12. Car la pudeur ne permet pas seulement de dire ce que ces personnes font en secret.
13. Or tout ce qui mérite d’être repris se découvre par la lumière, n’y ayant que la lumière qui découvre tout.
14. C’est pourquoi il est dit: Levez-vous, vous qui dormez, sortez d’entre les morts, et le Christ vous éclairera.
Saint Paul a fait ses recommandations, il en donne ici les raisons. Ces recommandations étaient au nombre de deux : la première de ne pas prendre part aux oeuvres des ténèbres ; la seconde, de reprendre les pécheurs. Corrélativement, il fait deux choses : il donne d’abord la raison de la première recommandation ; ensuite celle de la seconde (verset 13) : Or, tout ce qui mérite d’être repris, etc."
I° Il dit donc : Je vous ai recommandé avec raison de ne pas prendre part à leurs oeuvres. Vous devez même et reprendre et corriger ceux qui se conduisent ainsi. Pourquoi ? (verset 12) : C’est que la pudeur ne permet pas seulement de dire ce que ces personnes font en secret. Ce passage doit s’entendre des vices de la chair, qui portent avec eux une grande honte, car c'est à peine s’il s’y trouve un reste de raison, puisque ces actes sont communs à l’homme et aux animaux sans raison.
II° A la suite (verset 15) : Or, tout ce qui mérite d’être repris, etc., l’Apôtre donne la raison de la seconde recommandation. I. Il exprime cette raison, II. il en donne la confirmation ; (verset 14) : C’est pourquoi il est dit, etc.
I. Sur la première partie, saint Paul veut prouver qu’il faut reprendre ceux qui font mal. Il établit ainsi sa preuve : Tout ce qui est démontré mauvais mérite répression ; toute répression est une sorte de manifestation. Mais toute manifestation se fait par la lumière ; or vous-mêmes vous êtes lumière ; il convient donc que vous les repreniez et que vous les montriez à découvert. L’Apôtre pose donc d’abord la majeure de ce raisonnement ; (verset 15) : Or tout ce qui mérite d’être repris, etc. et la mineure (verset 15) : tout ce qui, etc. Comme s’il disait : Il est dans l’ordre que vous les repreniez, car, ainsi qu’il est dit (1 Co II, 15) : "L’homme spirituel juge de tout, et n’est jugé par personne." C’est pourquoi la Glose explique ainsi ce passage : toutes choses, c'est-à-dire les péchés, qui sont reprises par la lumière, c'est-à-dire par ceux d’entre les hommes qui étant bons et saints, sont les enfants de lumière, sont manifestées, à savoir par la confession ; (Proverbes XXVIII, 13) : "Celui qui confesse ses crimes, et qui s’en retire, obtiendra miséricorde" ; or toutes choses mauvaises, manifestées par la confession, deviennent lumière, c'est-à-dire, sont changées en lumière.
II. L’Apôtre confirme ensuite sa preuve par une autorité, en disant (verset 14) : C’est pourquoi il est dit : Levez-vous, etc." ce que la Glose explique ainsi : C’est pourquoi, c'est-à-dire, parce que les choses mauvaises sont devenues lumières, il est dit, à savoir par le Saint-Esprit : O vous qui dormez, levez-vous. Mais tel n’est pas le style habituel de saint Paul. Il faut donc dire que l’Apôtre emploie ici la figure que nous trouvons en Isaïe (LX, 1) : "Levez vous, Jérusalem, soyez toute brillante de clarté, etc.", lorsqu’il dit (verset 14) : C’est pourquoi il dit, à savoir l'Ecriture : Levez-vous de la négligence que vous apportez aux bonnes oeuvres, vous qui dormez ; (Proverbes VI, 9) : "Jusqu’à quand dormirez-vous! Paresseux ! " ; (Psaume XL, 9) : "Celui qui dort, ne pourra-t-il pas ressusciter ?" - (verset 14) Et sortez d’entre les morts, c'est-à-dire des oeuvres mortes ou des oeuvres qui donnent la mort ; (Hébr., IX, 14) : "Il purifiera notre conscience des oeuvres mortes, etc." ; (Isaïe, XXVI, 19) : "Vos morts revivront, ceux que j’ai tués ressusciteront." – Sortez donc, et Jésus-Christ vous éclairera ; (Psaume XXVI, 1) : "Le Seigneur est ma lumière, etc." et (Psaume XII, 4) : "Eclairez mes yeux, afin que je ne m’endorme pas dans la mort."
