2030. Ayant exposé l'allégorie de la vigne et de ses sarments qu'il a explicitée tout d'abord en regardant l'union des sarments à la vigne, le Seigneur regarde ensuite la taille des sarments qui se fera par des tribulations. Il console donc ses disciples des tribulations qu'ils auront à souffrir ; et d'abord il expose, puis explicite, ce par quoi il va les consoler ; enfin il repousse ce qui pourrait excuser les persécuteurs [n° 2044].
SI LE MONDE VOUS HAIT, SACHEZ QU'IL M'A PRIS EN HAINE AVANT VOUS. SI VOUS AVIEZ ÉTÉ DU MONDE, LE MONDE AIMERAIT CE QUI EST À LUI ; MAIS PARCE QUE VOUS N'ÊTES PAS DU MONDE, ET QUE MOI JE VOUS AI CHOISIS DU MILIEU DU MONDE, C'EST POUR CELA QUE LE MONDE VOUS HAIT. (15, 18-19)
Le Seigneur donne ici deux raisons pour leur consolation : la première se fonde sur l'exemple, et la seconde sur la cause [n°2033].
I
SI LE MONDE VOUS HAIT, SACHEZ QU'IL M'A PRIS EN HAINE AVANT VOUS.
2031. Le Seigneur console donc ses disciples par son propre exemple, lui qui a aussi souffert les persécutions des tyrans : SI LE MONDE VOUS HAIT, SACHEZ QU'IL M'A PRIS EN HAINE AVANT VOUS. Car, sachons-le bien, de même que le principe de tous les bienfaits est l'amour, de même aussi le principe de toutes les persécutions est la haine : voilà pourquoi le Seigneur leur prédit la haine à venir - Vous serez haïs de tous les hommes 4. - Heureux serez-vous quand les hommes vous haïront (...) à cause du Fils de l'homme5.
Il dit donc : SI LE MONDE VOUS HAIT, c'est-à-dire bientôt le monde vous haïra et il manifestera sa haine en vous persécutant, SACHEZ QU'IL M'A PRIS EN HAINE AVANT VOUS - Le monde ne peut pas vous haïr, mais moi il me hait6. Mais c'est là la grande consolation du juste, pour lui permettre de supporter les persécutions avec force - Repensez à celui qui a supporté de la part des pécheurs une telle contradiction, afin de ne pas être accablés par la défaillance de vos âmes1 - Le Christ a souffert pour nous, vous laissant un exemple, pour que vous suiviez ses traces2. Aussi, selon Augustin3, les membres ne doivent pas s'élever au-dessus de la tête, ni refuser d'être dans le corps, en ne voulant pas supporter la haine du monde en union avec la tête.
1· 1 Tm 1, 5.
2. In Ioannem hom., LXXVII, 2, PG 59, col. 416.
3. 1 Jn 4, 21.
4. Mt 24, 9.
5. Lc 6, 22.
6. Jn7, 7.
2032. Mais le monde s'entend en deux sens4. Parfois en bien, quand il s'agit de ceux qui, dans le monde, vivent selon le bien - C'était Dieu qui, dans le Christ, se réconciliait le monde5. Parfois en mal, et il s'agit alors de ceux qui aiment le monde - Le monde entier a été mis sous l'influence du mauvais6. Ainsi donc, le monde entier a en haine le monde entier ; parce que ceux qui aiment le monde, qui sont répandus dans le monde entier, haïssent le monde entier, c'est-à-dire l'Église des bons, affermie dans le monde entier7.
II
SI VOUS AVIEZ ÉTÉ DU MONDE, LE MONDE AIMERAIT CE QUI EST À LUI ; MAIS PARCE
1. He 12, 3. Saint Thomas commente : « En toutes tes voies, pense à lui (Pr 3, 6). La raison de cela est que le remède à toute tribulation se trouve dans la Croix. Là est en effet l'obéissance à Dieu - Il s'est humilié, en se faisant obéissant jusqu'à la mort, et la mort de la Croix (Ph 2, 8) » (Ad Heb. lect., XII, n° 667).
2. 1 Ρ 2, 21.
