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16e dimanche du temps ordinaire A
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 13,24-43
Jésus proposa cette parabole à la foule : "Le Royaume des cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ."
Homélie
Soyons le blé, non l’ivraie
Homélie de Grégoire Palamas († 1359)
Homélie 27 ; PG 151, 345-348.352-353.
Le Royaume des cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ. Or, pendant que les gens dormaient, son ennemi survint ; il sema de l’ivraie au milieu du blé et s’en alla.
Et le Seigneur ajoute : L’ivraie, ce sont les fils du Mauvais. Puisqu’ils accomplissent les mêmes œuvres que lui, ils portent, en effet, son empreinte et demeurent ses rejetons et ses fils adoptifs.Et le temps fixé pour la moisson, c’est la fin de ce monde. Car, cette moisson qui a commencé il y a bien longtemps et s’effectue aujourd’hui encore par la mort, parviendra alors à son total achèvement. Et les moissonneurs, ce sont les anges. Ceux-ci, en effet, sont les serviteurs du Roi des cieux, et ils le seront surtout à cette heure-là. De même, dit Jésus, qu’on enlève l’ivraie pour la jeter au feu, ainsi en sera-t-il à la fin de ce monde. Le Fils de l’homme, qui est aussi le Fils du Père, du Très-Haut, enverra donc ses anges et ils enlèveront de son Royaume tous ceux qui font tomber les autres.
Ainsi, les serviteurs du Seigneur, autrement dit les anges de Dieu, s’aperçurent qu’il y avait de l’ivraie dans le champ, c’est-à-dire que les impies et les méchants étaient mêlés aux bons et vivaient avec eux, même dans l’Église du Christ. Ils dirent au Seigneur : Veux-tu que nous allions enlever l’ivraie ?, en d’autres termes : "que nous étions ces gens de la terre en les faisant mourir" ? Mais le Christ leur répondit : Non, de peur qu’en enlevant l’ivraie, vous n’arrachiez le blé en même temps.
Si les anges avaient ainsi enlevé l’ivraie, s’ils avaient frappé à mort les méchants pour les séparer des justes, comment auraient-ils donc pu déraciner aussi le blé, c’est-à-dire les bons ? Beaucoup d’impies et de pécheurs, vivant avec les gens pieux et les justes, en arrivent avec le temps à se repentir et à se convertir ; ils se mettent à l’école de la piété et de la vertu, et cessent d’être de l’ivraie pour devenir du blé. Ainsi les anges risquaient-ils, s’ils saisissaient de force ces hommes avant qu’ils pussent se repentir, de déraciner le blé en enlevant l’ivraie. De plus il s’est trouvé souvent des hommes de bonne volonté parmi les enfants et les descendants des méchants. Voilà pourquoi Celui qui connaît toutes choses avant qu’elles ne soient n’a pas permis d’arracher l’ivraie avant le temps fixé. Au temps de la moisson, a-t-il dit, je dirai aux moissonneurs : Enlevez d’abord l’ivraie, liez-la en bottes pour la brûler ; quant au blé, rentrez-le dans mon grenier.
Aussi celui qui veut être sauvé du châtiment sans fin, et veut hériter du Royaume éternel de Dieu, ne doit-il pas être l’ivraie <>, mais le blé. Qu’il s’abstienne de toute parole vaine ou méchante, qu’il exerce les vertus contraires à ces vices et produise les fruits de la pénitence ! C’est ainsi, en effet, qu’il deviendra digne du grenier céleste, qu’il sera appelé fils du Père, le Très-Haut, et que, tout joyeux et resplendissant de la gloire divine, il entrera comme héritier dans son Royaume.
Puissions-nous tous y parvenir par la grâce et l’amour de notre Seigneur Jésus Christ. À lui, la gloire avec son Père éternel et l’Esprit très saint, bon et vivifiant, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.
Prière
Sois favorable à tes fidèles, Seigneur, et multiplie les dons de ta grâce : entretiens en eux la foi, l’espérance et la charité, pour qu’ils soient toujours attentifs à garder tes commandements. Par Jésus Christ.
ou bien
Dieu dont la patience est sans mesure, tu acceptes que ton champ produise de l’ivraie à côté du bon grain, car tu respectes ceux que tu as créés libres. Donne-nous d’imiter ta patience, de supporter les imperfections de nos frères et de mettre à profit ce temps de grâce pour grandir dans ton amour. Par Jésus Christ.


