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Méditation : 4ème dimanche de Pâques

- Jésus est le bon pasteur

- Donner la vie pour les brebis

- Nous sommes tous à la fois brebis et pasteur


LES ÉVANGILES des premiers dimanches de Pâques rapportent les apparitions du Christ ressuscité. Or, nous trouvons aujourd’hui le discours où Jésus se présente comme le bon pasteur et explique à ses auditeurs les caractéristiques de celui qui veille sur les brebis : son attention, son esprit de sacrifice, son union au Père, sa pleine liberté pour assumer sa mission… On dirait qu’il veut encourager ceux qui l’écoutent à mettre leur confiance en lui et à vouloir faire partie de son troupeau. Aujourd’hui, dimanche du bon pasteur, l’Évangile nous invite à entrer dans le bercail du Christ ressuscité, à lui permettre d’être notre guide.

La liturgie de la messe commence par une prière adressée à Dieu le Père, qui nous place devant un besoin : « Dieu éternel et tout-puissant, guide-nous jusqu’au bonheur du ciel ; que le troupeau parvienne, malgré sa faiblesse, là où son Pasteur est entré victorieux » [01]. Jésus connaît notre situation et il sait que nous avons besoin de sa force de guérison. Les blessures de notre péché ne sont pas un motif de découragement, mais elles peuvent nous conduire à une grande confiance dans le Seigneur. Il nous aide à contempler la réalité avec compréhension et à fixer notre regard sur Dieu. Jésus nous a précédés sur la route qui conduit à la vie éternelle : il fraye le chemin et nous montre qu’il mène au bonheur.

La lumière de la Pâque éclaire la figure du bon pasteur. Nous pouvons dire que Jésus « est mon berger : je ne manque de rien. Sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer. Il me mène vers les eaux tranquilles » (Ps 22, 1-2), car il a vaincu la mort en retournant à la vie. « Après avoir triomphé de l’enfer, dit un hymne liturgique, le Restaurateur du genre humain retourne au ciel, ressuscité, portant sa brebis sur ses épaules » [02]. Cette brebis est l’image de l’humanité, une image de chacun d’entre nous.


« MOI, JE SUIS LE BON PASTEUR, le vrai berger, qui donne sa vie pour ses brebis » (Jn 10, 11). Par ses mots si brefs, Jésus nous dit comment il s’identifie au bon pasteur : celui qui se donne lui-même pour prendre soin des âmes à lui confiées. Cette tâche est pour lui la plus importante. Il existe un lien étroit entre le bon pasteur et les brebis à sa charge : il les connaît une par une, il passe son temps entouré d’elles, il reconnaît leurs bêlements, leur façon de marcher… Le bon pasteur n’abandonne jamais ses brebis parce qu’elles font partie de sa vie, tandis que le « mercenaire », celui qui ne les aime pas comme siennes, ne s’en occupe pas personnellement.

Jésus souligne qu’il donne sa vie pour les brebis, comme un acte libre, fondé donc sur l’amour : « Voici pourquoi le Père m’aime : parce que je donne ma vie, pour la recevoir de nouveau. Nul ne peut me l’enlever : je la donne de moi-même. J’ai le pouvoir de la donner, j’ai aussi le pouvoir de la recevoir de nouveau : voilà le commandement que j’ai reçu de mon Père » (Jn 10, 17-18). Quelle espérance un tel amour ne devrait-il pas susciter en nous ! Si la passion du Seigneur nous a montré jusqu’à quel extrême est arrivé son amour pour nous, sa résurrection nous dit qu’il vaut la peine de se laisser gagner par cet amour, puisque nous y trouverons la force pour commencer à marcher, déjà ici-bas, conformément à la vie nouvelle. « Mon Dieu, priait saint Josémaria, qu’il est facile de persévérer, quand on sait que tu es le Bon Pasteur, et nous — toi et moi… — des brebis de ton troupeau ! — En effet, nous savons bien que le Bon Pasteur donne sa vie tout entière pour chacune de ses brebis » [03].

En tant que brebis du troupeau du Christ, nous saurons aller aux lieux où il nous donne la vie : ces moments de prière quotidienne, les pratiques de piété, qui battent la mesure de nos journées… Mais, principalement, les sacrements, puisqu’ils nous renouvellent d’une vie divine. Nous pourrons alors dire avec le psalmiste : « Tu prépares la table pour moi devant mes ennemis ; tu répands le parfum sur ma tête, ma coupe est débordante. Grâce et bonheur m'accompagnent tous les jours de ma vie ; j’habiterai la maison du Seigneur pour la durée de mes jours » (Ps 22, 5-6).


LE DIMANCHE du bon pasteur est un bon jour pour demander à Dieu que l’Église rende toujours présents les soins du bon pasteur. Offrir ces soins est une mission très spéciale des ministres sacrés. Cependant, en un certain sens, tous les baptisés, identifiés au Christ, sont appelés à être pasteurs des autres : à les aider par l’exemple, la prière et le conseil. C’est pourquoi, saint Josémaria disait que nous sommes tous à la fois brebis et pasteur.

Pour être de bons pasteurs nous avons besoin d’imiter Jésus lorsqu’il sert, guérit, accompagne, écoute… En définitive, lorsqu’il donne gratuitement sa vie pour les autres. « L’intermédiaire fait son travail et reçoit son salaire. […] Le médiateur, en revanche se perd lui-même pour unir les parties, donne sa vie, soi-même, le prix est celui-ci : sa vie, il paie de sa vie, de sa fatigue, de son travail, tant de choses » [04]. Les autres ne sont pas un moyen pour obtenir quelque chose, pas plus que des objectifs qui pourraient nous sembler très élevés. Telle serait l’attitude du mercenaire de la parabole : il n’a que faire des brebis, excepté les avantages qu’il pourrait en tirer.

Le bon pasteur regarde chacun avec la gratuité de Dieu ; il les voit selon leur condition fondamentale : un fils ou une fille de Dieu appelé à la gloire et à prendre part à son amour. C’est pourquoi il sert tout le monde avec joie, ce qui entraîne une confiance sincère chez les autres : ils souhaitent s’approcher du pasteur, sachant qu’il ne cherche que leur bonheur. Après tout, la récompense de ce don de soi est une joie qui n’en finit pas : « Quand se manifestera le Chef des pasteurs, vous recevrez la couronne de gloire qui ne se flétrit pas » (1 P 5, 4).



[01]. Missel Romain, Prière, Quatrième Dimanche de Pâques.

[02]. Hymne Salve dies.

[03]. Saint Josémaria, Forge, n° 319.

[04]. Pape François, Homélie, 9 décembre 2016.




