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Méditation : Dimanche de la 11ème semaine du Temps Ordinaire (Cycle A)

- Se souvenir de la joie de la rencontre avec Dieu

- Les ouvriers de la moisson

- L’annonce de l’Évangile à nos proches


LORSQUE les Israélites campent au Sinaï, Moïse commence à gravir la montagne pour parler avec Dieu. Le Seigneur, témoin des doutes et des difficultés d’Israël après sa fuite d’Égypte, confirme l’alliance qu’il a conclue avec son peuple : « Vous serez mon domaine particulier parmi tous les peuples, car toute la terre m’appartient, mais vous, vous serez pour moi un royaume de prêtres, une nation sainte ». Et pour leur témoigner son affection, il a rappelé ce qu’ils avaient vécu récemment : « Vous avez vu ce que j’ai fait à l’Égypte, comment je vous ai portés comme sur les ailes d’un aigle et vous ai amenés jusqu’à moi » (Ex 19,2-6a).

En repensant à notre vie, nous pouvons nous rappeler certains moments où nous avons particulièrement ressenti la présence de Dieu ; des circonstances où la proximité de Dieu nous a été la plus évidente et qui nous ont peut-être comblés d’un bonheur sans pareil. Ces souvenirs peuvent contraster avec des situations récentes ou actuelles. Comme le peuple d’Israël, nous traversons aussi des saisons de désert : des événements qui nous ont fatigués ou des revers qui nous ont privés d’espoir.

Dieu, qui connaît ces difficultés, nous invite à tourner notre regard vers son action salvatrice, à faire confiance aux nombreux miracles qu’il a déjà accomplis pour nous, ainsi qu’aux fois où il nous a libérés, comme Israël, de l’esclavage. « Il nous demande de revivre ce moment, cette situation, cette expérience dans laquelle nous avons rencontré le Seigneur, senti son amour et reçu un regard nouveau et lumineux sur nous-mêmes, sur la réalité, sur le mystère de la vie » [01]. Comme le peuple élu, nous avons besoin d’alimenter notre espérance par la mémoire et le souvenir de l’action de Jésus dans notre âme. « Si vous retrouvez le premier amour, l’étonnement et la joie de la rencontre avec Dieu, vous irez de l’avant » [02]


JÉSUS est venu sur terre pour sauver tous les hommes. C’est pourquoi il ne peut s’empêcher d’être ému de compassion lorsqu’il voit des personnes épuisées ou abandonnées, parce qu’elles n’ont personne vers qui se tourner. Le Seigneur aimerait rejoindre chaque personne qui le cherche. Pour cela, il veut compter sur la médiation d’autres bergers qui, comme lui, ont le désir de prendre soin des brebis dispersées dans le monde. C’est pourquoi il se tourne vers ses disciples et leur dit : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson » (Mt 9, 37-38).

Le Seigneur compte sur chacun de nous pour étancher la soif de Dieu des âmes, pour annoncer la Bonne Nouvelle du salut. Une mission qui exige un regard compatissant, comme celui de Jésus : un regard qui n’exclut personne et qui nous pousse à nous donner avec courage et sans réserve. Chaque jour, nous pouvons transmettre l’Évangile aux autres, en particulier à travers une vie authentique, pleine de joie, de préoccupation et de charité, qui accueille la réalité de notre prochain. « Elle nous déchire le cœur, cette plainte — toujours actuelle ! — du Fils de Dieu qui se lamente parce que la moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux. — Ce cri est sorti de la bouche du Christ, pour que tu l’entendes toi aussi : comment lui as-tu répondu jusqu’à présent ? Est-ce que tu pries, au moins tous les jours, à cette intention ? » [03]


LORSQUE le Christ a envoyé les apôtres proclamer la venue du Royaume des cieux et opérer des guérisons, il leur a dit : » Ne prenez pas le chemin qui mène vers les nations païennes et n’entrez dans aucune ville des Samaritains. Allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël » (Mt 10, 5-6). Cela ne signifiait certainement pas que seuls les Juifs pouvaient recevoir la Bonne Nouvelle. Plus tard, Jésus prêchera en Samarie et les païens recevront la foi. Mais le Seigneur voulait que l’annonce du salut parvienne d’abord à son peuple, en vertu de l’alliance qu’il avait établie avec lui. Ainsi, l’Israël renouvelé sera la semence du nouveau peuple de Dieu.

Le Christ nous appelle aussi à proclamer l’Évangile en premier lieu aux personnes qui nous sont les plus proches : notre famille, nos amis et nos collègues de travail… Dieu a voulu que nous soyons sanctifiés et sauvés « non pas isolément, sans lien les uns avec les autres, mais comme un peuple qui le confesse vraiment et le serve dans la sainteté » [04]. C’est pourquoi nous vivons selon l’Évangile lorsque nous essayons de faire en sorte que les personnes qui nous accompagnent dans notre vie puissent connaître la joie du message chrétien. « Personne n’est sauvé seul, comme un individu isolé, mais Dieu nous attire dans le réseau complexe des relations interpersonnelles de la communauté humaine » [05].

Les mères occupent une place particulière dans chaque famille. Elles n’hésitent pas à faire tout ce qui est nécessaire pour le bien de leurs enfants. L’Église est un peuple qui a aussi une mère : Marie. Elle nous aidera à vivre notre mission d’apôtres sans calcul, en sachant témoigner par notre vie de la joie de l’Évangile.


[01]. Pape François, Homélie, 8 avril 2023.

[02]. Pape François, Ibid.

[03]. Saint Josémaria, Forge, n° 906.

[04]. Lumen Gentium, n° 9.

[05]. Pape François, Gaudete et Exsultate, n° 6.








































Méditation : Dimanche de la 12ème semaine du Temps Ordinaire (Cycle A)

- La crainte des apôtres

- Ce que personne ne peut nous faire perdre

- Les calvaires de l’imagination


LE SEIGNEUR prépare ses disciples à la première mission apostolique. Les Douze sont sur le point de partir pour les villages voisins afin d’annoncer la venue du Royaume de Dieu. Mais ils entendent d’abord des lèvres de Jésus des paroles qui, à première vue, sont déconcertantes : il prévoit que tôt ou tard ils subiront la haine, la persécution et même la mort. Le Seigneur ne leur cache pas les difficultés qu’ils devront affronter, même s’il sait que cela peut provoquer des doutes ou des tensions parmi les apôtres. C’est pourquoi, avant de partir, il ajoute : « Ne craignez donc pas ces gens-là […] Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux » (Mt 10, 26.32).

