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Méditation : 3 mai, saint Philippe et saint Jacques le Mineur, Apôtres

- La foi authentique attire

- Magnanimité et audace des apôtres

- La vie auprès du Christ nous pousse à Le donner aux autres


LES FÊTES des apôtres sont des jours spéciaux pour ceux qui souhaitons apporter l’Évangile aux autres. La forte impulsion que les apôtres Jacques et Philippe ont éprouvée est la même qui a poussé saint Josémaria à écrire : « Quand il donnait la sainte communion, ce prêtre avait envie de crier : ce que je t’apporte, c’est le Bonheur ! » [01] Nous autres chrétiens nous éprouvons, déjà dans ce monde, une joie que nous ne voulons pas cacher. Nous vivons auprès du Seigneur : nos affaires sont les siennes, sa vie est la nôtre et nous savons que c’est là que se trouve le bonheur le plus grand. Leur bonheur personnel, à la suite de leur rencontre avec le Christ, a été le moteur de la prédication des apôtres. Telle est l’explication de son expansion rapide à travers le monde.

Les apôtres se rassemblent souvent autour de Jésus ; tantôt sur le flanc d’une montagne, tantôt autour d’une table. Ils partagent de longs parcours avec lui. Autant de moments d’intimité, qui ne s’effaceront jamais de leur esprit. Nous aussi, par sa miséricorde, nous vivons avec le Christ. En faisant l’expérience de l’amour que Dieu porte à chacun, le désir naît naturellement de « parler de lui aux autres, parce qu’autant de joie ne tient pas dans un seul cœur » [02]. Nous comprenons mieux que chaque geste, chaque activité, du chrétien est de l’apostolat, sans qu’il soit nécessaire d’y voir une dimension différente de nos occupations habituelles. Les autres le remarquent au fait que nous sommes proches d’eux, à notre sérénité malgré les déconvenues, à notre joie. « L’Église grandit par attraction. Et la transmission de la foi se fait par le témoignage, jusqu’au martyre, comme ce fut le cas pour les apôtres Philippe et Jacques. Lorsque nous voyons cette cohérence de vie entre ce que nous faisons et ce que nous disons, nous sommes toujours curieux : “Pourquoi vit-il ainsi ? Pourquoi vit-il une vie de service aux autres ? Et cette curiosité est la graine que le Saint-Esprit prend et porte en avant » [03].

C’est la vie tout entière du Seigneur, ses propos, ses actions, son passage sur cette terre, qui nous transforme. Saint Paul rappelle aux Corinthiens que notre fondement est ce message, qui nous sauve. C’est un mystère à la fois réel et merveilleux, un souvenir qui est plus qu’un simple souvenir, parce qu’il reste présent dans notre vie. « Thomas d’Aquin l’explique ainsi : la foi est un “habitus”, c’est-à-dire une disposition constante de l’esprit, grâce à laquelle la vie éternelle prend naissance en nous » [04], la vie que les apôtres que nous fêtons aujourd’hui ont vécue en plénitude.


UN DES ASPECTS de la vie des apôtres qui nous enthousiasme est leur capacité à rêver en grand et à se lancer à travailler à la réalisation de leur rêve. Ils ne s’arrêtent pas devant les obstacles, sachant que le Christ les a déjà surmontés et que rien, même la mort, n’est plus fort que le pouvoir divin. Les voilà pleins d’audace et de magnanimité, les vertus qui nous poussent nous aussi vers une mission enthousiasmante, dans l’accomplissement de laquelle nous ne sommes pas seuls, mais pouvons toujours compter sur la force de Dieu. Rien ne peut paralyser ni effrayer celui qui expérimente la présence de Dieu dans sa continuité.

« Magnanimité, qui est grandeur d’âme, disait saint Josémaria, ouverture du cœur au plus grand nombre, force qui nous dispose à sortir de nous-mêmes, à entreprendre des actions valeureuses, pour le bien de tous. […]. Le magnanime s’adonne sans réserve à ce qui en vaut la peine ; c’est pourquoi il est capable de se donner lui-même. Donner ne lui suffit pas : il se donne. Il peut alors comprendre ce qui constitue la plus grande preuve de magnanimité : se donner à Dieu » [05]. En abordant nos activités, nous pouvons penser à la magnanimité des apôtres Philippe et Jacques. Philippe a parlé avec enthousiasme à Nathanaël et, avec une grande simplicité, il a demandé à Jésus de voir le visage du Père. D’après la tradition, il est allé en Phrygie pour évangéliser et y mourir martyr. Jacques le Mineur, pour sa part, proche parent du Seigneur, a été l’évêque de Jérusalem. Aucun des deux, colonnes de l’Église naissante, n’a hésité à mettre en jeu ses arrières pour transmettre partout le divin message de joie, là où l’Esprit Saint les conduirait.

Pour être plus audacieux, « regardons Jésus : sa compassion profonde n’était pas quelque chose qui l’isolait, ce n’était pas une compassion paralysante, timide ou honteuse comme bien des fois cela nous arrive, bien au contraire ! C’était une compassion qui l’incitait à sortir de lui-même avec vigueur pour annoncer, pour envoyer en mission, pour envoyer guérir et libérer. Reconnaissons notre fragilité mais laissons Jésus la saisir de ses mains et nous envoyer en mission. Nous sommes fragiles mais porteurs d’un trésor qui nous grandit et qui peut rendre meilleurs et plus heureux ceux qui le reçoivent. L’audace et le courage apostoliques sont des caractéristiques de la mission » [06].


« SUR TOUTE LA TERRE en paraît le message et la nouvelle, aux limites du monde » (Ps 18, 5), récitons-nous, en la fête de saint Philippe et saint Jacques. C’est un bon jour pour cultiver dans notre âme le désir que la voix du Christ parvienne à tous les recoins de notre monde et de notre histoire. Nous savons bien que l’apostolat chrétien n’est pas une activité qui viendrait s’ajouter à nos occupations habituelles : en réalité, si nous ouvrons notre vie à l’Esprit Saint, si nous vivons de foi, nous sommes des apôtres à tout moment de la journée. « La foi n’est pas seulement la récitation du Credo, bien qu’elle y soit exprimée. Transmettre la foi ne signifie pas donner des informations, mais fonder un cœur dans la foi en Jésus-Christ. Transmettre la foi n’est pas quelque chose qui peut se faire mécaniquement, comme quelqu’un qui dirait : “Regarde, prends ce livre, étudie-le et ensuite je te baptise”. Le chemin est différent : il s’agit de transmettre ce que nous avons nous-mêmes reçu. C’est le défi du chrétien : être fécond dans la transmission de la foi. Et c’est aussi le défi de l'Église : être une mère féconde, donner naissance à ses enfants dans la foi » [07].

« Celui dont il est écrit dans la loi de Moïse et chez les Prophètes, nous l’avons trouvé : c’est Jésus fils de Joseph, de Nazareth » (Jn 1, 45), a dit Philippe à son ami Nathanaël. L’apôtre saint Jacques le Mineur, quant à lui, se demandait : « Mes frères, si quelqu’un prétend avoir la foi, sans la mettre en œuvre, à quoi cela sert-il ? Sa foi peut-elle le sauver ? » (Jc 2, 14). Ces deux passages présentent un condensé de tout itinéraire chrétien : connaître de plus en plus le Christ, vivre auprès de lui, parce que telle est précisément la force qui pousse chacun à rendre témoignage dans son milieu ; l’amitié avec Jésus nous incite à aider celui qui en a besoin et à souhaiter apporter la joie surnaturelle à tout le monde. Nous demandons au Seigneur de nous accorder le même enthousiasme enraciné dans la foi que celui des apôtres. Nous, comme eux, nous désirons que notre vie tout entière proclame que rien ne peut combler davantage notre cœur que Jésus-Christ. Nous fixons notre regard sur la Très Sainte Vierge pour qu’elle nous remplisse d’espérance et nous pousse à penser en grand, avec magnanimité et audace.



[01]. Saint Josémaria, Forge, n° 267.

[02]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 314.

[03]. Pape François, Homélie, 3 mai 2018.

[04]. Benoît XVI, Litt. enc. Spe salvi, n° 7.

[05]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 80.

[06]. Pape François, Gaudete et exultate, n° 131.

[07]. Pape François, Homélie, 3 mai 2018.




Méditation : Mardi de la 5ème Semaine de Pâques

- La paix vient de Dieu

- Un fruit de la sainte messe

- La paix, conséquence de la lutte


CEUX QUI ONT CONNU le bienheureux Álvaro del Portillo affirment qu’il incarnait parfaitement ce que saint Josémaria a écrit dans « Forge » : « La caractéristique par excellence d’un homme ou d’une femme de Dieu, c’est la paix de l’âme : avoir « la paix » et donner « la paix » aux personnes que l’on fréquente » [01]. C’est une aspiration de tous les cœurs : atteindre la paix, ne plus vivre dans l’incertitude, avoir la conviction qu’il n’est pas de peine sans consolation. Cependant, il n’est pas facile d’y arriver : il y a toujours des affaires qui tournent mal, des contraintes inévitables, des événements qui semblent sans solution… Pour avoir une paix durable et la communiquer aux autres, nos efforts sont importants, mais il est encore plus important de trouver en Dieu la source inépuisable de la paix.

« La paix que le monde nous offre est une paix sans tribulations ; il nous offre une paix artificielle, une paix qui se réduit à la tranquillité. C’est une paix qui ne regarde que ses propres affaires, sa propre sécurité, que rien ne manque […]. Une tranquillité qui nous rend fermés, qui ne voit pas au-delà. Le monde nous enseigne le chemin de la paix avec anesthésie ; il nous anesthésie pour que nous ne voyions pas une autre réalité de la vie : la croix. C’est pourquoi saint Paul dit qu’il faut entrer dans le Royaume des cieux en passant par de nombreuses tribulations. Mais pouvons-nous avoir la paix dans la tribulation ? De notre côté, non […]. Les tribulations existent : une douleur, une maladie, une mort… La paix que Jésus donne est un don : c’est un don de l’Esprit Saint » [02].

C’est en fréquentant le Seigneur que nous trouvons l’assurance de l’âme dont nous avons besoin, nous et les autres. Lui seul a la clé. Tous les rêves de bonheur sont comblés en lui. Nous aussi nous aspirons à cette paix qui se répand naturellement parce qu’elle communique une façon plus réelle de voir les choses : avec le regard de Dieu.


NOUS SOMMES REMUÉS par les propos que le Seigneur adresse aux apôtres lors de la Dernière Cène, rapportés dans l’Évangile d’aujourd’hui : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Que votre cœur ne soit pas bouleversé ni effrayé » (Jn 14, 27). Quelles inquiétudes nous font perdre notre calme ? Qu’est qui pousse notre cœur à trembler ou à flancher ? Ce n’est qu’auprès du Seigneur que nous trouverons le repos, la paix réelle de savoir que le seul repos consiste à se remettre entre les mains de Dieu. « Favorise dans ton âme et dans ton cœur — dans ton intelligence et dans ta volonté — l’esprit de confiance et d’abandon à l’amoureuse Volonté du Père céleste… — C’est de là que naît la paix intérieure que tu recherches ardemment » [03].

Dans chaque messe nous recevons cette paix que Dieu seul peut accorder. Juste avant de recevoir la Communion, après la récitation du Notre Père, le prêtre ouvre les bras à l’humanité entière et dit : « La paix soit avec vous ». C’est de l’autel que jaillit la sérénité la plus profonde de l’esprit. Tout le bien de l’Église, de chaque chrétien, de chaque homme, naît de Jésus-Christ, du Saint Sacrifice du Calvaire. Un chrétien qui vit uni à la messe, « qui vit uni au Cœur de Jésus, ne peut avoir d’autre but que la paix dans la société, la paix dans l’Église, la paix dans son âme, la paix de Dieu, qui sera consommée lorsque son Règne viendra jusqu’à nous » [04]

Il écrivait une autre fois : « Car je sais, moi, le dessein que je forme pour vous, oracle de Dieu —, dessein de paix et non de malheur, a déclaré le Seigneur par la bouche du prophète Jérémie. La liturgie applique ces paroles à Jésus, parce qu’il nous apparaît clairement que c’est en lui que Dieu nous aime de cette manière. Il ne vient pas nous condamner, nous jeter à la face notre indigence, notre mesquinerie : Il vient nous sauver, nous pardonner, nous excuser, nous apporter la paix et la joie » [05].


SAINT THOMAS D’AQUIN explique, en s’inspirant de la liste de saint Paul sur les dons et les fruits de l’Esprit Saint, que celui qui « demeure dans la charité demeure en Dieu et Dieu en lui. C’est pourquoi la joie est une conséquence de la charité. Or, la perfection de la joie c’est la paix » [06]. Un peu plus loin, il ajoute : « Or la paix comporte ces deux éléments : que du dehors rien ne nous trouble, et que nos désirs se reposent en un objet unique. C’est pourquoi après la charité et la joie on met en troisième lieu la paix » [07]. Ce qui nous aide à toujours mettre le Seigneur en premier et à nous écarter de ce qui nous écarte de lui. Dans la vie intérieure, l’initiative revient à lui et à sa grâce. En même temps, avec son aide, nous pouvons rendre plus ferme notre réponse, notre lutte personnelle : « Tu m’écris et je recopie : “Ma joie et ma paix. Je ne pourrai jamais connaître la vraie joie, si je n’ai pas la paix. Et qu’est-ce que la paix ? La paix est quelque chose d’intimement associé à la guerre. La paix est la conséquence de la victoire. La paix exige de moi une lutte continuelle. Sans lutte, je ne pourrai obtenir la paix” » [08].

