Luc II, 41-52. Jésus au milieu des docteurs.
"Et lorsqu'il eut atteint l'âge de douze ans."
C'est à sa douzième année, comme nous le disons, que l'enseignement du Seigneur prend son point de départ : car un même nombre de messagers était réservé à la prédication de la foi. Ce n'est pas non plus sans dessein qu'oubliant ses parents selon la chair — Lui qui, même en sa vie incarnée, était rempli de la sagesse de Dieu et de sa grâce — au bout de trois jours II est retrouvé au temple ; c'était le signe que, trois jours après sa triomphante Passion, II devait, ressuscité, se présenter à notre foi sur le trône du ciel et parmi les honneurs divins, Lui que l'on croyait mort.
« Qu'est-ce à dire ? vous me cherchiez ? ne saviez-vous pas que je dois être aux affaires de mon Père ? »
II y a dans le Christ deux filiations : l'une est de son Père, l'autre de sa Mère. La première, par son Père, est toute divine, tandis que par sa Mère II s'est abaissé à nos labeurs et à nos usages. Dès lors tout ce qui, dans ses actes, dépasse la nature, l'âge, la coutume, ne doit pas être attribué aux facultés humaines, mais rapporté aux énergies divines.
Ailleurs sa Mère le pousse à un acte mystérieux (Jn, II, 3) ; ici cette Mère est reprise de réclamer encore qu'il agisse en homme. Mais, comme ici on le montre âgé de douze ans, comme là on nous apprend qu'il a des disciples, vous voyez que cette Mère a été renseignée sur son Fils au point de réclamer de sa maturité un mystère, elle que déconcertait chez l'enfant ce prodige.
« Et II vint à Nazareth, et II leur était soumis. »
Maître de vertu, pouvait-II moins faire que remplir les devoirs de la piété filiale ? Et nous sommes étonnés de sa déférence envers son Père quand II se soumet à sa Mère ? Ce n'est certes pas la faiblesse, mais la piété qui fait cette dépendance, bien que, sortant de son antre tortueux, le serpent de l'erreur lève la tète et, de ses entrailles de vipère, vomisse le venin. Quand le Fils se dit envoyé, l'hérétique en appelle au Père plus grand pour déclarer imparfait ce fils qui peut avoir plus grand que Lui, pour affirmer qu'il a besoin d'un secours étranger, puisqu'il est envoyé. Est-ce également par besoin d'un secours humain qu'il obéissait aux ordres de sa Mère ? Il déférait à la créature humaine, II déférait à sa servante — car c'est elle qui le dit : « Voici la servante du Seigneur »— II déférait à son père putatif ; et sa déférence envers Dieu vous étonne ? Déférer à un homme serait donc piété, déférer à Dieu, faiblesse ? Qu'au moins l'humain vous fasse apprécier le divin et reconnaître quel amour est dû à un père. « Le Père honore le Fils » (Jn, VIII, 54) : vous ne voulez pas que le Fils honore le Père ? Le Père, parlant du Ciel, déclare se complaire en son Fils : vous ne voulez pas que le Fils, couvert du vêtement d'une chair humaine, exprimant dans le langage de l'homme un sentiment humain, déclare son Père plus grand que Lui ? Car si « le Seigneur est grand, et digne de toute louange, et sa grandeur est sans bornes » (Ps. 144, 3), il est certain qu'une grandeur qui n'a pas de bornes ne peut recevoir d'accroissement. Mais pourquoi ne pas entendre et ne pas admettre avec religion l'obéissance du Fils au Père dans le corps qu'il a pris, quand j'admets avec religion l'hommage du Père au Fils ? Apprenez plutôt les préceptes qui vous seront utiles, et reconnaissez des exemples de piété filiale. Apprenez ce que vous devez à vos parents quand vous lisez que le Fils ne se sépare du Père ni par la volonté, ni par l'activité, ni dans le temps. S'ils sont deux personnes, par la puissance Ils ne font qu'un. Et encore ce Père céleste n'a-t-Il pas connu le travail de la génération ; vous avez, vous, coûté à votre mère la perte de son intégrité, le sacrifice de sa virginité, les périls de l'enfantement, à votre mère les fatigues prolongées, à votre mère les angoisses prolongées, car, la malheureuse ! en ces fruits tant désirés elle risque encore plus, et la naissance qu'elle a souhaitée la délivre de son travail, non de ses craintes. Que dire du souci des pères pour l'éducation de leurs fils, de leurs charges multipliées par les besoins d'autrui, des semailles jetées par le laboureur et qui profiteront à l'âge suivant ? Tout cela ne doit-il pas au moins se payer en soumission ? Comment ! l'ingrat trouve que son père vit trop longtemps, et la communauté de patrimoine le gêne, quand le Christ n'écarte pas des cohéritiers !
Luc III, 1-20. Prédication de S. Jean-Baptiste.
"Le Verbe de Dieu se reposa sur Jean, fils de Zacharie, au désert."