Méditation : Lundi de la 4ème Semaine de Pâques

- Le Christ est pour nous la porte

- Le bon pasteur nous appelle un par un

- Écouter Jésus dans l'Église


« MOI, JE SUIS la porte des brebis » (Jn 10, 7). Jésus se désigne lui-même comme la porte par laquelle les bergers et le troupeau doivent passer. Il prévient que certains essaieront d’arriver jusqu’au troupeau par d’autres voies, en escaladant la clôture, mais ce ne sont pas des bons pasteurs. Ce n’est qu’en passant par le Christ, la porte, que les brebis peuvent évoluer en sécurité, trouver des pâturages, la vie en abondance. Jésus est au cœur de notre foi, il est le principe et la fin de la création, l’alpha et l’oméga, comme le prêtre le proclame lors de la Veillée pascale en allumant le cierge. « Attise ta foi, disait saint Josémaria. — Le Christ n’est pas un personnage qui a passé. Il n’est pas un souvenir qui se perd dans l’histoire. Il est vivant ! “Iesus Christus heri et hodie : ipse et in sæcula!” dit saint Paul. Jésus-Christ, hier et aujourd’hui et toujours ! » [01]

Avec quelle force la figure de Jésus est restée gravée chez ceux qui l’ont fréquenté ! Saint Pierre et saint Jean, après la guérison de l’impotent et la mise en garde du Sanhédrin pour qu’ils ne parlent plus du Christ ressuscité, répondent en toute simplicité : « Quant à nous, il nous est impossible de nous taire sur ce que nous avons vu et entendu » (Ac 4, 20). Saint Paul, qui a rencontré Jésus sur le chemin de Damas, le considérait comme faisant partie de sa propre vie (cf. Ph 1, 21) et son plus grand désir était de prêcher que « ce Christ, est puissance de Dieu et sagesse de Dieu » (1 Co 1, 24).

En considérant l’image du Christ comme porte, nous pouvons nous demander si nous voulons vraiment que tout ce qui nous arrive passe par lui. Dans nos rapports avec Jésus, il pourrait nous arriver de laisser dans l’ombre, « la dimension spirituelle et affective. Le sentiment d’être lié au Seigneur par un lien spécial, comme les brebis à leur pasteur. Parfois, nous “rationalisons” trop la foi et nous risquons de perdre la perception du timbre de cette voix, de la voix de Jésus bon pasteur, qui stimule et fascine. Comme cela est arrivé aux pèlerins d’Emmaüs, dont le cœur brûlait pendant que le Ressuscité leur parlait en chemin. C’est la merveilleuse expérience de se sentir aimé par Jésus. […] Pour lui, nous ne sommes jamais des étrangers » [02].


PENDANT LES ANNÉES où il a annoncé la bonne nouvelle sur notre terre, le Seigneur a accordé la lumière à une multitude de personnes. La Sainte Écriture nous dit que les gens qui l’approchaient étaient dans l’admiration devant sa manière de prêcher, bien différente de ce à quoi ils étaient habitués (cf. Mc 1, 22). Ses propos, empreints d’une espérance profonde et nouvelle et dont le terme ne se trouve pas dans ce monde, attiraient les foules autour de lui, comme les brebis qui souhaitent entendre la voix de leur berger. Le Christ « les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir » (Jn 10, 3), il parle au cœur de chacun. Ceci implique que, derrière sa voix, nous pouvons toujours découvrir un appel personnel. Il ne s’agit pas d’idées sans transcendance pour notre vie quotidienne : la foi est authentique si chacun la fait sienne, si elle oriente ses désirs les plus profonds et éclaire réellement les circonstances où il évolue, ses relations familiales, professionnelles, sociales… C’est alors que nous vivons dans la liberté, comme les brebis qui entrent au bercail et en sortent pour retrouver la sécurité que leur offrent les pâturages (cf. Jn 10, 9).

En faisant sortir les brebis du bercail, le berger « marche à leur tête, et les brebis le suivent, car elles connaissent sa voix » (Jn 10 ,4). Pour connaître avec davantage de clarté la voix du Christ, nous avons besoin d’approfondir de plus en plus les contenus de la foi. Saint Paul la compare à un bouclier qui nous permet « d’éteindre toutes les flèches enflammées du Mauvais » (Ep 6, 16). Ces convictions, si nous les assumons dans notre vie, aidés par la grâce de Dieu, nous soutiennent mais, surtout, nous poussent à apporter la paix aux milieux que nous fréquentons. Ainsi, par exemple, celui qui a bien assimilé la vérité d’être un enfant de Dieu sera capable de faire face dans la sérénité aux difficultés de chaque jour, d’être plus délicat avec les autres parce que ce sont ses frères et ses sœurs, de voir notre monde comme le foyer dont notre Père Dieu nous a fait don.

L’expérience d’une rencontre avec le Christ nous transforme. Elle ne se limite pas à nous faire croire en quelque chose, mais à être quelqu’un de nouveau, à être le Christ pour les autres. Saint Josémaria signalait que « être saint, être heureux sur la terre et obtenir le bonheur éternel, ce en quoi consiste la sainteté, c’est être le Christ » [03].


LES BREBIS du troupeau du Christ connaissent sa voix et rejettent les étrangers (cf. Jn 10, 5.8). Croire en Jésus, c’est aussi faire partie de la grande communauté des hommes et des femmes, d’une grande variété de conditions et d’origines, qui configurent l’Église. Ainsi l’a exprimé l’apôtre saint Jean : « Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons à vous aussi, pour que, vous aussi, vous soyez en communion avec nous. Or nous sommes, nous aussi, en communion avec le Père et avec son Fils, Jésus Christ » (1 Jn 1, 3).

Pour approfondir notre foi, nous sommes animés du désir de nous y prendre grâce aux enseignements du Magistère. C’est la porte pour apprécier l’héritage que le Seigneur nous a laissé, le trésor de famille qui se transmet de génération en génération, la voix du pasteur qui ne s’éteint pas avec le passage du temps. « Comme une mère qui apprend à ses enfants à parler, et par là même à comprendre et à communiquer, l’Église, notre Mère, nous apprend le langage de la foi pour nous introduire dans l’intelligence et la vie de la foi » [04].

Beaucoup ont reçu la foi au sein de leur foyer, comme c’est arrivé à Timothée, à qui saint Paul pouvait dire : « J’ai souvenir de la foi sincère qui est en toi : c’était celle qui habitait d’abord Loïs, ta grand-mère, et celle d’Eunice, ta mère, et j’ai la conviction que c’est aussi la tienne » (2 Tm 1, 5). Assez souvent, « ce sont les mères, les grands-mères, qui assurent la transmission de la foi » [05], car, étant une rencontre qui transforme les gens, la transmission de la vie près de Jésus trouve un canal privilégié dans l’amitié familiale ou sociale, puisque c’est un amour gratuit qui se répand.

Nous pouvons demander à Jésus, le pasteur, la porte du bercail, de nous apprendre à écouter sa voix, ce murmure qui cherche à nous conduire au bonheur, ici-bas et au ciel.



[01]. Saint Josémaria, Chemin, n° 584.

[02]. Pape François, Regina Cœli, 7 mai 2017.

[03]. Notes prises lors d’une réunion de famille, 28 août 1974.

[04]. Catéchisme de l’Église Catholique, n° 171.

[05]. Pape François, Homélie, 26 janvier 2015.