Lorsque l’on s’embarque dans une aventure, il est normal d’éprouver un certain vertige face aux déconvenues qui nous attendent. D’une certaine manière, il est dans notre nature d’être vigilant lorsque nous partons à la découverte d’un territoire inconnu. C’est pourquoi, lorsqu’il envoie ensuite ses disciples répandre l’Évangile dans le monde entier, il leur dit : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20). C’est pourquoi les apôtres ne seront pas paralysés par la peur : ils savent qu’ils peuvent compter à tout moment sur la proximité et l’aide de Jésus.

Le prophète Jérémie a vécu une situation similaire à celle annoncée par le Seigneur. Dans son livre, on le voit s’épancher auprès de Dieu sur les moqueries et les calomnies qu’il reçoit, mais ce qui le blesse le plus, ce sont les attaques de ses proches qui s’attendent à ce qu’il échoue : « Tous mes amis guettent mes faux pas, ils disent : “Peut-être se laissera-t-il séduire… Nous réussirons, et nous prendrons sur lui notre revanche !” Mais le Seigneur est avec moi, tel un guerrier redoutable : mes persécuteurs trébucheront, ils ne réussiront pas. Leur défaite les couvrira de honte, d’une confusion éternelle, inoubliable » (Jr 20, 10-11).


L’UNE des difficultés que les apôtres rencontreront sera la violence physique. C’est une réalité qui a été présente dans la vie de l’Église depuis les premiers siècles et qui continue à l’être aujourd’hui. D’innombrables chrétiens ont donné leur vie pour l’Évangile : en mourant, ils ont montré le Christ, qui a vaincu le mal par la miséricorde, et ont obtenu le salut éternel. C’est pourquoi le Seigneur avertit : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps » (Mt 10, 28).

Dans certaines parties du monde, l’annonce du Christ implique de sérieux problèmes. Dans d’autres — Dieu merci, dans la plupart d’entre elles — elle n’implique pas de souffrances physiques, mais nous pouvons rencontrer des difficultés d’un autre ordre. Dans ces cas-là, le Seigneur nous encourage à ne pas accorder trop d’importance aux sécurités d’ici-bas, et à estimer avec plus de foi ce qui est vraiment important : rien ne peut nous séparer de son amour. « La seule crainte que doit avoir le disciple est celle de perdre ce don divin, la proximité, l’amitié avec Dieu, en renonçant à vivre selon l’Évangile et en provoquant ainsi la mort morale, qui est l’effet du péché » [01].

La certitude que la chose la plus précieuse de notre vie est notre relation avec Dieu a amené saint Josémaria à écrire ceci : « Un fils de Dieu n’a peur ni de la vie, ni de la mort, parce que le sens de la filiation divine est le fondement de sa vie spirituelle. Dieu est mon Père, pense-t-il. Et il est l’Auteur de tout bien, la Bonté même. — Mais toi et moi, agissons-nous vraiment en fils de Dieu ? » [02]


QUICONQUE veut réaliser un noble idéal dans cette vie rencontrera des difficultés. Beaucoup d’entre elles sont réelles, mais c’est souvent nous qui en rajoutons avec notre imagination. Qui n’a pas commencé à s’inquiéter et à s’attarder sur un problème qui ne s’est pas encore produit et qui ne se produira pas ? « Notre imagination crée des obstacles qui n’existent pas et qui disparaissent si nous les considérons avec un tant soit peu d’humilité. L’âme se laisse parfois entraîner par cet orgueil et cette imagination dans un tortueux calvaire ; mais là n’est pas le Christ, car là où il se trouve, règnent la paix et la joie, même si l’âme est torturée et entourée de ténèbres » [03]. La tendance à anticiper les problèmes, afin de pouvoir les affronter s’ils se présentent, nous empêche de profiter de la réalité présente. Et cela peut conduire à la peur, à l’insécurité, parce que nous sommes constamment en état d’alerte pour éviter les dangers.

Jésus nous propose de vivre au jour le jour : « Ne vous faites pas de souci pour demain : demain aura souci de lui-même ; à chaque jour suffit sa peine » (Mt 6, 34). Il ne s’agit pas d’une invitation à la paresse ou d’une affirmation naïve qui ignore les obstacles, mais d’une maxime pleine de bon sens. Il semble déraisonnable de se préoccuper de problèmes qui ne se produiront peut-être pas, alors que chaque jour offre ses propres défis et demande notre attention : un enfant à garder la nuit, un projet de travail qui peine à démarrer, un ami qui traverse une période difficile… La Vierge Marie nous aidera à vivre sans inquiétude, sans crainte, sachant que nous pouvons compter à tout moment sur la grâce de son Fils.


[01]. Pape François, Angélus, 21 juin 2020.

[02]. Saint Josémaria, Forge, n° 987.

[03]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 77.








































Méditation : Mercredi de la 12ème semaine du Temps Ordinaire

- Faux prophètes

- L’unité de vie

- Aimer l’endroit où nous sommes


JÉSUS n’avait aucun scrupule à s’entourer de personnes qui ne jouissaient pas d’une bonne réputation au sein du peuple juif. Il mangeait avec les collecteurs d’impôts, entrait volontiers dans les maisons des païens, s’approchait même des lépreux et les touchait. Par ses gestes et ses paroles, il a manifesté une ouverture à tous les peuples qui aura probablement surpris ses contemporains. Il n’aimait pas le péché, mais il aimait le pécheur. C’est pourquoi, à une occasion, il a voulu avertir les gens que le plus grand danger auquel ils seraient confrontés ne serait pas tant de s’entourer de personnes que la société rejette. Le plus grand danger - dans les termes d’aujourd’hui - viendrait de ceux qui, se croyant justes, ne chercheraient que leur propre bien-être, leur propre succès et leur propre position. « Méfiez-vous des faux prophètes qui viennent à vous déguisés en brebis, alors qu’au-dedans ce sont des loups voraces » (Mt 7,15).

