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DISCOURS SUR LE PSAUME XVII
CHANT DE DÉLIVRANCE.
L’Église unie à Jésus-Christ et triomphant des embûches des méchants, s’empare des paroles de David après que Dieu l’eût délivré de Saül et de ses ennemis; elle bénit le même Dieu qui l’a délivrée du démon et des convoitises charnelles.
1. « Pour la fin, à David, serviteur de Dieu (Ps. XVII, 1 ) », c’est-à-dire au Christ, qui en son humanité, est la main forte. « Il chanta au Seigneur les paroles de ce cantique, au jour où le Seigneur l’arracha à la puissance de ses ennemis, à la puissance de Saül (II Rois, XXII, 11 ; Ps. XVII, 2 ) »; ce Saül était le roi des Juifs, qu’eux-mêmes avaient demandé pour roi. De même que David signifie la main forte, Saül signifie demande. Or, on sait comment ce peuple demanda au Seigneur un roi (I Rois, VIII, 5 ), qui lui fut donné, non d’après les volontés de Dieu, mais selon sa propre volonté.
2. C’est donc le Christ uni à l’Église, ou le Christ tout entier, la tête et le corps, qui s’écrie : « Je vous aimerai, Seigneur, qui êtes ma force (Ps. XVII, 2 ) »», ou, je vous aimerai parce que vous me rendez fort.
3. « Vous êtes, ô Dieu, mon protecteur, mon refuge et mon libérateur (Id. 3 ) ». C’est vous qui m’avez protégé parce que je me suis réfugié en vous, et je me suis réfugié en vous, parce que vous m’avez délivré. « Le Seigneur est mon aide, en lui sera mon espoir ». C’est vous, ô Dieu, qui m’avez accordé la faveur de m’appeler, afin que je pusse espérer en vous. « Vous êtes mon protecteur, le boulevard de « mon salut, et mon rédempteur (Ibid. ) ». Vous êtes mon protecteur, parce que je n’ai point trop présumé de moi en élevant contre vous le boulevard de mon orgueil; mais c’est en vous que j’ai trouvé la puissance ou la haute et solide forteresse de mon salut; et pour me la faire trouver, vous m’avez racheté.
4. « Je louerai le Seigneur, et je l’invoquerai, et il me délivrera de mes ennemis (Id. 4 ) ». Ce n’est point en cherchant ma gloire, mais bien celle du Seigneur, que je l’invoquerai, et je n’aurai plus à craindre que les erreurs de l’impiété me soient nuisibles.
5. « Les douleurs de la mort », ou douleurs corporelles, « m’ont environné , et les torrents de l’iniquité m’ont troublé (Ps. XVII, 5 ) » . Ces multitudes impies un moment soulevées, comme les eaux de l’hiver qui se gonflent pour cesser bientôt, se sont efforcées de me troubler.
6. « Les douleurs de l’enfer m’ont assiégé (Id. 6 )». Chez ceux qui m’environnaient pour me perdre, il y avait ces tortures de la jalousie qui causent la mort, et aboutissent à l’enfer du péché. « Les filets de la mort m’ont prévenu », et ils me prévenaient, en cherchant les premiers à me faire un mal qui est retombé sur eux. Ces filets enveloppent pour la mort les hommes qu’ils ont surpris en leur vantant cette fausse justice, ce vain nom sans réalité, dont ils se glorifient contre les Gentils.
7. « Au milieu de l’angoisse, j’ai invoqué le Seigneur; j’ai crié vers mon Dieu, et de son saint temple il a entendu ma voix (Id. 7 ) ». Il a entendu ma voix dans mon coeur où il habite, « et le cri que j’ai poussé en sa présence ». Ce cri que n’entendent point les oreilles des hommes, et que j’exhale intérieurement en sa présence, « est parvenu à son oreille ».
8. « La terre s’en est émue et a tremblé (Id. 8 ) ». Ainsi, quand le Fils de l’homme fut glorifié, les pécheurs furent émus et tremblèrent. «Et les fondements des montagnes ont été ébranlés » Les espérances que les superbes avaient fondées sur les biens de cette vie ont été renversées. « Ils ont été ébranlés, parce que le Seigneur s’est irrité contre eux », afin que l’espérance dans les biens terrestres ne s’affermît pas désormais dans les coeurs des hommes.
