PREMIER DISCOURS SUR LE PSAUME XC
PREMIER SERMON - LES TENTATIONS.
Le Christ fut tenté afin de nous laisser l’exemple. Imitons-le, non point dans ses miracles, mais dans sa passion, afin d’entrer par la porte ou par lui-même. Qu’il soit notre refuge dans les persécutions des hommes et dans les attaques invisibles de l’ennemi, dont le pouvoir ne vient que de Dieu. Habiter dans le secours du Seigneur, c’est imiter le Christ de manière à n’être ni séduit ni intimidé par le monde, c’est compter sur lui et non sur nous, sur lui qui nous délivrera des piéges si nous marchons en lui, et de la parole amère ou des insultes des méchants, qui intimident le chrétien prêt à entrer dans la voie plus parfaite. Mais alors, envisageons le Sauveur insulté à la croix ; il nous abritera de ses ailes comme la poule protége ses poussins, faveur que refusa Jérusalem. Ne présumons donc point de nos forces, et il sera pour nous un bouclier, car il discerne le pécheur qui s’humilie du pécheur orgueilleux. Parmi les tentations, les unes sont légères, comme la frayeur de la nuit, la flèche qui vole pendant le jour; c’est la mort décrétée contre ceux qui se déclarent chrétiens; les autres sont graves, comme le mal qui se glisse dans l’ombre, ou le démon du midi, c’est la torture jusqu’à l’abjuration. Alors il en tomba mille à côté du Sauveur, ou des plus parfaits qui devaient siéger parmi les juges, et dix mille à sa droite, c’est-à-dire de ceux qui devaient être à sa droite avec les justes. Ne comptons que sur le Christ, et nous n’aurons rien à craindre.
1. C’est de ce psaume que le diable osa bien abuser pour tenter Jésus-Christ Notre-Seigneur. Écoutons-le donc afin de pouvoir résister au tentateur, sans compter sur nous-mêmes, mais sur celui qui fut tenté le premier, afin que nous ne fussions point vaincus dans la tentation. Pour lui, la tentation n’était point nécessaire, et la tentation du Christ est une leçon pour nous. Considérer ce qu’il répondit au diable, afin de faire les mêmes réponses aux mêmes assauts : c’est entrer par la porte comme vous l’avez entendu dans l’Évangile. Qu’est-ce à dire, en effet, entrer par la porte ? C’est entrer par le Christ, car lui-même a dit : « C’est moi qui suis la porte
[01]». Qu’est-ce que entrer par le Christ ? Marcher sur ses traces. En quoi devons-nous marcher sur les traces du Christ ? Est-ce avec cette magnificence d’un Dieu revêtu le notre chair ? Nous veut-il exhorter à faire des miracles semblables à ses miracles, et l’exige-t-il de nous ? Et Notre-Seigneur Jésus-Christ, ne gouverne-t-il pas maintenant le Inonde, et ne l’a-t-il pas toujours gouverné avec son Père ? Et quand il appelle l’homme à lui, pour en faire son imitateur, est-ce afin de gouverner par lui le ciel et la terre et tout ce qu’ils renferment ? Ou bien est-ce pour en faire un créateur, afin que tout soit fait par lui, comme tout a été fait par le Christ ? Non, ce Dieu Sauveur et Seigneur Jésus-Christ ne l’invite point à faire ce qu’il a fait dès le commencement, et dont il est dit : « Tout a été fait par lui
[01]»; ni ces oeuvres qu’il a opérées sur la terre. Il ne te dit point : Tu ne seras mon disciple qu’à la condition de marcher sur la mer
[02], ou de ressusciter un mort de quatre jours
[03], ou d’ouvrir les yeux d’un aveugle-né
[04]. Ce n’est point cela non plus. Qu’est-ce donc que entrer par la porte ? « Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur
[05]». Il te faut donc considérer en lui, et imiter ce qu’il est devenu pour toi. Quant aux miracles, il en a fait même avant de naître du sein de Marie. Qui en a jamais fait, sinon celui dont il est dit que « seul vous faites des merveilles
[06]? » Ce n’est que par sa toute-puissance qu’ont agi ceux qui ont fait des merveilles avant lui : Elie n’a ressuscité un mort que par la vertu du Christ
[07]. A moins peut-être que Pierre n’ait été plus grand que le Christ, puisque le Christ parlait au moins au malade pour le ressusciter
[08], tandis que l’on exposait les malades par où Pierre allait passer, afin que son ombre les touchât
[09]. Pierre avait-il donc plus de puissance que le Christ ? Quel homme assez en démence osera le dire ? D’où venait donc à Pierre son grand pouvoir ? C’est que le Christ était en Pierre. Aussi a-t-il dit : « Tous ceux qui sont venus avant moi, sont des voleurs et des larrons
[01] » ; c’est-à-dire, ceux qui sont venus d’eux-mêmes, que je n’avais point envoyés, qui sont venus sans moi, ceux en qui je n’étais pas, et que je n’ai pas introduits dans la bergerie. Tous les miracles dès lors qui ont été faits par ceux qui ont précédé, comme par ceux qui ont suivi, ont été faits par le Christ qui en a fait quand il était présent d’une manière visible. Il ne nous exhorte donc point à faire des miracles, lui qui en faisait avant d’être homme : mais à quoi donc t’engage-t-il ? A imiter ce qu’il ne pourrait faire, s’il n’était homme; car s’il n’était homme, il ne pourrait souffrir. Donc, lorsque tu endures ces maux de la vie, que suscite le diable soit ouvertement par le moyen des hommes, soit d’une manière cachée comme en Job, demeure fort et courageux ; habitant dans le secours du Très-Haut, comme le dit notre psaume. Mais si tu dédaignes ce secours, impuissant à te secourir toi-même, tu tomberas.
