VINGT-CINQUIÈME SERMON. SUR CES PAROLES DE L'ÉVANGILE [MATTH. XII, 41-50] : « IL Y A ICI PLUS QUE JONAS, ETC. »
ANALYSE.— 1. Les Juifs pires que les Ninivites, et la reine de Saba.— 2. Comment le dernier état de l’homme délivré du démon devient-il pire que le premier.— 3. Le Christ enseigne aux parents à n'empêcher point les enfants en fait de bonnes œuvres.— 4. Le. Christ en naissant a fait honneur aux deux sexes, de là le devoir des enfants.— 5. Réfutation des Manichéens qui soutiennent que le Christ n'eut point de mère.— 6. Preuve contre les Manichéens que le Christ eut une mère.— 7. De là, excellence de la vierge Marie.— 8. Comment le chrétien peut-il devenir mère du Christ.
1. Si nous voulions reprendre en détail, mes frères bien-aimés, tout ce qu'on vient de nous dire dans l'Évangile, c'est à peine si notre temps suffirait pour chacun des Points,
(1) On lit dans le Codex, fol. 89 : Mercredi de la première semaine de Carême, sermon de saint Augustin, évêque, contre les Manichéens.. Il dispute contre eux, dans la dernière partie, avec une grande subtilité. Dans la première, sur l'aveuglement des Juifs, sur les pécheurs récidifs, sur les devoirs des parents et des enfants et dès lors il sera loin de nous suffire pour tous. Le Sauveur lui-même veut bien nous montrer que, dans le Prophète Jonas qui fut jeté dans la mer, qu'un monstre marin reçut dans ses entrailles et vomit le troisième jour, il y avait- une figure du Sauveur, qui souffrit et qui ressuscita le troisième jour. Le Seigneur accusait les Juifs en les comparant aux Ninivites, car ces Ninivites auxquels Jonas fut envoyé pour les réprimander, apaisèrent la colère de Dieu par la pénitence et méritèrent qu'il les prit en pitié. « Or », dit le Sauveur, « il y a ici plus que Jonas (Matth. XII, 41) », voulant nous faire comprendre que c'est lui, le Christ et le Seigneur. Les Ninivites écoutèrent le serviteur et redressèrent leurs voies ; tandis que les Juifs entendirent le Maître, et non-seulement ils ne redressèrent point leurs voies, mais ils le mirent à mort. « La reine du Midi s'élèvera au jugement contre cette génération, pour la condamner », dit le Sauveur. « Car elle vint des confins de la terre, pour entendre la sagesse de Salomon, et il y a ici plus que Salomon (Ibid. 42) ». Ce n'était point s'élever pour le Christ, que se mettre au-dessus de Jonas, au-dessus de Salomon ; car il était le maître, tandis que ceux-ci n'étaient que les serviteurs. Et toutefois, quels sont ces hommes qui ont méprisé le Seigneur présent sous leurs yeux, quand des étrangers ont obéi à ses serviteurs !
2. Nous lisons ensuite : « Quand l'esprit immonde sort d'un homme, il erre dans les lieux arides, cherchant le repos, et il ne le trouve pas ; et il dit : Je reviendrai dans ma maison d'où je suis sorti ; et, revenant, il la trouve vide, nettoyée et ornée. Alors il va et prend avec lui sept autres esprits plus méchants que lui, et entrant, ils y habitent, et le dernier état de cet homme devient pire que le premier, et ainsi en sera-t-il de cette génération criminelle (Ibid. 43-45) ». Il nous faudrait un long discours pour exposer ce passage convenablement. Nous en dirons néanmoins quelques mots avec le secours de Dieu, afin de ne point vous laisser sans quelque idée de ces paroles. Quand on nous remet nos péchés par les sacrements, on nettoie la maison ; mais il est nécessaire que le Saint-Esprit la vienne habiter. Or, le Saint-Esprit n'habite que chez les humbles de cœur. Car le Seigneur a dit : « En qui repose mon Esprit ? » Et il fait cette réponse : « Sur l'homme humble, sur l'homme calme, sur l'homme qui redoute ma parole (Isaïe. LXVI, 2) ». Que l'Esprit-Saint habite en nous, en effet, et alors il nous absorbe, nous redresse, nous conduit, nous arrête dans le mal, nous excite au bien, nous fait goûter les charmes de la justice à ce point que l'homme fait le bien par amour pour le bien et non par la crainte du châtiment. Or, agir ainsi par lui-même, l'homme ne le trouve point dans sa nature ; mais que le Saint-Esprit habite en lui, il l'aide à faire toutes sortes de bien. Que l'orgueilleux, au contraire, après la rémission de ses péchés, compte pour faire le bien sur l'unique impulsion de sa bonne volonté, son orgueil éloigne de lui l'Esprit-Saint, et alors il est une demeure purifiée des péchés, mais vide de tout bien. Tes péchés te sont remis, il n'y a plus aucun mal en toi, mais il n'y a que le Saint-Esprit seul qui te puisse remplir de biens ; et ton orgueil l'éloigne de toi, ta présomption le force à t'abandonner. Ta confiance en toi te livre à toi-même. Mais cette convoitise qui te rendait mauvais et que tu as expulsée de toi-même ou de ton âme, lorsque tes péchés ont été remis, erre dans