3. Tract, in Io., LXXXVII, 2, BA 74B, p. 159.
4. Saint Thomas, à plusieurs reprises, explicite les deux sens du mot « monde ». Voir plus haut, n° 1669, et ci-dessous, nos 2129, 2206, 2249, 2250. Saint Jean emploie souvent le mot « monde » dans le deuxième sens : Ayez confiance : moi, j'ai vaincu le monde (Jn 16, 33) ; Ils ne sont pas du monde comme moi je ne suis pas du monde (Jn 17, 16). Et dans sa première épître : N'aimez ni le monde, ni ce qui est dans le monde. Si quelqu'un aime le monde, l'amour du Père n'est pas en lui. Car tout ce qui est dans le monde - la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l'orgueil de la richesse - vient non pas du Père mais du monde. Or le monde passe avec ses convoitises mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement (1 Jn 2, 15-17). Le mot « monde » est alors entendu en opposition avec ce qui est divin et pur.
5. 2 Co 5, 29.
6. 1 Jn 5, 19.
7. Cf. saint Augustin, loc cit.
QUE VOUS N'ÊTES PAS DU MONDE, ET QUE MOI JE VOUS AI CHOISIS DU MILIEU DU MONDE, C'EST POUR CELA QUE LE MONDE VOUS HAIT.
2033. Voici la seconde raison, liée à la cause de cette haine. Car lorsque quelqu'un supporte la haine d'un autre par sa propre faute, il doit s'en affliger et s'en attrister ; mais quand c'est à cause de sa vertu, il doit s'en réjouir.
Le Seigneur montre donc, premièrement, la cause pour laquelle certains sont aimés du monde ; puis il montre pourquoi les Apôtres sont haïs du monde [n° 2037].
SI VOUS AVIEZ ÉTÉ DU MONDE, LE MONDE AIMERAIT CE QUI EST À LUI.
2034. La cause pour laquelle certains sont aimés du monde, c'est leur ressemblance avec le monde. Toute chose aime ce qui lui est semblable - Toute chair s'unit à ce qui lui est semblable8. Et c'est pourquoi le monde - c'est-à-dire ceux qui aiment le monde - aime ceux qui aiment le monde : SI VOUS AVIEZ ÉTÉ DU MONDE, c'est-à-dire de ceux qui suivent le monde, LE MONDE AIMERAIT CE QUI EST À LUI, comme étant sien et semblable à lui. Ne lisait-on pas précédemment : Le monde ne peut pas vous haïr ? 9 - Ils sont du monde, aussi parlent-ils d'après le monde, et le monde les écoute 10.
2035. Contrairement à cela, on objectera que, par « monde », le Seigneur entend ici les princes du monde, qui allaient persécuter les Apôtres. Or ces mêmes princes pourchassent aussi certains hommes qui vivent selon le monde, par exemple les assassins et les brigands ; le monde n'aime donc pas ce qui est à lui, pas plus qu'il n'aime les Apôtres.
8. Si 13, 20. Sur la similitude dans l'amour, voir Éthique à Nicomaque, VIII, 2, 1155 a 32 sq. : « Certains estiment l'amitié comme une similitude et la disent des amis qui sont semblables ». Voir aussi Somme théol., I-II, q. 27, a. 3.
9. Jn 7, 7.
10. 1 Jn 4, 5.
Je réponds : il faut dire qu'on peut trouver quelque chose de purement bon, mais qu'on ne trouve rien de purement mauvais, puisque le sujet du mal, c'est le bien. Le mal de la faute se fonde donc sur le bien de la nature. Aussi ne peut-il y avoir d'homme pécheur et mauvais qui n'ait quelque chose de bon. Les hommes, donc, selon le mal qu'ils ont, à savoir leur infidélité, appartiennent au monde, et haïssent les Apôtres et ceux qui ne sont pas du monde ; mais selon le bien qu'ils ont, ils ne sont pas du monde, et ils ont en haine ceux qui sont du monde, à savoir les voleurs, les brigands et autres de ce genre. Il y en avait cependant certains qui dans le monde vivaient selon le bien ; ils aimaient les Apôtres et approuvaient leurs actes.
2036. Mais il semble encore davantage y avoir un doute du fait que tout péché se rapporte au monde, et qu'ainsi n'importe quel péché nous fait être du monde. Et nous voyons que certains hommes se rassemblant dans le péché se prennent mutuellement en haine, par exemple les orgueilleux - Entre les orgueilleux, ce sont toujours des disputes1. L'avare aussi a en haine l'avare. Et c'est pourquoi, selon le Philosophe, les potiers rivalisent entre eux2. Le monde a donc en haine le monde. Ce que le Seigneur dit : LE MONDE AIMERAIT CE QUI EST À LUI, ne semble donc pas être vrai.