Saint Josémaria enseignait que la paix est conséquence de la guerre, mais non de n’importe laquelle mais principalement de celle que nous devons livrer contre nous-mêmes : en rejetant l’égoïsme, en travaillant nos aspirations pour qu’elles soient plus conformes à celles de Jésus, en concentrant nos forces pour étendre le bien, etc. En définitive, lutter pour mener à bien ce qui plaît à Dieu, en gagnant du terrain sur ce qui nous écarte de lui. Pour avoir la paix et la communiquer, en un certain sens, il faut la conquérir petit à petit. On pourrait dire que lorsque nous sommes en guerre contre le monde, nous ne sommes pas en paix avec nous-mêmes. « Les hommes passent leur temps à conclure des traités de paix, et tout en restant constamment empêtrés dans des conflits, parce qu’ils ont oublié ces bons conseils : il faut lutter contre soi-même, il faut recourir à l’aide de Dieu, pour que lui seul triomphe, pour gagner la paix en nous-mêmes, dans notre propre foyer, dans la société et dans le monde » [09].

La Très Sainte Vierge est la Reine de la Paix parce qu’elle a vécu attentive au Seigneur, malgré les souffrances et les événements déroutants de sa vie. Nous lui demandons de nous obtenir la tranquillité et la sérénité lorsque nous rencontrerons des difficultés personnelles, familiales ou sociales.



[01]. Saint Josémaria, Forge, n° 649.

[02]. Pape François, Homélie, 16 mai 2017.

[03]. Saint Josémaria, Sillon, n° 850.

[04]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 170.

[05]. Ibid., n° 165.

[06]. Saint Thomas d’Aquin, Somme Théologique, I-II, q. 70, a. 3.

[07]. Ibid.

[08]. Saint Josémaria, Chemin, n° 308.

[09]. Saint Josémaria, Forge, n° 102.




Méditation : Mercredi de la 5ème Semaine de Pâques

- Demeurer près de Jésus grâce à la prière

- Sa Parole nous transforme

- Les fruits de notre union à la vigne


PENDANT LA PÉRIODE allant de Pâques à la Pentecôte, la liturgie nous rapporte des propos que, sur le moment, les apôtres n’ont pas compris dans toute leur profondeur, puisque le Paraclet n’avait pas encore été envoyé. Pensons, par exemple, à l’allégorie de la vigne et les sarments : « De même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi » (Jn 15, 4).

« Jésus est la vigne, et à travers lui, comme la sève dans l’arbre, l’amour même de Dieu, l’Esprit Saint, est transmis aux sarments. […] Les sarments ne sont pas autosuffisants, mais dépendent totalement de la vigne, dans laquelle se trouve la source de leur vie. Il en va de même pour nous chrétiens. Implantés par le baptême dans le Christ, nous avons reçu gratuitement de lui le don de la vie nouvelle ; et nous pouvons rester en communion vitale avec le Christ. Il faut demeurer fidèles au baptême, et grandir dans l’amitié avec le Seigneur par la prière, la prière de tous les jours, l’écoute et la docilité à sa Parole — lire l’Évangile —, participer aux sacrements, spécialement à l’Eucharistie et à la Réconciliation » [01].

La prière mentale, qui cherche à nous faire sortir de l’anonymat pour construire une relation intime et personnelle avec Jésus, est indispensable pour se nourrir de la vigne. Quel grand besoin avons-nous de ces minutes de silence, de solitude, d’un regard sans hâte sur Jésus, soit dans le tabernacle, soit au fond du cœur, à l’endroit où nous nous trouvons ! « Suivre le Christ : voilà le secret. L’accompagner de si près que nous vivions avec lui, comme ses douze premiers apôtres ; de si près que nous nous identifiions à lui. […] Le Seigneur se reflète en notre conduite comme dans un miroir. Si le miroir est tel qu’il doit être, il conservera le visage très aimable de notre Sauveur sans le défigurer, sans le caricaturer : et les autres pourront l’admirer, le suivre » [02].


« MAIS VOUS, déjà vous voici purifiés grâce à la parole que je vous ai dite. Demeurez en moi, comme moi en vous » (Jn 15, 3-4). Le dialogue personnel avec lui permet au Christ d’entrer dans nos circonstances concrètes et d’éclairer notre univers. « À travers la prière, la Parole de Dieu vient habiter en nous et nous habitons en elle. La Parole inspire de bonnes intentions et soutient l’action ; elle nous donne la force, elle nous donne la sérénité, et même quand elle nous met en crise, elle nous apporte la paix. Dans les journées “mauvaises” et confuses, elle assure à notre cœur un noyau de confiance et d’amour qui le protège des attaques du malin » [03].

Nous avons besoin que les paroles du Seigneur nous réconfortent, qu’elles allument en nous la conviction que nous sommes ses sarments. Lui nous aide tellement que, au milieu des difficultés, sa présence peut rassurer notre âme. Or, les bonnes nouvelles, nous voulons aussi les partager avec Jésus, en élevant nos yeux vers le ciel, dans une attitude reconnaissante. « Les difficultés et les contrariétés, disait saint Josémaria, disparaissent dès que nous nous approchons de Dieu dans la prière. Allons parler humblement et franchement avec Jésus, en gardant à l’esprit que celui qui s’adresse à lui avec simplicité peut y aller avec confiance, et aussitôt la lumière viendra, et la paix, la sérénité et la joie suivront » [04].

« La Parole de Dieu, imprégnée de l’Esprit Saint, lorsqu’elle est reçue avec un cœur ouvert, ne laisse pas les choses telles qu’elles étaient auparavant, elle change toujours quelque chose. Et c’est là la grâce et la force de la Parole de Dieu » [05]. Garder les paroles du Christ signifie les garder dans son cœur, les faire siennes et s’ouvrir pour qu’elles transforment petit à petit notre existence. En définitive, elles nous élaguent progressivement pour générer une vie nouvelle, comme le Seigneur l’a dit : « Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron. […] Tout sarment qui porte du fruit, il le purifie en le taillant, pour qu’il en porte davantage » (Jn 15, 1-2).


LE SEIGNEUR poursuit son discours. Il souhaite que nous gardions ses paroles, il veut que d’abondants fruits jaillissent de notre union à lui. « Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voulez, et cela se réalisera pour vous. Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruit et que vous soyez pour moi des disciples » (Jn 15, 7-8). « Demeurant unis au Christ, dit saint Augustin, que peuvent-ils vouloir d’autre que ce qui est conforme au Christ ? […]. En demeurant en lui et en gardant ses paroles en nous, nous demanderons tout ce que nous désirons, et tout nous sera accordé. Car si nous n’obtenons pas ce que nous demandons, c’est que nous ne demandons pas ce qui demeure en lui et ce qui est contenu dans ses paroles » [06].

Celui qui demeure uni à la vigne, celui qui demande avec assurance, celui qui rêve de garder dans son âme chaque geste du Sauveur, devient quelqu’un d’où coule la vie de Dieu. Il en va autrement des récoltes de la vie intérieure que de celles de la vie naturelle, leur unité de mesure étant l’amour. La foi nous porte au-delà de ce que nous avons imaginé, nous amène à vivre de la vie divine. Quel plus grand fruit pourrions-nous désirer ? Si Dieu le veut, nous verrons peut-être qu’il en va de même pour d’autres personnes, de nouveaux sarments, quand il le voudra. Saint Josémaria disait : « Vous devez être, je le répète, un collyre et une force pour les autres, vous devez être conscients que le Seigneur a dit : Sine me, nihil potestis facere, sans moi vous ne pouvez rien faire. Mais, avec lui, nous sommes tout-puissants et nous disons avec l’Apôtre : Omnia possum in eo qui me confortat, je peux tout en celui qui me rend fort » [07].

En réalité, tous « les fruits de cette union profonde avec Jésus sont merveilleux : toute notre personne est transformée par la grâce de l’Esprit : âme, intelligence, volonté, sentiments, et aussi le corps, car nous sommes une unité d’esprit et de corps. Nous recevons une nouvelle façon d’être, la vie du Christ devient la nôtre : nous pouvons penser comme lui, agir comme lui, voir le monde et les choses avec les yeux de Jésus. Par conséquent, nous pouvons aimer nos frères, à commencer par les plus pauvres et ceux qui souffrent, comme il l’a fait, lui, et les aimer avec son cœur et porter ainsi dans le monde des fruits de bonté, de charité et de paix » [08]. Comme Sainte Marie, qui gardait les paroles du Seigneur dans son cœur, nous souhaitons qu’elles demeurent aussi dans le nôtre.



[01]. Pape François, Regina Cœli, 3 mai 2015.

[02]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 299.

[03]. Pape François, Audience générale, 27 janvier 2021.

[04]. Saint Josémaria, Lettres 2, 54b.

[05]. Ibid.

[06]. Saint Augustin, Commentaire sur l’Évangile selon saint Jean, 81, 4.

[07]. Saint Josémaria, Lettres 27, n° 17.

[08]. Pape François, Regina Cœli, 3 mai 2015.




Méditation : Jeudi de la 5ème semaine de Pâques

- Comme le Christ nous a aimés

- Renouveler l'amour au fil du temps

- Aimer au présent


PENDANT LA DERNIÈRE Cène, Jésus affirme : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour » (Jn 15, 9). Probablement, les apôtres n’ont pas bien compris le sens de ces propos, n’ayant pas encore vécu la Passion du Seigneur. Ils sont donc surpris par ce don de Dieu jusqu’à la mort, ce grand mystère qui dépasse notre capacité. « Jésus s’est livré volontairement à la mort pour répondre à l’amour de Dieu le Père, en union parfaite avec sa volonté, pour démontrer son amour pour nous. Sur la Croix, Jésus “m’a aimé et s’est livré pour moi” (Ga 2, 20). Chacun de nous peut dire : Il m’a aimé et s’est livré pour moi. Chacun peut dire ce “pour moi”. Que signifie tout cela pour nous ? Cela signifie que c’est également mon chemin, ton chemin, notre chemin » [01].

Nous en avons été témoins il y a quelques semaines, lors du Triduum pascal : « Jésus n'a pas seulement parlé, il ne nous a pas laissé que des mots. Il s’est offert. Il nous lave par la puissance sacrée de son sang autrement dit par le don de soi “jusqu’à la fin”, jusqu’à la Croix. Sa parole est plus qu’une simple déclaration ; elle est la chair et le sang pour “la vie du monde” (Jn 6, 51). Dans les Saints Sacrements, le Seigneur s’agenouille toujours à nouveau à nos pieds et nous purifie. Prions-le afin que par le bain sacré de son amour nous soyons toujours plus profondément pénétrés et ainsi véritablement purifiés ! » [02]

La vie chrétienne nous amène à servir les autres comme le Christ l’a fait. Se donner totalement, avec détermination et générosité. À la fin, la seule chose qui compte est de savoir combien et comment nous avons aimé pendant le temps dont nous disposons dans ce monde. En même temps, nous n’ignorons pas nos limites : sans l’aide de Dieu, nous ne sommes pas capables d’aimer ainsi. La tâche d’aimer comme le Christ est toujours une tâche nouvelle « en ce sens que nous ne l’atteignons jamais pleinement ; nous n'arrivons jamais à aimer “comme je t’ai aimé”, alors que c’est la charité infinie, l’amour lui-même, qui le dit » [03]. Nous avons besoin que le Christ nous enflamme et nous donne sa propre vie, sa capacité d’aimer jusqu’à la fin.


DANS L’ÉVANGILE de la messe d’aujourd’hui, le Seigneur continue de nous parler de son appel, de sa prédilection au point qu’il nous veut toujours près de lui : « Demeurez dans mon amour » (Jn 15, 9). L’amour que Dieu nous porte est le fondement de notre vie et de notre capacité d’aimer. Il a voulu notre tempérament, notre milieu, notre liberté, nos capacités et il compte aussi avec nos limites et nos défauts. Demeurer dans ce premier amour, c’est prolonger toute la vie durant, en dépit du temps qui passe, l’inquiétude du cœur qui caractérise les jeunes.

Sur le chemin de la vie, nous pouvons ressentir dans notre cœur le désir de répandre l’amour que nous recevons et que nous donnons. Nous trouvons cet amour peut-être dans tant de bonnes choses présentes dans le monde : la nature, les amis, la beauté de ce qui est vrai, etc. Or, ce désir, qui cherche à se frayer un passage, vise quelque chose de plus grand, car nous constatons que, même s’il s’agit de réalités nobles, elles n’arrivent pas à combler nos aspirations. « C’est Jésus que vous cherchez quand vous rêvez de bonheur ; c’est lui qui vous attend quand vous n’êtes pas satisfaits de ce que vous trouvez ; c’est lui qui est la beauté qui vous attire tant ; c’est lui qui vous provoque avec cette soif de radicalité qui ne vous permet pas de vous laisser emporter par le conformisme ; c’est lui qui vous pousse à enlever les masques qui falsifient la vie ; c’est lui qui lit dans votre cœur les décisions les plus authentiques que d’autres voudraient étouffer ; c’est Jésus qui éveille en vous le désir de faire de votre vie quelque chose de grand, la volonté de suivre un idéal, le refus de vous laisser piéger par la médiocrité, le courage de vous engager avec humilité et persévérance pour vous améliorer et améliorer la société, en la rendant plus humaine et plus fraternelle » [04].