les lieux arides, cherchant le repos et ne le trouvant point, cette convoitise revient à la maison, qu'elle trouve nettoyée, « elle amène avec elle sept autres esprits plus méchants qu'elle-même, et le dernier état de cet homme devient pire que le premier ». « Elle amène sept autres esprits avec elle ». Que signifient ces « sept autres ? » L'esprit immonde est-il septénaire à son tour ? Qu'est-ce que cela signifie ? Le nombre sept exprime l'universalité : il était parti entièrement, il est entièrement revenu, et plût à Dieu qu'il pût revenir seul ! Qu'est-ce à dire, qu' « il amène avec lui sept autres esprits ? » C'est-à-dire des esprits que le méchant n'avait point dans ses désordres, et qu'il aura, quand il ne sera bon qu'en apparence. Prêtez-moi toute votre attention, dont j'ai besoin pour vous expliquer ma pensée autant que je le puis avec le secours de Dieu. Il y a sept actes du Saint-Esprit tel qu'on nous le prêche ; il est pour nous « l'Esprit de sagesse et d'intelligence, de conseil et de force, de science, de piété et de crainte de Dieu (Id. XI, 2-3) ». Or, à ce nombre septénaire du bien, opposez sept actes mauvais : l'esprit de folie et d'erreur, l'esprit de témérité et de lâcheté, l'esprit d'ignorance et d'impiété, et l'esprit d'orgueil opposé à l'esprit de crainte de Dieu. Voilà les sept esprits du mal. Quels soit les sept autres pires. Nous retrouvons les sept autres pires dans l'hypocrisie. C'est un mauvais esprit que l'esprit de folie, il a son pire dans la sagesse simulée. L'esprit d'erreur est mauvais, la vérité simulée est pire. L'esprit de témérité est mauvais, le conseil simulé est pire encore ; l'esprit de paresse est un mal, le courage simulé est pire encore ; l'esprit d'ignorance est un mal, une science simulée est pire encore ; l'esprit d'impiété est un mal, la piété simulée est pire encore ; l'esprit d'orgueil est un mal, la crainte simulée est pire encore. En supporter sept était difficile ; mais quatorze, qui le pourra ? Dès lorsque la vérité simulée vient s'ajouter à la malice, il est nécessaire que le dernier état de cet homme devienne pire que le premier.
3. « Comme il parlait ainsi devant la foule (je cite l'Évangile), sa mère et ses frères étaient au dehors, cherchant à lui parler. Quelqu'un lui dit : Voilà votre mère et vos frères qui sont dehors et qui désirent parler avec vous. Et lui : Qui est ma mère et qui sont mes frères ? Puis, étendant la main sur ses disciples, il dit : Voici ma mère et mes frères. Car, quiconque fera la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mou frère, est ma sœur, est ma mère (Matth. XII, 46-50) ». C'est à ceci que je voudrais me borner, mais pour n'avoir pas voulu laisser ce qui précède, j'y ai donné, je le sens, une assez grande part de mon temps. Ce que j'entreprends maintenant a bien des faux-fuyants, bien des difficultés, comment Notre-Seigneur Jésus-Christ a pu, dans sa piété filiale, mépriser sa mère, non telle ou telle mère, mais une mère vierge, et une mère d'autant plus vierge qu'il lui avait apporté la fécondité sans effleurer son intégrité, une mère qui concevait dans sa virginité, qui enfantait dans sa virginité, qui demeurait dans une perpétuelle virginité. Ce fut cette mère qu'il méprisa, de peur que l'affection maternelle ne lui fût un obstacle dans l'œuvre qu'il accomplissait. Quelle était cette œuvre ? Il parlait aux populations, détruisait le vieil homme, faisait naître l'homme nouveau, délivrait les âmes, déliait ceux qui étaient enchaînés, éclairait les esprits aveugles, faisait le bien, et, dans l'accomplissement du bien, apportait le feu de son action et de sa parole. Ce fut alors qu'on lui fit part d'une affection charnelle. Vous avez entendu sa réponse, à quoi bon la répéter ? Que les mères l'entendent, et que leur affection charnelle ne soit point un obstacle aux bonnes œuvres de leurs enfants. Apporter de tels obstacles, entraver des actions saintes, au point de les interrompre, c'est mériter le mépris de leurs fils. Et quand le Christ ne. prend point garde à la vierge Marie, que sera-ce d'une mère, mariée ou veuve, qui s'irrite contre son fils qui s'adonne au bien de toute son âme, et qui dès lors né prend point garde à l'arrivée de sa mère ? Mais, direz-vous Est-ce que vous comparez mon fils au Christ ? Je ne le compare point au Christ, ni vous à Marie. Le Seigneur, sans condamner l'affection maternelle, nous a donné en lui-même un grand exemple du peu d'obstacle que doit être une mère dans l'œuvre de Dieu ; sa parole était un enseignement, le peu de cas qu'il faisait un enseignement, et il a daigné faire peu attention à sa mère, afin de t'apprendre à ne pas t'arrêter à ton père et à ta mère, quand il s'agit de travailler pour Dieu.