9. « Un tourbillon de fumée s’est élevé devant sa colère ». Les hommes, touchés de repentir à la vue des menaces du Seigneur contre les impies, ont fait monter vers le ciel des prières et des larmes. « Un feu s’est allumé en sa présence (Ps. XVII, 9 ) ». Au repentir a succédé le feu de la charité, qu’allumait la connaissance du Seigneur. « Des charbons ont été embrasés ». Ceux qui étaient déjà morts, n’ayant plus ni le feu des saints désirs, ni la lumière de la justice, qui étaient plongés dans de froides ténèbres, ont reçu de nouveau le feu et la lumière de la vie.
10. « Il a abaissé les cieux, et il est descendu ». Il a humilié le juste qui s’est abaissé jusqu’à la faiblesse des hommes. « Les ténèbres étaient sous ses pieds (Id. 10 ) », Aveuglés par leur malice, les méchants ne l’ont pas connu, eux qui goûtent les choses de la terre , et la terre est sous les pieds du Seigneur, elle est comme son marchepied.
11. « Il est monté sur les chérubins et a pris son vol (Id. 11 ) ». Il s’est élevé au-dessus de la plénitude de la science, afin que nul ne pût venir à lui que par la charité. Car la charité est la plénitude de la loi (Rom. XIII, 10 ). Et bientôt il s’est montré incompréhensible à ceux qui l’aimaient, de peur qu’ils ne crussent que l’on pouvait le comprendre au moyen des images temporelles. « Son vol était plus rapide que celui des vents »; c’est-à-dire que la promptitude avec laquelle il s’est montré incompréhensible dépasse ces vertus qui sont pour l’âme comme des ailes, dont elle se sert pour s’élever des frayeurs de la terre dans les régions de la liberté.
12. « Il a choisi les ténèbres pour sa retraite (Ps. XVII, 12 )». Il a choisi l’obscurité des sacrements, l’espérance qui est invisible dans le coeur des fidèles, pour s’y cacher, sans néanmoins les abandonner. Il se cache aussi dans ces ténèbres où nous marchons encore par la foi, et non par la claire vue (II Cor. V, 7 ), tant que nous espérons ce que nous ne voyons pas encore, et que nous l’attendons par la patience (Rom. VIII, 25 ). « Son tabernacle est autour de lui ». Ceux qui se convertissent et croient en lui l’environnent de toutes parts; il est au milieu d’eux, parce qu’il répand sur eux d’égales faveurs, et qu’en cette vie il habite en eux comme dans une tente. « Il y a dans les nuages de l’air une eau ténébreuse » . Que nul ne s’imagine que l’intelligence des Écritures lui donnera cette lumière dont nous jouirons quand nous aurons passé de la foi à la vision. Il y a quelque chose d’obscur dans la doctrine des Prophètes, et de tout prédicateur de la parole de Dieu.
13. « En comparaison de la lumière de sa présence (Ps. XVII, 13 ) » ; en comparaison de cette splendeur qu’il fera éclater en se manifestant à nous. « Ses nuées ont passé »; voilà que les hérauts de sa parole ne se restreignent plus dans les confins de la Judée, mais passent chez les nations. « Voilà que tombent la grêle et les charbons ardents ». C’est la figure de ces reproches qui doivent tomber comme une grêle sur les coeurs endurcis; mais s’agit-il d’une terre cultivée et douce, ou mieux d’une âme pieuse, cette grêle se change en eau; c’est-à-dire que ces menaces dures comme les glaçons, redoutables et impétueuses comme la foudre, se changent en une doctrine désaltérante, au feu de la charité les coeurs prennent une vie nouvelle. Voilà ce qu’ont produit parmi les Gentils, les nuées du Seigneur.
14. « Du haut des cieux le Seigneur a tonné (Id. 14 ) ». Le Seigneur s’est fait entendre de ce coeur juste qu’animait la confiance pour prêcher l’Évangile. « Et le Très-Haut a fait retentir sa voix n, afin qu’elle arrivât jusqu’à nous, et que du profond abîme des choses humaines, nous pussions entendre les choses célestes.
15. « Il a décoché ses flèches, et les a dispersés (Id. 15 ) ». Il a envoyé les Evangélistes sur les ailes des vertus, et ils ont tracé dans leur vol des chemins droits, non par leurs propres forces, mais par la force de Celui qui les envoyait. Il a dispersé ceux à qui il les envoyait, de sorte qu’ils ont été aux uns une odeur de vie pour la vie, aux autres une odeur de mort pour la mort (II Cor. II, 16 ). « Il a multiplié ses foudres et les a jetés dans la stupeur ». Ses miracles nombreux les consternaient.
