église Catholique, n° 864.




Méditation : vendredi de la 2eme semaine du temps ordinaire

- L’apostolat naît et se nourrit de la prière

- Un débordement de la vie intérieure

- La charité est la manifestation d’un apostolat authentique


« IL GRAVIT la montagne, et il appela ceux qu’il voulait. Ils vinrent auprès de lui » (Mc 3, 13). Il est facile de saisir l’importance du moment, vraiment décisif pour le Seigneur, puisque c’est à eux qu’il allait confier la suite de sa mission. Un détail symbolique se remarque dans le récit de saint Marc, qui nous aide à comprendre l’importance surnaturelle de l’événement : « Il gravit la montagne ». D’après ce que l’Écriture nous dit, la montagne ne se réfère pas seulement à un lieu physique, mais elle est aussi une image de la prière qui se place au-dessus de l’agitation de l’activité quotidienne : elle symbolise le lieu de la communion avec Dieu.

Les apôtres sont donc engendrés dans la prière que Jésus adresse au Père, ils proviennent de l’intimité trinitaire. « Leur choix naît du dialogue du Fils avec le Père, et est ancré en lui » [01]. C’est pourquoi Jésus considère chaque apôtre comme un don du Père et parle de ses disciples comme de « ceux que tu m’as donnés » (Jn 17,9). À un autre moment également, il parle du Père comme maître de la moisson, à qui nous devons demander des ouvriers (cf. Mt 9, 38). L’appel et la mission de l’apôtre trouvent leur origine et leur continuité dans la conversation d’amour entre le Père et le Fils. De là, du sein de la Trinité, de cette montagne qui est en réalité un volcan, jaillit le feu qui doit animer toute action apostolique.

En partageant l’Évangile avec les autres, « aucune motivation ne sera suffisante si ne brûle dans les cœurs le feu de l’Esprit » [02]. Le chrétien devient un apôtre sur la montagne de la prière. C’est là que Jésus lui confie sa mission et que la chaleur du mandat se renouvelle sans cesse. Par conséquent, l’occupation la plus importante pour un apôtre est de se rendre souvent sur ce sommet où brûle le feu de l’amour de Dieu. Si l’apostolat perd ce centre, il devient facilement un ensemble de tâches abordées peut-être comme une obligation lourde, à rebrousse-poil de ses propres désirs. Et non comme quelque chose de naturel qui jaillit de notre identité d’apôtres.


« IL EN INSTITUA douze pour qu’ils soient avec lui et pour les envoyer proclamer la Bonne Nouvelle » (Mc 3, 14). À première vue, les deux buts qui ont amenés Jésus à choisir les siens peuvent sembler opposés : être avec lui et les envoyer loin. Cependant, ce sont deux aspects d’une même mission. Pour les Douze, être avec le Christ signifiera, au tout début, vivre avec lui. Or, avec le temps, être avec Jésus va prendre une signification intérieure. Les apôtres devront passer de la communion extérieure à l’intérieure. Ils devront apprendre à vivre avec Jésus de telle manière qu’ils puissent être continuellement avec lui, y compris lorsqu’ils se rendront jusqu’aux confins de la terre.

Seul celui qui vit dans l’amour du Christ est capable de l’annoncer authentiquement aux autres. Si l’apostolat n’est pas authentique il entraîne fatigue, lassitude et malaise. Il ne réchauffe pas parce qu’il n’a pas de feu. « Considérant, il y a de nombreuses années déjà, cette façon d’agir de mon Seigneur, disait saint Josémaria, je suis arrivé à la conclusion que l’apostolat, quel qu’il soit, n’est que le débordement de la vie intérieure » [03].

De cette communion avec le Christ jaillit le pouvoir d’expulser les démons. Jésus les a envoyés pour prêcher mais aussi « avec le pouvoir d’expulser les démons » (Mc 3, 15). Un apostolat qui ne naît pas de l’amour du Christ a ses propres démons : la jalousie, les comparaisons, etc. L’apostolat authentique est marqué du sceau de la charité, de la fraternité, de l’entente et de l’unité, car il naît de la source ardente de la communion avec le Christ.


