- Un évangile riche en détails
- Quitter la sécurité du rivage
SAINT MARC fut un proche collaborateur de Saint Pierre à Rome. L’aide qu’il lui apporta fut telle que l’apôtre, dans l’une de ses lettres, le considère comme son propre fils (cf. 1 P 5, 13). Marc, ayant accompagné Pierre pendant sa prédication, « écrivit son évangile à la demande des frères qui vivaient à Rome, d’après ce qu’il avait entendu prêcher par Pierre. Et Pierre lui-même, l’ayant entendu, l’approuva par son autorité, afin qu’il soit lu dans l’Église » [01].
Dans son Évangile, Marc ne rapporte pas certains des grands discours de Jésus. En revanche, il est particulièrement vivant dans la narration des moments de sa vie avec ses disciples. Il s’arrête pour décrire l’atmosphère des lieux, contemple les gestes du Seigneur, raconte les réactions spontanées des apôtres… Bref, il nous fait découvrir le charme de la figure du Christ qui a tant séduit les Douze et les premiers chrétiens.
Au cours de ses premières années de prêtrise, saint Josémaria avait l’habitude d’offrir des exemplaires de l’Évangile. Il expliquait qu’il était nécessaire d’avoir, comme saint Marc, la vie de Jésus « dans notre tête et dans notre cœur, afin qu’à tout moment, sans qu’il soit besoin d’aucun livre, en fermant les yeux, nous puissions la voir comme dans un film » [02]. La richesse des détails avec lesquels le premier Évangile est écrit nous permet d’entrer facilement dans le parcours terrestre de Jésus. Si nous y ajoutons notre imagination, nous pouvons revivre certaines scènes de sa vie et développer ainsi, peu à peu, les mêmes sentiments que le Christ (cf. Ph 2, 5).
AVANT de vivre à Rome, saint Marc a été l’un des premiers chrétiens de Jérusalem. Il était le cousin de Barnabé, qui l’avait invité à répandre l’Évangile. Tous deux s’embarquèrent avec Paul pour son premier voyage apostolique (cf. Ac 13, 5-13), mais tout ne se passa pas comme ils l’avaient espéré. Lorsqu’ils atteignirent Chypre, Marc se trouva dans l’incapacité de continuer et retourna à Jérusalem. Cela a apparemment déplu à Paul ; en effet, lorsqu’ils ont planifié un second voyage et que Barnabé a de nouveau voulu que Marc les accompagne, Paul s’y est opposé. L’expédition se sépara donc, et Paul et Barnabé s’en allèrent chacun de leur côté.
Des années plus tard, lorsque Marc se retrouve à Rome, il retrouve Paul et on le voit collaborer avec lui à l’annonce de l’Évangile. À celui qui n’avait pas voulu qu’il l’accompagne dans son voyage, saint Marc apporte désormais une profonde consolation. En effet, lorsqu’il dut partir, Paul écrivit à Timothée : « Amène Marc avec toi, il m’est très utile pour le ministère » (2 Tm 4, 11). Les problèmes qu’ils ont eus à Chypre sont oubliés. Paul et Marc sont amis et travaillent ensemble à la chose la plus importante : répandre la bonne nouvelle du Christ.
Il est normal que, dans notre vie quotidienne, nous ayons quelques conflits avec les personnes qui nous entourent, comme cela est arrivé à Paul avec Marc, et aussi avec ceux qui sont nos compagnons dans la tâche d’apporter le Christ aux gens. Ils peuvent survenir à cause de différences d’approche sur une question particulière, à cause de certains traits de caractère qui peuvent être difficiles à comprendre, ou pour tant d’autres raisons. La fatigue elle-même peut accentuer ces frictions. Mais ce qui est décisif, ce ne sont pas ces différences, qui existeront toujours, mais d’être capable de reconnaître cette diversité comme une richesse. Ainsi, comme Paul, nous pourrons apprécier ceux qui nous entourent, sachant que ce qui nous unit est plus grand que ce qui nous sépare. Comme le disait saint Josémaria : « Vous devez aussi pratiquer constamment une fraternité qui soit au-dessus de toute sympathie ou antipathie naturelle, en vous aimant les uns les autres comme de vrais frères, avec le traitement et la compréhension propres à ceux qui forment une famille unie » [03].
SAINT MARC termine son récit par l’invitation de Jésus aux apôtres à répandre sa parole : « Allez dans le monde entier. Proclamez l’Évangile à toute la création » (Mc 16, 15). L’évangéliste ne s’est pas contenté de reprendre ce commandement, mais il a essayé de le mettre en pratique. Il n’était peut-être pas réputé pour son audace lorsqu’il s’est rendu à Chypre, mais cette première déception ne l’a pas découragé. Par la suite, il s’est lancé dans d’autres aventures, laissant derrière lui sa terre natale.
« La vie est renforcée par le don de soi et affaiblie par l’isolement et le confort. En fait, ceux qui jouissent le plus de la vie sont ceux qui quittent la sécurité du rivage et se passionnent pour la mission de communiquer la vie aux autres » [04]. Saint Marc a fait la même expérience. Au début, il a eu le vertige en s’éloignant de la tranquillité et des réalités qu’il connaissait, mais ensuite il a pu quitter la sécurité du rivage pour transmettre la joie de vivre avec Jésus dans le monde entier. De plus, avec son Évangile, il a aidé les générations suivantes de chrétiens à connaître plus en détail la figure du Seigneur.
Une expérience similaire a eu lieu dans la vie de Marie. Elle aussi a d’abord été effrayée lorsque l’ange Gabriel est apparu chez elle et lui a adressé cette mystérieuse salutation : « Salut, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi » (Lc 1, 28). Cette rencontre l’a amenée à quitter la sécurité de Nazareth pour rendre visite à Élisabeth et donner naissance à son fils à Bethléem. Des années plus tard, elle quittera à nouveau son pays pour suivre Jésus de près pendant sa prédication. Bien qu’il ait d’abord trouvé difficile de quitter sa maison, il a ressenti, comme saint Marc, la joie d’être proche de Jésus et de transmettre son Évangile à tous les peuples.
[01]. Saint Jérôme, De Script.eccl.
[02]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 107.
[03]. Saint Josémaria, Lettre 30, n° 28.
[04]. V Conférence de l’Épiscopat d’Amérique Latine. Document de Aparecida, 29 juin 2007, cité par le pape François dans Evangelii gaudium, n° 10.
- Donner la vie pour les brebis
- Nous sommes tous à la fois brebis et pasteur
LES ÉVANGILES des premiers dimanches de Pâques rapportent les apparitions du Christ ressuscité. Or, nous trouvons aujourd’hui le discours où Jésus se présente comme le bon pasteur et explique à ses auditeurs les caractéristiques de celui qui veille sur les brebis : son attention, son esprit de sacrifice, son union au Père, sa pleine liberté pour assumer sa mission… On dirait qu’il veut encourager ceux qui l’écoutent à mettre leur confiance en lui et à vouloir faire partie de son troupeau. Aujourd’hui, dimanche du bon pasteur, l’Évangile nous invite à entrer dans le bercail du Christ ressuscité, à lui permettre d’être notre guide.