16. « Alors ont apparu les sources d’eau vive (Ps. XVII, 6 ) ». Alors apparurent ceux que leurs prédications changeaient en sources d’eau vive, rejaillissant jusqu’à la vie éternelle (Jean, IV, 14 ). « Et les fondements du monde ont été mis à découvert ». Alors a été connu ce qui demeurait caché dans les Prophètes, qui sont la base de ce monde rattaché à Dieu par la foi. « Au bruit de vos menaces, ô Dieu », quand vous avez crié : « Le royaume de Dieu est proche de vous (Luc, X, 9 )». «Au souffle bruyant de votre colère », ou quand vous avez dit : « Si vous ne faites pénitence, vous mourrez tous de la même manière (Id. XIII, 5 )».
17. « Il a envoyé d’en haut, et il m’a reçu », en appelant du milieu des Gentils cette Église qui est son héritage ou qui est sans tache et sans ride (Eph. V, 27 ) ; « Il m’a retiré du milieu des eaux », c’est-à-dire du milieu des peuples.
18. « Il m’a délivré de mes puissants ennemis (Ps. XVII, 18 ) ». Il m’a délivré de ces ennemis qui ont eu le pouvoir de m’affliger, et de troubler ma vie en ce bas monde. « Et de ceux qui me haïssaient, parce qu’ils l’emportaient sur moi (Ibid. ), pendant que, soumis à leur domination, j’ignorais le Seigneur.
19. « Ils m’ont prévenu au jour de mon affliction (Id. 19)». Ils furent les premiers à me nuire pendant que je me fatiguais à porter un corps mortel. «Et le Seigneur fut mon appui », et comme l’amertume des misères avait ébranlé et même renversé la hase des terrestres plaisirs, le Seigneur m’a servi d’appui.
20. « Le Seigneur m’a conduit dans un lieu spacieux ». Comme j’étais à l’étroit, il m’a conduit dans les spirituelles ailleurs de la foi. « il ma sauvé à cause de sa bienveillance pour moi ». Avant même que je l’eusse choisi, il m’a délivré d’ennemis puissants, jaloux de mon amour pour lui, et de ceux qui me haïssent maintenant, parce que c’est lui que je veux posséder.
21. « Le Seigneur me rendra selon ma justice (Id. 21 ) ». li me rendra selon le mérite de ma bonne volonté, lui qui, le premier, a été miséricordieux pour moi, avant que j’eusse cette volonté. « Et il me traitera selon la pureté de mes mains »; c’est-à-dire, selon la pureté de mes actions, lui qui m’a donné le pouvoir de faire le bien, en m’introduisant dans les lieux spacieux de la foi.
22. « Parce que j’ai gardé les voies du Seigneur (Id. 22 ) », afin d’y trouver amplement ces bonnes oeuvres qu’opère la foi, et le courage de persévérer.
23. « Je n’ai point commis l’iniquité contre mon Dieu, car j’ai devant les yeux tous ses jugements (Id. 23 ). Ces jugements, ou les récompenses des justes, les châtiments des pécheurs, les afflictions qui corrigent, les tentations qui éprouvent, voilà ce que j’ai continuellement sous les yeux. « Et je n’ai point repoussé de moi sa justice »; comme le font ceux qui succombent sous le fardeau, et retournent à leur vomissement.
24. « Je serai sans tache devant lui, et me garderai de toute iniquité (Ps. XVII, 24 ) ».
25. « Et le Seigneur me rendra selon ma justice (Id. 25 )». Non-seulement à cause de l’ampleur de cette foi qui agit par l’amour (Galat. V, 6 ), mais à cause de ma longue persévérance; voilà pourquoi le Seigneur me rendra selon ma justice. « Et selon la pureté de mes mains qui est visible à ses yeux (Ps. XVII, 25)», car ses yeux ne voient point comme voient les hommes. « Ce qu’ils voient en effet, n’est que temporel, et ce qu’ils ne voient point est éternel ». C’est à ces hauteurs que s’élève l’espérance.