17e dimanche du temps ordinaire A
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 13,44-52
Jésus disait à la foule ces paraboles : "Le Royaume des cieux est comparable à un trésor caché dans un champ."
Homélie
Gagner le Christ
Homélie d’Origène († 253)
Commentaire sur l’évangile de Matthieu, 10, 9-10, GCS 10, 10-11
À l’homme qui recherche de belles perles (Mt 13,45), il faut appliquer les paroles suivantes : Cherchez et vous trouverez, et : Celui qui cherche, trouve (Mt 7,7-8). En effet, à quoi peuvent bien se rapporter cherchez et celui qui cherche, trouve" ? Disons-le sans hésiter : aux perles, et particulièrement à la perle acquise par l’homme qui a tout donné et tout perdu. À cause de cette perle, Paul dit : J’ai accepté de tout perdre afin de gagner le Christ (Ph 3,8). Par le mot tout il entend les belles perles, et par gagner le Christ l’unique perle de grand prix.
Précieuse, assurément, est la lampe pour ceux qui sont dans les ténèbres (Lc 1,79) et qui en ont besoin (cf. Ap 22,5) jusqu’au lever du soleil. Précieuse aussi la gloire resplendissante sur le visage de Moïse (cf. 2 Co 3,7) (et aussi, je crois, sur celui des autres prophètes). Elle est belle à voir, et elle nous aide à progresser jusqu’à ce que nous puissions contempler la gloire du Christ, à laquelle le Père rend témoignage : Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis tout mon amour (Mt 3,17). Mais ce qui a été glorieux de cette manière partielle, ne l’est plus, parce qu’il y a maintenant une gloire suréminente (2 Co 3,10). Et nous avons besoin en un premier temps d’une gloire susceptible de disparaître devant la gloire suréminente, comme nous avons besoin d’une connaissance partielle qui disparaîtra quand viendra ce qui est parfait (1 Co 13,10).
Donc toute âme qui est encore dans l’enfance et chemine vers la perfection (He 6,1) a besoin d’un pédagogue, d’économes et de tuteurs jusqu’à ce que s’instaure en elle la plénitude du temps (Ga 4,4). Ainsi, celui qui d’abord ne diffère en rien d’un esclave, bien qu’il soit maître de tout (Ga 4,1), sera finalement affranchi et recevra de la main du pédagogue, des économes et des tuteurs son patrimoine : celui-ci correspond à la perle de grand prix et à la perfection qui abolit ce qui est partiel (1 Co 13,10). Il y parviendra lorsqu’il sera capable d’accéder à la prééminence de la connaissance du Christ (Ph 3,8), après s’y être préparé par les connaissances, s’il convient de les appeler ainsi, qui sont dépassées par la connaissance du Christ.
La Loi et les Prophètes parfaitement compris sont les rudiments qui nous conduisent à bien comprendre l’Évangile et tout le sens des actes et des paroles du Christ
Prière
Tu protèges, Seigneur, ceux qui comptent sur toi ; sans toi rien n’est fort et rien n’est saint ; multiplie pour nous tes gestes de miséricorde, afin que, sous ta conduite, en faisant un bon usage des biens qui passent, nous puissions déjà nous attacher à ceux qui demeurent. Par Jésus Christ.
ou bien
Seigneur notre Dieu, le don que tu nous fais est un trésor sans prix. Garde-nous de lui préférer des biens éphémères, libère notre cœur et rends-le capable de tout sacrifier pour obtenir le Royaume des cieux. Par Jésus Christ.


18e dimanche du temps ordinaire A
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 14,13-21
Jésus partit en barque pour un endroit désert, à l’écart. Les foules l’apprirent et, quittant leurs villes, elles suivirent à pied.
Homélie
Le don des pains en prépare un autre, plus grand
Commentaire de saint Éphrem († 373)
Commentaire de l’Évangile concordant, 12, 1.3-5 ; CSCO 145, Scriptores Armeniaci, 2, 115-117.
