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Méditation : Lundi de la 14ème semaine du Temps Ordinaire

- Les supplications de Jaïre

- La discrétion d’une femme

- Une prière persévérante


JAÏRE est un homme important dans la ville. Les gens ont du respect et de l’affection pour lui. Pourtant, aujourd’hui est peut-être le jour le plus triste de sa vie : il vient de voir mourir sa fille. Elle souffrait depuis un certain temps d’une maladie qui, malgré tous les traitements appliqués, n’avait pas été guérie. L’issue, pour beaucoup, était plus que prévisible. Alors que les gens arrivent chez lui pour faire leurs derniers adieux à la petite fille, Jaïre se rend compte que tout n’est pas encore perdu. Il a entendu parler d’un homme qui fait des miracles : il peut sûrement faire quelque chose. Déterminé, il part à sa recherche. Lorsqu’il le rencontre, il tombe à genoux et lui dit d’un ton suppliant : « Ma fille est morte à l’instant ; mais viens lui imposer la main, et elle vivra » (Mt 9, 18).

Il y a un abîme de douleur et un abîme d’espoir dans la phrase courte et forte du personnage. À la terrible nouvelle initiale — « ma fille vient de mourir » — succède une demande qui, en réalité, ressemble presque à un commandement : « Viens, pose ta main sur elle ». Il s’agit d’une demande urgente, née de la foi, de la confiance en la toute-puissance de Jésus. C’est pourquoi il termine sa demande par une certitude : « Et elle vivra ». Ces trois accords de la prière de Jaïre peuvent aussi être un modèle pour la nôtre. Cet homme a défié le bon sens en faisant appel au Seigneur, et il l’a fait parce qu’il était convaincu qu’un miracle était possible.

« Toutes les affaires ont leur temps, disait saint Josémaria. Le Seigneur connaît parfaitement nos besoins, mais il veut que nous les lui demandions avec la même insistance que les personnages de l’Évangile » [01]. Jésus a dû être ému en entendant la demande pleine de foi de Jaïre. C’est pourquoi il s’est levé et s’est rendu, avec ses disciples, à la maison de cet homme. Nous ne savons pas jusqu’à quel point le Seigneur est sensible à nos problèmes et aux demandes que nous lui adressons, mais nous pouvons être sûrs qu’il les connaît mieux que nous ne les connaissons nous-mêmes. Néanmoins, il a voulu nous faire participer à ses œuvres par notre prière de demande. Outre le fait que la demande à Dieu augmente notre foi, elle nous introduit progressivement dans le mystère de la volonté de Dieu.


TANDIS que Jésus se rend chez Jaïre, une femme malade s’approche discrètement de lui. Saint Matthieu précise qu’elle souffrait d’un écoulement de sang depuis douze ans. Pendant ce temps, elle aussi avait dépensé tout son argent pour trouver un remède, en vain. En regardant la scène, il semble raisonnable de penser qu’elle s’était tournée vers Dieu à plusieurs reprises, demandant une solution. À cette occasion, elle a senti que Jésus pouvait lui accorder ce qu’elle désirait tant et elle « s’approcha par-derrière et toucha la frange de son vêtement. Car elle se disait en elle-même : “Si je parviens seulement à toucher son vêtement, je serai sauvée” » (Mt 9, 20-21).

Ayant ressenti la force qui était sortie de lui, le Seigneur se retourne et lui dit : « “Confiance, ma fille ! Ta foi t’a sauvée”. Et, à l’heure même, la femme fut sauvée » (Mt 9, »22). Cette femme, contrairement à Jaïre, n’avait pas osé formuler sa demande. Peut-être que la maladie dont elle souffrait lui faisait honte et qu’elle ne se sentait pas assez forte pour expliquer à tous ceux qui étaient présents la maladie dont elle souffrait. Au lieu de cela, elle a fait un geste qui, humainement parlant, n’avait pas beaucoup de sens, mais qui témoignait d’une foi audacieuse : elle a touché le manteau de Jésus. Et ce que tous les traitements de l’époque n’avaient pas réussi à résoudre, un acte de foi audacieux et discret l’a fait.

« Nous comprenons ainsi que tout le monde est admis sur le chemin du Seigneur : personne ne doit se sentir intrus ou sans droit. Pour avoir accès à son cœur, au cœur de Jésus, il n’y a qu’une seule condition : se sentir en demande de guérison et se confier à lui » [02]. Quelles sont mes maladies intérieures, celles que, comme l’hémorroïsse, je n’ose peut-être même pas penser ou extérioriser ? Est-ce que je crois que Dieu est assez fort pour me guérir, si c’est ce qu’il y a de mieux pour moi ? La fille de Jaïre et cette femme sont une preuve supplémentaire que le Seigneur n’est pas venu pour les justes, mais pour les pécheurs (cf. Lc 5,32).


LORSQUE Jésus arrive à la maison de Jaïre, il « vit les joueurs de flûte et la foule qui s’agitait bruyamment. Il dit alors : “Retirez-vous. La jeune fille n’est pas morte : elle dort” ». L’évangéliste rapporte la réaction de la foule : « On se moquait de lui » (Mt 9, 23-24). Jaïre s’est probablement senti découragé en entendant ces rires. Intérieurement, il a peut-être d’abord pensé que la situation n’avait pas beaucoup de sens : sa fille était morte et il n’y avait rien à faire. Mais il a vite retrouvé la foi et a persévéré dans sa demande. Il décide de suivre les paroles du Maître : il renvoie tous les invités, fait entrer Jésus dans la chambre de sa fille, et celui-ci la prend par la main et accomplit le miracle : « la jeune fille se leva » (Mt 9, 25).