Ces faux prophètes dont parle le Seigneur sont ceux qui ont trahi leur véritable identité. Au lieu de veiller sur le peuple d’Israël, ils avaient mis leur espoir dans les richesses et les louanges. Les vrais prophètes, en revanche, étaient ceux qui s’appropriaient les souffrances du peuple. « Les grands savent écouter et c’est de l’écoute qu’ils font, parce que leur confiance et leur force reposent sur le roc de l’amour de Jésus-Christ » [01]. Connaître les préoccupations et les espoirs des gens que la providence nous a confiés d’une manière ou d’une autre est l’une des principales qualités du Bon Pasteur. C’est ce qu’a fait le Seigneur : il n’a fui la compagnie de personne. Il a écouté les cris les plus profonds des gens et les a libérés de leurs peurs. Dans notre prière, nous pouvons nous demander : est-ce que je connais les joies et les peines des personnes qui m’entourent ?


TOUTE l’existence du chrétien est appelée à devenir culte de Dieu (cf. Jn 4, 23), de sorte que la lumière de la grâce transforme les différents espaces de notre vie en lieux habitables pour le Seigneur et pour les autres. L’unité de vie permet à toutes nos actions d’être orientées vers Dieu et les autres en lui. Cette unification renforce toujours plus notre identité de fils du Christ, par la puissance de l’Esprit Saint, qui anime tout par la charité et nous pousse à la sainteté et à l’apostolat dans les occupations de notre temps.

L’incohérence de vie, dans laquelle tombent les « faux prophètes », est un manque de paix qui rompt l’équilibre personnel. Dans l’unité de vie, en revanche, nous trouvons une harmonie de plus en plus grande, car nous ne laissons pas les circonstances ou l’environnement dicter notre façon d’être ou de décider : à la lumière de la foi, nous pouvons donner un sens à toutes les facettes de notre vie et à ce qui nous arrive, aussi bien le bien que ce qui semble mauvais ou répréhensible ; nous apprenons à nous réconcilier avec le passé et à nous lier d’amitié avec le présent. L’amitié avec Dieu nous donne la confiance nécessaire pour exprimer notre identité de chrétien dans n’importe quelle situation et pour intégrer la réalité dans notre vie, sans vivre dans des trous noirs, ces espaces denses et fermés dans lesquels même la lumière est piégée.

Le fondement de l’unité de vie se trouve dans la conscience de notre filiation divine. Celle-ci « nous conduit à prier avec la confiance des enfants de Dieu, à avancer dans la vie avec l’aisance des enfants de Dieu, à raisonner et à décider avec la liberté des enfants de Dieu, à affronter la douleur et la souffrance avec la sérénité des enfants de Dieu, à apprécier les belles choses comme le fait un enfant de Dieu » [02]. C’est pourquoi saint Josémaria disait que la filiation divine finit par informer toute l’existence : « Elle est présente dans toutes les pensées, dans tous les désirs, dans toutes les affections » [03].


UNE PARTIE de l’unité de la vie consiste à aimer le lieu et le temps dans lesquels nous vivons. La création et la rédemption se réalisent ici, aujourd’hui et maintenant, si nous nous efforçons de connaître et de comprendre notre monde, de l’aimer comme l’ont fait les saints. Saint Josémaria, par exemple, nous invitait à ne pas faire de « vains rêves »[04], à fuir toute « mystique du si » [05] L’unité de vie s’apprécie là où nous vivons ensemble avec Dieu et avec les gens qui nous entourent, en essayant de rêver aux activités dans lesquelles nous sommes plongés - pour les remplir des dons de Dieu - et sans avoir tendance à nous évader vers d’autres mondes plus beaux mais irréels. Saint Paul invite les Thessaloniciens à travailler et à gagner leur vie et à s’aider mutuellement à se comporter de la sorte (cf. 2 Th 3, 6-15). Cette cohérence de vie nous permet en même temps d’être flexibles face à l’imprévisible, parce qu’en priant et en vivant pour Dieu et pour les autres, nous expérimentons que la charité unit ce qui semble divisé et ordonne ce qui était désintégré. Ainsi, nous pouvons nous rendre à un rendez-vous même si nous aurions préféré faire un plan apparemment meilleur, ou nous pouvons payer le prix du transport public même si l’état de ce service nous invite à nous rebeller et à ne pas payer, en cherchant des alternatives dans la manière de proposer des améliorations.

Vivre ainsi, c’est s’efforcer de mettre en pratique l’exhortation du Seigneur : « Que votre parole soit “oui”, si c’est “oui”, “non”, si c’est “non”. Ce qui est en plus vient du Mauvais » (Mt 5, 37). Le Christ indique une manière de parler : un mode de vie chrétien qui s’actualise par la présence de Dieu, une « attention respectueuse à sa présence, reconnue ou ignorée dans chacune de nos paroles » [06] qui se traduit par le fait de ne jamais mentir, même si à un moment donné cela peut nous sortir ; de se comporter avec dignité, même si personne ne nous voit ; de ne pas donner libre cours à la colère lorsque nous prenons le volant ou que nous jouons un match de football. Comme l’enseigne le Concile Vatican II, les baptisés remplissent « fidèlement leurs devoirs temporels, guidés par l’Esprit de l’Évangile. […] Par leur foi même, ils sont d’autant plus tenus de les accomplir, chacun selon la vocation à laquelle il a été appelé » [07]. Nous pouvons demander à la Vierge Marie de nous aider à acquérir cette unité de vie pour transmettre authentiquement la joie de vivre avec son Fils.


[01] François, Homélie, 25-VI-2015.

[02] Mgr F. Ocáriz, Lettre pastorale, 28 octobre 2020, n° 3.

[03] Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 146.

[04] Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 8.

[05] Saint Josémaria, Entretiens, n° 88.

[06] Catéchisme de l'Église catholique, n° 2153.