2. Beaucoup sont courageux quand ils souffrent persécution de la part des hommes, et quand on leur fait une guerre ouverte; qu’ils soient ouvertement persécutés riar les hommes, ils croient que c’est alors qu’ils imitent les souffrances du Christ; mais quand ils sont en butte aux attaques invisibles du démon, ils ne croient plus que le Christ couronne leur fidélité. Ne crains donc rien tant que tu suis les traces du Christ. Quand le diable en effet tenta le Seigneur, nul homme n’était au désert, la tentation fut secrète, mais il fut vaincu, et quand plus tard il l’attaqua ouvertement, il fut vaincu de même
[02]. Agis de la sorte, si tu veux entrer par la porte, devant les attaques invisibles de l’ennemi, quand il demande à Dieu qu’un homme lui soit abandonné, afin de l’accabler de maux temporels, de fièvres, de maladies, ou d’autres infirmités du corps, comme il arriva pour lob qui ne voyait point le diable, mais qui comprenait la puissance divine. Il savait que le diable n’aurait aucun pouvoir sur lui, s’il ne l’avait reçu de celui qui a la souveraine puissance : il rendait à Dieu la gloire qui lui était due, sans attribuer au diable aucune puissance. Quand il vit en effet ses biens détruits par le diable, il s’écria : « Le Seigneur a donné, le Seigneur a ôté
[03] »; mais non : Le Seigneur a donné, le diable a ôté. Car le diable n’aurait pu rien ôter, sans la permission du Seigneur. Le Seigneur donc le permit, afin que l’homme fût à l’épreuve et le diable vaincu. S’il fut frappé d’une plaie, Dieu le permit encore; et quand Job, de la tête aux pieds, voyait tomber les vers et la pourriture, il n’attribua aucune puissance au diable. Et même quand son épouse, que le diable lui avait laissée, non pour le consoler, mais pour s’en faire un instrument, « lui eut fait ces suggestions : Blasphème ton Dieu, et meurs; « Tu as parlé », lui répond Job, «comme une femme insensée; si nous avons reçu des biens de la main de Dieu, pourquoi n’en pas recevoir les maux
[01]?»
3. Donc imiter le Christ de manière à endurer les misères de cette vie, à mettre son espoir en Dieu, afin de n’être point séduit par les attraits du monde, ni intimidé par ses menaces, c’est « habiter dans le secours du Tout-Puissant, demeurer sous la protection du Dieu du ciel
[02] » : comme vous l’avez entendu et chanté dans le psaume, car c’est ainsi qu’il commence. Quant aux paroles dont se servit le diable pour tenter le Christ, vous les connaîtrez, quand nous y arriverons, car elles sont connues. Celui qui en est là «dira donc au Seigneur : Vous êtes mon protecteur, mon refuge et mon Dieu
[03] ». Qui donc parle ainsi au Seigneur ? « Celui qui habite dans le secours du Seigneur ». Mais qui donc « habite dans le secours du Seigneur ? » Celui qui n’habite point dans son propre secours. Qui « habite dans le secours du Seigneur ? » Celui qui n’est point orgueilleux, comme ceux qui mangèrent le fruit défendu, afin d’être comme des dieux, et qui perdirent le bénéfice de l’immortalité. lis voulurent habiter dans leur propre secours, et non dans le secours du Très-Haut : de là vint qu’ils écoutèrent la suggestion du serpent, et méprisèrent le précepte de Dieu; et alors ils sentirent que les menaces de Dieu s’accomplissaient en eux, et non les promesses du diable
[04].