La liturgie de la messe commence par une prière adressée à Dieu le Père, qui nous place devant un besoin : « Dieu éternel et tout-puissant, guide-nous jusqu’au bonheur du ciel ; que le troupeau parvienne, malgré sa faiblesse, là où son Pasteur est entré victorieux » [01]. Jésus connaît notre situation et il sait que nous avons besoin de sa force de guérison. Les blessures de notre péché ne sont pas un motif de découragement, mais elles peuvent nous conduire à une grande confiance dans le Seigneur. Il nous aide à contempler la réalité avec compréhension et à fixer notre regard sur Dieu. Jésus nous a précédés sur la route qui conduit à la vie éternelle : il fraye le chemin et nous montre qu’il mène au bonheur.
La lumière de la Pâque éclaire la figure du bon pasteur. Nous pouvons dire que Jésus « est mon berger : je ne manque de rien. Sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer. Il me mène vers les eaux tranquilles » (Ps 22, 1-2), car il a vaincu la mort en retournant à la vie. « Après avoir triomphé de l’enfer, dit un hymne liturgique, le Restaurateur du genre humain retourne au ciel, ressuscité, portant sa brebis sur ses épaules » [02]. Cette brebis est l’image de l’humanité, une image de chacun d’entre nous.
« MOI, JE SUIS LE BON PASTEUR, le vrai berger, qui donne sa vie pour ses brebis » (Jn 10, 11). Par ses mots si brefs, Jésus nous dit comment il s’identifie au bon pasteur : celui qui se donne lui-même pour prendre soin des âmes à lui confiées. Cette tâche est pour lui la plus importante. Il existe un lien étroit entre le bon pasteur et les brebis à sa charge : il les connaît une par une, il passe son temps entouré d’elles, il reconnaît leurs bêlements, leur façon de marcher… Le bon pasteur n’abandonne jamais ses brebis parce qu’elles font partie de sa vie, tandis que le « mercenaire », celui qui ne les aime pas comme siennes, ne s’en occupe pas personnellement.
Jésus souligne qu’il donne sa vie pour les brebis, comme un acte libre, fondé donc sur l’amour : « Voici pourquoi le Père m’aime : parce que je donne ma vie, pour la recevoir de nouveau. Nul ne peut me l’enlever : je la donne de moi-même. J’ai le pouvoir de la donner, j’ai aussi le pouvoir de la recevoir de nouveau : voilà le commandement que j’ai reçu de mon Père » (Jn 10, 17-18). Quelle espérance un tel amour ne devrait-il pas susciter en nous ! Si la passion du Seigneur nous a montré jusqu’à quel extrême est arrivé son amour pour nous, sa résurrection nous dit qu’il vaut la peine de se laisser gagner par cet amour, puisque nous y trouverons la force pour commencer à marcher, déjà ici-bas, conformément à la vie nouvelle. « Mon Dieu, priait saint Josémaria, qu’il est facile de persévérer, quand on sait que tu es le Bon Pasteur, et nous — toi et moi… — des brebis de ton troupeau ! — En effet, nous savons bien que le Bon Pasteur donne sa vie tout entière pour chacune de ses brebis » [03].
En tant que brebis du troupeau du Christ, nous saurons aller aux lieux où il nous donne la vie : ces moments de prière quotidienne, les pratiques de piété, qui battent la mesure de nos journées… Mais, principalement, les sacrements, puisqu’ils nous renouvellent d’une vie divine. Nous pourrons alors dire avec le psalmiste : « Tu prépares la table pour moi devant mes ennemis ; tu répands le parfum sur ma tête, ma coupe est débordante. Grâce et bonheur m'accompagnent tous les jours de ma vie ; j’habiterai la maison du Seigneur pour la durée de mes jours » (Ps 22, 5-6).
LE DIMANCHE du bon pasteur est un bon jour pour demander à Dieu que l’Église rende toujours présents les soins du bon pasteur. Offrir ces soins est une mission très spéciale des ministres sacrés. Cependant, en un certain sens, tous les baptisés, identifiés au Christ, sont appelés à être pasteurs des autres : à les aider par l’exemple, la prière et le conseil. C’est pourquoi, saint Josémaria disait que nous sommes tous à la fois brebis et pasteur.
Pour être de bons pasteurs nous avons besoin d’imiter Jésus lorsqu’il sert, guérit, accompagne, écoute… En définitive, lorsqu’il donne gratuitement sa vie pour les autres. « L’intermédiaire fait son travail et reçoit son salaire. […] Le médiateur, en revanche se perd lui-même pour unir les parties, donne sa vie, soi-même, le prix est celui-ci : sa vie, il paie de sa vie, de sa fatigue, de son travail, tant de choses » [04]. Les autres ne sont pas un moyen pour obtenir quelque chose, pas plus que des objectifs qui pourraient nous sembler très élevés. Telle serait l’attitude du mercenaire de la parabole : il n’a que faire des brebis, excepté les avantages qu’il pourrait en tirer.
Le bon pasteur regarde chacun avec la gratuité de Dieu ; il les voit selon leur condition fondamentale : un fils ou une fille de Dieu appelé à la gloire et à prendre part à son amour. C’est pourquoi il sert tout le monde avec joie, ce qui entraîne une confiance sincère chez les autres : ils souhaitent s’approcher du pasteur, sachant qu’il ne cherche que leur bonheur. Après tout, la récompense de ce don de soi est une joie qui n’en finit pas : « Quand se manifestera le Chef des pasteurs, vous recevrez la couronne de gloire qui ne se flétrit pas » (1 P 5, 4).
[01]. Missel Romain, Prière, Quatrième Dimanche de Pâques.
[02]. Hymne Salve dies.
[03]. Saint Josémaria, Forge, n° 319.
[04]. Pape François, Homélie, 9 décembre 2016.
- La maison de Dieu parmi nous
- Pierres vivantes et choisies
- Fidèles à Dieu, à l’Église et au pape
PAR LA CONSTITUTION apostolique Ut sit, qui a érigé l’Opus Dei en prélature personnelle, le pontife romain a également érigé l’oratoire de Sainte Marie de la Paix en église prélatice. La cérémonie de la Dédicace a été célébrée par le bienheureux Álvaro del Portillo le 2 mai 1986, après que des travaux de rénovation aient été effectués pour doter la nouvelle église d’une chapelle du Saint-Sacrement, dans laquelle dix confessionnaux ont également été installés [01].
Au cours de l’homélie de cette célébration, le bienheureux Álvaro a réfléchi au sens du rite de la Dédicace, en commentant les paroles de la première lecture : « Le Très-Haut n’habite pas dans des maisons construites de main d’homme, comme le dit le prophète : “Le ciel est mon trône, et la terre, l’escabeau de mes pieds. Quelle maison me bâtirez-vous, dit le Seigneur, quel sera le lieu de mon repos ? N’est-ce pas ma main qui a fait tout cela ?” (Actes 7, 48-50). Malgré ces paroles, qui soulignent sa transcendance, Dieu condescend et permet aux hommes, au temps du roi Salomon, fils de David, de lui construire une maison : le Temple de Jérusalem, dans lequel l’Église a toujours vu une image de l’humanité très sainte du Christ, le vrai temple dans lequel habite corporellement la plénitude de la divinité (cf. Col 2, 9).
