CHAPITRE VIII - Job doit confesser ses fautes. - Paroles de Baldad de Sueh.
4. « Il a pris en « main leurs iniquités. » Il les a pris en main eux-mêmes ou pour les châtier, ou pour les supputer et les trouver ainsi ses débiteurs, parce qu'ils avaient péché.
6. « Il te rétablira dans la vie de la justice, » dans la vie qui est due à la justice, c'est-à-dire dans la vie bienheureuse.
7. « Et ta première prospérité paraîtra sans éclat, » en comparaison des biens à venir qui sont infinis.
10. « Ceux-ci ne pourront-ils pas t'instruire et te parler sagement ? » L'autorité de plusieurs est toujours plus grande : il va donc dire ce qui lui a été révélé du Christ, comme déjà Eliphaz a répété ce qu'il avait appris par inspiration.
11. « Est-ce que le jonc peut croître sans eau ? » Ainsi se dessécheront les impies loin de la divine miséricorde.
12. « Il s'arrête au moment de croître et personne ne vient le cueillir, » puisqu'il est sans eau. « Avant d'être arrosée l'herbe ne se dessèche-t-elle pas? » si elle n'est arrosée; jamais en effet l'impie n'a pu croître.
14. « Les araignées rempliront sa demeure. » Ce sont les oeuvres inutiles. Il semble parler ici des Juifs et de Notre-Seigneur.
15. « S'il veut étayer sa maison, elle s'écroulera. » Létayer ou sur les saintes Écritures, ou sur l'espérance des divines promesses : n'est-il pas ici question du royaume de Dieu ? « S'il commente, il ne pourra persévérer, » à suivre Dieu. C'est ce qui est arrivé aux Juifs, qui ne l'ont point suivi jusqu'à la fin.
16. « Il est humide devant le soleil. » Ils se corrompent sous le flot des passions humaines. Il dit : « devant le soleil, » sous le poids des tribulations. Devant, peut signifier sous; ainsi nous disons; fais cela devant moi, sous mes yeux. « Et en pourrissant il fait croître son germe. » S'ils n'avaient pas été si pervertis, la passion n'aurait pas élevé celui qui était né d'eux selon la chair (Rom. IX, 5).
17. « Il s'endort sur des monceaux de pierres. » Ce sont ceux qui l'ont crucifié. « Et il vivra au milieu des cailloux; » au milieu des humbles, parmi lesquels étaient les Apôtres.
18. « Si on le fait disparaître, le lieu qu'il occupait ne le reconnaîtra plus. » S'il ne montre pas qu'il est le Fils de Dieu, on dira qu'il ne l'est point: il faut donc qu'il le déclare lui-même, car où il se trouve, on ne veut pas reconnaître les oeuvres de Dieu.
19. « Et un autre sortira de terre; » ou Notre-Seigneur en ressuscitant, ou une autre race de justes, celle des Chrétiens.
20. «le Seigneur ne mettra pas à l'épreuve « son innocence. » Dominos non probabit innocentem. Faut-il traduire : Le Seigneur ne réprouvera pas lhomme innocent? ou bien, ne trouvera pas innocent l'impie? « Aucun présent, » les sacrifices crue lui offraient les Juifs.
21. « Il mettra la joie aux lèvres des hommes sincères; » de ceux qui s'avouent coupables. « Et tente ne l'impie ne pourra se tenir debout; » ou leur temple, ou leur royaume.
CHAPITRE IX. - Réponse de Job.
« Je sais qu'il en est ainsi. » C'est-à-dire, qu'il m'a accablé de ces maux; à cause de mes iniquités, mais ce n'est point comme vous l'avez pensé, c'est plutôt parce qu'aucun homme n'est juste devant lui.
3. « De mille accusations on ne pourra répondre à une seule. » En toutes il prouvera qu'ils sont coupables.