À cela il faut répondre qu'il y a deux sortes d'amour : l'amour d'amitié et l'amour de concupiscence, qui sont deux amours différents. Par l'amour de concupiscence, en effet, nous ramenons à nous les choses qui nous sont extérieures puisque par cet amour nous aimons les réalités autres en tant qu'elles nous sont utiles ou agréables3. Dans l'amour d'amitié, c'est le contraire : nous sortons de nous-mêmes pour aller vers ce qui est extérieur à nous, puisqu'à l'égard de ceux que nous aimons d'amitié, nous nous comportons comme envers nous-mêmes, en nous communiquant d'une certaine manière nous-mêmes à eux. Aussi, dans l'amour d'amitié, la similitude est cause d'amour4, puisqu'on n'aime ainsi quelqu'un que dans la mesure où l'on est un avec lui ; or la similitude est une certaine unité. Dans l'amour de concupiscence, au contraire, qu'il soit utile ou agréable, la similitude est cause de séparation et de haine. En effet, puisque dans un tel amour j'aime quelqu'un dans la mesure où il m'est utile ou agréable, tout ce qui peut empêcher l'utilité ou le plaisir, je le hais comme contraire. Voilà pourquoi les orgueilleux se querellent, dans la mesure où l'un s'arroge la gloire que l'autre aime, et dans laquelle il se complaît. Il en est de même chez les potiers, dans la mesure où l'un prend pour lui le gain qu'un autre voulait pour lui-même.
1. Pr l3,10.
2. Cf. Aristote, Éthique à Nicomaque, VIII, 2, 1155 b 1. Voir vol-I, n°511.
3. Saint Thomas reprend cette distinction dans la Somme théologique en assumant la pensée d'Aristote sur l'amour d'amitié : « Aimer, comme le dit le Philosophe (2 Rhétorique, IV), c'est "vouloir du bien à quelqu'un". Le mouvement de l'amour tend donc vers deux réalités : vers le bien que l'on veut à quelqu'un - soi-même ou un autre -, et vers celui à qui l'on veut ce bien. À l'égard du bien qu'on veut à un autre, il y a amour de concupiscence ; à l'égard de celui à qui nous voulons du bien, il y a amour d'amitié » (I-II, q. 26, a. 4, c). Et aussi : « D'après le Philosophe {Éthique à Nicomaque, VIII, 2), ce n'est pas n'importe quel amour qui a raison d'amitié, mais l'amour qui s'accompagne de bienveillance, quand nous aimons quelqu'un de telle sorte que nous lui voulons du bien. Si nous ne voulons pas le bien des réalités aimées, mais accaparer pour nous ce qu'elles ont de bon, comme quand nous disons aimer le vin, aimer un cheval ou d'autres choses semblables, ce n'est plus l'amour d'amitié (amor amicitiae), mais l'amour de concupiscence (amor concupiscentiae). Car il serait ridicule de dire de quelqu'un qu'il a de l'amitié pour du vin ou pour un cheval » (II-II, q. 23, a. 1, c). Saint Thomas précise : « Dans l'amitié utile et l'amitié agréable, on veut vraiment du bien à son ami, et quant à cela est sauve la raison d'amitié. Mais ce bien de l'autre, on le veut pour son plaisir à soi, ou son utilité, ce qui fait dire qu'à cette amitié utile ou agréable la véritable raison d'amitié fait défaut parce qu'elle est faussée par l'amour de concupiscence » (I-II, q. 26, a. 4, ad 3). Aristote, dans son Éthique, en distinguant l'amour d'amitié spirituel de l'amitié utile et agréable, remarque : « Ceux dont l'amitié est fondée sur l'utilité aiment pour leur propre bien, et ceux qui aiment en raison du plaisir, pour leur propre agrément, et non pas dans l'un et l'autre cas la personne aimée pour ce qu'elle est en elle-même, mais en tant qu'elle est utile ou agréable. Dès lors ces amitiés ont un caractère accidentel, puisque ce n'est pas en ce qu'elle est essentiellement que la personne aimée est aimée, mais en tant qu'elle procure quelque bien ou quelque plaisir, suivant le cas. Les amitiés de ce genre sont par suite fragiles, dès que les deux amis ne demeurent pas pareils à ce qu'ils étaient : s'ils ne sont plus agréables ou utiles l'un à l'autre, ils cessent d'être amis » (Éthique à Nicomaque, VIII, 3, 1156 a 14-21).