Le Temple de Jérusalem était aussi, en un certain sens, un avant-goût et un symbole des temples chrétiens, qui sont des lieux de prière et de rencontre avec Dieu, car au cœur de chacun d’entre eux - le Tabernacle - l’Église garde la Très Sainte Eucharistie. C’est pourquoi toute église est un centre spirituel dans lequel Notre Seigneur Jésus-Christ, sous les espèces sacramentelles, « est au milieu de nous jour et nuit, demeurant avec nous, plein de grâce et de vérité (cf. Jn 1, 14) ; il ordonne nos mœurs, nourrit les vertus, console les affligés, fortifie les faibles, et encourage tous ceux qui viennent à lui à l’imiter, afin que, par son exemple, ils apprennent à être doux et humbles de cœur, et à ne pas chercher leur propre bien, mais celui de Dieu » [02].
EN PLUS d’être symbolisées par l’ancien temple de Jérusalem, les églises visibles sont à leur tour un symbole de l’Église invisible, composée de tous les baptisés en tant que « pierres vivantes et choisies » [03]. Le Seigneur veut que nous soyons des pierres vivantes de l’Église, « formés dans la foi, fortifiés par l’espérance et unis par la charité » [04]. Pour qu’il en soit ainsi, dans notre existence quotidienne, nous devons être unis au Christ, la « pierre angulaire » suprême, « rejetée par les hommes mais choisie et précieuse devant Dieu » (1 P 2, 6.4).
Aujourd’hui est un bon jour pour renouveler notre désir de « connaître, fréquenter et aimer » [05] Jésus-Christ, afin qu’il devienne de plus en plus le centre de notre vie et, comme la pierre angulaire, son fondement : « En nous unissant à cette pierre, écrit saint Augustin, nous trouvons la paix ; en nous appuyant sur elle, nous acquérons la fermeté. Elle est à la fois un fondement, car elle nous soutient, et une pierre angulaire, car elle nous unit. C’est la pierre sur laquelle l’homme prudent, en y bâtissant sa maison, se tient complètement à l’abri de toutes les tentations de ce monde : ni les torrents de pluie ne la font tomber, ni les rivières débordantes ne la font déborder, ni la force des vents ne l’ébranle » [06].
Si le temple chrétien est le signe des fidèles unis autour de la pierre angulaire qu’est le Christ et par lui, avec lui et en lui, unis aussi entre eux, dans l’église prélatice de Sainte Marie de la Paix sont surtout symbolisés les fidèles de l’Opus Dei, appelés à « exprimer dans les faits la doctrine de l’appel universel à la sainteté, et à promouvoir au sein de toutes les classes sociales la sanctification dans le travail et par le travail, constituant un organisme apostolique composé de prêtres et de laïcs, hommes et femmes, à la fois organique et indivis, avec unité d’esprit, de but, de gouvernement et de formation » [07]. Se faisant l’écho de la communion spéciale des saints qui existe dans l’Œuvre, au sein du Corps mystique du Christ, le bienheureux Álvaro a commenté : « Comme tous les enfants de l’Église, nous nous reconnaissons dans les paroles du Prince des Apôtres proclamées dans la deuxième lecture de la Messe ; paroles qui nous apportent aussi l’écho de la prédication constante de notre fondateur :Vos autem genus electum, regale sacerdotium, gens sancta (1 P 2, 9). Nous avons été choisis par Dieu, sans aucun mérite de notre part, pour être une race élue, un sacerdoce royal, un peuple saint, pour proclamer les merveilles de Dieu, qui nous a appelés des ténèbres à son admirable lumière. C’est là notre fondement. Voulons-nous être plus efficaces dans notre service de l’Église ? Voulons-nous porter sur nos épaules, avec plus de panache, le poids de l’édifice spirituel formé par tous les fidèles chrétiens ? Appuyons-nous davantage sur Jésus-Christ, fréquentons-le dans sa très sainte Humanité, soyons des âmes eucharistiques, aimons la confession, qui est le tribunal de sa miséricorde » [08].
L’UN DES ÉVANGILES prévus pour la messe d’aujourd’hui rapporte la rencontre du Seigneur avec Zachée alors qu’il entrait dans Jéricho. En passant près du sycomore où était monté le chef des collecteurs d’impôts, Jésus lui dit : « Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison » (Lc 19, 5). Nous aussi, nous savons que le Seigneur veut venir « habiter dans notre âme : dans nos travaux, dans nos affections, dans nos joies, dans nos peines » [09]. Nous voudrions l’accueillir avec la même volonté et la même générosité que Zachée, être dociles à sa grâce pour que Jésus nous conduise à une nouvelle conversion, pour renouveler notre vie chrétienne lorsque nous nous sommes un peu éloignés de lui ou que notre rythme est devenu un peu las et apathique. « Chacun de nous n’est qu’une pauvre créature, mais nous gardons dans notre cœur la ferme résolution d’être loyal. Demandons à Notre Seigneur de nous aider à être toujours fidèles […] et à savoir comment passer notre vie dans un service loyal de toutes les âmes. De cette façon, Dieu sera fier de nous et la Vierge nous sourira du ciel » [10].
Être fidèles à notre Seigneur revient pour nous à être fidèles à l’Église et, par conséquent, être de bons enfants du pape. Saint Josémaria, dès 1928, a voulu que l’Opus Dei soit très romain, qu’il soit étroitement uni au siège de Pierre dans son service constant à l’Église universelle, ce qui est sa raison d’être. C’est pourquoi, lors de la Dédicace de l’église prélatice de Saint Marie de la Paix, le bienheureux Alvaro a conclu son homélie en disant : « Aujourd’hui, nous nous décidons à renouveler notre loyauté, à être toujours très fidèles au pontife romain. De cette façon, Notre Seigneur se servira de nous, comme de pierres vivantes, pour construire son Église jour après jour au milieu de la société humaine, qui aujourd’hui en particulier semble s’éloigner de lui. Malgré notre petitesse, par la bonté de Dieu, nous serons une force pour les autres, en nous appuyant toujours sur la pierre angulaire, qui est le Christ Jésus, et sur la pierre forte - la force de l’Église - qui est Pierre, le pontife romain » [11].
Nous concluons en plaçant nos résolutions de conversion, de fidélité et de service de l’Église en étroite union avec le pape, sous l’intercession de Saint Marie de la Paix. Avec le saint-père, nous lui demandons aussi, pleins de foi, d’obtenir du Seigneur le don de la paix pour notre âme et pour le monde entier : « Accueillez, ô Mère, notre supplication. Ô étoile de la mer, ne nous laissez pas faire naufrage dans la tempête de la guerre. Vous, arche de la nouvelle alliance, vous inspirez des projets et des chemins de réconciliation. Vous, « terre du ciel », ramenez l’harmonie de Dieu dans le monde. Éteignez la haine, éteignez la vengeance, apprenez-nous à pardonner […]. Femme du Oui, sur qui est descendu l’Esprit Saint, ramenez-nous l’harmonie de Dieu. Vous qui êtes la « source vivante de l’espérance », dissipez la sécheresse de notre cœur. Vous qui avez tissé l’humanité de Jésus, faites de nous des bâtisseurs de communion. Vous qui avez foulé nos chemins, guidez-nous sur les voies de la paix » [12].