Au désert notre Seigneur multiplia le pain, et à Cana il changea l’eau en vin. En attendant de donner aux hommes son corps et son sang en nourriture, il habitua et exerça leur palais à son pain et à son vin. Il leur fit goûter un pain et un vin éphémères pour les entraîner à savourer le corps et le sang vivifiants. Il leur donna libéralement ces choses de peu de valeur pour qu’ils sachent que ce qu’il leur donnerait serait encore plus gratuit. Il leur donna gratuitement ce qu’ils auraient pu lui acheter, mieux, ce qu’ils avaient l’intention d’acheter, afin qu’ils sachent qu’il n’exigerait d’eux aucun paiement. Car s’ils pouvaient payer le prix du pain et du vin, ils ne pourraient payer son corps et son sang.
Or, le Seigneur ne s’est pas contenté de nous en faire don gracieusement, mais il s’est ingénié à nous entourer de prévenances. Ces petites choses, il nous les a données gratuitement pour nous attirer, afin que nous nous avancions et recevions gratuitement le bien qui surpasse tout. <> Il nous a attirés par des aliments doux au palais pour nous entraîner vers ce qui vivifie les âmes. Aussi a-t-il incorporé une agréable saveur au vin qu’il a fait, pour montrer quels trésors immenses sont cachés dans son sang vivifiant.
Mais vois aussi comment sa puissance créatrice atteint toutes choses. Ayant pris un peu de pain, notre Seigneur le multiplia en un clin d’œil. Ce que les hommes font et transforment en dix mois de travail, ses dix doigts l’ont fait dans l’instant même. Ses mains étaient sous le pain comme une terre, sa parole au-dessus de lui comme le tonnerre ; le murmure de ses lèvres se répandit sur le pain comme une pluie, et le souffle de sa bouche fut comme le soleil ; en un très court instant il conduisit à son terme ce qui demande à tous un temps fort long. Alors le pain ne manqua plus ; d’un peu de pain sortit une multitude de pains, comme lors de la première bénédiction : Soyez féconds, multipliez-vous, et remplissez la terre (Gn 1,28).
Une fois de plus, le Seigneur a manifesté la sainteté de sa parole à ceux à qui il avait ordonné de la mettre en pratique et il a montré avec quelle rapidité il octroyait ses dons à ceux qui les acceptaient. Néanmoins, il n’a pas multiplié le pain autant qu’il l’aurait pu, mais en quantité suffisante pour rassasier ceux qui mangeaient. Ce n’est pas sa puissance qui a mesuré son miracle, mais la faim des affamés. Car s’il avait mesuré son miracle à sa puissance, la victoire de celle-ci n’aurait pas pu être évaluée.
Mais le miracle a été mesuré à la faim de milliers de gens, et il s’est trouvé un surplus de douze corbeilles. Chez tous les artisans, la capacité est inférieure aux besoins des clients, puisqu’ils ne peuvent fabriquer tout ce que leur demandent leurs clients. Mais l’œuvre réalisée par le Seigneur a dépassé les désirs de ceux qui avaient faim. Et il a dit : Rassemblez les morceaux pour qu’absolument rien ne se perde (Jn 6,12), afin qu’eux ne pensent pas que son action n’était qu’apparente. Mais, en conservant les restes un jour ou deux, ils en viendraient à croire que l’action du Seigneur était bien une réalité, et non une vision trompeuse.
De fait, après qu’ils eurent été rassasiés, ils comprirent que le Seigneur les avait nourris au désert, comme il l’avait fait pour répondre aux prières de Moïse, et ils s’écrièrent : C’est vraiment lui le prophète, celui dont il est dit qu’il viendra dans le monde (Jn 6,14).
Prière
Assiste tes enfants, Seigneur, et montre à ceux qui t’implorent ton inépuisable bonté ; c’est leur fierté de t’avoir pour Créateur et Providence : restaure pour eux ta création, et l’ayant renouvelée, protège-la. Par Jésus Christ.
ou bien
Père très bon, en ton Fils tu te révèles comme un Dieu de pitié, apaisant la faim des hommes non par de vaines promesses mais avec du pain. En ce monde où tant de gens ont faim, renouvelle tes largesses, suscite parmi nous des hommes qui partagent avec les pauvres la nourriture de la terre, et mets en nos cœurs le désir du pain de la vie éternelle. Par Jésus Christ.