4. Voir plus haut, n° 2034, note 8.
Il faut savoir que l'amour de concupiscence n'est pas un amour pour la réalité convoitée, mais plutôt l'amour de celui qui convoite pour lui-même. Et pour cette raison, si l'on aime quelqu'un d'un tel amour, c'est dans la mesure où il nous est utile, nous l'avons dit ; voilà pourquoi, par cet amour, on aime plus soi-même que l'autre. Ainsi, celui qui aime le vin parce qu'il lui est agréable s'aime lui-même plutôt qu'il n'aime le vin. Mais l'amour d'amitié est davantage l'amour de la réalité aimée que de celui qui aime, parce qu'on aime quelqu'un pour lui-même, et non pas pour soi en tant qu'on aime. Ainsi donc, puisque dans l'amour d'amitié la similitude est cause d'amour, et la dissemblance cause de haine, le monde a en haine ce qui n'est pas à lui et ne lui est pas semblable, et il aime d'un amour d'amitié1 ce qui est à lui. Mais pour l'amour de concupiscence, c'est le contraire. Aussi le Seigneur dit-il : SI VOUS AVIEZ ÉTÉ DU MONDE, LE MONDE AIMERAIT, d'un amour d'amitié, CE QUI EST À LUI.
MAIS PARCE QUE VOUS N'ÊTES PAS DU MONDE, ET QUE MOI JE VOUS AI CHOISIS DU MILIEU DU MONDE, C'EST POUR CELA QUE LE MONDE VOUS HAIT. (15, 19)
2037. Le Seigneur indique ici la cause pour laquelle les Apôtres sont haïs du monde, qui est la dissemblance : VOUS N'ÊTES PAS DU MONDE, sous-entendu : par l'élévation de votre esprit, bien que vous le soyez par votre origine - Vous, vous êtes d'en bas, moi, je suis d'en haut. Vous, vous êtes de ce monde, moi, je ne suis pas de ce monde2. Et cela, c'est bien parce que vous avez été élevés du monde, non pas par vous-mêmes, mais par ma grâce, c'est-à-dire parce que MOI JE VOUS AI CHOISIS DU MILIEU DU MONDE - C'est moi qui vous ai choisis 3. C'EST POUR CELA QUE, parce que vous n'êtes pas du monde, LE MONDE, c'est-à-dire ceux qui l'aiment, VOUS HAIT, en tant que vous leur êtes dissemblables - Les justes ont en horreur les impies, et les impies ont en horreur ceux qui sont dans le droit chemin 4. - Les hommes sanguinaires haïssent celui qui est sans détour5.
2038. On peut préciser trois raisons pour lesquelles le monde a en haine les saints. La première est la différence de condition : le monde est dans la mort, tandis que les saints sont dans l'état de la vie - Ne vous étonnez pas, frères, si le monde vous hait. Nous savons, nous, que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères6. - Sa vue même nous est à charge7.
La deuxième raison est le désagrément de la correction. Car les hommes saints reprennent, par leurs paroles comme par leurs actes, les agissements du monde ; aussi le monde les a-t-il en haine - Ils l'ont haï, celui qui les reprenait à la Porte8. - II me hait, à savoir le monde, parce que moi je rends témoignage à son sujet que ses œuvres sont mauvaises9.
La troisième raison est l'injuste jalousie par laquelle les méchants envient les hommes justes lorsqu'ils les voient croître et devenir nombreux en bonté et en sainteté ; ainsi les Égyptiens, voyant croître les fils d'Israël, les avaient en haine et les persécutaient1 ; et selon la Genèse, les frères de Joseph, voyant qu'il était plus aimé qu'eux tous, l'avaient pris en haine2.
1. Nous avons gardé ici l'expression de l'édition Marietti, amor amicitiae, sans tenir compte de la correction de l'édition léonine qui indiquait amor concupiscentiae, cela pour respecter plus le sens de l'explication de saint Thomas qui précède.
2. Jn 8, 23.
3. Jn 15, 16. Voir aussi Jn 6, 71 – N'est-ce pas moi qui vous ai choisis, vous les Douze ?
4. Pr 29, 27.
5. Pr 29, 10.
6. 1 Jn 3, 13-14.