[01]. Cf. Bienheureux Álvaro del Portillo, Homélie, 2 mai 1986.
[02]. Saint Paul VI, Mysteriuem fidei, n° 6; cf. Álvaro del Portillo, Homélie, 2 mai 1986.
[03]. Missel romain, Commun de la Dédicace d’une église (en dehors de l’église). Prière.
[04]. Saint Augustin, Sermon 337.
[05]. Mgr Fernando Ocariz, Lettre pastorale, 14 février 2017.
[06]. Saint Augustin, Sermon 337.
[07]. Saint Jean Paul II, Constitution apostolique Ut sit, 28 novembre 1982, prœmio.
[08]. Bienheureux Álvaro del Portillo, Homélie, 2 mai 1986.
[09]. Saint Josémaria, propos recueillis dans Noticias, juillet 1975.
[10]. Bienheureux Álvaro del Portillo, Homélie, 2 mai 1986.
[11].Ibid.
[12]. Pape François, Acte de consécration au Cœur Immaculé de Marie, 25 mars 2022.
- Se souvenir de la miséricorde de Dieu
- Puiser aux sources qui purifient
- La miséricorde se manifeste dans le service
APRÈS avoir prêché l’Évangile à Chypre lors de leur premier voyage apostolique, saint Paul et saint Barnabé se rendirent en Asie Mineure pour continuer à prêcher la parole de Dieu. Arrivés à Antioche de Pisidie, ils se rendirent à la synagogue le jour du sabbat. Le chef de la synagogue les invita à diriger le commentaire de la Loi et des Prophètes. Paul prend alors la parole et commence sa prédication par un bref résumé de l’histoire du peuple élu (cf. Ac 13, 16-22). Il leur raconte comment le Seigneur avait fait sortir les Israélites de l’esclavage « à bras étendu », comment ils avaient erré dans le désert jusqu’à ce qu’ils entrent dans la Terre promise, et comment ils s’y étaient établis et avaient reçu des juges et des rois pour les guider et les protéger.
Ce que Saint Paul a précisé dans son commentaire, c’est que l’histoire d’Israël est une histoire de la miséricorde divine. « C’est une prédication historique que les disciples adoptent, et elle est fondamentale parce qu’elle nous permet de nous souvenir des moments importants, des signes de la présence de Dieu dans la vie de l’homme » [01]. Dans la continuité du peuple élu, nous dirons dans le psaume de la messe d’aujourd’hui : « Je chanterai à jamais les miséricordes du Seigneur ; de génération en génération, je proclamerai de ma bouche ta fidélité » (Ps 89, 2). Malgré la difficulté que le peuple a eue à certains moments à croire et à être fidèle à l’Alliance, le Seigneur a maintenu sa protection sur lui.
En évoquant la figure du roi David, saint Paul rappelle à ses auditeurs que l’Alliance est surtout tournée vers l’avenir. « De sa descendance, Dieu, selon la promesse, a fait sortir pour Israël un Sauveur, Jésus » (Ac 13, 23). Le chant de la miséricorde atteint sa plénitude en Jésus-Christ. Il est l’Oint du Père, dans la puissance de l’Esprit Saint. En Jésus, toute l’humanité peut trouver l’accomplissement de ses désirs les plus profonds. Notre propre histoire converge également vers le Christ ressuscité. Il nous attire à lui pour nous montrer la miséricorde de son Dieu Père dans notre passé, notre présent et notre avenir.
À LA MESSE d’aujourd’hui, une partie du récit de la dernière Cène sera proclamée. Après avoir lavé les pieds de ses disciples, le Seigneur rappelle aux apôtres qu’il sera présent avec ceux qu’il a envoyés (cf. Jn 13, 16.20). C’est le mystère merveilleux du rapport entre le Christ et ses disciples. C’est ainsi que Dieu continue d’agir dans le monde. Cela peut sembler trop sublime, au-delà de nos capacités, mais c’est possible grâce à l’action de la grâce. C’est précisément en ce sens que le geste du lavement des pieds est éloquent : c’est le Seigneur qui nous lave, qui nous rend capables de continuer à annoncer l’Évangile avec une confiance renouvelée et poussés par sa tendresse et son amour.
« Amen, amen, je vous le dis : si quelqu’un reçoit celui que j’envoie, il me reçoit moi-même ; et celui qui me reçoit, reçoit Celui qui m’a envoyé » (Jn 13, 20). Nous sommes porteurs du Christ ! La miséricorde de Dieu continue d’atteindre de nombreuses personnes à travers la parole et les actes des chrétiens. Il est vrai qu’en chacun de nous, il y a des choses qui brouillent le verre à travers lequel passe la lumière de la miséricorde. Mais c’est précisément dans ce désir de recommencer, de se tourner à nouveau vers le pardon du Seigneur, que la bonté du Père céleste est annoncée à nouveau, parce que « l’Église est un peuple de pécheurs qui font l’expérience de la miséricorde et du pardon de Dieu » [02].
Un ange a purifié les lèvres du prophète Isaïe avec un charbon ardent avant qu’il ne soit envoyé au peuple d’Israël (cf. Is 6, 1-9). Et nous pouvons nous rappeler que, pour annoncer correctement le message de l’Évangile, nous devons nous tourner vers les sources qui nous purifient, en particulier vers le sacrement de la réconciliation. C’est ainsi que nous prêcherons la miséricorde de Dieu, que nous avons d’abord expérimentée personnellement. « Jésus a vécu ce drame avec les docteurs de la Loi, qui ne comprenaient pas pourquoi il ne laissait pas lapider la femme adultère, ils ne comprenaient pas comment il allait dîner avec les publicains et les pécheurs : ils ne comprenaient pas. Ils n’ont pas compris la miséricorde […]. Demandons au Seigneur de nous faire comprendre ce qu’est son cœur, ce que signifie la miséricorde, ce qu’il veut dire quand il dit : je veux la miséricorde et non le sacrifice ! » [03].
« SACHANT cela, heureux êtes-vous, si vous le faites » (Jn 13,17). Jésus a donné à ses apôtres un exemple de dévouement et de service attentif. Soutenus par la grâce de Dieu, ils se sont aussi dévoués à leurs semblables, proclamant inlassablement que Jésus est vivant. Par le service gratuit, nous pouvons apporter la miséricorde de Dieu à de nombreuses personnes, et cela nous conduit également à traiter les autres selon leur grandeur en tant qu’enfants de Dieu. Saint Paul supplie les Philippiens : « Ne soyez jamais intrigants ni vaniteux, mais ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de ses propres intérêts ; pensez aussi à ceux des autres. autres comme des supérieurs, en recherchant non pas vos propres intérêts, mais ceux des autres » (Ph 2, 3-4). Il rappelle ensuite comment Jésus, « ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect » (Ph 2, 6-7).
C’est l’amour qui nous incite à servir les autres de bon cœur. C’est dans ce sens que saint Josémaria, en composant les prières de l’Œuvre, a voulu qu’elles commencent par Serviam ! — Je servirai —, qui reflète cette volonté de se donner, avec un enthousiasme surnaturel. « Si nous laissons le Christ régner en notre âme nous ne dominerons pas les hommes, mais nous les servirons. Service. Comme j’aime ce mot ! Servir mon Roi et, pour Lui, tous ceux que son sang a rachetés ! Si les chrétiens savaient servir ! Confions au Seigneur notre décision d’apprendre à accomplir cette mission de service, car ce n’est qu’ainsi que nous pourrons connaître le Christ et L’aimer. Le faire connaître et Le faire aimer » [04].