19e dimanche du temps ordinaire A
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 14,22-33
Aussitôt après avoir nourri la foule dans le désert, Jésus obligea ses disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive, pendant qu’il renverrait les foules. Quand il les eut renvoyées, il se rendit dans la montagne, à l’écart, pour prier.
Homélie
Jésus dans nos tempêtes
Commentaire d’Origène († 253)
Commentaire sur l’évangile de Matthieu, 11,6, GCS 10, 43-45
S’il nous arrive d’être exposés à des tentations inévitables, rappelons-nous que Jésus nous a obligés à monter dans la barque et qu’il veut que nous le précédions sur l’autre rive (Mt 14,22). À la vérité, il est impossible d’atteindre l’autre rive sans supporter l’épreuve des vagues et du vent contraire. Lorsque nous nous verrons assaillis de nombreuses et graves difficultés, et que nous serons fatigués d’effectuer cette traversée avec des moyens modestes et limités, pensons que notre barque arrivant alors au milieu de la mer est tourmentée par les flots (Mt 14,24), qui veulent que nous fassions naufrage dans la foi (1 Tm 1,19) ou dans quelque autre vertu. Mais lorsque nous verrons l’esprit du Mauvais combattre nos entreprises, pensons qu’alorsle vent nous est contraire.
Quand donc nous aurons subi ces assauts au long des trois veilles de la nuit, en traversant l’obscurité des tentations, luttant avec tout le courage dont nous sommes capables et prenant garde à ne pas faire naufrage dans la foi ou dans quelque autre vertu, <> croyons alors qu’à la quatrième veille (Mt 14,25), lorsque la nuit sera avancée et que le jour sera tout proche (Rm 13,12), le Fils de Dieu viendra vers nous en marchant sur la mer (Mt 14,25) pour nous la rendre bienveillante. Et lorsque nous verrons le Verbe nous apparaître, nous serons troublés avant de comprendre clairement que c’est le Sauveur, venu habiter parmi nous. Croyant encore voir un fantôme (Mt 14,26), pleins de crainte, nous pousserons des cris. Mais lui nous parlera aussitôt : Confiance, dira-t-il, c’est moi, n’ayez pas peur (Mt 14,27).
Et il peut se trouver parmi nous un Pierre (Mt 14,28) tendant vers la perfection (He 6,1) sans y être encore parvenu, que cette parole d’encouragement remplira d’une ardeur nouvelle. Comme pour échapper à cette tentation qui le tourmente, il descendra de la barque ; voulant aller vers Jésus, il se mettra à marcher sur les eaux (Mt 14,29) ; mais, avec sa foi encore faible et ses doutes, il verra la violence du vent, il prendra peur et commencera à enfoncer. Pourtant, il ne coulera pas, parce qu’il appellera Jésus d’une voix forte et lui dira : Seigneur, sauve-moi (Mt 14,30) ! Puis, à peine ce Pierre aura-t-il fini de parler et de dire : Seigneur, sauve-moi !, que le Verbe étendra la main pour lui porter secours ; il le saisira au moment où il commencera à enfoncer et lui reprochera son peu de foi et ses doutes.
Observez toutefois qu’il n’a pas appelé Pierre "incrédule", mais homme de peu de foi, et qu’il lui a dit : Pourquoi as-tu douté ? (Mt 14,31), car il avait une certaine foi, mais penchait aussi dans le sens contraire. Après cela, Jésus et Pierre monteront dans la barque, et le vent tombera (Mt 14,32), et ceux qui seront dans la barque, sachant de quels périls ils ont été sauvés, se prosterneront devant lui en disant <> : Vraiment, tu es le Fils de Dieu (Mt 14,33).
Prière
Dieu éternel et tout-puissant, toi que nous pouvons déjà appeler notre Père, fais grandir en nos cœurs l’esprit filial, afin que nous soyons un jour capables d’entrer dans l’héritage qui nous est promis. Par Jésus Christ.
ou bien
Quand notre barque est battue par les vagues, rends-nous la confiance, Seigneur ; quand le vent est contraire et que tout semble se liguer contre nous, viens vite à notre secours en la personne de ton Fils Jésus Christ, qui seul peut nous sauver. Lui qui règne.


20e dimanche du temps ordinaire A
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 15,21-28
Jésus s’était retiré vers la région de Tyr et de Sidon. Voici qu’une Cananéenne, venue de ces territoires, criait : "Aie pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon."