7. Sg2, 15.
8. Am 5, 10. Selon Osty, la justice se rendait sur la place publique, qui se trouvait près de la porte des villes et des villages.
9. Jn 7, 7.
SOUVENEZ-VOUS DE LA PAROLE QUE MOI, JE VOUS AI DITE : LE SERVITEUR N'EST PAS PLUS GRAND QUE SON SEIGNEUR. S'ILS M'ONT PERSÉCUTÉ, VOUS AUSSI ILS VOUS PERSÉCUTERONT ; S'ILS ONT GARDÉ MA PAROLE, ILS GARDERONT AUSSI LA VÔTRE. MAIS TOUT CELA, ILS VOUS LE FERONT À CAUSE DE MON NOM, PARCE QU'ILS NE CONNAISSENT PAS CELUI QUI M'A ENVOYÉ. (15, 20-21)
2039. Le Seigneur développe ici les raisons qu'il vient de donner pour la consolation des disciples : la première, qui se rapporte à son propre exemple, puis la seconde, qui concerne la haine du monde [n° 2043].
I
Le Seigneur rappelle d'abord la diversité de rang entre lui et ses disciples ; puis il montre la similitude des faits [n° 2042].
SOUVENEZ-VOUS DE LA PAROLE QUE MOI, JE VOUS AI DITE : LE SERVITEUR N'EST PAS PLUS GRAND QUE SON SEIGNEUR.
2040. Il y avait une différence de rang entre le Christ et ses disciples, parce que lui était le Seigneur, et eux, des serviteurs. Il rappelle donc cette différence lorsqu'il dit : SOUVENEZ-VOUS DE LA PAROLE QUE MOI, JE VOUS AI DITE précédemment, à savoir : Le serviteur n'est pas plus grand que son Seigneur3. Cela ne doit donc pas vous indigner si vous souffrez ce que votre Seigneur a souffert ; vous devez au contraire le considérer comme une grande gloire. Voilà pourquoi, selon Matthieu, aux disciples qui demandent de siéger l'un à sa droite et l'autre à sa gauche, il dit : Pouvez-vous boire la coupe que moi, je suis destiné à boire ?4 - C'est une grande gloire de suivre le Seigneur5. - II suffit au disciple d'être comme son maître*'.
2041. Mais plus haut, le Seigneur ne disait-il pas au contraire : Je ne vous appellerai plus serviteurs7, alors qu'ici il déclare : LE SERVITEUR N'EST PAS PLUS GRAND QUE SON SEIGNEUR ?
Je réponds en disant qu'il y a une double servitude : l'une qui procède de la crainte servile, c'est-à-dire de la crainte du châtiment et, en ce sens, les Apôtres n'étaient pas serviteurs ; l'autre qui procède de la crainte chaste, et une telle servitude existait chez les Apôtres - Bienheureux les serviteurs que le maître, à sa venue, trouvera en train de veiller8.
S'ILS M'ONT PERSÉCUTÉ, VOUS AUSSI ILS VOUS PERSÉCUTERONT ; S'ILS ONT GARDÉ MA PAROLE, ILS GARDERONT AUSSI LA VÔTRE.
1. Cf. Ex 1, 9 sq. : Voici que le peuple des fils d'Israël est nombreux et trop fort pour nous.
2. Cf. Gn 37, 4.
3. Jn 13, 16.
4. Mt 20, 22.
5. Si 23, 38 (verset propre à la Vulgate).
6. Mt 10, 25.
7. Jn 15, 15.
8. Le 12, 37. Au sujet des différentes sortes de crainte, voir ci-dessus, n° 1783, note 2, et n° 2015 et note 8 rapportant le commentaire de saint Thomas du psaume 18, 10.
2042. Si donc vous êtes des serviteurs et moi le Seigneur, vous devez être contents qu'on vous fasse ce qu'on m'a fait. Or moi, certains m'ont méprisé, et d'autres m'ont reçu - Il est venu chez lui, et les siens ne Vont pas reçu. Mais à tous ceux qui Vont reçu, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu1. Vous aussi, de même, si certains vous méprisent, d'autres cependant vous honoreront.