Dans la vie de la Vierge Marie, nous voyons comment l’action de la miséricorde du Seigneur se transforme en service. Immédiatement après l’Annonciation, elle va aider sa cousine sainte Élisabeth. Et dans ce moment de don de soi, elle éclate en chants, pleine de joie, témoignant de l’action de Dieu, car « sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent » (Lc 1, 50).
[01]. Pape François, Homélie, 21 avril 2016.
[02] . Pape François, Audience générale, 9 août 2017.
[03]. Pape François, Homélie, 6 octobre 2015.
[04] Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 182.
- Découvrir Dieu le Père en Jésus
- Renouveler notre conscience de la filiation divine
TOUT AU LONG de la vie publique du Seigneur, les apôtres ont découvert de plus en plus clairement la relation très spéciale qu’il entretenait avec le Père. Il parle de lui avec une familiarité frappante, au point de scandaliser les chefs d’Israël. Il encourage les habitants de la ville à se confier à sa sollicitude paternelle, plus délicate encore que celle qu’il porte aux plantes des champs ou aux oiseaux du ciel. Ils ont même vu Jésus agir avec énergie pour défendre la sainteté du Temple, parce que c’était la maison de son Père. Lors de la dernière Cène, Jésus parle à nouveau du Père à ses apôtres. C’est à ce moment-là que l’un d’entre eux, Philippe, ose enfin formuler une demande qui était peut-être dans le cœur des autres : « Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit » (Jn 14, 8).
Les apôtres avaient appris de Jésus que Dieu a un visage paternel. La prière d’Israël prend alors une force encore plus grande : « Que Dieu nous prenne en grâce et nous bénisse, que son visage s’illumine pour nous » (Ps 66, 2). C’est pourquoi Philippe comprend que pour avoir une vie pleine, il suffit de voir le visage du Père : découvrir ce regard d’affection, qui nous affirme et nous remplit de sécurité. Tout le reste est la conséquence de cette rencontre. La réponse de Jésus a dû surprendre les apôtres : « Celui qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14, 9). Mais cette réponse explique en fait tout le comportement du Christ : sa tendresse envers les faibles, la force dont il fait preuve dans les moments difficiles, sa patience pour corriger et former ses disciples… Chaque geste, chaque parole est une manifestation de l’amour du Père. C’est pourquoi le Catéchisme de l’Église rappelle que « toute la vie du Christ est Révélation du Père » [01].
La contemplation de ce mystère nous pousse à faire nôtre la conviction de Philippe. Pour que notre vie soit pleine, il suffit que nous découvrions le visage du Père, c’est-à-dire qu’il suffit que nous sachions que nous sommes toujours et en tout temps enfants de Dieu. Dans notre prière, nous pouvons peut-être demander à Jésus : Montre-nous le Père ! Aide-moi à découvrir sa présence dans ma vie ! Que je sois conscient que son visage me regarde constamment avec une affection infinie !
LA RELATION du Christ avec son Père céleste ne reste pas seulement dans son intimité, mais déborde vers l’extérieur : « Le Père qui demeure en moi fait ses propres œuvres » (Jn 14, 10). Jésus a accompli sa mission en parfaite union avec celui qui l’a envoyé dans le monde. Ses œuvres sont en même temps les œuvres du Père. Et cette union, d’une certaine manière, s’étend aussi à ceux qui suivent le Christ : « Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes, parce que je pars vers le Père » (Jn 14,12).
Les œuvres d’un chrétien sont les œuvres d’un enfant de Dieu. Lorsqu’elles sont accomplies dans la conscience de cette relation, elles deviennent l’expression de son merveilleux amour inconditionnel. Dieu manifeste la puissance de son amour paternel dans nos vies normales et ordinaires. Il nous est donc très utile de renouveler cette conscience de la filiation divine pour affronter nos journées avec enthousiasme et courage. Saint Josémaria conseillait : « Appelle-le “Père” souvent dans la journée et dis-lui, seul à seul, dans ton cœur, que tu l’aimes, que tu l’adores, que tu ressens la fierté et la force d’être son fils » [02]. Cette vérité simple et fondamentale — que nous sommes enfants de Dieu — imprègne notre travail quotidien de lumière : « Elle nous conduit à prier avec la confiance des enfants de Dieu, à avancer dans la vie avec l’aisance des enfants de Dieu, à raisonner et à décider avec la liberté des enfants de Dieu, à affronter la douleur et la souffrance avec la sérénité des enfants de Dieu, à apprécier les belles choses comme le fait un enfant de Dieu » [03]. La valeur de ce que nous faisons ne se mesure pas au succès, aux résultats, à l’image que nous donnons à l’extérieur, mais elle réside en nous, dans notre dignité d’enfants bien-aimés.
Nous découvrons également que nous partageons cette dignité d’enfants bien-aimés de Dieu avec les personnes qui nous entourent. Cela change notre regard sur les autres. « Nous devons nous comporter comme des enfants de Dieu avec les enfants de Dieu » [04]. Nous comprenons que leurs actes sont également de la plus haute valeur, parce qu’ils portent l’empreinte de quelqu’un qui a une relation spéciale avec le Père. Cela augmente notre estime pour ceux qui nous entourent : nous apprécions la contribution de nos collègues de travail ou tout service que les autres nous rendent.
L’ÉVANGILE de la messe d’aujourd’hui se termine par une promesse encourageante : « Tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils » (Jn 14, 13). Jésus dit aux apôtres — et il nous dit — que la prière a un grand pouvoir. Mais il faut savoir prier en son nom, c’est-à-dire en s’identifiant aux sentiments du Fils. Le Seigneur veut que notre prière ait toujours le ton d’un fils qui parle à son père. Lorsque Jésus a enseigné à ses disciples comment ils devaient s’adresser à Dieu, il a commencé par dire « Notre Père ». Nous commençons cette merveilleuse prière en éveillant en nous la conscience que nous sommes des enfants de Dieu. Ce n’est qu’ensuite que nous osons demander tant de choses : que Dieu soit glorifié, que sa volonté soit faite, que nous ayons notre pain quotidien, que nous ne nous détournions pas de lui… Mais toujours avec cette prémisse : nous sommes des enfants qui se tournent vers leur Père. « Oh ! que vous avez un bon père, mes filles, en celui que vous donne notre bon Jésus ! Que l’on n’en connaisse donc point ici d’autre de qui l’on parle » [05].
Prier au nom de Jésus implique que nous apprenions, petit à petit, à demander ce que demande un bon fils. Notre prière filiale va en quelque sorte au-delà de nos attentes. C’est pourquoi saint Paul dit que « l’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut. L’Esprit lui-même intercède pour nous par des gémissements inexprimables » (Rm 8, 26). Dans ce sens, sainte Thérèse a également souligné, en commentant la prière du Notre Père : « Aussi folle que soit cette pensée, l’Esprit Saint doit être forcé de se trouver entre un tel Fils et un tel Père, d’enthousiasmer notre volonté et de la lier à vous par un si grand amour » [06]. Il est bon que, lorsque nous demandons quelque chose à notre Père Dieu, nous lui disions qu’au fond de nous-mêmes, nous voulons avant tout ce que l’Esprit Saint sait être le meilleur et que nous ne sommes peut-être même pas capables d’imaginer. Nous pouvons être sûrs que ce qui sort de sa main est meilleur que ce que nous attendions. Pour nous, c’est suffisant. C’est pourquoi nous redisons avec l’apôtre Philippe : « Seigneur, montre-nous le Père, cela nous suffit » (Jn 14, 8).
