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CHAPITRE XII. De l'apparition de Jésus-Christ aux disciples qui allaient à Emmaüs.
29. Tant que nous sommes dans ce corps, nous voyageons loin de vous, Seigneur. Vous marchez avec ceux qui vous aiment, qui parlent de vous et s'attristent sur vos douleurs ; mais vous avez une figure étrangère, et les connaissant, vous n'êtes pas connu d'eux. Vous êtes véritablement ce Joseph, vous parlez à vos frères comme à des étrangers, avec dureté, non par colère, mais par compassion, lorsque vous joignant à ces deux disciples qui cheminaient tristement, vous les instruisiez et leur faisiez des reproches « ô insensés et lents de cœur à croire (Luc. XXIV. 25). » Vos frères viennent donc à vous comme des étrangers, mais vous, dans votre bonté, vous vous approchez d'eux : ils viennent avec leur peu d'ouverture d'esprit et avec leur lenteur, comparables à des ânes, avec des sacs vides, image de leur détresse, et vous leur donnez, non-seulement leur provision de froment, mais de plus, vous leur remettez leur argent lié à l'ouverture du sac. « L'un d'eux, dit l'Écriture, ayant ouvert son sac, y trouve, à l'entrée, son argent. On m'a remis l'argent, dit-il, le voilà dans mon sac (Gen. XIII. 27). » Qu'avez-vous fait pour nous, ô Dieu ? Les hommes viennent à vous, pauvres et insensés, et vous les renvoyez chargés et riches du froment de la sagesse : de plus, vous leur distribuez les trésors de l'éloquence liée par l'autorité de l'Écriture, parce que vous rendez disertes les langues des enfants, afin qu'ils donnent aux animaux qui ne vous connaissent pas encore, la nourriture et la mesure de froment au temps opportun.
30. Marchez aussi présentement avec nous, Seigneur, pour que nous ne soyons ni désolés, ni attristés dans le chemin que nous parcourons c'est vous-même qui jadis précédiez les enfants d'Israël sous la forme d'une colonne de nuée pendant le jour et de lumière durant la nuit ; c'est d'après vos ordres qu'ils tendaient ou repliaient leurs pavillons. Quelle est la nuée marchant à la tête des véritables Israélites, sinon votre corps très-réel, très-sacré que nous prenons à l'autel ? Là, nous est voilée la hauteur du jour, l'immensité de votre majesté, dont la faiblesse d'une créature mortelle ne pourrait soutenir la chaleur et l'éclat, si une nuée ne venait s'interposer pour en tempérer les ardeurs d'un côté, et nous montrer de l’autre une route assurée. Toute l'armée suit ce nuage, Seigneur, roi des armées. Qui ne marche pas après elle est dans les ténèbres, ne sait où il va ; à la lueur de cette nuée, se montre le sentier qui conduit à la vie, le sentier de l'humilité et de la patience, le sentier de la douceur et de la miséricorde, et tout ce que vous avez daigné révéler au genre humain, par le mystère de votre incarnation. À cette lumière éclate la gloire de la loi et de la prophétie, parce que Moïse et Élie parurent à vos côtés sur la montagne, mais une nuée lumineuse les couvrit ; pas plus que nous, ces grands personnages n'auraient pu être sauvés sans votre secours. Pour eux, comme pour vos amis et vos familiers, ou plutôt comme pour les principaux de vos amis et de vos familiers, la nuée de votre mystère était fort éclatante : pour nous, qui gisons à terre, et sommes éloignés de votre face, cette même nuée est très-obscure : mais vos yeux ont vu ce qui me manque, et tous les hommes seront inscrits dans votre livre, parce que, sous votre nuage, vous nourrissez vos anciens à la perfection, Joseph, que vous conduisez comme une brebis. Voilà la colonne de nuée qui précédait durant le jour les enfants d'Israël. La colonne de feu qui brille durant la nuit est le Saint-Esprit, qui se montra sur la tête des apôtres en langues de feu ; c'est lui qui éclaire nos obscurités et nous élève pour nous faire goûter, non ce qui est sur la terre, mais ce qui est dans les cieux. Voilà la nuée pour le jour, et le flambeau pour la nuit, parce que votre chair tempère pour nous les ardeurs de votre divinité, tandis que la lumière du Saint-Esprit illumine les ténèbres de notre esprit. Ainsi, tandis que le long du chemin, vous parliez avec deux disciples qui marchaient avec vous et qu'une sorte de nuée étrangère couvrait votre visage, « n'est-ce pas, » s'écrièrent-ils, « que tout notre cœur était brûlant dans notre poitrine, lorsqu'il s'entretenait avec nous dans la route et qu'il nous découvrait les Écritures ? (Luc. XXIV. 32 ). » Cela veut dire que la colonne de feu réchauffait au dedans parce que la colonne de nuée leur parlait au dehors.