5. « Il fait vieillir les montagnes et elles l'ignorent. » Il les affaiblit peu à peu, comme il est dit : « J'ai vieilli au milieu de mes ennemis (Ps. VI, 8). « Il les renverse dans sa colère. » Lorsqu'il est irrité contr'eux, il les renverse, pour qu'ils ne trouvent point ce qu'ils avaient cherché, puisque celui qui s'élève sera abaissé (Luc, XIV, 11).
6. « Il ébranle le monde dans ses fondements; » ainsi quand il a appelé les hommes à lui, il a ébranlé ceux qui étaient au premier rang. « Et ses colonnes chancèleront. »
7. « Il commande et le soleil ne se lève point. » Ou la sagesse ne sera point connue, ou ceux qui écrivent rie seront point compris, selon cette parole: « Scelle le livre (Dan. XII, 4). »
8. « C'est lui seul qui étend les cieux; » l'Église siège, de sa puissance, qu'il répand par tout le monde. « C'est lui seul, » dit-il, pour exprimer l'unité de la Trinité, car tout a été fait par le Fils, dans le Saint-Esprit. « Il s'avance sur les flots comme sur la terre. » Sur la terre, c'est-à-dire en affermissant son Église sur de fermes appuis au milieu des agitations du monde, ou bien en soumettant à sa puissance les pécheurs qui ne peuvent l'engloutir; jamais il ne fléchit devant leurs efforts.
11. « S'il passe devant moi, je ne le verrai point. S'il est plus élevé que moi et qu'il m'étourdisse par la rapidité de sa course, je ne le connaîtrai pas. » Il faut donc qu'il compatisse à ma faiblesse et ne m'abandonne pas.
12. « S'il livre à la mort, qui pourra l'éditer? » Il livre à la mort, quand il passe avec dédain, ou sans être connu; et c'est bien la mort. Pour lâme que de ne pas connaître Dieu.
13. « Nul ne peut éviter les coups de sa colère. » Celle d'un autre peut être évitée par un plus puissant. « Il a assujetti tout ce qui est sous le ciel. » Il faut en excepter le ciel, c'est-à-dire la créature douée de raison, parce que si celle-ci s'était soumis à elle-même toutes les autres, jamais elle n'aurait pu être châtiée par les êtres qu'elle aurait soumis à sa puissance: mais comme c'est Dieu qui les lui a subordonnés, elle trouve en eux son châtiment, quand elle offense celui qui les lui a assujettis.
15. « Quand même je. serais juste, il ne m'exaucera pas ; » si, en le priant je; m'appuie sur ma sainteté. Car s'il compare mes mérites avec les saints qui sont près de lui immortels et immuables, il rejettera ma prière comme celle d'un criminel. Il est donc vrai que sa miséricorde m'est nécessaire. « J'implorerai son jugement, » parce que je ne puis me croire juste moi-même, selon cette parole : « Je ne me juge point c'est le Seigneur qui est mon juge (I Cor. IV, 3, 4). »
16. « Si je linvoque et qu'il ne m'exauce point, je ne croirai pas qu'il ait entendu ma voix. » Lorsque je réclame son jugement, s'il ne m'exauce point, je ne croirai pas qu'il m'ait jamais exaucé, mais qu'il a prêté l'oreille à mes paroles pour des motifs secrets et non à cause de l'excellence de ma prière. Ou bien : je ne crois pas qu'il ne m'exauce point maintenant, puisqu'il m'a quelquefois exaucé. Voici encore une autre explication : S'il m'accorde ce que je demande, je croirai qu'il m'a exaucé, car si je ne le crois pas, bien que j'aie ce que j'ai demandé, je ne suis point exaucé; ainsi la foi de celui qui prie serait le signe qu'il a été exaucé.
17. « De peur que je ne sois brisé dans la tempête: » aussi ai-je réclamé son jugement, de peur qu'il ne me brise dans la tempête. « Il a multiplié sur moi les tribulations, sans motif; » je n'ai pu en connaître le motif. Voilà.. bien le langage d'un homme qui avoue que les châtiments de Dieu ne l'ont point changé, et qu'il peut être englouti par la tempête, c'est-à-dire, frappé d'un châtiment encore plus rigoureux.