[01]. Catéchisme de l’Église Catholique, n° 516.
[02]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 150.
[03]. Mgr F. Ocariz, Lettre pastorale, 28 octobre 2020, n° 3.
[04]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 36.
[05]. Saint Thérèse d’Avila, Chemin de la perfection, ch. 24, n° 6.
[06]. Ibid. n° 7.
- Nous pouvons faire confiance à Jésus
- Nous avons été créés pour le ciel
JÉSUS sait que dans quelques heures il va être saisi par les soldats, il se prépare donc à vivre la Passion. Il décide de vivre ses derniers instants avec ceux avec qui il avait passé le plus longtemps sur cette terre, ceux qu’il a aimés d’une manière particulière : les apôtres. C’est à eux, à la fin de la dernière Cène, qu’il ouvre son intimité : il est parfaitement conscient que la douleur, l’abandon et la tristesse viendront, mais il ne permet pas que le drame se répande parmi ses disciples. « Que votre cœur ne soit pas bouleversé : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi » (Jn 14, 1).
Voilà la clé que le Seigneur donne à ses disciples pour affronter ce qui est à venir : la confiance en lui. Cela peut paraître trop générique, mais en réalité cela répond à un besoin essentiel de l’être humain : la recherche de repères, le besoin de s’appuyer sur quelqu’un. Lorsqu’une personne, par exemple, se perd dans la rue, elle essaie d’abord de trouver un lieu familier, puis de refaire le chemin jusqu’à sa destination. Jésus recommande la même chose aux apôtres lorsqu’ils se sentent perdus sur les chemins de la Passion : croire en lui. C’est-à-dire de savoir que ce ne sera pas une souffrance en vain, mais que, comme il l’avait annoncé, ce sera pour nous donner la vie.
Nous aussi, comme les apôtres, nous pouvons vivre des situations dans lesquelles nous ressentons l’absence de Jésus. La fatigue, l’incompréhension ou la maladie peuvent avoir raison de nos forces et nous faire croire que nous sommes seuls. Et c’est dans ces moments-là que le Seigneur nous demande de lui faire confiance, « de ne pas nous appuyer sur nous-mêmes, mais sur lui. Car c’est par la confiance que l’on est délivré de la tourmente. Se confier à Jésus, faire le “saut”. Et c’est cela la libération de l’angoisse. Jésus est ressuscité et il est vivant justement pour être toujours à nos côtés. Nous pouvons maintenant lui dire : “Jésus, je crois que tu es ressuscité et que tu es avec moi. Je crois que tu m’entends. Je t’apporte tout ce qui me préoccupe, mes problèmes : j’ai foi en toi et je me confie à toi” » [01].
DANS SON discours d’adieu lors de la dernière Cène, Jésus donne aussi une autre raison consolante de vivre les jours de la Passion : « Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, vous aurais-je dit : “Je pars vous préparer une place” ? Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi » (Jn 14, 2-3). Le Seigneur se prépare à mourir pour nous réserver une place au ciel, une place qui dépasse toutes les attentes que nous pouvons forger dans notre imagination. Nous savons à peine que ce sera pour toujours — bien que le temps soit aussi un mystère — et que nous serons avec Dieu.
La résurrection du Christ n’est pas un miracle comme les autres. Elle ne consiste pas simplement à ramener à la vie un corps mort, comme cela s’était produit auparavant avec Lazare (cf. Jn 11, 1-44) ou le jeune homme de Naïm (cf. Lc 7, 11-17), car ceux-ci, après un certain temps, mourraient à nouveau. Jésus a brisé les chaînes « pour passer à une vie totalement nouvelle, à une vie qui n’est plus soumise à la loi du devenir et de la mort, mais qui la dépasse ; une vie qui a inauguré une nouvelle dimension de l’homme » [02].
En inaugurant cette nouvelle dimension, la vie que Jésus nous a donnée ne répond pas à la logique d’accumuler des souffrances ici-bas pour être heureux plus tard au Paradis. Tous les saints, dans des circonstances et à des époques très différentes, ont été des gens heureux, c’est pourquoi saint Josémaria écrivait que « le bonheur du Ciel est pour ceux qui savent être heureux sur la terre » [03]. Le Christ nous a préparé un avenir qui illumine le présent et nous remplit de joie, même sur notre chemin terrestre. Ainsi, nous pouvons reconnaître l’amour de Dieu dans toutes les situations : dans la pauvreté et dans la richesse, dans l’honneur et dans la calomnie, dans la santé et dans la maladie, dans la paix et dans la persécution ; à chaque instant de notre vie, nous nous préparons à cette nouvelle demeure parce que, en réalité, nous avons été créés pour le ciel (cf. Ph 4, 11-13).
THOMAS répond aux paroles de Jésus par une question pleine de bon sens : « Comment connaître le chemin ? » (Jn 14, 5). En effet, les deux propositions du Maître — la confiance en lui et la promesse du ciel — ne semblent pas si faciles à vivre dans la pratique. Thomas, comme tout le monde, cherche un peu plus de sécurité. D’une certaine manière, c’est comme s’il se demandait : « Comment saurai-je si je suis en train de suivre Dieu ou bien de me persuader que c’est la bonne chose à faire alors que ce n’est pas le cas ? »
Philippe veut lui aussi une confirmation et demande : « Montre-nous le Père ; cela nous suffit » (Jn 14, 8). Mais Jésus répond par une question : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas ». Il aurait peut-être été plus simple de répondre directement, mais le Christ veut que l’apôtre trouve la réponse en regardant sa propre vie. L’expérience de sa relation avec Jésus est bien plus forte que n’importe quel discours. C’est le souvenir des épisodes vécus ensemble — la joie quand il l’a appelé à le suivre, les premiers miracles qu’il a vus et accomplis, les conversations en tête à tête — qui le conduira à faire confiance à Jésus lorsque se présenteront des situations comme celles de la Passion.
Au cours de ces semaines de Pâques, nous pouvons retourner « là où a commencé notre histoire d’amour avec Jésus, là où a eu lieu le premier appel. […] Retourner à ce moment, à cette situation, à cette expérience dans laquelle nous avons rencontré le Seigneur, senti son amour et reçu un regard nouveau et lumineux sur nous-mêmes, sur la réalité, sur le mystère de la vie » [04]. Il nous sera alors plus facile de faire confiance à Jésus et à ses promesses. La Vierge Marie se souvenait probablement souvent des moments qui ont marqué sa vie, en particulier ceux liés à son Fils. Elle nous aidera à marcher sans perdre de vue l’amour qui a nourri notre vie et qui continue à le faire.
[01]. Pape François, Regina Coeli, 10 mai 2020.
[02]. Benoît XVI, Jésus de Nazareth III.