4. Sans doute Notre-Seigneur Jésus-Christ ne pouvait devenir homme sans une mère, lui qui l'a bien pu sans un père. S'il fallait, ou plutôt parce qu'il fallait que celui qui a fait l'homme devint homme, à cause de l'homme lui-même, considérez bien attentivement comment il fit le premier homme. Le premier homme fut fait sans père et sans mère. Or, les dispositions que Dieu a pu prendre tout d'abord pour établir la race humaine, n'aurait-il pu ensuite se les appliquer à lui-même quand il s'agit de réparer cette race des hommes ? Était-ce donc une difficulté pour la sagesse de Dieu, pour le Verbe de Dieu, pour la vertu de Dieu, pour le Fils unique de Dieu, était-ce une difficulté de prendre quelque part, à son gré, cet homme qu'il devait s'adapter à lui-même ? Les anges sont devenus des hommes, pour communiquer avec les hommes. Abraham donna un festin à des anges, et les invita comme s'ils eussent été des hommes, et non-seulement il les vit, mais il les toucha, puisqu'il leur lava les pieds (Gen, XVIII). Or, tout ce que firent alors les anges n'était-ce donc que des jeux fantastiques ? Si donc un ange a pu, à son gré, prendre une forme humaine, et forme réelle, le Maître des anges ne pouvait-il pas prendre où il voulait cet homme qu'il devait s'unir ? Toutefois, il ne voulut point avoir un homme pour père, ni venir parmi les hommes, par le moyen de la convoitise charnelle ; mais il voulut avoir une mère, afin qu'en ne s'arrêtant point à cette mère, quand il faisait l'œuvre de Dieu, il donnât l'exemple aux hommes. Il voulut choisir pour lui le sexe de l'homme, et néanmoins honorer dans sa mère le sexe de la femme. Car au commencement ce fut la femme qui commit le péché et qui le fit commettre à l'homme (Gen. III). Chacun des deux époux fut trompé par la ruse du diable. Que le Christ se soit fait homme, sans avoir relevé en honneur le sexe féminin, les femmes désespéreraient d'elles-mêmes, surtout que c'est par la femme que l'homme est tombé. Il a donc voulu honorer l'un et l'autre sexe, les relever, les consacrer en lui-même. Il est né d'une femme. Ne désespérez point, ô hommes, puisque le Christ a daigné se faire homme. Ne désespérez point, ô femmes, puisque le Christ a daigné prendre une femme pour mère. Que chacun des deux sexes ait sa part dans le salut du Christ. Que l'homme y vienne, que la femme y vienne aussi. Car dans la foi il n'y a ni homme ni femme (Galat. III, 28). Donc le Christ t'enseigne tout à la fois et à mépriser tes parents, et à aimer tes parents. C'est aimer ses parents avec le dévouement qui convient, que ne point les préférer à Dieu. « Celui qui aime son père et sa mère plus que moi, n'est pas digne de moi (Matth. X, 37) ». Ce sont les paroles du Seigneur, et ces paroles semblent nous dissuader d'aimer, ou plutôt, si l'on y fait attention, elles nous avertissent d'aimer nos parents. Le Seigneur aurait pu dire : Celui qui aime son père ou sa mère n'est pas digne de moi. Or, il n'a point tenu ce langage, pour ne point parler contre la loi ; car c'est lui qui a donné la loi par Moïse, son serviteur, loi qui porte : « Honore ton père et ta mère (Exod. XX,12 ; Deut. V, 16) ». Il n'a point proclamé une loi contraire, mais il a recommandé celle-ci, en y réglant la piété filiale sans la détruire. « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi ». Qu'il les aime donc, mais non plus que moi. Dieu est Dieu, et l'homme est homme. Aime tes parents, obéis à tes parents, honore tes parents ; mais si Dieu t'appelle à de plus hauts desseins où l'amour des parents puisse être un obstacle, observe l'ordre et ne renverse pas la charité.