Avant de rassembler l'Église, le Fils de Dieu agit en son serviteur. C'est donc à propos que St Luc montre le Verbe de Dieu se reposant sur Jean, fils de Zacharie, au désert ; ainsi l'Église part non d'un homme, mais du Verbe. C'est elle en effet qui est le désert, car « les fils de la désertée sont plus nombreux que ceux de l'épousée » (Is., LIV, 1). C'est encore à elle qu'il a été dit : « Réjouis-toi, stérile » (Ib.) et « exulte, désert » (Ib., III, 9) : car elle n'était pas encore cultivée par le travail d'un peuple d'étrangers, et ces arbres qui pourraient porter des fruits n'en étaient pas encore à élever la cime de leurs mérites. Il n'était pas encore venu, celui qui devait dire : « Je suis comme un olivier fertile dans la maison du Seigneur » (Ps. 51, 10) ; la vigne céleste n'assurait pas encore des fruits à ses sarments (Jn, XV, 1) par le canal de ses paroles. Donc la parole se fit pour que la terre auparavant déserte nous produisît son fruit ; le Verbe se fit, la voix suivit : car le Verbe opère d'abord au-dedans, puis la voix fait son office. Aussi David dit-il : « J'ai cru, c'est pourquoi j'ai parlé » (Ps. 115, 1) : il a d'abord cru pour pouvoir parler.
Donc « le Verbe se fit », pour que S. Jean-Baptiste prêchât la pénitence. Et de ce fait beaucoup appliquent à S. Jean la figure de la Loi, parce que la Loi a pu dénoncer le péché, elle n'a pu le pardonner ; car quiconque suivait la voie des Gentils est par la Loi ramené de son égarement, détourné du crime, exhorté à la pénitence pour obtenir grâce. Or « la Loi et les prophètes ont duré jusqu'à Jean » (Lc, XVI, 16), et Jean est le précurseur du Christ : de même la Loi annonce l'Église, comme la pénitence la grâce. S. Luc a donc bien fait d'user de brièveté pour proclamer Jean prophète, en disant que sur lui descendit la parole de Dieu, sans rien ajouter d'autre : car on n'a pas besoin de faire ses preuves quand on est rempli de la parole de Dieu. Il n'a dit qu'un mot, qui explique tout. Par contre, S. Matthieu et S. Marc ont voulu le montrer prophète en son vêtement, sa ceinture, sa nourriture, puisqu'il eut un vêtement de poils de chameau et une ceinture de cuir sur les reins et qu'il mangeait des sauterelles et du miel sauvage. Le Précurseur du Christ ne supportait pas de laisser perdre les dépouilles des bêtes immondes et, par le signe de son vêtement même, il présageait la venue du Christ, qui, prenant sur lui la monstruosité, imprégnée des souillures de nos actions ignobles, des péchés de la gentilité immonde, se dépouillerait sur le trophée de la croix du vêtement de notre chair. Mais que veut dire ce pagne, cette ceinture de cuir, sinon que cette chair, qui jusque-là avait coutume d'alourdir l'âme, a commencé après la venue du Christ à être non plus une gêne mais un baudrier ? Car selon David « nous avons suspendu nos lyres aux saules » (Ps. 136, 2) a et selon l'Apôtre nous n'avons pas confiance dans la chair et nous avons confiance dans le corps (Phil., III, 3) ; nous ne l'avons pas dans les plaisirs, nous l'avons dans les souffrances, animés que nous sommes par un sentiment de ferveur spirituelle et ceints pour exécuter tous les commandements du ciel, l'âme dévouée et en éveil, le corps équipé et dégagé. La nourriture morne du prophète indique sa mission, annonce le mystère. Est-il chose aussi vaine et inutile pour l'homme que la récolte des sauterelles, et chose si féconde quant au mystère du prophète ? Plus les sauterelles sont dépourvues d'utilité, impropres à tout usage, se dérobant au toucher, sautant ça et là, rauques dans leur cri, plus elles conviennent et sont aptes à figurer le peuple des nations, qui, sans labeur utile, sans œuvre fructueuse, sans pondération, émettant le son inarticulé de ses murmures, ignorait la parole de vie. Ce peuple est donc la nourriture des prophètes ; car plus nombreux est le peuple qui se rassemble, plus s'accroît et abonde la récolte de la bouche des prophètes. La suavité de l'Église est également préfigurée dans le miel sauvage, qui ne se trouve pas dans la ruche de la Loi comme produit par le peuple juif, mais est éparpillé dans les champs et sous le feuillage des forêts par l'égarement des Gentils, selon la parole : « Nous l'avons trouvée dans les champs de la forêt » (Ps. 131, 6). Et celui-ci mangeait du miel sauvage pour annoncer que les peuples se rassasieraient du miel du rocher, ainsi qu'il est écrit : « Et il les a rassasiés du rocher de miel » (Ps. 80,17). Ainsi encore les corbeaux nourrirent Élie au désert d'aliments qu'ils apportèrent et d'un breuvage qu'ils lui procurèrent : signe que les peuples des nations, hideux par la noirceur de leur conduite, qui jusque-là demandaient leur nourriture aux cadavres fétides, offriraient maintenant en eux-mêmes et apporteraient aux prophètes leurs aliments ; car la nourriture des Prophètes, c'est l'accomplissement de la volonté divine, comme le Seigneur lui-même l'a déclaré en ces termes : « Ma nourriture, c'est de faire la volonté de Celui qui m'a envoyé » (Jn, IV, 34).
« Une voix crie dans le désert. »
II est bien d'appeler voix Jean, le Précurseur du Verbe. Car Jean lui-même, à la question : « Que dites-vous de vous-même ? » a répondu : « Je suis la voix qui crie dans le désert » (Jn, I, 22 sqq.). S'il dit : « Celui qui vient après moi s'est trouvé avant moi », c'est que la voix précède, qui est inférieure ; puis vient le Verbe, qui est supérieur. C'est également pourquoi II voulut être baptisé par Jean, parce que chez les hommes le Verbe a sa consécration dans la parole du docteur. Peut-être encore Zacharie a-t-il retrouvé la voix parce qu'il a nommé la voix.