[07] Concile Vatican II, Gaudium et Spes, n° 43.








































Méditation : Vendredi de la 12ème semaine du Temps Ordinaire

- La demande du lépreux

- Jésus touche notre blessure

- La solitude du lépreux


UNE GRANDE FOULE suivait Jésus. Comme ils descendaient de la montagne, un lépreux s’approcha de Jésus, tomba et lui dit : « Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier » (Mt 8, 2). Nous pouvons imaginer la situation de cet homme. Sa maladie n’a pas seulement puni son corps, elle l’a aussi éloigné de ses proches et de sa vie sociale : il a dû quitter sa maison et se tenir à l’écart du contact d’autres personnes. Il est conscient du risque qu’il prend en s’approchant de Jésus et de la foule qui l’entoure : à tout moment, il peut commencer à être lapidé. Mais son espoir est dans le Maître dont il a entendu dire qu’il opérait toutes sortes de guérisons,

Face à une situation aussi dramatique, il aurait été normal que le lépreux s’approche de Jésus en désespoir de cause, exigeant un miracle pour justifier sa démarche risquée de se présenter à lui. C’est pourquoi l’attitude avec laquelle il s’adresse au Seigneur est surprenante : « Si tu le veux, tu peux me purifier ». Sa demande « nous montre que lorsque nous nous présentons à Jésus, il n’est pas nécessaire de faire de longs discours. Quelques mots suffisent, pourvu qu’ils soient accompagnés d’une pleine confiance en sa toute-puissance et en sa bonté » [01]. Le lépreux n’impose pas sa demande, mais s’abandonne entre les mains de Dieu : quelle que soit sa volonté, il l’acceptera. Nous pouvons demander au Seigneur de nous aider à faire part de nos préoccupations avec la même disponibilité que cet homme, sachant que Dieu sait mieux que quiconque ce dont nous avons besoin.


JÉSUS ne fuit pas le contact avec l’homme. Il ne se contente pas de s’occuper de lui à distance, mais il s’approche de lui et, le touchant, lui : « Je le veux, sois purifié » (Mt 8,3). « Dans ce geste et dans ces paroles du Christ se trouve toute l’histoire du salut, la volonté de Dieu de nous guérir, de nous purifier du mal qui nous défigure et qui ruine nos relations, s’incarne » [02]. Lorsque la main de Jésus entre en contact avec le lépreux, toute barrière entre Dieu et l’homme est brisée. Il « s’expose directement à la contagion de notre mal ; et c’est précisément ainsi que notre mal devient le lieu du contact » [03], la blessure qui a permis au Seigneur d’entrer en nous et de nous guérir.

Il nous arrive souvent d’être comme le lépreux : nous nous sentons souillés par nos fautes, incapables de nous en sortir par nos seules forces. Il est alors temps de s’approcher du Seigneur avec la foi et la sincérité de cet homme. Dans le sacrement de la réconciliation, Jésus touche nos blessures et régénère ainsi la communion qui nous unit à lui. Les péchés que nous avons pu commettre sont purifiés lorsque nous les confessons humblement. « Mon fils, s’il t’arrive de tomber, dépêche-toi d’aller te confesser et voir ton directeur spirituel. Montre ta plaie ! pour qu’on te guérisse complètement, pour qu’on écarte de toi tout risque d’infection, même si cela te fait souffrir, comme pour une opération chirurgicale » [04].


LE LÉPREUX a été guéri de sa maladie dès que Jésus a étendu la main. Le Seigneur lui demande alors une dernière chose : « Va te montrer au prêtre. Et donne l’offrande que Moïse a prescrite : ce sera pour les gens un témoignage » (Mt 8, 4). La guérison doit encore être certifiée par les autorités juives avant que l’homme puisse être réintégré dans la vie sociale. De cette manière, Jésus ne lui a pas seulement rendu la santé physique, mais aussi quelque chose de très important : l’appartenance à une communauté. Pendant toutes ces années, le lépreux n’avait pas seulement connu la douleur et l’inconfort de sa maladie : il avait probablement souffert davantage de la solitude et de l’abandon par sa propre famille et ses amis. Et maintenant, le Seigneur met fin à cette déchirure de l’âme.

Dans notre vie quotidienne, nous pouvons aussi rencontrer des personnes qui, comme le lépreux, sont exclues ou se sentent exclues, avec des motivations parfois subtiles, mais qui enferment la personne et étouffent son espace de vie. Parfois, cette exclusion est due à la pauvreté, à la vieillesse, au manque de travail ou à la maladie. Dans ces situations et dans d’autres, on constate souvent que ce que les personnes recherchent en premier lieu, c’est un regard de compassion ; quelqu’un qui n’offre pas seulement une aide matérielle, mais surtout de l’affection, de l’intérêt et du temps. Ils cherchent quelqu’un qui, comme le Christ, tend la main pour toucher leurs blessures et leur rappeler qu’ils font partie d’une communauté dans laquelle ils peuvent partager la vie, où ils trouvent des personnes qui se soucient de leur bien-être et se sentent aimés. « Même si j’étais lépreux, disait saint Josémaria, ma mère m’embrasserait. Sans rien craindre et sans prendre de précautions, elle poserait ses lèvres sur mes plaies » [05]. Nous pouvons demander à la Vierge Marie d’avoir ce regard de compassion qui nous pousse à embrasser les lépreux qui entrent dans notre vie.


[01]. Pape François, Audience générale, 22 juin 2016.

[02]. Benoît XVI, Angélus, 12 février 2012.

[03]. Pape François, Audience générale, 22 juin 2016

[04]. Saint Josémaria, Forge, n° 192.

[05]. Saint Josémaria, Forge, n° 190.








































Méditation : Samedi de la 12ème semaine du Temps Ordinaire

- Une humilité qui émeut

- La foi du centurion

- La communion spirituelle


PEU APRÈS l’entrée de Jésus dans Capharnaüm, un centurion vient le trouver et le supplie : « Seigneur, mon serviteur est couché, à la maison, paralysé, et il souffre terriblement » (Mt 8, 6). Cette demande a probablement surpris ceux qui ont assisté à la scène. Il n’aurait jamais été envisageable qu’un homme important de l’Empire romain s’approche d’un Juif avec une telle attitude, en l’appelant « Seigneur » et en se présentant comme un nécessiteux, un faible, presque un désespéré. Peut-être était-il conscient qu’une telle humiliation lui ferait perdre son autorité auprès des habitants de Capharnaüm, mais son prestige était la chose la moins importante : sa priorité était de trouver une solution qui arrangerait la situation de son serviteur. Jésus est touché par l’humilité du centurion et, avant même qu’il ne formule une demande concrète, il lui répond : « Je vais aller moi-même le guérir" (Mt 8, 7).