Pouvons-nous donc par nous-mêmes ressusciter du péché, attendu que l’Apôtre dit : Levez-vous, et Jésus-Christ vous éclairera ? Il faut dire que pour la justification du pécheur deux choses sont nécessaires, à savoir le libre arbitre coopérant pour ressusciter, et la grâce elle-même. La force nécessaire pour se lever d’abord, sans aucun doute le libre arbitre l’obtient de la grâce prévenante, et ensuite de la grâce subséquente le pouvoir de faire des oeuvres méritoires. C’est pourquoi il est dit (Lament., V, 21) : "Convertissez-nous à vous, Seigneur, et nous nous convertirons."
15. Ayez soin, mes frères, de vous conduire arec une grande circonspection, non comme des personnes imprudentes,
16. Mais comme des hommes sages, rachetant le temps parce que les jours sont mauvais.
17.. Ne soyez donc pas indiscrets, mais sachez discerner quelle est la volonté du Seigneur.
Saint Paul, après avoir défendu de se laisser aller aux séductions charnelles du vieil homme, exhorte ici au renouvellement qui est opposé à ces séductions. Et d’abord il engage à ce renouvellement opposé à la séduction ; ensuite à celui qui est opposé aux dissolutions (verset 18) : Ne vous enivrez pas de vin, etc. La première partie se subdivise en trois : I° il recommande la vigilance, contraire à la séduction ; II° il enseigne en quoi cette vigilance est un renouvellement (verset 16) : rachetant le temps, etc. III° il indique le modo de la vigilance même, (verset 17) : Ne soyez donc pas indiscrets, etc.
I° Il dit donc : vous devez avoir soin, après ce qui vous a été expliqué, de marcher avec circonspection. La circonspection est une de conditions de la prudence, par laquelle on évite, dans sa conduite, les obstacles qu’on rencontre ; or tous doivent avoir cette circonspection ; (Proverbes IV, 23) : "Que vos yeux regardent droit, et que vos paupières devancent vos pas." Ces précautions conviennent aux sages. Aussi saint Paul dit-il (verset 15) : non comme des personnes imprudentes, c'est-à-dire qui ne savent pas éviter les obstacles ; (Psaume LXXV, 6) : "Tous ceux dont le coeur était insensé, ont été remplis de trouble."- (verset 16) mais comme des hommes sages ; (Ecclesiastique II, 14) : "Les yeux du sage sont à sa tête; l’insensé marche dans le ténèbres." Quelques commentateurs disent : Sinon chastement, du moins prudemment. Telle n’est pas la pensée de saint Paul ; il dit avec circonspection, en d’autres termes : Gardez-vous de quiconque est opposé à la chasteté.
II° L’Apôtre montre la nécessité de cette circonspection, lorsqu’il dit (verset 16) : rachetant le temps, ce qui peut être expliqué de deux manières. Quelqu’un rachète quelquefois ce qui lui appartient, au moyen de la reconnaissance, ou d’autres objets que l’on donne en échange. C’est ainsi que l’on dit, se racheter de vexations au moyen de gages d’argent, ou en acceptant de se défaire de ses droits. L’Apôtre dit donc : Tout ce temps est le temps de la calomnie, rachetez-le donc, (verset 16) parce que les jours sont mauvais. Du jour qu’Adam a péché, des embûches nous ont été préparées et sont sans cesse tendues, pour nous porter au péché ; il n’en était pas ainsi dans l’état d’innocence ; alors il n’était pas besoin que l’homme s’abstint de ce qui était licite, car il n’y avait rien dans sa volonté qui le poussât au mal. Mais maintenant il nous faut racheter le temps, parce que les jours sont mauvais, c'est-à-dire : nous devons nous garder de la malice de ces jours, "et nous tenir prêts pour ceux qui sont mauvais," comme il est dit (Ecclesiastique VII, 15), nous abstenir même de certaines choses qui sont permises ; (1 Co X, 23) : "Tout m’est permis, mais tout n’est pas expédient." C’est de cette manière que l’on dit de quelqu’un qu’il rachète une vexation, parce qu’il laisse, sans en user, quelque chose de son droit. Ou autrement : rachetant le temps, etc. : il arrive quelquefois que l’on vit longtemps dans l’état du péché, et c’est un temps perdu.