31. Mais où le connurent-ils enfin ? « À la fraction du pain. » Et véritablement., Seigneur, vous n'êtes connu qu'alors. Ce pain est votre chair. Vous avez brisé votre corps de vos mains, parce que vous avez la puissance de le quitter et de le prendre de nouveau. Vous avez rompu le corps qui apparaissait au dehors, et vous avez fait voir la moelle qui était cachée au dedans. Si vous n'aviez pas souffert, vous n'auriez pas été connu. « C'est là, » dit l'Écriture, « qu'est renfermée sa force (Habac. III. 4.). » Quelle est votre force, sinon votre miséricorde, votre mansuétude, votre humilité, votre patience ? Ces vertus très-fortes et très-suaves, vous nous les avez montrées dans la fraction du pain, c'est-à-dire dans votre passion. Votre chair, qui n'est autre chose que nous, se nourrit, croît et arrive peu-à-peu à la perfection par ces vertus. Et d'abord, elle est broyée par l'espérance et la crainte, comme le froment entre deux meules pour devenir un ferment nouveau. Ayant ensuite pris la forme de pain, elle est cuite par les souffrances comme dans un four ; ensuite quand vous l'avez bénie de toute bénédiction spirituelle et dit : « Tout est consommé (Joan. XIX. 30.), » vous brisez aussi notre corps qui est entre vos mains et que nous vous remettons, et alors vous êtes reconnu, non sous une apparence étrangère, mais dans votre propre personne ; ce n'est plus la lance qui nous ouvre votre côté, c'est notre doigt qui nous fait toucher et voir que vous êtes le Seigneur notre Dieu.


CHAPITRE XIII. Pieuse élévation vers Jésus-Christ pour obtenir l'intelligence de la Sainte Écriture.
32. Père des orphelins et juge défenseur des veuves, ne voyez-vous point mon âme, veuve, pauvre et désolée, n'ayant ni frères, ni amis, ni voisins, à qui je puisse emprunter un grand nombre de vases que mes enfants présenteraient, et moi je verserais du peu d'huile qui me reste de vous, afin que vous répandiez sur tous la plénitude de votre bénédiction ? Je comprends, Seigneur, que ces vases vides sont le sens littéral et historique de votre Écriture, sens tellement nombreux que le monde entier n'en pourrait contenir l'exposition. Ces vases de votre temple sacré, le roi de Babylone, c'est-à-dire la jouissance de l'orgueil les a emportés en captivité et les a fait servir dans ses banquets, non à votre gloire, mais à sa honte ; et buvant dans les coupes du sanctuaire le vin de sa prostitution, il a souillé vos dons de ses parfums impurs. C'est pourquoi, sur le côté opposé de la muraille, est écrite la cruelle, mais juste sentence de ces impies, « parce que tout royaume divisé contre lui-même sera désolé (Luc. XI, 17.) » il sera livré aux Mèdes et aux Perses, qui ne cherchent pas l'argent, qui ne veulent pas l'or, mais qui viennent tuer de leurs flèches rapides et empoisonnées leurs sens faibles et sots. Pour vous, Seigneur, vous aurez pitié d'une veuve pauvre et désolée, vous empêcherez que l'usurier sans compassion, qui m'a prêté, pour mieux me perdre, beaucoup de talents de son iniquité, enlève, pour en faire ses esclaves, mes deux fils, c'est-à-dire les sens intérieurs de mon âme. C'est un conseil salutaire et bon que vous me donnez d'emprunter beaucoup de vases et de racheter mes péché de l'huile qui surabonde, et de vivre du reste avec mes fils. Mais parce que je n'ai ni voisins, ni enfants à qui je puisse m'adresser pour exercer mon esprit, aussitôt que mes mains se reposent, ce créancier impitoyable fond sur moi enlève mes enfants, l'intelligence et l'amour du repos, et les fait servir à ses vaines illusions. Vous donc qui êtes le miséricordieux défenseur des veuves, infiniment riche et abondamment généreux à l'égard de tous, prêtez-moi vous-même et les vases que vous savez m'être utiles à cet effet, et l'huile qui les garnira, afin que tout soit à vous et vous serve, parce que je ne veux point porter votre huile en Égypte en ne péchant pas contre vous, mais seulement je désire ne pas manger mon pain dans l'oisiveté, et bien plutôt m'exercer tous les jours dans vos justices, et y trouver la vie. Voici ce que le fil de ma mémoire m'a offert, je le saisirai comme lorsque pour la première fois vous tombez entre mes mains.