[03]. Saint Josémaria, Forge, n° 1005.
[04]. Pape François, Homélie, 8 avril 2023.
- L’inhabitation divine dans l’âme
- Avec le feu de l’Esprit Saint
LE TEMPS DE PÂQUES touche bientôt à sa fin. Tout au long de ces semaines, nous avons rappelé quelques-unes des rencontres du Christ ressuscité avec les apôtres et les saintes femmes. L’Ascension et la Pentecôte approchent et l’Église nous invite à nous préparer intérieurement à ces deux solennités. Dans l’Évangile, nous lisons les paroles d’adieu de Jésus lors de la dernière Cène : « D’ici peu de temps, le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi. En ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et moi en vous » (Jn 14, 19-20).
Jésus manifeste l’immensité de l’amour de Dieu pour nous, en révélant le mystère de l’inhabitation divine dans l’âme : nous sommes appelés à être le temple et la demeure de la Sainte Trinité. « Quel plus grand degré de communion avec Dieu l’homme pourrait-il atteindre, quelle plus grande preuve Dieu pourrait-il donner de sa volonté d’entrer en communion avec l’homme ? Toute l’histoire millénaire de la mystique chrétienne, bien qu’elle ait des expressions sublimes, ne peut nous parler qu’imparfaitement de cette présence ineffable de Dieu dans les profondeurs les plus intimes de l’âme » [01].
Dieu nous montre sa proximité. Il ne se contente pas d’être près de nous, il veut être en nous, remplir notre cœur de sa présence. « Dieu est ici, avec nous, présent, vivant, écrivait saint Josémaria : Il nous voit, Il nous entend, Il nous dirige, et Il contemple nos moindres actions, nos intentions les plus cachées » [02]. Se souvenir souvent de lui nous aidera à faire l’expérience de sa présence, à être fidèles dans les petites et les grandes choses qui font notre existence : « En le fréquentant ainsi, avec cette intimité, tu deviendras un bon enfant de Dieu et un grand ami de lui : dans la rue, sur les places, dans tes affaires, dans ta profession, dans ta vie ordinaire » [03].
« SI VOUS M’AIMEZ, vous garderez mes commandements. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : l’Esprit de vérité » (Jn 14, 15-17). L’Église naît du mystère pascal du Christ, elle est continuellement guidée et vivifiée par l’Esprit Saint. Dans son cheminement historique, malgré les fragilités de l’homme, l’assistance de la troisième personne de la Trinité ne cesse jamais.
Il est possible que les apôtres aient été inquiets en raison du départ imminent de Jésus. Le contraste entre l’ampleur de l’entreprise qui leur était confiée et leurs capacités était grand ; comment allaient-ils remplir la mission de porter sa parole dans le monde entier ? C’est pourquoi Jésus, après avoir annoncé l’envoi de l’Esprit Saint, cherche à insuffler la sérénité à ses disciples : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Que votre cœur ne soit pas bouleversé ni effrayé » (Jn 14, 27).
Avec l’Esprit Saint, Jésus leur donne la paix. Une paix qui est un don de Dieu et qui va donc au-delà de ce que nous pouvons atteindre avec les seules forces humaines. Souvent, sur terre, « il n’y a pas de paix ; il n’y a que des apparences de paix, un équilibre de la peur, des engagements fragiles » [04]. En revanche, la paix que le Seigneur nous donne est avant tout la conséquence de l’amour que le Paraclet répand dans nos cœurs (cf. Rm 5, 5). « La paix du Seigneur suit le chemin de la douceur et de la croix : c’est la prise en charge des autres. Le Christ, en effet, a pris sur lui notre mal, notre péché et notre mort. Il a pris tout cela sur lui. Il nous a ainsi libérés. Il a payé pour nous. Sa paix n’est pas le fruit d’un accord, mais elle naît du don de soi » [05].
LORSQUE les apôtres ont appris que les Samaritains avaient entendu la parole de Dieu, mais qu’ils n’avaient pas encore reçu le Paraclet, ils envoyèrent Pierre et Jean. « À leur arrivée, ceux-ci prièrent pour ces Samaritains afin qu’ils reçoivent l’Esprit Saint ; en effet, l’Esprit n’était encore descendu sur aucun d’entre eux : ils étaient seulement baptisés au nom du Seigneur Jésus. Alors Pierre et Jean leur imposèrent les mains, et ils reçurent l’Esprit Saint » (Ac 8, 15-17).
Cet élan missionnaire, sans cesse renouvelé, apparaît tout au long de l’histoire de l’Église. C’est un motif d’espérance pour la tâche d’évangélisation dans laquelle nous sommes nous aussi plongés. « L’Esprit accompagne l’Église sur le long chemin entre la première et la seconde venue du Christ : “Je m’en vais, et je reviens vers vous” (Jn 14, 28), a dit Jésus aux apôtres. Entre le “départ” et le “retour” du Christ, il y a le temps de l’Église, qui est son Corps, et les deux mille ans qui se sont écoulés jusqu’à présent. Temps de l’Église, temps de l’Esprit Saint : il est le Maître qui forme les disciples et les fait tomber amoureux de Jésus, les éduque à écouter sa parole, à contempler son visage » [06].
Au cours de ses premières années de sacerdoce, saint Josémaria avait dans son bréviaire des images qu’il utilisait comme marque-pages. Un jour, il lui sembla qu’il s’y attachait et il les remplaça par des bouts de papier sur lesquels il écrivit plus tard : Ure igne Sancti Spiritus, brûle avec le feu de l’Esprit Saint ! « Je m’en suis servi pendant de nombreuses années, se souvenait-il, et chaque fois que je les lisais, c’était comme si je disais à l’Esprit Saint : Embrase-moi, fais de moi une braise ! » [07] C’est avec ces mêmes désirs que nous pouvons nous préparer, en persévérant dans la prière avec Marie (cf. Ac 1, 14), à recevoir l’Esprit Saint dans notre cœur. Ainsi, enflammés dans notre amour pour Dieu et pour les autres, nous ferons connaître la chaleur divine à tous les hommes, comme l’ont fait les apôtres.
[01]. Saint Jean Paul II, Homélie, 5 mai 1986.
[02]. Saint Josémaria, Sillon, n° 658.
[03]. Saint Josémaria, notes prises lors d’une réunion de famille, 17 novembre 1972.
[04]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 73.
[05]. Pape François, Audience générale, 13 avril 2022.
[06]. Benoît XVI, Homélie, 11 mai 2007.
[07]. S. Bernal, Portrait du fondateur de l’Opus Dei.
- Jésus envoie ses disciples en mission et il nous envoie nous aussi
- Il retourne au ciel mais il ne nous abandonne pas
- Le Christ nous précède, comme "capitaine"
QUARANTE JOURS après le Jour de Pâques, l’Église célèbre l’Ascension de Jésus. La Préface de la messe nous rappelle que « le Seigneur Jésus, vainqueur du péché et de la mort, est aujourd’hui ce Roi de gloire devant qui s’émerveillent les anges : il s’élève au plus haut des cieux, pour être le Juge du monde et le Seigneur des seigneurs » [01]. Saint Marc rapporte que, avant de monter au ciel, Jésus a confirmé la mission apostolique de ses disciples : « Allez dans le monde entier. Proclamez l’Évangile à toute la création » (Mc 16, 15). Voilà une tâche ambitieuse. Car il ne s’agit pas d’évangéliser le seul peuple d’Israël, ou l’empire romain, mais le monde entier, toute la création. « Cette tâche que Jésus confie à un petit groupe d’hommes simples et sans grandes compétences intellectuelles semble vraiment trop audacieuse ! Pourtant, cette petite compagnie, sans importance face aux grandes puissances du monde, est envoyée pour apporter le message d’amour et de miséricorde de Jésus aux quatre coins de la terre » [02].
