- Thomas veut toucher les plaies de Jésus
- la miséricorde de Dieu ravive notre foi
- les plaies du Ressuscité donnent accès à son amour
L’ÉVANGILE de la messe d’aujourd’hui rapporte d’abord la première apparition du Seigneur aux disciples, pour se centrer ensuite sur la figure de l’apôtre Thomas, qui n’était pas présent à cette occasion. Lorsque tous, habités par une joie débordante, lui disent qu’ils ont vu le Seigneur, Thomas ne les croit pas. Ni l’insistance des dix autres apôtres ni le témoignage des saintes femmes, pas plus que le récit des disciples d’Emmaüs n’arrivent à le faire changer d’avis. Qui plus est, il réaffirme son incrédulité en disant : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! » (Jn 20, 25)
Nous pouvons imaginer les sentiments qui se livraient combat dans son cœur. C’était un homme résolu, généreux, qui aimait sincèrement le Seigneur. Par exemple, lorsque Jésus décide d’aller à Béthanie pour ressusciter Lazare, courant le risque d’être arrêté et condamné à mort, il exhorte les autres apôtres : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui ! » Ou, pendant la Dernière Cène, lorsque Jésus leur parle du ciel qui les attend s’ils suivent ses pas, il manifeste avec simplicité qu’il n’a pas bien compris : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment pourrions-nous savoir le chemin ? » (Jn 14, 4-5)
Thomas était un homme heureux tout près de Jésus, il souhaitait le suivre et se déclarait prêt à partager son sort. Cependant, il n’avait pas tout à fait compris l’ampleur de sa mission. Avec la mort du Christ, sa crise personnelle fut profonde. Or, les désirs sincères de suivre le Seigneur qui l’avaient toujours animé ont rendu possible que son cœur accueille la lumière de la foi. « Malgré son incrédulité, nous devons remercier Thomas car il ne s’est pas contenté d’entendre dire par les autres que Jésus était vivant, ni même de le voir en chair et en os ; mais il a voulu voir dedans, toucher de la main ses plaies, les signes de son amour. […] Nous avons besoin de voir Jésus en touchant son amour. C’est seulement ainsi que nous allons au cœur de la foi et, comme les disciples, nous trouvons une paix et une joie plus fortes que tout doute » [01].
HUIT JOURS plus tard, Jésus rencontre de nouveau les disciples. Cette fois-ci Thomas y est présent. Après la salutation initiale, le Seigneur s’adresse aussitôt à lui : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté » (Jn 20, 27). Thomas en est tout étonné et la joie explose dans son cœur. Ses lèvres prononcent « la plus splendide profession de foi de tout le Nouveau Testament : “Mon Seigneur et mon Dieu ! (Jn 20, 28) » [02]. En ce dimanche de la Miséricorde divine nous contemplons la grandeur de la miséricorde de Dieu à l’égard de Thomas et, en lui, de chacun de nous. Jésus vient réconforter, et de quelle façon ! ce disciple qui, parce qu’il ne croyait pas, souffrait si intensément.
Thomas se sent compris. L’apparition est comme une accolade qui le délivre de ses peurs et de ses hésitations, ces sentiments qui l’avaient conduit à chercher refuge dans l’incrédulité. Au fond de son cœur, il reste des braises d’espérance, même s’il avait évité de les raviver par peur de s’abuser. Il se rend compte, tout à coup, que Jésus était digne de foi, par ses gestes, ses miracles, ses enseignements, son amour incroyable et sa miséricorde. Il passe en revue sa vie à côté de Jésus-Christ et s’étonne d’avoir si peu compris.
Après avoir manifesté sa foi et son adoration, d’une façon aussi condensée que belle, « Mon Seigneur et mon Dieu », il accepte le reproche affectueux de Jésus : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu » (Jn 20, 29). Voilà qui est tout à fait vrai, pense-t-il. C’est pourquoi il va consacrer le reste de sa vie, allant même jusqu’au martyre, à répandre cette foi qui a brillé bien au-delà de ses doutes. Même si d’autres moments d’incertitude n’ont pas manqué, il a appris à faire confiance à Dieu et à évoluer dans le clair-obscur de la foi.
« JE NE VOIS pas tes plaies comme Thomas : Je proclame pourtant que tu es mon Dieu ! » [03]. Nous, nous devons croire sans avoir vu, sans avoir partagé la vie de Jésus sur cette terre ni avoir été les témoins directs de sa résurrection. Cependant, notre foi est la même que celle que Thomas et les autres apôtres ont professée. Comme eux, nous sommes appelés à évangéliser le monde entier. Pour y arriver, nous comptons sur le soutien et la miséricorde du Seigneur. Le même Christ qui s’est présenté devant l’apôtre incrédule pour lui montrer ses plaies s’offre à nous. Ce Christ « qui n’impose pas sa domination mais mendie un peu d’amour en nous montrant en silence les plaies de ses mains » [04].
Jésus a voulu ouvrir les sources de sa vie pour que nous puissions y participer. Les plaies du Seigneur ont été, pour Thomas et les autres apôtres, un signe de son amour. En les voyant, il ne se sont pas laissé dominer par la douleur, ce qui aurait été bien compréhensible, mais ils ont été inondés de paix. Ces marques du Christ, qu’il a voulu garder, sont le sceau de sa miséricorde. En les contemplant, nous évitons par anticipation les doutes qui pourraient nous assaillir en regardant la froideur de notre réponse. Ces plaies sont la preuve que l’amour de Jésus est ferme et pleinement conscient.
« Les plaies de Jésus sont un scandale pour la foi, mais elles sont aussi la vérification de la foi. C’est pourquoi dans le corps du Christ ressuscité les plaies ne disparaissent pas, elles demeurent, parce qu’elles sont le signe permanent de l’amour de Dieu pour nous, et elles sont indispensables pour croire en Dieu. Non pour croire que Dieu existe, mais pour croire que Dieu est amour, miséricorde, fidélité. Saint Pierre, reprenant Isaïe, écrit aux chrétiens : “Par ses plaies vous avez été guéris” (1P 2,24 ; cf. Is 53,5) » [05]. Demandons à la Très Sainte Vierge « icône parfaite de la foi » [06] que, comme Thomas, nous sachions toucher les plaies de Jésus.
[01]. Pape François, Homélie, 8 avril 2018.
[02]. Benoît XVI, Audience générale, 27 septembre 2006.
[03]. Hymne eucharistique Adoro te devote.
[04]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 179.
[05]. Pape François, Homélie, 27 avril 2014.
[06]. Pape François, Litt. enc. Lumen fidei, n° 58.
- La prière des premiers chrétiens
- Par le baptême, nous sommes renés dans le Christ
- Le baptême et la vie selon l'Esprit
PENDANT LE TEMPS pascal, la première lecture de la messe suit le récit des Actes des Apôtres, qui nous rapporte les premiers pas de l’Église. Il s’agit de la meilleure source pour suivre la vie des premiers chrétiens, chez lesquels saint Josémaria trouvait un bon éclairage pour les chrétiens de notre temps. On voit que dans ces premières communautés régnait une atmosphère de joie, de profonde gratitude, d’enthousiasme surnaturel, qui les poussait à partager leur foi avec tout le monde. Le livre ne passe pas sous silence les difficultés qui existaient, aussi bien extérieures que, parfois, au sein même de l’Église ; or, il n’attache trop d’importance ni aux unes ni aux autres : elles pâlissent devant la grandeur de la vie de la grâce et de l’action de l’Esprit Saint.
Après une nuit d’arrestation sur ordre des autorités, Pierre et Jean sont de retour. L’émoi des autorités avait été considérable en voyant le grand nombre qui, après avoir écouté les apôtres et assisté à un miracle, avaient cru en Jésus. Il les ont donc interrogés, menacés et exhortés à cesser de prêcher, mais les gardiens ont dû laisser Pierre et Jean en liberté, par peur du peuple, « car tout le monde rendait gloire à Dieu pour ce qui était arrivé » (Ac 4, 21). À leur retour, les chrétiens de cette première communauté, peut-être inquiets devant les persécutions qui s’annonçaient, décident de réciter tous ensemble une partie du psaume II. À la fin de cette prière, selon l’Écriture « le lieu où ils étaient réunis se mit à trembler, ils furent tous remplis du Saint-Esprit et ils disaient la parole de Dieu avec assurance ».
En lisant les Actes des Apôtres, nous découvrons que le moteur de tout apostolat est la prière. Celui qui prie « fait l’expérience vivante de la présence de Jésus et est touché par l’Esprit. Les membres de la première communauté — mais cela est toujours valable, également pour nous aujourd’hui — perçoivent que l’histoire de la rencontre avec Jésus ne s’est pas arrêtée au moment de l’Ascension, mais continue dans leur vie. En racontant ce qu’a dit et fait le Seigneur — l’écoute de la Parole —, en priant pour entrer en communion avec lui, tout devient vivant. La prière diffuse la lumière et la chaleur : le don de l’Esprit fait naître en elles la ferveur » [01].
L’ÉVANGILE du jour, pour sa part, nous invite à faire un pas en arrière dans le temps ; nous lisons l’entretien entre Jésus et Nicodème où ils ont parlé de la bonne nouvelle apportée par le Christ ; ce dialogue où le Seigneur l’invite à « renaître ». À la différence des premiers chrétiens, ayant déjà reçu la grâce du baptême et jouissant de l’assistance de l’Esprit Saint, Nicodème avait plus de difficulté à comprendre les mots de Jésus. Nicodème est un Juif influent qui admire le Christ. Il pense que quelqu’un qui fait de tels prodiges doit forcément être un homme de Dieu. Il vient vers lui la nuit pour ne pas être vu en la compagnie de ce maître insolite, mais il s’adresse au Seigneur avec respect et sincérité. C’est pourquoi la réponse de Jésus élève rapidement l’entretien à un niveau supérieur : « Amen, amen, je te le dis : personne, à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu » (Jn 3, 5).
Nous, à l’égal des premiers chrétiens, nous sommes des femmes et des hommes régénérés par le baptême ; nous sommes nés d’en haut. Saint Josémaria expliquait que « par le baptême, Dieu Notre Père a pris possession de notre vie, nous a incorporés à celle du Christ et nous a envoyé le Saint-Esprit » [02]. Ce sacrement nous accorde l’immense dignité d’être des enfants de Dieu, appelés à la sainteté, qui n’est autre chose que « la plénitude de la filiation divine » [03]. Par conséquent, être saint ce n’est pas uniquement une question de comportement extérieur ni ne consiste seulement dans l’aspiration à une perfection éthique, mais il s’agit de reconnaître en nous la vie de la grâce qui nous a été infusée et de désirer sincèrement qu’elle devienne la source de notre existence ; avoir de plus en plus en nous les mêmes sentiments qui étaient chez le Fils, avoir un cœur de plus en plus semblable au sien.
Par le baptême commence une aventure passionnante, une aventure d’amour, une vie qui n’est pas uniquement nouvelle mais que le Seigneur entend renouveler constamment au fil du souffle imprévisible de l’Esprit Saint. « Le baptême nous plonge dans la mort et la résurrection du Seigneur, en noyant dans la source baptismale l’homme ancien, dominé par le péché qui sépare de Dieu, et en faisant naître l’homme nouveau, recréé en Jésus. […] Si nous fêtons le jour de la naissance, comment ne pas fêter — au moins se rappeler — le jour de la renaissance ? […] C’est un autre anniversaire : l’anniversaire de la renaissance » [04]
« AU MOMENT où nous avons reçu le baptême, à peine nés, la vie surnaturelle a commencé dans notre âme. Mais nous devons renouveler notre détermination d’aimer Dieu par-dessus toutes choses tout au long de notre existence, et même au long de chaque journée » [05]. C’est ainsi que saint Josémaria expliquait une caractéristique intrinsèque de notre vocation chrétienne : la disposition à accueillir de façon toujours renouvelée la grâce de Dieu, à seconder les inspirations du Paraclet, avec une docilité qui élargit notre liberté intérieure. La vocation baptismale nous introduit dans le dynamisme de la vie selon l’Esprit Saint. Notre fidélité au Seigneur ne se caractérise pas par l’inertie et la monotonie, mais par l’incessante nouveauté d’une réponse libre et pleine d’amour. Saint Josémaria ajoutait : « Quand on se donne volontairement, la liberté renouvelle l’amour à chaque instant. Or se renouveler, c’est être continuellement jeune, généreux, capable de grands idéaux et de grands sacrifices » [06].