Homélie
La prière instante est exaucée
Homélie de saint Jean Chrysostome († 407)
Homélie "Que le Christ soit annoncé", 12-13, PG 51, 319-320
Une Cananéenne s’approcha de Jésus et se mit à le supplier à grands cris pour sa fille qui était possédée par le démon. Elle lui disait : Aie pitié de moi, Seigneur, ma fille est tourmentée par un démon (Mt 15,22). Cette femme, une étrangère, une barbare, sans aucun lien avec la communauté juive, qu’était-elle sinon une chienne indigne d’obtenir ce qu’elle demandait ? Il n’est pas bien, dit Jésus, de prendre le pain des enfants pour le donner aux chiens (Mt 15,26) ! Pourtant, sa persévérance lui a mérité d’être exaucée. Celle qui n’était qu’une chienne, Jésus l’a élevée à la noblesse des petits enfants ; bien plus, û l’a comblée d’éloges. Il lui dit en la renvoyant : Femme, ta foi est grande, que tout se fasse pour toi comme tu le veux (Mt 15,28) ! Quand on entend le Christ dire : Ta foi est grande, on n’a pas à chercher d’autre preuve de la grandeur d’âme de cette femme. Vois comme elle a effacé son indignité par sa persévérance. Remarque également que nous obtenons davantage du Seigneur par notre prière que par la prière des autres.
Comme la femme poussait des cris, les disciples s’approchèrent de Jésus et lui dirent : Donne-lui satisfaction, car elle nous poursuit de ses cris (Mt 15,23) ! Mais il leur répondit : Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues d’Israël (Mt 15,24). Alors la Cananéenne elle-même s’avança et lui cria encore : C’est vrai, Seigneur, mais justement les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres (Mt 15,27). Alors le Seigneur lui accorda aussitôt la faveur qu’elle désirait, en disant : Que tout se fasse pour toi comme tu le veux (Mt 15,28) !
Observe qu’après avoir opposé un refus aux disciples, le Seigneur accorde sa grâce à cette femme qui la lui demandait elle-même. <> D’abord elle n’avait obtenu aucune réponse à sa requête. Il a fallu qu’elle s’approche une, deux et trois fois, pour qu’il lui accorde la grâce désirée. À la fin, il a exaucé sa prière. Il nous a fait comprendre ainsi qu’en la faisant attendre, il n’avait pas l’intention de rejeter la Cananéenne, mais voulait nous donner à tous sa patience en exemple.
Forts désormais de tous ces enseignements du Seigneur, ne nous abandonnons pas au désespoir ! Quand bien même nos péchés nous rendraient indignes d’obtenir sa grâce, sachons que nous pourrons la mériter par notre persévérance.
Prière
Pour ceux qui t’aiment, Seigneur, tu as préparé des biens que l’œil ne peut voir : répands en nos cœurs la ferveur de ta charité, afin que t’aimant en toute chose et par-dessus tout, nous obtenions de toi l’héritage promis qui surpasse tout désir. Par Jésus Christ.
ou bien
Aie pitié de nous, Seigneur, fils de David, et viens à notre secours. Si notre peu de foi ne nous permet pas de goûter aujourd’hui le pain de tes enfants, accorde-nous quelques miettes tombées de la table où tu nous rassasieras dans l’éternité. Toi qui règnes.


21e dimanche du temps ordinaire A
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 16,13-20
Jésus était venu dans la région de Césarée-de-Philippe, et il demandait à ses disciples : "Le Fils de l’homme, qui est-il, d’après ce que disent les hommes ?"
Homélie
Le péché de Pierre, chemin de miséricorde
Homélie de saint Jean Chrysostome († 407)
Homélie sur saint Pierre et saint Éhe, 1, PG 50, 727-728
Pierre devait recevoir les clés de l’Église, plus encore les clés des cieux, et le gouvernement d’un peuple nombreux devait lui être confié. Le Seigneur lui avait dit : Tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux (Mt 16,19). Si Pierre, avec sa tendance à la sévérité, était resté sans péché, comment aurait-il pu faire preuve de miséricorde pour ses disciples ? Or, par une disposition de la grâce divine, il est tombé dans le péché, si bien qu’après avoir fait lui-même l’expérience de sa misère, il a pu se montrer bon envers les autres.