4. Toi donc, dis à ton tour : « J’espérerai en lui, parce qu’il me délivrera », non pas moi. Vois si le psaume nous enseigne autre chose, que de n’espérer nullement en nous-mêmes, nullement en un homme. D’où te délivrera-t-il ? « Du filet des chasseurs, et de « la parole amère
[05]». Dans ce « filet des chasseurs » il y a un grand mystère, mais dans cette parole aigre » qu’y a-t-il de grand ? Cette parole aigre en a fait tomber beaucoup dans le filet des chasseurs. Que dis-je ? le diable et ses anges sont comme des chasseurs qui tendent des pièges : mais pour les hommes, c’est marcher loin de ces pièges que marcher dans le Christ. Car il n’ose tendre des piéges au Christ, puisqu’il ne les tend point dans la voie, mais le long de la voie, Or, que ta voie soit le Christ, et tu ne tomberas point dans les pièges du diable. Mais sortir de la voie, c’est tom ber dans les filets. De part et d’autre ses embûches sont dressées, ses filets sont tendus, tu ne marches que dans les pièges. Mais veux-tu marcher en toute sécurité ? Ne uni à droite ni à gauche, prends pour chemin celui qui veut être ton chemin
[01], afin de te conduire à lui et par lui, et tu n’auras point à redouter les piéges des chasseurs. Mais qu’est ce à dire, « de la parole acerbe ? » Au moyen de cette parole acerbe, le diable en a poussé beaucoup dans ses filets ; ainsi les chrétiens, qui veulent vivre parmi les païens, ont à endurer les insultes des païens ; ils rougissent de ces insultes, et devant cette parole amère, ils se détournent de la voie pour tomber dans le filet des chasseurs. Que pourra te faire cette parole amère ? Rien sans doute. Mais le piége où veut te jeter l’ennemi par cette parole amère, ne te fera-t-il rien ? Comme l’on tend les pièges ordinairement le long d’une haie, en jetant dans cette haie des pierres, mais qui ne font rien aux oiseaux; quand est-ce en effet que ta pierre frappe un oiseau, en jetant les pierres dans les haies ? Mais l’oiseau qui veut fuir ce vain bruit, tombe dans le piège. Ainsi les hommes craignent les vaines et futiles insultes des railleurs, et la honte que leur causent ces vains discours, les fait tomber dans les piéges des chasseurs, et dans l’esclavage du démon. Mais pourquoi ne point dire ce que je ne dois point cacher, ce que Dieu m’ordonne de dire ? De quelque manière que vous le receviez, Dieu m’ordonne de vous le dire; et si je ne le disais point, je tomberais à mon tour dans le piége des chasseurs, moi qui vous avertis de ne point redouter les paroles des hommes, Qu’est-ce donc que je dois dire ? De même qu’un chrétien peut demeurer parmi les païens, et entendre de leur part ces paroles, qui le font tomber dans le piège des chasseurs; de même, parmi les chrétiens, ceux qui veulent apporter dans leur vie plus d’assiduité et plus de piété, s’entendront insulter par les chrétiens eux-mêmes. De quoi te servira, ô mon frère, d’habiter une ville, où l’on ne rencontre aucun païen ? Dès lors qu’il n’y a aucun païen, nul ne reprochera au chrétien sa foi chrétienne : mais il y a beaucoup de chrétiens dissolus; et si quelqu’un au milieu d’eux veut mener une vie pieuse, être sobre parmi les intempérants, être chaste parmi les fornicateurs, adorer Dieu sincèrement au milieu des astrologues et des superstitieux, ne rien chercher de ce qu’ils cherchent au milieu de ceux qui se passionnent pour les folies du théâtre, ne mettre son bonheur qu’à venir à l’église, celui-là trouvera des insulteurs parmi les chrétiens, il entendra des paroles amères : Tu es un grand personnage, lui dit-on, tu es un saint, tu es Elie, un nouveau Pierre, tu nous viens du ciel, et d’autres insultes : quelque part qu’il aille, il n’entend que paroles amères. S’il redoute ces railleries, et se détourne de la voie du Christ, il tombe dans les pièges des chasseurs. Que faut-il faire pour ne point s’écarter de la voie, quand on entend ces paroles ? Qu’est-ce à dire, ne point se détourner de la voie ? Quand nous entendrons ces discours si aigres, qui nous consolera, de manière à maous faire mépriser ces railleries, â ne point nous écarter de la voie, mais à entrer par la porte ? Qu’on se dise alors : Qu’est-ce que ces paroles pour un pécheur, un esclave comme moi ? Mon Sauveur a entendu : « Vous êtes possédé du démon
[01] ». Vous venez d’entendre quel amer langage on tint au Seigneur; or, le Seigneur n’avait pas besoin de l’entendre, mais il a voulu t’apprendre à mie point tomber dans le filet des chasseurs, à cause d’une parole amère.