« Que le don du Baptême est grand ! Si nous nous en rendions pleinement compte, notre vie deviendrait un remerciement perpétuel. Quelle joie pour les parents chrétiens, qui ont vu une nouvelle créature naître de leur amour, de la porter sur les fonts baptismaux et de la voir renaître dans le sein de l'Église, pour une vie qui n’aura jamais de fin ! » [07] Même si beaucoup sont incapables de se rappeler le jour où, comme Jésus l’a dit à Nicodème, « ils sont renés », c’est un moment toujours accessible à notre imagination et à notre prière : c’est que nous pouvons remercier Dieu et ceux dont Dieu s’est servi de la foi pour nous incorporer au Christ.
La vie de Marie, depuis le « fiat », qu’il m’advienne ! de l’Annonciation jusqu’au « fiat » silencieux qu’elle a repris au pied de la croix, est un exemple pour nous de réponse fidèle à sa vocation dans les situations les plus diverses. C’est une manifestation de docilité renouvelée à la grâce de Dieu.
[01]. Pape François, Audience générale, 25 novembre 2020.
[02]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 128.
[03]. Saint Josémaria, Lettre 14 février 1945, n° 8.
[04]. Pape François, Audience générale, 11 avril 2018.
[05]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 27.
[06]. Ibid., n° 31
[07]. Benoît XVI, Angélus, 11 janvier 2009.
- Dès le début, l'unité a été à la fois don et objectif
- Les chrétiens seront reconnus à leur amour mutuel
L’ENTRETIEN entre Jésus et Nicodème a probablement été long, même si l’Évangile n’en rapporte que quelques répliques. Ce docteur de la loi s’attendait à rencontrer un prophète, un élu de Dieu, mais ses attentes ont été largement dépassées : il a trouvé quelque chose de plus, quelque chose de radicalement différent, quelqu’un qui faisait des révélations qu’il n’aurait jamais soupçonnées. Nous ne savons pas jusqu’à quel point il les a comprises ou combien de précisions Jésus a voulu apporter. En revanche, ce que nous savons, c’est qu’aux heures difficiles de la passion, alors que presque tous les disciples avaient pris la fuite, Nicodème est sorti de l’anonymat pour donner une sépulture digne au corps du Christ. Il se souvenait sans doute de certains propos de son entretien nocturne, lorsque le Seigneur avait prophétisé sa mort sur la croix et les fruits de son sacrifice : « De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle » (Jn 3, 14-15).
Nicodème connaissait cet épisode de l’histoire de son peuple : Moïse avait dressé le serpent d’airain au-dessus d’un mât pour que ceux qui avaient été mordus par les serpents à la morsure brûlante du désert restent en vie (cf. Nb 21, 8-9). En remontant à cet épisode, Jésus nous rappelle que « personne n’est délivré du péché par lui-même et ou par ses propres efforts, personne n’est entièrement libéré de sa faiblesse ni de sa solitude ni de son esclavage, mais tous ont besoin du Christ le modèle, le maître, le libérateur, le sauveur, celui qui donne la vie » [01]. Pour croire, pour être sauvé, pour apprendre à aimer, nous avons besoin de regarder le Christ sur la croix. Dans ses gestes et ses propos, nous comprendrons quelle est la charité qu’il veut infuser dans notre cœur. Outre cet entretien nocturne, c’est sa rencontre personnelle avec la croix qui a encore davantage transformé Nicodème. Depuis, il a surmonté ses craintes et ses respects humains pour se montrer ouvertement comme ami de Jésus. La contemplation de la croix nous transforme toujours.
LES APÔTRES eux aussi ont été encore davantage transformés lorsque, après la résurrection du Seigneur, ils ont pu comprendre la vraie portée et le sens de sa mort sur la croix. La conviction que « c’est l’amour qui a conduit Jésus au Calvaire » est restée gravée dans leur cœur, ou encore que « sur la Croix, tous ses gestes et toutes ses paroles sont des gestes et des paroles d’amour, d’amour serein et fort » [02]. Ce n’est qu’en regardant en profondeur la grandeur de l’amour divin sur la croix qu’ils ont pu comprendre pleinement, d’une part, le commandement nouveau que Jésus leur avait donné pendant la Dernière Cène (cf. Jn 13, 34) et, de l’autre, la prière pour l’unité de ses disciples que le Christ avait fait monter vers le Père cette nuit-là (cf. Jn 17, 21).
Les apôtres ont fidèlement transmis aux premiers chrétiens les propos de Jésus sur l’amour fraternel et sur l’unité. En effet, pour présenter la communauté naissante à Jérusalem, les Actes disent que « la multitude de ceux qui étaient devenus croyants avait un seul cœur et une seule âme » (Ac 4, 32). L’unité et l’harmonie atteintes n’étaient pas uniquement un succès humain, résultat de la mise en pratique des vertus relationnelles ou d’accords intelligents. Elles étaient avant tout un don de Dieu, l’œuvre de l’Esprit Saint chez ceux qui étaient nés à la vie de la grâce par le baptême. Or, tout en précisant que c’était un don, les Actes font comprendre que c’était aussi un objectif, une tâche : l’histoire bien triste d’Ananie et de Saphire, rapportée juste après (cf. Ac 5, 1-10), montre clairement que cette unité, tellement forte qu’ils n’avaient qu’un seul cœur et qu’une seule âme, était un don de grande valeur mais fragile, dépendant aussi de la liberté personnelle avec laquelle chacun ouvrait son cœur pour l’accueillir.
C’est l’Esprit Saint qui réalise ce « miracle de l’unité », à condition que nous soyons bien disposés à l’accueillir. Des obstacles éventuels ? L’orgueil, l’égoïsme, les commérages, la méfiance… « Les Actes des Apôtres montrent comment dans la ville sainte de Jérusalem, marquée par les événements de la récente Pâque, l’Église était en train de naître. Dès son début même, cette jeune Église “persévérait dans la communauté”, c’est-à-dire qu’elle formait la communion fortifiée par la grâce de l’Esprit Saint. Et il en a été ainsi jusqu’à aujourd’hui. Jésus-Christ, dans son mystère pascal, constitue le centre de cette communauté. Il fait en sorte que l’Église vive, grandisse et se réalise comme un corps qui “reçoit concorde et cohésion par toutes sortes de jointures qui le nourrissent et l’actionnent selon le rôle de chaque partie, opérant ainsi sa croissance et se construisant lui-même, dans la charité” (Ep 4, 16) » [03]. L’unité est un don pour l’Église et un objectif pour chacun.
« C’EST AVEC une grande puissance que les Apôtres rendaient témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus, et une grâce abondante reposait sur eux tous » (Ac 4, 33). Le christianisme s’est rapidement répandu au cours des premiers siècles, grâce au courage des chrétiens, mais surtout grâce au témoignage de la charité qu’ils pratiquaient entre eux et essayaient de diffuser parmi tous. « Voyez comme ils s’aiment ! », commentaient-ils souvent, « voyez comme chacun est prêt à mourir volontiers pour l’autre ! » [04]
Pour être crédibles, les chrétiens doivent être unis, faisant briller la charité avec laquelle ils se traitent les uns les autres. L’apostolat n’est autre chose qu’un débordement de cette charité envers tous, chacun ayant à fleur de peau le souci des autres. Saint Josémaria considérait cela comme un aspect essentiel de l’Opus Dei : « Je veux que l’Œuvre soit toujours ainsi : une petite famille bien unie, même si nous sommes déjà présents partout » [05]. Il commentait aussi que, aussi étendu fût l’apostolat de l’Œuvre, tous devraient lutter pour renforcer l’atmosphère de confiance et de simplicité, de joie et d’affection.
« Quelle grande responsabilité le Seigneur nous confie aujourd’hui ! Il nous dit que les gens reconnaîtront les disciples de Jésus à la façon dont ils s’aiment entre eux. L’amour, en d’autres termes, est la carte d’identité du chrétien, c’est l’unique “document” valide pour être reconnu disciples de Jésus. L’unique document valide. Si ce document expire et n’est pas renouvelé continuellement, nous ne sommes plus des témoins du Maître. Alors, je vous demande : voulez-vous accueillir l’invitation de Jésus à être ses disciples ? Voulez-vous être des amis fidèles ? Le vrai ami de Jésus se distingue essentiellement par l’amour concret. […] Aimer, en effet, veut dire donner, non pas seulement quelque chose de matériel, mais quelque chose de soi-même : son propre temps, sa propre amitié, ses propres capacités » [06].
Demandons à la Vierge Marie que, avec la chaleur d’une charité concrète et avec une unité qui attire tout le monde, nous sachions communiquer la lumière et la chaleur de la foi.
[01]. Concile Vatican II, Ad gentes, n° 8.
[02]. Saint Josémaria, Chemin de Croix, XIe station.
[03]. Saint Jean Paul II, Homélie, 13 juin 1999.
[04]. Tertullien, Apologeticum, 39.
[05]. Saint Josémaria, notes prises lors d’une réunion de famille, 17 mai 1970.
[06]. Pape François, Homélie, 24 avril 2016.
- Le Christ est la lumière du monde
- Le témoignage de la foi des apôtres
- Nous ne "faisons" pas de l'apostolat, nous "sommes" apôtres
« LA LUMIÈRE est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Celui qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dénoncées ; mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu » (Jn 3, 19-21). Ces mots, dans l’Évangile d’aujourd’hui, reprennent la suite de l’entretien entre Jésus et Nicodème. Nous y trouvons un sujet récurrent dans le livre de saint Jean : le Christ est la lumière du monde et celui qui le suit « ne marchera pas dans les ténèbres, il aura la lumière de la vie » (Jn 8, 12). La lumière que le Christ a apportée au monde n’a pas été éblouissante : l’accueillir ou non, s’en approcher ou en détourner le regard, cela dépendait de la liberté de chaque cœur. De facto, la lumière fut rejetée par beaucoup. D’autres ont même essayé de l’éteindre. Mais le plan divin de salut dépasse tous les schémas humains.
La lumière du Christ ressuscité continue d’être une lumière d’amour, qui ne s’impose pas mais se présente, humble et discrète, à la liberté des hommes. Il ne veut pas nous bousculer ni passer outre à notre liberté de choix. Or, si elle est accueillie, même sous cette apparence de faiblesse, elle se révèle capable de dissiper les plus denses ténèbres. « Le Christ, ressuscité des morts, brille dans le monde, et il le fait de la manière la plus claire, précisément là où, selon le jugement humain, tout semble sombre et sans espoir. Il a vaincu la mort, il vit, et la foi en lui pénètre comme une petite lumière tout ce qui est sombre et menaçant. Certes, ceux qui croient en Jésus ne voient pas toujours dans la vie que le soleil, comme s’ils pouvaient s’épargner les souffrances et les difficultés ; mais ils ont toujours une lumière claire qui leur montre un chemin, la voie qui mène à la vie en abondance (cf. Jn 10, 10). Les yeux de ceux qui croient au Christ entrevoient même dans la nuit la plus noire une lumière, et ils voient déjà l’éclat d’un jour nouveau » [01].
LE SEIGNEUR, qui s’est manifesté comme la lumière du monde, a aussi dit à ses disciples : « Vous êtes la lumière du monde » (Mt 5, 14). Nous sommes tous appelés à être lumière et à former avec les autres chrétiens un rayonnement toujours plus large : « La lumière ne reste pas isolée. D’autres lumières sont allumées tout autour. Sous ses rayons, les contours de l’environnement se dessinent, ce qui nous permet de nous orienter. Nous ne vivons pas seuls dans le monde. C’est précisément dans les choses importantes de la vie que nous avons besoin des autres. En particulier, nous ne sommes pas seuls dans la foi, nous sommes des maillons de la grande chaîne des croyants. Personne ne vient à la foi s’il n’est pas soutenu par la foi des autres et, d’autre part, avec ma foi, je contribue à confirmer les autres dans la leur. Nous nous aidons mutuellement à être des exemples les uns pour les autres, nous partageons les uns avec les autres ce qui nous appartient, nos pensées, nos actions et notre affection. Et nous nous aidons mutuellement à nous orienter » [02].