CHAPITRE XIV. Les trois chefs de cinquante hommes envoyés à Élie, allégoriquement comparés à la capture des cent-cinquante poissons.
33. Élie se tenait sur le haut d'une montagne, et on lui envoie un premier capitaine de cinquante hommes qui est consumé par le feu, un second qui eut le même sort, et un troisième qui fut épargné à cause de son humilité et de son respect. Voilà un vase, mais vide, parce qu'ainsi envisagé, il sonne plutôt la cruauté. Qu'on le garnisse d'huile, et ce son rude s'arrêtera. Quel est cet Élie se tenant sur la cime de la montagne, si ce n'est vous, Seigneur Jésus, qui êtes à côté de votre Père dans les hauteurs ? Se présente à vous le premier chef que le monde désolé d'une grande sécheresse vous envoie ; cet homme vous crie « Homme de Dieu, descends de la montagne (IV Reg. I. 9). » Le monde connaît, en effet, qu'il ne peut être sauvé sans vous. Homme-Dieu, et Dieu-Homme, laissez-vous attendrir par l'homme que vous cherchez, et descendez vers lui. Descendez de la montagne. Nul ne peut approcher de vous, si vous ne vous approchez de lui ; nul ne peut s'élever vers vous, si vous ne descendez vers lui « Homme de Dieu descendez de la montagne. » Vous êtes le mont élevé au dessus de tous les autres ayez compassion de nous et venez dans cette vallée de larmes. « Si je suis homme de Dieu, dit Élie, que le feu du ciel descende, etc. Je suis venu porter le feu sur la terre (Luc. XII. 49). » Je veux qu'il s'enflamme, qu'il te dévore toi et tes cinquante hommes. Je vous en supplie, Seigneur, que ce feu tombe sur moi et qu'il consume en moi le vieil homme avec ses actes. Voilà le premier capitaine que brûle votre feu, et le fait s'abstenir de toute œuvre servile. Le second, c'est la vie active qui a un terme, et qui d'un sabbat, passe à un autre. Tous les jours votre flamme en fait un holocauste. Dans le premier cinquantenaire, le bouc est calciné, dans le second le bélier est brûlé. Le troisième, qui est celui de la résurrection ou de la contemplation, n'a pas de fin ; avec Élie, il luit toujours. Aussi on lit dans l'Évangile un passage bien analogue concernant les cent cinquante trois poissons qui furent tous réduits en un seul que 7 disciples virent griller sur les charbons ardents, et qu'ils mangèrent avec Jésus, qui fut le huitième. (Joan. XXI. 9).
34. Ce nombre lui-même de cent cinquante que forment les trois chefs des troupes de cinquante hommes et les sept disciples indique le repos dans la concorde, et chaque groupe de cinquante tend à l'unité, comme les sept disciples tendent à l'octave qui est Jésus-Christ, et tous se couronnent en un seul chiffre, or, de même que le Christ et tous les élus sont un corps, un pain, un homme ou un poisson, de même le démon avec tous les réprouvés est un seul corps, et un seul ennemi. « C'est un grand aigle aux grandes ailes etc. » (Ezech. XVII. 3). « Un aigle » à cause de sa grande perspicacité d'oiseau ; « grand » à cause de la hauteur de son orgueil ; « aux grandes ailes » qui tiennent à lui et qui l'élèvent dans les airs, ce qui signifie les puissances des malins esprits, les pères des hommes, longtemps asservis aux membres, et dont le démon se sert pour combattre contre les bons. Longtemps asservis, parce qu'ils se montrent encore aujourd'hui, et subsistent jusqu'à la fin du siècle, suivant leur chef orgueilleux : plein de plumes, de toutes sortes d'habiletés pour tromper, et de bigarrures, pour qu'il donne aux mêmes artifices des formes variées pour séduire les âmes. « Il viendra au Liban, n à l'âme séculière et blanchie par les mérites de la foi et de la bonne conduite. « Il a enlevé la moelle du cèdre. » Cèdre incorruptible, hauteur de l'espérance, dont la charité est la moelle, que le démon s'attache particulièrement à renverser. Il enlève le sommet de ses feuilles, c'est-à-dire qu'il éloigne de l'amour de Dieu les paroles de la sagesse qui sont excellentes, pour les transporter dans la terre de Sennaar, c'est-à-dire de la puanteur, ce qui indique la vaine gloire.