5. « Il vous fera une ombre de ses épaules, et vous espérerez sous ses ailes
[02] ». Ces paroles te montrent que ta protection n’est pas ton oeuvre, et que tu ne dois pas croire que tu pourras te protéger : c’est Dieu qui sera ta protection et ton salut; il te sauvera du filet des chasseurs et de la parole amère. « Il te fera une ombre entre ses épaules », peut s’entendre derrière lui et devant lui; car les épaules sont au-dessous de la tête. Mais quand le Prophète ajoute : «Tu espéreras sous ses ailes », il est évident que cet abri des ailes étendues, te place entre les épaules de Dieu, en sorte que ces ailes de part et d’autre te placent au milieu ; et dès lors tu n’auras point à redouter que l’on te nuise : garde-toi seulement de te retirer d’un lieu que nul ennemi n’ose aborder. Si la poule protège ses poussins sous ses ailes; combien plus sous les ailes de Dieu seras-tu en sûreté contre le diable et ses anges, puissances aériennes qui voltigent autour de toi comme des vautours, pour enlever le faible oisillon ? Ce n’est pas en effet sans raison qu’à la poule a été comparée la divine sagesse; puisque le Christ notre Seigneur et Sauveur s’est ainsi nommé lui-même : « Jérusalem, Jérusalem, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses poussins, et tu ne l’as point voulu
[01] ? »Acceptons ce que Jérusalem a refusé. Elle est devenue la proie des puissances de l’air, parce qu’elle a fui les ailes de la poule, et présumé de ses forces, malgré sa faiblesse. Pour nous, confessons notre infirmité, et cherchons un refuge sous les ailes de Dieu. Alors il sera pour nous comme la poule qui protège ses poussins. Ce nom n’est point injurieux pour lui. Voyez, mes frères, les autres oiseaux beaucoup d’oiseaux font éclore leurs petits, et les réchauffent sous nos yeux; nul autre oiseau ne devient comme la poule infirme avec eux. Que votre charité redouble d’attention : nous voyons hors de leurs nids des hirondelles, des passereaux, des cigognes, et nous ne pouvons savoir s’ils ont des petits; mais nous le reconnaissons chez la poule, et à sa voix affaiblie et à ses plumes redressées : elle est totalement changée par l’amour de ses petits, elle s’affaiblit à proportion de leur faiblesse. C’est ainsi que la sagesse de Dieu a voulu être faible, parce que nous étions faibles, puisque le Verbe s’est fait chair, et a demeuré parmi nous
[02], afin que nous pussions espérer sous ses ailes.
6. «Sa vérité me couvrira d’uni bouclier
[03]». Tout à l’heure des ailes, maintenant un bouclier ; mais en Dieu il n’y a ni ailes ni bouclier, et si cette protection était réellement l’une ou l’autre, une aile pourrait-elle être un bouclier, ou un bouclier une aile ? Mais comme cela se dit en figure, cette protection est comparée tantôt à des ailes, tantôt à un boucher. Si le Christ était réellement un rocher, il ne serait pas un lion; et s’il était un lion, il ne serait pas un agneau : mais il est tout ensemble et lion
[01], et agneau
[02], et pierre
[03],et même un taureau; et toute autre dénomination semblable, parce qu’il n’est à proprement parler, ni pierre, ni lion, ni agneau, ni taureau, mais Jésus-Christ Sauveur de tous les hommes. Ces noms sont des métaphores, et non point des dénominations réelles. « Sa vérité », dit le Psalmiste , « m’environnera ». Sa vérité est comme un bouclier, elle ne confond point ceux qui espèrent en eux-mêmes avec ceux qui espèrent en Dieu. Il y a pécheur et pécheur : Donne-moi un pécheur confiant en lui-même, dédaigneux, n’accusant point ses fautes, et il dira : Si mes péchés déplaisaient à Dieu, il ne me laisserait point la vie. Un autre n’osait lever les yeux, mais frappait sa poitrine en disant : «Seigneur, soyez-moi propice, à moi pécheur
[04]». L’un était pécheur comme l’autre était pécheur; mais l’un raillait, l’autre pleurait. L’un dé. daignait, l’autre avouait ses fautes. Or, la vérité de Dieu, qui ne fait acception de personne, discerne le pénitent de l’homme qui avoue sa faute, l’homme humble de l’homme superbe, l’homme qui compte sur lui-même de l’homme qui compte sur Dieu. Donc «sa tu vérité te couvrira d’un bouclier ».