Compte tenu de tout ce qu’ils avaient vécu pendant les quarante jours qui ont suivi la Résurrection de Jésus, les disciples ont répondu à son mandat missionnaire avec une foi agissante. « Quant à eux, ils s’en allèrent proclamer partout l’Évangile. Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient » (Mc 16, 20). La mission apostolique n’est pas une tâche réservée aux premiers disciples, car nous aussi nous sommes concernés par cette tâche divine. C’est pourquoi le jour où Jésus est monté au ciel nous semble si proche. « L’apostolat est comme la respiration du chrétien : un enfant de Dieu ne peut vivre sans ce frémissement de l’âme. La fête d’aujourd’hui nous rappelle que le zèle pour les âmes est un commandement amoureux du Seigneur qui, en montant dans sa gloire, nous envoie répandre son témoignage dans le monde entier. Notre responsabilité est grande : car être témoin du Christ suppose, avant tout, d’essayer de vivre selon sa doctrine, de lutter pour que notre conduite rappelle Jésus, évoque sa figure très aimable. Nous devons nous conduire de telle manière que les autres puissent dire en nous voyant : celui-ci est chrétien, parce qu’il n’a pas de haine, parce qu’il sait comprendre, parce qu’il n’est pas fanatique, parce qu’il domine ses instincts, parce qu’il se sacrifie, parce qu’il manifeste des sentiments de paix, et parce qu’il aime » [03].
SAINT LUC écrit que, peu avant de monter au ciel, Jésus « les emmena au dehors, jusque vers Béthanie ; et, levant les mains, il les bénit » (Lc 24, 50). Dans une certaine mesure, depuis ce jour-là « ses mains sont étendues sur ce monde. En nous bénissant, les mains du Christ sont comme un toit qui nous protège […]. En partant, il vient nous élever au-dessus de nous-mêmes et ouvrir le monde à Dieu. C’est pourquoi les disciples ont pu se réjouir lorsqu’ils sont rentrés de Béthanie. Par la foi, nous savons que Jésus, bénissant, étend ses mains sur nous. Telle est la raison permanente de la joie chrétienne » [04]. La liturgie des heures médite aujourd’hui quelques mots de saint Augustin concernant ce mystère : « Lui ne s’est pas éloigné du ciel lorsqu’il en est descendu pour venir vers nous ; et il ne s’est pas éloigné de nous lorsqu’il est monté pour revenir au ciel […]. Il est descendu du ciel par miséricorde, et lui seul y est monté, mais par la grâce nous aussi sommes montés en sa personne » [05].
Saint Marc, quant à lui, conclut son Évangile en disant que « le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et s’assit à la droite de Dieu » (Mc 16, 19). La scène est facile à imaginer si nous suivons ce que saint Josémaria a écrit : « Il est juste que la sainte Humanité du Christ reçoive l’hommage, la louange et l’adoration de toutes les hiérarchies des Anges et de toutes les légions des bienheureux dans la Gloire » [06].
Jésus monte au ciel mais sans nous abandonner pour autant. « Puisque Jésus est proche du Père, il n’est pas loin mais proche de nous. Maintenant, il n’est plus en un seul endroit du monde, comme avant l’Ascension ; par sa puissance, il dépasse tout espace, […] il est présent aux côtés de tous, et chacun peut l’évoquer, en tout lieu et tout au long de l’histoire » [07]. Jésus demeure avec nous : l’Esprit Saint habite dans notre âme en état de grâce et le Seigneur nous accompagne, y compris physiquement, dans l’Eucharistie. « Il nous est possible d’entrer dans l’intimité de Jésus, corps et âme. Le Christ nous a clairement montré le chemin : le Pain et la Parole ; nous nourrir de l’Eucharistie, connaître et accomplir ce qu’il est venu nous apprendre, et en même temps parler avec lui dans la prière » [08].
« ET COMME ils fixaient encore le ciel où Jésus s’en allait, voici que, devant eux, se tenaient deux hommes en vêtements blancs, qui leur dirent : “Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Ce Jésus qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel” » (Ac 1, 10-11). La solennité de l’Ascension rallume en nous l’espérance de partager la gloire dont Jésus jouit, à laquelle nous sommes appelés en tant que membres de son corps. « Il ne s’évade pas de notre condition humaine : mais en entrant le premier dans le Royaume, il donne aux membres de son corps l’espérance de le rejoindre un jour » [09].
« Cet “exode” vers la patrie céleste, que Jésus a vécu personnellement, il l’a entièrement affronté pour nous. C’est pour nous qu’il est descendu du ciel et c’est pour nous qu’il y est monté, après s’être fait en tout semblable aux hommes, humilié jusqu’à la mort sur la croix, et après avoir touché le fond de l’abîme du plus grand éloignement de Dieu. C’est justement pour cela que le Père s’est complu en lui et l’a “exalté” (Ph 2, 9), en lui restituant la plénitude de sa gloire, mais cette fois avec notre humanité. Dieu dans l’homme – l’homme en Dieu : c’est désormais une vérité non théorique mais réelle. C’est pourquoi l’espérance chrétienne, fondée dans le Christ, n’est pas une illusion, mais, comme le dit la lettre aux Hébreux, “en elle, nous avons comme une ancre de notre âme” (He 6, 19), une ancre qui pénètre dans le Ciel où le Christ nous a précédés » [10].
Le Seigneur nous attend au ciel et nous envoie l’Esprit Saint, ses dons et ses fruits, pour que nous aussi nous arrivions à franchir la ligne d’arrivée. « Après que le Seigneur fut monté au Ciel, les disciples se réunirent en prière au Cénacle, avec la Mère de Jésus (cf. Ac 1, 14), en invoquant ensemble l’Esprit Saint, qui allait les revêtir de puissance pour le témoignage qu’ils devaient rendre du Christ ressuscité (cf. Lc 24, 49 ; Ac 1, 8). Chaque communauté chrétienne, unie à la Très Sainte Vierge, revit ces jours-ci cette expérience spirituelle singulière en préparation à la solennité de la Pentecôte » [11].
[01]. Missel Romain, Préface de l’Ascension I.
[02]. Pape François, Regina Cœli, 13 mai 2018.
[03]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 122.
[04]. Benoît XVI-Joseph Ratzinger, Jésus de Nazareth.
[05]. Saint Augustin, Sermon sur l’Ascension.
[06]. Saint Josémaria, Saint Rosaire, IIe mystère glorieux.
[07]. Benoît XVI-Joseph Ratzinger, Jésus de Nazareth.
[08]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 118.
[09]. Missel Romain, Préface de l’Ascension I.
[10]. Benoît XVI, Angélus, 4 mai 2008.
[11]. Benoît XVI, Angélus, 8 mai 2005.