Tel fut le cas des premiers chrétiens, qui n’avaient « qu’un seul cœur et qu’une seule âme » (Ac 3, 32). « La communauté qui vient de renaître a la grâce de l’unité, de l’harmonie. Et le seul qui peut nous donner cette harmonie est l’Esprit Saint, qui est l’harmonie entre le Père et le Fils, il est le don qui apporte l’harmonie » [03]. Le Paraclet les gardait unis et les poussait à évangéliser : ainsi, comme la Sainte Écriture le dit, l’Église s’est rapidement développée. Certes, avec la lumière de la foi, les ténèbres restaient présentes et les problèmes ne manquaient pas. Nous lisons dans la messe d’aujourd’hui qu’en voyant que de plus en plus de gens embrassaient le christianisme les autorités « mirent la main sur les Apôtres et les placèrent publiquement sous bonne garde » (Ac 5, 18). D’une façon ou d’une autre, les difficultés ne manqueront pas non plus dans notre vie, si nous chercherons à répandre autour de nous la lumière du Christ. Si nous avons l’impression que les fruits sont maigres ou que nous n’avons pas nous-mêmes les conditions requises, nous pourrons répéter avec le psalmiste : « Un pauvre crie ; le Seigneur entend : il le sauve de toutes ses angoisses » (Ps 33, 7). Telle fut sans doute l’attitude des Apôtres lorsqu’ils étaient enfermés dans la prison. La consolation de Dieu ne s’est pas fait attendre.
« L’ANGE du Seigneur ouvrit les portes de la prison et les fit sortir. Il leur dit : “Partez, tenez-vous dans le Temple et là, dites au peuple toutes ces paroles de vie”. Ils l’écoutèrent ; dès l’aurore, ils entrèrent dans le Temple, et là, ils enseignaient » (Ac 5, 19-21). Même si l’apparition de l’ange n’est pas décrite, elle a dû être impressionnante. Avec les premières lueurs du jour, tout en sachant qu’ils seraient de nouveau emprisonnés ils ont suivi l’indication. Ils l’ont fait, non comme quelqu’un qui se limite à exécuter un ordre, mais comme quelqu’un qui s’occupe d’une affaire personnelle, d’une tâche qui fait partie de lui-même. Non seulement ils faisaient de l’apostolat mais ils étaient apôtres et c’est ainsi qu’ils se voyaient, des témoins d’un événement qui avait transformé leur vie.
Nous aussi « nous devons remplir le monde de lumière… […], écrivait saint Josémaria. Rien ne peut produire une plus grande satisfaction que d’amener tant d’âmes à la lumière et à la chaleur du Christ. Des gens à qui personne n’a appris à apprécier à sa juste valeur leur vie ordinaire, pour qui l’ordinaire semble vain et dénué de sens, qui ne comprennent pas et sont stupéfaits par cette grande vérité : Jésus-Christ a pris soin de nous, même des plus petits, même des plus insignifiants. À tous, vous devez dire : le Christ vous cherche aussi, comme il a cherché les douze premiers, comme il a cherché la Samaritaine, comme il a cherché Zachée ; comme il a cherché le paralytique : Surge et ambula (Mc 2,9), lève-toi, le Seigneur t’attend ; comme il a cherché le fils de la veuve de Naïm : Tibi dico, surge! (Lc 7, 14), je te le dis, lève-toi de ton confort, de ton oisiveté, de ta mort » [04].
Demandons à notre mère du ciel de maintenir vivante en nous la conscience d’être apôtres, de sorte que nous sachions seconder l’action de l’Esprit Saint pour que beaucoup d’âmes s’approchent de Dieu.
[01]. Benoît XVI, Discours, 24 septembre 2011.
[02]. Ibid.
[03]. Pape François, Homélie, 14 avril 2015.
[04]. Saint Josémaria, Lettre, 24 mars 1930.
- Les Apôtres se lancent à évangéliser
- Le Christ éclaire l'existence et l'histoire humaine
UNE FOIS LIBÉRÉS, les apôtres sont retournés au petit matin au Temple pour poursuivre leur prédication. Une nouvelle fois, ils ont été arrêtés et conduits devant les princes des prêtres. C’est la scène que nous rapporte la première lecture de la messe d’aujourd’hui : « Ayant amené les Apôtres, ils les présentèrent au Conseil suprême, et le grand prêtre les interrogea : “Nous vous avions formellement interdit d’enseigner au nom de celui-là, et voilà que vous remplissez Jérusalem de votre enseignement. Vous voulez donc faire retomber sur nous le sang de cet homme ” En réponse, Pierre et les Apôtres déclarèrent : “Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes” » (Ac 5, 27-29).
Pierre et les Douze montrent par leur réponse « posséder cette “obéissance de la foi” qu’ils voudront ensuite susciter chez tous les hommes (cf. Rm 1, 5) » [01]. Le livre des Actes rapporte plusieurs exemples exprimant la même idée : pour les apôtres, le plus important était de mener à bien la mission que Dieu leur avait confiée. En tant que témoins de la résurrection du Christ, ils ne pouvaient pas ne pas parler de ce qu’ils avaient vu et entendu. Ce qu’ils avaient reçu était d’un prix tel pour eux et remplissait si pleinement leur cœur qu’ils étaient prêts à affronter n’importe quel danger pour le faire partager.
L’Esprit Saint les a progressivement transformés : ils seront de moins en moins lâches et de plus en plus courageux ; moins ambitieux, avec moins de visées humaines, et plus capables de se donner aux autres. Introduits dans la vie de l’Esprit, « ils ne sont plus des hommes “seuls”. Ils font l’expérience de cette synergie particulière qui les fait se décentrer d’eux-mêmes, et qui leur fait dire : “Nous et l’Esprit Saint” (Ac 5, 32) ou “l’Esprit Saint et nous” (Ac 15, 28). Ils sentent qu’ils ne peuvent pas dire “je” seuls, ce sont des hommes décentrés d’eux-mêmes. Forts de cette alliance, les apôtres ne se laissent intimider par personne » [02].
« LE DIEU de nos pères a ressuscité Jésus, que vous aviez exécuté en le suspendant au bois du supplice. C’est lui que Dieu, par sa main droite, a élevé, en faisant de lui le Prince et le Sauveur, pour accorder à Israël la conversion et le pardon des péchés. Quant à nous, nous sommes les témoins de tout cela, avec l’Esprit Saint, que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent » (Ac 5, 30-32). Les Apôtres se savent témoins d’une vérité qui, avec l’assistance de l’Esprit Saint, envoyé pour que nous puissions la faire passer dans notre vie, apporte le salut à la totalité du genre humain. C’est le début de notre mission ; l’Église « continue et développe au cours de l’histoire la mission du Christ lui-même » [03].
« Face aux défis de ce monde qui est le nôtre, aussi complexes que passionnants, qu’attend le Seigneur de nous, chrétiens d'aujourd’hui ? Que nous allions à la rencontre des soucis et des besoins des gens, pour apporter l’Évangile à tous, à la fois dans sa pureté originelle et dans sa radieuse nouveauté » [04]. L’engagement à évangéliser consiste dans « un appel adressé à chacun d’entre nous, avec ses ressources spirituelles et intellectuelles, avec ses compétences professionnelles ou son expérience de vie, mais aussi avec ses limites et ses défauts, à s’efforcer de voir comment collaborer plus et mieux à l’immense tâche de placer le Christ au sommet de toutes les activités humaines. Pour cela, il est nécessaire d’avoir une connaissance approfondie de l’époque dans laquelle nous vivons, des dynamiques qui l’affectent, des potentialités qui la caractérisent, des limites et des injustices, souvent graves, qui l’affligent. Et, par-dessus tout, notre union personnelle avec Jésus dans la prière et dans les sacrements est nécessaire. Ainsi, nous pourrons nous tenir ouverts à l’action de l’Esprit Saint, pour frapper avec charité à la porte du cœur de nos contemporains » [05].
« CELUI QUI VIENT d’en haut est au-dessus de tous. Celui qui est de la terre est terrestre, et il parle de façon terrestre » (Jn 3, 34). Ce passage de l’Évangile selon saint Jean suit immédiatement l’entretien entre Jean le Baptiste et ses disciples, au cours duquel le Précurseur a tenu des propos, mille fois médités : « Lui, il faut qu’il grandisse ; et moi, que je diminue » (Jn 3, 30). Le Christ, qui vient d’en haut, du ciel, est le seul à pouvoir révéler le Père et faire venir l’Esprit Saint. C’est pourquoi « celui qui croit au Fils a la vie éternelle ; celui qui refuse de croire le Fils ne verra pas la vie » (Jn 3, 36).
Jésus seul peut prononcer « les paroles de Dieu » et donner « l’Esprit sans mesure » (Jn 3, 34). L’homme peut accéder à Dieu par différentes voies : par exemple, en contemplant l’ordre et la beauté du monde ; en réfléchissant sur la soif d’infini et de plénitude qu’il abrite dans son cœur ; à travers des expériences spirituelles qui, souvent, comportent des trésors de sagesse ; par un sens marqué du sacré… Toutes ces voies manifestent l’ouverture de l’homme à Dieu, tout en mettant en relief les limites de la connaissance humaine face au divin.
En revanche, par la foi au Christ, nous connaissons la Parole complète et définitive de Dieu. Comme saint Thomas d’Aquin l’a écrit, « avant la venue du Christ, aucun philosophe, malgré tous ses efforts, ne pouvait en savoir autant sur Dieu et sur ce qui est nécessaire pour atteindre la vie éternelle qu’une petite vieille femme en sait par la foi après la venue du Christ » [06]. Chaque chrétien a reçu le don merveilleux de la foi qui est « une rencontre avec Dieu qui parle et œuvre dans l’histoire et qui convertit notre vie quotidienne, en transformant en nous la mentalité, les jugements de valeur, les choix et les actions concrètes. Ce n’est pas une illusion, une fuite de la réalité, un refuge confortable, du sentimentalisme, mais une participation de toute la vie et l’annonce de l’Évangile, Bonne Nouvelle capable de libérer chaque homme » [07].
Demandons à la Vierge Marie, mère des croyants, de nous aider à centrer encore plus notre vie sur le Christ et à orienter vers lui ceux que nous rencontrons sur notre chemin.
[01]. Pape François, Audience générale, 18 septembre 2019.
[02]. Ibid.
[03]. Concile Vatican II, Ad gentes, n° 12.
[04]. Mgr Fernando Ocariz, À la lumière de l’Évangile, textes pour la méditation, Le Laurier, Paris, 2021.
[05]. Ibid.
[06]. Saint Thomas d’Aquin, Expositio in Symbolum Apostolorum, Proemio.
[07]. Benoît XVI, Audience générale, 14 novembre 2012.
- Les besoins des autres ne passent pas inaperçus à un chrétien
- L'Église vit de l'Eucharistie
L’ÉVANGILE selon saint Jean rapporte sept miracles du Seigneur, dont la première multiplication des pains et des poissons. Il s’agit d’un passage qui préfigure la Pâque du Seigneur et l’institution de l’Eucharistie. Une grande foule s’était rassemblée près du bord du lac de Génésareth, attirée par ce maître dont la renommée s’était répandue en raison de ses miracles et de ses enseignements. Du flanc de la colline, le Seigneur voit les foules qui le suivaient et il s’adresse à Philippe, le plus proche, pour lui poser une question déconcertante : « Où pourrions-nous acheter du pain pour qu’ils aient à manger ? » (Jn 6, 5). La première pensée de Philippe a peut-être été que le Maître ne parlait pas sérieusement, tout en considérant que Jésus était souvent imprévisible. Donc, prudemment, il s’est limité à faire un calcul approximatif : « Le salaire de deux cents journées ne suffirait pas pour que chacun reçoive un peu de pain » (Jn 6, 7). André intervient alors, avec un peu plus d’empathie pour la faim des foules, mais mettant en relief l’impossibilité de faire quoi que ce soit pour eux : « Il y a là un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons, mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ! » (Jn 3, 9)
Saint Jean signale que, même si Jésus a échangé ces propos avec les apôtres, « il savait bien, lui, ce qu’il allait faire » (Jn 6, 6). L’auteur sacré fait remarquer que d’un point de vue humain il était impossible de donner à manger à tant de monde. Il le dit non seulement pour mettre en évidence la grandeur du miracle mais aussi pour souligner que le salut est un don qui vient de Dieu ; il ne s’agit pas d’une œuvre humaine, même si le Seigneur compte sur les hommes pour la mener à bien. « Tout au long de l’histoire de l’Œuvre, disait saint Josémaria, j’ai souvent pensé que le Seigneur avait prévu les choses de toute éternité, mais que, d’autre part, il nous laissait libres. Notre Seigneur semble parfois nous tenter, vouloir tester notre foi. Mais Jésus-Christ ne nous abandonne pas : si nous tenons bon, il est prêt à faire des miracles, à multiplier les pains… » [01].