Méditation : Mardi de la 4ème Semaine de Pâques

- Jésus était à l'œuvre il y a deux mille ans et il continue d'agir

- Nul ne pourra nous séparer de l'amour du Christ

- Être ses collaborateurs dans ce monde


ASSEZ SOUVENT, les chefs du peuple d’Israël réclamaient à Jésus un signe définitif montrant qu’il était le Messie : « Combien de temps vas-tu nous tenir en haleine ? Si c’est toi le Christ, dis-le-nous ouvertement ! » (Jn 10, 24). Ce à quoi le Seigneur a répondu : « Je vous l’ai dit, et vous ne croyez pas. Les œuvres que je fais, moi, au nom de mon Père, voilà ce qui me rend témoignage » (Jn 10, 25). En effet, Jésus avait déjà fait un bon nombre de miracles et de prodiges dont les chefs du peuple avaient été témoins. Qui plus est, il avait aussi exposé sa doctrine, empreinte d’espérance et d’amour. Ses faits avalisaient sa prédication. C’est pourquoi il a dit un peu plus tard : « Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, continuez à ne pas me croire. Mais si je les fais, même si vous ne me croyez pas, croyez les œuvres » (Jn 10, 37-38).

Jésus était à l’œuvre à l’époque et il continue de le faire de nos jours. Par exemple, il l’a fait et continue de le faire avec grande générosité dans notre vie. Voilà un domaine de l’activité divine auquel il est bon de penser souvent ; car parfois, « nous perdons la mémoire des grandes choses que le Seigneur a faites dans notre vie, dans son Église, dans son peuple, et nous nous habituons à suivre notre propre chemin avec notre propre force, avec notre autosuffisance […]. Moïse avertit le peuple que, lorsqu’il atteindra la terre qu’il n’a pas conquise, il devra se souvenir de tout le chemin que le Seigneur lui a fait faire » [01].

Parfois, nous pouvons avoir la tentation, comme ces chefs du peuple d’Israël, de demander à Jésus des preuves de sa divinité, alors que nous pouvons en trouver dans notre vie personnelle. Comme saint Josémaria aimait à le rappeler, le pouvoir de Dieu ne s’est pas rétréci (cf. Is 59, 1). Il continue de faire en nous les mêmes prodiges qu’il a faits il y a plus de deux mille ans. Chacun peut se souvenir de tant et tant d’occasions où Jésus était présent pour prendre soin de nous ou nous accorder une lumière inattendue pour notre chemin. Ces réalités, le bien que nous faisons ou les bonnes choses qui nous arrivent, nous rempliront de joie et seront toujours l’expression de la proximité du Christ Ressuscité dans notre vie. « Cela nous fera du bien de répéter sans cesse le conseil de Paul à Timothée, son disciple bien-aimé : “Souviens-toi de Jésus-Christ ressuscité des morts” (2 Tm 2,8). Souviens-toi de Jésus ; il a été avec moi jusqu’à présent et il le sera jusqu’au moment où je me tiendrai devant lui dans la gloire » [02].


LES BREBIS du Christ reconnaissent sa voix et son action. En mettant en lui notre confiance nous avons l’assurance de sa protection. « Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, et personne ne les arrachera de ma main. Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tout, et personne ne peut les arracher de la main du Père. Le Père et moi, nous sommes un » (Jn 10, 28-30).

Nous voulons demeurer dans les mains du pasteur. Cependant, des occasions ne manqueront pas dans notre vie où il semblerait que sa protection s’éloigne de nous. Or, ces occasions peuvent être des moments de grâce, parce que le Seigneur nous donnera sa force pour rester accrochés à lui ; il nous découvrira avec plus de profondeur comment il est et comment il agit. Nous pourrons dire avec saint Paul : « J’en ai la certitude : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les Principautés célestes, ni le présent ni l’avenir, ni les Puissances, ni les hauteurs, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rm 8, 38-39). Les paroles de Jésus qui nous assurent que nous serons toujours entre ses mains « nous transmettent un sentiment de sécurité absolue et d’immense tendresse. Notre vie est pleinement à l’abri entre les mains de Jésus et du Père, qui sont un : un unique amour, une unique miséricorde, révélés une fois pour toutes dans le sacrifice de la croix » [03].

Convaincus d’être entre les mains de Dieu, la manière de faire face à nos activités quotidiennes s’en trouve modifiée. Spécialement, nous nous remplirons d’une plus grande sérénité : devant nos défauts, les défauts des autres, devant le passé, le présent et l’avenir. Saint Josémaria considérait que vivre en chrétien c’est « aimer Dieu et savoir accepter les contrariétés comme une bénédiction venue de sa main ! » [04]


LE PASSAGE du livre des Actes des Apôtres prévu pour aujourd’hui rapporte l’arrivée des chrétiens à la ville d’Antioche. Le contexte était celui d’une grande épreuve puisque la persécution qui a suivi la mort de saint Étienne les avait poussés à abandonner leur lieu d’origine. Néanmoins, ils ne se découragent pas mais ils parlent avec spontanéité de Jésus et de son Évangile aux gens qui les entourent. L’Écriture dit que « la main du Seigneur était avec eux : un grand nombre de gens devinrent croyants et se tournèrent vers le Seigneur » (Ac 11, 21).

Non seulement les mains de Dieu nous protègent, mais elles nous incitent à travailler pour lui dans le monde. Nous pouvons tous faire quelque chose pour le Seigneur et pour répandre sa chaleur dans notre milieu, en apportant partout l’amour qui nous comble. Quel enthousiasme ne tirons-nous pas du fait de nous savoir des collaborateurs de Dieu dans le monde ! Lors des bombardements de la Deuxième Guerre Mondiale, le Christ d’une église allemande a perdu ses bras ; au moment de la restauration de la sculpture, les responsables ont préféré le laisser sans ses bras, tout en mettant bien en évidence une phrase qui rappelle que, désormais, les bras du Christ sur terre, ce sont les chrétiens. « Le Seigneur nous a offert la vie, les sens, les facultés, des grâces sans nombre ; nous n’avons pas le droit d’oublier que nous sommes des ouvriers, parmi tant d’autres, dans cette propriété où il nous a placés pour prendre part à l’effort d’apporter la nourriture aux autres » [05]

Le passage du livre des Actes se termine par l’arrivée de saint Barnabé et de saint Paul à Antioche, venus pour affirmer la foi des nouveaux convertis. Dans cette ville, l’Évangile s’étendait avec une énorme force. C’est là que, pour la première fois, les disciples ont été appelés « chrétiens » (cf. Ac 11, 26). On dirait que ce nom n’est pas sorti de la communauté chrétienne. Quoi qu’il en soit, il a été bien reçu par nos premiers frères dans la foi. Quelle fierté que la leur en l’entendant ! Lorsque nous affirmons être chrétiens nous exprimons notre appartenance au Seigneur et notre désir de nous identifier à lui. Se rappeler que nous sommes chrétiens et se rappeler les œuvres de Dieu en nous, voilà qui nous aidera à raviver la conscience d’être entre les mains de Jésus et d’être ses collaborateurs dans ce monde.



[01]. Pape François, Homélie, 7 mars 2019.

[02]. Ibid.

[03]. Pape François, Regina Cœli, 17 avril 2016.

[04]. Saint Josémaria, Sillon, n° 250.

[05]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 49.