26. « Vous serez saint avec celui qui est saint ». Il y a une profondeur cachée qui fait comprendre que vous êtes saint avec celui qui est saint, parce que c’est vous qui le sanctifiez. « Que vous êtes innocent avec l’innocent (II Cor, IV, 18 ) ». Pour vous, en effet, vous ne nuisez à personne, mais chacun est garrotté par les chaînes de ses propres fautes (Ps. XVII, 26 ).
27. « Avec l’homme choisi vous serez choisi » ; car l’homme de votre choix vous choisit à son tour. « Et pervers avec le pervers (Prov. V, 22 ) ». Aux yeux de l’homme injuste vous paraissez injuste; car il dit que la voie du Seigneur n’est pas droite (Ezéch. XVIII, 25 ), tandis que c’est la sienne qui est tortueuse.
28. « Vous sauverez la race des humbles (Ps. XVII, 28 )». L’homme pervers regarde comme une injustice que vous accordiez le salut à ceux qui confessent leurs péchés. « Et vous humilierez l’oeil des superbes »; vous abaisserez ceux qui méconnaissent la justice de Dieu et veulent établir leur propre justice (Ps. Rom. X, 3 ).
29. « C’est vous, Seigneur, qui faites luire mon flambeau (Ps. XVII, 29 )». Car notre lumière ne vient pas de nous-mêmes : c’est vous, Seigneur, qui en allumez le flambeau. « C’est vous encore qui dissipez mes ténèbres ». Car nous sommes dans la nuit à cause de nos péchés, mais le Seigneur dissipera ces obscurités.
30. « C’est encore vous qui me délivrerez de la tentation (Id. 30 ) ». Je ne pourrais, sans vous, triompher de l’épreuve. « C’est en mon Dieu que je franchirai la muraille ». Ce n’est point par ma puissance, mais par le secours de Dieu que je franchirai cette muraille que les péchés ont élevée entre les hommes et la Jérusalem céleste.
31. « Les voies de mon Dieu sont irréprochables (Ps. XVII, 31 ) ». Il ne vient point chez les hommes qu’ils n’aient d’abord purifié la voie de la foi, afin qu’il puisse venir en eux, lui dont les voies sont pures. « Ses paroles sont éprouvées par le feu », c’est-à-dire par le feu des afflictions. « Il est le protecteur de ceux qui espèrent en lui (Ibid. ) ». Et ceux qui, loin d’espérer en eux-mêmes, espèrent en lui, ne seront point consumés par la tribulation, car l’espérance vient après la foi.
32. « Qui donc serait Dieu, sinon le Seigneur » que nous servons ? «Qui est Dieu si ce n’est notre Dieu (Id. 32) ? » Qui est le vrai Dieu, sinon le Seigneur, que nous, ses enfants, devons posséder comme notre héritage, après l’avoir bien servi ?
33. « C’est le Dieu qui m’a revêtu de force (Id. 33 )». Le Dieu qui m’a donné une ceinture afin que je devinsse fort, et que la robe flottante des convoitises ne retardât point mes oeuvres et mes démarches. « Et qui m’a aplani la voie de l’innocence ». Il a voulu m’aplanir la voie de la charité, afin que j’allasse à lui, comme j’ai dû aplanir la voie de la foi, par laquelle il vient à moi.
34. «Il a rendu mes pieds légers comme ceux du cerf (Id. 34 ) ».Il a rendu parfait cet amour qui me fera franchir les obstacles épineux et ténébreux de ce monde. « Il m’établira sur des lieux élevés ». Il fixera mes désirs dans le céleste séjour, afin que je sois rassasié de la plénitude de Dieu (Eph. III, 19 ).
35. « C’est lui qui dresse mes mains au combat (Ps. XVII, 35 ) ». Il me dresse à ces oeuvres capables de vaincre ces ennemis qui s’efforcent de nous fermer le passage vers le royaume dès cieux. «Vous avez tendu mes bras comme un arc d’airain », puisque vous me rendez infatigable dans la volonté des bonnes oeuvres.
36. « Vous m’avez protégé pour me sauver, votre main m’a soutenu (Id. 36 ) ». Votre main, c’est-à-dire votre grâce. « Vos leçons m’ont dirigé vers ma fin ». Vos châtiments ne me permettent point de m’égarer, et me redressent afin que je rapporte mes actions à cette fin qui doit m’unir à vous. « Cette leçon doit m’instruire encore », car vos sévérités me feront atteindre le but où elles me dirigent.