18. « Il me laisse à peine respirer; » tant est grand le nombre de mes afflictions.
19. « Parce qu'il est le Tout-Puissant, il l'emporte. » Il m'a vaincu, afin que je fasse sa volonté et non la Arienne. « Quand même je serais juste, l'impiété serait encore sur mes lèvres : » si je me croyais juste.
21. « Néanmoins la vie me sera ôtée. » Quand même j'ignorerais si j'ai agi avec impiété, on m'ôtera la vie ; on me condamnera à souffrir ce que je redoute, et à ne pas faire ce que je désire.
22. « Je n'ai dit qu'une seule chose : la colère brise le fort et le puissant. » C'est-à-dire, sis les hommes sont affligés, c'est afin que nul d'entre eux ne s'appuie sur ses propres foras, pour se croire puissant et redoutable.
23. « Car une longue mort. est le partage du méchant; » et non une mort courte, comme celle du juste, lorsqu'il est dans la peine et tourné en dérision par les impies.
24. « La terre a été livrée aux mains de l'impie. » Les saints dans leur corps et non dans leur âme lui sont livrés, quand il les persécute, ou qu'il peut leur imposer ses volontés. On peut voir encore ici le pécheur tombant aux mains du démon dans sa nature mortelle. « Il prononce son jugement et ne le lui fait point connaître. » Le jugement du juste comme celui de l'impie n'est point connu en cette vie. Ou bien, il lui fait son jugement, il le punit en tenant pour lui cachés les décrets de sa. Providence, selon cette parole : « Dans l'excès de sa colère, il l'abandonnera (Ps. IX, 26). » Ou bien encore : il venge le juste en cachant à son persécuteur les décrets de sa justice, c'est-à-dire ceux de sa Providence, afin que l'impunité le conduise plus avant dans les pièges de son péché. « Et si ce n'est point lui, quel autre est-ce donc? » Tout ceci peut s'entendre de Notre-Seigneur, qui fut tourné en dérision, et dont la terre, c'est-à-dire le corps, fut livré aux mains des Juifs;. et c'est quand son jugement fut rendu, que sa majesté demeura inconnue. « Et si ce n'est point lui, quel autre donc » pour,rait montrer plus de puissance? Ou bien encore Site n'est point Dieu qui juge le juste et l'impie, quel autre pourrait le faire?
25. « Ma vie est plus rapide qu'un coursier. » Il regarde comme des fugitifs, ceux qui s'éloignent de la sainteté, pareils au jeune prodigue qui partit pour un pays lointain (Luc, XV, 13).
26. « Ou de l'aigle abaissant son vol et cherchant sa proie. » De ce rang élevé, où les créatures douées de raison goûtent le bonheur mérité par leurs actes de vertu, ils se sont abaissés jusqu'aux voluptés charnelles.
27. « Si je veux élever la voix, j'oublie à mesure que je parle. » De même que la parole ne s'adresse qu'aux objets extérieurs, ainsi l'âme se produisant au dehors, et séduite par les appâts de la créature, oublie son Créateur au dedans d'elle-même. « Je baisse la tête, et n'ai plus qu'à gémir. » Ces chutes en effet son suivies de douleurs.
28. « Tous mes membres frémissent. » C'est la crainte qui prépare la conversion.
29. « Si je suis un impie, pourquoi ne suis-je point mort, plutôt que de souffrir? » Je le sais, tu l'entends, toi-même. Il veut dire peut-être encore qu'il souffre, parce qu'il n'est point mort à l'impiété.
30. « Et je serai purifié par des mains pures. » Par celles de Dieu ou les siennes, c'est-à-dire par les bonnes oeuvres après son retour à la grâce.