Mais comment racheter ce temps, quand déjà l’homme ne peut suffire à payer sa dette ? Il faut dire que le pécheur doit d’autant plus vaquer aux bonnes oeuvres, qu’il s’est auparavant livré davantage aux mauvaises ; (I Pierre, IV, 1) : "Car il doit suffire que dans le temps de votre vie passée vous vous soyez abandonnés aux mêmes passions que les païens, vivant dans les impudicités, dans les mauvais désirs, dans les ivrogneries, etc." Mais la première explication est préférable.
III° Quand saint Paul dit (verset 17) : Ne soyez donc pas indiscrets etc., il indique le mode de la vigilance. C’est pourquoi, dit-il, c'est-à-dire pour que vous puissiez racheter le temps, il ne faut pas être indiscrets ; remarquez la différence entre la sagesse et la prudence. Celle-ci est une sorte de sagesse, mais ce n’est pas toute la sagesse ; (Prov. X, 23) : "La sagesse est la prudence de l’homme." On est sage dans le sens absolu, quand on règle toutes choses avec ordre ; on est sage dans le sens relatif, quand on règle avec ordre celles-là seulement à l’égard desquelles ou est sage ; (1 Co III, 10) : "J’ai posé le fondement comme un sage architecte," car il est d’un homme sage de disposer les choses avec ordre, comme il est dit au 1er livre de la Métaphysique. Or quiconque veut l’ordre, considère la fin ; celui-là donc est sage, dans le sens absolu du terme, qui connaît la fin, ou qui agit pour la fin universelle, c'est-à-dire pour Dieu même ; (Deutér., IV, 6) : "C’est en cela que vous ferez paraître votre sagesse [devant les peuples], etc." Car la sagesse, c'est la connaissance des choses divines, comme dit saint Augustin (de la Trinité, IV). Mais la prudence est la prévoyance particulière sur tel ou tel point, quand on ordonne correctement ses actions ; c'est pourquoi la sagesse est la prudence de l’homme. Voilà pourquoi aussi l’Apôtre dit (verset 17) : Ne soyez donc pas indiscrets, mais sachez discerner, etc. De même que la raison spéculative détermine selon l’ordre et juge ce qui est à faire ; aussi est-il nécessaire de tirer des conséquences et de juger d’après des principes : de même pour les actes. Or le premier principe d’après lequel nous devons juger de toutes choses et les régler, c'est la volonté de Dieu. Donc l’intellect, dans les choses morales et dans les choses divines, doit avoir pour principe la volonté de Dieu, parce que, s’il en est ainsi, l’intellect se détermine par la prudence ; (Deut., XXXII, 29) : "Ah s’ils avaient de la sagesse et s’ils comprenaient, etc." C’est d’ailleurs ce que le Seigneur a enseigné (Matth., XXVI, 42) : "Que votre volonté soit faite."
18. Et ne voies laissez pas aller aux excès du vin, d’où naissent les dissolutions, mais remplissez-vous du Saint Esprit.
19. Vous entretenant de psaumes, d’hymnes et de cantiques spirituels, chantant et psalmodiant du fond de vos cœur à la gloire du Seigneur,"
20. Rendant grâces en tout temps et pour toutes choses, à Dieu le Père, au nom de notre Seigneur, Jésus-Christ,
21. Et vous soumettant les uns aux autres dans la crainte du Christ.
L’Apôtre vient d’engager à travailler au renouvellement par rapport à la séduction dans les doctrines, il agit ici de même, pour ce qui est de vices de la chair. Ou bien disons qu’il a d’abord réprouvé parmi ces vices la luxure, et qu’il réprouve ici l’intempérance. Deux points : I° Il condamne le vieil homme ; II° il indique quel doit être l’état de ce renouvellement ; (verset 18) : Mais remplissez-vous, etc.