37. « Vous avez élargi la voie sous mes pas (Ps. XVII, 37 ) », et les voies étroites de la chair ne retarderont point ma course; car vous m’avez dilaté dans cette charité qui opère le bien avec joie, et à qui les membres et tout ce qu’il y a de mortel en moi servent d’instruments. « Mes pieds n’ont pas été vacillants », c’est-à-dire qu’il n’y a incertitude ni dans la voie que j’ai suivie, ni dans les traces que j’ai laissées à ceux qui veulent me suivre.
38. « Je poursuivrai mes ennemis, et les atteindrai (Id. 38 ) ». Je poursuivrai en moi les convoitises charnelles qui ne me captiveront plus, mais je les atteindrai pour les détruire. Et je ne retournerai point qu’elles ne soient détruites. Je ne cesserai cette poursuite et ne me donnerai de repos, qu’après avoir anéanti tout ce qui me nuit.
39. « Je les briserai, et ils ne pourront se soutenir ». Ils ne soutiendront pas mes attaques. « Ils tomberont sous mes pieds ( Id. 39 ) ». Après les avoir abattus, je leur préférerai cet amour qui me fait marcher vers l’éternité.
40. « Vous m’avez revêtu de force pour le combat ». Vous avez relevé par la force la robe flottante de mes désirs charnels, afin que rien ne m’embarrasse dans ce combat. « Vous avez renversé à mes pieds ceux qui s’élevaient contre moi (Id. 39 )». Vous avez jeté dans l’erreur ceux qui me trompaient, et ils se sont trouvés sous mes pieds, ceux qui voulaient s’élever au-dessus de moi.
41. « Vous avez jeté derrière moi mes ennemis (Id. 41 ) ». C’est-à-dire, vous les avez convertis, et vous les avez placés derrière moi, en les portant à me suivre. « Vous avez dissipé ceux qui me haïssent ». Vous avez conduit à leur perte ceux qui ont persévéré dans leur haine.
42. « Ils ont crié, et nul ne pouvait les sauver (Id. 42 )». Qui pourrait sauver ceux que vous ne sauvez pas ? « Ils ont crié vers le Seigneur, qui ne les a point exaucés ». C’est bien au Seigneur et non à tout autre qu’ils ont adressé leurs prières, et il n’a point jugé dignes de ses faveurs ceux qui n’abandonnaient point leurs désordres.
43. « Je les disperserai comme la poussière qu’emporte le vent ( Ps. XVII, 43 ) ». Je les réduirai en poussière, car ils sont desséchés, n’ayant point reçu la rosée des divines miséricordes; et alors soulevés et enflés par l’orgueil, ils perdent l’inébranlable solidité de l’espérance, comme on est parfois secoué de dessus la terre qui est stable et ferme. « Je les détruirai comme la boue des rues ». Dans ces voies larges que suit le grand nombre, je ferai glisser, pour les perdre, les hommes de la luxure.
44. « Vous me délivrerez des contradictions du peuple (Id. 44 ) », c’est-à-dire des contradictions de ceux qui disent : « Si vous le renvoyez, chacun va le suivre (Jean, XI, 48 ) ».
45. « Vous m’établirez chef des nations, et voilà qu’un peuple que je n’avais pas connu, se range sous mes lois (Ps. XVII, 45 ) ». Ce peuple des Gentils que je n’ai point visité d’une manière corporelle, s’est rangé à mon culte. « Il m’a obéi quand il a entendu ma voix ». Il ne m’a point vu des yeux; mais en accueillant mes prédicateurs, il a obéi à l’appel de ma voix.
46. « Les fils de l’étranger ont menti contre moi (Id. 46 )». Des enfants, indignes de ce nom, ou plutôt des étrangers, à qui il est dit à juste titre : « Vous avez le diable pour père (Jean, VIII, 44 )», ont menti contre moi. « Ces enfants étrangers ont vieilli ». Ces fils, devenus étrangers, que je voulais rajeunir en leur apportant le Nouveau Testament , sont demeurés dans le vieil homme. « Ils ont chancelé dans leurs voies ». Faibles sur un seul pied, parce qu’ils tenaient l’Ancien Testament, ils ont méprisé le Nouveau, et sont devenus boiteux; et même dans l’ancienne loi, ils suivaient plutôt leurs traditions que celles de Dieu. Ils faisaient un crime de ne point se laver les mains (Matt. XV, 2 ); telle était, en effet, la voie qu’ils s’étaient eux-mêmes tracée, qu’une longue habitude avait battue, loin du sentier des préceptes du Seigneur.