CHAPITRE XV. De la dévotion de Marie Madeleine pour aller à la recherche de Jésus-Christ, et de la vision qu'elle eut.
35. « En ce jour-là le Seigneur sifflera à la mouche qui est à l'extrémité des fleuves d'Égypte, et à l'abeille qui se trouve en la terre d'Assur (Isa. VII, 18.). » Sifflez aussi, Seigneur, à mon âme pécheresse, à cette mouche impure : que votre esprit bon la conduise par une voie droite, afin que j'aille à la terre promise, montueuse et élevée, qui est arrosée des eaux qui découlent de ses cimes et qui attend la pluie du ciel, à la différence de la terre d'Égypte qu'un fleuve, débordant de la terre, couvre dans toute son étendue. Car il n'y a pas de montagne, il n'y a pas d'obstacle qui arrête les concupiscences de l'Égypte ; mais telles qu'elles bouillonnent d'un esprit terrestre, elles se répandent sans retard sur la surface abaissée de l'âme, pour l'inonder.
36. Le fleuve de l'Égypte a sept branches à son embouchure, qui viennent toutes d'une seule source, c'est-à-dire de l'orgueil. La dernière représente la luxure de la chair qui produit les mouches, toujours amies de ce qui est immonde : la grâce surabondante ne méprise pas ce petit animal, mais elle siffle et l'appelle de l'extrémité des fleuves et le réunit à l'abeille qui était dans la terre d'Assur, afin qu'ensemble, elles se reposent au bord des torrents qui coulent dans les vallées, dans les trous des pierres, dans tous les taillis et dans toutes les gorges. L'abeille est vierge, mais tant qu'elle reste dans la terre d'Assur, c'est-à-dire de l'orgueil, elle ne peut produire le miel : dans la terre promise seule, coulent le lait et le miel. Donc, au souffle de la grâce, la mouche et l'abeille accourent, et se reposent ensemble dans les torrents des vallées. Au bord de ces torrents, ces animaux sont purifiés, l'abeille de la tache de l'orgueil, et la mouche de celle de la luxure. Les torrents des vallées sont la règle de l'humilité. Pourquoi, les torrents ? Parce que si pour corriger les vices, on éprouve quelque tristesse et quelque fatigue, tout cela passe vite. Aussi « lorsque la femme enfante, elle ressent de la tristesse (Joan. XVI. 21). Le travail, en effet, se change en amour, l'ennui en désir, et l'amertume en douceur, et ainsi des torrents des vallées on va aux cavernes des rochers. Les pierres très-fermes et très-solides dans la foi sont les Pères en leurs souffrances, comme dans leurs modèles la mouche et l'abeille se reposent, semblables à des colombes qui y bâtissent leurs nids. Aussi, leur main ne s'arrête pas, leur pied ne connaît pas le repos, mais constamment en fonction dans ce taillis de toutes sortes de biens, elles arrivent enfin aux ouvertures de la contemplation.