« “FAITES ASSEOIR LES GENS”. Il y avait beaucoup d’herbe à cet endroit. Ils s’assirent donc, au nombre d’environ cinq mille hommes. Alors Jésus prit les pains et, après avoir rendu grâce, il les distribua aux convives ; il leur donna aussi du poisson, autant qu’ils en voulaient » (Jn 6, 10-11). L’Évangile ne précise pas de quelle manière Jésus a matériellement fait le miracle. En revanche, nous pouvons imaginer à quel point cette expérience de foi est restée gravée dans le cœur des disciples. Plus tard, éclairés par la résurrection, ils ont compris que, désormais, il en serait toujours ainsi : le Seigneur attendait d’eux, comme de chacun de nous, qu’ils fassent leur possible. Quant à lui, il fera toujours son possible. L’action de Dieu n’est pas toujours tout à fait manifeste, si bien que nous ne savons pas très bien qui est impliqué et quelles en sont les conséquences ; cependant, la part du Seigneur est toujours la plus réelle et la plus importante. Dès lors, c’est avec l’action de l’homme, soutenu par l’action de Dieu, que la mission apostolique irait de l’avant et que l’Église se constituerait.
De cette multiplication des pains et des poissons un autre enseignement est à retenir : une leçon de charité. Il leur a montré comment un chrétien doit être attentif aux autres et découvrir leur besoins spirituels et matériels : d’abord, par un regard qui relève ces besoins, de surcroît compatissant, désireux de prendre soin des autres ; ensuite par une attitude généreuse et active : il ne suffit pas de penser ou de se dire que telle ou telle démarche serait très belle mais que, malheureusement, on ne peut rien faire ; les bons sentiments ne sont pas suffisants s’ils ne vont pas plus loin. Jésus souhaite que chacun fasse ce qui est en son pouvoir pour aider des gens concrets se trouvant dans des situations difficiles, sans se résigner à la passivité. Il met ses disciples en demeure de trouver une solution, un début de solution tout au moins, qu’ils essaient de lancer un processus positif. En définitive, il les incite à se compliquer la vie s’il le faut, pour aider les autres.
« Pour cela, nous avons besoin que le Seigneur élargisse nos cœurs, qu’il nous donne un cœur à sa mesure, afin que tous les besoins, les douleurs et les souffrances des hommes et des femmes de notre temps, surtout ceux des plus faibles, puissent y entrer. Dans le monde d’aujourd'hui, la pauvreté a de multiples visages : les malades et les personnes âgées qui sont traités avec indifférence, la solitude vécue par de nombreuses personnes abandonnées, le drame des réfugiés, la misère dans laquelle vit une grande partie de l’humanité, souvent à cause d’injustices qui crient vers le ciel. Rien de tout cela ne peut nous être indifférent. Chaque chrétien doit mettre en marche “l’imagination de la charité” dont parlait saint Jean-Paul II, afin d’apporter le baume de la tendresse de Dieu à tous nos frères et sœurs qui sont dans le besoin » [02].
« ALORS JÉSUS PRIT LES PAINS et, après avoir rendu grâce, il les distribua aux convives » (Jn 6, 11). Ces mots de saint Jean préfigurent l’Eucharistie. Le même chapitre du quatrième Évangile rapporte, en effet, le discours du pain de vie, où Jésus promet qu’il se donnera lui-même comme nourriture de notre âme.
Dans l’Eucharistie, ce qui était quelque chose de matériel et de petit, un peu de pain et de vin, devient un aliment surnaturel : le corps et le sang du Christ, pain des anges, la nouvelle manne qui restaure les forces du peuple de Dieu qu’est l’Église. « L’Église vit de l’Eucharistie » [03]. « La communauté chrétienne naît et renaît continuellement de cette communion eucharistique. Vivre la communion avec le Christ est par conséquent toute autre chose que de rester passifs et étrangers à la vie quotidienne ; au contraire, cela nous insère toujours plus dans la relation avec les hommes et les femmes de notre temps, pour leur offrir le signe concret de la miséricorde et de l’attention du Christ. Tandis qu’elle nous nourrit du Christ, l’Eucharistie que nous célébrons nous transforme également peu à peu en Corps du Christ et nourriture spirituelle pour nos frères. Jésus veut rejoindre tout le monde, pour apporter à tous l’amour de Dieu. C’est pourquoi il fait de chaque croyant un serviteur de la miséricorde. Jésus a vu la foule, il a été saisi de compassion pour elle et il a multiplié les pains ; il fait la même chose avec l’Eucharistie. Et nous, croyants qui recevons ce pain eucharistique, nous sommes poussés par Jésus à apporter ce service aux autres, avec la même compassion » [04].
« L’Eucharistie ne peut jamais être seulement une action liturgique. Elle est complète seulement si l’agape liturgique devient amour dans le quotidien. Dans le culte chrétien les deux choses deviennent une – le fait d’être comblés par le Seigneur dans l’acte cultuel et le culte de l’amour à l’égard du prochain. Demandons en ce moment au Seigneur la grâce d’apprendre à vivre toujours mieux le mystère de l’Eucharistie, si bien que de cette façon la transformation du monde trouve son commencement » [05]. Demandons aussi à la Vierge Marie « présente avec l’Église et comme Mère de l’Église dans toutes nos célébrations eucharistiques » [06] de nous aider à répandre partout dans le monde la force sanctificatrice du sacrifice de l’autel.
[01]. Saint Josémaria, notes prises lors d’une méditation, 1er avril 1962.
[02]. Mgr Fernando Ocariz, À la lumière de l’Évangile, textes pour la méditation, Le Laurier, Paris, 2021
[03]. Saint Jean Paul II, Litt. enc. Ecclesia de Eucharistia, n° 1.
[04]. Pape François, Audience générale, 17 août 2016.
[05]. Benoît XVI, Homélie, 9 avril 2009.
[06]. Saint Jean Paul II, Litt. enc Ecclesia de Eucharistia, n° 57.
- Le service des autres dans l'Église naissante
- Être des âmes reconnaissantes et miséricordieuses
- Le Seigneur est toujours avec nous dans la barque
« EN CES JOURS-LÀ, comme le nombre des disciples augmentait, les frères de langue grecque récriminèrent contre ceux de langue hébraïque, parce que les veuves de leur groupe étaient désavantagées dans le service quotidien » (Ac 6, 1). Dès les premiers pas du christianisme, l’Église a été confrontée à des situations de tension, comme celle dont il est question dans ce passage. L’Église, tout en comptant sur l’assistance permanente de l’Esprit Saint, est formée de gens comme nous qui, bien qu’animés des meilleures intentions, n’en avons pas moins les limites inhérentes à la condition humaine et aux blessures du péché.
Pierre et les autres apôtres avaient une tâche de discernement concernant le problème posé, pour proposer une solution. C’est pourquoi ils ont désigné « sept hommes qui soient estimés de tous, remplis d’Esprit Saint et de sagesse » (Ac 6, 3), devant se consacrer plus directement à ce service de la charité. Il est intéressant de remarquer que, dès ses débuts, l’Église a eu le souci des plus nécessiteux et que, au moment de charger certains chrétiens de l’organisation matérielle de ce travail d’assistance, ils ont cherché avant tout des gens dociles à l’Esprit Saint, remplis de sagesse. La vie intérieure, les vertus personnelles, l’amour de la vérité révélée et l’activité au service des autres, autant d’aspects intrinsèquement liés entre eux pour mener à bien la mission de l’Église.
Chaque chrétien était invité, à l’époque et de nos jours aussi, à regarder Jésus-Christ, à imiter sa vie, en secondant l’action sanctificatrice du Paraclet. C’est de là que procède le don de soi aux autres qui va se concrétiser de diverses manières. Au fond pour tous, comme saint Josémaria l’a écrit, tout cela « se résume en un seul mot : aimer. Aimer, c’est avoir le cœur grand, ressentir les préoccupations de ceux qui nous entourent, savoir pardonner et comprendre : se sacrifier, avec Jésus-Christ, pour toutes les âmes. Si nous aimons avec le cœur du Christ, nous apprendrons à servir » [01]
« LA PAROLE de Dieu était féconde, le nombre des disciples se multipliait fortement à Jérusalem » (Ac 6, 7). Le psaume responsorial de la messe d’aujourd’hui est un écho de la joie des premiers chrétiens de Jérusalem : « Rendez grâce au Seigneur sur la cithare, jouez pour lui sur la harpe à dix cordes. […] Oui, elle est droite, la parole du Seigneur ; il est fidèle en tout ce qu’il fait. Il aime le bon droit et la justice ; la terre est remplie de son amour » (Ps 32, 2.4-5). Il s’agit d’un chant de louange adressé au Seigneur qui a créé le monde et le maintient dans son être ; qui regarde du ciel les enfants d’Adam et connaît jusqu’au dernier recoin de leur cœur ; qui garde sans cesse sur les hommes son regard plein de tendresse, de proximité et de salut.
En nous invitant à méditer ce psaume, l’Église souhaite susciter en nous un esprit de reconnaissance et de miséricorde, à l’image du Père. Cette attitude jaillit du fait de reconnaître les aides du ciel et devient quelque chose de plus profond lorsque nous comprenons que le Seigneur a infusé en nous la foi et la charité pour répandre sa bienveillance autour de nous, à la faveur des vicissitudes de notre vie. Nous pouvons devenir des femmes et des hommes qui voient de plus en plus le monde avec les yeux de Dieu et qui, par conséquent, apprécient en premier lieu le bien, le salut, ce qui est noble, y compris chez les autres. « Le Catéchisme écrit : “Tout événement et tout besoin peuvent devenir offrande d’action de grâces” (n° 2638). La prière d’action de grâce commence toujours par-là : se reconnaître précédés par la grâce. Nous avons été pensés avant que nous apprenions à penser ; nous avons été aimés avant que nous apprenions à aimer ; nous avons été désirés avant que dans notre cœur ne naisse un désir. Si nous regardons la vie ainsi, alors l’“action de grâce” devient le fil conducteur de nos journées » [02].
« Habitue-toi à élever ton cœur vers Dieu en action de grâces, et souvent dans la journée. — Parce qu’il te donne ceci ou cela. — Parce qu’on t’a humilié. — Parce que tu ne possèdes pas ce dont tu as besoin, ou parce que tu le possèdes. Parce que sa Mère, qui est aussi ta Mère, il l’a voulue si belle. — Parce qu’il a créé le soleil et la lune, et cet animal et cette plante. — Parce qu’il a donné à celui-ci d’être éloquent et à toi de bredouiller… Remercie-le de tout, parce que tout est bon » [03].
SAINT JEAN RAPPORTE, de façon succincte et sobre, ce qui est arrivé juste après la première multiplication des pains et des poissons. Au coucher du soleil, les disciples sont montés dans la barque pour traverser le lac et se rendre à Capharnaüm. Jésus ne les a pas accompagnés mais est resté sur un mont pour prier. « Un grand vent soufflait, et la mer était agitée. Les disciples avaient ramé sur une distance de vingt-cinq ou trente stades (c’est-à-dire environ cinq mille mètres), lorsqu’ils virent Jésus qui marchait sur la mer et se rapprochait de la barque. Alors, ils furent saisis de peur. Mais il leur dit : “C’est moi. N’ayez plus peur” ».
Vraisemblablement, il a fallu aux disciples plusieurs heures pour parcourir, en ramant contre vents et marées, les presque cinq kilomètres qui les séparaient de Capharnaüm. Beaucoup ont vu dans cette barque, soumise à des craquements sous la poussée des vagues, une figure de l’Église, confrontée à des risques et à des difficultés dans la mer de l’histoire. Il pourrait en être de même de nous et de notre vie : souvent les difficultés ne manquent pas, tout comme les efforts et les fatigues. Comme les apôtres, nous aussi nous pouvons nous révéler comme des gens à la foi faible, dominés par la peur, par un sentiment d’insécurité ou les soucis.