Les propos de Jésus ont dû à nouveau paraître étranges aux gens présents, car il manifestait l’intention d’aller dans sa maison. Or, lorsqu’un Juif entrait dans la maison d’un païen, il contractait une impureté légale, ce qui l’éloignait de la présence de Dieu selon la Loi. En fait, le centurion connaissait cette coutume, c’est pourquoi il dit : « Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit, mais dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri » (Mt 8, 8). « Lorsque nous nous laissons trouver par Lui, c’est Lui qui entre en nous, c’est Lui qui refait tout à neuf, parce que c’est cela la venue, ce que signifie la venue du Christ : refaire tout à neuf, refaire le cœur, l’âme, la vie, l’espérance et le chemin » [01].

Jésus veut entrer dans le cœur de cet homme simple, dans le besoin, pour lui montrer son amour concret. Nous aussi, nous pouvons nous sentir indignes d’être avec le Seigneur, mais Dieu vient à la recherche du plus faible, même de celui qui se sent à moitié brisé, qui a perdu l’estime de soi, qui trouve sa demande ennuyeuse. Dieu est venu pour guérir. Et il attend seulement que, comme le centurion, nous le lui demandions avec humilité et que nous nous approchions de lui.


LE CENTURION fait tellement confiance à Jésus qu’il se contente d’un mot de sa part pour obtenir la guérison du serviteur. Lui-même possède une autorité humaine par laquelle les soldats obéissent immédiatement à ses ordres : « À l’un, je dis : “Va”, et il va ; à un autre : “Viens”, et il vient, et à mon esclave : “Fais ceci”, et il le fait” » (Mt 8, 9). Jésus, qui a l’autorité divine, pouvait donc se contenter d’un simple ordre pour faire disparaître la maladie du corps de son serviteur. Cette démarche suscite l’émerveillement du Seigneur et de la foule : « Amen, je vous le déclare, chez personne en Israël, je n’ai trouvé une telle foi. Aussi je vous le dis : Beaucoup viendront de l’orient et de l’occident et prendront place avec Abraham, Isaac et Jacob au festin du royaume des Cieux » (Mt 8, 10-11). Et nous pouvons nous demander si ce n’est pas ainsi que réagissent parfois les enfants et les personnes qui, dans la vie spirituelle, tentent d’explorer un chemin d’enfance.

Jésus loue la foi d’un homme qui, aux yeux de l’époque, n’était pas considéré comme capable d’avoir la foi. Apparemment, il n’était pas le mieux placé pour recevoir un tel éloge, car Dieu ne s’était pas révélé à son peuple comme il l’avait fait pour Israël. Le Christ annonce ainsi que le nouveau peuple de Dieu n’est pas confiné à une nation, mais qu’il offre le salut à tous les peuples. Isaïe avait prophétisé : « Les étrangers qui se sont attachés au Seigneur pour l’honorer, pour aimer son nom, pour devenir ses serviteurs, tous ceux qui observent le sabbat sans le profaner et tiennent ferme à mon alliance, je les conduirai à ma montagne sainte » (Is 56, 6-7). Avoir une vision du monde pleine d’espérance, comme Jésus, nous conduit à découvrir le bien chez tout le monde, même ceux qui, à première vue, peuvent être les plus éloignées du Seigneur. Chez beaucoup d’entre eux, comme chez le centurion, il y a le désir de rencontrer un « Dieu qui a un visage humain et qui nous a aimés jusqu’au bout, chacun en particulier et l’humanité tout entière » [02].


AVANT de recevoir la communion à la sainte messe, la liturgie nous propose de reprendre l’acte de foi du centurion : « Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit, mais dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri » (Mt 8, 8). Par cette expression, nous exprimons le besoin que nous avons d’être guéris par le Christ : il entre dans notre âme précisément pour guérir nos blessures. « L’Eucharistie n’est pas une récompense pour les bons, mais une force pour les faibles » [03].

Tout au long de la journée, nous pouvons nourrir le désir de voir Jésus entrer dans notre maison par le biais de la communion spirituelle. « Pratique-la fréquemment ; tu auras davantage la présence de Dieu et tu lui seras plus uni dans tes actes » [04], suggérait saint Josémaria. Peut-être avons-nous tous fait l’expérience d’attendre, pendant un certain temps, quelque chose que nous souhaitions avec impatience : une fête, un jour férié, l’arrivée d’un être cher… Peut-être que les jours précédents ont été remplis de préparatifs et que nous avons commencé à supposer, avec notre imagination, comment ce moment allait se produire. Et lorsqu’il arrive enfin, nous avons affronté la journée avec une excitation presque proportionnelle au temps d’attente.

Avec la communion spirituelle, non seulement nous nous préparons à recevoir le Seigneur dans l’Eucharistie, mais nous renouvelons notre désir qu’il vienne nous guérir. On dit que Jésus lui-même a confié à sainte Faustine Kowalska que si nous récitons la communion spirituelle plusieurs fois par jour, en un mois seulement nous verrons notre cœur complètement changé. Nous pouvons donc demander au Seigneur la foi des saints, pour être transformés par cette prière. Saint Joseph s’est également nourri de la communion spirituelle pendant neuf mois. Il rêvait de ce que serait l’Enfant et parlait sûrement à Marie de sa venue. Et quand il naîtrait enfin, ses attentes seraient dépassées : il se considérerait comme l’homme le plus heureux du monde de tenir Dieu lui-même dans ses bras.


[01]. Pape François, Homélie, 2 décembre 2013.

[02]. Benoît XVI, Spe Salvi, n° 31.

[03]. Pape François, Homélie, 4 juin 2015.