« Race de vipères, qui vous a appris à fuir devant la colère qui vient ? faites donc de dignes fruits de pénitence, et ne vous prenez pas à dire : notre père est Abraham. Or je vous le dis, Dieu a le pouvoir de tirer de ces pierres des enfants d'Abraham. »
C'est, semble-t-il, la dénonciation de la perversité des Juifs, qui, souillés par le venin de leur âme malveillante, aiment les ondulations des serpents et leurs cachettes souterraines au lieu des mystères de la connaissance de Dieu. Pourtant les paroles « qui vous a appris à fuir devant la colère qui vient ? » montrent que la miséricorde de Dieu leur a donné la prudence pour faire pénitence de leurs fautes en conjurant par une prévoyante dévotion le redoutable jugement à venir. C'est donc à la race, non à la descendance, qu'il faut rapporter cette comparaison des vipères. Ou peut-être, selon qu'il est écrit : « Soyez prudents comme les serpents » (Matth., X, 16), c'est montrer qu'ils ont la prudence naturelle, voyant leur avantage et empressés à le demander, mais ne renonçant pas encore à leurs fautes. Et on les avertit de se réclamer plutôt de l'éclat de leurs œuvres que de la noblesse de leur race, attendu que la naissance ne confère aucun privilège si elle n'est appuyée par l'héritage de la foi : celle-ci, par le vouloir de Dieu, va être transférée aux peuples de la gentilité, comme il l'a révélé en ces termes prophétiques : « Dieu, dit-il, a le pouvoir de tirer de ces pierres des enfants d'Abraham. » Car, bien que Dieu puisse transformer et interchanger les diverses espèces, pourtant, trouvant plus de profit dans le mystère que dans le miracle, je ne dois reconnaître en ce message du Christ rien autre que la construction de l'Église naissante, qui, bâtie non de quartiers de roc mais de pierres vivantes, s'élève en demeure de Dieu et jusqu'au faîte du temple par la conversion de nos cœurs. Oui, Dieu se préparait à amollir la dureté de nos âmes et à tirer de ces pierres d'achoppement des adeptes de la religion. Pouvaient-ils passer pour autre chose que des pierres, ces serviteurs de pierres, semblables assurément à elles, eux qui les façonnaient (Ps. 113, 16) ? Il est donc prophétisé que la foi sera déposée dans les cœurs de pierre des Gentils, et les oracles promettent que la foi rendra fils d'Abraham ceux chez qui la dureté du cœur avait engendré une âme de pierre, un naturel insensible et sans raison. Car si la sentence de l'Apôtre a comparé à des pierres vivantes les hommes affermis dans la vigueur de la foi, selon qu'il est écrit : « Et vous, telles des pierres vivantes, vous formez une demeure spirituelle, pour un sacerdoce saint, pour offrir des victimes spirituelles » (I Pierre, II, 5), en un sens bien plus profond, semble-t-il, la parole du prophète compare ici à des pierres les hommes qui avaient perdu le sentiment et l'esprit humain au point de croire que les pierres pouvaient abriter une réalité divine ; ainsi étaient-ils eux-mêmes changés en pierres, non quant à la nature de leur corps, mais quant à l'état de leur âme. Aussi bien sont-ils descendants d'Abraham selon la chair ceux qui sont appelés princes de Sodome (Is., I, 10) et parois blanchies (Act., XXIII, 3). Ainsi les privilèges de la race s'acquièrent par la ressemblance des mœurs plus que par la ligne des ancêtres.
Et même, pour vous montrer que les hommes ont été comparés à des pierres, le prophète a également comparé les hommes à des arbres, en ajoutant : « Déjà la cognée est mise à la racine des arbres. » Ce changement d'emblème a pour dessein de faire comprendre, par une gradation dans la comparaison, qu'il y a déjà chez l'homme un certain progrès et apprivoisement ; car, jusque-là informes d'aspect, dépourvus d'ornements, stériles et sans fruit, sans raison pour progresser, les voici représentés sous la figure des arbres, qui, par un avantage presque spirituel de leur nature, sont de belle apparence, agréables d'aspect, fertiles et fructueux, poussent leur cime, étendent leurs branches, sont chargés de fruits, revêtus de feuillage. Et plaise à Dieu que nous puissions imiter le naturel des arbres féconds et, par l'accroissement de nos mérites, soutenus par les racines d'une persévérante humilité, élevés de terre, beaux à voir, hausser la cime vigoureuse de nos œuvres fructueuses, de peur que la cognée du cultivateur évangélique ne tranche à la racine un tronc sauvage ! car « malheur à moi, si je n'évangélise pas ! » (I Cor., IX, 6). Mais ceci est la parole d'un Apôtre ; malheur à moi, si je ne pleure mes péchés ! malheur à moi, si je ne me lève pas au milieu de la nuit pour vous louer ! (Ps. 118, 62) malheur à moi, si je trompe mon prochain ! malheur, si je ne dis pas la vérité ! La cognée est déjà sur la racine : fasse qui le peut du fruit de grâce, qui le doit du fruit de pénitence ! Le Seigneur est là pour recueillir le fruit, donner la vie aux féconds, découvrir les stériles. Voici trois années qu'il vient (Lc, XIII, 7) et II n'a pu trouver du fruit chez les Juifs : puisse-t-il en trouver chez nous ! Il va faire abattre ceux qui n'ont pas de fruit pour qu'ils n'encombrent pas le sol ; mais à ceux qui n'ont pas encore de fruit de faire effort pour en rapporter à l'avenir ! Le bon cultivateur du champ interviendra pour nous les stériles, pour nous les infructueux, afin qu'on nous accorde un délai, qu'on use de patience : peut-être nous aussi pourrons-nous porter quelque fruit pour Dieu...