37. Ce sont là vos œuvres, ô Seigneur Jésus, parce qu'elles sont extrêmement bonnes. C'est ainsi que vous avez sifflé en appelant Marie Madeleine, de qui vous avez chassé non pas un, mais sept fleuves. Voyez comment elle se reposa dans les torrents des vallées ; elle entra dans la salle où l'on mangeait, elle courut aux pieds de Jésus, et les arrosa d'un torrent de larmes : pour laver les pieds de son maître elle ne porte d'autre eau que celte que renferment ses yeux, pour linges. elle emploie ses cheveux. Et alors, quand son affection s'enflamme davantage, et, qu'inondée de larmes, ce sentiment, semblable à un charbon, s'échauffe plus fortement, vous verriez cette généreuse créature imprimer des baisers sans nombre et insatiables sur ces pieds sacrés ; et vous sentiriez toute la maison embaumée de l'odeur du parfum répandu. Que faisait-elle sinon se reposer dans les torrents des vallées, d'où sortaient des fleuves de grâces si nombreux et si abondants ? Aussi, après que beaucoup de péchés lui furent remis parce qu'elle avait beaucoup aimé, elle demeurait auprès de Jésus le long de ces rives débordantes ; tandis que Marthe sa sœur se livrait à de occupations multipliées. Pourquoi faire mention de ce devoir d'ensevelissement du Seigneur qu'elle remplissait par avance, des pieds montant vers la tête pour l'oindre, lorsque le disciple, sépulcre fétide d'avarice, frémissait à sa vue, ne pouvant supporter le parfum qu'exhalait cette piété ? Le Christ mourant, un amour si ardent ne peut mourir avec lui : les hommes, c'est-à-dire les apôtres fuyaient et se cachaient, et cette femme intrépide se tenait auprès du tombeau et pleurait ; elle n'avait plus en vie celui qu'elle aimait, et mort, elle brûlait d'affection pour lui. Le corps avait disparu, elle ne pouvait se retirer du sépulcre. Plus il était dérobé à ses yeux et à ses mains, plus son âme volait à sa recherche ; si cela avait été possible, par racheter ce corps sacré, elle aurait rempli le monument de ses larmes. « Elle se tenait debout et pleurait, » dit l’Écriture, c'est tout ce qui lui restait de vous. Le corps avait disparu, mais qui lui enlèvera le bonheur de pleurer ? Ne vous retenez pas, ô âme noble, pleurez sans vous reposer, jusqu'à ce que vous trouviez le Seigneur qui vous est ravi et qui est ressuscité. Courbez-vous encore et encore, regardez bien souvent la place vide où avait été placé votre bien-aimé. Cet endroit vous excite toujours davantage à pleurer, en vous rappelant l'absence de celui que vous cherchez.
38. Elle vit, dit le texte sacré, « deux anges habillés de blanc et assis l'un à la tête, l'autre aux pieds, à l'endroit où avait été déposé le corps de Jésus. « Femme, pourquoi pleurez-vous, » lui disent-ils, « Qui cherchez-vous ? ( Joan XX. 11 ). » Vous saviez parfaitement, ô saints anges, pourquoi elle pleurait, et qui elle cherchait. Pourquoi, en lui rappelant ce souvenir, provoquez-vous encore ses larmes ? Mais la joie d'une consolation inattendue était sur le point de se faire sentir, ainsi que toute la force de la douleur et de la tristesse se déploie. « En se retournant elle vit Jésus debout, et elle ne savait point que c'était Jésus. » O doux et délicieux spectacle de piété ! Celui que l'on cherche et que l'on désire, se cache et se montre. Il se cache pour être cherché avec plus d'ardeur, pour être trouvé avec plus de joie, pour être gardé avec plus de sollicitude, pour être retenu avec plus de force, jusqu'à ce qu'il soit introduit pour y rester dans la demeure de l'amour. C'est ainsi que la sagesse joue dans l'univers, et ses délices sont de se trouver parmi les enfants des hommes. « Femme, pourquoi pleurez-vous ? Qui cherchez-vous ? » Vous tenez celui que vous cherchez, et vous ne le savez pas ? Vous avez ici la joie véritable et éternelle, et vous pleurez ? Vous possédez au dedans celui après qui vous courez au dehors. Véritablement, vous êtes au tombeau pleurant au dehors : votre esprit est mon sépulcre. Je n'y suis pas mort, vivant je me repose à jamais : votre esprit est mon jardin. Vous avez eu raison de le penser, je suis jardinier. Je suis le second Adam, je travaille et je garde mon paradis. Vos fleurs sont votre piété, votre désir est mon travail vous m'avez au dedans de vous et vous ne le savez pas, Voilà pourquoi vous me cherchez au dehors. Voici que je me montrerai à l'extérieur pour vous ramener à l'intérieur et pour vous faire rencontrer au dedans ce que vous poursuivez au dehors. « Marie. » je vous connais par votre nom, apprenez à me connaître par la foi. « Rabboni, c'est-à-dire maître, ce qui veut dire : apprenez-nous à vous chercher, enseignez-moi à vous toucher et à vous oindre. « Ne me touchez pas » comme un homme, comme jadis vous m'avez touché et oint comme mortel. « Je ne suis pas encore monté vers mon Père, » encore vous ne m'avez pas cru égal, coéternel et consubstantiel à lui. Croyez cette vérité et vous m'avez touché. Vous voyez un homme, ainsi vous ne croyez pas, attendu qu'on ne croit pas, ce que l'on voit. Vous ne voyez pas la divinité, Croyez et vous la verrez. En croyant, vous me toucherez, comme cette femme qui toucha la frange de mon vêtement et fut guérie de suite. Pourquoi ? Parce que par sa foi elle me toucha. Touchez-moi de cette façon, cherchez-moi de ces regards, courant de ces pieds rapides vers moi ; je ne suis pas éloigné de vous . Je suis un Dieu qui se rapproche, je suis la parole dans votre bouche et dans votre cœur. Quoi de plus proche pour l'homme que son cœur ? C'est là que me rencontrent tous ceux qui me trouvent, car tout ce qui se voit est du dehors. Ce sont mes œuvres, mais œuvres passagères, mais œuvres caduques c'est polir moi qui leur ai donné l'être, qui habite dans les cœurs très-retirés et très-pieux.