Méditation : Mercredi de la 4ème Semaine de Pâques

- Jésus nous révèle la paternité de Dieu

- Le Christ est Sauveur et Juge

- Notre désir de nous associer à la volonté divine


L’ÉVANGILE de la messe d’aujourd’hui rapporte un discours que Jésus a prononcé peu avant sa passion : « Alors, Jésus s’écria : “Celui qui croit en moi, ce n’est pas en moi qu’il croit, mais en Celui qui m’a envoyé ; et celui qui me voit voit Celui qui m’a envoyé. Moi qui suis la lumière, je suis venu dans le monde pour que celui qui croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres” » (Jn 12, 44-46). En ces derniers moments de sa vie publique, le Christ manifeste l’amour infini dont il était animé en venant dans ce monde pour nous apporter la lumière, pour nous montrer l’amour du Père et, ainsi semer dans les âmes la joie et la paix.

Dans ce passage, nous remarquons que « Jésus vit et agit en se référant constamment et fondamentalement au Père. Il s’adresse souvent à lui avec ce mot plein d’amour filial : “Abba” ; même pendant la prière à Gethsémani, ce même mot revient sur ses lèvres. Lorsque les disciples lui demandent de leur apprendre à prier, il leur enseigne le “Notre Père”. Après la résurrection, au moment de quitter la terre, il semble qu’il se réfère à nouveau à cette prière, lorsqu’il dit : “Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu”. Ainsi, par le Fils, Dieu s’est révélé dans la plénitude du mystère de sa paternité » [01].

Una partie fondamentale de la mission du Christ a été de nous montrer clairement « Celui qui l’a envoyé » ; mieux encore, par sa mort et sa résurrection il a fait de nous les enfants de Dieu. Pour saint Josémaria, cette réalité est le fondement sur lequel il convient de bâtir la vie intérieure. C’est pourquoi il rappelait sans cesse que « Dieu est un Père débordant de tendresse, d’un amour infini. Appelle-le « Père » souvent dans la journée et dis-lui, seul à seul, dans ton cœur, que tu l’aimes, que tu l’adores, que tu ressens la fierté et la force d’être son fils. Tu as là un authentique programme de vie intérieure que tu dois canaliser dans tes relations de piété avec Dieu, peu nombreuses, mais constantes, j’insiste, qui te permettront d’acquérir les sentiments et les façons d’être d’un bon fils » [02]


JÉSUS POURSUIT son discours : « Si quelqu’un entend mes paroles et n’y reste pas fidèle, moi, je ne le juge pas, car je ne suis pas venu juger le monde, mais le sauver » (Jn 12, 47). Jésus est sauveur, mais bien plus puissant que tout autre que nous pourrions imaginer sur cette terre. Jésus est aussi juge, mais sa justice n’est pas administrée comme le font les hommes. Pour s’inscrire en faux contre une façon trop humaine de concevoir Jésus, nous pouvons rappeler que « le Christ est incontestablement un sauveur et il se présente avant tout comme tel. Il ne considère pas qu’il a pour mission de juger les hommes selon les seuls principes humains. Il est, avant tout, celui qui enseigne la voie du salut et non l’accusateur des coupables […]. Il faut donc dire que devant cette lumière qui est Dieu révélé dans le Christ, devant une telle vérité, en un certain sens, ce sont les œuvres elles-mêmes qui jugent chacun » [03].

Sa prédication a été marquée par la douceur. L’Évangile y voit l’accomplissement des prophéties : « Il ne criera pas, il ne haussera pas le ton, il ne fera pas entendre sa voix au-dehors. Il ne brisera pas le roseau qui fléchit, il n’éteindra pas la mèche qui faiblit, il proclamera le droit en vérité » (Is 42, 2-3 ; cf. Mt 12, 19-20). Le Seigneur annonce nettement la vérité mais il rejette toute attitude entraînant l’humiliation ou l’écrasement de ceux qui n’acceptaient pas sa prédication. C’est le cœur de chacun qu’il veut gagner : « Jésus ne veut pas convaincre par la force, disait saint Josémaria, et étant proche des hommes, parmi les hommes, il les pousse doucement à le suivre, à la recherche de la vraie paix et de la joie authentique » [04].

Il est bon de ne pas oublier la patience incommensurable de Dieu, qui tient compte des limites de ses enfants. Chaque âme a son heure. Innombrables sont les histoires de gens qui, grâce à l’accompagnement plein de compréhension d’un bon ami, ont fini par découvrir la joie d’ouvrir son cœur à Jésus-Christ. « La vérité ne s’impose que par la force de la vérité elle-même qui pénètre l’esprit avec autant de douceur que de puissance » [05]. Cette conviction, tirée de la vie du Christ et de l’expérience de l’Église est considérée comme « la règle d’or » [06] de l’évangélisation.


LA PRÉDICATION du Seigneur était portée par son désir intime d’accomplir la volonté du Père : « Car ce n’est pas de ma propre initiative que j’ai parlé : le Père lui-même, qui m’a envoyé, m’a donné son commandement sur ce que je dois dire et déclarer » (Jn 12, 49). Jésus vivait face au Père et c’est de là qu’il tirait la force pour éclairer les gens qui l’entouraient. Son activité ne peut pas être comprise comme un acte de simple philanthropie mais elle jaillit de la source de son amour pour Dieu le Père. Nous souhaitons découvrir, pour nous y associer, la volonté divine, sachant que la vie se trouve là : lorsque nous nous entretenons avec d’autres personnes, lorsque nous menons de l’avant des activités de formation ou au beau milieu de nos tâches quotidiennes.

Faire nos activités face à Dieu nous aidera aussi à voir dans une perspective divine les échecs apparents et les moments d’infécondité. Toute énergie dépensée à faire le bien est féconde, même si nous ne le voyons pas extérieurement : « Cette fécondité est souvent invisible, insaisissable, elle ne peut pas être comptée. La personne sait bien que sa vie donnera du fruit, mais sans prétendre connaître comment, ni où, ni quand » [07]. Lorsque le découragement arrivera dans notre vie, nous pourrons regarder une nouvelle fois Dieu notre Père : « Apprenons à nous reposer dans la tendresse des bras du Père, au cœur de notre dévouement créatif et généreux. Avançons, engageons-nous à fond, mais laissons-le rendre féconds nos efforts comme bon lui semble » [08]. C’est peut-être en ces moments, lorsque nous voyons clairement que la mission nous dépasse, que Dieu nous apprend que c’est lui qui fait neuves toutes choses, à partir de notre réponse limitée ; bien le comprendre et le mettre en pratique, telle est la façon de bâtir sa vie sur le roc.

Dans notre désir d’être, comme le Christ, vraiment en harmonie avec les désirs du cœur de Dieu le Père, il peut être utile de déguster d’une façon nouvelle le Notre Père. « En priant “que ta volonté soit faite”, nous sommes donc invités à incliner servilement la tête, comme si nous étions des esclaves ? Non ! Dieu nous veut libres ; c’est notre amour pour lui qui nous libère. En effet, le Notre Père est la prière des fils et non des esclaves ; mais des fils qui connaissent le cœur de leur père et qui sont certains de son dessein d’amour » [09]. Pareillement, savourons les mots de notre Mère « fiat mihi », avec lesquels elle a manifesté son désir de vivre au diapason de Dieu.