31. « Vous m'avez couvert de souillures; » jeté au milieu de cette vie mortelle. « Et mon vêtement m'a maudit : » celui de l'immortalité, dont nous voulons être revêtus (II Cor. V, 4). Mais parce que nous ne le pouvons dans cette vie de péché, il ajoute : « Et mon vêtement m'a maudit. »
32. « Vous n'êtes point un homme semblable à moi, que je puisse contredire. » Devant un homme je pourrais proclamer ma justice, mais à votre tribunal, je ne suis qu'un pécheur.
33. « Qu'un autre soit juge entre vous et moi! » Ce serait un blasphème, si on ne savait qu'il appelle ici le Médiateur de Dieu et des hommes (I Tim. II, 5), pour présenter ses prières. Placé entre l'un et l'autre, ce médiateur écoute l'homme pour le reprendre, car le Fils a reçu du Père le pouvoir de tout juger (Jean, V, 22). « Qu'il m'accuse et se prononce entre nous deux! »
34. « Qu'il détourne de moi sa verge : » que la crainte de la Loi disparaisse, et que je lui sois uni par la liberté de l'adoption et l'amour.
35. « Car ainsi je ne suis point maître de mes pensées; » parce que je suis attaché aux objets extérieurs.
CHAPITRE X - Plaintes et prière de Job.
1. « Je parlerai contre moi. » C'est un humble aveu.
2. « Et je dirai au Seigneur : Ne m'enseignez pas à devenir impie. » Ne m'éprouvez pas au-delà de mes forces, et lie laissez point venir à moi ce qui m'entraînerait à l'impiété:
3. « Vous semble-t-il bon que .j'aie commis l'iniquité? » Vous n'approuvez pas, assurément, que je l'aie commise; vous n'avez donc pas été injuste, en disposant ainsi de moi. « Puisque vous méprisez l'ouvrage de vos mains; » si néanmoins vous méprisez après l'ouvrage de vos mains. « Considérez-vous les desseins des impies ? » Il n'est point question de l'impiété qui se montre aux hommes. Ces mots : « Considérez-vous les desseins des impies? » ne signifient pas que Dieu se plait à les voir commettre l'iniquité.
4. « Regardez-vous comme l'homme regarde? » Evidemment vous ne voyez point comme l'homme. C'est pourquoi vous avez considéré les projets des impies; je veux parler de l'impiété connue de vous seul, et que les hommes ne peuvent voir.
5. « Ou votre vie est-elle la vie de l'homme? », c'est-à-dire de peu de durée, de manière à ne pouvoir juger de ce qui est éternel.
6. « Vous avez sondé mes iniquités. » Car on ne peut vous cacher ce que l'on cache aux hommes.
7. « Vous savez que je ne suis pas un impie.» Jamais devant les hommes je n'ai agi avec impiété. « Mais qui peut s'échapper de vos mains? » lorsque vous jugez, car vous jugez en Dieu, vous voyez des impiétés que l'homme ne peut découvrir.
8. « Mais ensuite changeant vos desseins, vous m'avez frappé. » C'est lui et non pas Dieu qui a changé : mais l'homme, en se pervertissant, croit que Dieu change à son tour, pareil aux yeux longtemps habitués aux ténèbres et pour qui le soleil semble ensuite être changé.
9. « Souvenez-vous donc que vous m'avez pétri d'argile. » Ainsi j'ai besoin de votre miséricorde. « Et que vous me ferez retourner en terre, » par la mort qui est la peine du péché.
10. « N'avez-vous pas épaissi ma substance comme le lait? » C'est que Dieu témoigne sa miséricorde aux mortels, dès le moment même où il les forme de la substance informe de leurs parents.
13. « Vous contenez tous ces trésors en vous-même, et vous pouvez tout. » Telle est leur bonté, qu'ils produisent les principes vivants de la chair.
14. « Si je commets le péché, vous me protégez encore, » soit pour ne point me perdre, soit pour ne point me laisser ignorer mon péché.
15. « Et si je suis juste, à peine osè-je respirer, » devant les autres hommes: car vous découvrez des péchés qu'ils ne peuvent connaître. « Je suis couvert de confusion, » en votre présente.