Saint Josémaria disait que « la liberté renouvelle l’amour à chaque instant. Or se renouveler, c’est être continuellement jeune, généreux, capable de grands idéaux et de grands sacrifices. Quelle n’a pas été ma joie, quand j’ai appris qu’en portugais on appelle les jeunes os novos. C’est bien ce qu’ils sont, en effet. Je vous rapporte cette anecdote parce que j’ai un bon nombre d’années derrière moi. Pourtant lorsque je prie, au pied de l’autel, le Dieu qui réjouit ma jeunesse, je me sens très jeune et je sais que je ne me considérerai jamais vieux. Si je demeure fidèle à mon Dieu, l’Amour me vivifiera continuellement : ma jeunesse se renouvellera comme celle de l’aigle » [05]


DEPUIS QUE le Seigneur est entré plus à fond dans notre vie, nous essayons de le suivre avec le même enthousiasme que les apôtres ; eux, en découvrant le sens authentique de leur vie, se sont aussitôt mis en marche. « Pourquoi aussitôt ? Simplement parce qu’ils se sont sentis attirés. Ils n’ont pas été rapides et prêts parce qu’ils avaient reçu un ordre, mais parce qu’ils étaient attirés par l’amour. Pour suivre Jésus les bonnes résolutions ne suffisent pas, mais il faut écouter chaque jour son appel. Lui seul, qui nous connaît et nous aime profondément, nous fait prendre le large dans la mer de la vie. Comme il l’a fait avec ces disciples qui l’ont écouté. Pour cela nous avons besoin de sa Parole : écouter, au milieu des milliers de paroles de chaque jour, cette seule Parole qui ne nous parle pas des choses, mais qui nous parle de la vie » [06].

À chaque étape de notre vie, dans les nouvelles circonstances où nous évoluons, nous pouvons découvrir différentes manifestations de l’unique amour qui nous a incités à nous donner. Cet amour est de plus en plus mûr, car il sait avec qui il avance et à qui il se donne ; il sait que cela en vaut la peine ; en un certain sens, il pousse à accomplir la mission avec une conscience plus grande de la liberté. Saint Josémaria nous rappelle que « le don de soi de chacun d’entre nous était un don de soi, généreux et détaché ; parce que nous maintenons ce don de soi, la fidélité est un don continu : un amour, une libéralité, un détachement qui dure, et non pas simplement le résultat de l’inertie » [07]. Nous aimons le Seigneur au présent, avec la jeunesse du premier amour, le plus fondamental, un amour qui ne vieillit pas, parce que Jésus-Christ est le même, hier, aujourd’hui et toujours. Les années ont beau passer, les circonstances changer, l’amour de notre cœur reste une source de vie, parce que Jésus nous aime d’une façon nouvelle chaque jour.

Sur notre parcours, pensons à « la fragilité personnelle que nous éprouvons parfois face à la merveilleuse proposition de la foi chrétienne et de l'esprit de l’Œuvre. Cette disproportion entre l’idéal et la réalité de la vie ne doit ni nous décourager ni nous faire perdre l’enthousiasme […] Jésus savait que la force de l’Esprit Saint ne leur manquerait pas en chemin, s’ils étaient prêts à recommencer chaque jour » [08]. De plus, nous pouvons compter sur l’aide de notre Mère, la Vierge Marie.



[01]. Pape François, Audience générale, 27 mars 2013.

[02]. Benoît XVI, Homélie, 20 mars 2008.

[03]. Mgr Fernando Ocariz, À la lumière de l’Évangile.

[04]. Saint Jean Paul II, Discours, 19 août 2000.

[05]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 31.

[06]. Pape François, Homélie, 26 janvier 2020.

[07]. Saint Josémaria, Lettres 2, n° 12.

[08]. Mgr Fernando Ocariz, Message, 20 juillet 2020.




Méditation : Vendredi de la 5ème Semaine de Pâques

- Le don d'être aimés par Dieu

- Jésus reste près de nous

- Toute mission est une mission de service


AVEC LE TEMPS, en jetant un regard vers le passé, les apôtres se sont souvenus des propos de Jésus au cours de la Dernière Cène. Au Cénacle, tant d’aventures vécues pendant les trois dernières années leur semblaient bien lointaines, voire sans importance, parce que, maintenant, ils voyaient que le Seigneur les destinait à quelque chose de plus grand. Leur vie aurait désormais un sens plus profond, une plus grande portée : le monde entier. Les propos du Seigneur resteraient gravés à jamais dans leur âme : « Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande » (Jn 15, 14). Amis du Fils de Dieu en personne. Ils avaient du mal à le croire, pourtant c’était vrai. Le Seigneur allait affirmer aussitôt après qu’il n’est pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Très précisément, ce que Jésus a fait pour nous : il nous reconnaît comme ses amis et il nous donne sa vie, spécialement dans le trésor des sacrements. C’est pourquoi nous parlons de « grâce », puisque c’est un don immérité. Alors, une réponse, traduisant une confiance totale, prend forme en nous, en constatant « l’amour gratuit et passionné que Dieu nous porte et qui se manifeste pleinement en Jésus-Christ » [01].

Nous croyons à l’amour du Seigneur pour chacun de nous. C’est un fait qui embellit notre vie, et lui donne un sens, une orientation et un fondement. Il nous permet de colorier notre existence de bonheur et de sainteté. Il s’élargit au fil des années. L’écho de la voix du Christ au Cénacle nous renvoie, une fois après l’autre et encore de nos jours, à l’assurance née de cet amour : « Il n’est pas difficile d’imaginer en partie les sentiments qu’avait Jésus en son cœur, lors de cette dernière soirée qu’il passait avec les siens avant le sacrifice du Calvaire. Pensez à l’expérience, si humaine, de la séparation de deux êtres qui s’aiment. Ils aimeraient être toujours ensemble, mais le devoir — quel qu’il soit — les oblige à s’éloigner l’un de l’autre. Ils désireraient rester ensemble et ils ne le peuvent pas. L’amour de l’homme, si grand soit-il, a des limites ; il a recours à un symbole. Ceux qui se quittent échangent un souvenir ; peut-être une photographie, avec une dédicace si enflammée qu’on est surpris que le papier n’en brûle pas. Ils ne peuvent pas faire davantage : les désirs des créatures dépassent tellement leurs possibilités. Ce que nous ne pouvons pas, le Seigneur le peut. Jésus-Christ, Dieu parfait et homme parfait, ne nous laisse pas un symbole, mais la réalité : Il reste lui-même » [02]


CHACUN DE NOUS peut se rappeler le moment où le Christ est entré plus à fond dans sa vie, alors qu’il n’était plus possible pour nous de vivre sans lui. Pour tout chrétien, la compagnie de Seigneur, qui ne nous fera jamais défaut, marque le point de départ de la mission apostolique. Pierre, Jean, Judas Thaddée, Jacques, Philippe… Tous les apôtres ont compris que cette mission aux horizons si larges est leur raison de vivre. Ils ne peuvent pas cacher la joie de l’amitié et du choix du Christ. Ils emprunteront des chemins poussiéreux, silleront des mers agitées ou calmes, seront persécutés et témoins de conversions… Tout en vaudra la peine parce que rien ne les sépare de l’amour de Dieu.

« Dans l’Évangile, quand Jésus envoie ses disciples en mission, il ne les trompe pas par des illusions de succès facile ; au contraire, il les avertit clairement que l’annonce du Royaume de Dieu comporte toujours une opposition. […] L’unique force du chrétien est l’Évangile. Dans les temps de difficultés, il faut croire que Jésus se trouve devant nous, et ne cesse d’accompagner ses disciples. […] Au beau milieu du tourbillon, le chrétien ne doit pas perdre l’espérance en pensant avoir été abandonné. Jésus rassure les siens en disant : “Vos cheveux mêmes sont tous comptés !” (Mt 10, 30). Comme pour dire qu’aucune des souffrances de l’homme, pas même les plus petites et cachées, ne sont invisibles aux yeux de Dieu. Dieu voit, et il protège sûrement ; et il donnera son rachat. Il y a en effet parmi nous Quelqu’un qui est plus fort que le mal » [03].

Vous porterez un fruit véritable, nous dit le Seigneur, parce que je vous ai destinés à quelque chose de grand, de beau, à partager ce que vous avez vu et entendu, à le porter jusqu’au dernier recoin de cette terre. Puisque Dieu lui-même nous confie la mission, son efficacité reste ferme, même si nous ne pourrons pas mesurer les résultats à l’aune de nos paramètres habituels. Saint Josémaria disait que « Jésus est en même temps le semeur, la semence et le fruit des semailles » [04]. C’est ainsi que nous traversons l’histoire et ses vicissitudes, animés d’une espérance ferme et renouvelée.


TOUTE MISSION confiée par le Christ est une mission d’amour et de service. N’importe quel chrétien, depuis le dernier baptisé jusqu’aux successeurs des apôtres, comprend son appel comme un vrai don de soi aux autres. « N’oublions jamais que le vrai pouvoir est le service et que même le pape, pour exercer ce pouvoir, doit entrer toujours plus dans ce service qui trouve sa culmination lumineuse sur la croix » [05]. Servir, voilà un beau mot : le Christ est le serviteur souffrant, Marie est la servante du Seigneur. Celui-là seul sert qui sait aimer et, à la fois, seul aime celui qui a appris à servir. Se mettre à la place de l’autre, penser aux autres, ne pas s’imposer, s’ouvrir à des points de vue différents, à des goûts différents, remarquer l’amour du Seigneur pour chaque âme, prendre soin des autres à travers notre travail… Tout cela est apprendre à aimer.

« Tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître » (Jn 15, 15), nous dit Jésus. C’est pourquoi nous aussi nous sommes appelés à un service qui est vibration apostolique, celle-là même que le Seigneur nous communique ; partager ce que nous vivons et qui nous remplit d’enthousiasme et de paix. « Dieu a ainsi fait l’homme qu’il ne peut manquer de partager avec les autres les sentiments de son cœur : s’il a reçu une bonne nouvelle, il ressent en lui une impulsion qui l’amène à chanter et à sourire, à faire en sorte que, sous quelque forme que ce soit, les autres partagent son bonheur » [06].

« Par nos œuvres de service, écrivait saint Josémaria, nous pouvons préparer au Seigneur un triomphe plus grand que celui de son entrée à Jérusalem… Car la scène de Judas ne se reproduira pas, non plus que celle du jardin des Oliviers, ni cette nuit obscure… Nous parviendrons à incendier le monde avec le feu qu’il est venu apporter sur la terre !… » [07]. Comme ce fut le cas pour la Très Sainte Vierge, le désir de servir tout un chacun s’allume en nous, malgré les difficultés inévitables. « Ô Mère ! que notre joie soit comme la vôtre : la joie d’être avec lui et de l’avoir avec nous »[08].



[01]. Benoît XVI, Message, 15 octobre 2012.

[02]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 83.

[03]. Pape François, Audience générale, 28 juin 2017.

[04]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 151.

[05]. Pape François, Homélie, 19 mars 2013.

[06]. Saint Josémaria, Lettres 37, n° 16.

[07]. Saint Josémaria, Forge, n° 947.

[08]. Saint Josémaria, Sillon, n° 95.




Méditation : Samedi de la 5ème Semaine de Pâques

Les sujets proposés pour la méditation du jour sont : être patients comme le Christ ; tout concourt à notre bien ; la prière nous rend forts.

- Être patients comme le Christ

- Tout concourt à notre bien

- La prière nous rend forts


NOUS AVONS attentivement contemplé le Seigneur, en particulier pendant les jours de sa passion et de sa mort. Nous avons vu un Christ patient : dans son silence face à ses accusateurs, dans sa sérénité devant les réponses du juge romain, en présentant son dos aux coups de fouet et ses mains aux clous du bois de la croix… Nous l’admirons aussi dans la majesté de ses gestes sur le Calvaire. « Si le monde a de la haine contre vous, sachez qu’il en a eu d’abord contre moi » (Jn 15, 18). Nous savons qu’il évoque ainsi le péché, tout ce qui dans notre monde s’oppose au Royaume de Dieu. Aussi souhaitons-nous avoir la force d’âme avec laquelle le Seigneur a affronté les difficultés, vertu très en rapport avec la patience.

« Celui qui sait être fort n’est pas mû par la hâte de recueillir le fruit de sa vertu ; il est patient. La force nous amène à savourer cette vertu humaine et divine qu’est la patience. “Grâce à votre patience, vous possédez votre âme” (Lc 21, 19). […] Nous possédons notre âme par la patience parce que, en apprenant à nous dominer, nous commençons à posséder ce que nous sommes » [01]. En cultivant la vertu humaine de la patience, nous gagnons en sérénité et en sens de la mesure, en vision surnaturelle, car Dieu est patient.

En outre, celui qui la possède est capable de donner la paix et d’apaiser les autres ; il est maître de soi, il ne lutte pas contre le temps, ce qui lui permet de l’investir auprès de celui qui en a besoin. Qui plus est : il ne réagit pas avec haine, ni ne se sent blessé par ceux qui le méprisent ou le traitent sans ménagement. Sa patience l’amène à être au-dessus de tout cela, avec une dignité, imprégnée d’affection pour tout le monde, comme le Christ sur la croix. Il regarde toujours plus loin, ses yeux tournés vers l’histoire de la rédemption tout au long des siècles.