[04]. Saint Josémaria, Chemin, n° 540.








































Méditation : 13ème Dimanche du Temps Ordinaire (Année A)

- Fortifier les pasteurs

- Aimer ses parents

- Embrasser la croix


UN JOUR, le prophète Élisée se trouvait dans la ville de Sunem. Une femme importante lui demanda de venir manger chez elle. Si bien que chaque fois qu’Élisée passait par là il prit l’habitude de s’arrêter pour déjeuner. La femme se rendit compte qu’il s’agissait d’un homme de Dieu et, en parlant avec son mari, ils décidèrent de lui préparer un espace dans leur maison : « Faisons-lui une petite chambre sur la terrasse ; nous y mettrons un lit, une table, un siège et une lampe, et quand il viendra chez nous, il pourra s’y retirer » (2 R 4, 10). Lorsque Élisée arriva et s’installa dans la chambre, il voulut savoir comment il pourrait payer de retour une telle hospitalité. Comme la Sunamite refusait de recevoir quoi que ce soit, Élisée apprit que le couple n’avait pas pu avoir d’enfants, et il dit à la femme : « À cette même époque, au temps fixé pour la naissance, tu tiendras un fils dans tes bras » (2 R 4, 16). Et elle donna naissance à un fils au moment prévu.

Dieu sait apprécier les gestes de charité que nous adressons à nos frères, surtout si, comme Élisée, ils ont été appelés par lui pour une mission. « Qui vous accueille m’accueille », dit Jésus aux apôtres qui se préparaient à annoncer la venue du Royaume (cf. Mt 10, 40). En effet, le Seigneur a assuré que même un verre d’eau fraîche donnée à ses disciples ne resterait pas sans récompense (cf. Mt 10, 42). Le Christ lui-même, d’ailleurs, a été hébergé par des amis ou des connaissances, car il n’avait pas d’endroit où reposer la tête, et il a su reconnaître l’attention qu’ils lui portaient. On pourrait dire que Dieu s’appuie sur les relations humaines pour fortifier les bergers de son peuple. Tout d’abord par la prière pour eux, afin qu’ils « soient toujours les ministres de la joie de l’Évangile pour toutes les nations » [01] ; mais aussi par la proximité et l’aide matérielle, pour leur rappeler qu’ils ne sont pas seuls et pour les soutenir dans leur travail sacerdotal.


DANS SON discours aux apôtres, le Seigneur a également commenté une exigence pour suivre l’Évangile : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi » (Mt 10, 37). Cela ne signifie certainement pas que ses disciples doivent se détacher de tous les liens familiaux. En effet, à une autre occasion, Jésus reprochera aux docteurs de la Loi de priver leurs parents de ce dont ils ont besoin sous prétexte de le donner à l’autel (cf. Mc 7, 8-13). L’affection animée et purifiée par l’amour du Seigneur « devient pleinement féconde et produit des fruits de bien dans sa propre famille et bien au-delà » [02]. C’est pourquoi Jésus veut souligner que l’amour pour Dieu est premier, car s’il est authentique, il se traduira par l’amour pour les parents et les enfants.

Saint Josémaria disait que les gens de l’Œuvre devaient quatre-vingt-dix pour cent de leur vocation à leurs parents : s’ils savaient être généreux face à l’appel de Dieu, c’était parce qu’ils avaient vu cette générosité dans le foyer familial. Et ceci, dans la plupart des cas, pourrait être affirmé de toutes les vocations dans l’Église. C’est pourquoi il a estimé que ce n’est pas un sacrifice pour les parents que Dieu appelle leurs enfants mais « un motif de saint orgueil, une manière de servir avec joie tous les hommes pour l’amour de Jésus-Christ » [03], car c’est comme si le Seigneur reconnaissait le bon travail qu’ils ont fait avec eux : ils ont mis dans leur âme la semence de l’amour de Dieu. Et l’enfant a pu la faire pousser avec sa liberté, grâce à la prière et à l’exemple qu’il a vu chez ses parents.


JÉSUS avertit également ses apôtres que, dans la mission qu’ils s’apprêtent à entreprendre, les difficultés ne manqueront pas. « Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la trouvera » (Mt 10, 38-39). En même temps, il les encourage à ne pas avoir peur, car ceux qui sont entre les mains de Dieu « savent que le mal et l’irrationnel n’ont pas le dernier mot, mais que le seul Seigneur du monde et de la vie, c’est le Christ » [04].

Tout le monde connaît des difficultés : maladie, problèmes familiaux, complications professionnelles… Parfois, la croix se manifeste aussi dans des manifestations de notre façon d’être ou des autres que nous ne pouvons pas supporter, ou dans des défauts ou des défaites dans la lutte qui nous font honte. Jésus cherche un moyen pour nous de rejeter l’impression d’être seuls ou de nous sentir piégés dans les difficultés. Il est vrai que, comme d’habitude, nous ne pourrons pas vivre à l’abri de tout cela, comme si le mal qui vient du diable et du péché originel n’existait pas, ou en désirant à tout prix une existence tranquille ou sans histoire. Le Seigneur nous prend par le bras et nous aide à embrasser ce problème, ce défaut, comme il a embrassé la croix avec Simon de Cyrène.

« Dans la Passion, la croix a cessé d’être un symbole de châtiment pour devenir un signe de victoire. La croix est l’emblème du Rédempteur : in quo est salus, vita et resurrectio nostra : là est notre santé, notre vie et notre résurrection » [05]. Même la Mère de Dieu n’a pas été épargnée par le fardeau de la croix. Nous pouvons compter sur elle pour nous aider à porter la nôtre avec le sentiment d’être des enfants de Dieu et avec une vision surnaturelle.


[01]. Pape François, Message, 19 juin 2020.

[02]. Pape François, Angélus, 28 mai 2020.

[03]. Saint Josémaria, Forge, n° 17.

[04]. Benoît XVI, Angélus, 22 juin 2008.

[05]. Saint Josémaria, Chemin de Croix, IIe station, n° 5.








































Méditation : Mercredi de la 13ème semaine du Temps Ordinaire

- Les amis du paralytique

- Une amitié authentique est un bien en soi

- Préparer le terrain de l’amitié


« LES CIRCONSTANCES actuelles de l’évangélisation rendent encore plus nécessaire, si possible, de privilégier le contact personnel, cet aspect relationnel qui est au cœur de la manière de faire l’apostolat que saint Josémaria a trouvé dans les récits évangéliques » [01], dit le prélat de l’Opus Dei. Saint Matthieu nous offre une histoire d’amitié authentique. Un groupe d’amis d’un paralytique, poussés par leur affection pour lui et leur grande foi, est déterminé à l’amener à Jésus pour qu’il soit guéri. Le Maître a été ému par ce geste. C’est pourquoi, non seulement il va guérir son corps, mais « voyant leur foi, Jésus dit au paralysé : “Confiance, mon enfant, tes péchés sont pardonnés” » (Mt 9, 2).