« C’est moi. N’ayez plus peur ». Le Seigneur est toujours avec nous, il nous regarde et nous accompagne. C’est pourquoi « nous n’avons que des raisons de te rendre grâces. Rien ne peut nous effrayer ; rien ne peut nous inquiéter ; aucune chose au monde ne peut nous faire perdre la paix » [04]. Quelquefois, nous avons besoin de temps pour que la confiance dans le Seigneur grandisse, cette confiance qui remplit notre vie de gratitude. Parfois, nous devrons interpréter notre histoire personnelle à la lumière de l’affection inconditionnelle que Dieu nous porte. Jésus s’est manifesté en marchant sur les eaux pour fortifier la foi encore faible de ses disciples. Nous pouvons conclure ce moment de prière en lui demandant d’augmenter en nous notre confiance en lui — augmente en nous la foi ! — de sorte que nous soyons capables de reconnaître sa présence dans notre histoire personnelle et dans toutes les circonstances de notre existence.
[01]. Quand le Christ passe, n° 158.
[02]. Pape François, Audience générale, 30 décembre 2020.
[03]. Saint Josémaria, Chemin, n° 268.
[04]. Saint Josémaria, Dialogue avec le Seigneur, Consummati in unum! 2c.
- Le Christ Ressuscité se présente devant ses disciples
- Les premiers chrétiens annoncent la miséricorde de Dieu
- Nous sommes des témoins de Jésus
NOUS VOILÀ arrivés à la troisième semaine de Pâques. L’Évangile nous fait entrer dans le Cénacle, à la nuit tombée, le jour même de la résurrection de Jésus. Les disciples d’Emmaüs « racontaient ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain » (Lc 24, 35). Aucun doute n’est plus possible, tant sont nombreux les témoignages qui, tout au long de la journée, ont confirmé la résurrection du Maître. C’était leur seul sujet de conversation. Alors qu’ils en parlent en s’aidant mutuellement à se rappeler les promesses de Jésus « lui-même fut présent au milieu d’eux, et leur dit : “La paix soit avec vous !” » (Lc 24, 36). Il les a salués en leur apportant la paix, comme il le leur avait recommandé autrefois lorsqu’ils entreraient dans une maison (cf. Lc 10, 5).
Bien que les personnes présentes au Cénacle fussent déjà convaincues de la résurrection du Seigneur, elles ont réagi avec étonnement et crainte devant l’apparition car « ils croyaient voir un esprit » (Lc 24, 37). Comme cette nuit-là sur la mer, lorsqu’il leur était apparu sur les eaux, au milieu de la tempête (cf. Mc 6, 50). Cette fois-ci, Jésus insiste sur la réalité de sa présence physique. Il leur montre ses blessures, une sorte de lettres de créance, son document d’identité : « “Pourquoi êtes-vous bouleversés ? Et pourquoi ces pensées qui surgissent dans votre cœur ? Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi ! Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os comme vous constatez que j’en ai”. Après cette parole, il leur montra ses mains et ses pieds » (Lc 24, 38-40).
Devant la confusion des apôtres, que l’évangéliste explique par la joie qui les avait saisis, Jésus leur donne un autre argument : « Avez-vous ici quelque chose à manger ? » (Lc 24, 41). Une nouvelle fois, il partage le repas avec eux, comme trois jours plus tôt, en instituant l’Eucharistie. Ainsi il démontre qu’il « ne vient pas du monde des morts — ce monde qu’il a déjà définitivement laissé derrière lui — mais bien au contraire, qu’il vient précisément du monde de la vie pure » [01]. Nous pouvons accueillir l’invitation que saint Josémaria nous adresse en contemplant la résurrection du Christ : « Avant de terminer cette dizaine, tu as embrassé les blessures de ses pieds…, et moi, plus audacieux — étant plus enfant — j’ai posé les lèvres sur son côté ouvert » [02]
« ALORS il ouvrit leur intelligence à la compréhension des Écritures » (Lc 24, 45). Comme il l’avait fait avec les disciples d’Emmaüs, le Seigneur leur accorde la grâce de discerner les prophéties de l’Ancien Testament le concernant. Jésus continue de les former, après trois années d’enseignement : maintenant il leur prête un secours spécial pour l’interprétation des Écritures. Grâce à cette lumière, les disciples comprennent le sens de tout ce qu’ils ont vécu auprès du Maître. « Il leur dit : “Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour, et que la conversion serait proclamée en son nom, pour le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem” » (Lc 24, 46-47). Sous l’impulsion de ces mots, les premiers chrétiens ont annoncé la proximité de la miséricorde de Dieu, mais en précisant que ce n’est plus une simple promesse ; désormais, les disciples seraient les ministres de la réconciliation, puisque Jésus leur avait dit : « À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis » (Jn 20, 23).
Dans la première lecture, nous écoutons le témoignage de saint Pierre : « Convertissez-vous donc et tournez-vous vers Dieu pour que vos péchés soient effacés » (Ac 3, 19). Dans la seconde, la remarque de saint Jean : « Mes petits enfants, je vous écris cela pour que vous évitiez le péché. Mais si l’un de nous vient à pécher, nous avons un défenseur devant le Père : Jésus Christ, le Juste. C’est lui qui, par son sacrifice, obtient le pardon de nos péchés, non seulement les nôtres, mais encore ceux du monde entier » (1 Jn 2, 1-5). Chaque année, à Pâques, l’Église renouvelle cette invitation. « La Confession, c’est le passage de la misère à la miséricorde, c’est l’écriture de Dieu dans le cœur. A chaque fois, nous y lisons que nous sommes précieux aux yeux de Dieu, qu’il est Père et qu’il nous aime plus que nous nous aimons nous-mêmes. […] Combien de fois nous nous sentons seuls et perdons le fil de la vie. Combien de fois nous ne savons plus comment recommencer, oppressés par la difficulté de nous accepter. Nous avons besoin de recommencer mais nous ne savons pas à partir d’où. […] C’est seulement en tant que pardonnés que nous pouvons repartir rassurés, après avoir éprouvé la joie d’être aimés du Père jusqu’au bout. Des choses vraiment nouvelles en nous se produisent seulement à travers le pardon de Dieu » [03].
LA LITURGIE actualise le mystère pascal et, par conséquent, la mission apostolique. Comme il y a vingt siècles, Jésus ressuscité nous dit : « À vous d’en être les témoins » (Lc 24, 48). Cet appel à l’apostolat fait partie de notre identité chrétienne. « La nouvelle évangélisation doit impliquer que chaque baptisé soit protagoniste d’une façon nouvelle. Cette conviction se transforme en un appel adressé à chaque chrétien, pour que personne ne renonce à son engagement pour l’évangélisation, car s’il a vraiment fait l’expérience de l’amour de Dieu qui le sauve, il n’a pas besoin de beaucoup de temps de préparation pour aller l’annoncer » [04].
« À vous d’en être les témoins » (Lc 24, 48) Comment être un bon témoin ? « Nous ne pouvons être témoins que si nous connaissons le Christ personnellement et non seulement à travers les autres, par notre propre vie, par notre rencontre personnelle avec le Christ. En le rencontrant réellement dans notre vie de foi nous devenons des témoins et nous pouvons ainsi contribuer à la nouveauté du monde, à la vie éternelle » [05]. Vivre en ayant le sens de la mission présuppose un cœur amoureux, être les amis de Jésus ressuscité, le fréquenter dans le pain et la parole. « Jésus-Christ vit, disait saint Josémaria, avec une chair comme la mienne, mais glorieuse ; avec un cœur de chair comme le mien […]. “Je sais, moi, que mon rédempteur est vivant”. Mon Rédempteur, mon Ami, mon Père, mon Roi, mon Dieu, mon Amour, est vivant ! Il prend soin de moi » [06].
Bien conscients de l’importance de notre mission, nous voulons imiter les premiers chrétiens : aller auprès de la Vierge Marie, Reine des Apôtres, pour qu’elle nous aide à devenir des hérauts du Christ.
[01]. Benoît XVI, Jésus de Nazareth, vol. II, Parole et Silence, Paris, 2012.
[02]. Saint Josémaria, Saint Rosaire, premier mystère glorieux.
[03]. Pape François, Homélie, 29 mars 2019.
[04]. Pape François, Evangelii gaudium, n° 120.
[05]. Benoît XVI, Audience générale, 20 janvier 2010.
[06]. Saint Josémaria, Instruction 9 janvier 1935, n° 248.
- Jésus souhaite que nous le suivions par amour
- La foi en Jésus nous permet d'accomplir les œuvres de Dieu
- Faire nôtre la "pensée" du Christ
LA NOUVELLE de la multiplication des pains s’était divulguée dans toute la région ; tant et si bien que la foule a accouru vers le lieu du miracle. « Quand la foule vit que Jésus n’était pas là, ni ses disciples, les gens montèrent dans les barques et se dirigèrent vers Capharnaüm à la recherche de Jésus. L’ayant trouvé sur l’autre rive, ils lui dirent : “Rabbi, quand es-tu arrivé ici ?” » (Jn 6, 24-25). Cette nuit-là, Jésus, en marchant sur les eaux, s’était approché de la barque où se trouvaient ses disciples. L’événement n’était pas passé inaperçu aux habitants de la région, étant donné que « la foule restée sur l’autre rive se rendit compte qu’il n’y avait eu là qu’une seule barque, et que Jésus n’y était pas monté avec ses disciples, qui étaient partis sans lui » (Jn 6, 22).
Compte tenu de tous ces événements, la foule s’est rend compte que ce prophète est spécial, puisqu’il accompagne sa prédication novatrice de signes prodigieux qui donnent une autorité à ses propos. Or, le Seigneur cherche rapidement à purifier petit à petit leur intérêt et à les inviter à élever leur regard. Il ne s’agit pas de suivre un thaumaturge qui leur fournisse leur nourriture quotidienne, mais de rechercher la vie éternelle, de viser le salut. « Jésus leur répondit : “Amen, amen, je vous le dis : vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé de ces pains et que vous avez été rassasiés” » (Jn 6, 26).
Entendant encore l’écho de ses propos, nous pouvons examiner quelle est notre droiture d’intention dans la suite du Christ, si nous souhaitons accomplir toujours et en tout sa volonté. Afin d’éviter ce que disait saint Augustin au sujet des pages de l’Évangile : « Vous me cherchez pour des raisons charnelles et non spirituelles. Combien sont-ils à chercher Jésus, guidés uniquement par des intérêts temporels ! […] On ne cherche guère Jésus pour Jésus » [01]. Le Seigneur a fait voir à la foule que, même s’ils avaient vu le signe, ils n’en cherchaient pas pour autant la vraie signification. « C’est comme s’il disait : “Vous me cherchez par intérêt”. Il est toujours bon de se demander : pourquoi je cherche Jésus ? pourquoi je le suis ? Nous sommes tous des pécheurs. Et, par conséquent, nous avons toujours quelque intérêt, quelque chose à purifier à la suite de Jésus ; nous devons travailler intérieurement à le suivre, pour lui, par amour » [02]
CES ADMIRATEURS de Jésus, concentrés sur leurs seuls intérêts personnels, ne se sont pas rendu compte qu’ils avaient affaire à l’envoyé de Dieu. « Ils n’avaient pas compris que ce pain, rompu pour tant de gens, pour un grand nombre, était l’expression de l’amour de Jésus lui-même. Ils ont donné plus de valeur à ce pain qu’à celui qui le donne » [03]. Or, Jésus a mis à profit leur intérêt pour bien orienter leurs attentes : « Travaillez non pas pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle, celle que vous donnera le Fils de l’homme, lui que Dieu, le Père, a marqué de son sceau » (Jn 6, 27). C’est ainsi qu’il a introduit le grand thème de l’ensemble de ce chapitre de cet Évangile, que la liturgie de l’Église nous propose pendant cette semaine : l’Eucharistie.
Cela dit, Jésus devait avant préparer le terrain pour donner cet enseignement. « Ils lui dirent alors : “Que devons-nous faire pour travailler aux œuvres de Dieu ?” » (Jn 6, 28). Selon la mentalité de l’époque, ceux qui écoutaient Jésus pensaient devoir s’acquitter de certaines pratiques religieuses pour avoir droit à la nourriture miraculeuse. Le Seigneur les surprend par sa réponse : « L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé » (Jn 6, 29). L’œuvre de Dieu consiste à croire. C’est la priorité de la grâce sur nos actions. « Aujourd’hui, ces paroles s’adressent également à nous : l’œuvre de Dieu ne consiste pas tant à « faire » des choses, mais à « croire » en celui qu’il a envoyé. Cela signifie que la foi en Jésus nous permet d’accomplir les œuvres de Dieu. Si nous nous laissons impliquer dans ce rapport d’amour et de confiance avec Jésus, nous serons capables d’accomplir de bonnes œuvres qui ont le parfum de l’Évangile, pour le bien et les besoins de nos frères » [04].