Le saint Baptiseur donne encore la réponse qui convient à chaque profession humaine, celle qui est unique pour tous : aux publicains, par exemple, de ne pas exiger plus que la taxe, aux soldats de ne pas faire tort, de ne pas chercher à piller, leur rappelant que la solde de l'armée a été instituée pour que la recherche de leur subsistance ne déchaîne pas le brigandage. Mais ces préceptes, et les autres, sont propres à chaque fonction ; la miséricorde est d'un usage commun, donc le précepte commun : à toute fonction, à tout âge elle est nécessaire jet tous doivent l'exercer. Ni le publicain ni le soldat n'en sont exemptés, ni l'agriculteur ou le citadin, le riche ou le pauvre : tous ensemble sont avertis de donner à celui qui n'a pas. Car la miséricorde est la plénitude des vertus ; aussi à tous est proposée la règle de la vertu achevée : ne pas être avare de ses vêtements et de ses aliments. Cependant la miséricorde même garde une mesure selon les ressources de la condition humaine, en sorte que chacun ne se dépouille pas entièrement mais partage ce qu'il a avec le pauvre.
« Comme le peuple se demandait et pensait au fond du cœur si Jean ne serait pas le Christ en personne, il leur adressa ces paroles : Moi, je vous baptise dans l'eau pour la pénitence » (Matth., III, 11). Jean voyait donc les secrets des cœurs ; mais voyons de qui vient cette grâce. Comment sont découverts aux prophètes les secrets des cœurs ? Paul l'a montré en ces termes : « Les secrets mêmes de son cœur seront dévoilés et, se prosternant sur la face, il adorera Dieu, proclamant que vraiment Dieu est parmi vous » (I Cor., XIV, 25). C'est donc le don de Dieu qui révèle, non la puissance de l'homme, qui est aidé par le bienfait divin plutôt qu'il ne voit par une faculté naturelle.
Or à quoi aboutit cette pensée des Juifs, sinon à prouver que, selon les Écritures, le Christ est venu ? Il y avait quelqu'un d'attendu et c'est bien Celui que l'on attendait qui est venu, non celui qu'on n'attendait pas. Or est-il plus grande folie que de reconnaître quelqu'un dans un autre et de ne pas croire qu'il soit en lui ? Ils pensaient qu'il viendrait par une femme, ils ne croient pas qu'il est venu par une vierge. Y avait-il naissance, selon la chair, plus digne de Dieu que celle-ci : le Fils immaculé de Dieu sauvegardant, même pour prendre corps, la pureté d'une naissance immaculée ? Et certes le signe de l'avènement divin avait été constitué dans l'enfantement d'une vierge, non d'une femme (Is., VII, 14).
« Moi, je vous baptise dans l'eau. »
II s'est empressé de prouver qu'il n'est pas le Christ, puisqu'il accomplit un ministère visible. Car l'homme subsistant en deux natures, savoir l'âme et le corps, la partie visible est consacrée par des éléments visibles, l'invisible par un mystère invisible : l'eau nettoie le corps, l'Esprit purifie les fautes de l'âme. Nous accomplissons l'un, nous appelons l'autre, encore que, sur la fontaine même, la divinité souffle sa sanctification ; car l'eau n'est pas toute l'ablution, mais ces deux choses ne peuvent se séparer ; c'est pourquoi autre fut le baptême de pénitence, autre est le baptême de grâce, celui-ci comportant les deux éléments, celui-là un seul. Car les fautes appartenant en commun à l'âme et au corps, la purification aussi devait leur être commune. S. Jean a donc fort bien répondu : montrant qu'il avait compris ce qu'ils remuaient dans leur cœur et, comme s'il n'avait pas compris, esquivant toute jalousie de grandeur, il a montré, non par sa parole mais par ses œuvres, qu'il n'était pas le Christ. L'affaire de l'homme, c'est de faire pénitence de ses fautes ; c'est le bienfait de Dieu que d'accomplir la grâce du mystère.