Saint Marc, dans son Évangile, nous dit aussi qu’il y avait tellement de gens à l’endroit où se trouvait Jésus qu’ils ne pouvaient pas l’approcher. Mais cela ne les a pas arrêtés. Avec détermination et audace, ils décident de monter sur le toit de la maison et descendent le brancard avec le paralytique, en ouvrant un trou, juste devant l’endroit où se trouvait Jésus. On peut imaginer la surprise de la foule. Ils seraient étonnés de voir le toit se détacher et le brancard descendre. Peut-être que tout le monde n’a pas vu cette opération d’un bon œil, surtout les propriétaires de la maison, ou ceux qui avaient réussi à entrer après une longue attente. Mais l’amitié était plus forte. Ils ont agi avec la sécurité et la liberté d’un amour qui les a poussés à chercher le bien de cet ami dans le besoin, même si telle n’était pas la manière attendue par tous.

Le paralytique fait également preuve d’une grande capacité d’amitié en se laissant aider et en se remettant entre les mains de ses amis. Il devait être très sûr d’eux pour se prêter à une telle manœuvre. Jésus est impressionné par la force de cette amitié et l’audace de leur foi. C’est pourquoi, contrairement aux autres occasions où Jésus demande la foi de celui qui doit être guéri, il met ici l’accent sur la foi de ses amis. Cette guérison montre à quel point la véritable amitié est une source de bénédictions : « L’amitié est l’un des sentiments humains les plus nobles et les plus élevés que la grâce divine purifie et transfigure » [02].


LA GRÂCE peut grandement améliorer l’amitié en ouvrant cette relation entre amis au domaine de la foi, de l’espérance et de la charité. Ces trois vertus sont évidentes dans la scène que nous examinons. « L’action du Christ est une réponse directe à la foi de ces personnes, à l’espoir qu’elles placent en lui, à l’amour qu’elles manifestent les unes pour les autres » [03]. Jésus a guéri hier et continue de guérir aujourd’hui. Mais la grâce du Christ « ne guérit pas simplement la paralysie, elle guérit tout, elle pardonne les péchés, elle renouvelle la vie du paralytique et de ses amis. […] Nous pouvons imaginer comment cette amitié, et la foi de toutes les personnes présentes dans cette maison, auront grandi grâce au geste de Jésus » [04].

« Pour que notre monde suive une orientation chrétienne — la seule qui en vaille la peine —, nous devons vivre avec les hommes dans une amitié loyale, fondée en premier lieu sur une loyale amitié envers Dieu » [05] dit saint Josémaria. L’amitié profonde avec le Christ se manifeste généralement de manière naturelle, sans que nous nous en rendions compte, par la joie et le désir de servir qui s’expriment par mille petits gestes. « Cette façon de transmettre l’Évangile est particulièrement efficace, également parce qu’elle répond à une réalité anthropologique importante : le dialogue interpersonnel, dans lequel nous cherchons à transmettre aux autres le bien que nous avons reçu. Ce dialogue apostolique naît naturellement lorsqu’il y a une amitié sincère. Il ne s’agit pas d’instrumentaliser l’amitié, mais de faire participer les amis au grand bien de la foi et de l’amitié avec le Christ » [06].

Car c’est le contraire qui pourrait se produire, et lorsque quelque chose d’aussi précieux que l’amitié avec un fils ou une fille de Dieu est réduit à un moyen pour atteindre un objectif personnel, aussi élevé soit-il, cela laisse toujours un arrière-goût amer. Jésus admire l’amitié véritable parce qu’il l’a lui-même expérimentée et continue de l’expérimenter. C’est pourquoi l’une des caractéristiques de l’amitié est la gratuité : on est l’ami d’un autre non pas parce qu’on peut obtenir quelque chose, mais parce qu’on l’aime simplement ; chacun est heureux de l’existence de l’autre et ne veut rien d’autre que son bien.


L’AMITIÉ est toujours un cadeau. Ce n’est pas quelque chose qui peut être programmé ou calculé, mais cela peut être encouragé. « Si l’on exprime noblement ses sentiments et que l’on est loyal, si l’on sait se sacrifier pour les autres, il arrive finalement ce que saint Jean de la Croix a écrit : là où il n’y a pas d’amour, mettez de l’amour et vous obtiendrez de l’amour. On pourrait aussi dire : là où il n’y a pas d’amitié, mettez les nobles sentiments de l’amitié et vous obtiendrez l’amitié » [07]. Nous pouvons également développer des dispositions qui font de nous des personnes plus gentilles et plus dignes de confiance ; par notre attitude, nous pouvons préparer le terrain pour créer une relation authentique avec nos amis. « Gagner en affabilité, en gaieté, en patience, en optimisme, en douceur, et toutes les vertus qui font que les gens se sentent accueillis et heureux : “La parole agréable attire de nombreux amis, le langage aimable attire de nombreuses gentillesses” (Si 6, 5). S’efforcer d’améliorer son propre caractère est une condition nécessaire pour que l’amitié naisse plus facilement » [08].

Dans la philosophie classique, on considère que l’on ne peut être heureux sans amis, et saint Thomas commente également que sans amis, on ne peut atteindre la plénitude du bonheur. Un ami est l’un des plus grands trésors que nous puissions avoir, mais c’est un trésor dont il faut prendre soin. Nous pouvons penser à la manière dont ceux qui ont accompagné le paralytique dans le récit évangélique ont pris soin de leur amitié. Certes, ce n’était pas toujours facile et confortable, mais tout bien considéré, cela en valait la peine car ils se sont rapprochés du Christ. Il ne suffit pas de partager des moments en commun, mais il faut devenir un avec l’autre : ce qui inquiète ou réjouit un ami est important, car je suis directement concerné. Nous pouvons nous tourner vers Sainte Marie pour qu’elle nous aide à avoir un cœur qui, comme le sien, ne fasse qu’un avec celui de nos amis.