Parfois, lorsque nous adressons une demande au Seigneur, nous pouvons connaître, comme Jaïre, des moments de désespoir. Nous constatons que notre supplication ne porte pas de fruits immédiats et que les autres ne prennent même pas notre foi au sérieux. Mais Dieu compte souvent sur notre confiance persévérante dans nos prières, car il sait mieux que nous combien nous sommes fortifiés par cet engagement, combien notre cœur est purifié par cette espérance. En fait, c’est souvent là que se situe le véritable miracle, peut-être moins visible mais plus profond. C’est pourquoi une caractéristique de la prière est la ténacité. « Dieu est plus patient que nous, et celui qui frappe avec foi et persévérance à la porte de son cœur n’est pas déçu. Dieu répond toujours. Toujours. Notre Père sait bien de quoi nous avons besoin ; l’insistance ne sert pas à l’informer ou à le convaincre, mais à nourrir en nous le désir et l’attente » [03].

Aussi bien Jaïre que la femme malade nous montrent le chemin vers le cœur du Seigneur : une prière de demande insistante et humble. Jaïre l’a fait explicitement et clairement ; la femme discrètement mais hardiment. Tous deux gagnent Jésus en reconnaissant qu’ils avaient besoin de lui, par leur audace et leur foi. La Vierge Marie peut nous aider à présenter ainsi nos demandes à son Fils.


[01]. Saint Josémaria, notes prises lors d’une réunion de famille, 2 janvier 1971.

[02]. Pape François, Angélus, 1er juillet 2017.

[03]. Pape François, Audience générale 11 novembre 2020.








































Méditation : Mardi de la 14ème semaine du Temps Ordinaire

- Un amour personnel au milieu de la foule

- Prier avec les autres

- Partager avec Dieu les problèmes des autres


LA FOULE aussi est un protagoniste dans la vie de Jésus. À plusieurs reprises, nous lisons que des foules l’écoutent sur la rive du lac de Tibériade ou sur la colline voisine, lui présentent des malades, bénéficient de ses miracles ou l’acclament à l’approche de Jérusalem. Dans ces rassemblements, qui réunissent parfois des milliers de personnes, le Seigneur voit chaque âme de manière unique. Les foules ne l’empêchent pas de continuer à partager son amour avec chaque homme et chaque femme. Les évangélistes notent même qu’il est ému de compassion en regardant tous ces gens « désemparés et abattus comme des brebis sans berger » (Mt 9, 36).

« L’amour du Christ nous saisit, écrit saint Paul, quand nous pensons qu’un seul est mort pour tous, et qu’ainsi tous ont passé par la mort » (2 Co 5, 14). Savoir que Jésus a offert le salut à tout homme et à toute femme nous pousse à aller au milieu de la foule pour annoncer cette bonne nouvelle ». « L’Amour du Christ, commente saint Josémaria, nous presse de prendre sur nos épaules une partie de cette tâche divine qu’est le rachat des âmes. […] C’est pourquoi notre désir le plus ardent est de nous considérer comme corédempteurs avec le Christ, sauver avec Lui toutes les âmes, parce que nous sommes, nous voulons être Ipse Christus, Jésus-Christ Lui-même, et Lui s’est livré Lui-même pour le rachat de tous » [01], avec la ferme conviction que le meilleur apostolat est notre propre témoignage d’une vie remplie de la joie de l’Évangile.

Chaque jour, en plus de notre famille proche, nous rencontrons un grand nombre de gens, que ce soit dans la rue, dans les transports en commun ou sur notre lieu de travail. Nous recevons également des nouvelles d’autres personnes grâce à internet et d’autres médias. Tous ces gens font partie d’une même famille : nous sommes tous des enfants du même Père, des habitants du même monde, tous également appelés à rejoindre la vraie patrie. Chaque rencontre est une occasion de les regarder avec le regard de Jésus, de prier pour eux, de compatir à leurs besoins et de leur offrir notre joie et notre paix.


SAINT JOSÉMARIA faisait remarquer que le Seigneur, de grand cœur, pose son regard sur les gens, sur tous les hommes, sans exclure personne. Et il ajoutait : « La leçon n’est pas perdue pour nous : nous ne pouvons pas être intransigeants avec les personnes. Avec la doctrine, oui. Avec les personnes, jamais, jamais ! En agissant ainsi, nous serons nécessairement — c’est notre vocation — sel et lumière, mais au milieu de la foule. De temps en temps, nous nous retirerons sur le bateau ou nous irons sur une montagne, avec Jésus ; mais l’ordinaire sera de vivre et de travailler parmi les gens, comme l’un d’entre eux » [02].

Le fait que de nombreuses prières soient composées à la première personne du pluriel — nous — est lié à ce lien qui nous unit tous. Il est significatif que les deux premiers mots de la prière que Jésus nous a enseignée, lorsque les apôtres lui ont demandé comment ils pouvaient prier, soient « Père » et « notre ». Nous nous adressons à Dieu, qui est le Père de tous les hommes, et nous le faisons avec Jésus lui-même, qui est Fils et homme comme nous, uni à tous les hommes et femmes de l’humanité. Et ce que nous lui demandons dans cette prière n’est pas seulement une requête isolée, mais quelque chose que nous présentons aussi au nom de nos frères et sœurs : donne-nous aujourd’hui notre pain, pardonne-nous nos offenses, ne nous laisse pas entrer en tentation, délivre-nous du mal…

Prendre conscience de cette dimension du « nous » dans tant de prières peut être un moyen de renforcer les liens qui nous unissent aux autres, de faire entrer tout le monde dans notre prière. C’est ainsi que nous développerons un amour passionné pour le monde, car il est le lieu de notre rencontre avec Dieu et notre chemin de sainteté. « Tout est à vous, mais vous, vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu » (1 Co 3, 22-23), écrivait saint Paul. Face à cette réalité, « nous nous réjouissons des joies des autres, nous profitons de toutes les bonnes choses qui nous entourent et nous sommes interpellés par les défis de notre temps » [03].