« Mais voici venir plus fort que moi. »
II n'a pas établi cette comparaison pour dire que le Christ est seulement plus fort que lui — car entre le Fils de Dieu et un homme il ne pouvait y avoir aucune comparaison — mais parce qu'il y a bien des forts. Le diable aussi est fort, car « personne ne peut enlever ses meubles à un fort sans avoir d'abord enchaîné ce fort » (Mc, III, 27). Donc il y a bien des forts, mais de plus fort il n'y a que le Christ. Aussi bien il s'est tellement gardé de se comparer qu'il a ajouté : « Je ne suis pas digne de porter ses chaussures » (Matth., III, 11), montrant que la grâce pour prêcher l'évangile a été dévolue aux Apôtres, qui sont chaussés pour l'évangile (Éphés., VI, 15). Il semble pourtant que, s'il parle ainsi, c'est que souvent Jean personnifie le peuple des Juifs, et c'est à quoi l'on rapporte cette parole : « II faut qu'il grandisse et que je diminue » (Jn, III, 30) : il fallait en effet que le peuple des Juifs fût amoindri, que grandît dans le Christ le peuple chrétien. D'ailleurs Moïse aussi personnifiait le peuple ; mais il portait la chaussure non du Seigneur mais de ses pieds. Ceux-là ont chaussé une chaussure qui peut-être n'était pas celle de leurs pieds, mais celui-ci reçoit l'ordre de détacher la chaussure de ses pieds (Ex., III, 5), afin que les pas de son cœur et de son âme, dégagés des entraves et des liens du corps, s'engagent dans les voies de l'esprit. Quant aux Apôtres, ils avaient quitté la chaussure du corps lorsqu'ils furent envoyés sans chaussure, sans bâton, sans besace, sans ceinture (Matth., X, 9 sqq.) ; mais ils n'ont pas sur l'heure porté les chaussures du Seigneur. Peut-être est-ce après la résurrection qu'ils commencèrent de les porter ; car auparavant ils étaient avertis de ne dire à personne les actions du Maître (Lc, VIII, 56), et plus tard il leur est dit : « Allez dans le monde entier et prêchez l'évangile » (Mc, XVI, 15), afin qu'avançant les pas de la prédication évangélique, ils promenassent par tout le inonde la suite des actions du Seigneur. Ainsi la chaussure nuptiale, c'est la prédication de l'évangile ; mais il sera plus à propos de nous en expliquer dans un autre endroit. « C'est Lui qui vous baptisera dans l'Esprit Saint et le feu. Il tient le van dans sa main, et II va nettoyer son aire et ramasser le blé dans son grenier ; quant aux pailles, II les brûlera dans un feu qui lie s'éteindra pas. » « Il tient le van dans sa main. » Cet emblème du van indique que le Seigneur a le droit de faire le départ entre les mérites : car, lorsque les blés sont vannés dans l'aire, le plein est séparé du vide, le fructueux du sec, par une sorte de contrôle que fait le souffle de l'air. Cette comparaison montre donc que le Seigneur, au jour du jugement, fera le départ entre les mérites et les fruits de la solide vertu et la légèreté stérile de la vaine jactance et des actions vides, pour placer les hommes d'un mérite achevé dans la demeure du ciel. Car pour être le fruit à point, il faut avoir mérité d'être conforme à Celui qui, tel le grain de blé, est tombé pour porter en nous des fruits abondants, qui déteste la paille, qui n'aime pas les œuvres stériles. Aussi « devant Lui brûlera un feu » (Ps. 96, 3) d'une nature non nuisible, puisqu'il consumera les mauvais produits de l'iniquité, fera ressortir l'éclat du bon aloi.
Luc III, 21-24. Baptême du Christ.
"Or il advint que, tout le peuple ayant été baptisé, comme Jésus aussi avait été baptisé et priait, le ciel s'entrouvrit et l'Esprit Saint descendit sur Lui sous forme corporelle, comme une colombe, et une voix se fit entendre du ciel : Vous êtes mon Fils, en vous je me complais. »
Le Seigneur a donc été baptisé : II voulait non pas être purifié mais purifier les eaux, afin que, lavées par la chair du Christ qui n'a pas connu le péché, elles eussent le pouvoir de baptiser. Ainsi quiconque vient au bain du Christ y laisse ses péchés. Or l'évangéliste S. Luc s'est sagement borné à résumer ce qu'avaient dit les autres et a donné à entendre que le Seigneur fut baptisé par Jean, plutôt qu'il ne l'a exprimé. Quant au motif de ce baptême du Seigneur, le Seigneur même s'en explique par ces mots : « Laisse faire à présent : c'est ainsi qu'il nous sied d'accomplir toute justice » (Matth., III, 15). Dieu ayant donc tant fait, par une faveur divine, que, pour la construction de son Église, après les patriarches, les prophètes, les anges, le Fils unique de Dieu est descendu et venu au baptême, ne reconnaissons-nous pas avec quelle vérité, combien divinement il a été dit de l'Église : « Si le Seigneur ne se construit une demeure, en vain travaillent ceux qui la construisent ? » Et rien de surprenant à ce que l'homme ne puisse construire, puisqu'il ne peut garder : « Si le Seigneur ne garde la cité, en vain veillent ceux qui la gardent. » Ainsi parle certain psaume (Ps. 126, 1). J'oserai pourtant dire à mon tour que l'homme ne peut s'engager dans une voie s'il n'a le Seigneur pour l'y précéder ; aussi est-il écrit : « Tu marcheras à la suite du Seigneur ton Dieu » (Deut., XIII, 4) et « c'est le Seigneur qui conduit les pas de l'homme » (Prov., XX, 24). Enfin tel parfait, qui comprenait que sans le Seigneur il ne pouvait marcher, a dit : « Enseignez-moi vos voies » (Ps. 24, 4). Et, pour en venir à l'histoire — car nous n'y devons pas simplement puiser la suite des faits, mais encore ordonner nos actions à l'imitation de ce qui est écrit — le peuple sortit d'Égypte ; il ignorait la voie qui devait le conduire à la Terre sainte ; Dieu envoya une colonne de feu afin que, pendant la nuit, le peuple connût son chemin ; il envoya aussi pendant le jour une colonne de nuée pour qu'ils ne déviassent ni à droite ni à gauche. Mais vous n'en êtes pas, ô homme, à mériter vous aussi une colonne de feu ; vous n'avez pas Moïse, vous ne recevez pas de signe ; car, maintenant que le Seigneur est venu, la foi est requise, les signes sont retirés. Craignez le Seigneur et comptez sur le Seigneur ; car « le Seigneur enverra les anges autour de ceux qui le craignent, et II les délivrera » (Ps. 33, 8). Vous voyez bien que partout la puissance du Seigneur collabore avec les efforts de l'homme, en sorte que personne ne peut construire sans le Seigneur, personne garder sans le Seigneur, personne entreprendre chose quelconque sans le Seigneur. Aussi, selon l'Apôtre, « que vous mangiez ou buviez, faites tout à la gloire de Dieu » (I Cor., X, 31), au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ : car en deux épîtres il nous a prescrit d'agir, ici « au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ » (Col., III, 17), là « à la gloire de Dieu » : vous saurez ainsi que le Père et le Fils ont la même gloire et la même puissance et qu'il n'y a aucune différence quant à la divinité entre le Père et le Fils, qui, pour nous protéger, ne sont pas en désaccord.