CHAPITRE XVI. Pieuse élévation vers Jésus-Christ pour obtenir les vertus.
39. Toute puissance vous a été donnée, Seigneur Jésus, au ciel et sur la terre, grand roi, roi des vertus, parce que vous avez été obéissant à la volonté de votre Père jusqu'à la mort et à la mort de la croix. Voici que votre majesté a été élevée au dessus des cieux, et que tout a été mis sous vos pieds. David, à Hébron, a régné d'abord sept ans sur Juda et ensuite il a été oint roi de tout Israël et il a occupé le trône trente-trois ans. O véritable David, lorsque vous étiez oint à Hébron, comme roi de Juda seulement, Saül, le roi de l'orgueil était déjà mort parmi eux, sans quoi si le péché vivait et dominait sur leurs âmes, ils ne vous diraient pas : « vous êtes notre bouche et notre chair. » Qui peut être à la fois membre de Jésus-Christ et membre d'une prostituée ? Quelle relation existe-t-il entre Jésus et Bélial ? « Voici, disaient-ils, que nous sommes votre bouche et votre chair, » Mais hier et avant-hier, lorsque Saül était notre roi : vous supportiez avec grande patience des vases de colère propres à être brisés, et vous marchiez à notre tête, nous excitant à la guerre contre nos vices, vous nous délivriez de l'asservissement, indigne de nous, qui nous faisait les esclaves des pécheurs. Aussi Juda, le premier, qui veut dire confession, vous oint pour roi dans Hébron, à la mort de Saül ; il se souvient de vos bienfaits, et, avouant son erreur, il passe de ces péchés vers vous, ô roi de justice. Vous régnez sept ans sur Juda dans Hébron, parce que vous leur rendez sept fois plus, et, après les avoir purifiés des sept vices que commandait Saül, vous les réformez par le sépulcre, don de vos vertus. Ensuite, votre royauté s'établit à Jérusalem et s'étend sur tout Israël, parce qu’après la confession les gens étant éclairés, on arrive à la vision de la paix, où vous avez votre demeure. C'est la montagne que vous avez indiquée à vos disciples, leur faisant dire de se rendre en Galilée pour vous y voir et vous y adorer après votre résurrection : parce que Dieu, votre Dieu vous avait déjà parfuma par dessus tous vos compagnons de l'onction de l'allégresse, pour être le premier né des morts et le premier des roi de la terre.
40. Or, vous régnez à Jérusalem trente-trois ans. Le nombre trente renferme trois décades, une décade représente la loi qui est composée de dix préceptes, et ce nombre, trois fois répété, marque le triple progrès de l’âme qui observe la volonté du Seigneur, en vivant, en méditant et en l'aimant. Du premier progrès il est dit. « Je louerai mon Dieu durant ma vie (Psal XLV. 4). « Du second : » Votre loi est le sujet de ma méditation. « Du troisième, » combien j'ai aimé votre loi, Seigneur (Psalm. XVIII. 97 ) ! » Les trois unités qui sont au dessus de trente indiquent quelques contemplatifs excellents, qui, par la pureté de la conscience, par la plénitude de la sagesse et la perfection de la charité, se rapprochent davantage de la souveraine Trinité. C'est là aussi le nombre des vaillants qui sont dans votre armée, ô très-puissant guerrier, dont néanmoins les plus remarquables n'atteignent ni à votre sagesse, ni à votre force, « car qui sera l'égal du Seigneur dans les nuages, qui sera semblable à Dieu parmi les enfants de Dieu ?) » Vous êtes ce tendre petit ver, né virginalement dans le bois ; par votre humilité et votre charité vous triomphez de toute dureté ; chef de la milice, dans un seul mouvement impétueux de votre esprit, vous tuez huit cent ennemis. Qui est fort comme vous, miséricordieux comme vous, qui avez pleuré sur Jérusalem, et avez été dans le deuil en voyant tomber ceux qui vous combattaient. Et maintenant vous vous lamentez sur Saül et sur Jonathas son fils, qui meurent toits les jours, sur les monts Gelboë. Si vous ne souffriez pas, vous ne crieriez point du haut du ciel : » Saul, Saul pourquoi me persécutes-tu ( Art. IX. 4 ) Que représente Saul, sinon les prélats orgueilleux dans votre Église, qui croient dominer de toutes les épaules et de toute la tête le reste du peuple ? Que représente Jonathas, sinon ces jeunes gens dociles et à l'esprit orné, qui, dépravés par les exemples et les discours des anciens, ne peuvent se livrer avec David aux élans de leur amitié qu'en cachette, et qu'en se défiant des pièges de ceux qui les attaquent et les tournent en dérision.