NOUS pouvons imaginer que Jésus, lorsqu’il se retirait dans un endroit isolé pour prier, parlait à son Père des visages qui avaient rempli sa journée : les malades et les nécessiteux qui étaient venus à lui, les apôtres qui lui avaient fait part de leurs espoirs et de leurs craintes, les pharisiens qui lui avaient posé des questions plus ou moins sincères… De la même manière, dans notre prière, nous pouvons partager avec Dieu les soucis et les inquiétudes des gens que nous connaissons : Même ceux que nous n’avons peut-être rencontrés que brièvement, ceux qui nous ont causé des déboires ou dont nous savons qu’ils souffrent. Parce que lorsque nous prions, même s’il s’agit d’un dialogue intime avec Dieu, nous ne restons pas seulement dans nos problèmes personnels ; nous ne pouvons pas laisser de côté le monde dans lequel nous vivons, les problèmes des autres occupent aussi notre propre cœur, parce qu’ils occupent le cœur du Christ et de l’Église. Cette dimension de la prière fait partie de notre âme sacerdotale.

« Le Christ n’était pas insensible aux misères du monde : chaque fois qu’il percevait la solitude, la douleur du corps ou de l’esprit, il éprouvait une forte compassion, avec un cœur de mère » [04]. Par exemple, alors qu’une foule l’entoure à Naïm, il sait remarquer la douleur d’une veuve qui vient de perdre son fils unique (cf. Lc 1, 11-12). Probablement dans la maison de Nazareth, Jésus aura été témoin des regards compatissants de Marie et de Joseph. Ce n’est pas pour rien que sa mère a été la seule à remarquer, au milieu de l’agitation d’un mariage nombreux, qu’il manquait du vin. Elle a certainement été émue de pitié en imaginant le désarroi des jeunes mariés, et elle n’a pas hésité à aller de l’avant et à demander à son Fils d’agir. Nous pouvons demander à Marie ce même regard, ce cœur attentif à la douleur des autres, attentif aux besoins des personnes qui nous entourent, pour les présenter avec confiance à Jésus.


[01]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 120-121.

[02]. Saint Josémaria, Dialogue avec le Seigneur.

[03]. Mgr F. Ocariz, Lettre pastorale, 19 mars 2022.

[04]. Pape François, Audience générale, 13 février 2019.








































Méditation : Mercredi de la 14ème semaine du Temps Ordinaire

- La certitude de l’appel

- Une étoile qui indique le nord

- L’impulsion de l’Esprit Saint


PARMI les douze apôtres choisis par Jésus, nous trouvons des gens ayant toutes sortes d’histoires. Chacun avait son propre passé, son propre environnement et sa propre façon d’être. Certains étaient plus impulsifs ou enthousiastes, d’autres plus introvertis ou réfléchis. Certains venaient de milieux qui interprétaient la loi de manière plus stricte, tandis que d’autres ne la connaissaient peut-être pas très bien avant de rencontrer Jésus. Quoi qu’il en soit, ils ont tous reçu la même mission : annoncer la venue du Royaume de Dieu. À cette fin, le Seigneur leur a donné le pouvoir de chasser les démons et de guérir les maladies (cf. Mt 10, 1-7) et les a progressivement formés.

La plupart des apôtres n’avaient pas de préparation intellectuelle particulière pour accomplir cette mission. En général, les Évangiles nous montrent qu’ils étaient des hommes simples. Parfois, ils ne comprenaient pas les exemples les plus simples et les paraboles données par le Seigneur ; parfois, ils s’engageaient dans des discussions superficielles. Cependant, une chose était claire pour eux : ils avaient été choisis par le Christ. Pour être apôtre, il ne s’agit pas d’avoir des conditions exceptionnelles, mais d’accepter l’appel de Jésus, de s’ouvrir à son don et de contribuer à le faire fructifier dans sa propre vie.

Les Douze avaient trouvé Jésus-Christ et avaient découvert un trésor pour lequel il valait la peine de donner toute sa vie. Ils ont ressenti le besoin de transmettre ce feu à tous leurs contemporains. « Le bien tend toujours à se communiquer. Toute expérience authentique de vérité et de beauté cherche sa propre expansion » [01]. Et cela se produit parce qu’ils ont une caractéristique naturelle qui attire les êtres humains à toutes les époques : la sainteté s’étend par attraction. Conscients de la beauté du don que nous avons reçu, nous pouvons nous exclamer avec le psalmiste : « Mon Dieu, voilà ce que j’aime : ta loi me tient aux entrailles » (cf. Ps 39, 8-9).


SAINT JOSÉMARIA, lorsqu’il envisageait la mission d’un apôtre, soulignait l’importance de ne pas perdre de vue le but ultime pour lequel il travaille : " N’oubliez pas, mes enfants, que nous ne sommes pas des âmes qui s’unissent à d’autres âmes pour faire une bonne chose. C’est beaucoup... mais c’est peu. Nous sommes des apôtres qui accomplissent un mandat impératif du Christ » [02]. Cette assurance que nous travaillons pour quelque chose de bien plus grand que ce que nous pouvons percevoir à première vue éclaire les éventuelles difficultés que nous pouvons rencontrer. Dieu n’enverra jamais quelque chose qui n’aboutisse pas à notre bien ; quelque chose qui, même s’il est fait de lumières et d’ombres sur le chemin, n’aboutisse pas en fin de compte à notre bonheur.

Tout grand projet humain est fait de petites tâches qui impliquent souvent des sacrifices. Face à une difficulté, nous pouvons avoir l’impression que l’effort n’en vaut pas la peine et perdre notre enthousiasme. Si nous levons les yeux, nous nous rendrons compte que notre mission est bien plus grande et porteuse d’espérance que le travail concret dans lequel nous nous débattons. Car être apôtre n’est pas une question d’exécution d’une tâche spécifique avec plus ou moins de perfection, mais une réalité qui constitue notre identité la plus profonde. Il y aura des moments d’obscurité, mais l’étoile qui marque le nord continuera toujours à briller : la vie de l’apôtre a toujours une raison, une lumière qui le guide. Où qu’il soit, il ne fera pas seulement de « bonnes choses », mais il répandra l’Évangile du Christ par son propre témoignage.