David m'a donc appris que personne, sans le Seigneur, ne construit la maison, ne garde la cité. Moïse aussi m'a appris que nul autre que Dieu n'a fait le monde ; car « au commencement Dieu fit le ciel et la terre » (Gen., I, 1). Il m'a également appris que Dieu a fait l'homme par son travail, et ce n'est pas sans dessein qu'il a écrit : « Dieu façonna l'homme du limon de la terre et souffla sur son visage un souffle de vie » (Ib., II, 7), pour vous faire remarquer comme une activité de Dieu pour construire l'homme par une sorte de travail corporel. Il m'a encore appris que Dieu a aussi fait la femme : car « Dieu envoya le sommeil à Adam, et il s'endormit ; et II prit une côte à son flanc et II reforma sa chair. Et le Seigneur Dieu façonna en femme la côte qu'il avait prise à Adam » (Ib., II, 21 sqq.). Ce n'est pas en vain, ai-je dit, que Moïse montre Dieu travaillant pour Adam et Eve comme avec des mains de chair. Pour le monde, Dieu ordonna qu'il se fît, et il fut fait ; et par ce seul mot l'Écriture indique l'achèvement de l'ouvrage du monde ; on en vient à l'homme, et le prophète a pris soin de nous montrer pour ainsi dire les mains mêmes de Dieu au travail. Ce façonnement par Dieu de ces ouvrages me pousse à entendre ici je ne sais quelle chose en plus de ce que je lis. L'Apôtre vient en aide à mon embarras, et ce dont je ne comprenais pas, moi, le sens « c'est l'os de mes os et la chair de ma chair, et celle-ci sera appelée femme parce qu'elle a été prise de son homme » (Ib., II, 23), il me l'a révélé dans l'Esprit Saint en disant : « C'est là un grand mystère. » Quel mystère ? « C'est qu'à deux ils ne seront qu'une chair, et que l'homme quittera son père et sa mère pour s'attacher à sa femme », et " parce que nous sommes membres de son corps, faits de sa chair et de ses os » (Éphés., V, 30-32). Qui est cet homme pour qui la femme doit quitter ses parents ? L'Église a quitté ses parents, elle a rassemblé des peuples de la gentilité, à qui il est dit prophétiquement : « Oublie ton peuple et la demeure de ton père » (Ps. 44,11). Pour quel homme ? Ne serait-ce pas pour Celui dont Jean a dit : « Après moi vient un homme qui a passé devant moi » ( Jn, l, 30) ? de son côté, comme II dormait, Dieu a pris une côte ; car c'est lui « qui a dormi, qui s'est reposé et qui s'est relevé parce que le Seigneur l'a recueilli » (Ps. 3, 6). Quelle est sa côte sinon sa puissance ? Car c'est au moment même où le soldat ouvrit son côté que soudain sortit l'eau et le sang qui fut répandu pour la vie du monde ( Jn, XIX, 34). Cette vie du monde est la côte du Christ, c'est la côte du second Adam ; car « le premier Adam fut âme vivante, le dernier Adam esprit vivifiant » (I Cor., XV, 45) ; le dernier Adam, c'est le Christ, la côte du Christ, c'est la vie de l'Église. Nous sommes donc « membres de son corps, faits de sa chair et de ses os » (Éphés., V, 30). Et peut-être est-ce de cette côte qu'il a dit : « Je sens qu'une puissance est sortie de moi » (Lc, VIII, 46). C'est la côte qui est sortie du Christ et n'a pas amoindri son corps ; car c'est une côte non corporelle, mais spirituelle ; or l'esprit ne se partage pas mais « partage à chacun comme il veut » (I Cor., XII, 11). Voilà Eve, mère de tous les vivants. Car si vous comprenez : « Vous cherchez Celui qui vit avec les morts » (Lc, XXIV, 5), vous comprenez qui sont les morts : sans le Christ, n'ayant point part à la vie, car c'est n'avoir point part au Christ, puisque le Christ est la vie. La mère des vivants, c'est donc l'Église que Dieu a construite ayant pour pierre d'angle le Christ Jésus lui-même, en qui tout l'édifice est appareillé et s'élève pour former un temple (Éphés., II, 20).