7. « Tu ne redouteras ni les frayeurs de la nuit, ni la flèche qui vole pendant le jour, ni la contagion qui se glisse dans les tu ténèbres, ni la ruine et le démon de midi ». Les deux dernières expressions ne sont que la répétition des deux premières. « Tu ne redouteras ni les frayeurs de la nuit, ni la flèche qui vole pendant le jour
[05]», dit le Prophète; or, la frayeur de la nuit est répétée dans cette parole : tu ne craindras point « la contagion qui se glisse dans les ténèbre », de même que la flèche qui vole pendant le jour, dans la « ruine et le démon de midi ». Qu’avons-nous donc à redouter la nuit, qu’avons-nous à redouter le jour ? Pécher par ignorance, c’est pécher pendant la nuit : de même que pécher sciemment, c’est pécher pendant le jour. Les premiers péchés qu’il exprime sont les plus légers, ceux qu’il énonce dans sa répétition sont plus graves. Redoublez d’attention, afin que je puisse vous exposer ceci autant que Dieu me le permettra : c’est un passage obscur, mais il vous sera utile quand je vous l’aurai expliqué. Cette tentation qui est légère pour ceux qui sont ignorants, le Prophète l’appelle une frayeur de nuit, et celle qui est légère pour aux qui connaissent le mal, une flèche qui vole pendant le jour. Quelles sont les tentations légères ? Celles qui ne sont ni durables ni entraînantes, de manière à nous contraindre, mais qui passent aussitôt qu’on les a évitées. Ces tentations toutefois deviennent graves, quand la persécution est violente, quand elle effraie les ignorants, c’est-à-dire ceux qui ne sont pas encore affermis dans la toi, qui ne savent point encore qu’ils ne sont chrétiens que pour espérer la vie éternelle, et quand les maux du temps commencent à leur peser, ils se croient abandonnés par le Christ, et s’imaginent qu’ils n’ont rien à gagner dans le Christianisme ; ils ne savent point, dis-je, qu’ils ne sont chrétiens que pour surmonter le présent et mettre leur espoir dans l’avenir : ils sont donc surpris par l’air contagieux qui circule dans les ténèbres, et en deviennent la proie. Il en est d’autres qui savent qu’ils sont appelés à l’espérance des biens à venir, parce que les promesses de Dieu ne regardent ni cette terre ni cette vie, et qu’il faut surmonter toutes les épreuves de cette vie, afin de recevoir et d’acquérir ce que Dieu nous a promis pour l’éternité. Ils savent tout cela, mais quand la persécution devient violente, avec ses menaces, ses peines, ses tourments, ils succombent; et comme ils le font sciemment, ils tombent dans le jour.
8. Mais pourquoi au milieu du jour ? Parce que c’est au plus fort de la persécution, comme on appelle midi les plus grandes chaleurs. Que votre charité écoute la preuve qu’en donnent les saintes Écritures. Dans la parabole du semeur, le Seigneur nous dit qu’il alla semer son grain , qu’une partie tomba sur le grand chemin, une autre dans des endroits pierreux, une autre parmi les épines; puis il veut bien nous exposer cette parabole, et en parlant des endroits pierreux, il dit : « Ceux-là écoutent la parole, s’en réjouissent sur-le-champ, puis se scandalisent aussitôt quand la parole éprouve une première persécution ». Qu’avait-il dit de la semence qui tombait sur le terrain pierreux ? « Le soleil se lève », dit le Sauveur, « et ils se dessèchent parce qu’ils n’ont pas une profonde racine. Ceux-là donc se réjouissent de la parole pendant une heure, et « quand la persécution s’élève contre la parole, ils se dessèchent
[01]». Pourquoi se dessécher ? tu Parce qu’ils n’ont pas une racine « bien affermie ». Quelle racine ? la charité. Car l’Apôtre veut « nous enraciner, nous affermir dans la charité
[02] ». De même en effet que la convoitise est ha source de tous les maux
[03], la charité est la source de tous les biens. Vous le savez, on vous l’a dit souvent. Mais pourquoi vous le rappeler encore ? Afin de vous faire comprendre que dans notre psaume, le démon de midi signifie la violence de la persécution. C’est ainsi que le Seigneur a dit : « Le soleil s’est levé, l’herbe a séché, parce qu’elle n’était point enracinée ». Puis, expliquant ce que signifie l’herbe que dessèche le soleil, il ajoute qu’ils ne peuvent tenir sous les feux de la persécution, « puisqu’ils n’ont point une racine profonde ». Nous avons donc raison d’entendre par le démon de midi, une persécution violente. Trouvez bon, mes frères, que je vous rappelle ce que fut jadis cette persécution dont le Seigneur a délivré son Église. D’abord les empereurs et les rois du monde crurent qu’au moyen de la persécution, ils effaceraient le nom du Christ, et le nom des chrétiens, et ils ordonnèrent que l’on frappât de mort quiconque oserait se dire chrétien. Alors tout homme