5. Or, dans cette doctrine si vraie de Jésus-Christ notre Seigneur et Sauveur, qui croirait que les Manichéens sont allés chercher ces assertions calomnieuses par lesquelles ils voudraient nous enseigner que Notre-Seigneur Jésus-Christ n'eut point de mère. Dans leur sagesse, ou plutôt dans leur folie, ils nous disent que le Seigneur Jésus n'eut point de mère dans la race de l'homme, et cela contrairement à l'Évangile, contre la vérité la plus éclatante. Et voyez d'où ils tirent leur argumentation. Voilà, disent-ils, que lui-même l'a enseigné. Que dit-il ? « Qui est ma mère, et qui sont mes frères (Matth. XIV, 48) ? » Le voilà qui nie, et ce qu'il nie, tu veux nous forcer à le croire. Lui-même dit : « Qui est ma mère et qui sont mes frères ? » et tu viens nous dire : Il a une mère. Ô insensé, ô misérable, ô détestable disputeur ! Réponds-moi : d'où sais-tu que le Seigneur a dit : « Qui est ma mère et qui sont mes frères ? » Tu prétends que le Christ n'eut point de mère, et cette prétention, tu veux l'appuyer sur cette parole : « Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? » Qu'un autre s'en vienne et te dise que le Seigneur n'a point tenu ce langage, comment pourras-tu l'en convaincre ? Réponds, si tu le peux, à celui qui viendra nier cette parole du Christ. Ton arme pour le convaincre doit te convaincre toi-même. Est-ce bien le Christ qui t'a soufflé à l'oreille qu'il a tenu ce langage ? Réponds, afin d'être convaincu par ta propre bouche. Réponds, afin de me convaincre que le Christ a tenu ce langage. Je sais ce que tu vas dire. Je prendrai son livre, j'ouvrirai l'Évangile, et je réciterai ses paroles consignées dans l'Évangile. C'est bien, très-bien ! C'est avec l'Évangile que je te tiendrai, avec l'Évangile que je vais t'enlacer, avec l'Évangile que je vais t'étouffer. Récite dans l'Évangile ce que tu crois en ta faveur. Ouvre et lis : « Qui est ma mère ? » Tu verras plus haut ce qui te fait parler de la sorte. Quelqu'un lui vint dire : « Voilà votre mère et vos frères qui se tiennent dehors (Ibid. 47) ». Je ne te presse pas encore, je ne te tiens pas, je ne t'étouffe pas encore, puisque tu peux dire que c'était là une assertion fausse, contraire à la vérité, mensongère, et que dès lors le Seigneur la réfuta, puisque à cette nouvelle il répondit « Qui est ma mère ? » comme s'il disait : Tu viens me dire que ma mère est dehors, et moi je te réponds : « Qui est ma mère ? » Auquel devons-nous croire ? À celui qui donne cette nouvelle, ou au Christ qui n'accepte pas ce qu'il semblait dire ? Écoute-moi bien, encore une question, seulement fixe-toi à l’Évangile, et ne jette point le livre derrière toi. Tiens l'Évangile, acceptes-en l'autorité, autrement tu ne pourras plus me prouver que le Seigneur a dit : « Qui est ma mère ? » Et quand tu auras reconnu l'autorité de l'Évangile, écoute ma question. Tout à l'heure, je te demandais d'où sais-tu que le Christ a dit : « Qui est ma mère ? » Qu'est-ce qui prouve cette question ? Quelqu'un vient dire au Christ : Votre mère est dehors. Mais avant la parole de cet homme, ou plutôt pour le faire parler ainsi, qu'est-ce qui précède ? Lis bien, je t'en prie. On dirait que tu crains de lire. « Le Seigneur répondit et dit ». Qui est-ce qui parle ici ? Je ne dis point qui est-ce qui dit : « Qui est ma mère ? » car tu me répondras : C'est le Seigneur ; mais bien qui est-ce qui dit : « Le Seigneur répondit ». Tu es forcé de répondre que c'est l'Évangéliste. Or, cet Évangéliste a-t-il dit vrai ou non ? Tu ne sauras échapper, il te faut dire qu'il a dit vrai ou faux. Cette parole de l'Évangéliste : « Le Seigneur répondit et lui dit » est-elle vraie ou non ? Si tu me dis que cette assertion de l'Évangéliste, que le Seigneur répondit, est une assertion fausse ; d'où sais-tu que le Seigneur dit : « Qui est ma mère ? » Mais si tu nous affirmes que cette parole : « Qui est ma mère » est vraiment du Sauveur, par cela seul que l'Évangéliste le lui attribue, tu ne saurais affirmer que le Seigneur a tenu ce langage sans croire à l'Évangéliste. Mais si tu crois à l'Évangéliste, et si tu ne saurais rien affirmer sans croire à l'Évangéliste, lis aussi ce que cet Évangéliste a dit plus haut.