[01]. Saint Jean Paul II, Audience générale, 23 octobre 1985.

[02]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 150.

[03]. Saint Jean Paul II, Audience générale, 30 octobre 1985.

[04]. Saint Josémaria, Lettres 4, n° 2c.

[05]. Concile Vatican II, Dignitatis Humanæ, n° 1.

[06]. Cf. saint Jean Paul II, Tertio Millennio Adveniente, n° 35.

[07]. Pape François, Evangelii gaudium, n° 279.

[08]. Ibid.

[09]. Pape François, Audience générale, 20 mars 2019.




Méditation : 29 avril – Sainte Catherine de Sienne

- Au service de la charité et de la conversion des pécheurs

- La vraie sagesse consiste à être en harmonie avec le cœur de Dieu

- Partager notre foi avec les autres


LORS DE LA FÊTE d’aujourd’hui, l’Église met sur nos lèvres la prière suivante : « Seigneur, tu as enflammé de ton amour sainte Catherine de Sienne en lui faisant contempler la passion de Jésus et en l’appelant à servir l’Église ; par son intercession, accorde à ton peuple d’être uni au mystère du Christ pour exulter dans la découverte de sa gloire » [01]. Voilà un résumé de la vie de la sainte que nous célébrons : un amour brûlant de Jésus-Christ qui l’a amenée à travailler pour les autres et pour l’Église.

Catherine Benincasa est née à Sienne, en 1347, au sein d’une famille nombreuse. Depuis son enfance, elle a cultivé une piété profonde qui l’a poussée à investir sa vie dans le service du Seigneur, malgré l’incompréhension de sa famille. À dix-huit ans, elle réussit à faire partie des tertiaires dominicaines de sa ville. Elle continue d’habiter chez ses parents, en menant une intense vie de prière, au beau milieu de l’agitation propre à une famille nombreuse. À vingt-et-un ans, Catherine a fait une expérience qui l’a marquée à jamais : elle a compris que Dieu l’appelait à se consacrer de toutes ses forces aux œuvres de charité et à travailler pour la conversion des pécheurs. Saint Josémaria se sentait attiré par ce que cette sainte « était dans la rue et qu’elle a fait de son âme sa cellule intérieure, de sorte que, où qu’elle se trouvât, elle ne quittait pas sa cellule » [02]. Sa décision marque le début d’une période où la jeune femme se déplace dans la ville de Sienne pour soigner les malades, tout en enflammant le cœur d’un grand nombre dans l’amour de Dieu et du prochain.

« Une ville située sur une montagne ne peut être cachée. Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison » (Mt 5, 14-15). Elle avait été éclairée par le visage aimable de Jésus et elle a compris que cette lumière ne pouvait pas rester enfermée entre les murs de sa maison. C’est ainsi qu’elle a provoqué une révolution autour d’elle, toute de prière et d’œuvres de service.


AUSSI BIEN dans son épistolaire que dans son ouvrage bien connu « Le dialogue », l’attention est attirée par l’harmonie entre doctrine et expérience mystique, surtout si nous tenons compte du fait que la sainte n’avait pas reçu une formation culturelle très poussée. Depuis sa jeunesse, cependant, elle allait écouter la prédication des pères dominicains de sa ville : là, elle suivait avec attention les explications de l’Écriture, l’exemple de la vie des saints ou les catéchèses sur la foi. Plus tard, elle a nourri sa vie intérieure grâce aux orientations d’un directeur spirituel local.

Chez elle, s’accomplissent les paroles que Jésus a prononcé un jour, plein de joie : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits » (Mt 11, 25). « La vraie sagesse vient également du cœur, ce n’est pas seulement comprendre les idées […]. Et si tu sais beaucoup de choses, mais que tu as le cœur fermé, tu n'es pas sage. Jésus dit que les mystères de son Père sont révélés aux “tout petits”, à ceux qui s’ouvrent avec confiance à sa Parole de salut, qui ouvrent leur cœur à la Parole de salut, qui ressentent le besoin de lui et attendent tout de lui. Le cœur ouvert et confiant envers le Seigneur » [03]. Sainte Catherine a accueilli les lumières que le Seigneur lui accordait et c’est ainsi qu’elle a acquis une profonde connaissance du mystère de Dieu. « Ô très douce et ineffable charité, qui ne s’enflammerait à tant d’amour ? Quel cœur se pourrait défendre de se consumer pour vous ? Ô abîme de charité ! Vous êtes donc si éperdument attaché à vos créatures qu’il semble que vous ne puissiez vivre sans elles ! Et pourtant vous êtes notre Dieu ! Vous n’avez nul besoin de nous, notre bien n’ajoute rien à votre grandeur, puisque vous êtes immuable ! Notre mal ne saurait vous causer aucun dommage, à vous qui êtes la souveraine et éternelle Bonté ! Qui vous entraîne donc à tant de miséricorde ? » [04]

Portée par cette intense contemplation, elle communiquait l’amour de Dieu aux gens de son entourage. Elle a commencé par ceux qui se réunissaient pour l’écouter et pour être encouragés dans leur vie spirituelle. Or, ce débordement de sa vie intérieure est allé bien plus loin : des années plus tard, elle écrivait des lettres à de nombreux correspondants, dont des personnages de l’époque ayant une fonction publique. Souvent, ses lettres s’accompagnaient d’appels à vivre de manière cohérente avec l’Évangile et à chercher la volonté divine. Elle tirait de sa relation intime avec Jésus l’énergie nécessaire pour parler de Dieu avec clarté et douceur.

PARMI LES NOMBREUX CHRÉTIENS qui se sont inspirés de la vie de sainte Catherine, nous trouvons saint Josémaria. Depuis sa jeunesse, il a nourri une dévotion envers elle ; par exemple, il appelait « catherines » les notes qu’il prenait à propos des événements de sa vie intérieure. « Je suis amoureux de la force d’une Sainte Catherine, confesse le fondateur de l’Opus Dei, qui dit des vérités aux plus hautes personnes, avec un amour brûlant et une clarté diaphane » [05]. En 1964, il a décidé de la nommer intercesseur pour un apostolat qu’il appréciait spécialement : informer avec la charité du Christ le vaste domaine de l’opinion publique.

Jésus est la vérité qui éclaire tout homme et le fait sortir de l’obscurité. Offrir cette lumière aux autres, en essayant d’abord qu’elle soit allumée dans notre vie, est une des œuvres de miséricorde. C’est pourquoi, apporter notre foi aux autres « c’est faire voir la Révélation, pour que l’Esprit Saint puisse agir dans les personnes à travers le témoignage : comme témoin, dans le service. Le service est une manière de vivre […]. Si je dis que je suis chrétien et que je vis en chrétien, cela attire […]. La foi doit être transmise : pas pour convaincre, mais pour offrir un trésor » [06].