PENDANT les années passées avec Jésus, les apôtres avaient été enthousiasmés par les miracles qu’ils avaient accomplis et les conversions qu’ils avaient opérées. Cependant, leur enthousiasme initial a cédé la place au doute lorsqu’ils ont vu que le Seigneur était sur le point d’être condamné à mort. Même après, lorsqu’ils ont su que le Christ était ressuscité, ils n’ont pas quitté la maison par crainte des Juifs. Ce n’est qu’avec la venue de l’Esprit Saint à la Pentecôte qu’ils ont reçu un nouveau don qui allait donner de la force à leur mission.

C’est l’impulsion du Paraclet qui les a conduits à surmonter leurs peurs et à se mettre au service des autres. Cette première évangélisation n’a pas consisté en une stratégie humaine infaillible, mais en « la force même de l’Esprit Saint, Charité incréée » [03]. En effet, « aucune motivation ne sera suffisante si le feu de l’Esprit ne brûle pas dans nos cœurs » ; ainsi, « pour maintenir vivante l’ardeur missionnaire, nous avons besoin d’une ferme confiance dans l’Esprit Saint, car il “vient à notre aide dans notre faiblesse” (Rm 8,26). Mais cette confiance généreuse doit être nourrie, et pour cela nous devons l’invoquer constamment » [04].

Nous aussi, dans notre mission apostolique, nous pouvons peut-être constater que l’enthousiasme sensible initial s’estompe peu à peu. Il n’y a rien de mal à cela : c’est humain, et les saints sont les premiers à en avoir fait l’expérience. Nous passerons par des moments où nous aurons le désir ardent de faire rejaillir le feu du Christ sur les autres, et nous connaîtrons aussi des moments où nous serons un peu plus froids. Quoi qu’il en soit, si nous acceptons d’être transformés par l’Esprit Saint, celui-ci nous donnera peu à peu un cœur semblable à celui du Christ, et la mission apostolique deviendra le centre de notre existence. Nous pouvons demander à Marie que, comme elle, nous sachions écouter les inspirations que le Paraclet nous adresse chaque jour.


[01]. Pape François, Exhor. ap. Evangelii gaudium.

[02]. Saint Josémaria, Instruction, 19 mars 1334, n° 27. Cf. pape François, Exhor.Ap. Evangelii Gaudium, n° 9

[03]. Mgr F. Ocariz, Lettre pastorale, 14 février 2017, n° 9.

[04]. [04]. Pape François, Exhor. ap. Evangelii gaudium, n° 261 et 280 respectivement.








































Méditation : Jeudi de la 14ème semaine du Temps Ordinaire

- Un don gratuit

- La logique de l’amitié

- La soif d’atteindre le monde entier


L’UNE des caractéristiques qui a marqué la vie des apôtres a été d’expérimenter le don généreux de Jésus à chacun, sans rien exiger en retour. Il leur avait dit : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Mt 10, 8). Ils se sentaient chanceux d’avoir partagé autant de temps avec Jésus et d’avoir accepté l’appel à répandre son Évangile dans le monde entier. Ce n’était pas quelque chose qu’ils méritaient, ni quelque chose qu’ils avaient gagné par un travail acharné : c’était simplement un don gratuit que Dieu leur avait fait.

La vie des premiers chrétiens était également caractérisée par cette gratuité. Ils n’avaient « qu’un seul cœur et une seule âme » (Ac 4, 32), ce qui les amenait à être attentifs les uns aux autres. Ils n’hésitaient pas à mettre à disposition leurs propres biens pour répondre aux besoins de l’Église et des plus pauvres. Ils sont tous prêts à aider ceux qui en ont besoin, car ils sont désormais tous apôtres : par leur vie, par leur hospitalité, par une aide matérielle, ou en se mettant au service de ceux qui organisent cette première évangélisation, comme les compagnons de voyage de saint Paul.

Cette même image se retrouve dans l’Église d’aujourd’hui. Des laïcs, des prêtres et des religieux qui vivent pour nous rappeler, par leur témoignage ou par les sacrements, que Dieu vit parmi les hommes et les femmes. Des malades et des personnes âgées qui, au nom de tous, unissent leurs maux et leurs limites aux souffrances du Seigneur. Des hommes et des femmes qui, par leur générosité, contribuent aux soins des plus nécessiteux. Des pères et des mères qui font de leur foyer une école d’amour, comme celle de la Sainte Famille, pour le bien de toute la société. Chacun, à sa place, essaie d’incarner la mission à laquelle Dieu l’a appelé et souhaite communiquer librement le don qu’il a reçu sans le mériter.


LA LOGIQUE de la gratuité vécue par le Christ est présente dans toute relation d’amitié. Une personne qui comptabilise tout ce qu’elle a fait pour quelqu’un, afin de pouvoir exiger quelque chose en retour, peut difficilement être considérée comme un ami. Pour nouer une bonne amitié, il faut « passer beaucoup de temps à parler, à être ensemble, à se connaître » [01], sans trop se soucier de ce que l’on a fait pour quelqu’un d’autre. sans se préoccuper de ce que l’on donne ou reçoit. Elle est donc le contraire de l’égoïsme, elle cherche toujours d’abord le bien de l’autre, elle est sensible à ses besoins. « Une résolution ferme pour notre amitié, précise saint Josémaria : que dans mes pensées, dans mes paroles, dans mes actions à l’égard de mon prochain, quel qu’il soit, je ne me conduise plus comme jusqu’à présent. Que jamais je ne cesse de pratiquer la charité, que jamais je ne laisse entrer l’indifférence dans mon âme » [02].