« L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé » (Jn 6, 29). La clé de notre foi se trouve dans une confiance totale en la grâce de Dieu. « Le centre de l’existence, ce qui donne un sens et une ferme espérance au chemin souvent difficile de la vie est la foi en Jésus, la rencontre avec le Christ. […] La foi est ce qui est fondamental. Il ne s’agit pas ici de suivre une idée, un projet, mais de rencontrer Jésus comme une Personne vivante, de se laisser interpeller totalement par lui et par son Évangile. Jésus invite à ne pas s’arrêter à un horizon purement humain et à s’ouvrir à l’horizon de Dieu, à l’horizon de la foi » [05].
« L’ŒUVRE DE DIEU, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé » (Jn 6, 29). « Jésus nous rappelle que le vrai sens de notre existence terrestre se trouve à la fin, dans l’éternité, dans la rencontre avec lui, qui est à la fois don et donateur ; et il nous rappelle aussi que l’histoire humaine — avec ses souffrances et ses joies — doit être contemplée dans une perspective d’éternité, c’est-à-dire dans la perspective de la rencontre définitive avec lui, une rencontre qui illumine chaque jour de notre vie » [06]
De facto, la foi nous rapproche du point de vue de Dieu, de « la pensée du Seigneur » (1Co 2, 16), de sorte que nous lisons et comprenons tout sous cet éclairage. C’est pourquoi l’a foi n’est pas un simple contenu théorique à confesser ou à prêcher. Elle se manifeste, avant tout, dans la vie quotidienne du croyant, étant lumière qui montre le sens de la vie, éclaire l’existence personnelle et communautaire dans la perspective de Dieu. La foi, en découvrant la possibilité de s’associer aux plans de la providence de Dieu, devient agissante, « agit par la charité » (Ga 5, 6). « La foi et les œuvres, la foi et l’esprit de sacrifice, la foi et l’humilité » [07], disait saint Josémaria. Ma foi me pousse-t-elle à voir tout selon la pensée du Christ ? Est-ce que j’essaie de découvrir le rapport entre la réalité où j’évolue et les plans de Dieu, en partant surtout de la Sainte Écriture ?
Allons à Jésus comme le personnage de l’Évangile qui le suppliait : « Je crois ! Viens au secours de mon manque de foi ! » (Mc 9, 24). Disons-lui nous aussi : « Seigneur, je croix, mais aide-moi à croire davantage et mieux ! Adressons enfin cette prière à Sainte Marie, Mère de Dieu et notre Mère, modèle de foi : “Oui, bienheureuse celle qui a cru en l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur” (Lc 1, 45) » [08].
[01]. Saint Augustin, Traité sur l’Évangile selon saint Jean, 25, 10.
[02]. Pape François, Homélie, 5 mai 2014.
[03]. Benoît XVI, Angélus.
[04]. Pape François, Angélus, 5 août 2018.
[05]. Benoît XVI, Angélus, 5 août 2012.
[06]. Benoît XVI, Angélus.
[07]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 203.
[08]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 204.
- Jésus est le véritable pain du ciel
- L'eucharistie, centre et racine de la vie chrétienne
- Soigner la messe et être des âmes eucharistiques
APRÈS LA MULTIPLICATION des pains et des poissons, la foule suit Jésus jusqu’à Capharnaüm. Arrivés à destination, ils lui demandent quelles actions ils devaient réaliser pour s’unir aux œuvres de Dieu. Le Maître répond que la clé consiste à croire en lui comme envoyé du Père (cf. Jn 6, 22-29). Maintenant nous pouvons assister à la suite de ce dialogue, lorsque les auditeurs exigent un prodige pour croire ses propos, comme si le miracle de la nuit précédente était insuffisant. « Ils lui dirent alors : “Quel signe vas-tu accomplir pour que nous puissions le voir, et te croire ? Quelle œuvre vas-tu faire ? Au désert, nos pères ont mangé la manne ; comme dit l’Écriture : Il leur a donné à manger le pain venu du ciel” » (Jn 6, 30-31).
Cette foule a mis Jésus à l’épreuve pour voir s’il était capable de faire les mêmes prodiges que Moïse. Or, le Seigneur, tout en comprenant leur inquiétude, leur explique quelle est la vraie origine de la manne. Il leur apprend que ce que l’événement annonçait était plus important encore que l’événement lui-même : le pain de la vie éternelle, le vrai pain du ciel. « Jésus leur répondit : “Amen, amen, je vous le dis : ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain venu du ciel ; c’est mon Père qui vous donne le vrai pain venu du ciel. Car le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde” » (Jn 6, 32-33).
Jésus est le nouveau Moïse, qui porte à leur plénitude les annonces du prophète. Ces signes en sont la preuve : la multiplication des pains rappelle le don de la manne dans le désert et la marche sur les eaux évoque le passage de la mer Rouge. Dans les deux cas, Jésus va plus loin que l’annonce du Pentateuque. De facto, après avoir donné à manger à cinq mille personnes, ceux qui ont été témoins du miracle se sont exclamés : « C’est vraiment lui le Prophète annoncé, celui qui vient dans le monde » (Jn 6, 14). Plus tard, entendant que ce pain peut donner la vie, « ils lui dirent alors : Seigneur, donne-nous toujours de ce pain-là » (Jn 6, 34). C’est une réaction naturelle. C’est ce que la Samaritaine avait demandé lorsque Jésus lui a parlé de l’eau qui jaillit en vie éternelle. Nous aussi, comme cette foule, nous voulons que Dieu augmente en nous le désir de recevoir le pain qui donne la vie.
« JÉSUS leur répondit : “Moi, je suis le pain de la vie” » (Jn 6, 35). Ces mots constituent une révélation centrale de notre foi. Le quatrième évangile ne mentionne pas l’institution du sacrement de l’Eucharistie. En revanche, il transmet la théologie de ce sacrement. Jésus se présente comme le pain qui donne sens et espérance au cheminement terrestre, comme la nourriture que Dieu donna à Élie pour qu’il puisse marcher « quarante jours et quarante nuits jusqu’à l’Horeb, la montagne de Dieu » (1 R 19, 8). Jésus est le pain de la vie parce qu’il est resté dans le sacrement de l’Eucharistie comme « source et sommet de toute la vie chrétienne » [01], comme « centre et racine de la vie intérieure » [02]. Source et sommet ; centre et racine. L’Eucharistie atteint une telle grandeur, parce qu’elle contient Jésus-Christ lui-même, auteur de la grâce et parce que « dans l’Eucharistie culminent l’action sanctifiante de Dieu envers nous et le culte que nous lui rendons » [03].
« L’Eucharistie est Jésus lui-même qui se donne entièrement à nous. Nous nourrir de lui et demeurer en lui à travers la Communion eucharistique, si nous le faisons avec foi, transforme notre vie, la transforme en un don à Dieu et à nos frères. Nous nourrir de ce “pain de vie” signifie entrer en harmonie avec le cœur du Christ, assimiler ses choix, ses pensées, ses comportements. Cela signifie entrer dans une dynamique d’amour et devenir des personnes de paix, des personnes de pardon, de réconciliation, de partage solidaire. Les mêmes choses que Jésus a faites » [04]. Saint Josémaria en avait fait l’expérience personnelle, puisque depuis sa jeunesse il a passé de très longs moments devant le tabernacle. C’est pourquoi il conseillait : « Sois une âme eucharistique ! — Si le tabernacle est au centre de tes pensées et de tes espérances, mon fils, comme ils seront abondants, les fruits de sainteté et d’apostolat que tu récolteras ! » [05]
ÊTRE DES ÂMES eucharistiques nous amène à soigner spécialement la messe pour que chaque journée soit vivifiée par la grâce et la force de Dieu. Pour ce faire, nous pouvons demander au Seigneur de nous apprendre à pénétrer dans les mots qu’il a lui-même adressés au Père et que l’Église nous propose dans chaque célébration. De la sorte, la sainteté de Dieu saisira de plus en plus notre vie ordinaire, nos succès et nos échecs, nos difficultés et nos joies. Dans cet effort, il nous sera d’un grand secours de méditer les lectures, de préparer la messe en récitant des communions spirituelles, ou de rendre grâce après avoir participé à la messe et reçu la Sainte Communion. Si nous empruntons ce chemin, nous aurons le désir de saluer Jésus dans le tabernacle, d’y rester seul-à-seul avec lui, d’y faire des moments de prière plus ou moins longs.
Nous pouvons demander aussi la grâce d’être plus sensibles à sa présence dans l’Eucharistie. Jésus, augmente en nous la foi, met une lumière plus puissante dans notre raison pour croire fermement et pour approfondir le mystère de ce sacrement. Donne-nous aussi davantage d’amour et de force, pour désirer la communion fréquente et pour aimer de toutes nos forces ta présence dans le tabernacle. Un conseil de saint Josémaria peut nous être bien utile : « Rends-toi souvent devant le tabernacle de corps ou de cœur, afin de te rassurer, de trouver la sérénité : mais aussi pour te sentir aimé… et pour aimer ! » [06]
Nous demandons à la Vierge Marie, la femme eucharistique, son aide pour aimer son Fils comme elle l’a fait ; nous voulons recevoir Jésus avec les dispositions qui étaient les siennes : « avec la pureté, l’humilité et la dévotion, avec lesquelles ta très Sainte Mère te reçut ».
[01]. Concile Vatican II, Lumen gentium, n° 11.
[02]. Saint Josémaria, Forge, n° 69.
[03]. Compendium du Catéchisme de l’Église Catholique, n° 274.
[04]. Pape François, Angélus, 16 août 2015.
[05]. Saint Josémaria, Forge, n° 835.
[06]. Saint Josémaria, Forge, n° 837.
- Nous pouvons aller à Jésus tout au long de la journée
- Demander au Seigneur la grâce de faire sa volonté
C’EST LE SABBAT et Jésus prêche à la synagogue de Capharnaüm. Il éveille l’intérêt des gens présents en affirmant que l’œuvre de Dieu est une question de foi. Leur expectative grandit lorsque, comme signe confirmant ses propos, il leur offre le pain du ciel. Le dialogue atteint son point culminant : « Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura jamais soif » (Jn 6, 35). Et d’ajouter une promesse, liée à une exigence : « Tous ceux que me donne le Père viendront jusqu’à moi ; et celui qui vient à moi, je ne vais pas le jeter dehors » (Jn 6, 37).
Le Père nous donne son Fils pour que nous recevions l’adoption filiale. Or, aller à Jésus c’est un acte libre, personne ne va à lui contraint et forcé. « Aller à Jésus : cela peut sembler une invitation spirituelle évidente et générale. Mais essayons de la rendre concrète, en nous posant des questions comme celles-ci : Aujourd’hui, dans les dossiers que j’ai eu en main au travail, me suis-je rapproché du Seigneur ? En ai-je fait une occasion de dialogue avec lui ? Dans les personnes que j’ai rencontrées, ai-je impliqué Jésus, les ai-je conduites à lui dans la prière ? Ou bien ai-je tout fait en restant dans mes pensées, me réjouissant seulement de ce qui allait bien pour moi, et me plaignant de ce qui allait mal ? Finalement, est-ce que je vis en allant vers le Seigneur, ou bien tourné vers moi-même ? Quelle direction a ma route ? Est-ce que je cherche seulement à faire bonne figure, sauvegarder ma place, mes temps et mes espaces, ou bien vais-je vers le Seigneur ? » [01]
« Celui qui vient à moi, je ne vais pas le jeter dehors » (Jn 6, 37). Nous sommes venus pour être avec Jésus, nous voulons librement accepter, à tout moment, l’invitation du Père. Nous le remercions pour l’assurance qu’il ne nous jettera pas dehors, qu’il sera toujours à nos côtés, en notre faveur. Le Seigneur nous invite à commencer et à recommencer autant de fois qu’il le faudra.