41. C'est donc avec raison, ô bon David, que vous pleurez sur Saül et sur Jonathas son fils : ils ne seraient pas à pleurer, s'ils devaient succomber avec gloire : mais ils sont morts sur les montagnes de Gelboë, qui vont en descendant dans les profondeurs ; la rosée de la grâce, la pluie de la doctrine ne viendront plus sur leurs cimes, parce que le bouclier des forts y a été, jeté, le bouclier de Saül. L'espoir en la protection divine est le bouclier des forts ; c'est par son moyen qu'on repousse les traits enflammés du Démon, traits dont Saül fut gravement blessé, au point qu'il se tua de désespoir. Le bouclier de Saül, c'est la confiance en sa propre vertu, il ne peut résister aux coups des incirconcis. « Malheur à ceux qui ont perdu la force de résister. (Eccli. II, 16). » Voilà le bouclier des vaillants, « et maudit celui qui place son espoir dans l'homme (Jerem. XVII. 5) : » Voilà celui de Saül. Il sera comme les bruyères dans le désert, parce que ni la rosée, ni la pluie ne viendront sur vous, ô montagnes de Gelboë. Comment les forts sont-ils tombés ? Car, s'ils étaient forts, comment sont-ils tombés ? et s'ils sont tombés, étaient-ils forts ? Que le sage ne se glorifie pas en sa sagesse, ni le vaillant en sa vaillance, mais que celui qui se glorifie se glorifie dans le Seigneur ; que celui qui est debout, veille pour ne point tomber. Fussent-ils plus rapides que des aigles, volant dans la promptitude de leur intelligence au dessus des contemplatifs ; fussent-ils plus forts que des lions, surpassant, par la force de leurs travaux, les véritables prédicateurs, si, présumant d'eux-mêmes, ils laissent s'échapper de leurs bras le bouclier du salut, ils tomberont devant leurs ennemis. Quant à celui qui met sa confiance dans le Seigneur, semblable au mont Sion, rien ne l'ébranlera jamais. Mais Saül aimera mieux tomber sur sa lance que de s'appuyer sur le Seigneur : aussi le roseau de l'Égypte lui perça la main. Son javelot, son conducteur, qui conduisait le char de son arrogance, lui donna la mort. « Je savais, » dit-il, « qu'il ne pouvait pas vivre (II Req. I, 10) ; l'obstination de l'orgueilleux ne sait pas s'humilier, afin de pouvoir vivre. Ordonnez, ô roi, très-équitable David, ordonnez à votre serviteur, c'est-à-dire à l'esprit de pure discrétion, de faire périr en mai cet Amalécite porteur des armes de Saül, qui ose encore chaque jour mettre la main sur le Christ du Seigneur.
 
LA VIGNE MYSTIQUE ou TRAITÉ DE LA PASSION DU SEIGNEUR SUR CES PAROLES : JE SUIS LA VÉRITABLE VIGNE.
AVANT-PROPOS.
CHAPITRE I. Que le Christ Jésus est la véritable vigne.
CHAPITRE II. De la taille de la vigne, ou des divers mystères qui se rapportent à l'état d'anéantissement de Jésus-Christ.
CHAPITRE III. Du travail fait autour de la vigne, ou bien des embûches des Juifs et des blessures du Christ.
CHAPITRE IV. Des liens de notre vigne, c'est-à-dire, des chaînes diverses qui ont attaché Jésus-Christ, et des tourments qu'il a endurés.