Que Dieu vienne donc ; qu'il construise la femme : l'autre comme aide d'Adam, celle-ci pour le Christ : non pas que le Christ réclame un auxiliaire, mais parce que nous désirons, nous, et cherchons à parvenir à la grâce du Christ par l'Église. Maintenant encore elle se construit, maintenant encore elle se forme, maintenant encore la femme est façonnée, maintenant encore elle est créée. Aussi l'Écriture a-t-elle usé d'une expression nouvelle, que nous sommes surélevés sur le fondement des Apôtres et des prophètes (Éphés., II, 20). Maintenant encore la maison spirituelle s'élève pour un sacerdoce saint (I Pierre, II, 5). Venez, Seigneur Dieu, construisez cette femme, construisez la cité. Que votre serviteur vienne aussi ; car je crois à votre parole : « C'est lui qui me construira la cité » (Is., XLV, 13). Voici la femme, mère de tous, voici la demeure spirituelle, voici la cité qui vit à jamais, car elle ne saurait mourir : c'est bien elle la cité de Jérusalem, que maintenant l'on voit sur terre mais qui sera transportée au-dessus d'Élie — Élie était une unité — transportée au-dessus d'Enoch, de la mort duquel il n'est pas question : car lui « fut enlevé pour que le mal ne lui changeât pas le cœur » (Sag., IV, 11), tandis que celle-ci est aimée du Christ comme étant glorieuse, sainte, sans tache, sans ride (Éphés., V, 27). Et combien tout le corps n'a-t-il pas plus de titres que lui à être enlevé ! Telle est, en effet, l'espérance de l'Église : elle sera certainement emportée, enlevée, transportée au ciel. Voyez : Élie fut emporté sur un char de feu, l'Église sera emportée. Vous ne me croyez pas ? Croyez-en du moins Paul, en qui le Christ a parlé : « Nous serons emportés, dit-il, sur les nuées au-devant du Christ dans les airs ; et de la sorte nous serons pour toujours avec le Seigneur » (I Thess., IV, 17). Pour la construire donc, beaucoup sont envoyés : envoyés les patriarches, envoyés les prophètes, envoyé l'archange Gabriel ; d'innombrables anges y sont appliqués, et la multitude de l'armée céleste loue Dieu parce que la construction de cette cité se faisait proche. Beaucoup y sont envoyés, mais le Christ seul la construit ; pourtant II n'est pas seul, parce que le Père est présent ; et s'il est seul à construire, II ne revendique pas pour Lui seul le mérite d'une telle construction. Il est écrit du temple de Dieu que construisit Salomon, et qui figurait l'Église, qu'ils étaient soixante-dix mille à transporter sur leurs épaules et quatre-vingt mille tailleurs de pierres (II Sam., III). Que ces anges viennent, que viennent les tailleurs de pierres, qu'ils taillent le superflu de nos pierres, qu'ils en polissent les aspérités ; que viennent aussi ceux qui portent sur les épaules ; car il est écrit : « On les portera sur les épaules » (Is., XLIX, 22).
Il vient donc à Jean, — puisque vous êtes renseignés sur le reste — II vient au baptême de Jean. Mais le baptême de Jean comportait le repentir des fautes ; aussi Jean l'arrête-t-il, Lui disant : « C'est moi qui dois être baptisé par vous, et vous venez à moi ? » (Matth., III, 14) ; pourquoi venir à moi, vous qui n'avez pas de péché ? Celui-là doit être baptisé qui est pécheur, mais Celui qui n'a pas commis de péché, pourquoi demanderait-II le bain de pénitence ?
« Laisse pour le moment », dit-II — c'est-à-dire tandis que se construit, l'Église — « il nous sied d'accomplir toute justice » (Ib., 15). Qu'est la justice, sinon la miséricorde ? car « II a distribué, II a donné aux pauvres : sa justice demeure à jamais » (Ps. 111, 9). Il m'a donné à moi pauvre, II m'a donné à moi indigent la grâce que je n'avais pas auparavant : sa justice demeure donc à jamais. Qu'est-ce que la justice, sinon d'entreprendre le premier ce que vous voulez que fasse autrui et d'encourager les autres par votre exemple ? qu'est-ce que la justice, sinon qu'ayant pris chair, loin d'écarter comme étant Dieu la sensibilité ou les servitudes de la chair, II triomphât de la chair comme homme pour m'enseigner à en triompher ? car II m'a enseigné de quelle manière je pourrais donner à cette chair, souillée et encrassée par les vices de la terre auxquels elle est sujette, la sépulture quant aux crimes, le renouveau des vertus. Ô prévoyance vraiment divine en l'abaissement même du Seigneur ! car plus profond a été l'abaissement, plus divine la prévoyance. Dieu se trahit par l'excès de ses affronts ; et par l'emploi de ces remèdes, Lui qui n'avait besoin de nul remède, II s'affirme Dieu. Y avait-il chose aussi divine, pour appeler les peuples, que de ne permettre à personne de se dérober au bain de grâce, quand le Christ ne s'est pas dérobé au bain de pénitence, à personne de se dire exempt de péché, quand le Christ est venu au remède des péchés ? Si pour nous le Christ s'est lavé, ou mieux s'il nous a lavés dans son corps, combien plus nous autres devons-nous laver nos fautes ! Quelle œuvre donc, quel mystère montre davantage Dieu, bien que Dieu soit en tout, que ceci : à travers le monde entier où est disséminée la race et le genre humain, à travers les distances et les espaces qui séparent les pays, en un moment, dans un seul corps, Dieu effaçant la duperie de l'antique erreur, répandant la grâce du Royaume des cieux ? car seul II s'est plongé, mais II a relevé tout le monde ; seul II est descendu pour que nous remontions tous ; seul II s'est chargé des péchés de tous pour qu'en Lui les péchés de tous fussent purifiés. « Purifiez-vous » donc, comme le dit l'Apôtre (Jac., IV, 8), puisque Celui-là s'est purifié pour nous qui n'avait pas besoin de purification.