47. « Vive le Seigneur, et béni soit mon Dieu (Ps. XVII, 47 ) ». C’est mourir que vivre selon la chair (Rom. VIII, 6 ) ; car le Seigneur est vivant, et mon Dieu est béni. « Qu’il soit exalté, le Dieu de mon salut ». Que je n’aie pas sur le Dieu de mon salut des pensées trop terrestres; que je n’attende point de lui un salut temporel, mais bien des choses célestes.
48. « C’est vous, ô Dieu, qui savez me venger, et qui m’assujettissez les peuples (Ps. XVII, 48 )». C’est me venger, ô Dieu, que de les assujettir à mon joug. « Vous me délivrerez de ces ennemis furieux »; de ces Juifs qui crient : « Crucifiez-le, crucifiez-le (Jean, XIX, 6 ) »,
49. « Vous m’élèverez au-dessus de ceux qui se révoltent contre moi (Ps. XVII, 49 )». Vous m’élèverez par la résurrection au-dessus de ces Juifs qui persiflent mes douleurs. « Vous me sauverez de l’homme injuste », de leur inique domination.
50. « C’est pour cela, Seigneur, que je vous bénirai parmi les nations (Id. 50 ) ». C’est par moi, Seigneur, que les nations vous béniront comme leur Dieu. « Je chanterai votre nom ». Mes bonnes oeuvres vous feront connaître au loin.
51. « Il célèbre le salut du roi qu’il a choisi (Id. 51 ) ». C’est Dieu qui nous fait admirer ces moyens de salut, que donne son Fils à ceux qui croient en lui. «Il fait miséricorde à son Christ ». C’est Dieu qui fait miséricorde à celui qui a reçu l’onction, « à David et à sa race dans l’éternité (Id. 52 ) », à ce libérateur dont la main puissante a vaincu le monde, et à ceux qu’il a engendrés à l’éternité par leur foi à l’Évangile. Toutes les paroles de ce psaume, qui ne pourraient s’approprier à Jésus-Christ ou au Chef de l’Église, doivent se rapporter à l’Église elle-même. Ces paroles sont de Jésus-Christ tout entier, de Jésus-Christ uni à ses membres.


PREMIER DISCOURS SUR LE PSAUME XVIII
LE VERBE DE DIEU - POUR LA FIN, PSAUME POUR DAVID (Ps. XVIII)
Sous le voile de l’allégorie, le Prophète célèbre la prédication de l’Évangile, qui est la parole du Verbe confiée aux Apôtres, et par les Apôtres répandue par toute la terre, où elle opère des oeuvres de conversion. Condition de cette conversion ou renoncement au péché. 
1. Ce titre nous est connu : et ce n’est point Jésus-Christ Notre-Seigneur qui parle dans ce psaume, mais c’est de lui qu’il est question.
2. « Les cieux annoncent la gloire de Dieu (Id. 2 )». Les saints évangélistes, en qui Dieu habite comme dans les cieux, nous prêchent la gloire de Jésus-Christ, ou cette gloire que le Fils vivant ici-bas a rendue à son Père. « Et le firmament publie les oeuvres de ses mains (Ibid.)». Elle publie les oeuvres merveilleuses du Seigneur , cette force de l’Esprit-Saint qui est devenue un firmament et un ciel, après avoir été une terre faible, sous l’influence de la crainte.
3. «Le jour parle au jour (Id.3 ) ». L’esprit découvre à l’homme spirituel, et dans sa plénitude, cette immuable sagesse de Dieu, ce Verbe qui est Dieu, et qui est en Dieu dès le commencement (Jean, I, 1 ). « Et la nuit enseigne la nuit ». Et cette chair mortelle qui insinue la foi aux hommes charnels, comme s’ils étaient fort éloignés, leur annonce la science qui vient après la foi.
4. «Il n’est point d’idiome, point de langage, dans lequel on n’entende ces voix (Ps. VIII, 4 ). Qui n’a pas entendu ces voix des évangélistes, prêchant 1’Évangile en toute langue ?