Rends-toi compte : celui qui a cédé au péché, c’est bien Pierre, le coryphée des Apôtres, le fondement solide, le rocher indestructible, le guide de l’Église, le port imprenable, la tour inébranlable, lui qui avait dit au Christ : Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas (Mt 26,35) ; lui qui, par une divine révélation, avait confessé la vérité : Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant (Mt 16,16).
Or, l’évangile rapporte que, la nuit même où le Christ fut livré, Pierre vint s’approcher du feu pour se chauffer. Une jeune fille lui dit alors : Toi aussi, hier, tu étais avec cet homme, et Pierre lui répondit : Je ne connais pas cet homme (cf. Mt 26,69-72).
Tu viens de dire : Même si je dois mourir avec toi, et maintenant tu nies en disant : Je ne connais pas cet homme. Pierre, est-ce bien cela que tu avais promis ? On ne t’a encore fait subir aucune torture, infligé aucun coup de fouet, mais il a suffi qu’une fille t’adresse la parole pour que tu te mettes à nier !
Une deuxième fois, la fille lui dit : Toi aussi, hier, tu étais avec lui. Et Pierre répondit : Je ne connais pas l’homme en question.
Quelle est la personne qui te parle pour que tu nies ainsi ? Une femme sans influence, une portière, une étrangère, une esclave, qui n’a droit à aucune considération, te parle et tu lui réponds en niant. Que c’est étonnant ! Une fille vient vers Pierre, une femme de mauvaise vie bouleverse la foi de Pierre. Lui, la colonne, le rempart, se dérobe devant les soupçons d’une femme. Ce n’étaient que des mots, mais ils ont ébranlé la colonne, ils ont fait trembler le rempart lui-même.
On lui dit une troisième fois : Toi aussi, hier tu étais avec cet homme, mais il le nia une troisième fois.
Finalement, Jésus fixa sur lui son regard pour lui rappeler ce qu’il lui avait dit. Pierre comprit, se repentit de sa faute et se mit à pleurer. Mais alors le Seigneur miséricordieux lui accorda son pardon, car il savait que Pierre, étant un homme, était sujet à la faiblesse humaine.
Comme je l’ai déjà dit, Dieu en a disposé ainsi et a permis que Pierre commette un péché, parce qu’un peuple nombreux allait lui être confié : car il ne fallait pas que, sévère parce que sans péché, il soit incapable de pardonner à ses frères. Il a été soumis au péché pour que la conscience de sa faute et du pardon reçu du Seigneur, le conduise à pardonner aux autres par amour. Il accomplissait ainsi une disposition providentielle conforme à la manière d’agir de Dieu.
Il a fallu que Pierre, lui à qui l’Église devait être confiée, la colonne des Églises, le port de la foi, le docteur du monde, se montre faible et pécheur. C’était, en vérité, pour qu’il puisse trouver dans sa faiblesse une raison d’exercer sa bonté envers les autres hommes.
Prière
Dieu, qui peux mettre au cœur de tes fidèles un unique désir, donne à ton peuple d’aimer ce que tu commandes et d’attendre ce que tu promets ; pour qu’au milieu des changements de ce monde, nos cœurs s’établissent fermement là où se trouvent les vraies joies. Par Jésus Christ.
ou bien
Père des cieux, tu as révélé ton Fils à Simon Pierre pour faire de lui le fondement de l’Église. Accorde-nous la grâce de ne jamais cesser de chercher qui est le Fils de l’homme, quelle est sa place dans nos vies. Fais-nous redécouvrir avec l’Apôtre, dans un émerveillement toujours neuf, qu’il est le Messie, le Fils du Dieu vivant. Lui qui règne.


22e dimanche du temps ordinaire A
Évangile
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 16,21-27
Pierre avait dit à Jésus : "Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant." À partir de ce moment, Jésus le Christ commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des chefs des prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter.
Homélie
Prendre sa croix pour suivre le Christ
Homélie de saint Augustin († 430)
Sermon 96, 1 3-4, PL 38, 584-586
Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive (Mc 8,34). Quand le Seigneur engage l’homme qui veut le suivre à renoncer à soi-même, nous trouvons son commandement difficile et dur à entendre. Mais si celui qui commande nous aide à l’accomplir, son commandement n’est ni difficile ni pénible. <> Et cette autre parole sortie de la bouche du Seigneur est également vraie : Mon joug est facile à porter, et mon fardeau léger (Mt 11,30).