Sainte Catherine, avant d’exhorter quelqu’un à s’approcher davantage de la foi, avait passé beaucoup de temps à soigner les malades de sa ville. La même charité qui l’avait amenée à s’occuper des plus nécessiteux, l’a poussé plus tard à écrire des lettres où elle invitait à être de fidèles enfants de l’Église. La crédibilité de son message s’appuyait sur une vie où brillait l’amour de Dieu et du prochain. Nous lui demandons, ainsi qu’à notre Mère, d’intercéder devant Dieu pour qu’il nous accorde une charité qui se nourrissant de la prière, se manifeste par des œuvres d’amour et annonce la vérité qui conduit à la vie. « C’est pourquoi l’enseignement le plus profond que nous sommes appelés à transmettre et la certitude la plus sûre pour sortir du doute est l’amour de Dieu avec lequel nous avons été aimés (cf. 1 Jn 4, 10). Un amour grand, gratuit et donné pour toujours. Dieu ne fait jamais marche arrière avec son amour ! » [07]



[01]. Missel romain, Prière pour la mémoire de sainte Catherine de Sienne.

[02]. Saint Josémaria, notes prises lors d’une réunion de famille, 21 avril 1973.

[03]. Pape François, Angélus, 5 juillet 2020.

[04]. Sainte Catherine de Sienne, Le dialogue, n° 25.

[05]. Saint Josémaria, Lettres 35, n° 3.

[06]. Pape François, Homélie, 25 avril 2020.

[07]. Pape François, Audience générale, 23 novembre 2016.




Méditation : Vendredi de la 4ème Semaine de Pâques

- Le regard tourné vers le ciel

- La vie éternelle ne nous éloigne pas du monde

- Jésus est le chemin


« QUE VOTRE CŒUR ne soit pas bouleversé : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi » (Jn 14, 1). Ces propos ont été tenus lors de la Dernière Cène de Jésus. Le Seigneur exprime son immense affection pour ceux qui l’avaient suivi pendant trois ans. En même temps, il les met en garde au sujet des événement douloureux qui approchaient : la trahison d’un de ses plus intimes, les reniements de Pierre. Des moments durs sont sur le point d’arriver pour ses disciples, mais Jésus veut que leur cœur tienne bon. Devant l’imminence des difficultés, le Seigneur incite les siens à tourner leur regard vers le ciel. « Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, vous aurais-je dit : “Je pars vous préparer une place” ? » (Jn 14, 2).

Le ciel est le but vers lequel nous avançons. Certes, nous aimons ce monde, issu des mains de Dieu et notre cœur se réjouit d’y trouver tant de bonnes choses. Nous nous savons aimés du Seigneur déjà sur cette terre, ce qui nous comble de joie. Or, nous savons que cette joie se renforce par la certitude de la joie définitive. « Je suis heureux, affirmait saint Josémaria, fort de la certitude du Ciel que nous atteindrons, si nous restons fidèles jusqu’au dernier moment ; du bonheur que nous aurons, quoniam bonus, car mon Dieu est bon et sa miséricorde est infinie » [01].

Notre effort pour ne pas perdre de vue l’espérance du ciel sera pour nous une aide puissante. Car cela nous permet d’apprécier à sa juste valeur tout ce qui nous arrive, aussi bien les choses agréables que les désagréables. « Seule la foi dans la vie éternelle nous fait aimer vraiment l’histoire et le présent, mais sans attachements, dans la liberté du pèlerin, qui aime la terre parce qu’il a le cœur au Ciel » [02]. La vie éternelle est la récompense qui ne déçoit pas, elle marquera le moment où nous serons intimement unis à Dieu et à une multitude de gens. Tous les efforts fournis auront valu la peine. « Je dis qu’il importe essentiellement, écrit saint Thérèse d’Avila, d’avoir une ferme résolution de ne point s’arrêter qu’on ne soit à la fontaine, quelque difficulté qui arrive, quelque obstacle que l’on rencontre, quelque murmure que l’on entende, quelque peine que l’on souffre, quelque fortune que l’on coure, quelque apparence qu’il y ait de ne pouvoir résister à tant de travaux » [03].


COMMENT SERA le ciel ? En quoi consiste l’éternité ? Comment goûterons-nous cet amour infini sans nous en lasser ? Nous savons par la foi que ce sera le moment d’un bonheur complet, la béatitude tant attendue, mais nous ne pouvons pas en comprendre les modalités. « L’expression “vie éternelle” cherche à donner un nom à cette réalité connue inconnue. Il s’agit nécessairement d’une expression insuffisante, qui crée la confusion. En effet, “éternel” suscite en nous l’idée de l’interminable, et cela nous fait peur ; “vie” nous fait penser à la vie que nous connaissons, que nous aimons et que nous ne voulons pas perdre et qui est cependant, en même temps, plus faite de fatigue que de satisfaction, de sorte que, tandis que d’un côté nous la désirons, de l’autre nous ne la voulons pas. Nous pouvons seulement chercher à sortir par la pensée de la temporalité dont nous sommes prisonniers et en quelque sorte prévoir que l’éternité n’est pas une succession continue des jours du calendrier, mais quelque chose comme le moment rempli de satisfaction, dans lequel la totalité nous embrasse et dans lequel nous embrassons la totalité. Il s’agirait du moment de l’immersion dans l’océan de l’amour infini, dans lequel le temps – l’avant et l’après – n’existe plus. Nous pouvons seulement chercher à penser que ce moment est la vie au sens plénier, une immersion toujours nouvelle dans l’immensité de l’être, tandis que nous sommes simplement comblés de joie » [04].

Quoi qu’il en soit, soyons sûrs que le Seigneur au moment de nous rappeler à lui ira bien au-delà de nos attentes. Après tout, c’est lui qui nous prépare une place (cf. Jn 14, 2). Or, la pensée du ciel ne nous éloigne pas des choses du monde. Bien au contraire : par notre don quotidien aux autres, par le soin des détails qui semblent parfois bien petits, nous préparons notre cœur à recevoir ce bonheur qui se déversera en nous. « L’espérance ne m’écarte pas des choses de cette terre. Elle me rapproche au contraire de ces mêmes réalités d’une façon nouvelle » [05]


LES APÔTRES avaient du mal à comprendre les propos du Seigneur cette nuit-là. Thomas montre ouvertement sa perplexité : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment pourrions-nous savoir le chemin ? » (Jn 145, 5). La réponse du Seigneur est très concrète : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi » (Jn 14, 6).

Sur notre chemin vers la vie éternelle, nous pourrons toujours nous adresser à Jésus en quête d’orientation. Nous pouvons mettre notre confiance en lui : « N’ayez pas peur ! Le Christ sait “ce qu’il y a dans l’homme” ! Et lui seul le sait ! » [06]. Si le Christ est le chemin, la vérité et la vie, alors nous pouvons chercher à lire tout ce qui nous arrive à sa lumière. Dans cette tâche, la lecture assidue des Évangiles nous sera d’une grande aide. « Le Seigneur nous a appelés, nous autres catholiques, pour que nous le suivions de près et, dans ce texte saint, tu découvriras la Vie de Jésus. Mais en outre tu dois y découvrir aussi ta propre vie » [07]. Beaucoup de saints ont trouvé la clé pour comprendre ce qui leur arrivait après avoir lu un passage évangélique. Nous y trouverons la voix du Christ pour renouveler notre désir d’arriver jusqu’au ciel avec lui.