Le propre de l’amitié est de donner aux autres ce que nous avons de meilleur ; c’est ce qu’un bon ami attend naturellement. Celui qui a fait l’expérience d’un contact authentique avec le Christ sait que le don le plus précieux qu’il possède est précisément celui d’avoir connu Jésus. L’apostolat n’est donc pas quelque chose de forcé, mais de spontané, une manifestation de l’affection que l’on porte à l’autre, en étant conscient de sa situation concrète. C’est pourquoi "l’amitié elle-même est un apostolat ; l’amitié elle-même est un dialogue, dans lequel nous donnons et recevons la lumière ; dans lequel des projets naissent, dans une ouverture mutuelle des horizons ; dans lequel nous nous réjouissons de ce qui est bon et nous soutenons dans ce qui est difficile ; dans lequel nous passons un bon moment, parce que Dieu veut que nous soyons heureux » [03]. Nous pouvons nous demander : comment est-ce que je prends soin de mes amis ? Mes amitiés sont-elles vraiment des espaces dans lesquels je donne et reçois l’amour du Christ à travers les autres ? Mon expérience de Dieu est-elle la chose la plus précieuse que je puisse partager avec les personnes que j’aime le plus ?


LES APÔTRES ne se sont pas contentés d’annoncer l’Évangile à leurs proches. Ils avaient reçu de Jésus le mandat de le répandre dans le monde entier, mais nous pouvons supposer qu’avant cela, ils avaient déjà ressenti ce besoin. Un message aussi crucial pour leur propre vie, un événement qui changeait le sens de l’existence, ne pouvait pas se limiter aux territoires proches d’Israël.

Au cours de ses voyages, saint Paul a fait l’expérience de voir son cœur s’enflammer en sentant la soif de Dieu autour de lui. À Athènes, alors qu’il attendait ses compagnons, saint Luc raconte qu’il « avait l’esprit exaspéré en observant la ville livrée aux idoles » (Ac 17, 16). Il se rendit tout d’abord — comme il en avait l’habitude— à la synagogue. Mais cela ne suffit pas, et dès qu’il le peut, il se rend aussi à l’agora, jusqu’à ce que les Athéniens eux-mêmes lui demandent de s’adresser à eux tous pour exposer « cet enseignement nouveau que tu proposes » (Ac 17, 19).

Autour de nous, il y a aussi beaucoup de gens qui ont soif d’un Dieu qu’ils ne connaissent pas. Nous sommes tous, de manière plus ou moins voilée, à la recherche de Dieu, nous portons tous en nous ce désir de notre Père céleste. Avec le témoignage d’une vie remplie de la joie de l’Évangile, nous pouvons manifester le Christ dans l’exercice de nos propres tâches. C’est dans ce sens que saint Josémaria décrivait l’apostolat de ses filles et de ses fils comme « une injection intraveineuse dans le sang de la société » [04] : à l’usine, au laboratoire, à l’atelier, à la maison, dans les petites et les grandes villes… Dans tous ces lieux, nous pouvons montrer le visage de notre Seigneur à travers une amitié sincère. La Vierge Marie nous aidera à avoir le même désir que les apôtres de porter l’Évangile à tous ceux qui nous entourent.


[01]. Pape François, Interview, 13 septembre 2015.

[02]. Saint Josémaria, Sillon, n° 748.

[03]. Mgr F. Ocariz, Lettre pastorale, 9 janvier 2018, n° 14.

[04]. Saint Josémaria, Instruction, 19 mars 1934, n° 42.








































Méditation : Vendredi de la 14ème semaine du Temps Ordinaire

- Dieu agit dans la simplicité

- Le refuge du regard divin

- Aimer ici et maintenant


JÉSUS CONNAÎT profondément les apôtres. Il avait passé de longues heures avec eux à parler, à marcher et à prier. Il connaissait les attentes et les craintes qui occupaient leur cœur. Même si certains d’entre eux voulaient lui apparaître sous un jour qui ne correspondait pas à leur personnalité, Jésus connaissait les vertus et les défauts de chacun. C’est peut-être pour cela que, lorsqu’il les a envoyés prêcher, il les a encouragés à accomplir leur mission en évitant les stratégies complexes et le désir de paraître. Pour porter Jésus au cœur des autres, ils doivent être « simples comme des colombes » (Mt 10, 16).

Cependant, il peut arriver que notre relation personnelle avec Dieu soit un peu complexe. Nous avons l’impression de ne pas saisir ce qu’il attend de nous, ou nous nous sentons un peu décalés lorsque nous essayons de lui parler. Même si nous essayons de réfléchir aux événements de la journée ou de discerner les sentiments qui emplissent notre cœur, nous ne parvenons pas à nous mettre à l’écoute du Seigneur. Nous souhaiterions alors que la prière soit plus simple, et notre raisonnement plus direct. Nous aspirons à posséder cette simplicité capable d’éclairer l’esprit et d’illuminer l’âme.

Dans tous les cas, il convient de rappeler que la complication ne vient pas de Dieu. Depuis que le diable a tenté Adam et Ève, il ne cesse d’essayer de nous faire avoir une lecture déformée de la réalité : il joue sur nos peurs pour nous rendre anxieux face à l’avenir, ou pour nous faire imaginer des intentions farfelues dans les paroles et les actes des autres. C’est son piège, et il nous rend plus difficile de percevoir où se trouve le bien. Mais Jésus nous a montré que la vie chrétienne est beaucoup plus simple que nous ne l’imaginons parfois. Nous pensons qu’il faut faire des raisonnements compliqués pour découvrir sa volonté, alors qu’elle se présente dans les choses ordinaires de la vie. « Il agit toujours dans la simplicité : dans la simplicité de la maison de Nazareth, dans la simplicité du travail quotidien, dans la simplicité de la prière » [01].