NOUS AVONS souvent entendu l’expression de saint Paul qui plaisait tant à saint Josémaria : « Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu » (Rm 8, 28). Ce ne sont pas uniquement des propos à tenir dans les difficultés, de manière à rassurer notre conscience ou à faire taire notre raisonnement mais au prix de tourner le dos à la réalité. Bien au contraire. Dieu est infiniment bon : nous l’avons appris dans notre catéchisme et en avons fait l’expérience depuis les premiers moments de notre rencontre avec le Christ. C’est pourquoi, pour ceux qui veulent l’aimer, pour ceux qui sont et se savent enfants d’un Dieu qui peut tout, comment quelque chose pourrait-il ne pas concourir à leur bien ?

Bien que certaines situations du monde puissent à l’occasion nous sembler hostiles, elles ne pourront jamais vaincre l’amour inépuisable du Seigneur. Dès lors, nous pouvons « fortifier la confiance dans la grâce de Dieu […], faire preuve chaque jour, avec toutes ses conséquences, d’une attitude d’abandon et d’espérance fondée sur la filiation divine » [02]. L’abandon patient en Dieu est le meilleur cadre pour notre lutte. Si nous savons que tout peut concourir à notre bien, nous serons capables de commencer et de recommencer, sans investir nos forces ailleurs qu’en Dieu.

C’est pourquoi, « on appelle patient non pas celui qui ne fuit pas, mais celui qui a une conduite digne d’éloges en souffrant ce qui nuit présentement, de telle sorte qu’il n’en ressent pas une tristesse désordonnée » [03]. Dans ce cas, il n’y aura pas de succès pouvant nous ravir l’espérance ni d’amertumes faisant sombrer notre joie. « Un remède pour tes inquiétudes : patience, droiture d’intention, considérer les choses dans une perspective surnaturelle » [04].


« TU NOUS AS justifiés et rendu capables d’une existence immortelle ; conduis-nous désormais par ta grâce jusqu’à la gloire qu’il possède en plénitude », disons-nous dans la prière d’aujourd'hui. Combien il est important de se tourner vers le Seigneur, de faire confiance à son aide, sachant qu'il ne nous abandonnera jamais. Et surtout pour la chose la plus importante : grandir dans l’amour de Dieu, élargir notre cœur dans la charité et le remplir de lui et des autres, parce que nous voulons aller au ciel à travers ce monde que nous aimons.

La prière est le moment idéal pour demander la patience nécessaire pour aller de l’avant, de plus en plus confiants, de plus en plus amoureux du Dieu qui vit en nous. « Il n’existe pas d’autre jour merveilleux que l’aujourd’hui que nous sommes en train de vivre. Les gens qui ne vivent qu’en pensant toujours à l’avenir et ne prennent pas l’aujourd’hui comme il vient, ce sont des gens qui vivent dans l’imagination, qui ne savent pas saisir l’aspect concret de la réalité. Et l’aujourd’hui est réel, l’aujourd’hui est concret. La prière a lieu dans l’aujourd’hui. Jésus vient à notre rencontre aujourd’hui, cet aujourd’hui que nous sommes en train de vivre. Et c’est la prière qui transforme cet aujourd’hui en grâce, ou mieux qui nous transforme : elle apaise la colère, elle soutient l’amour, elle multiplie la joie, elle donne la force de pardonner » [05].

L’aide du Seigneur ne nous fera pas défaut : notre Père qui est aux cieux nous donnera de bonnes choses si nous l’en prions (cf. Mt 7, 9-11), spécialement son secours pour ne pas nous décourager ni perdre patience dans les difficultés : même si les contrariétés existeront toujours, comme saint Josémaria le disait, « si nous sommes fidèles, nous aurons la force de celui qui est humble, parce qu’il vit identifié au Christ. Mes enfants, nous sommes ce qui est permanent. Le reste est transitoire. Rien n’a d’importance ! » [06] Nous pouvons demander à la Vierge Marie, une mère patiente, capable de souffrir avec le Christ et d’attendre l’arrivée de son heure, d’avoir confiance en son Fils.



[01] . Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 78

[02]. Mgr Fernando Ocariz. Lettre, 14 février 2017, n° 8.

[03]. Saint Thomas d’Aquin, Somme Théologique, II-II, q. 136, a. 4 ad 2.

[04]. Saint Josémaria, Sillon, n° 853.

[05]. Pape François, Audience générale, 10 février 2021.

[06]. Saint Josémaria, Dialogue avec le Seigneur, « Vivre pour la gloire de Dieu », n° 5e.




Méditation : 6ème Dimanche de Pâques

- S'aimer les uns les autres

- Dieu ne nous abandonne jamais

- Guidés par l'Esprit Saint


« COMME LE PÈRE m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour » (Jn 15, 9). C’est avec ces mots que Jésus a pris congé des siens, peu avant sa passion. Il savait que quelques heures plus tard ils allaient l’abandonner. Néanmoins, il souhaitait les graver au fer rouge dans leur cœur pour que, après l’amertume de leur trahison, cette certitude soit l’aliment de leur vie apostolique. « Je ne vous appelle plus serviteurs, […] je vous appelle mes amis » (Jn 15, 15). Même si notre liberté est requise, c’est lui qui prend l’initiative dans cette merveilleuse amitié. Il a fait attention à chacun de nous et nous a choisis (cf. Jn 15, 16), car « il nous a aimés » le premier (1 Jn 4, 10).

« Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande » (Jn 15, 14). Voilà le secret pour vivre toujours avec lui, sans jamais perdre son amitié. Cette nuit-là, les apôtres ont eu l’occasion de l’interroger sur les commandements qu’ils devaient garder, et Jésus leur en directement offert la clé : « Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15, 12-13). Ils étaient bien placés pour savoir comment le Seigneur aimait. Chaque apôtre aurait pu nous rapporter une multitude d’attentions personnelles que Jésus avait eues avec lui. Tout comme l’affection et la patience avec lesquelles il prenait soin de tous ceux qui l’approchaient. L’ayant vu de leurs yeux, les apôtres savaient que Jésus était prêt à tout.

La nuit où sa douloureuse passion a commencé, le Seigneur a établi une nouvelle loi de l’amour que nous, ses disciples, nous sommes invités à mettre en pratique : un amour à la mesure de celui que le Christ nous a manifesté sur la croix. « L’amour n’est plus seulement un commandement, mais il est la réponse au don de l’amour par lequel Dieu vient à notre rencontre » [01]. En outre, il nous envoie apporter au monde la Bonne Nouvelle de son amour. « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis, afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure » (Jn 15, 16). Nous accomplirons cette mission si nous apprenons à aimer comme lui aime : en donnant sa vie pour les autres, en apportant la joie à nos amis et connaissances « pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite » (Jn 15, 11).


« DIEU EST amour, qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui » (1 Jn 4, 16). C’est ainsi que saint Jean définit l’essence de Dieu. « Si rien d’autre n’était dit à la louange de l’amour, dit saint Augustin, […] dans toutes les pages de l’Écriture Sainte, et si nous n’entendions de la bouche de l’Esprit Saint que “Dieu est amour”, nous ne devrions chercher rien d’autre » [02]. Un des premiers pas sur le chemin de la foi est de croire que l’amour de Dieu pour chacun est indestructible. « Nous avons cru à l’amour de Dieu : c’est ainsi que le chrétien peut exprimer le choix fondamental de sa vie » [03]. En quelque sorte, on peut dire qu’il est incapable de cesser de nous aimer, tel est son point faible.

En tant qu’amis du Seigneur, nous sommes appelés à vivre avec lui et en lui, et c’est par lui que nous vivons (cf. 1 Jn 4, 9). Nous avons fait la même expérience que les apôtres : si nous le perdons de vue et oublions son amour, nous sommes déboussolés, telles des branches desséchées. Nous avons besoin d’être près de lui, de reposer notre tête sur sa poitrine, comme l’apôtre saint Jean. Cependant, nous savons aussi que, même si nous l’abandonnons, souvent par faiblesse, il viendra rapidement nous chercher, comme il l’a fait avec ses disciples après la Résurrection. C’est « un Dieu qui court vers nous » en nous ouvrant ses bras par sa grâce, pour pardonner toute offense, parce qu’il « n’est pas scandalisé par les hommes. Dieu n’est pas lassé de nos infidélités » [04].

Nous parcourons la dernière partie du temps pascal. À partir d’aujourd’hui, la liturgie se tourne vers la venue de l’Esprit Saint que Jésus a promis à ses disciples. Le Fils devait retourner auprès du Père. Il ne sera plus visiblement avec eux mais il leur dit qu’ils ne doivent pas s’en inquiéter car il ne les laissera pas orphelins. « L’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit » (Jn 14, 25). Après la merveilleuse expérience des trois années passées avec le Christ, sans le réconfort de l’Esprit son absence serait insupportable, et impossible la mission qu’il leur avait confiée.


LE LIVRE des Actes des Apôtres, que nous avons lu à la messe pendant le temps pascal, rapporte l’histoire de l’évangélisation pendant les années qui ont suivi la Pentecôte. Il est connu comme l’Évangile de l’Esprit Saint, car il nous montre les merveilles qu’il a réalisées dans l’Église naissante. L’Esprit Saint inspirait toutes les audaces apostoliques et mettait sur leurs lèvres des mots pleins de force, tout en touchant les cœurs de ceux qui les écoutaient. Il était derrière les décisions sur l’avenir de l’Église et signalait la route aux apôtres, les guidait, les poussait ou les ralentissait. Son amour était la joie et l’assurance des chrétiens persécutés. L’Esprit, qui a pleinement rempli l’âme du Christ, remplissait aussi le cœur de ses « amis », en leur révélant la sagesse qui vient de Dieu. Il les encourageait et les sanctifiait.

La Pentecôte n’a pas été uniquement un événement surprenant, intervenu un dimanche donné à Jérusalem. La vie tout entière de la première communauté était remplie de l’Esprit Saint et lui-même continue de guider l’Église et peut aussi guider notre cœur. Dans le récit de la conversion de Corneille, l’Esprit Saint a conduit Pierre à sa maison. « L’Esprit lui dit : “Voilà trois hommes qui te cherchent. Eh bien, debout, descend, et pars avec eux sans hésiter, car c’est moi qui les ai envoyés” » (Ac 10, 19-20). En arrivant chez lui, tandis que Pierre prêchait, le don de l’Esprit s’est répandu sur cette famille païenne en les faisant « parler en langues et chanter la grandeur de Dieu ». Ils en étaient tous fort étonnés parce que l’Esprit Saint ne faisait pas de distinction entre Juifs et Gentils. Pierre lui-même s’en étonnait. « Pierre dit alors : “Quelqu’un peut-il refuser l’eau du baptême à ces gens qui ont reçu l’Esprit Saint tout comme nous ?” Et il donna l’ordre de les baptiser au nom de Jésus-Christ » (Ac 10, 47-48).

L’Esprit Saint est un don de Dieu qui renouvelle notre amour et notre désir de servir le Christ. Il est l’amour qui fait grandir l’amour. Sa venue nous surprend, tantôt parce qu’inattendue, tantôt par la force de son intervention. Par sa présence, la foi et l’espérance retrouvent leur fraîcheur, l’amour s’empare du cœur, la joie et la bonté semblent plus accessibles et plus faciles à répandre autour de nous. Nous demandons à Dieu, en ce 6ème dimanche après Pâques, de nous accorder « de voir fructifier tout au long de notre vie les grâces que nous offre le temps pascal », comme dit la prière de la messe d’aujourd’hui. Nous pouvons demander à la Vierge Marie de nous apprendre à demeurer près de son Fils, sûrs que l’Esprit Saint couvrira notre vie de son ombre.



[01]. Benoît XVI, Deus caritas est, n° 1.

[02]. Saint Augustin, In Epist. Ionn. ad Parth. 7, 4.

[03]. Benoît XVI, Deus caritas est, n° 1.

[04]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 64.




Méditation : Lundi de la 6ème Semaine de Pâques

- Le regard tourné vers le ciel

- La vie éternelle ne nous écarte pas du monde

- Jésus est le chemin


« QUE VOTRE cœur ne soit pas bouleversé : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi » (Jn 14, 1). C’est ce que Jésus a dit au cours de la Dernière Cène. Le Seigneur exprime son immense affection pour ceux qui l’avaient suivi pendant trois années. En même temps, il leur annonce certains événement douloureux qui vont arriver : la trahison de l’un de ses intimes et les reniements de Pierre. Des moments durs pour ses disciples, aussi Jésus ne veut-il pas que le cœur leur manque. Devant l’imminence de ces grosses difficultés, le Seigneur invite les siens à tourner leur regard vers le ciel. « Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, vous aurais-je dit : “Je pars vous préparer une place” ? (Jn 14, 2).