6. Combien je dois t'impatienter ! Combien je te tiens en suspens ! C'est mon avantage pour te vaincre plus tôt. Vois, considère et lis. Tu ne voudrais pas, je crois. Donne le livre et je lirai : « Comme il parlait ainsi à la foule ». Qui tient ce langage ? L'Évangéliste, et si tu ne crois pas à l'Évangéliste, alors le Christ n'a rien dit. Si le Christ n'a rien dit, il n'a pas dit : « Qui est ma mère ? » mais s'il a dit : « Qui est ma mère ? » ce qu'a écrit l'Évangéliste est selon la vérité. Écoute ce qu'il a dit auparavant : « Comme il parlait ainsi à la foule, sa mère et ses frères se tenaient au dehors, cherchant à lui parler ». Cet homme n'a rien annoncé encore d'où tu puisses l'accuser de mensonge. Vois ce qu'il a dit, vois ce que l'Évangéliste a écrit plus haut : « Comme le Seigneur parlait ainsi a à la foule, sa mère et ses frères se tenaient dehors ». Qui parle ainsi ? L'Évangéliste, que tu en crois quant à cette parole du Seigneur : « Qui est ma mère ? » Mais si tu ne crois pas les paroles précédentes, aussi bien que ces dernières, alors le Seigneur n'a donc point dit : « Qui est ma mère ? » Mais le Seigneur a vraiment dit : « Qui est ma mère ? » Crois donc à celui qui attribue au Seigneur cette parole : « Qui est ma mère ? » Celui qui attribue au Seigneur cette parole : « Qui est ma mère ? » a dit aussi : « Comme il parlait de la sorte, sa mère se tenait au dehors ». Pourquoi donc a-t-il nié qu'elle fût sa mère. Loin de là ! comprends bien. Sans renier sa mère, il lui préféra l'œuvre qu'il faisait. Il ne nous reste plus qu'à chercher pourquoi le Seigneur a dit : « Qui est ma mère ? » Voyons d'abord ce qu'on lui rapportait, pour dire : « Qui est ma mère ? » On lui disait qu'elle était là dehors, et voulait lui parler. Réponds-moi, d'où sais-tu cela ? L'Évangéliste le rapporte, et si je ne l'en crois point, le Seigneur n'a rien dit. Donc il avait une mère ; mais que veut dire : « Qui est ma mère ? » Dans l'œuvre que j'accomplis, qu'est-ce que ma mère ? Qu'un homme qui a un père, soit exposé au danger, et dis-lui : Que ton père te délivre, quand surtout il sait que ce père ne pourrait délivrer son fils, ne répondra-t-il point en toute vérité et sans offenser la piété filiale : « Qu'est-ce que mon père ? » Dans l'œuvre que j'entreprends, et pour le besoin que je ressens, qu'est-ce que mon père ? Or, pour l'œuvre du Christ qui délivrait les captifs,,qui rendait la lumière aux aveugles, qui édifiait l'homme intérieur, qui se construisait un temple spirituel, qu'était-ce que sa mère ? Mais si tu veux en conclure qu'il n'avait point de mère ici-bas, parce qu'il dit : Qui est ma mère ? les disciples, à leur tour, n'auront point de père en cette vie, puisque le Seigneur leur dit : « Ne dites point que vous avez un père sur la terre ». Ce sont là les paroles du Seigneur : « N'appelez personne (477) votre père ; vous n'avez qu'un seul père qui est Dieu (Matth. XXIII, 9.) ». Non pas qu'ils n'aient point de pères, mais quand il s'agit de la régénération, cherchons un père dans le sens de la régénération, et sans condamner celui qui nous a engendrés, préférons-lui celui qui nous a régénérés.
7. Mais considérez bien ceci, mes frères bien-aimés, considérez, je vous en supplie, ce que dit Notre-Seigneur Jésus-Christ en étendant la main sur ses disciples : « Voici ma mère, voici mes frères. Et celui qui fera la volonté de mon Père qui m'a envoyé, celui-là est mon frère, ma sœur et ma mère ». N'a-t-elle point fait la volonté du Père, cette vierge Marie qui a cru, qui a conçu par la foi, qui a été choisie, afin que d'elle le salut vînt aux hommes ; qui a été créée par le Christ avant que le Christ fût créé en elle ? Oui, Marie qui est sainte a fait la volonté du Père, et dès lors il est plus glorieux pour Marie d'avoir été disciple du Christ que mère du Christ, plus heureux pour Marie d'avoir été disciple du Christ que mère du Christ. Marie était donc bienheureuse de porter le Maître dans son cœur avant de le mettre au monde. Vois si je ne dis point la vérité. Comme le Seigneur venait à passer avec la foule qui le suivait, et faisait des œuvres divines, une femme s'écria : « Bienheureux le sein qui vous a porté ! bienheureuses les entrailles qui vous ont porté (Cette citation est-elle bien de saint Augustin ?) ! » Et le Seigneur, pour qu'on ne recherchât point la félicité dans ce qui est charnel, que répondit-il ! « Bien plus heureux ceux qui entendent la parole de Dieu et la mettent en pratique (Luc, XI, 27, 28) ». Le bonheur de Marie vient donc de ce qu'elle a entendu et mis en pratique la parole de Dieu. Son âme a plus gardé la vérité que ses entrailles n'ont gardé la chair. Car le Christ est vérité, comme le Christ est chair. À l'âme de Marie le Christ vérité, aux entrailles de Marie le Christ fait chair. Car ce qui est dans l'âme est bien supérieur à ce que renferment les entrailles. Marie est donc sainte, Marie est bienheureuse, mais l'Église est supérieure à Marie. Pourquoi ? Parce que Marie est une portion de l'Église, un membre saint, membre excellent, membre suréminent, mais pourtant membre du corps entier. Mais si elle fait partie du corps entier, assurément ce corps entier est supérieur à un membre. C'est le Seigneur qui est la tête, et la tête et le corps forment tout le Christ. Que dirai-je ? Nous avons une tête divine, et Dieu est notre tête.