qui craignait la mort nia qu’il fût chrétien; mais comme il connaissait son crime, il était percé par la flèche qui vole pendant le jour. Quant à celui qui, peu soucieux de cette vie présente, et plein d’espérance pour la vie éternelle, évitait la flèche qui vole pendant le jour, celui-là confessait la foi de Jésus-Christ, et le coup qui frappait son corps délivrait son âme. Il passait dans le repos, au sein de Dieu, attendant que la résurrection des morts vînt délivrer son corps : il échappait ainsi à la tentation, ou à la flèche qui vole pendant le jour. C’était donc une flèche qui volait pendant le jour, que cette parole : Que tout homme qui se déclarera chrétien, soit frappé de mort. Ce n’était pas néanmoins encore le démon de midi, sévissant dans une persécution violente, et attisant un brasier que ne pouvaient supporter les plus forts. Écoutez ce qui suivit. Nos ennemis, voyant qu’un grand nombre couraient au martyre, et que plus on faisait de victimes, plus augmentait le nombre des chrétiens, se dirent en eux-mêmes : Il nous faudra tuer le genre humain, tant sont nombreux ceux qui ont cette croyance, et si nous les égorgeons tous, nul ne demeurera sur la terre. Le soleil alors versa tous ses feux, la fournaise fut embrasée. Écoutez les nouvelles ordonnances : auparavant ils avaient dit : Mort à celui qui se déclarera chrétien ; ils dirent ensuite : Quiconque se déclarera chrétien sera mis sur le chevalet et torturé, jusqu’à ce qu’il renoncera au Christ
[01]. Comparez et la flèche qui vole pendant le jour, et le démon du midi. Qu’était-ce que cette flèche volant pendant le jour ? Mort à celui qui se déclarera chrétien. Quel fidèle ne l’eût pas évitée par une mort prompte ? Quant à celle-ci : S’il se déclare chrétien, qu’il ne soit point mis à mort, mais mis à la torture, jusqu’à ce qu’il abjure le christianisme, s’il abjure qu’il soit renvoyé; c’est le démon du midi. Plusieurs de ceux qui n’avaient point abjuré manquaient de force dans les tourments; on les torturait jusqu’à l’abjuration, Que pouvait faire un coup d’épée à ceux qui persévéraient à n’abjurer point le Christ ? Un même coup jetait le corps à terre, et l’âme devant Dieu. Voilà ce que faisaient encore de longs tourments. Mais où trouver un courage qui pût braver des supplices aussi atroces et aussi longs ? Beaucoup succombèrent; et ceux-là succombèrent, je crois, qui comptaient sur eux-mêmes, qui n’habitaient point dans le secours du Seigneur, dans la protection du Dieu du ciel; qui ne dirent point au Seigneur : « Vous êtes mon appui »; qui n’espérèrent point à l’ombre de ses ailes, et se confièrent trop en leurs propres forces. Ils furent rejetés de Dieu, qui voulut leur montrer que c’est lui qui protège, lui qui proportionne l’épreuve, lui qui permet qu’elle nous arrive, seulement à proportion de nos forces.
9. Beaucoup donc furent vaincus par le démon du midi. Voulez-vous en connaître le nombre ? Le Prophète nous le dit ensuite « Il en tombera mille à votre côté, et dix mille à votre droite; mais il n’approchera tu point de vous
[02] ». A qui s’adressent ces paroles ? A qui, mes frères, sinon à Notre-Seigneur Jésus-Christ ? Car Notre-Seigneur Jésus n’est pas seulement en lui-même, il est encore en nous. Rappelez-vous ces mots : « Saul, Saul, pourquoi me persécuter
[01]? »Lorsque nul ne le touchait, et que pourtant il disait : tu Pourquoi me persécuter e, n’est-ce point parce qu’il se regardait en nous ? Quand il disait encore : « Ce que l’on fait au tu moindre des miens, on le fait à moi-même
[02]»; ne se regardait-il point en nous ? Car il n’y a pas de division entre les membres, entre la tête et le corps. Qu’est-ce à dire la tête et le corps ? Le Sauveur et son Église. Comment donc est-il dit : « Mille tomberont tu à votre côté, et dix mille à votre droite ?» Ils tomberont sous le démon du midi. Il est terrible, mes frères, de tomber à côté du Christ, de tomber à la droite du Christ. Comment tomber à côté de lui ? Pourquoi les uns à côté, les autres à droite ? Pourquoi dix mille à droite, et mille à côté ? Qu’est-ce que mille à côté ? Car ces mille sont moins nombreux que les dix mille qui tomberont à droite. Quels sont-ils ? Dans un instant tout sera clair : au nom du Christ, nous l’allons développer. Le Christ a promis à quelques-uns qu’ils jugeront avec lui; c’est-à-dire aux Apôtres qui ont tout quitté pour le suivre. Car Pierre lui disait : « Voilà que nous avons tout quitté, et vous avons suivi »; et le Sauveur leur fit cette promesse : « Vous serez assis sur douze trônes, jugeant les douze tribus d’Israël
[03]». Ne croyez point que cette promesse du Seigneur soit pour eux seuls. S’il n’y a là que douze trônes, où donc siégera Paul qui a travaillé plus qu’eux tous