Nous pouvons demander à notre Mère de nous aider à « porter à tous l’Évangile de la vie qui remporte la victoire sur la mort ; qu’elle intercède pour nous afin que nous puissions acquérir la sainte audace de rechercher de nouvelles routes pour que parvienne à tous le don du salut » [08]


[01]. Amis de Dieu, n° 208.

[02]. Benoît XVI, Angélus, 1er novembre 2012.

[03]. Sainte Thérèse d’Avila, Le chemin de la perfection, ch. 21, 2.

[04]. Benoît XVI, Spe salvi, n° 12.

[05]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 208.

[06]. Saint Jean Paul II, Homélie, 22 octobre 1978.

[07]. Saint Josémaria, Forge, n° 754.

[08]. Pape François, Message, 4 juin 2017.




Méditation : 1er mai – Saint Joseph travailleur

- La normalité de la Sainte Famille

- Bien travailler et servir les autres

- Le travail est ordonné à l'amour


L’ÉVANGILE de la messe d’aujourd’hui, mémoire de saint Joseph travailleur, nous dit que Jésus est retourné à Nazareth après avoir prêché et fait plusieurs miracles à travers la Galilée. Le sabbat, il se rend à la synagogue et il est invité à commenter la Parole de Dieu. Des échos étaient parvenus jusqu’au village à-propos des miracles et des guérisons, ainsi que sur sa doctrine, ce qui laisse penser que ses concitoyens le regardaient avec curiosité. Lorsque, finalement, il prend la parole ils réagissent avec réserve. Ils se demandent : « D’où lui viennent cette sagesse et ces miracles ? N’est-il pas le fils du charpentier ? Sa mère ne s’appelle-t-elle pas Marie, et ses frères : Jacques, Joseph, Simon et Jude ? Et ses sœurs ne sont-elles pas toutes chez nous ? Alors, d’où lui vient tout cela ? » (Mt 13, 54-55)

Il a été difficile aux habitants de Nazareth, forts de leurs connaissances humaines sur Jésus, de s’élever sur le plan surnaturel de la foi. Cependant, leur réaction montre, parmi d’autres choses, la normalité de la vie de la Sainte Famille. Aux yeux des gens, c’était une famille de plus, ordinaire, travailleuse, sans rien de frappant. Rien dans leur existence qui puisse surprendre : comme presque tous le monde, ils mènent une « vie simple, normale et ordinaire, faite d’années de travail toujours pareilles, de journées humainement monotones, qui se succèdent les unes aux autres » [01].

Nous considérons aujourd’hui la figure de saint Joseph, spécialement en tant que travailleur. Le premier aspect qui saute aux yeux est celui-ci : une vie simple. « Que peut attendre de la vie un habitant d’un village perdu comme Nazareth ? Rien d’autre que le travail, jour après jour, et toujours avec le même effort ; et, à la fin de la journée, une maison petite et pauvre, pour y refaire ses forces et recommencer sa tâche le jour suivant. Mais Joseph, en hébreu, signifie “Dieu ajoutera”. Dieu ajoute à la vie sainte de ceux qui accomplissent sa volonté des dimensions insoupçonnées : l’important, ce qui donne valeur à toute chose, le divin » [02]. Telle fut la vie de Joseph et telle est peut-être la nôtre : Dieu nous confie une grande mission qui se revêt peut-être de la normalité de notre vie quotidienne. Il ajoute sa grâce à notre humble collaboration.


NAZARETH comptait un ensemble de maisons, assemblées sur le flanc d’une colline, dont un bon nombre partiellement creusées dans le roc. C’était juste un village, comportant au maximum quelques centaines d’habitants, adonnés pour la plupart à l’agriculture ou à l’élevage. Il n’y manquait jamais un artisan, comme Joseph, travaillant vraisemblablement le bois à des fins diverses et variées : fabriquer des poutres, des portes et d’autres éléments utilisés dans la construction, ou tailler des instruments pour les tâches agricoles ou encore des ustensiles à usage domestique.

Joseph avait besoin de travailler pour subvenir aux besoins de sa famille, mais pas uniquement pour cela. En même temps, comme chacun de nous, il avait besoin du travail pour assurer sa dignité, la joie d’avoir gagné son pain par son effort pour collaborer avec Dieu dans le développement du monde autour de Nazareth. Travailler, c’était pour lui l’occasion d’une maturation personnelle et un lien avec les autres [03]. Tout travail ajoute de la valeur à la société, par la production de biens ou de services. Tout travail bien fait est toujours un moyen de collaborer à la vie sociale, d’aider les autres, d’améliorer les conditions de vie ; en définitive, l’expression des soins que Dieu prodigue à chacun. « Le travail n’est que la poursuite du travail de Dieu : le travail humain est la vocation de l’homme reçue de Dieu, à la fin de la création de l'univers » [04]. Il va sans dire que, pour avoir cette valeur, il faut d’un côté que le travail soit bien fait, y compris eu égard à la dignité de la personne qui va en bénéficier, et, de l’autre, qu’il soit fait dans un esprit de don de soi et de service.

« Mais ce service humain, cette capacité que l’on pourrait appeler technique, cette compétence dans le travail, doivent aussi être renforcés par un trait qui fut fondamental dans le travail de saint Joseph, et qui devrait l’être chez tout chrétien : l’esprit de service, le désir de travailler pour contribuer au bien des autres. Saint Joseph ne cherchait pas dans sa tâche une occasion de s’affirmer, bien que sa consécration à une vie de travail ait forgé en lui une personnalité mûre et bien dessinée. En travaillant, le Patriarche avait conscience d’accomplir la volonté de Dieu ; il pensait aux siens, à Jésus et à Marie, et il avait présent à l’esprit le bien de tous les habitants de la petite ville de Nazareth. […] Son travail professionnel avait pour but de servir et de rendre la vie agréable aux autres familles du village ; il l’accompagnait d’un sourire, d’un mot aimable, d’un commentaire, fait comme en passant, mais qui rendait la foi et la joie à ceux qui étaient sur le point de les perdre » [05]


MÊME si pour Joseph la vie auprès de Jésus et de Marie était réconfortante, il n’en a pas moins dû faire face aux aspérités de la vie : le passage du temps qui diminue nos capacités, les difficultés pour une bonne entente avec ses voisins, les soucis financiers qu’ils ont peut-être connus, les entretiens avec certains clients qui réglaient leur facture lorsqu’ils le pouvaient… C’était cette vie courante, avec ses joies et ses peines, que saint Joseph a été appelé à sanctifier.

Aucun des outils qu’il a fabriqués ne nous est resté. En revanche, l’amour qu’il a mis dans son travail reste pleinement présent. « L’homme ne peut se limiter à faire des choses, à fabriquer des objets. Le travail naît de l’amour, manifeste l’amour et s’ordonne à l’amour » [06]. Son amour de Jésus et de Marie le poussait à travailler intensément et se manifestait, presque inconsciemment, dans l’effort et l’affection qu’il apportait à ses tâches. C’est ce même amour, en unité de vie, qui lui rappelait que son travail quotidien s’ordonnait à la mission que Dieu lui avait confiée. Est-ce l’amour de Dieu et des autres qui nous pousse à travailler beaucoup et bien, avec ordre, en soignant les détails, avec concentration et intensité ? Convertissons-nous notre travail en prière, en le présentant au Seigneur au cours de la messe ? Nous sentons-nous entourés du Seigneur pendant que nous travaillons ? Cet esprit contemplatif, aboutit-il au respect, à l’esprit de service, à l’ouverture et à l’amitié envers les personnes qui nous entourent ?