LE GROUPE formé par les Douze a dû apprendre à pratiquer la charité. Lorsque nous lisons la liste des douze apôtres, nous ne trouvons pas un groupe homogène. Ils ne se sont pas choisis les uns les autres, comme c’est le cas pour les amis. C’est Dieu qui les a choisis, chacun d’eux, et ils sont très différents les uns des autres, par leur origine, leur manière d’être, leurs habitudes, etc. À ce qu’il paraît, Simon de Cana et Judas Iscariote faisaient partie du groupe radical des zélotes. Nous pouvons imaginer comment leur sang bouillait au sujet de l’occupation romaine. Matthieu, cependant, était collecteur d’impôts : il travaillait pour les Romains. Pierre et André, frères et pêcheurs, étaient à la tête de ce qui pouvait être une coopérative de pêche, dans laquelle les fils de Zébédée, Jacques et Jean, au caractère impulsif, étaient employés. Quelles étaient les relations entre eux ? Elles connaissaient probablement des hauts et des bas. Philippe et André, quant à eux, ont un nom grec et c’est à eux que s’adressent les visiteurs grecs venus pour la Pâque.

« On peut donc imaginer combien il a été difficile de les introduire pas à pas dans la nouvelle voie mystérieuse de Jésus, ainsi que les tensions qu’ils ont dû surmonter ; quelle grande purification était nécessaire, par exemple, pour que le zèle des Zélotes s’uniformise avec le “zèle” de Jésus, qui sera consommé sur la croix. C’est précisément dans cette diversité d’origines, de tempéraments et de façons de penser que les douze représentent l’Église de tous les temps, et la difficulté de leur tâche de purifier les gens et de les unir dans le zèle de Jésus » [04]. Cependant, malgré ces différences, la charité entre les apôtres a été, dès le début, la pierre de touche du vrai apostolat. Ubi divissio, ibi peccatum, disait Origène : là où il y a de la division, là est le péché. En revanche, un chant liturgique dit Ubi caritas est vera, Deus ibi est : Là où l’amour est véritable, Dieu est présent. « Regardez comme ils s’aiment » entre eux a été, dès le commencement de l’Église, le signe non équivoque de la présence du Christ parmi les chrétiens. Aussi, depuis le commencement, sainte Marie était le foyer d’unité autour duquel tous se ressemblaient (cf. Ac 1, 14).


[01]. Joseph Ratzinger, Jésus de Nazareth, Première Parti, ch. 6.

[02]. Pape François, Evangelii gaudium, n° 261.

[03]. Amis de Dieu, n° 239.

[04]. Joseph Ratzinger, Jésus de Nazareth, Première Parti, ch. 6.




Méditation : samedi de la 2eme semaine du temps ordinaire

- Jésus est toujours disponible

- Jésus est source de nouveauté

- l’Eucharistie nourrit notre soif d’âmes


« ALORS Jésus revient à la maison, où de nouveau la foule se rassemble, si bien qu’il n’était même pas possible de manger » (Mc 3, 20). Le Seigneur passe des heures à écouter les gens, tous différents les uns des autres. Pour l’un, il a des mots de pardon et d’encouragement ; pour l’autre un geste tendre ; pour d’autres encore cette rencontre suppose la fin d’une maladie ou le début d’une vie nouvelle. Tous ceux qui s’approchent de Jésus voient bien qu’il les accueille, les écoute, les aime, même si la rencontre ne dure que quelques secondes. Nous aussi nous faisons partie de ces foules, en attendant le moment de voir le Maître face à face. Que vais-je lui demander ? Qu’aimerais-je lui raconter ? Qu’est-ce qui m’inquiète ? De quoi mon âme a-t-elle besoin d’être guérie ? Qui est-ce que je porte dans mon cœur de façon spéciale ? Les moments de prière sont tout aussi réels que ces rencontres que nous rapporte l’Évangile. Le Seigneur nous attend avec un pareil intérêt.