Voilà pourquoi le Seigneur dit : S'ILS M'ONT PERSÉCUTÉ, VOUS AUSSI ILS VOUS PERSÉCUTERONT. Par ces mots, il expose la similitude des faits ; en effet, que leur persécution s'exerce sur les disciples ou sur le Christ, la raison en est la même, puisque dans les disciples, c'est le Christ qu'ils persécutent. Lors de la persécution de ses disciples, le Christ le disait bien : Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ?2 Et c'est pourquoi, du fait de l'identité de cause, suit cette conséquence : S'ILS M'ONT PERSÉCUTÉ, VOUS AUSSI ILS VOUS PERSÉCUTERONT - S'ils ont traité le maître de maison de Béelzéboul, combien plus le feront-ils pour les gens de sa maison ?3 Au sujet de cette persécution, il est dit : Voici que moi, j'envoie vers vous des sages et des scribes. Vous en tuerez et crucifierez, vous en fouetterez dans vos synagogues, et en pourchasserez de ville en ville4.
En ce qui concerne l'honneur, la raison est également la même. Aussi le Seigneur dit-il : S'ILS ONT GARDÉ MA PAROLE, ILS GARDERONT AUSSI LA VÔTRE, car VOS paroles sont mes paroles - Vous cherchez à tester celui qui parle en moi, le Christ5. - Ce n'est pas vous en effet qui parlez, mais l'Esprit de votre Père qui parle en vous6 -, c'est pourquoi il dit : Qui vous écoute, m'écoute7.
1. Jn 1, 11-12.
2. Ac 9, 4.
3. Mt 10, 25.
4. Mt 23, 34.
5. 2 Co 13, 3.
6. Mt 10, 20.
7. Lc 10, 16.
Que les Apôtres aient été reçus et honorés par certains, on le voit clairement : Et vous, quand vous avez reçu de nous la parole de Dieu que nous vous faisions entendre, vous l'avez accueillie non comme une parole d'hommes, mais selon ce qu'elle est vraiment, la parole de Dieu 8.
II
MAIS TOUT CELA, ILS VOUS LE FERONT À CAUSE DE MON NOM, PARCE QU'ILS NE CONNAISSENT PAS CELUI QUI M'A ENVOYÉ.
2043. Ici le Seigneur explique la raison de la consolation des disciples, liée à la cause de la haine. Les Apôtres, en effet, avaient été choisis et élevés au-dessus du monde, en tant qu'ils avaient été rendus participants de la divinité et unis à Dieu ; et c'est parce qu'ils étaient au-dessus du monde et unis à Dieu que le monde les avait en haine : il s'ensuit que le monde haïssait plutôt Dieu dans les Apôtres que les Apôtres eux-mêmes. Et la cause de cette haine, c'est qu'ils n'avaient pas la vraie connaissance de Dieu, celle qui s'acquiert par une foi vraie et un amour livré9 sans réserve. D'ailleurs, s'ils les avaient reconnus comme amis de Dieu, ils ne les auraient pas persécutés. Et voilà pourquoi le Seigneur dit : TOUT CELA, la haine et la persécution à votre égard, ILS VOUS LE FERONT À CAUSE DE MON NOM, et donc cela doit être pour vous un sujet de gloire - Qu'aucun de vous ne souffre comme meurtrier, ou voleur, ou médisant, ou envieux des biens d'autrui ; mais si c'est comme chrétien, qu’il ne rougisse pas, qu'il glorifie Dieu pour ce nom 10. Tout cela, ils le feront À CAUSE DE MON NOM, non pas qu'ils l'aiment, mais parce qu'ils l'ont en haine ; tandis que vous, au contraire, vous souffrirez à cause de mon nom parce que vous l'aimez. Et ils feront cela PARCE QU'ILS NE CONNAISSENT PAS CELUI QUI M'A ENVOYÉ - Si vous me connaissiez, vous connaîtriez peut-être aussi mon Père !1 Ils ne savaient pas, en effet, qu'il était agréable à Dieu qu'ils adhèrent au Christ.
8. 1 Th 2, 13.
9. « Livré » traduit ici le mot latin devotum. Sur le sens du mot devotio, voir vol. I, n° 843, note 5, et n° 1391, note 6.
10. 1 Ρ 4, 15-16.
Mais remarquons qu'il parle ici de la connaissance parfaite, consistant dans la foi qui mène l'intelligence à son achèvement et unit la volonté aimante à Dieu. D'une telle connaissance il est dit : Celui qui se glorifie, qu'il se glorifie de ceci : de la science et de la connaissance qu'il a de moi2. - Te connaître, c'est l'intelligence accomplie3.