ESSAYER d’entrer dans le regard de Dieu par la prière nous aidera à voir le monde, et nous-mêmes, avec des yeux toujours plus simples. Se savoir regardé par lui nous donne de l’assurance : nous comprenons que Dieu nous aime dans notre vérité, dans le bien dont nous sommes capables ici et maintenant, et que tout le reste n’a qu’une importance relative. En revanche, en marge de ce regard, nous ressentons le besoin de cacher notre fragilité ou de paraître ce que nous ne sommes pas. Ceux qui se réfugient dans ce regard d’amour, qui trouvent leur fondement en Dieu, jouissent de la sérénité du simple, parce qu’ils ne sont pas dépendants des nombreuses circonstances qui, en fin de compte, échappent à leur contrôle, ou que nous ne pouvons plus changer. « Nous appartenons à la vérité, dit saint Jean, et devant Dieu nous apaiserons notre cœur » (1 Jn 3, 19).

Saint Josémaria a résumé en deux mots les raisons pour lesquelles un chrétien prie : « le connaître et te connaître » [02]. En effet, les moments de conversation avec Dieu sont le moment propice pour acquérir cette vision sereine de nos problèmes et de nous-mêmes, afin que l’enchevêtrement de nos pensées puisse être démêlé par la grâce divine. Sur ce chemin, nous serons également aidés par les conseils que nous pouvons recevoir dans l’accompagnement spirituel ou dans les moyens de formation. Se confier à quelqu’un qui nous connaît peut nous aider à décomplexer la réalité et à dédramatiser la voix intérieure qui tente souvent de déformer nos pensées.

Saint Josémaria soulignait qu’une caractéristique de la formation chrétienne proposée par l’Opus Dei est précisément la simplicité : « Notre ascèse a la simplicité de l’Évangile. Nous le compliquerions si nous étions compliqués, si nous laissions notre cœur dans l’obscurité » [03]. Toutes les aides extérieures que nous recevons nous conduisent généralement à nous accepter tels que Dieu nous a faits. C’est ainsi que nous comprenons le bien concret que nous pouvons faire aujourd’hui et maintenant, sans penser que nous avons besoin d’une réalité différente pour être saints.


LA DIFFICULTÉ d’être simple et de s’abandonner entre les mains de Dieu peut avoir plusieurs causes liées à notre façon d’être : le perfectionnisme, qui conduit à la frustration de ne pas atteindre les objectifs proposés et à la paralysie par peur de faire des erreurs ; le sentimentalisme, qui se laisse guider principalement par la première et superficielle résonance que quelque chose génère en nous ; le volontarisme, qui réfléchit peu et trouve sa satisfaction dans un simple accomplissement… En outre, le rythme de travail ne rend pas toujours la situation plus facile : en pouvant faire plus de choses chaque jour, les décisions à prendre augmentent ; les priorités ne se présentent pas toujours avec une grande clarté ; la compétitivité sociale introduit parfois des ambitions qui finissent par peser sur l’âme… Nous aimerions vivre une vie simple, mais il semble que la réalité soit trop compliquée pour nous permettre de le faire.

Face à ce panorama, saint Josémaria nous invite à prendre soin du présent, qui est le moment opportun pour notre sainteté. C’est en effet le seul moment où nous pouvons recevoir la grâce de Dieu : « Comporte-toi bien “maintenant”, sans te souvenir “d’hier”, déjà passé, ni te préoccuper de “demain”, dont tu ignores s’il arrivera pour toi » [04]. En effet, le passé ou l’avenir peuvent finir par devenir des fardeaux qui nous empêchent de discerner clairement la volonté du Seigneur. Lui-même nous dit : « Ne vous faites pas de souci pour demain : demain aura souci de lui-même ; à chaque jour suffit sa peine » (Mt 6, 34).

Se concentrer sur une tâche, sans trop s’attarder sur ce que les autres en penseront ou sur l’effet qu’elle aura sur notre vie, nous aidera à fixer notre volonté et à mieux utiliser nos talents. Bien sûr, il est également nécessaire de faire le bilan des événements passés et de planifier l’avenir, mais cela ne doit pas nous empêcher, main dans la main avec Dieu, de nous concentrer sur l’amour ici et maintenant, car l’amour ne peut être donné et reçu qu’à ce moment-là. La Vierge Marie, qui s’est abandonnée avec simplicité aux projets de Dieu, peut nous aider à vivre chaque instant comme le moment précis d’aimer Dieu et les autres.


[01]. Pape François, Homélie, 16 mars 2020.

[02]. Saint Josémaria, Chemin, n° 91.

[03]. Saint Josémaria, Cahiers 3 (AGP, Bibliothèque P07).

[04]. Saint Josémaria, Chemin, n° 253.








































Méditation : Samedi de la 14ème semaine du Temps Ordinaire

- Dieu connaît nos luttes

- Appeler un chat un chat

- La sincérité dans la direction spirituelle


PENDANT son séjour sur terre, Jésus a rencontré beaucoup de gens simples qui lui ont dit avec sincérité ce qu'ils avaient sur le cœur. Mais il en a aussi rencontré d'autres qui ne manifestaient pas le même amour de la vérité ; ils avaient beau faire de bonnes actions, leurs intentions n'étaient pas toujours des plus droites. C'est pourquoi le Seigneur s'est exclamé un jour : « Rien n’est voilé qui ne sera dévoilé, rien n’est caché qui ne sera connu » (Mt 10, 26).

Le Christ sait parfaitement comment nous sommes. Pour lui, il n'est pas question de maquiller nos défauts ou de vanter nos vertus : il veut que nos rapports avec lui soient marqués par la sincérité. C'est ainsi que le psalmiste, modèle de prière pour nous chrétiens, s'adresse à Dieu : « Tu me scrutes, Seigneur, et tu sais ! Tu sais quand je m'assois, quand je me lève ; de très loin, tu pénètres mes pensées. Que je marche ou me repose, tu le vois, tous mes chemins te sont familiers. Avant qu'un mot ne parvienne à mes lèvres, déjà, Seigneur, tu le sais » (Ps 138, 1-4).