Le ciel est le but final de notre chemin. Certes, nous aimons ce monde, issu des mains de Dieu. Notre cœur se réjouit d’y trouver tant de bonnes choses. Nous nous savons aimés du Seigneur déjà sur terre et cela nous comble de joie. Or, nous savons aussi que cette joie trouve sa plénitude dans la perspective de la joie définitive. « Je suis heureux, affirmait saint Josémaria, fort de la certitude du Ciel que nous atteindrons, si nous restons fidèles jusqu’au dernier moment ; du bonheur que nous aurons, quoniam bonus, car mon Dieu est bon et sa miséricorde est infinie » [01]

Ne jamais perdre de vue l’espérance du ciel, voilà qui nous est toujours d’un grand secours. Cela nous permet d’avoir un jugement droit sur tout ce qui nous arrive, aussi bien sur les choses agréables que sur les choses désagréables. « Seule la foi dans la vie éternelle nous fait aimer vraiment l’histoire et le présent, mais sans attachements, dans la liberté du pèlerin, qui aime la terre parce qu’il a le cœur au Ciel » [02]. La vie éternelle est la récompense qui ne déçoit pas, le moment où nous serons intimement unis à Dieu et à une foule de gens. Tous nos efforts auront valu la peine. « Je dis qu’il importe essentiellement d’avoir une ferme résolution de ne point s’arrêter qu’on ne soit à la fontaine, quelque difficulté qui arrive, quelque obstacle que l’on rencontre, quelque murmure que l’on entende, quelque peine que l’on souffre, quelque fortune que l’on coure, quelque apparence qu’il y ait de ne pouvoir résister à tant de travaux, et enfin, quand on croirait devoir en mourir, et que tout le monde devrait s’abîmer » [03].


COMMENT sera le ciel ? En quoi consiste l’éternité ? Comment pourrons-nous goûter l’amour infini de Dieu sans nous lasser ? La foi nous dit que ce sera le moment d’un bonheur plénier, la béatitude tant attendue, mais que nous ne pouvons pas comprendre clairement tout cela. « L’expression “vie éternelle” cherche à donner un nom à cette réalité connue inconnue. Il s’agit nécessairement d’une expression insuffisante, qui crée la confusion. En effet, “éternel” suscite en nous l’idée de l’interminable, et cela nous fait peur ; “vie” nous fait penser à la vie que nous connaissons, que nous aimons et que nous ne voulons pas perdre et qui est cependant, en même temps, plus faite de fatigue que de satisfaction, de sorte que, tandis que d’un côté nous la désirons, de l’autre nous ne la voulons pas. Nous pouvons seulement chercher à sortir par la pensée de la temporalité dont nous sommes prisonniers et en quelque sorte prévoir que l’éternité n’est pas une succession continue des jours du calendrier, mais quelque chose comme le moment rempli de satisfaction, dans lequel la totalité nous embrasse et dans lequel nous embrassons la totalité. Il s’agirait du moment de l’immersion dans l’océan de l’amour infini, dans lequel le temps – l’avant et l’après – n’existe plus. Nous pouvons seulement chercher à penser que ce moment est la vie au sens plénier, une immersion toujours nouvelle dans l’immensité de l’être, tandis que nous sommes simplement comblés de joie » [04].

Quoi qu’il en soit, nous avons la certitude que le Seigneur, au moment de nous rappeler à lui, ira bien plus loin que nos attentes. Après tout, c’est lui qui nous prépare une place (cf. Jn 14, 2). Or, la pensée du ciel ne nous écarte pas des affaires de ce monde. Bien au contraire : par notre don quotidien aux autres, par des actions qui peuvent sembler insignifiantes, nous préparons notre cœur à recevoir ce bonheur qui va se déverser sur nous. « L’espérance ne m’écarte pas des choses de cette terre, disait saint Josémaria. Elle me rapproche au contraire de ces mêmes réalités d’une façon nouvelle » [05]


LES PROPOS du Seigneur cette nuit-là étaient d’une compréhension difficile pour ses apôtres. Thomas montre sa perplexité sans chercher à la cacher : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment pourrions-nous savoir le chemin ? » (Jn 14, 5). Jésus y répond très concrètement : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi » (Jn 14, 6).

Sur notre chemin vers la vie éternelle, nous pourrons toujours nous adresser à Jésus pour qu’il nous oriente. Nous pouvons avoir confiance en lui : « N’ayez pas peur ! Le Christ sait « ce qu’il y a dans l’homme » ! Et lui seul le sait ! » [06]. Si le Christ est le chemin, la vérité et la vie, nous devons lire tout ce qui nous arrive à la lumière de sa personne. Dans cette tâche, la lecture assidue des Évangiles est d’un grand secours. « Le Seigneur nous a appelés, nous autres catholiques, pour que nous le suivions de près et, dans ce texte saint, tu découvriras la Vie de Jésus. Mais en outre tu dois y découvrir aussi ta propre vie » [07]. Beaucoup de saints ont trouvé la clé pour comprendre ce qui leur arrivait après avoir lu tel ou tel passage de l’évangile. C’est là que nous trouvons la voix du Christ pour renouveler notre désir d’arriver au ciel avec lui.

Nous demandons à notre Mère de nous aider à « porter à tous l’Évangile de la vie qui vainc la mort ; qu’elle intercède pour nous afin que nous acquérions la sainte audace de chercher de nouvelles voies pour que le don du salut parvienne à tous » [08]



[01]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 208.

[02]. Benoît XVI, Angélus, 1er novembre 2012.

[03]. Sainte Thérèse d’Avila, Chemin de la perfection, ch. XXI, 2.

[04]. Benoît XVI, Spe salvi, n° 12.

[05]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 208.

[06]. Saint Jean Paul II, Homélie, 22 octobre 1978.

[07]. Saint Josémaria, Forge, n° 754.

[08]. Pape François, Message, 4 juin 2017.




Méditation : Mardi de la 6ème Semaine de Pâques

- Jésus annonce son retour auprès du Père

- Le don d'intelligence

- Saisir et aborder la réalité avec le regard de Dieu


PENDANT la sixième semaine de Pâques, l’Église propose des extraits du discours d’adieu de Jésus, selon saint Jean. Aujourd’hui, nous l’écoutons qui annonce clairement, au cours de la Dernière Cène, son retour imminent au ciel : « Je m’en vais maintenant auprès de Celui qui m’a envoyé […] Je m’en vais auprès du Père, et vous ne me verrez plus » (Jn 16, 5 ;10). Nous pouvons imaginer la perplexité des apôtres en écoutant cette annonce. Probablement, ils s’en sont profondément attristés. Comment se pouvait-il que ces merveilleuses années passées avec lui se terminent une bonne fois pour toutes ? Les apôtres « avaient peur à l’idée de perdre la présence visible de Jésus, explique saint Augustin. Leur affection humaine se voilait de tristesse à la pensée que leurs yeux n’éprouveraient plus la consolation de le voir » [01].

Ils se disaient les uns aux autres : « “Que veut-il nous dire par là : […] Nous ne savons pas de quoi il parle” ». Pour l’instant, ils n’étaient pas capables de comprendre Jésus. Simplement, ils n’avaient pas encore la clé pour le faire. Néanmoins, tout en ne comprenant pas le sens précis de ses mots, aucun n’ose lui poser la question : « Où vas-tu ? » (Jn 16, 5). Ils étaient vraisemblablement dépassés par la tournure prise par la cène. Trois ans plus tôt, sur les rives du Jourdain, au début de leur aventure avec le Christ, Jean et André avaient posé une question qui se serait révélée opportune en la circonstance présente : « Maître –, où demeures-tu ? » (Jn 1, 38-39). Cependant, au Cénacle, malgré le caractère mystérieux de la conversation, ils restent muets.

« Après la résurrection, ces paroles sont devenues plus compréhensibles et transparentes pour les disciples, comme une annonce de son ascension au ciel. […] Seul Jésus possède l’énergie divine et le droit de “monter au ciel”, et personne d’autre. L’humanité livrée à elle-même et à ses forces naturelles, n’a pas accès à cette “maison du Père” (Jn 14,2), à la participation à la vie et au bonheur de Dieu. Seul le Christ peut ouvrir cet accès à l’homme : lui, le Fils qui “est descendu du ciel”, qui “est sorti du Père” précisément pour cela » [02]. Jésus part pour envoyer, à ses apôtres et à nous, la consolation de l’Esprit Saint et pour nous ouvrir la maison de son Père.


IL EST CLAIR que Jésus n’avait pas l’intention de laisser seuls ses disciples ; l’Esprit Saint poursuit la mission du Fils, en remplissant de force leur vie et en leur accordant ses dons qui vont les aider à comprendre les affaires de Dieu. Le Seigneur relie la venue de l’Esprit Saint à son départ pour la maison du Père, « soulignant ainsi que [le Paraclet] aura le “prix” de son départ » [03]. En réalité, ce qui entraînait une grande tristesse pour les apôtres, c’était le plan de salut que Dieu avait prévu : le trou que le Seigneur laissait ne resterait pas vide, car l’Esprit Saint allait le combler. C’est pourquoi il leur dit : « Si je ne m’en vais pas, le Défenseur ne viendra pas à vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai » (Jn 16, 7). Tout deviendra plus clair à la Pentecôte, lorsque l’Esprit Saint les comblera de ses dons.

Le don d’intelligence nous permet précisément de pénétrer les mystères révélés que les apôtres n’arrivaient pas encore à comprendre. On l’appelle aussi don d’« intellect », un mot dont l’étymologie, intus-legere, lire l’intérieur, suggère qu’il s’agit d’une grâce qui facilite la connaissance de ce que la réalité a de plus intrinsèque. Le don d’intelligence nous accorde une intuition pour les choses de Dieu, une connaissance profonde des vérités de la foi et même de certaines vérités naturelles ordonnées à la fin surnaturelle. Là où ni l’œil ni la raison humaine ne sont capables d’arriver, l’intelligence nous fait voir bien au-delà, comme cela arrive au milieu de la nuit grâce à certains outils de vision nocturne qui apportent une clarté surprenante. Même si nous n’arriverons jamais à comprendre parfaitement le mystère de Dieu, ni à l’embrasser dans sa totalité, ce don de l’Esprit Saint nous permet de nous en approcher petit à petit.

Le don d’intelligence nous accorde « la capacité d’aller au-delà de l’aspect extérieur de la réalité et de scruter les profondeurs de la pensée de Dieu et de son dessein de salut » [04]. Même si nous avons assez souvent la tentation de juger les événements uniquement avec nos yeux humains, sans arriver à rejoindre le regard de Dieu, cependant « ce don nous fait comprendre les choses comme Dieu les comprend, avec l’intelligence de Dieu » [05]. Saint Josémaria le comparait à notre capacité de voir la réalité non seulement selon deux dimensions, d’une manière plate, collée à la terre : « Quand tu vivras la vie surnaturelle, tu recevras de Dieu la troisième dimension : la hauteur, et avec elle, le relief, le poids et le volume » [06]


DANS LA PREMIÈRE lecture d’aujourd’hui, le livre des Actes rapporte avec force détails l’emprisonnement de Paul et de Silas à Philippes (cf. Ac 16, 22-34). « Après les avoir roués de coups, on les jeta en prison […] Vers le milieu de la nuit, Paul et Silas priaient et chantaient les louanges de Dieu ». Soudain, un tremblement de terre secoue la prison et « à l’instant même, toutes les portes s’ouvrirent, et les liens de tous les détenus se détachèrent ». Au vu de quoi, le geôlier cherche à se donner la mort, mais Paul se mit à crier d’une voix forte « ne va pas te faire de mal, nous sommes tous là ». Tout tremblant cet homme leur demande : “Que dois-je faire pour être sauvé, mes seigneurs ?” Ils lui répondirent : “Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé, toi et toute ta maison”. Ils lui annoncèrent la parole du Seigneur, ainsi qu’à tous ceux qui vivaient dans sa maison ». La conversion de cette famille de Philippes a été très rapide. Ils ont compris en quelques heures ce qu’il fallait pour avoir le désir de recevoir aussitôt le baptême. Alors, ils sont montés à sa maison, « il fit préparer la table et, avec toute sa maison, il laissa déborder sa joie de croire en Dieu ».

Le don d’intelligence perfectionne notre foi, ouvre notre esprit pour comprendre la Parole de Dieu, ce que Jésus avait dit et fait. Ainsi grandit une certitude qui n’est pas fondée uniquement sur des raisonnements, mais aussi sur l’expérience intérieure que Dieu nous communique. En outre, cette certitude est de plus en plus sincère si nous lui permettons d’imprégner notre cœur et nos sentiments. De la sorte, nous comprenons mieux les affaires de Dieu, les affaires du monde, tout ce qui nous arrive, et nous accueillons tout en nous appuyant sur Dieu, d’une manière à la fois plus profonde et optimiste.

En 1971, saint Josémaria conseillait à un prêtre qui s’apprêtait à prêcher une retraite spirituelle : « Met dans leur cœur l’amour de l’Esprit Saint, c’est-à-dire met dans leur cœur l’amour du Père et du Fils. Car le Fils a été engendré par le Père de toute éternité ; et de l’amour du Père et du Fils procède éternellement aussi le Saint-Esprit. Nous ne le comprenons pas bien, mais je n’ai pas de mal à le croire » [07]. Ces mots résument ce que l’âme ressent en recevant ce don du Paraclet. D’un côté, elle sait qu’elle n’est pas capable de comprendre le mystère, mais, de l’autre, elle a la certitude de son secours et de sa lumière.

Nous pouvons demander à la Vierge Marie de nous accorder la grâce de vivre quotidiennement plongés dans le mystère de Dieu, selon un conseil assez imagé du fondateur de l’Opus Dei : les pieds sur terre et la tête dans le ciel.



[01]. Saint Augustin, Commentaire de l’Évangile selon saint Jean, 94, 4.

[02]. Saint Jean Paul II, Audience générale, 5 avril 1989, nos 2-3.

[03]. Saint Jean Paul II, Audience générale, 31 mai 1989, n° 1.

[04]. Pape François, Audience générale, 30 avril 2014.

[05]. Ibid.

[06]. Saint Josémaria, Chemin, n° 279.