[04]?Cari est le treizième Apôtre. Judas est tombé du nombre des douze, et à sa place on a mis Matthias, comme nous le voyons dans les Actes
[05]. Ainsi furent complétés les douze trônes. Or, n’y verra-t-on point s’asseoir celui qui a travaillé plus que les autres ? Ces trônes au nombre de douze ne désigneraient-ils point un tribunal parfait ? Car des milliers seront assis sur dix siéges. Mais comment, me dira-t-on, prouver que Paul siégera parmi les juges ? Écoutez sa parole : « Ne savez-vous point que tu nous jugerons les anges
[06]? » « Nous jugerons », dit-il. Il n’hésite point dans cette confiance qui lui persuade qu’il doit se compter parmi ceux qui jugeront avec le Christ. Mais ceux qui jugeront avec le Christ, sont les princes de l’Église, les parfaits. C’est à eux qu’il est dit : « Si tu veux être parfait, va vendre tout ce que tu possèdes, et donne-le aux pauvres
[01]». Qu’est-ce à dire : « Veux-tu être parfait ? » Veux-tu juger et n’être point jugé ? Celui qui entendit cette parole s’en alla triste; mais beaucoup ont suivi ce conseil, et le suivent encore aujourd’hui : donc ils jugeront avec le Christ. Beaucoup cependant se promettent de juger avec le Christ, par cela même qu’ils ont tout quitté pour le suivre; mais ils ont confiance en eux-mêmes, ils ont une enflure et un orgueil que Dieu seul peut connaître, et ils ne peuvent se dérober au démon de midi, c’est-à-dire éviter la chute dans une violente persécution. Il y en avait beaucoup alors qui avaient donné aux pauvres tous leurs biens, qui s’étaient promis de siéger avec le Christ, de juger les nations, et qui, sous le feu de la persécution, ou sous le démon de midi faiblirent dans les tourments, et abjurèrent le Christ. Ils sont tombés à ses côtés, tombés alors qu’ils allaient s’asseoir avec le Christ pour juger le monde.
10. Disons maintenant ceux qui tombent à sa droite. Vous le savez, mes frères, quand apparaîtra le tribunal où jugeront avec le Christ ceux qui auront voulu être et qui auront été réellement parfaits, enracinés et affermis dans la charité, sans se dessécher au soleil et au démon du midi, voici ce que fera le Seigneur : « Toutes les nations seront rassemblées devant lui, et il les partagera comme un berger sépare les brebis des boucs, et il mettra les brebis à sa droite et les boucs à sa gauche
[02] », et ils seront jugés. Les juges seront nombreux, mais bien moins nombreux que ceux qui se tiendront devant le tribunal; car les uns sont désignés par le nombre de mille, et les autres par celui de dix mille. Que dira le Christ à ceux de droite ? « J’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger ; j’ai été étranger, et vous m’avez recueilli ». Il est clair qu’il tiendra ce langage à ceux qui ont eu des biens en ce monde afin d’accomplir ces oeuvres de charité. Car ceux-ci régneront avec ceux-là; les uns sont comme les soldats, les autres comme les fournisseurs des vivres ; mais soldats et fournisseurs forment un même royaume, sous un seul chef. Au soldat le courage, au fournisseur le dévouement : le soldat courageux combat le démon par ses prières, et le fournisseur dévoué prépare les vivres au soldat. Que votre charité veuille bien le comprendre. Au dernier jour enfin ceux qui seront placés à droite, entendront ces paroles : « Venez, tu bénis de mon Père, recevez le royaume qui tu vous est préparé dès l’origine du monde ». Il en était beaucoup en ce moment, quand s’alluma le feu de la persécution, quand se fit sentir le démon de midi, il en était beaucoup qui se promettaient de juger avec le Christ; mais impuissants à supporter la violence de la persécution, ils sont tombés à son côté; d’autres ne se promettaient point d’être assis parmi les juges, mais se promettaient pour prix de leurs aumônes d’être à la droite, et pensaient que le Christ leur dirait : « Venez, tu bénis de mon Père, recevez le royaume qui vous a été préparé dès l’origine du monde ». Mais comme ils sont en grand nombre ceux qui seront frustrés de leur espérance d’être assis parmi les juges, et bien plus nombreux encore ceux qui n’obtiendront point d’être à la droite comme ils l’espéraient, le Prophète s’écrie en s’adressant au Christ : tu « en tombera mille à votre côté, et dix mille à votre droite ». Mais comme beaucoup d’autres qui n’ont eu pour les choses temporelles aucun souci, seront alors avec le Christ, qui sera en eux comme dans ses membres, te Prophète ajoute : « Mais le mal n’approchera point de vous ». N’est-ce qu’à la tête qu’il dit : « N’approchera point ? » Non assurément : mais il n’approchera ni de Pierre, ni de Paul, ni de tous les Apôtres, ni de tous les martyrs, qui n’ont point cédé aux tourments. Comment