Toutes nos luttes et tous nos efforts sont connus du Seigneur. Même dans nos écueils, nous pouvons garder la paix, car le Seigneur connaît les intentions les plus profondes de notre cœur. C'est pourquoi saint Josémaria essayait de nous mettre en garde contre la possibilité d'avoir peur de nous regarder tels que nous sommes devant Dieu : « Un moyen pour être franc et simple ?… Écoute et médite ces paroles de Pierre : “Domine, Tu omnia nosti…” — Seigneur, Tu sais tout ! » [01] Rien ne nous donne plus de paix que cette proximité avec Dieu, à qui n'échappe pas la moindre intention d'amour.


LA SINCÉRITÉ dans nos rapports avec Dieu nous amène à nous connaître en profondeur, à connaître notre personnalité et notre façon d'être, avec ses possibilités de servir les autres et ses limites. « Tu as compris en quoi consiste la sincérité quand tu m’écris : “J’essaye de m’habituer à appeler les choses par leur nom et, surtout, à ne pas chercher des mots pour ce qui n’existe pas” » [02].

L'apôtre Jean écrit que « si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous égarons nous-mêmes, et la vérité n’est pas en nous » (1 Jn 1, 8). En effet, il est difficile de trouver quelqu'un qui prétend ne pas avoir de fautes et qui nous assure qu'il ne se trompe jamais. « Mais il y a une chose qui peut nous tromper : en disant “nous sommes tous pécheurs”, comme quelqu'un qui dit “bonjour”, comme quelque chose d'habituel ou de social, nous n'avons pas une vraie conscience du péché » [03]. Lorsque cette routine voilée s'insinue, il peut être plus difficile d'admettre des fautes occasionnelles et d’accepter nos besoins. Mais saint Jean ajoute que c'est précisément dans cette reconnaissance honnête que nous trouvons le pardon et l'aide de Dieu pour nous purifier (cf. 1 Jn 1, 9).

La sincérité amène à être concret. Le péché n'est pas quelque chose d'abstrait, mais une réalité qui a des manifestations spécifiques dans la vie quotidienne. Dans notre dialogue avec Dieu, nous pouvons nommer les attitudes qui nous éloignent de Lui et des autres, et en de nombreuses occasions, cela peut se traduire par des résolutions qui nourriront notre lutte pour la sainteté. Nous pouvons demander au Seigneur la sagesse d’être concrets, afin de pouvoir être honnêtes avec nous-mêmes et ainsi mieux aimer Dieu et ceux qui nous entourent chaque jour.


QUAND il s'agit de se connaître soi-même, on peut avoir du mal à se connaître par manque de perspective. La sagesse populaire exprime cette réalité par un dicton : « Le médecin a du mal à se soigner soi-même ». À cause du péché, ou simplement par manque de recul, il arrive que nos jugements sur nous-mêmes ne soient pas tout à fait justes : nous manquons de recul pour évaluer calmement et sereinement comment traverser certaines étapes de la vie. C'est pourquoi Dieu met à nos côtés des personnes pouvant éclairer certaines parties du chemin. Lorsque nous parlons de notre vie auprès de quelqu'un qui a gagné notre confiance, « l'une des formes de communication les plus belles et les plus intimes s'établit […] Cela nous permet de découvrir des choses inconnues jusqu'alors, petites et simples, mais, comme le dit l'Évangile, c'est précisément des petites choses que naissent les grandes » [04].

Dans la direction spirituelle, nous trouvons l'accompagnement d'une personne qui, parfois par sa seule présence, parfois par la sagesse de son expérience, peut nous aider à mieux connaître Dieu et nous-mêmes. Saint Josémaria donnait un petit conseil pour ces entretiens : « quand tu ouvriras ton âme, raconte en premier lieu ce que tu ne voudrais pas que l’on sache. Ainsi le diable sera toujours vaincu. — Sois clair et simple. Ouvre toute grande ton âme afin que, jusqu’au dernier recoin, le soleil de l’Amour de Dieu y pénètre ! » [05]

L'aide de la direction spirituelle ne prendra pas toujours la forme de suggestions concrètes pour faire face à un problème. Parfois, nous trouverons la lumière en étant simplement honnêtes, en mettant des mots sur une préoccupation et en reconnaissant humblement que nous avons besoin d'aide. Saint Josémaria notait aussi, fort de son expérience de plusieurs années d'avoir eu recours à accompagnement et d'avoir accompagné un grand nombre d’âmes : « Tu as ouvert sincèrement ton cœur à ton Directeur, tu lui as parlé en la présence de Dieu... et quel bonheur que le tien de te voir trouver tout seul une réponse appropriée à tes tentatives d’évasion » [06]. Nous pouvons demander à la Vierge Marie de nous obtenir de Dieu cette sincérité avec Dieu, avec nous-mêmes et avec les autres, pour devenir des âmes toujours plus simples.


[01]. Saint Josémaria, Sillon, n° 326.

[02]. Ibid., n° 332.

[03]. Pape François, Homélie, 29 avril 2020.

[04]. Pape François, Audience générale, 19 octobre 2022.

[05]. Saint Josémaria, Forge, n° 126.

[06]. Saint Josémaria, Sillon, n° 152.








































Méditation : 15ème Dimanche du Temps Ordinaire (année A)

- Jésus se fait comprendre

- Prendre soin de la terre où l’on sème

- Nous sommes les semeurs de Dieu


« LUI QUI bâtit son escalier dans le ciel et fonde sa voûte sur la terre, dit le prophète Amos, décrivant le Seigneur, créateur de l’univers, lui qui convoque les eaux de la mer et les répand à la surface de la terre » (Am 9, 6). Peut-être que Jésus, en lisant ces paroles du prophète, aura été lui aussi étonné de voir comment toute la création nous révèle son Père. C’est peut-être pour cela que l’Évangile nous présente souvent le Seigneur sortant en plein air, sur la rive du lac, comme s’il voulait profiter du cadre grandiose de la nature, de l’œuvre de Dieu son Père, pour parler à ses proches.