[07]. Saint Josémaria, notes prises lors d’une réunion familial, 21 février 1971.




Méditation 12 mai : Bienheureux Álvaro del Portillo

- Confiance dans la grâce de Dieu

- Une loyauté humble et souriante au service des autres

- Le bienheureux Alvaro a été un bon pasteur


NOUS FÊTONS aujourd’hui la mémoire liturgique du bienheureux Álvaro del Portillo, fixée au jour anniversaire de sa première communion, qu’il a reçue à son école avec une centaine de ses camarades de classe. Bien après cet événement, le bienheureux se rappelait que pour s’y préparer comme il le fallait, il était allé se confesser et qu’« il est sorti du confessionnal avec une paix et une joie très grandes » [01]. Depuis ce jour-là, il a eu régulièrement recours au sacrement du pardon. Pareillement, après avoir reçu pour la première fois le Seigneur dans l’Eucharistie, il assistait plusieurs jours par semaine à la messe célébrée dans son école, Notre-Dame du Pilier.

La piété simple de cet enfant n’attirait pas l’attention dans l’ambiance de l’époque, mais il n’en reste pas moins qu’on est impressionné par l’amour vibrant que le bienheureux Álvaro a toujours nourri dans son cœur, un amour reconnaissant et grandissant pour les sacrements de la Confession et de l’Eucharistie. En 1983, par exemple, il confiait à un groupe de personnes : « Depuis 62 ou 63 ans je communie tous les jours et c’est toujours comme une caresse de Dieu » [02]. En septembre 1993, au cours d’une réunion de famille, il a répondu comme suit à une question portant sur les plus grandes joies de sa vie : « Ma plus grande joie, mon fils, est de recevoir la grâce de Dieu : chaque fois que le Seigneur me pardonne dans la confession, chaque fois qu’il vient à moi dans la communion » [03].

Malgré ses grandes qualités humaines, le bienheureux Álvaro « savait que la grâce de Dieu pouvait faire dans sa vie beaucoup plus que ce qu’il était capable d’imaginer » [04]. C’est pourquoi il répétait souvent une oraison jaculatoire qui traduit sa confiance dans le pouvoir de Dieu : « Merci, pardon et aide-moi davantage ». « Voilà des mots qui expriment la gratitude devant ce que nous ne méritons pas, une reconnaissance de sa propre faiblesse et la demande de la force nécessaire pour atteindre le plus grand des bonheurs, qui n’est autre que l’union à Dieu. Ce sont des mots qui comptent parmi les premiers que les mamans enseignent à leurs enfants tout petits. Demandons à Dieu ce cœur d’enfant qui sait qu’il ne peut rien sans l’aide de son père » [05].


LE 7 JUILLET 1935 fut un jour décisif dans la vie du bienheureux Álvaro. Ce jour-là, au terme de quelques heures de récollection spirituelle, il prit la décision de se donner à Dieu dans l’Opus Dei. C’est le début d’un chemin de fidélité : une « fidélité indiscutable, surtout, à Dieu dans l’accomplissement prompt et généreux de sa volonté ; fidélité à l’Église et au pape ; fidélité au sacerdoce ; fidélité à la vocation chrétienne à tout moment et dans toutes les circonstances de la vie » [06]. Dans les premiers temps, le Seigneur a récompensé la rapidité de sa réponse à la vocation en le comblant d’une joie débordante et d’un enthousiasme intérieur. Mais bientôt, en même temps qu’il grandissait spirituellement, cette joie est devenue plus réfléchie et profonde : l’enthousiasme sensible a laissé la place à la maturité et à une ferme assurance, fondée sur la confiance en Dieu. En peu de temps, il a acquis la trempe nécessaire pour être un soutien indispensable du fondateur de l’Œuvre et, plus tard, son premier successeur.

« Si vous me demandez : A-t-il déjà été héroïque ? a dit saint Josémaria en parlant du bienheureux Álvaro, je répondrai : oui, il a été héroïque plusieurs fois, plusieurs fois, avec un héroïsme qui semble ordinaire. Je voudrais que vous l’imitiez dans beaucoup de choses, mais surtout dans sa loyauté. Au cours de ces nombreuses années de vocation, il a eu de nombreuses occasions, humainement parlant, de se mettre en colère, de s’énerver, d’être déloyal ; et il a toujours eu un sourire et une fidélité incomparables » [07].

Le Seigneur attend de chacun de nous que nous soyons fidèles à l’Évangile, des femmes et des hommes de foi, apportant une vision surnaturelle à tous les domaines de l’existence humaine : la famille, l’amitié, le travail, les efforts communs pour mener de l’avant une initiative apostolique. Nous sommes appelés à cultiver une fidélité souriante fruit de l’humilité, la simplicité, la sérénité et la paix, comme les qualités qui remplissaient le cœur du bienheureux Álvaro et qu’il répandait, même à son insu, autour de lui.

En ce jour de fête, nous demandons à Dieu, par l’intercession du bienheureux Álvaro, d’infuser dans notre cœur « les dispositions qui sont dans le Christ Jésus » (Ph 2, 5). Ainsi, notre fidélité se reflétera dans notre attitude, toujours accueillante et compréhensive, dans un service des autres qui, entre autres choses, nous amènera à partager les dons que nous avons reçus du Seigneur avec beaucoup de personnes.


LE 15 SEPTEMBRE 1975, le bienheureux Álvaro a été désigné comme successeur de saint Josémaria. Le 28 novembre 1982, le pape Jean Paul II a érigé l’Opus Dei en prélature personnelle et l’a nommé prélat. En 1991, il lui a conféré l’ordination épiscopale. Pendant les presque vingt ans qu’il est resté à la tête de l’Œuvre, le bienheureux Álvaro a été un « serviteur fidèle et sensé » (Lc 12, 42), pleinement investi dans la mission que Dieu lui avait confiée, en pratiquant les vertus du bon pasteur. « Il a toujours cherché à guider les âmes vers la vie éternelle, en montrant, également à travers sa lutte spirituelle et humaine pour marcher avec le Maître, le chemin qui mène à la sainteté, en pensant non seulement aux fidèles de la prélature, mais aussi à tant de personnes qui lui demandaient des conseils ou des mots d’encouragement pour leur vie spirituelle ou pour la communauté à laquelle ils appartenaient. À tous, le bienheureux Álvaro a offert sa prière et sa sagesse humaine et spirituelle, en pensant au bien des âmes et de l'Église […] Combien il a prié, demandant à notre Seigneur la lumière pour savoir comment guider son propre troupeau et les personnes qui venaient à lui ! » [08]

Au moment de sa béatification, le pape François a envoyé une lettre au prélat de l’Opus Dieu, dont nous pouvons citer les lignes suivantes : «Son amour pour l’Église, l’épouse du Christ, qu’il a servie avec un cœur dépourvu d’intérêts mondains, loin de la discorde, accueillant tout le monde et cherchant toujours ce qui est positif chez les autres, ce qui unit, ce qui construit, est particulièrement remarquable. Il ne se plaignait jamais et ne critiquait pas, même dans les moments particulièrement difficiles, mais, comme il l’avait appris de saint Josémaria, il répondait toujours par la prière, le pardon, la compréhension et une charité sincère» [09].

Nous pouvons demander à notre Mère du ciel de nous obtenir auprès du Seigneur un amour chaque jour plus intense pour les âmes, pour l’Église et pour le pape. Le désir de faire grandir toujours plus cet amour était profondément enraciné dans le cœur du bienheureux Álvaro. Lors d’un pèlerinage au sanctuaire de Fatima, il priait ainsi : « Je sais que vous nous entendez toujours, mais nous sommes quand même venus de Rome pour vous dire ce que vous savez déjà : que nous vous aimons, mais que nous voulons vous aimer davantage. Aidez-nous à servir l’Église comme elle veut être servie : de tout notre cœur, avec un dévouement absolu, avec loyauté et fidélité » [10].



[01]. Javier Medina, Álvaro del Portillo, un homme fidèle, Le Laurier, Paris, 2014.

[02]. Ibid.

[03]. Bienheureux Álvaro, notes prises lors d’une réunion de famille, 15 septembre 1993.

[04]. Mgr Fernando Ocariz, Homélie, 11 mai 2019.

[05]. Ibid.

[06]. Congrégation pour les Causes des Saints, Décret portant déclaration sur les vertus héroïques du serviteur de Dieu Álvaro del Portillo, 28 juin 2012.

[07]. Saint Josémaria, notes prises lors d’une réunion de famille, 11 mars 1973.

[08]. Xavier Echevarría, Homélie, 13 mai 2016.

[09]. Pape François, Lettre au Prélat de l’Opus Dei à l’occasion de la béatification de Álvaro del Portillo, 16 juin 2014.

[10]. Bienheureux Álvaro, prière devant Notre-Dame de Fatima, 25 janvier 1989.




Méditation : Ascension du Seigneur

- Jésus envoie ses disciples en mission et il nous envoie nous aussi

- Il retourne au ciel mais il ne nous abandonne pas

- Le Christ nous précède, comme "capitaine"


QUARANTE JOURS après le Jour de Pâques, l’Église célèbre l’Ascension de Jésus. La Préface de la messe nous rappelle que « le Seigneur Jésus, vainqueur du péché et de la mort, est aujourd’hui ce Roi de gloire devant qui s’émerveillent les anges : il s’élève au plus haut des cieux, pour être le Juge du monde et le Seigneur des seigneurs » [01]. Saint Marc rapporte que, avant de monter au ciel, Jésus a confirmé la mission apostolique de ses disciples : « Allez dans le monde entier. Proclamez l’Évangile à toute la création » (Mc 16, 15). Voilà une tâche ambitieuse. Car il ne s’agit pas d’évangéliser le seul peuple d’Israël, ou l’empire romain, mais le monde entier, toute la création. « Cette tâche que Jésus confie à un petit groupe d’hommes simples et sans grandes compétences intellectuelles semble vraiment trop audacieuse ! Pourtant, cette petite compagnie, sans importance face aux grandes puissances du monde, est envoyée pour apporter le message d’amour et de miséricorde de Jésus aux quatre coins de la terre » [02].

Compte tenu de tout ce qu’ils avaient vécu pendant les quarante jours qui ont suivi la Résurrection de Jésus, les disciples ont répondu à son mandat missionnaire avec une foi agissante. « Quant à eux, ils s’en allèrent proclamer partout l’Évangile. Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient » (Mc 16, 20). La mission apostolique n’est pas une tâche réservée aux premiers disciples, car nous aussi nous sommes concernés par cette tâche divine. C’est pourquoi le jour où Jésus est monté au ciel nous semble si proche. « L’apostolat est comme la respiration du chrétien : un enfant de Dieu ne peut vivre sans ce frémissement de l’âme. La fête d’aujourd’hui nous rappelle que le zèle pour les âmes est un commandement amoureux du Seigneur qui, en montant dans sa gloire, nous envoie répandre son témoignage dans le monde entier. Notre responsabilité est grande : car être témoin du Christ suppose, avant tout, d’essayer de vivre selon sa doctrine, de lutter pour que notre conduite rappelle Jésus, évoque sa figure très aimable. Nous devons nous conduire de telle manière que les autres puissent dire en nous voyant : celui-ci est chrétien, parce qu’il n’a pas de haine, parce qu’il sait comprendre, parce qu’il n’est pas fanatique, parce qu’il domine ses instincts, parce qu’il se sacrifie, parce qu’il manifeste des sentiments de paix, et parce qu’il aime » [03].


SAINT LUC écrit que, peu avant de monter au ciel, Jésus « les emmena au dehors, jusque vers Béthanie ; et, levant les mains, il les bénit » (Lc 24, 50). Dans une certaine mesure, depuis ce jour-là « ses mains sont étendues sur ce monde. En nous bénissant, les mains du Christ sont comme un toit qui nous protège […]. En partant, il vient nous élever au-dessus de nous-mêmes et ouvrir le monde à Dieu. C’est pourquoi les disciples ont pu se réjouir lorsqu’ils sont rentrés de Béthanie. Par la foi, nous savons que Jésus, bénissant, étend ses mains sur nous. Telle est la raison permanente de la joie chrétienne » [04]. La liturgie des heures médite aujourd’hui quelques mots de saint Augustin concernant ce mystère : « Lui ne s’est pas éloigné du ciel lorsqu’il en est descendu pour venir vers nous ; et il ne s’est pas éloigné de nous lorsqu’il est monté pour revenir au ciel […]. Il est descendu du ciel par miséricorde, et lui seul y est monté, mais par la grâce nous aussi sommes montés en sa personne » [05].

Saint Marc, quant à lui, conclut son Évangile en disant que « le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et s’assit à la droite de Dieu » (Mc 16, 19). La scène est facile à imaginer si nous suivons ce que saint Josémaria a écrit : « Il est juste que la sainte Humanité du Christ reçoive l’hommage, la louange et l’adoration de toutes les hiérarchies des Anges et de toutes les légions des bienheureux dans la Gloire » [06].

Jésus monte au ciel mais sans nous abandonner pour autant. « Puisque Jésus est proche du Père, il n’est pas loin mais proche de nous. Maintenant, il n’est plus en un seul endroit du monde, comme avant l’Ascension ; par sa puissance, il dépasse tout espace, […] il est présent aux côtés de tous, et chacun peut l’évoquer, en tout lieu et tout au long de l’histoire » [07]. Jésus demeure avec nous : l’Esprit Saint habite dans notre âme en état de grâce et le Seigneur nous accompagne, y compris physiquement, dans l’Eucharistie. « Il nous est possible d’entrer dans l’intimité de Jésus, corps et âme. Le Christ nous a clairement montré le chemin : le Pain et la Parole ; nous nourrir de l’Eucharistie, connaître et accomplir ce qu’il est venu nous apprendre, et en même temps parler avec lui dans la prière » [08].