donc tu n’en approchera-t-il point ? e Pourquoi dès lors ces tortures ? Le mal ne s’est approché que de leur chair, et non du siége de leur foi. Cette foi donc était à l’abri de la crainte et des tourments. Qu’on les torture, l’effroi n’a aucun accès auprès d’eux; qu’on les torture, et ils se riront des tourments, dans leur confiance en celui qui a vaincu le premier afin que les autres pussent vaincre. Or, quels sont les vainqueurs, sinon ceux qui n’ont point compté sur eux-mêmes ? Et remarquez bien ceci, mes bien-aimés; c’est ce qui a fait dire au Prophète tout ce qui précède : « Il dira au Seigneur : Vous êtes mon appui et tu mon refuge »; et : «J’espérerai en lui. Car c’est lui qui me délivrera du filet des chasseurs ». « Il me délivrera », et non pas moi. « Il me fera un ombrage entre ses épaules ». Mais quand ? Quand tu « espéreras sous ses ailes, sa vérité te couvrira d’un bouclier ». Parce que tu as compté sur lui et que tu as mis en lui tout ton espoir, voici, dit le Prophète : quoi donc ? « Tu n’auras point à craindre des frayeurs de la nuit, ni de la flèche qui vole tu pendant le jour, ni le mal qui se glisse dans tu les ténèbres, ni la ruine et le démon de midi
[01]». Quel est celui qui ne craindra point ? Celui qui ne compte point sur lui, mais sur le Christ. Quant à ceux qui présument d’eux-mêmes, bien qu’ils aient espéré s’asseoir à côté du Christ, pour juger, bien qu’ils se soient promis d’être à sa droite, et d’entendre ces paroles : « Venez, bénis de mon Père, et recevez le royaume qui vous est tu préparé dès l’origine du monde
[02]»; voilà qu’est venu le démon de midi, c’est-à-dire que le feu de la persécution s’est allumé dans sa violence, et sous le coup de l’effroi, ils sont déçus dans leur espérance de juger; c’est d’eux qu’il est dit : « Mille tomberont à côté de vous ». D’autres seront déçus dans l’espoir d’une récompense de leurs bons offices, et c’est d’eux qu’il est dit : « Dix mille tomberont à votre droite » . « Quant à vous », qui êtes la tête et le corps, la ruine et le démon de midi « n’approchera point de vous », parce que le Seigneur connaît ceux qui lui appartiennent
[03].
11. « Toutefois, vous jetterez les yeux autour de vous, et vous verrez ce qu’on rendra aux pécheurs
[04]». Qu’est-ce à dire ? Pourquoi cette expression « toutefois ?» Parce que les impies ont pu accabler vos serviteurs de leur orgueil, parce qu’ils ont pu persécuter vos serviteurs. Après avoir persécuté vos serviteurs, doivent-ils donc demeurer impunis ? Non,assurément. Quoique vous l’ayez permis, Seigneur, et que vos saints aient mérité par là leurs couronnes : « Toutefois, vous jetterez les yeux autour de vous, et vous verrez le sort des impies ». Ils recueilleront alors le mal qu’ils ont voulu, et non le bien que, sans le savoir, ils ont procuré. Il nous faut maintenant les yeux de la foi, pour voir qu’ils s’élèvent dans le temps pour pleurer dans l’éternité, et que si Dieu leur laisse pour un temps le pouvoir contre ses serviteurs, il leur dira un jour : « Allez au feu éternel, qui est préparé au diable et à ses anges
[01]». Mais pour peu que l’on ait ces yeux de la foi dont il est dit : « Vous verrez de vos yeux o; il n’est pas sans importance de voir l’impie florissant sur la terre, de tenir les yeux sur lui, afin de considérer par la foi ce qu’il souffrira enfin, s’il ne se corrige point : car ceux qui veulent tonner maintenant sont ensuite foudroyés. « Toutefois vous jetterez les yeux, et vous verrez le sort des impies ».
12. « Car c’est vous, Seigneur, qui êtes mon espérance ». Voilà qu’il en vient à ce qui l’a préservé de sa ruine et du démon de midi : « C’est que vous êtes, Seigneur, mon espérance , vous avez placé très-haut votre demeure
[02] ». Qu’est-ce à dire que votre séjour est dans les hauteurs ? Il en est beaucoup qui cherchent en Dieu un abri contre les troubles du temps. Or, il est fort élevé, il est dans le secret, cet asile de Dieu, qui nous abritera contre la colère à venir. Il est intérieur tu cet asile que vous avez établi très-haut. « De vous n’approcheront point les maux, et le fléau n’abordera point votre tabernacle, « Car Dieu a donné à ses anges ordre de tu vous garder dans toutes vos voies, Ils vous porteront dans leurs mains, de peur que vous ne vous heurtiez contre la pierre ». Telles sont les paroles dont se servit le diable pour tenter Notre-Seigneur Jésus-Christ. Mais parce qu’il faut les considérer avec plus d’attention , remettons-les à demain, puisque demain je dois vous parler encore. Nous reprendrons cet endroit du psaume, afin de vous éviter l’ennui : en trop abrégeant, dans ces difficultés, nous ne pourrions nous faire comprendre.
[01] Tertull. Apolog. c. 2.