L’amour, en effet, adoucit ce que les préceptes peuvent avoir de pénible. Nous connaissons toutes les merveilles que l’amour peut accomplir. Sans doute, cet amour est souvent immoral et malhonnête ! Quelles rigueurs les hommes n’ont-ils pas endurées, quelles conditions de vie indignes et intolérables n’ont-ils pas supportées pour arriver à posséder l’objet de leur amour ! <> Or, ce qu’ils aiment nous permet, le plus souvent, de savoir ce qu’ils sont eux-mêmes ; ils devraient, quand ils s’interrogent sur la direction à donner à leur vie, se soucier uniquement du choix de ce qu’ils aimeront. Pourquoi s’étonner que celui qui aime le Christ et veut le suivre, renonce à soi-même pour l’aimer ? Car, si l’homme se perd en s’aimant soi-même, il doit sans aucun doute se trouver en se renonçant.
Qui refuserait de suivre le Christ au séjour du bonheur parfait, de la paix suprême et de l’éternelle tranquillité ? Il est bon de le suivre jusque là ; encore faut-il connaître la voie pour y parvenir. Aussi bien le Seigneur n’a pas fait cette recommandation après sa résurrection, mais avant sa passion. Il devait encore être crucifié, endurer l’ignominie, les outrages, les coups, les épines, les blessures, les insultes, l’opprobre et la mort !
Le chemin te semble couvert d’aspérités, il te rebute, tu ne veux pas suivre le Christ. Marche à sa suite ! Le chemin que les hommes se sont tracé est raboteux, mais il a été aplani quand le Christ l’a foulé en retournant au ciel. Qui donc refuserait d’avancer vers la gloire ? Tout le monde aime à s’élever en gloire, mais l’humilité est la marche à gravir pour y arriver. Pourquoi lèves-tu le pied plus haut que toi ? Tu veux donc tomber au lieu de monter ? Commence par cette marche : déjà elle te fait monter.
Les deux disciples qui disaient : Seigneur, accorde-nous de siéger, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ton Royaume (Mc 10,37), ne prêtaient aucune attention à ce degré d’humilité. Ils visaient le sommet et ne voyaient pas la marche. Mais le Seigneur leur a montré la marche. Eh bien, qu’a-t-il répondu ? "Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire (Mc 10,38) ? Vous qui désirez parvenir au faîte des honneurs, pouvez-vous boire le calice de l’humilité ?" Voilà pourquoi il ne s’est pas borné à dire d’une manière générale : Qu’il renonce à lui-même et qu’il me suive, mais il a ajouté : Qu’il prenne sa croix et qu’il me suive (Mc 8,34).
Que signifie : Qu’il prenne sa croix ? Qu’il supporte tout ce qui lui est pénible ; c’est ainsi qu’il me suivra. Dès qu’il aura commencé à me suivre en se conformant à ma vie et à mes commandements, il trouvera sur son chemin bien des gens qui le contrediront, qui chercheront à le détourner et à le dissuader, et cela même parmi ceux qui passent pour des compagnons du Christ.
Quelles que soient les menaces, les séductions ou les interdictions dont tu seras l’objet, si tu veux le suivre, fais de tout cela ta croix. Accepte-la, porte-la, ne succombe pas sous le poids.
Ces paroles du Christ ont encouragé les martyrs. Ne faut-il pas, à l’heure de la persécution, que tu comptes pour rien toutes choses à cause du Christ ?
Prière
Dieu tout-puissant, de qui vient tout don parfait, enracine en nos cœurs l’amour de ton nom ; resserre nos liens avec toi, pour développer ce qui est bon en nous ; veille sur nous avec sollicitude, pour protéger ce que tu as fait grandir. Par Jésus Christ.
ou bien
Que tes pensées, Seigneur Dieu, deviennent de plus en plus les nôtres. Il nous est pénible de marcher à la suite de ton Fils sur le chemin de la croix. Donne-nous le courage de perdre notre vie pour la sauver en vérité. Par Jésus Christ.

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