16. « Je suis pris comme le lion que l'on conduit à la mort. » C'est le péché d'orgueil que les hommes ne voient point, et qui peut se glisser même dans les actions dignes de louanges. « Et « vous avez changé de nouveau pour me tourmenter cruellement. » Après.la peine du péché qui a soumis l'homme à la mort. Il parle ici des maux que les hommes ont à souffrir ici-bas : la plupart nous arrivent subitement, et troublent le repos que donnent à la vie présente la santé et la paisible possession des biens temporels, qu'on reçoit de la bonté divine.
17. « Ranimant contre moi mon supplice. » Car c'est déjà une peine que d'être sujet à la mort, et cette peine produit les autres tribulations.
18. « Pourquoi donc m'avez-vous tiré du sein de ma mère? » D'une condition obscure à un rang illustre; ce rang est à lui seul la source d'une misère plus grand, quand. on en est précipité. Il a déjà plus haut rappelé cette naissance.
19. « J'eusse été comme n'étant point, » complètement ignoré. De là cette parole : « Il appelle ce qui n'est pas, comme ce qui est (Rom. IV, 17), » au point de vue de la réputation.
20. « Est-ce que ma vie n'est point de courte durée? » Si je ne suis point mort, ce n'est pas que ma vie soit longue, car elle est assurément peu de chose. « Laissez-moi donc me reposer quelques instants; » après la bonté que vous m'avez témoignée en me formant de l'argile, en me condamnant à mourir quand je me suis corrompu, en me consolant après cette condamnation même et en m'éprouvant' ensuite par les afflictions. Souffrez donc que je me repose en vous.
21. « Avant d'aller dans ces lieux de tourments d'où l'on ne peut revenir. » On peut échapper à ces. autres peines dont il a été question, si l'on revient à Dieu. Il veut donc se reposer avant d'endurer les supplices éternels, c'est-à-dire, pour ne pas les endurer. Comme si l'on disait à quelqu'un corrige-toi avant d'être puni, évidemment, s'il se corrige, il ne sera point puni.
22. « Terre sans lumière, où l'on ne peut voir la vie de l'homme. » Cette vie de l'homme est là seulement où est la vraie lumière qui éclaire tous les hommes (Jean, I, 9). Ici donc est la terre des vivants, et là la terre des mourants.
CHAPITRE XI - Reproches outrageants. Paroles de Sophar le Minéen.
2. « Suffira-t-il de bien parler, pour paraître juste? » Sophar croit que Job est plus riche en paroles qu'en oeuvres. « Bienheureux l'homme né pour peu de jours. » Il répète ce que l'autre vient de dire, pour lui montrer que ce n'est qu'une maxime vaine et insensée.
3. « Puisque personne ne te contredit. » Quand il parlait, personne ne le contredisait effectivement.
5. « Et comment Dieu lui-même pourrait-il te parler? » Dis plutôt ce qui peut attirer sur toi sa miséricorde.
6. « Il se fera sentir à toi doublement : » par ses châtiments,, par ses consolations. « Et tu le verras, le Seigneur n'a fait retomber sur toi que la juste punition de ton péché. » Après son châtiment, tu recevras ses lumières.
7. « As-tu pénétré dans le sanctuaire de la divinité? » pour oser la condamner.
8. « Le ciel se perd dans les hauteurs ; que pourras tu faire ? » pour en découvrir les secrets. Tu ne dois donc pas condamner Celui dont tu ne peux comprendre les oeuvres.
10. « Qui peut lui dire: Qu'avez-vous fait? » En vérité, tout est bien, si c'est Dieu qui l'a fait il ne peut faire que ce qui est bien.
11. « Il connaît les oeuvres des méchants : » sans rien faire de méchant. Il veut faire comprendre combien Job, qu'il croit mauvais, a été insensé d'accuser Dieu : c'est ainsi qu'il interprète ses paroles.
12. « L'homme au contraire hésite toujours en ses discours : » Tour-à-tour il aime Dieu et le condamne : quoique Dieu ne change pas. « L'homme, né de la femme, est comme l'onagre au désert : » avide de liberté, ne voulant être ni dominé ni dompté.