[01]. Mgr Fernando Ocariz, Lettre pastorale, 14 février 2017, n° 9.

[02]. Benoît XVI, Audience générale, 15 septembre 2010.

[03]. Pape François, Audience générale, 5 août 2015.

[04].Ibid.

[05]. Saint Josémaria, Forge n° 943.

[06]. Mgr Fernando Ocariz, Amar con obras: a Dios y a los demás, “Amor a los demás y apostolado”.

[07]. Bienheureux Álvaro del Portillo, notes prises lors d’une réunion de famille, 11 septembre 1979.

[08]. Mgr Fernando Ocariz, Lettre pastorale, 1er septembre 2019, n° 9.








































Méditation : 14ème Dimanche du Temps Ordinaire (Année A)

- Retrouver la sérénité et la force

- Jésus est notre repos

- Être un repos pour les autres


UN JOUR, alors qu’il priait, Jésus a adressé ces mots à ses disciples : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos » (Mt 11, 28). Il est naturel que nous cherchions souvent des moyens d’éliminer la fatigue de la vie quotidienne. Dans ces moments-là, le Seigneur se présente comme une garantie pour reprendre des forces et apaiser l’esprit. Un moment de prière silencieuse avec lui peut nous aider à apprécier dans une perspective différente ce que nous avons vécu au cours de la journée : À la lumière du regard de Dieu, qui est un Père miséricordieux, nous pouvons voir chacun de ces événements sous un jour différent. C’est pourquoi la prière tient du refuge : nous pouvons souvent trouver dans le tabernacle un lieu de refuge où les tensions s’apaisent, la colère s’estompe, le calme est retrouvé et les nuages qui pourraient obscurcir notre joie sont écartés.

« Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu » (Mc 6,31), a dit le Seigneur aux apôtres à un autre moment, et il nous dit la même chose. Aujourd’hui, avec le rythme effréné de chaque journée de travail, avec un environnement souvent bruyant, cette déconnexion semble peut-être un bel idéal, tout en étant pratiquement irréalisable. Nous aimerions nous soustraire à tant de stimuli qui sollicitent notre attention pour nous concentrer sur l’essentiel, mais nous nous rendons compte que ce n’est pas si facile que cela.

Le saint-père a donné des conseils très concrets pour faciliter ce climat de recueillement : « Apprenons à nous arrêter, à éteindre nos téléphones portables, à contempler la nature, à nous régénérer dans le dialogue avec Dieu » [01]. Tout comme le repos physique aide le corps à récupérer, un phénomène similaire se produit dans notre cœur et notre âme lorsque nous réservons un temps de silence à Dieu, sans précipitation. Il nous aidera à retrouver la joie et la sérénité, si nous les avons perdues, et nous donnera la force de mener à bien les petites ou grandes batailles de chaque jour.


SAINT JOSÉMARIA, dans une méditation qu’il prêchait à un groupe de ses enfants à Rome, parlait de la source de notre force. Au fil des années, il est normal que nous nous sentions plus fatigués après une journée de travail, ou que nous soyons plus lourdement accablés par un défaut récurrent, le nôtre ou celui de quelqu’un d’autre. De plus, l’apparition d’une maladie peut nous priver de nos forces physiques et même nous affaiblir intérieurement. Dans ces moments-là, le fondateur de l’Opus Dei nous encourageait à nous réfugier dans un contact constant avec le Christ. « Vous découvrirez combien la lutte devient facile, disait-il, vous verrez comment tout, tout, tout, même ce qui paraissait faiblesse, devient force » [02].

Cette attitude nous permet de vivre ces revers d’une manière différente. Jésus n’a pas l’habitude de faire disparaître les problèmes comme par un coup de magie, comme s’il suffisait de se tourner vers lui pour avoir une vie sans heurts. En nous réfugiant dans son cœur, les événements extérieurs ne changent pas nécessairement, mais nous apprenons à porter un regard divin sur tout ce qui nous arrive. Même ce qui nous est contraire et que nous ne comprenons pas bien a un sens que nous ne pouvons découvrir que si nous nous confions à Dieu. « Ce n’est qu’alors que nous pouvons voir les choses à travers ses yeux, parce qu’il voit au-delà de la tempête. À travers ce regard serein, nous pouvons voir un panorama que, seuls, il n’est même pas concevable d’entrevoir » [03].


LE SEIGNEUR compte sur nous pour aider ceux qui nous entourent à se reposer. D’ailleurs, c’est lui-même qui nous réconforte et nous encourage à travers notre humanité, unie à la sienne. Nous aussi, nous avons probablement trouvé ce repos dans la présence d’un ami qui, comme Jésus, nous a écoutés et réconfortés par ses paroles et ses gestes. C’est une manifestation de ce désir d’être Ipse Christus, le Christ lui-même, qui bat dans la vie intérieure du chrétien.

Parfois, aider les autres à se reposer peut signifier partager le poids de leurs soucis et de leurs préoccupations, assumer le fardeau qui les fatigue ou les accable. Cela implique parfois d’aller un peu au-delà de nos propres plans et d’ajuster différemment ceux que nous avions à l’esprit. Une activité passe alors au second plan pour aider la personne qui nous cherche. De cette manière, notre cœur devient plus proche de celui de Jésus, dont Isaïe affirme que « c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé » (Is 53, 4), prêt à souffrir paisiblement pour nous jusqu’à des limites inimaginables.

Lorsque nous avons reçu le réconfort du Christ, nous nous sentons poussés à devenir un repos pour les autres. Voir que Jésus a porté notre fardeau nous encourage à faire de même pour eux. La Vierge Marie nous aidera à trouver le repos en son Fils et à l’offrir à ceux qui nous entourent. Comme une mère, elle reconnaît immédiatement quand nous sommes fatigués ou chargés et nous dit : « Ne suis-je pas là, moi qui suis votre mère ? « [04]


[01]. Pape François, Angélus, 18 juillet 2021.

[02]. Saint Josémaria, Tant qu’il nous parlait en chemin.

[03]. Pape François, Audience générale, 10 novembre 2021

[04]. Mots que Notre Dame de Guadalupe a adressés à Juan Diego le 12 décembre 1531.