« ET COMME ils fixaient encore le ciel où Jésus s’en allait, voici que, devant eux, se tenaient deux hommes en vêtements blancs, qui leur dirent : “Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Ce Jésus qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel” » (Ac 1, 10-11). La solennité de l’Ascension rallume en nous l’espérance de partager la gloire dont Jésus jouit, à laquelle nous sommes appelés en tant que membres de son corps. « Il ne s’évade pas de notre condition humaine : mais en entrant le premier dans le Royaume, il donne aux membres de son corps l’espérance de le rejoindre un jour » [09].

« Cet “exode” vers la patrie céleste, que Jésus a vécu personnellement, il l’a entièrement affronté pour nous. C’est pour nous qu’il est descendu du ciel et c’est pour nous qu’il y est monté, après s’être fait en tout semblable aux hommes, humilié jusqu’à la mort sur la croix, et après avoir touché le fond de l’abîme du plus grand éloignement de Dieu. C’est justement pour cela que le Père s’est complu en lui et l’a “exalté” (Ph 2, 9), en lui restituant la plénitude de sa gloire, mais cette fois avec notre humanité. Dieu dans l’homme – l’homme en Dieu : c’est désormais une vérité non théorique mais réelle. C’est pourquoi l’espérance chrétienne, fondée dans le Christ, n’est pas une illusion, mais, comme le dit la lettre aux Hébreux, “en elle, nous avons comme une ancre de notre âme” (He 6, 19), une ancre qui pénètre dans le Ciel où le Christ nous a précédés » [10].

Le Seigneur nous attend au ciel et nous envoie l’Esprit Saint, ses dons et ses fruits, pour que nous aussi nous arrivions à franchir la ligne d’arrivée. « Après que le Seigneur fut monté au Ciel, les disciples se réunirent en prière au Cénacle, avec la Mère de Jésus (cf. Ac 1, 14), en invoquant ensemble l’Esprit Saint, qui allait les revêtir de puissance pour le témoignage qu’ils devaient rendre du Christ ressuscité (cf. Lc 24, 49 ; Ac 1, 8). Chaque communauté chrétienne, unie à la Très Sainte Vierge, revit ces jours-ci cette expérience spirituelle singulière en préparation à la solennité de la Pentecôte » [11].



[01]. Missel Romain, Préface de l’Ascension I.

[02]. Pape François, Regina Cœli, 13 mai 2018.

[03]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 122.

[04]. Benoît XVI-Joseph Ratzinger, Jésus de Nazareth.

[05]. Saint Augustin, Sermon sur l’Ascension.

[06]. Saint Josémaria, Saint Rosaire, IIe mystère glorieux.

[07]. Benoît XVI-Joseph Ratzinger, Jésus de Nazareth.

[08]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 118.

[09]. Missel Romain, Préface de l’Ascension I.

[10]. Benoît XVI, Angélus, 4 mai 2008.

[11]. Benoît XVI, Angélus, 8 mai 2005.




Méditation 14 mai : Saint Matthias, apôtre

- Toute vocation est un don gratuit

- Saint Matthias connaissait la vie de Jésus

- Dans son plan de salut, Dieu compte sur tout le monde.


LES ACTES des apôtres nous apprennent que, dans les jours qui ont suivi la résurrection du Seigneur, saint Pierre s’est réuni avec les disciples pour choisir celui qui devait remplacer Judas (cf. Ac 1, 15-26). Ils étaient environ cent-vingt. Peut-être le noyau de ceux qui étaient restés avec le Seigneur après son discours du Pain de vie, y compris les soixante-douze qu’il avait envoyés auparavant prêcher. Ce qui surprend c’est la voie par laquelle Matthias a été appelé à devenir l’un des Douze. Après une prière pour demander à Dieu la grâce de faire sa volonté, ils tirent au sort parmi deux candidats et c’est ainsi qu’un nouvel apôtre naît.

Suivre de près le Seigneur, comme les apôtres l’ont fait, nous fait penser à un coup de chance, comme on dit. Nous pouvons donc nous demander : Pourquoi ai-je été choisi, moi, alors que beaucoup de gens aurait pu faire ce travail ? Cela dit, notre attitude devant les dons divins consiste à nous en émerveiller et à penser à notre chance. Le Seigneur agit d’une façon inhabituelle, si nous ne tenons compte que de nos paramètres. Matthias était bien disposé et connaissait le Seigneur depuis longtemps, mais qui pourrait affirmer que, jusqu’à ce moment, il avait envisagé cette possibilité ? Compte tenu du besoin de nouveaux apôtres et grâce à la prière et à un sort tout divin, il découvre que Jésus-Christ a une mission concrète pour lui. Au fond de son cœur, Mattias a écouté d’une certaine manière la voix de Dieu.

« Si vous me demandez comment on ressent l’appel divin, comment on en prend conscience, disait saint Josémaria, je vous dirai que c’est une nouvelle vision de la vie. C’est comme si une lumière s’allumait en nous ; c’est une impulsion mystérieuse qui pousse l’homme à consacrer ses énergies les plus nobles à une activité qui, avec la pratique, finit par prendre la forme d’une profession. Cette force vitale, qui a quelque chose d’une avalanche irrésistible, est ce que d’autres appellent la vocation. La vocation nous conduit - sans nous en rendre compte - à prendre une position dans la vie, que nous maintiendrons avec enthousiasme et joie, pleins d’espoir, même au moment de la mort. C’est un phénomène qui donne au travail le sens d’une mission, qui ennoblit et donne de la valeur à notre existence. Jésus entre par un acte d’autorité dans notre âme, dans la vôtre, dans la mienne : voilà l’appel » [01]. C’est ce que saint Matthias a probablement ressenti ce jour-là.


« NOUS AVONS reçu ce don comme notre destinée : l’amitié avec le Seigneur. Telle est notre vocation : vivre en amis du Seigneur, comme les apôtres. Tous les chrétiens ont reçu ce don : l’ouverture, l’accès au cœur de Jésus, à l’amitié de Jésus. Nous avons reçu par chance le don de son amitié. Notre destin est d’être ses amis. C’est un cadeau que le Seigneur protège toujours » [02]. Or, pour être les amis de Jésus nous avons besoin de le connaître. Au moment du choix d’un nouvel apôtre, la seule condition à laquelle il devait satisfaire était celle de connaître de près la vie du Christ, « depuis le commencement, lors du baptême donné par Jean, jusqu’au jour où il fut enlevé d’auprès de nous » (Ac 1, 22).

« Je ne peux résister au désir de vous confier quelque chose, disait saint Josémaria, qui est pour moi à la fois une peine et un stimulant : la pensée qu’il y a encore tant d’hommes qui ne connaissent pas le Christ, qui n’ont même pas l’avant-goût de ce bonheur intime qui nous attend au ciel, et qui cheminent sur terre comme des aveugles à la recherche d’une joie dont ils ignorent le vrai nom, ou bien égarés sur des voies qui les éloignent de plus en plus du vrai bonheur » [03]. Tout bonheur dans ce monde n’est qu’une étincelle orientée vers le Christ. Ce n’est qu’en lui que nos inquiétudes s’apaisent. Ce n’est que dans son amitié, faite de mots et de moments partagés, que nous trouvons une paix qui ne nous quitte plus. C’est pourquoi nous souhaitons le connaître de mieux en mieux, dans les évangiles, dans l’Eucharistie, dans la prière personnelle et chez les gens qui nous entourent.

Pour nous, qui n’avons pas vécu à l’époque où Jésus foulait notre terre, l’exemple de saint Paul peut être utile, lui qui n’a pas non plus connu le Christ sous cet aspect. « Saint Paul ne pense pas à Jésus en tant qu’historien, comme à une personne du passé. Il connaît assurément la grande tradition sur la vie, les paroles, la mort et la résurrection de Jésus, mais il ne traite pas de tout cela comme d’une chose du passé ; il le propose comme réalité du Jésus vivant. Pour Paul, les paroles et les actions de Jésus n’appartiennent pas au temps historique, au passé. Jésus vit maintenant et parle maintenant avec nous et vit pour nous. Telle est la vraie manière de connaître Jésus » [04]. Dans notre effort pour connaître le Christ avec la plus grande profondeur possible, nous pouvons avoir recours à l’intercession de l’apôtre Matthias. Il pourra nous aider à ce que les actes et les paroles du Seigneur qu’il a connu, depuis son baptême par Jean jusqu’à sa résurrection, deviennent une réalité vivante pour nous aussi.


UN AUTRE FAIT attire l’attention dans le passage de la vocation de Matthias, un aspect qui va se prolonger tout au long de l’histoire. Le fait que « la première vocation a eu lieu lorsque l’Église était rassemblée et en prière. Lorsque l’Église reste unie et qu’elle prie, elle n’a pas à se soucier beaucoup de la propagande, car elle peut être sûre de la réponse du Seigneur » [05]. Voilà qui nous apaise. C’est le Seigneur qui a institué l’Église et c’est lui qui la fait aller de l’avant ; rien ni personne ne pourra quoi que ce soit contre elle. Elle continuera d’appeler de nouveaux apôtres, dans toutes les circonstances imaginables, parmi des jeunes et des personnes âgées, des hommes et des femmes. Demeurer unis dans la prière et dans l’affection fraternelle consiste, en définitive, à être attentifs à Dieu et à avoir pleinement confiance en sa miséricorde. Il y aura toujours des gens prêts à suivre le Christ et à demeurer avec lui pour être les témoins de la paix et de la joie qui jaillissent de la Résurrection.

La joie qui a accompagné le choix du nouvel apôtre a été énorme : dans l’assemblée tout entière et dans le cœur de Matthias. Cependant, Joseph appelé Barsabbas, l’autre disciple concerné par le tirage au sort, est resté pour ainsi dire aux portes de cette prédilection, tout comme le reste des cent-vingt qui s’étaient rassemblés (cf. Ac 1, 23-26). Joseph était un disciple fidèle et le fait qu’il n’ait pas été appelé à faire partie des Douze ne signifie pas qu’il possédait moins de qualités ou qu’il était un mauvais chrétien. Dieu appelle qui il veut et chacun a son propre chemin vers le bonheur, tracé par Dieu. C’est pourquoi l’homme doit s’en remettre entre ses mains. Aussi bien Matthias que Joseph ont de la chance parce qu’ils ont fondé leur vie sur l’assurance que le Seigneur reste toujours à leur côté. Or, répondre oui aux inspirations de Dieu, les accueillir avec reconnaissance, voilà une source de paix. Ce qui compte, c’est la sainteté de chacun dans ses propres circonstances et selon sa personnalité, là où il se trouve.

Matthias, comme avant lui les autres apôtres, a mis aussitôt la main à la pâte. « Pourquoi aussitôt ? Parce qu’ils étaient attirés. Ils n’étaient pas rapides et volontaires parce qu’ils avaient reçu un ordre, mais parce qu’ils avaient été attirés par l’amour. Les bons engagements ne suffisent pas pour suivre Jésus, mais il est nécessaire d’écouter son appel chaque jour. Seul celui qui nous connaît et nous aime jusqu’au bout peut nous faire nous aventurer dans la mer de la vie » [06]. La mer immense du monde prévoit que les chrétiens, accompagnés par la Vierge Marie, Stella Maris, étoile de la mer, vont sillonner ses eaux pour apporter à tout le monde la joie du Christ.



[01]. Saint Josémaria, Lettres 3, n° 9.

[02]. Pape François, Homélie, 14 mai 2018.

[03]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 163.

[04]. Benoît XVI, Audience générale, 8 octobre 2008.

[05]. Benoît XVI, Homélie lors d’une première messe, 1973, dans « Enseigner et apprendre l’amour de Dieu ».

[06]. Pape François, Homélie pour le dimanche de la Parole de Dieu, 26 janvier 2020.




Méditation : Samedi de la 6ème semaine de Pâques

- Le don de piété

- La prière de demande exprime notre confiance en Dieu

- La piété nous permet d'être doux de cœur


DANS UN CLIMAT de grande intimité, Jésus dit aux apôtres : « Le Père lui-même vous aime, parce que vous m’avez aimé et vous avez cru que c’est de Dieu que je suis sorti. Je suis sorti du Père, et je suis venu dans le monde ; maintenant, je quitte le monde, et je pars vers le Père. » (Jn 16, 27-28). Faisant preuve d’une profonde tendresse, Jésus leur répète une fois après l’autre que Dieu le Père les aime d’un amour semblable au sien. Cet entretien est imprégné d’émotion, alors qu’il leur découvre les trésors cachés de son cœur divin. L’affection du Christ est à ce point profonde, « il les aima jusqu’au bout » (Jn 13, 1) dit saint Jean, qu’il a de la peine à l’idée de les laisser seuls, sans la chaleur de sa présence.

« Le Père lui-même vous aime ». La confiance dans l’amour de Dieu le Père grandit chez le chrétien grâce au don de piété, que l’Esprit Saint nous accorde lorsqu’il habite dans notre âme. C’est un don qui perfectionne la vertu de piété, « vertu qui a sa source et son fondement dans la filiation divine, car elle en naît dans la conscience de celui qui vit et goûte sa condition d’enfant de Dieu » [01]. « C’est pourquoi le don de piété suscite en nous tout d’abord la gratitude et la louange. Tels sont en effet le motif et le sens le plus authentique de notre culte et de notre adoration. Quand le Saint-Esprit nous fait percevoir la présence du Seigneur et de tout son amour pour nous, il réchauffe notre cœur et nous incite presque naturellement à la prière et à la célébration » [02].