8. Donc, mes frères bien-aimés, écoutez encore. Vous êtes les membres du Christ, le corps du Christ. Considérez comment vous êtes ce qui est dit ici : « Voilà ma mère et mes frères ». Comment serez-vous la mère du Christ ? « Quiconque entend, et quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans le ciel, celui-là est mon frère, ma sœur, ma mère (Matth. XII, 49, 50) ». Frères, je comprends, sœurs, je comprends encore ; car il n'y a qu'un seul héritage, et dans sa miséricorde, le Christ Fils unique du Père ne voulut point être seul à partager l'héritage de son Père, il voulut nous faire ses cohéritiers. Tel est en effet l'héritage, que le grand nombre des héritiers ne saurait le diminuer. Je comprends dès lors que nous sommes les frères du Christ et que les sœurs du Christ seront les femmes saintes et fidèles ; comment pourrons-nous comprendre les mères du Christ ? Quoi donc ! Oser nous dire mères du Christ ? Eh bien ! oui, mères du Christ, j'oserai le dire. Je dirai que vous êtes ses frères, et je n'oserais dire sa mère ? Mais j'oserai bien moins encore nier ce que le Christ a dit lui-même. Voyez donc, mes bien-aimés, voyez comment l'Église est l'épouse du Christ, ce qui est évident ; de même elle est mère du Christ, ce qui nous paraît plus difficile à comprendre et n'en est pas moins vrai. La vierge Marie a été d'avance le type de l'Église. Or, je vous le demande, comment Marie est-elle mère du Christ, sinon parce qu'elle a enfanté les membres du Christ ? Maintenant, qui vous a enfantés ? J'entends le cri de votre cœur Notre mère la sainte Église. Semblable à Marie, cette mère sainte et glorieuse enfante et demeure vierge. Qu'elle enfante, je le prouve par vous-mêmes. C'est d'elle que vous êtes nés, et dès lors elle enfante le Christ, puisque vous êtes membres du Christ. J'ai prouvé qu'elle enfante, je prouverai qu'elle est vierge. Je ne suis point dépourvu de divins témoignages, ils ne me font pas défaut. Viens parler à mon peuple, 8 bienheureux Paul. Sois le garant de mon assertion. Crie bien haut, et dis ce que je veux dire : « Je a vous ai fiancés à cet unique époux Jésus-Christ, pour vous présenter à lui comme une vierge pure (II Cor. XI, 2) ». Où est donc cette virginité ? Où redoute-t-on jusqu'à l'ombre de la corruption ? Qu'il réponde, celui qui a proféré ce nom de vierge. « Je vous ai fiancés à cet a unique époux Jésus-Christ, pour vous présenter à lui comme une vierge pure. Mais je crains que, comme Eve fut séduite par les artifices du serpent, vos esprits de même ne se corrompent et ne dégénèrent de la chasteté qui est selon Jésus-Christ ». Gardez dans vos esprits la virginité d'esprit. La virginité de la foi catholique, c'est son intégrité. Où Eve se laissa séduire à la parole du serpent, l'Église catholique doit être vierge parle don du Tout-Puissant. Que les membres du Christ enfantent dès lors par l'esprit, comme les entrailles virginales de Marie enfantèrent le Christ, et vous serez par là mères du Christ. Cette œuvre n'est point trop éloignée de vous, n'est point au-dessus de vous, n'a rien d'incompatible avec vous. Vous avez été des fils, soyez aussi des mères ; fils de la mère quand vous avez été baptisés, alors vous êtes nés membres du Christ. Amenez au bain du baptême ceux que vous pourrez amener ; et de même que vous avez été des fils en naissant, vous serez des mères du Christ, en donnant naissance à d'autres.
QUATRIÈME SERMON. SUR CES PAROLES DE L'ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU (VIII, 14) : « JÉSUS, ÉTANT ENTRÉ DANS LA MAISON DE PIERRE, VIT LA BELLE-MÈRE DE CELUI-CI ÉTENDUE SUR SA COUCHE ET ATTEINTE DE LA FIÈVRE ». GUÉRISONS ET DISCIPLES.