13. « Tu lèves vers lui des mains suppliantes, » afin qu'il accepte tes oeuvres.
14. « Si en tes mains il y a quelque souillure. » Il reprend les deux mêmes idées, mais dans un ordre différent. « Que l'iniquité n'habite point en ta maison. » Il veut dire dans son coeur.
15. « Alors ton visage resplendira comme une eau limpide. » Sa conscience sera pure.
16. « Comme le flot qui s'arrête, et tu ne seras plus effrayé; » à moins que Dieu ne frappe tous les vivants.
17. « Et ta prière s'élèvera brillante comme Lucifer. » Elle marchera avant la grande lumière. On dirait que tout ce qui précède lui a été révélé ou inspiré comme aux autres amis de Job, dans un sens prophétique, relatif à la cité sainte ou au peuple de Dieu.
19. « Et beaucoup viendront t'implorer. » Tout ceci,se rapporte à l'Église.
CHAPITRE XII - Paroles de Job
4. « Mais l'homme juste et saint est tourné en dérision. » Cet homme juste est Notre-Seigneur, et voici le sens : il n'est donc pas étonnant si moi aussi je suis tourné en dérision.
5. « Sa demeure dévastée parles méchants. » C'est lÉglise aux mains des persécuteurs. « Mais que nul dans sa méchanceté ne se flatte de rester impuni. » Car le jugement commence par la maison de Dieu (I Pierre, IV, 17).
6. « Comme s'ils ne devaient pas subir un sévère examen : » qu'ils ne soient point rassurés.
7. « Interroge les animaux des champs et ils te répondront. » Dans sa justice il recherche les oeuvres des méchants, parce qu'ils ont pu reconnaître le Créateur dans ses oeuvres et le servir. Ce n'était point aux créatures à les instruire, puisque la raison dont ils étaient doués devait les amener à cette connaissance.
10. « A moins que tous les êtres vivants ne soient point sous sa puissance. » On peut donc savoir qu'il a tout créé, puisqu'il tient en ses mains la vie de tout ce qui respire. « Et le souffle qui anime le corps de l'homme, » tout corps humain ; ce souffle, l'âme raisonnable.
11. « L'oreille discerne les paroles. » De même que les objets sensibles tombent sous nos sens, ainsi les choses spirituelles sont aperçues de l'esprit. L'esprit doit donc connaître les oeuvres de Dieu, puisqu'il est sous sa main.
12. « La sagesse vient après un long temps » non après un long temps, mais elle est près de Dieu à qu'il faut la demander.
14. « S'il détruit, qui pourra rebâtir ? » Sa puissance a détruit, sa sagesse a fermé l'entrée, pour qu'on n'arrive point jusqu'à elle.
15. « S'il retient les eaux, la terre sera desséchée. » L'eau, c'est la sagesse, et la terre, c'est l'homme. « S'il leur livre passage, elles bouleverseront. » Quand beaucoup deviennent sages, les pécheurs se troublent.
17. « Il retient captifs les conseillers. » Il subjugue ceux qui ne prennent conseil que d'eux-mêmes. « Il jette l'effroi parmi les juges de la terre. » Ce sont les Juifs ou Pilate, ou ceux qui jugent selon les maximes du monde.
18. « Il place les rois sur leur trône, » ce sont les Apôtres ; « et les ceint du baudrier, » des austérités de la continence.
19. « Il laisse enchaîner ses Pontifes, » pour qu'ils soient menés par les hommes : il désigne ici les Juifs.
20. « Il change les lèvres de ses fidèles serviteurs. » Il les change pour le bien, afin que ceux-ci s'appuient, non sur leur sainteté, mais sur sa grâce. « Il connaît l'expérience des vieillards. » Il s'y complaît. D'où cette parole : « Vous êtes connus de Dieu (Gal. IV, 9); » et cette autre, tout-à-fait, contraire : « Je ne vous connais point (Matt. XXV, 12). » C'est ainsi qu'il nous conduit sagement de la foi à l'expérience des vieillards.