Nous savourons alors notre identité d’enfants bien-aimés. La piété sème dans le cœur une tendresse filiale qui nous incite à chercher le dialogue avec Dieu. La piété, dit saint Josémaria, « imprègne toutes les pensées, tous les désirs, tous les élans du cœur » [03]. Elle se traduit par la confiance joyeuse que l’amour du Père ne nous manquera jamais. Par ce don, «l’Esprit guérit notre cœur de toute dureté et l’ouvre à la tendresse envers Dieu et envers nos frères et sœurs » [04].


« AMEN, amen, je vous le dis : ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donnera. Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom ; demandez, et vous recevrez : ainsi votre joie sera parfaite » (Jn 16, 23-24). Jésus nous encourage à avoir une telle confiance en Dieu que nous pouvons lui demander quoi que ce soit avec l’assurance d’être exaucés. Beaucoup demander, c’est une manifestation de la vertu de piété. À première vue, cela semble une manifestation d’égoïsme, mais c’est juste le contraire, car la prière personnelle traduit un abandon total à la volonté toute-puissante de Dieu. Nous sachant des enfants démunis, comme il semble logique que nous nous tournions vers Dieu et que nous ayons recours à lui pour obtenir, grâce, soutien et pardon !

« Demander, supplier. Cela est très humain. […] La prière de demande va de pair avec l’acceptation de notre limite et de notre condition de créature. On peut aussi ne pas arriver à croire en Dieu, mais il est difficile de ne pas croire dans la prière : celle-ci existe simplement ; elle se présente à nous comme un cri ; et nous avons tous affaire avec cette voix intérieure qui peut peut-être se taire pendant longtemps, mais qui un jour se réveille et crie. Frères et sœurs, nous savons que Dieu répondra. Il n’y a pas d’orant dans le Livre des Psaumes qui élève sa lamentation et qui ne soit pas écouté. Dieu répond toujours : aujourd’hui, demain, mais il répond toujours, d’une manière ou d’une autre. Il répond toujours. La Bible le répète un nombre infini de fois : Dieu écoute le cri de celui qui l’invoque. Même nos demandes balbutiantes, celles qui sont restées au fond de notre cœur, que nous avons honte d’exprimer, le Père les écoute et il veut nous donner son Esprit Saint, qui anime chaque prière et transforme chaque chose » [05].

C’est ainsi que le don de piété donne fraîcheur et naturel à notre prière qui, tout en étant un entretien empreint de simplicité, prend un ton confiant qui nous amène « à traiter Dieu avec tendresse » [06]. L’Esprit Saint suscite en nous une prière riche de tonalités, comme la vie elle-même. Tantôt nous nous plaindrons auprès du Père : « Pourquoi détourner ta face ? » (Ps 43, 25), tantôt nous lui parlerons de nos désirs de sainteté : « Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube : mon âme a soif de toi ; après toi languit ma chair, terre aride, altérée, sans eau » (Ps 62, 2). Ou encore du désir d’une union plus profonde avec lui : « Qui donc est pour moi dans le ciel si je n’ai, même avec toi, aucune joie sur la terre ? » (Ps 72, 25). Et, dans tous les cas, nous aurons confiance en sa miséricorde : « C’est toi que j’espère tout le jour en raison de ta bonté, Seigneur » (Ps 24, 5).


LA VRAIE PIÉTÉ a une influence dans nos relations avec les autres. Les gens qui nous entourent sont des enfants du même Père, ce sont nos frères et sœurs. La tendresse envers Dieu le Père s’exprime aussi en tendresse envers les autres. Dans la vie quotidienne, parsemée de nombreuses relations, « la tendresse, en tant qu’ouverture authentiquement fraternelle au prochain, se manifeste par la douceur » [07]. L’Esprit Saint élargit notre cœur, le rendant capable d’aimer les autres librement et gratuitement. En quelque sorte, notre cœur reçoit la récompense imméritée de la douceur du cœur du Christ.

La piété incite à traiter avec amabilité et sollicitude celui qui est près de nous. En plus, « elle éteint dans le cœur les foyers de tension et de division, tels que l’amertume, la colère, l’impatience et y nourrit des sentiments de compréhension de tolérance et de pardon » [08]. La piété nous permet d’être paisibles, accueillants et patients. Étant en paix avec Dieu, nous sommes capables de répandre notre paix sur les autres. Nous apprenons à réagir sans violence, comme le Christ, lorsque nous sommes dans des situations difficiles, sous pression, grâce précisément à la piété. « La douceur est caractéristique de Jésus, qui dit de lui-même : “Mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur” (Mt 11, 29). Les doux ce sont ceux qui savent se dominer, qui laissent de la place à l’autre, qui l’écoutent et le respectent dans son mode de vie, dans ses besoins et dans ses requêtes. Ils n’ont pas l’intention de l’écraser ou de le rabaisser, ils ne veulent pas tout surveiller et tout dominer, ni imposer leurs idées et leurs intérêts au détriment des autres […] Nous avons besoin de douceur pour avancer sur le chemin de la sainteté. Écouter, respecter, ne pas rabaisser, ne pas agresser » [09].

« Demandons au Seigneur que le don de son Esprit puisse vaincre notre crainte, nos incertitudes, également notre esprit inquiet, impatient, et qu’il puisse faire de nous des témoins joyeux de Dieu et de son amour, en adorant le Seigneur en vérité et également au service de notre prochain avec douceur et avec le sourire que le Saint-Esprit nous donne toujours dans la joie » [10]. Nous confions cette intention à la Vierge Marie, demeure toute consacrée à Dieu, en reprenant les mots du Salve : « Ô, clémente, ô, bienveillante, ô douce Vierge Marie ! »



[01]. Dictionnaire Saint Josémaria, mot « Piété ».

[02]. Pape François, Audience générale, 4 juin 2014.

[03]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 146.

[04]. Saint Jean Paul II, Angélus, 28 mai 1989.

[05]. Pape François, Audience générale, 9 décembre 2020.

[06]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 167.

[07]. Saint Jean Paul II, Angélus, 28 mai 1989.

[08]. Ibid.

[09]. Pape François, Angélus,1er novembre 2020.

[10]. Pape François, Audience générale, 4 juin 2014.




Méditation : 7ème Dimanche de Pâques

- Les dernières solennités liées au cycle pascal

- Le Seigneur envoie tous les chrétiens en mission

- Les moyens pour mener à bien la mission confiée


LA LITURGIE de ce 7ème dimanche après Pâques reprend une nouvelle fois l’Évangile selon saint Jean, concrètement le grand discours que le Seigneur a prononcé au cours de la Dernière Cène. Et, dans ce discours, la partie connue comme la « grande prière sacerdotale » qu’il adresse à son Père. L’Église entend ainsi nous préparer aux dernières fêtes du cycle pascal. D’abord, l’Ascension que nous avons célébrée jeudi dernier ; maintenant, la Pentecôte, la descente du Saint Esprit. Sans oublier les autres fêtes qui vont intervenir alors que le temps ordinaire aura pris la suite du temps pascal, à partir du lundi après la Pentecôte. À ce propos, n’oublions pas que le pape François a institué pour ce lundi la mémoire de la Vierge Marie, Mère de l’Église.

Pour mémoire, quelles fêtes vont suivre la grande solennité de la Pentecôte ? Pour y répondre, on serait tenté de dire « excusez du peu », car il va s’agir bel et bien de la Très Sainte Trinité, le dimanche 30 ; ensuite, de la Fête-Dieu, le dimanche 6 juin, du Sacré Cœur de Jésus, le vendredi 11 et du Cœur immaculé de Marie, le samedi 12. Bref, les mystères les plus extraordinaires que l’esprit humain puisse contempler. Le Seigneur entend nous y introduire, par ses conseils, mais surtout par sa propre prière, cette prière sacerdotale qu’en tant qu’homme il a adressée à son Père. Le Verbe, la Parole du Père, s’est fait chair, c’est-à-dire parole humaine, pour nous faire connaître le Père et l’Esprit Saint.

Par la même occasion, le Seigneur nous a indiqué en quoi consiste la mission qu’il nous confie, à titre de ses disciples. Il nous dit, en substance, que la mission de tout chrétien est une participation à la mission des Trois Personnes divines. Le Père envoie le Fils dans le monde ; et, après l’Ascension, le Père et le Fils envoient le Saint-Esprit. Ce qui signifie que, nous autres chrétiens nous sommes personnellement associés aux œuvres divines en faveur des hommes, pour l’essentiel, la Création, la Rédemption et la Sanctification. Soyons-en bien conscients, ayant de plus l’assurance que les trois Personnes divines nous assisteront toujours dans l’accomplissement de cette mission.


C’EST CE QUE le Seigneur nous dit dans l’Évangile de la messe d’aujourd’hui. « De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde » (Jn 17, 18). En clair, nous sommes invités à partager le zèle rédempteur de notre Seigneur. C’est-à-dire que nous devons toujours avoir présente à l’esprit notre mission d’apôtres. Bien sûr, la tâche n’est pas facile, car le monde ne va pas bien, puisqu’il s’éloigne de Dieu, peut-être sans en être vraiment conscient, surtout conscient des conséquences pratiques qui découlent de cet éloignement, involontaire peut-être mais combien réel.

Or, pour nous protéger des dangers qui nous guettent, le Seigneur n’entend pas nous retirer du monde. « Je ne prie pas pour que tu les retires du monde, mais pour que tu les gardes du Mauvais » (Jn 17, 15). Il nous y envoie, tout en nous protégeant du Mauvais, concrètement de ce qu’on appelle l’esprit mondain, une vision trop terre-à-terre de notre vie et de ses finalités. En effet, nous voyons que le monde actuel privilégie, sans doute un peu trop, des réalités qui ne sont pas à la hauteur de notre dignité humaine, moins encore de notre dignité d’enfants de Dieu. En effet, n’entendons-nous pas parler souvent d’hédonisme, de matérialisme, d’esprit de consommation, etc. ? Et, surtout, ne voyons-nous pas ces finalités s’imposer un peu partout, dans les médias ou les mœurs de nos concitoyens et, qui plus est, ne les voyons-nous pas exaltées, comme si elles étaient une expression incontestable du véritable progrès ?

Nous autres chrétiens nous devons penser aux priorités apostoliques que le saint-père a signalées à de multiples reprises. En particulier à la famille, à laquelle il a voulu dédier l’année actuelle qui est aussi, ne l’oublions pas, une année Saint Joseph. En ce qui concerne l’année dédiée à la famille, nous savons qu’elle a débuté le 19 mars, précisément le jour de la solennité de saint Joseph et 5 ème anniversaire de l’exhortation apostolique du pape François “Amoris Laetitia”, et qu’elle se conclura le 6 juin 2022, lors de la Xe Rencontre Mondiale des Familles à Rome. Or, si la famille en général doit être une priorité pour tous pendant les mois qui viennent, notre famille personnelle encore plus, de toute évidence. Que chacun de nous fasse un effort pour renouer ou renforcer des liens qui se sont peut-être brisés ou, tout au moins, un peu distendus, quelle qu’en soit la raison.


NOUS NE MANQUONS PAS de moyens ni de possibilités concrètes pour accomplir notre mission, surtout le dernier aspect évoqué, la famille. Tâchons d’y réfléchir aujourd’hui, en ce 7 ème dimanche, mais aussi pendant les semaines qui viennent, y compris pendant les grandes vacances qui approchent, à la faveur du recul qu’elles nous apportent toujours. Il va sans dire que, pour ce faire, une des conditions indispensables est de prendre soin de notre prière personnelle, surtout si nous voulons sentir en nous la force de l’Esprit Saint. Voyons dans nos moments de prière la manière dont nous pouvons nous associer encore plus et mieux aux initiatives en cours. Sachant pertinemment que l’Esprit Saint ne sera pas insensible à notre désir d’accomplir notre mission. Il nous accordera les grâces dont nous avons besoin.

Et si nos forces défaillent, ce qui n’a en soi rien d’extraordinaire, allons sans hésitation nous revigorer auprès de notre Seigneur, surtout dans l’Eucharistie. Ainsi la messe sera au cœur de notre vie, comme source et sommet de notre vie chrétienne, selon les images proposées par le Concile Vatican II. Elle sera notre vraie force, si bien que tout deviendra possible, à commencer par notre fidélité chrétienne, notre combat contre nos péchés et nos défauts, mais aussi nos projets apostoliques les plus ambitieux, nos initiatives pour une renaissance effective et universelle des valeurs familiales.

Puisse la sainte messe, célébrée ce 7ème dimanche du temps pascal, nous apporter de nouvelles énergies spirituelles, un nouveau zèle pour accomplir notre mission. Puissions-nous répondre comme il le faut aux attentes de Dieu le Père, qui sont les attentes de Jésus-Christ notre Seigneur. Nous y arriverons si nous ne nous écartons pas ne serait-ce que l’espace d’un moment de notre Mère, la Vierge Marie. N’hésitons donc pas à l’invoquer souvent comme Mère, comme notre Mère, mais aussi comme Mère de l’Église, dans l’esprit de la mémoire du lundi après la Pentecôte.