Bien que le rivage soit spacieux, cette fois-ci, l’endroit se remplit rapidement. La nouvelle de la présence de Jésus se répand. La plage devient petite et le Seigneur doit monter dans une barque. Du haut de cette embarcation de fortune, il s’adresse à la foule et raconte l’histoire d’un semeur qui s’est mis au travail. « Comme il semait, des grains sont tombés au bord du chemin, et les oiseaux sont venus tout manger. D’autres sont tombés sur le sol pierreux, où ils n’avaient pas beaucoup de terre ; ils ont levé aussitôt, parce que la terre était peu profonde. Le soleil s’étant levé, ils ont brûlé et, faute de racines, ils ont séché. D’autres sont tombés dans les ronces ; les ronces ont poussé et les ont étouffés. D’autres sont tombés dans la bonne terre, et ils ont donné du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un » (Mt 13, 4-8).

Pour un bon nombre de gens présents, il aura été facile d’imaginer la scène, car c’était une réalité qu’ils connaissaient bien. Probablement il en fût ainsi pour plus d’un. Jésus cherche à se faire comprendre, il essaie de toucher l’intelligence et le cœur, il parle à ses auditeurs avec les mots de leur propre expérience. Bref, il sait se mettre à la place de ceux qui l’écoutent, parce qu’il est animé d’un profond esprit de service. « Dieu n’est pas […] une intelligence mathématique éloignée de nous. Dieu s’intéresse à nous, il nous aime, il est entré personnellement dans la réalité de notre histoire, il s’est communiqué jusqu’à s’incarner » [01]. Témoignons-nous nous aussi du message chrétien avec ce désir de nous mettre dans la situation de ceux qui nous entourent, en connaissant leurs soucis et leurs espoirs ?


DANS LA parabole du semeur, toutes les graines ne connaissent pas le même sort. Bien que la semence soit toujours bonne, car il s’agit des dons et des grâces que Dieu a répandus dans notre vie, elle a besoin d’un terrain adéquat pour pousser et porter du fruit. Un cœur bloqué par les peurs, par le désir de tout contrôler ou par le désir d’accumuler des biens matériels, est un lieu où la graine ne peut pas accéder. En revanche, une âme simple, prête à accueillir l’amour divin, laisse fructifier ses talents pour contribuer au bien des autres.

« Lorsque notre cœur est superficiel, la graine ne germe pas : le cœur superficiel, qui accueille le Seigneur, veut prier, aimer et témoigner, mais ne persévère pas, se fatigue et ne “décolle” jamais » [02]. La graine a besoin d’un sol profond pour s’enraciner. Souvent, les éléments nutritifs nécessaires à la croissance ne se trouvent pas dans les couches les plus superficielles : ils ne peuvent être trouvés que dans les profondeurs. Notre monde intérieur aura cette profondeur s’il parvient à dépasser les états d’âme, si dans la stabilité mûre des convictions profondes il sème les idéaux dont nous voulons nous inspirer dans notre vie quotidienne.

Pour que la semence soit bonne, il faut que le champ soit cultivé avec soin et régularité. Les ronces poussent parfois si la terre est négligée et livrée à elle-même. « La fidélité est un don continu : un amour, une libéralité, un détachement permanent, et pas seulement le résultat de l’inertie » [03]. La bonne semence prend racine lorsqu’elle trouve un engagement habituel à mener une vie de prière, à connaître la richesse spirituelle du christianisme, à soigner les relations humaines au travail et en famille, etc. Chacun de ces domaines est comme les différents sillons sur lesquels nous pouvons travailler pour que, patiemment, la vie contemplative puisse s’enraciner dans notre propre âme.


L’HISTOIRE du semeur se poursuit dans la vie de chaque enfant de Dieu. Le Seigneur continue à répandre sa semence, désireux de trouver des cœurs qui l’accueilleront. À travers chacun de nous, il « poursuit ses semailles divines. Le Christ presse le blé dans ses mains blessées, il l’imbibe de son sang, le lave, le purifie et le lance dans le sillon qu’est le monde. Il jette les grains un à un pour que chaque chrétien, dans son milieu, témoigne de la fécondité de la Mort et de la Résurrection du Seigneur » [04].

Il est consolant de savoir que notre vie est une semence divine entre les mains du Seigneur, jetée dans ce monde qu’il a créé et qui est bon. Lorsque nous essayons d’agir pour la gloire de Dieu, parfois en échouant, parfois en tombant, toujours en recommençant, lorsque nous sommes animés par le désir que d’autres découvrent la joie de la maison du Père, la graine germe, même si parfois nous ne la voyons pas s’épanouir. « Si tu es fidèle aux impulsions de la grâce, tu donneras de bons fruits : des fruits durables pour la gloire de Dieu. — Être saint suppose que l’on est efficace, même si le saint n’arrive pas à toucher du doigt ni à perce- voir son efficacité » [05].

Parfois, nous nous décourageons, pensant à tort qu’il n’y a pas autour de nous de terre propice à la croissance de la semence divine. Le Seigneur agit dans toutes les situations, il est un semeur tout-puissant, sans oublier que chacun de nous désire le bonheur de Dieu au plus profond de son âme. Celui qui travaille avec le divin semeur « sait bien que sa vie portera du fruit, mais sans prétendre savoir comment, ni où, ni quand. Il est sûr que rien de son travail d’amour n’est perdu, que rien de sa sincère sollicitude pour les autres n’est perdu, qu’aucun acte d’amour pour Dieu n’est perdu, qu’aucune fatigue généreuse n’est perdue, qu’aucune patience douloureuse n’est perdue » [06]. La Vierge Marie peut nous aider à être unis à son Fils, imbibés de son sang, rendant notre vie toujours plus féconde.


[01]. Benoît XVI, Audience générale, 28 novembre 2012.

[02]. Pape François, Angélus, 16 juillet 2017.

[03]. Saint Josémaria, Lettre 2, n° 12.

[04]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 157.

[05]. Saint Josémaria, Forge, n° 920.

[06]. Pape François, Evangelii gaudium, n° 279.