Une humanité dans le besoin consume les énergies du Maître et de ses disciples. L’amour pour la foule est plus forte que la fatigue, la faim, ou n’importe quel problème personnel. Jésus-Christ s’identifie de telle façon à sa mission de salut, qu’en lui tout le reste en dépend. Pour être un moment avec nous, Jésus est prêt à se passer de nourriture ou à demeurer dans le tabernacle sans compter le temps. « Quand je parcours les rues d’une ville ou d’un village, je me réjouis de découvrir, même de loin, la silhouette d’une église ; c’est un nouveau tabernacle, une occasion de plus de laisser l’âme s’échapper, pour être, par le désir, aux côtés du Seigneur dans le saint Sacrement » [01].


TOUT LE MONDE ne partage pas l’enthousiasme pour Jésus de cette foule. Certains de ses compatriotes et de ses proches parents, le connaissant depuis son enfance, n’acceptent pas la notoriété qu’il a acquise. Ils connaissent depuis toujours le fils du charpentier, ils croient savoir ce qu’il est possible d’attendre de lui et c’est pourquoi tout ce qui est en train d’arriver dépasse leurs prévisions. Nous aussi nous connaissons peut-être Jésus depuis notre enfance. Et, comme ses compatriotes, nous pensons aussi savoir ce que nous pouvons attendre de lui. Voilà un obstacle pour s’ouvrir à ses dons. Vieillir spirituellement signifie, précisément, ne plus rien attendre de nouveau, même de celui qui est la source de toute nouveauté. La présence de Jésus rajeunit l’esprit, rend toujours la foi plus audacieuse, l’espérance plus affirmée et la charité plus ardente.

« Nous avons écouté la Parole de Dieu dans le livre de l’Apocalypse, et elle dit : “Voici, je fais l’univers nouveau” (21, 5). L’espérance chrétienne se fonde sur la foi en Dieu qui crée toujours des nouveautés dans la vie de l’homme, il crée des nouveautés dans l’histoire, il crée des nouveautés dans l’univers. Notre Dieu est le Dieu qui crée la nouveauté, parce que c’est le Dieu des surprises » [02]. Saint Josémaria, chaque fois qu’il s’approchait de l’autel pour célébrer la sainte esse, savourait intérieurement le psaume 42, en s’adressant à Dieu comme à celui qui est la joie de notre jeunesse. Si nous découvrons des symptômes de vieillissement spirituel, nous pouvons participer au banquet eucharistique pour nous renouveler, pour que Dieu réjouisse notre vie par une foi toujours jeune ; alors notre conviction que rien ne lui est impossible grandira (cf. Lc 1, 37) tout comme la certitude que son bras n’est pas trop court (cf. Is 59, 1).


IL EST TARD et ils n’ont pas encore mangé. Cependant, Jésus avait parlé à ses disciples d’une nourriture qu’ils ne connaissaient pas : Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé (cf. Jn 4, 34). La foule qui d’un côté les empêche de manger, de l’autre leur permet de voir que la volonté du Père est de sauver tout le monde. Cette volonté finira par être leur nourriture préférée.

« Voyant les foules, Jésus fut saisi de compassion envers elles » (Mt 9, 36). Faire la volonté du Père engendre une faim encore plus grande de l’accomplir. La nourriture matérielle assouvit notre faim lorsque nous mangeons ; la nourriture spirituelle, quant à elle, plus on en prend plus on a faim. Après une journée passée à faire le bien à tant de monde, les disciples sont à bout de forces et affamés, mais ils éprouvent aussi la faim d’âmes. Il en est ainsi de celui qui suit Jésus : il ne peut plus vivre en tournant le dos à la foule, mais brûle du désir de la rendre heureuse.

En fin de journée, ils se sont sans doute assis pour manger un morceau. Ils avaient mangé ensemble à de nombreuses reprises, mais un jour viendra, presque à la fin du passage de Jésus sur la terre, au cours de la Dernière Cène, où il leur fera partager sa propre faim. Dans l’Eucharistie nous mangeons, tout en partageant la faim du Christ, ses désirs de sauver, sa soif d’âmes. Nous pouvons solliciter l’aide de notre Mère pour prendre part à ce banquet avec toujours plus d’amour ; ainsi, tout près d’elle, notre cœur compatira avec la souffrance de la foule et se remplira du désir de la rendre heureuse.


[01]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 154.

[02]. Pape François, Audience générale, 23 août 2017.