CHAPITRE V. De la culture et de la beauté de notre vigne, c'est-à-dire, de la beauté intérieure et extérieure de Jésus-Christ.
CHAPITRE VI. Des feuilles de la vigne considérées en général, c'est-à-dire, des différentes paroles de Jésus-Christ qui se rapportent à la prédication des vertus.
CHAPITRE VII. De l'ombre des feuilles de la vigne, c'est-à-dire, des paroles prononcées par Jésus-Christ sur la croix.
CHAPITRE VIII. Des feuilles de la vigne en particulier, ou bien de la première parole de Jésus-Christ sur la croix. Mon Père, pardonnez-leur, etc.
CHAPITRE IX. De la seconde feuille de la vigne, ou de la seconde parole de Jésus sur la croix : Aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis.
CHAPITRE X. De la troisième feuille de la vigne, c'est-à-dire de la troisième parole de Jésus sur la croix : Femme, voilà votre Fils, etc.
CHAPITRE XI. De trois espèces de charité, recommandées par les trois premières paroles de Jésus-Christ.
CHAPITRE XII. De la quatrième feuille de la vigne ou de la quatrième parole de Jésus-Christ en croix : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné ?
CHAPITRE XIII. De la cinquième feuille de la vigne, ou de la cinquième parole de Jésus sur la croix : J'ai soif.
CHAPITRE XIV. De la sixième feuille de la vigne et de la sixième parole de Jésus-Christ sur la croix : Tout est consommé.
CHAPITRE XV. De la septième feuille de la vigne, ou de la septième parole de Jésus-Christ sur la croix : Père, je remets mon âme entre vos mains.
CHAPITRE XVI. De l'agrément que l'on trouve dans les fleurs de la vigne, ou des vertus de Jésus-Christ.
CHAPITRE XVII. De la fleur d'humilité, qui est la violette.
CHAPITRE XVIII. De la fleur de la chasteté, qui est le lis.
CHAPITRE XIX. De la racine du lis, c'est-à-dire des pensées cachées dans le cœur.
CHAPITRE XX. De la tige du lis, ou du bon propos qui s'élève de la racine de la bonne pensée
CHAPITRE XXI. De la rectitude du lis, c'est-à-dire, de l'intention droite.
CHAPITRE XXII. De la force de la tige, ou de la constance du bon propos.
CHAPITRE XXIII. Des vers qui rongent la tige, c'est-à-dire des mauvaises suggestions qui corrompent la borane résolution.
CHAPITRE XXIV. De la longueur de la tige ou de la vertu de longanimité, et de la persévérance dans la bonne résolution.
CHAPITRE XXV. Des feuilles qui sont autour de la tige, c'est-à-dire les paroles pieuses et fructueuses des vierges.
CHAPITRE XXVI. Du nouveau cantique que les vierges doivent, chanter.
CHAPITRE XXVII. Des feuilles inférieures du lis, ou de l'abondance et de la rareté des paroles.
CHAPITRE XXVIII. De ce qu'il y a à contempler dans le lis, c'est-à-dire de l’éclat et de l'excellence de la véritable virginité.
CHAPITRE XXIX. Que s'inclinant vers la terre, la fleur du lis prêche l'humilité.
CHAPITRE XXX. Du nombre des feuilles de notre lis, ou de trois désagréments de la vie présente auxquels les vierges échappent, et de trois avantages de la vie future qu'elles attendent.
LA VIGNE MYSTIQUE ou TRAITÉ DE LA PASSION DU SEIGNEUR SUR CES PAROLES : JE SUIS LA VÉRITABLE VIGNE.
AVANT-PROPOS.
Bon Jésus, vigne véritable, arbre de vie placé au milieu du paradis ; Seigneur Jésus-Christ, arbre sacré dont les feuilles servent de remèdes, et dont les fruits font arriver à la vie qui ne finit pas. Fleur et fruit béni de la Vierge votre très-chaste mère, sans qui nul n'est sage, parce que vous êtes la sagesse du Père éternel, daignez refaire mon faible esprit en lui donnant le pain d'intelligence et l'eau de la sagesse salutaire, afin que par vous, ô clef de David. me soient ouvertes les choses obscures ; qu'en l'éclat que vous répandez, ô lumière véritable, ce qui est ténébreux, s'illumine ; et que, parlant et luisant vous-même, par les accents de votre humble ministre, prédicateur et auditeur, nous possédions tous ensemble la vie éternelle. Amen.

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