« JE SUIS DESCENDU du ciel pour faire non pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé » (Jn 6, 38). Le chemin de Jésus consiste à faire la volonté du Père. Parce-que Dieu souhaite, avec plus d'intensité que quiconque, notre bonheur éternel et terrestre. Être en harmonie avec ce projet est le moyen le plus sûr de bâtir ce bonheur. Aimer la volonté de Dieu, ce n’est pas se soumettre à des règles arbitraires, mais avoir confiance en son immense désir de partager avec nous son bonheur.
Il vaut la peine de faire confiance au plan de Dieu, y compris aux moments difficiles ; en cela aussi, notre modèle est toujours le Christ. « Il n’est pas facile de faire la volonté de Dieu ! Pour Jésus non plus qui, en cela, a été tenté dans le désert et aussi au Jardin des Oliviers où, l’agonie au cœur, il a accepté le supplice qui l’attendait. Cela n’a pas été facile pour certains disciples, qui l’ont abandonné parce qu’ils ne comprenaient pas ce que c’était que de faire la volonté du Père (cf. Jn 4, 34). Ce n’est pas facile pour nous, car chaque jour nous avons tellement de choix dans notre assiette » [02].
À l’heure de la souffrance, nous pouvons nous rappeler que Jésus a profondément souffert dans son cœur d’homme au Jardin des Oliviers. La tentation du disciple qui entend faire plaisir à Dieu en tout peut consister à lutter, sans que le cœur y soit. Car alors que notre devoir est clair dans notre tête, même avec une grande certitude, en revanche le cœur peut manquer de la même détermination et les affects ne nous poussent pas dans ce sens-là. C’est pourquoi nous avons besoin de chercher la volonté de Dieu avec le cœur aussi. Saint Josémaria répétait quelques mots, sachant bien que personne autant que notre créateur ne souhaite notre bonheur : « Je veux ce que tu veux, je veux parce que tu veux, je veux comme tu veux, je veux quand tu veux… » [03].
« QU’EST-CE QUE je dois faire pour accomplir la volonté de Dieu ? D’abord, demander la grâce de vouloir l’accomplir. Est-ce que je demande que le Seigneur me donne l’envie de faire sa volonté ? Ou bien, ayant peur de la volonté de Dieu, est-ce que je recherche des compromis ? Nous pouvons aussi faire une autre chose : prier pour découvrir la volonté de Dieu sur moi et sur ma vie, pour savoir quelle décision je dois prendre ici et maintenant, comment gérer mes affaires, etc. » [04] Exactement ce que saint Josémaria cherchait à faire : « Comprenant que Jésus attendait de moi quelque chose, quelque chose que j’ignorais — je me suis composé des oraisons jaculatoires : “Seigneur, que veux-tu ? Qu’attends-tu de moi ?” Je pressentais que le Seigneur me cherchait pour quelque chose de nouveau, et ce Rabboni, ut videam, Maître, que je voie, m’amena à supplier le Christ, à lui adresser sans relâche cette prière : “Seigneur, que s’accomplisse ce que Tu veux” » [05].
La manière d’agir des saints nous introduit dans la familiarité de Dieu, dans une harmonisation des désirs qui est la voie vers le bonheur. C’est pourquoi nous devons demander « que le Seigneur nous accorde à tous la grâce, afin qu’un jour il puisse dire de nous ce qu’il a dit de ce groupe, de ces gens qui l’ont suivi et qui étaient assis autour de lui […] : “Voici ma mère et mes frères et sœurs. Celui qui fait la volonté de Dieu est mon frère, ma sœur et ma mère” (Mc 3, 35). Faire la volonté de Dieu nous fait faire partie de la famille de Jésus, cela nous rend mère, père, sœur, frère » [06]. Jésus souhaite nous faire participer à ses projets de salut et d’amour ; il attend notre réponse libre, créative, et il nous accorde sa grâce pour les mener à bien. « La fidélité dans la durée est le nom de l’amour » [07].
La Vierge Marie a répondu « oui » à Dieu, non seulement lors de l’annonce apportée par l’ange mais tout au long de sa vie, y compris aux moments douloureux de la passion de son fils. Demandons-lui la grâce d’avoir un cœur sensible, aspirant à la vie grande et heureuse à laquelle Dieu souhaite nous associer.
[01]. Pape François, Homélie, 4 novembre 2019.
[02]. Pape François, Homélie, 28 janvier 2015.
[03]. Saint Josémaria, prière manuscrite, avril 1934.
[04]. Pape François, Homélie, 28 janvier 2015.
[05]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 197.
[06]. Pape François, Homélie, 28 janvier 2015
[07]. Mgr Fernando Ocariz, Méditation, 19 mars 2020.
- Dieu le Père nous attire vers Jésus
- L'Eucharistie nous remplit d'espérance
LORSQUE JÉSUS annonce à la synagogue de Capharnaüm qu’il était le pain de vie, les assistants, dans une compréhensible logique humaine, se sont demandé : « Celui-là n’est-il pas Jésus, fils de Joseph ? Nous connaissons bien son père et sa mère. Alors comment peut-il dire maintenant : “Je suis descendu du ciel” ? » (Jn 6, 42) Le Seigneur a aussitôt réagi et donné une explication : « Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire » (Jn 6, 44).
Ce passage nous introduit « dans la dynamique de la foi, qui est une relation : la relation entre la personne humaine — nous tous — et la Personne de Jésus, où le Père joue un rôle décisif, et naturellement aussi l’Esprit Saint — qui ici reste sous-entendu. Il ne suffit pas de rencontrer Jésus pour croire en lui, il ne suffit pas de lire la Bible, l’Évangile — cela est important ! mais ne suffit pas — ; il ne suffit même pas d’assister à un miracle, comme celui de la multiplication des pains. De nombreuses personnes ont été au contact proche de Jésus et n’ont pas cru en lui, au contraire, elles l’ont même méprisé et condamné. Et je me demande : pourquoi cela ? N’ont-elles pas été attirées par le Père ? Non, cela s’est produit car leur cœur était fermé à l’action de l’Esprit de Dieu. Et si ton cœur est fermé, la foi n’entre pas. Dieu le Père nous attire toujours vers Jésus : c’est nous qui ouvrons notre cœur ou bien qui le fermons » [01].
Nous aussi, le Père nous conduit jusqu’à son Fils pour que nous prenions exemple sur lui et que nous lui rendions toute la gloire. Cette mission exige que nous soyons toujours près de Jésus, que nous nous laissions instruire par lui pour être ses disciples. « La foi, qui est comme une graine au plus profond du cœur, éclot quand nous nous laissons « attirer » par le Père vers Jésus, et « allons à lui » avec le cœur ouvert, sans préjugés ; alors nous reconnaissons dans son visage le visage de Dieu et dans ses paroles la Parole de Dieu » [02].
VOIR DIEU, le contempler tout au long de la journée, voilà un objectif possible. En même temps, cette promesse peut s’accomplir par des voies différentes, grâce à Jésus. Dieu lui-même, qui a mis en nous le désir de l’éternité, est resté dans l’Eucharistie pour être toujours avec nous. Le Christ, présent dans l’Eucharistie, est le meilleur moyen de satisfaire notre désir d’un amour éternel. Nous pouvons nous entretenir avec lui dans la prière, lui rendre visite dans le tabernacle, écouter ses paroles dans l’Évangile. Jésus deviendra petit à petit notre meilleur ami et nous pourrons tout demander au Père en son nom : « Si nous demandons au nom de Jésus-Christ, le Père nous l’accordera, soyez-en sûrs. La prière a toujours été le secret, l’arme puissante […]. La prière est le fondement de notre paix » [03].
Dans notre prière de demande, Jésus nous a appris à demander surtout le « pain de vie », la nourriture de l’éternité. « Au désert, vos pères ont mangé la manne, et ils sont morts » (Jn 6, 49), dit le Christ, en se comparant à la nourriture que Dieu a envoyée par l’intermédiaire de Moïse. Il signale que tandis que cette nourriture était éphémère, l’Eucharistie est le pain éternel. Il ne s’agit pas d’un simple souvenir, mais d’un mémorial, d’une actualisation, comme nous le disons dans toutes les prières eucharistiques et dans certains hymnes : « O memoriale mortis Domini ! Panis vivus, vitam præstans homini ! » [04] ; ô mémorial de la mort du Seigneur, pain vivant qui procure la vie à l’homme ! L’Eucharistie ne regarde pas que le passé, elle regarde aussi le présent et le futur. Notre passage sur terre est un pèlerinage d’Eucharistie en Eucharistie, jusqu’à la participation définitive au banquet du ciel. « Chaque fois que l’Église célèbre l’Eucharistie, elle se souvient de cette promesse et son regard se tourne vers “Celui qui vient” (Ap 1, 4) » [05].
« Pendant les journées pleines d’activités et de problèmes, mais aussi pendant celles de repos et de détente, le Seigneur nous invite à ne pas oublier que s’il est nécessaire de nous préoccuper du pain matériel et de restaurer nos forces, il est encore plus fondamental de faire croître notre relation avec lui, de renforcer notre foi en celui qui est le « pain de vie », qui remplit notre désir de vérité et d’amour » [06].
JÉSUS NOUS PROMET une nourriture divine qui sera toujours disponible, « celui qui en mange ne mourra pas » (Jn 6, 50). Munis de ce passeport nous pouvons être sûrs que, si nous sommes fidèles, notre appel à la vie éternelle deviendra une réalité. Ainsi, Dieu lui-même nous remplit d’espérance, la « vertu théologale par laquelle nous désirons et attendons de Dieu la vie éternelle comme notre bonheur, mettant notre confiance dans les promesses du Christ et comptant sur l’appui de la grâce du Saint-Esprit pour mériter la vie éternelle et pour persévérer jusqu’à la fin de notre vie sur la terre » [07].
Jésus conclut sa prédication à la synagogue en réitérant le message central de l’ensemble de son discours : « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde » (Jn 6, 51). Le Seigneur nous promet l’impensable : la communion pour l’éternité avec sa propre vie. Cette espérance, même si elle ne trouvera sa plénitude qu’au ciel, éclaire nos pas sur la terre. Cette espérance « nous dit aussi que nos activités quotidiennes ont un sens qui va au-delà de ce que nous voyons immédiatement : comme le disait saint Josémaria, elles prennent une vibration d’éternité si nous les faisons par amour pour Dieu et pour les autres » [08].
Voilà qui nous remplit d’optimisme, bien conscients que Dieu est toujours près de nous. La joie chrétienne a son fondement dans la promesse divine que nous vivrons avec lui pour toujours. C’est pourquoi la tradition appelle l’Eucharistie « gage de la gloire future » : car elle « nous rend forts pour notre pèlerinage en cette vie et elle fait désirer la vie éternelle, nous unissant déjà au Christ assis à la droite du Père, à l’Église du ciel, à la bienheureuse Vierge Marie et à tous les saints » [09].
[01]. Pape François, Angélus, 9 août 2015.
[02]. Ibid.
[03]. Saint Josémaria, Lettre 14 février 1944, n° 18.
[04]. Hymne Adoro te devote.
[05]. Catéchisme de l’Église Catholique, n° 1403.
[06]. Benoît XVI, Angélus, 5 août 2012.
[07]. Compendium du Catéchisme de l’Église Catholique, n° 387.
[08]. Mgr Fernando Ocariz, Message, 4 novembre 2018.
[09]. Compendium du Catéchisme de l’Église Catholique, n° 294.
- Signe de l'unité et lien de la charité
- Unir notre journée à la messe
LORSQUE JÉSUS finit son discours sur l’Eucharistie à la synagogue, une discussion inattendue s’engage : « Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? » (Jn 6, 52). Une chose est claire, à savoir qu’ils ont saisi le réalisme des propos du Maître. Ils savent qu’il n’évoque pas un simple symbole. C’est pourquoi la force de son discours génère en eux une inquiétude. Devant leur réaction sceptique, le Seigneur ne nuance pas son expression ; bien au contraire, il réaffirme la nécessité de l’Eucharistie pour avoir la vie divine. « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous » (Jn 6, 53).
« En écoutant ce discours, les gens ont compris que Jésus n’était pas un Messie comme ils le voulaient, qui aspirait à un trône terrestre. Il ne cherchait pas un consensus pour conquérir Jérusalem ; au contraire, il voulait aller dans la Ville sainte pour y partager le sort des prophètes : donner sa vie pour Dieu et pour son peuple. Ces pains, rompus pour des milliers de personnes, ne devaient pas provoquer une marche triomphale, mais annoncer le sacrifice de la Croix, dans lequel Jésus devient le Pain, le corps et le sang offerts en expiation » [01].