ANALYSE. — 1. La belle-mère de Pierre, modèle d'infidélité. — 2. Que signifient les guérisons accomplies sur le soir ? — 3. Pourquoi le Sauveur ordonne-t-il aux Apôtres de passer vers l'autre rivage ? — 4. Du scribe qui veut s'attacher au Christ et le suivre partout où il ira.— 5. En quel sens il a été dit : « Laissez les morts ensevelir leurs morts ».
1. L'attachement de la belle-mère de Pierre à l'infidélité est considéré comme coupable, parce qu'il était un effet de sa libre volonté nous avons, nous aussi, une volonté libre qui s'identifie avec l'essence même de notre être. Le Seigneur donc entre dans la maison de Pierre, c'est-à-dire dans le corps de Pierre, et cet homme est guéri aussitôt de son infidélité, c'est-à-dire de ses péchés. En proie à la fièvre brûlante de l'iniquité, la belle-mère de Pierre était vouée à une mort prochaine et inévitable : à peine a-t-elle reçu sa guérison également soudaine et imprévue, qu'elle s'empresse de faire l'office de servante. Pierre, en effet, a reçu le premier le bienfait de la foi, il est devenu le prince des Apôtres, et la parole de Dieu ayant ranimé en lui une ardeur et une énergie qui allaient s'éteignant chaque jour de plus en plus, il se dévoue avec un zèle admirable au grand œuvre de la guérison et du salut de ses frères. Quand le moment sera venu d'interpréter le passage relatif à la belle-fille et à la belle-mère, nous démontrerons que l'attachement volontaire à l'infidélité est bien réellement figuré ici par la maladie de la belle-mère de Pierre ; présentement nous parlerons de l'infidélité de celle-ci sans vouloir, par ce mot, désigner autre chose, sinon que cette femme, tant qu'elle n'eut pas la foi, demeura tristement esclave de sa propre volonté.
2. « Le soir étant venu, on lui présenta un grand nombre de démoniaques, et il chassait les esprits immondes (Matth. VIII, 16) ». Dans ces guérisons multiples accomplies après la chute du jour, nous reconnaissons le concours de ceux que le Sauveur enseigna après sa Passion. Après avoir procuré à tous le pardon de leurs péchés, après avoir effacé la souillure de leurs iniquités et éteint le foyer des convoitises coupables et des inclinations dangereuses, il a, suivant l'expression des prophètes, absorbé et fait disparaître les infirmités et les faiblesses de la nature humaine.
3. « Or, Jésus voyant autour de lui une foule nombreuse, ordonna à ses disciples de passer vers le rivage opposé. Et un scribe s'approchant de lui : Maître, lui dit-il, je vous suivrai partout où vous irez, etc. (Matth. VIII, 18-19) ». Il se présente fréquemment des passages qui peuvent alarmer plus ou moins notre manière ordinaire de juger, et nous n'avons pas alors la témérité de donner à ces passages une interprétation puisée dans notre imagination, mais notre exégèse est basée uniquement sur les faits et sur les circonstances des faits. Car notre intelligence doit s'accommoder aux choses, et non pas les choses à notre intelligence. Il y a une foule nombreuse, et le Seigneur ordonne à ses disciples de passer de l'autre côté de la mer ; je ne pense pas que la bonté du Sauveur lui eût permis de chercher à abandonner ceux qui se pressaient autour de sa personne ; je crois, au contraire, que dans cette circonstance il avait en vue quelque moyen secret de leur procurer la grâce du salut. Nous voyons ensuite un scribe déclarant hautement qu'il suivra le Maître partout où il ira ; et nous ne découvrons de la part du Sauveur ni la moindre action, ni la moindre parole, qui soit de nature à le froisser et à le déconcerter dans sa résolution généreuse. Le Seigneur lui répond seulement que les renards ont des tannières et les oiseaux du ciel des nids pour se reposer, mais que le Fils de l'homme n'a pas un endroit quelconque où il puisse appuyer sa tête. Et quand un autre disciple vient demander qu'on lui laisse le temps d'aller ensevelir son père, nous voyons que cette faveur lui est refusée et qu'il ne lui est pas permis de remplir ce devoir de piété filiale. Il nous faut donc faire connaître ici la raison de ces choses si sublimes et si diverses ; et, en respectant scrupuleusement l'ordre du texte sacré, donner une explication qui soit en même temps conforme à la plus rigoureuse vérité et propre à donner une intelligence claire et précise de ce qu'il y a de plus profond dans ces passages. Il faut d'abord considérer que le mot disciples ne désigne pas seulement les douze Apôtres. Car, outre ceux-ci, il y avait un grand nombre de disciples, d'après la teneur même du texte évangélique. Il semble donc que, parmi toute cette multitude, le Seigneur fait un certain choix, savoir, de ceux qui devaient le suivre au milieu des périls et des épreuves sans nombre de la vie présente. L'Église, en effet, ressemble à un vaisseau (et c'est le nom qu'on lui donne en plusieurs endroits) ; elle ressemble, dis-je, à un vaisseau qui, chargé de passagers des races et des nations les plus diverses, vogue au milieu des gouffres, exposé à la fureur des vents et des tempêtes, toujours à la veille de se voir inopinément englouti : tel est le sort de l'Église au milieu de ce monde, où elle est de plus en butte aux incursions des esprits impurs. Quand nous entrons dans ce vaisseau, c'est-à-dire dans le sein de l’Église, nous n'ignorons pas les écueils et les périls sans nombre auxquels nous allons être exposés, nous savons parfaitement jusqu'où peut aller la fureur de la mer et des vents que nous affrontons. Afin donc de rendre tout à fait facile et rationnelle l'interprétation allégorique de ces faits, le Seigneur rapproche ici la conduite du scribe et celle du disciple, ce dernier figurant les fidèles qui montent sur le vaisseau, et le premier figurant la multitude des infidèles qui restent sur le rivage.