22. « Il découvre les profondeurs des ténèbres, » en expliquant les prophéties. « Il produit à la lumière les ombres de la mort. » C'est-à-dire, il fait connaître ce que vaut la vie présente : ce n'est que l'ombre de la mort.
23. « Il trompe les nations et les abandonne. » Elles croyaient perdre l'Église ; elles se sont perdues elles-mêmes : ceci s'applique aux impies. « Il renverse les peuples, puis les dirige; » pour les humilier, comme l'âne dont il est parlé.
24. « Il a réconcilié les coeurs des princes de la terre. » Il s'est réconcilié les Juifs ou les rois de la terre, qui d'abord avaient persécuté son Église. « Il les a conduits sur une route nouvelle qu'ils ne connaissaient point : » en abrogeant la Loi il n'a parlé qu'à leur intelligence; aussi l'ont-ils regardé comme un pécheur.
25. « Ils se sont égarés en ces ténèbres comme un homme ivre. »
CHAPITRE XIII - Faux raisonnements des accusateurs de Job.
3. « Et s'il le veut, j'accuserai en sa présence; » c'est pour s'accuser lui-même : c'est encore un aveu.
4. « Tous vous n'êtes que les médecins des méchants. »Vous ne pouvez apporter de consolations aux justes.
6. « Écoutez donc les reproches de mes lèvres, » contre vous.
7. « Et vous ne dites que mensonge en sa présence; » lorsque, sans être justes, vous voulez le paraître.
8. « Prétendez-vous ne plus vouloir juger? » Pouvez-vous encore dissimuler, et ne pas convenir que j'ai parlé de vous selon la vérité?
9. « Et quand vous avez tout accompli, vous lui êtes encore redevables ; » c'est-à-dire, quand même vous observeriez tous ses commandements, il trouverait encore en vous de quoi vous condamner ; car personne n'est juste devant lui.
10. « Quand même vous admireriez les personnages ; » eux-mêmes, en se justifiant à leur propres yeux comme devant les hommes.
12. « Votre corps est de boue ; » sachez donc craindre en considérant votre néant.
14. « Et mes dents ont déchiré mes chairs. » Je ne veux point m'épargner, m'accusant comme je vous accuse. « Je prendrai mon âme dans ma main, » pour la regarder, pour ne rien cacher et compter le nombre de mes fautes.
15. « Si le Tout-Puissant me fait mourir, comme il a commencé; » s'il fait mourir mes péchés. « Je parlerai et me condamnerai devant lui. » Je ne me justifierai point en cachant mes fautes.
18. « Me voici près de mon jugement: je dois me juger moi-même. C'est un acte de justice de ne pas s'épargner en avouant ses fautes.
20. « Je ne fuirai point votre présence, » à l'exemple des pécheurs.
21. « Retirez de moi votre main; » que rien en moi ne mérite plus vos châtiments, et que j'aie votre amour. « Et ne m'accablez plus de vos terreurs. »
23. « Quelles sont mes iniquités? » Ce qui fait voir que c'est pour les compter qu'il a dit : « Je prendrai mon âme dans ma main. »
24. « Pourquoi me croyez-vous révolté contre vous? » Je suis si faible 1 Croyez-vous que ma justification me rende votre égal, moi qui suis comme la feuille ? Il y a donc une autre cause cachée de votre colère, car ce n'est point celle-ci.
26. « Vous m'avez accablé des péchés de ma jeunesse. » S'il n'a point connu ses péchés, c'est qu'il a écouté l'orgueil, le péché de sa jeunesse.
27. « Vous avez mis des entraves à mes pieds; » les liens de la mort. « Vous avez suivi la trace de mes pas : » observé mes désirs coupables.
28. « Je suis comme une outre vieillie : » qui ne peut contenir le vin nouveau. « Ou comme le vêtement rongé par les insectes, » rattaché à une étoffe nouvelle.