Nous faisons appel à l’intercession de notre Mère et du Saint Patriarche pour qu’ils nous aident à améliorer notre travail, de sorte qu’il devienne, de plus en plus, une occasion de servir.



[01]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 44.

[02]. Ibid., n° 40.

[03]. Cf. Pape François, Lettre apostolique Patris corde, n° 6.

[04]. Pape François, Homélie, 1er mai 2020.

[05]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 51.

[06]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 48.




Méditation : 5ème Dimanche de Pâques

- Unis à la vigne qu'est le Christ

- Pour porter davantage de fruit

- Nous sommes tous des sarments de la même vigne


LES TÂCHES agricoles étaient bien connues des auditeurs de Jésus. Et la vigne faisait partie de l’histoire du peuple d’Israël, y compris dans ses textes sacrés. C’est pourquoi le Christ se concentre sur un de ses éléments et l’applique au lien qui unit les apôtres à lui. « Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron. […] De même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi » (Jn 15, 1-4).

« En s’incarnant, le Christ lui-même est venu dans ce monde pour être notre fondement. Dans chaque nécessité et sécheresse, il est la source qui donne l’eau de la vie qui nous nourrit et nous fortifie. Lui-même porte sur lui chaque péché, peur et souffrance, et, à la fin, nous purifie et nous transforme mystérieusement en sarments bons qui donne du bon vin. Dans ces moments de besoin, parfois nous nous sentons comme finis sous un pressoir, comme les grappes de raisin qui sont pressées complètement. Mais nous savons que, unis au Christ, nous devenons du vin mûr. Dieu sait transformer en amour aussi les choses pesantes et opprimantes dans notre vie. Il est important que nous “demeurions” dans la vigne, dans le Christ » [01].

Vivre unis au Christ, voilà la clé du bonheur. De plus, l’unité est le fruit de l’affection ; c’est pourquoi les personnes qui s’aiment finissent par vivre en harmonie d’idées, de volontés, de sentiments. Tout ce qui est personnel est partagé, tant et si bien qu’à la fin les affaires de l’autre m’intéressent autant que les miennes. Faire en sorte que cette affinité s’enracine dans notre fréquentation du Christ, c’est une source de joie et d’assurance. Nous pouvons vivre unis à lui à travers le dialogue de la prière et nous pouvons faire grandir notre identification à lui à travers la grâce qui nous est accordée dans les sacrements.


IL PEUT ARRIVER que, pendant un certain temps, nous manquions d’enthousiasme et que la lumière se raréfie. Les jours se succèdent où tout nous demande plus d’effort que d’habitude. Ce sera le moment de se rappeler que celui qui donne la vie, les fleurs et les fruits, c’est le Seigneur. Les plantes sont élaguées à la fin de l’hiver, pour préparer l’arrivée du printemps. « N’as-tu pas entendu, des lèvres mêmes du Maître, la parabole de la vigne et des sarments ? — Console-toi. Il exige beaucoup de toi, parce que tu es un sarment qui porte des fruits… Et il t’émonde, ut fructum plus afferas, pour que tu fructifies davantage encore. Bien sûr, cette taille, cet émondage te font mal ! Mais quelle fraîcheur ensuite dans les fruits, quelle maturité dans les œuvres ! » [02]

« Pour porter du fruit, Jésus a vécu l’amour jusqu’au bout, en se laissant briser sous terre. C’est précisément là, dans le point extrême de son abaissement — qui est également le point le plus élevé de l’amour — qu’a germé l’espérance. […] Mais écoutez bien ce qu’est la transformation que fait la Pâque : Jésus a transformé notre péché en pardon, notre mort en résurrection, notre peur en confiance. Voilà pourquoi là, sur la croix, notre espérance est née et renaît toujours ; voilà pourquoi avec Jésus, chacune de nos obscurités peut être transformée en lumière, chaque échec en victoire, chaque déception en espérance » [03].

Sachant que Dieu souhaite prendre soin de nous et nous rendre meilleurs, nous voulons qu’il puisse faire aisément son travail d’enlever ce qui gêne, d’éliminer ce qui est de trop. Nous apprenons à mieux aimer, à avoir davantage confiance dans le Seigneur. Dieu, pour nous préparer à notre mission, compte avec nos moments de désorientation, les incompréhensions, des efforts qui passent inaperçus. C’est ainsi que nous acquérons une nouvelle vitalité et que grandit notre capacité d’aimer comme il a aimé, à savoir les racines plongées dans la croix. Nous devenons un peu plus généreux, à l’image de l’amour débordant du Christ.


COMME IL EST ALORS MERVEILLEUX de nous savoir tous des sarments de la même vigne ! Cette réalité nous fait admirer les vertus et les talents des autres, rendre grâce à Dieu parce qu’il embellit et comble de fécondité nos frères, nos proches parents et nos amis. Nous vivons ainsi unis au Christ et unis entre nous. Ayant dans notre âme la passion pour l’unité, nous ne sommes pas troublés par les erreurs de ceux qui nous entourent, car nous y voyons un chemin de croissance aussi bien pour l’autre que pour nous. Nous ne nourrissons pas de rancune ni de réserve ; nous voulons servir tout le monde, puisque nous sommes tous des sarments unis à Jésus.

Dès lors, l’union au Christ est, en même temps, union à tous ceux à qui il se donne. Je ne puis garder le Christ pour moi tout seul. « Les sarments n’ont pas de vie propre : ils ne vivent que s’ils restent unis à la vigne sur laquelle ils ont poussé. Leur vie est identifiée à celle de la vigne. La même sève circule entre le cep et les sarments ; tous deux portent le même fruit. Il existe donc entre eux un lien indissoluble, qui symbolise très bien celui qui existe entre Jésus et ses disciples : “Demeurez en moi, comme je demeure en vous” (Jn 15,4) » [04].

Nous savons que « l’amour dont nous parlons n’a rien à voir avec une attitude sentimentale ni avec la simple camaraderie […] Il consiste à vivre avec notre prochain, à vénérer, j’insiste, l’image de Dieu qui se trouve en chaque homme, l’aidant à la contempler lui-même, pour qu’à son tour il sache s’adresser au Christ » [05]. La créature la plus unie à Dieu, celle qui a le mieux reflété le visage du Christ, c’est la Très Saint Vierge de qui il a hérité la chair et le sang. Elle peut nous rappeler que le Seigneur se trouve aussi dans les sarments et que, de même que nous, nos sœurs et nos frères dans la foi sont aussi unis à la vraie vigne.



[01]. Benoît XVI, Homélie, 22 septembre 2011.

[02]. Saint Josémaria, Chemin, n° 701.

[03]. Pape François, Audience générale, 12 avril 2017.

[04]. Saint Jean Paul II, Audience générale, 25 janvier 1995.

[05]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 230.