4. Et d'abord le scribe, en d'autres termes un des docteurs de la loi, demande s'il doit suivre, comme s'il croyait n'être pas réellement en présence du Christ auquel il reconnaît qu'il est utile de s'attacher. Son interrogation, bien qu'elle lui soit inspirée par la défiance, n'en est pas moins un hommage rendu à la fidélité des croyants ; mais pour embrasser la foi, il ne faut pas interroger, il faut suivre. Et pour que cette interrogation si contraire à la simplicité de la foi reçoive le juste châtiment qu'elle mérite, le Seigneur répond que les renards ont des tannières et les oiseaux du ciel des nids où ils peuvent se reposer ; mais que le Fils de l'homme n'a pas même un endroit où il puisse appuyer sa tête. Le renard est un animal plein de fourberie, se cachant dans les tannières creusées par lui autour des maisons, et toujours occupé à surprendre les oiseaux domestiques : nous avons vu quelque part les faux prophètes désignés sous ce nom. Nous savons aussi que très-souvent, sous le nom d'oiseaux du ciel, on entend désigner les esprits immondes. Le Fils de Dieu, voulant donc confondre la multitude de ceux qui ne le suivaient point, et en particulier ce docteur de la loi qui lui demandait, dans un esprit de défiance, s'il pouvait le suivre, le Fils de Dieu répond sur le ton du reproche que les faux prophètes mêmes ont des tannières et les esprits immondes des nids pour se reposer ; en d'autres termes, que ceux qui sont restés hors du vaisseau, c'est-à-dire ceux qui ne sont point entrés dans le sein de l'Église, sont devenus de faux prophètes et des réceptacles de démons ; que le Fils de l'homme, au contraire, c'est-à-dire celui qui a Dieu pour chef, ne trouve pas un endroit où il puisse se reposer après y avoir apporté la connaissance de Dieu : tous ont été invités, mais un petit nombre suivront, montant courageusement dans ce vaisseau de l'Église, exposé aux flots tumultueux de la mer de ce siècle.
5. Vient ensuite un disciple qui n'interroge pas pour savoir s'il doit suivre ; car il croit fermement que tel est son devoir, mais qui demande seulement la permission d'aller ensevelir son père. L'auteur même de l'Oraison dominicale nous a appris à commencer ainsi notre prière : « Notre Père, qui êtes aux a cieux (Matth. IV, 9) ». Le peuple croyant est donc, dans la personne de ce disciple, averti de se souvenir toujours qu'il a dans les cieux un Père invisible. Il est ordonné à ce même disciple de suivre le Seigneur, parce qu'il avait la volonté bien arrêtée de le faire ; il lui est ordonné aussi de laisser les morts ensevelir un mort. Mais je ne vois pas qu'on puisse attendre des morts un office quelconque ; comment ce mort pourra-t-il être inhumé par des morts ? Le Seigneur veut montrer d'abord que la perfection de la religion ne consiste pas à accomplir aucun office temporel vis-à-vis des autres hommes ; ensuite que, lorsqu'il s'agit d'un fils fidèle et d'un père infidèle, le soin d'ensevelir celui-ci n'incombe pas nécessairement à celui-là. Le Sauveur ne nie pas que l'action de rendre les derniers devoirs à un père ne soit bonne en elle-même ; mais en ajoutant : « Laissez aux morts le soin d'ensevelir leurs morts », il nous avertit que le souvenir des morts infidèles ne doit point trouver de place dans l'esprit des saints ; il nous apprend aussi que l'on doit considérer comme morts ceux qui vivent en dehors de Dieu, et que, par rapport aux derniers devoirs qu'il s'agit de rendre aux hommes de cette sorte, on doit les laisser ensevelir par ceux qui sont morts comme eux ; ceux qui ont le bonheur de vivre de la foi divine ne devant affectionner que ceux qui vivent de la même vie.