5. «Ce bruit s’est répandu par toute la terre, et leurs paroles ont retenti jusqu’aux extrémités du monde ( Id. 5 ).
6. « C’est dans le soleil qu’il a établi son pavillon (Id. 6 )». Le Seigneur, venant livrer bataille aux puissances temporelles de l’erreur, et apporter ici-bas le glaive et non la paix (Matt. X, 34 ), s’est fait connaître dans le temps, ou a manifesté le mystère de son incarnation, qui était pour lui comme une tente militaire. « Il a été comme un époux qui sort du lit nuptial ». Il est sorti du sein de la vierge, où il a contracté avec la nature humaine de saintes épousailles. « Comme le géant, il s’est élancé dans sa carrière ». Il s’est élancé dans sa force, précédant les autres hommes dans son incomparable puissance, non pour demeurer dans sa voie, mais pour la parcourir. « Car il ne s’est point arrêté dans la voie des pécheurs (Ps. I, 1 ). »
7. « Il part du haut des cieux », ou plutôt il nous vient du Père, non point d’une manière temporelle, mais par une génération éternelle. « Et sa course aboutit au sommet des cieux (Ps. XVIII, 7 )». Et parce qu’il est pleinement Dieu, il arrive à l’égalité de son Père. « Et nul ne se dérobe à ses feux », car le Verbe divin s’étant fait chair, et s’étant revêtu de notre mortalité pour habiter parmi nous (Jean, I, 14 ) , n’a permis à aucun homme de prendre pour excuses les ombres de la mort, puisque la mort elle-même a ressenti la chaleur du Verbe.
8. « La loi du Seigneur est sans tache, elle convertit les âmes (Ps. XVIII, 8 )». La loi du Seigneur est donc celui-là même qui est venu perfectionner la loi et non la détruire(Matt. V, 7 ). Il est une loi pure, lui qui n’a point commis le péché, dont la bouche n’a point proféré le mensonge (I Pierre, II, 22 ) ; qui n’accable point les âmes sous le joug de la servitude, mais qui les amène librement à l’imiter. « Le témoignage du Seigneur est fidèle, il donne la sagesse aux petits (Ps. XVIII, 8 ) ». Ce témoignage est fidèle, parce que nul ne connaît le Père, si ce n’est le Fils, et ceux à qui le Fils a voulu le révéler (Matt. XI, 27 ). Ce qui est caché pour les sages, et révélé aux petits; parce que Dieu résiste aux superbes et donne la grâce aux humbles (Jacob IV, 6 ).
9. « Les jugements du Seigneur sont droits, ils réjouissent les coeurs (Ps. XVIII, 9 )». Tous les jugements du Seigneur sont droits en celui qui n’a rien enseigné, qu’il ne l’ait fait lui-même afin que ceux qui devaient l’imiter, fussent dans la joie du coeur, et pussent agir, non plus avec une crainte servile, mais avec la liberté de l’amour. « Le précepte du Seigneur est lumineux, il éclaire les yeux ». Ce précepte lucide, que ne cache point le voile des cérémonies charnelles, éclaire les yeux de l’homme intérieur.
10. « La crainte du Seigneur est chaste, elle demeure dans le siècle des siècles (Id. 10 ) ». Cette crainte du Seigneur n’est plus celle qui était un châtiment sous la loi, et qui appréhende la perte de ces biens temporels dont l’amour est pour notre âme une fornication; mais c’est une crainte chaste, qui porte l’Église à éviter ce qui peut offenser son époux avec un soin qui égale son amour pour lui : or, l’amour parfait ne bannit point cette crainte (I Jean, IV, 18 ), qui demeure éternellement.