Or, nous trouvons dans le même passage une promesse merveilleuse : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui » (Jn 6, 56). Jésus nous promet la possibilité de vivre en Dieu et, en même temps, que Dieu demeure en nous. « Nous n’humanisons pas Dieu notre Seigneur lorsque nous le recevons : c’est lui qui nous divinise, nous exalte, nous élève. Jésus-Christ fait ce qui nous est impossible : il surnaturalise nos vies, nos actions, nos sacrifices. Nous sommes déifiés » [02]. C’est pourquoi « chaque fois que nous faisons la communion, nous ressemblons davantage à Jésus, nous nous transformons davantage en Jésus. De même que le pain et le vin sont convertis en Corps et Sang du Seigneur, ceux qui les reçoivent avec foi sont transformés en Eucharistie vivante […] La communion nous ouvre et nous unit à tous ceux qui sont un avec lui. Voilà le prodige de la communion : nous devenons ce que nous recevons ! » [03]
L’EUCHARISTIE est appelée signe de l’unité et lien de la charité, car « la communion accroît notre union au Christ. Recevoir l’Eucharistie dans la communion porte comme fruit principal l’union intime au Christ Jésus » [04]. Saint Paul, dans les premiers temps du christianisme, a expliqué que cette unité découle du partage de la table eucharistique : « La coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas communion au corps du Christ ? Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain » (1 Co 10, 16-17). Aussi pouvons-nous dire que l’Église forme un Corps ; en conséquence de quoi un des noms de ce sacrement est précisément « communion ».
Saint Josémaria était très conscient de l’unité forte que fonde l’Eucharistie. C’est pourquoi il a fait graver sur le tabernacle de l’oratoire du Conseil général de l’Opus Dei les propos de Jésus lors de la Dernière Cène : « “Consummati in unum!” (Jn 17, 23). Car c’est comme si nous nous trouvions tous ici, disait le fondateur de l’Opus Dei, tout près de toi, sans t’abandonner ni de jour ni de nuit, en un cantique d’action de grâces et, pourquoi pas, de demande de pardon. […] Pour réparer… pour t’être agréables… pour rendre grâce » [05].
« L’Eucharistie est le sacrement de l’unité. Celui qui la reçoit ne peut être qu’artisan d’unité, parce que naît en lui, dans son “ADN spirituel”, la construction de l’unité. Que ce Pain d’unité nous guérisse de l’ambition de dominer les autres, de l’avidité de s’emparer pour soi, de fomenter des dissensions et de répandre des critiques ; qu’il suscite la joie de nous aimer sans rivalité, envie et bavardages malveillants. Et maintenant, en vivant l’Eucharistie, adorons et remercions le Seigneur pour ce don suprême : mémoire vivante de son amour qui fait de nous un seul corps et nous conduit à l’unité » [06].
« DE MÊME QUE LE PÈRE, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi » (Jn 6, 57). La communion de Jésus avec le Père est le modèle à suivre si nous voulons vivre en Dieu. Cette union se traduit par le désir de toujours nous unir à sa volonté. Dans chaque Eucharistie, elle nous donne la force d’y arriver : « Si nous vivons bien la messe, comment ne pas continuer ensuite, pendant le reste de la journée, à penser au Seigneur, en ayant soin de ne pas nous éloigner de sa présence, pour travailler comme il travaillait et aimer comme il aimait ? » [07]
Grâce à notre âme sacerdotale, nous pouvons faire de chaque journée une messe ; nous pouvons unir notre travail quotidien au sacrifice du Christ sur le Calvaire, qui se renouvelle sur l’autel. Un symbole de cette union est la goutte d’eau que le prêtre verse dans le vin dans la préparation des offrandes pendant qu’il récite la prière suivante : « Comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l’Alliance, puissions-nous être unis à la divinité de Celui qui a pris notre humanité » [08]. À juste titre, le Catéchisme enseigne que « dans l’Eucharistie, le sacrifice du Christ devient aussi le sacrifice des membres de son Corps. La vie des fidèles, leur louange, leur action, leur prière, leur travail, sont unis à ceux du Christ » [09].
Le Christ conclut son discours à la synagogue en disant : « Celui qui mange ce pain vivra éternellement » (Jn 6, 58-59). Jésus qui est descendu du ciel grâce à la réponse affirmative de sa mère est le pain vivant qui donne la vie. « Marie de Nazareth, icône de l’Église naissante, nous montre que chacun de nous est appelé à accueillir le don que Jésus fait de lui-même dans l’Eucharistie » [10].
[01]. Benoît XVI, Angélus, 19 août 2012.
[02]. Saint Josémaria, notes prises lors d’une méditation, 14 avril 1960.
[03]. Pape François, Audience générale, 21 mars 2018.
[04]. Catéchisme de l’Église Catholique, n° 1391.
[05]. Saint Josémaria, Dialogue avec le Seigneur, n° 121.
[06]. Pape François, Homélie, 18 juin 2017.
[07]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 154.
[08]. Missel romain.
[09]. Compendium du Catéchisme de l’Église Catholique, n° 281.
[10]. Benoît XVI, Sacramentum caritatis, n° 33.
- Faire passer la Parole de Dieu dans la vie
- Nous regarder dans Jésus, à travers l'Eucharistie
- Trouver et aimer le Christ dans l'Évangile
JÉSUS est sur le point de conclure son discours à la synagogue de Capharnaüm. Quelques minutes plus tôt, certains parmi les présents ont réagi avec stupeur devant la révélation qu’il leur donnerait son corps à manger. Le Seigneur réplique : « Cela vous scandalise ? Et quand vous verrez le Fils de l’homme monter là où il était auparavant ! » (Jn 6, 61-62). S’il vient de parler de son corps et de son sang comme sources de vie éternelle, maintenant il souligne l’importance de ses propos : « Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie » (Jn 6, 63). C’est la raison pour laquelle on dit que la messe est célébrée sur deux tables : l’ambon de la Parole et l’autel de l’Eucharistie. Dans chacune d’elles nous trouvons la nourriture que nous donne le Père : ses enseignements et la communion à son corps et à son sang.
Pour mieux assimiler la richesse de la Parole de Dieu, il convient, en plus de l’écouter attentivement dans la liturgie, de souvent la méditer dans la prière, de l’étudier et de la faire passer dans la vie. « La Parole de Dieu écoutée et célébrée, surtout dans l’Eucharistie, alimente et fortifie intérieurement les chrétiens et les rend capables d’un authentique témoignage évangélique dans la vie quotidienne » [01].
Saint Josémaria donnait un conseil à ce propos : « En ouvrant le saint Évangile, songe que ce qui est rapporté là — les œuvres et les paroles du Christ —, tu ne dois pas seulement le savoir, mais le vivre. Tout, chacun des points relatés, a été recueilli dans le moindre détail, pour que tu l’incarnes dans les circonstances concrètes de ton existence. — Le Seigneur nous a appelés, nous autres catholiques, pour que nous le suivions de près et, dans ce texte saint, tu découvriras la Vie de Jésus. Mais en outre tu dois y découvrir aussi ta propre vie. Toi aussi, tu apprendras à demander, plein d’amour comme l’apôtre : “Seigneur, que veux-tu que je fasse…” — La volonté de Dieu ! c’est ce que tu entends très clairement au fond de ton âme. Prends donc l’Évangile tous les jours, et lis-le, vis-le comme une norme concrète à suivre. — C’est ce que les saints ont fait » [02].
« LES PAROLES que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie » (Jn 6, 63). Jésus est venu pour nous apporter la vie en abondance et il nous a laissé la Sainte Écriture pour que nous en approfondissions la richesse et que nous le connaissions, lui, de mieux en mieux et, ainsi, nous puissions l’aimer par-dessus tout. « C’est cet amour du Christ que chacun d’entre nous doit s’efforcer de réaliser dans sa propre vie. Mais pour être ipse Christus il faut se regarder en lui. Il ne suffit pas d’avoir une idée générale de l’esprit qui était celui de Jésus ; encore faut-il apprendre de lui des manières et des attitudes. Et surtout, il faut contempler sa vie, son passage sur la terre, ses traces, pour en tirer force, lumière, sérénité, paix » [03].
Demandons au Seigneur la grâce de « nous regarder en lui » comme dans un miroir. Pour ce faire, saint Josémaria avait l’habitude de rentrer dans les scènes de l’Évangile, ce qu’il conseillait comme moyen efficace de faire grandir l’amitié avec Jésus, de voir la vie avec ses yeux et de réagir comme il le ferait à notre place. Dans ce cas, les fruits de la contemplation jailliront spontanément dans nos conversations et dans notre vie et ce reflet allumera chez nos amis le désir d’en savoir plus sur le passage de Jésus sur la terre : « Il est fondamental que la Parole révélée féconde radicalement la catéchèse et tous les efforts pour transmettre la foi. L’évangélisation demande la familiarité avec la Parole de Dieu et cela exige […] une étude sérieuse et persévérante de la Bible, ainsi que la lecture orante personnelle » [04].
Saint Josémaria racontait un événement qui lui est arrivé un jour où il marchait dans la rue en lisant l’évangile dans un petit format. Il est passé près d’un groupe d’ouvriers et il a entendu qu’ils s’interrogeaient sur ce qu’il pouvait bien être en train de lire. L’un d’entre eux a répondu, à haute voix : « La vie de Jésus-Christ ». La conclusion que le fondateur de l’Opus Dei en a tiré est passée dans le point numéro deux de Chemin : « J’ai pensé et je pense encore : puissent mon attitude et ma conversation être telles que chacun dise en me voyant ou en m’entendant parler : cet homme lit la vie de Jésus-Christ » [05].
LE SAINT ÉVANGILE est le livre « qui nous conserve la voix de Jésus, la fontaine où notre prière boit le mieux l’eau de la grâce, où notre désir de vérité est si pleinement rassasié par la lumière du ciel captée dans les paroles du Maître… » [06]. Souvent, nous préparons la messe en méditant ses pages et nous pouvons lire, chaque jour, un passage du Nouveau Testament pour vérifier que les paroles de Jésus sont « esprit et vie » (Jn 6, 63). Saint Josémaria rappelait que, « pour écouter ce qu’il a à me dire, il me faut m’efforcer de connaître sa vie : lire le Saint Évangile, méditer ces scènes que le Nouveau Testament nous rapporte, afin de pénétrer le sens divin du cheminement de Jésus sur la terre. Nous devons, en effet, reproduire en nous le Christ vivant, en connaissant le Christ, à force de lire la Sainte Écriture et de la méditer, à force de prier » [07].
Si nous nous engageons dans ce chemin, nous apprendrons aussi à fréquenter le Seigneur en imitant les personnages de l’Évangile : à formuler nos demandes avec la foi du père de l’enfant malade ; à l’écouter avec piété, comme Marie en Béthanie ; à le toucher discrètement comme l’hémorroïsse ; à tout laisser pour le suivre, comme les disciples. Or, avant tout, nous apprendrons de Marie et de Joseph, qui l’ont connu de si près, à accomplir, toujours et en tout, la volonté de Dieu. C’est pourquoi le fondateur de l’Opus Dei conseillait de suivre un itinéraire surnaturel, à partir de la lecture du Saint Évangile : « Cherche le Christ. Trouve le Christ. Aime le Christ » [08].
Demandons à la Très Sainte Vierge et à saint Joseph de nous obtenir auprès du Seigneur la grâce de rencontrer leur fils dans l’Écriture, de le connaître et de le suivre. « Aimez la Très Sainte Humanité de Jésus-Christ ! […] Et de l’Humanité du Christ, nous passerons au Père, avec sa Toute-puissance et sa Providence, et au fruit de la croix, qui est l’Esprit Saint. Et nous ressentirons le besoin de nous perdre dans cet amour, afin de trouver la vraie vie » [09].
[01]. Pape François, Evangelii gaudium, n° 174.
[02]. Saint Josémaria, Forge n° 754.
[03]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 107.
[04]. Pape François, Evangelii gaudium, n° 175.
[05]. Saint Josémaria, Notes intimes, n° 521.
[06]. Saint Josémaria, Notes prises lors d’une méditation, 30 mai 1937.
[07]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 14.
[08]. Saint Josémaria, Chemin, n° 382.
[09]. Saint Josémaria, notes prises lors d’une réunion de famille, 18 août 1968.