Ceci pour nous. Maintenant considérons le mystère de la Trinité. Nous disons que Dieu est unique, mais nous confessons le Père et nous confessons le Fils. Car, alors qu'il est écrit : « Vous aimerez le Seigneur votre Dieu et ne servirez que Lui seul » (Deut., X, 20), le Fils a déclaré n'être pas seul en disant : « Mais je ne suis pas seul, car mon Père est avec moi » (Jn, XVI, 32). En ce moment aussi II n'est pas seul : car le Père témoigne de sa présence, l'Esprit Saint est là ; jamais en effet la Trinité ne peut se séparer. Aussi bien « le ciel s'entrouvrit, l'Esprit Saint descendit sous forme corporelle, comme une colombe ». Comment donc les hérétiques disent-ils qu'il est seul dans le ciel quand II n'est pas seul sur terre ? Prenons garde au mystère. Pourquoi : « comme une colombe ? » c'est que la simplicité est requise pour la grâce du baptême, en sorte que nous soyons « simples comme des colombes » (Matth., X, 16). La paix est requise pour la grâce du baptême, elle que, selon la figuration antique, une colombe apporta jadis à cette arche qui seule fut préservée du déluge. Ce que figurait cette colombe, je l'ai appris de Celui qui a maintenant daigné descendre sous l'aspect d'une colombe : II m'a appris que par ce rameau, par cette arche étaient figurées la paix et l'Église et qu'au milieu même des cataclysmes du monde l'Esprit Saint apporte à son Église la paix fructueuse. David aussi me l'a enseigné, quand, voyant dans une inspiration prophétique le mystère du baptême, il a dit : « Qui me donnera des ailes comme à la colombe ? » (Ps. 54, 7).
L'Esprit Saint est donc venu ; mais soyez attentifs au mystère. Il est venu au Christ, car « tout a été créé par Lui et subsiste en Lui » (Col., I, 16 sqq.). Mais voyez la bienveillance du Seigneur, qui seul s'est soumis aux affronts, n'a pas seul recherché l'honneur. Et comment a-t-il construit l'Église ? « Je prierai mon Père, dit-II, et II vous enverra un autre Consolateur pour être avec vous à jamais, l'Esprit de vérité que ce monde ne peut accueillir, parce qu'il ne le voit ni ne le connaît » ( Jn, XIV, 16 sqq.). C'est donc à juste titre qu'il s'est montré corporellement, puisque dans la substance de sa divinité on ne le voit pas.
Nous avons vu l'Esprit, mais sous une apparence corporelle. Voyons aussi le Père. — Mais nous ne pouvons le voir.— Écoutons-le. Car II est là ce Dieu bienveillant, Une délaissera pas son temple ; II veut construire toute âme, lui donner forme pour le salut ; II veut transporter les pierres vivantes de la terre au ciel. Il aime son temple, et nous, aimons-le. Aimer Dieu, c'est observer ses commandements ; l'aimer, c'est le connaître : car « celui qui dit le connaître et n'observe pas ses commandements est menteur » (I Jn, II, 4). Comment en effet peut-on aimer Dieu si l'on n'aime pas la vérité, alors que Dieu est vérité (ib., V, 6) ?.
Écoutons donc le Père ; car le Père est invisible. Mais le Fils également est invisible en sa divinité, car « personne n'a jamais vu Dieu » (Jn, I, 18) ; donc, le Fils étant Dieu, en tant que Dieu le Fils ne se voit pas. Mais II a voulu se montrer dans un corps ; et comme le Père n'avait pas de corps, le Père a voulu nous prouver qu'il est présent dans le Fils, en disant : « Vous êtes mon Fils, en vous je me complais. » Si vous voulez apprendre que le Fils est toujours présent avec le Père, lisez la parole du Fils qui dit : « Si je monte au ciel, vous y êtes ; si je descends aux enfers, vous êtes présent » (Ps. 138, 8). Si vous désirez le témoignage du Père, vous l'avez entendu de Jean : ayez confiance en celui à qui le Christ s'est confié pour être baptisé, près de qui le Père a accrédité le Fils par une parole venue du ciel, en ces termes : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je me complais ». Où sont les Ariens, à qui déplaît ce Fils en qui le Père s'est complu ? Ce n'est pas moi qui le dis et ce n'est pas un homme quelconque qui l'a dit ; car Dieu ne l'a pas désigné par un homme ni par des anges ni par des archanges, mais c'est la parole proférée du ciel par le Père même qui l'a marqué. Au reste ce même Père y est revenu ailleurs en ces termes : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je me complais ; écoutez-le (Matth., XVII, 5) ; oui, écoutez-le quand II dit : « Moi et mon Père nous sommes un » (Jn, X, 30). Donc ne pas croire le Fils, c'est ne pas croire le Père ; celui-ci est témoin pour son Fils : douter du Fils, c'est ne pas croire au témoignage du Père. Enfin quand II dit : « En qui je me complais », ce qu'il loue dans son Fils n'est pas à un autre, mais à Lui. Qu'est-ce à dire : « En qui je me complais », sinon que tout ce qu'a mon Fils est mien, de même que le Fils a dit : « Tout ce qu'a mon Père est à moi » (Jn, XVI, 15) ? La puissance d'une divinité sans différence fait qu'il n'y a nulle diversité entre le Père et le Fils, mais que le Père et le Fils ont part à un même pouvoir. Croyons au Père, dont les éléments ont répercuté la voix ; croyons au Père, à la voix duquel les éléments ont prêté leur ministère. Le monde a cru dans les éléments, qu'il croie dans les hommes ; il a cru par les objets inanimés, qu'il croie par les vivants ; il a cru par ce qui est muet, qu'il croie par ceux qui parlent ; il a cru par ce qui est sans intelligence, qu'il croie par ceux qui ont reçu l'intelligence pour connaître Dieu.