11. « Les jugements du Seigneur sont véritables; ils se justifient par eux-mêmes (I Ps. XVIII, 10 ) ». Les jugements de celui qui ne juge personne par lui-même, et qui a donné tout jugement au Fils (Jean, V, 22), sont véritablement d’une justice immuable. Car Dieu ne trompe ni dans ses menaces ni dans ses promesses; et nul ne peut soustraire l’impie aux supplices, ni le juste aux récompenses. « Ils sont plus désirables que l’or et que les pierres précieuses. — Beaucoup ( Ps. XVIII, 1) », soit que « beaucoup » désigne de l’or et des pierres précieuses en grande quantité, ou l’or qui est beaucoup précieux, ou beaucoup désirable; néanmoins les jugements de Dieu sont préférables aux pompes de ce monde, dont le désir fait qu’on ne désire plus, mais qu’on redoute, ou qu’on méprise, ou que l’on ne croit plus les jugements de Dieu. Si chaque fidèle, à son tour, est un or pur ou une pierre précieuse, inaltérable au feu et réservé pour les trésors du Seigneur, alors il aime les jugements de Dieu plus que lui-même, et préfère à sa propre volonté, celle de Dieu. « Ils sont plus doux que le miel dans son rayon ». Que l’âme fidèle soit ce miel exquis, et que déjà dégagée des biens de la vie, elle attende le jour du festin du Seigneur; ou qu’elle ne soit encore qu’un rayon de miel, enveloppée encore dans cette vie, comme dans les alvéoles qu’elle remplit sans s’y attacher, ayant besoin que la main de Dieu la presse, non pour l’accabler, mais pour l’exprimer comme un miel, et la faire passer du temps à l’éternité, alors les jugements de Dieu seront pour elle plus doux qu’elle ne l’est elle-même; car ils sont plus délicieux que le miel et que le rayon.
12. « Pour votre serviteur, il observe ces lois (Ps. XVIII, 12 ) », et 1e jour du Seigneur sera bien amer pour quiconque les méprise. « On trouve, à les pratiquer, une ample récompense (Ibid.) » ; et cette ample récompense n’est dans aucun autre avantage extérieur que dans la pratique même des préceptes du Seigneur; elle est grande, parce que cette pratique porte en elle-même sa joie.
13. « Qui peut connaître ses égarements (Id. 13 )?» Et dans ces égarements, quelle douceur peut. on trouver, puisqu’il n’y a point d’intelligence ? Comment, en effet, comprendre ces égarements, quand ils obscurcissent l’oeil de cette âme qui fait ses délices de la vérité, qui trouve doux et dignes d’envie, les jugements de Dieu ? Comme les ténèbres nous ferment les yeux, les péchés sont pour l’esprit un bandeau qui lui dérobe et la lumière et eux-mêmes.
14. « Purifiez-moi, Seigneur, de ce qui est caché en moi (Ibid. ) ». Seigneur, délivrez-moi de ces convoitises qui se cachent en mon coeur. « Préservez votre serviteur des péchés des autres », afin que les autres ne me séduisent point. Car l’homme purifié de ses fautes ne se laisse point prendre aux péchés des autres, Préservez donc des étrangères convoitises, non l’homme superbe qui cherche l’indépendance, mais moi, votre serviteur. « Si elles ne me tyrannisent plus, alors je serai sans tache (Id. 14 ) ». Assurément, je serai sans tache, si mes passions, ni celles des autres ne me tyrannisent. Car il n’y a pas une troisième source de péché, après cette suggestion intérieure qui fit tomber le diable, et cette suggestion extérieure qui séduisit l’homme et devint son péché par le consentement qu’il y donna. « Et je serai pur d’un grand péchés. De quel autre péché, sinon de l’orgueil ? Il n’y a pas de plus grand crime que de se séparer de Dieu, et tel est le commencement de l’orgueil chez l’homme (Eccli. X, 14 ). Il est vraiment sans tache celui qui n’a pas même ce péché, qui est pour nous le dernier quand nous revenons à Dieu, comme il a été le premier quand nous l’avons abandonné.
15. « Et alors les paroles de ma bouche vous seront agréables, et les pensées de mon coeur seront toujours en votre présence ( Ps. XVIII, 15 ) » . Mon coeur ne recherchera plus cette vaine gloire de plaire aux hommes, puisqu’il n’y a plus en moi nul orgueil ; mais je le tiendrai toujours en votre présence, car vous voyez les coeurs purs. « Seigneur, vous êtes mon soutien et mon rédempteur ». Vous êtes mon soutien quand je me dirige vers vous, et c’est pour que j’aille à vous que vous m’avez racheté. Quiconque ose attribuer à sa propre sagesse de s’être tourné vers vous, ou à ses forces d’arriver à vous, n’en sera que rejeté plus loin, puisque vous résistez aux superbes (Jacob, IV, 6 ) et il n’est point exempt de cette faute principale, ni agréable à vos yeux, Seigneur, qui nous rachetez afin que nous nous convertissions à vous, et qui nous aidez afin que nous parvenions auprès de vous.

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