I° II dit donc : on ne doit pas même entendre parler parmi vous de fornication ni de quelque impureté que ce soit ; or pour l’éviter, vous devez vous abstenir de tout excès de vin, car le manger et le boire, pris avec excès, sont une cause de dissolution, et particulièrement s’il s’agit du vin, qui échauffe et excite ; (Proverbes XX, 1) : "Le vin est une source d’intempérance, et l’ivrognerie est pleine de désordres" ; (Esther, I, 10) : "Lorsque le roi était plus gai, et dans la chaleur du vin qu’il avait bu avec excès, etc." ; (Osée IV, 11) : "La fornication, le vin et l’énivrement enlèvent le sens." C’est ce qui a fait dire à saint Jérôme : "Loth que Sodome n’a pu vaincre, le vin l’a vaincu." Ne vous laissez donc pas aller, etc.
II° (verset 16) : mais remplissez-vous du Saint-Esprit. Parmi les choses qui multiplient les esprits vitaux, il faut compter le vin ; aussi cause-t-il l’excitation de la partie irascible, et fait-il parler inconsidérément les hommes comme il est dit au 3ème livre d’Esdras, III, 21. C’est donc avec raison que l’Apôtre recommande aux Ephésiens, contre cet excès, de se remplir du Saint-Esprit qui produit la ferveur de la dévotion ; (Rm XII, 11) : "Conservez-vous dans la ferveur de l’Esprit." Le Saint-Esprit produit aussi la joie et l’allégresse spirituelle ; (Rm XIV, 17) : "Dans la justice, dans la paix, et dans le joie que donne le Saint-Esprit." Il fait de plus parler avec courage ; (Actes, II, 4) : "Aussitôt ils furent tous remplis du Saint-Esprit, et commencèrent à parler, etc." C’est pour cela que ceux qui les entendaient, les croyaient ivres.
Mais avons-nous donc le Saint-Esprit en notre pouvoir ? Il faut répondre qu’on peut entendre de deux manières l’expression : "avoir le Saint-Esprit." Ou quant à sa réception ; et dans ce sens, il n’est pas en notre pouvoir de le recevoir : c'est par un don de Dieu que nous le recevons ; (Rm V, 5) : "L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs, etc." Ou quant à la disposition avec laquelle on le reçoit, et même dans ce sens nous ne sommes pas capables sans la grâce de Dieu de le recevoir, c'est-à-dire de nous disposer à le recevoir ; (2 Co III, 5) : "Car nous ne sommes pas capables de former de nous-mêmes aucune pensée comme de nous-mêmes, mais c'est Dieu qui nous rend capables." Ou bien encore, on dit de quelqu’un qu’il reçoit le Saint-Esprit, mais qu’il n’est pas rempli du Saint-Esprit, quand il a obtenu la grâce du Saint-Esprit pour certains de ses actes et non pas pour tous les actes humains. On le dit rempli du Saint-Esprit quand il l’a reçu pour toutes les circonstances de la vie.
III° Le mode de cette plénitude consiste dans l’amour de Dieu et du prochain ; aussi quand saint Paul dit (verset 19) : vous entretenant, etc., il indique le mode de cette plénitude d’abord par rapport à Dieu, ensuite par rapport au prochain, d’où : vous soumettant les uns aux autres, etc. . Sur la première partie, l’Apôtre désigne I. la méditation spirituelle ; II. la joie spirituelle (verset 19) : chantant, etc.; III. l’action de grâces, (verset 20) : rendant grâces, etc.
I. La première partie se subdivise, car l’Apôtre expose d’abord le mode de méditation ; et ensuite sa matière (verset 19) : de psaumes, etc. - Il dit donc : (verset 19) : vous entretenant ensemble, etc.
1° Il y a deux manières de s’entretenir : l’une extérieure, d’homme à homme ; l’autre intérieure, de l’homme à lui-même. Tel doit être le langage de la componction (Job X, 1) : "Je parlerai dans l’amertume de mon âme." Il doit aussi se faire dans le secret ; (Matth., VI, 6) : "Mais pour vous, lorsque vous voudrez prier, entrez dans votre chambre et après en avoir fermé la porte, priez votre Père" et (Sagesse VIII, 16) : "Entrant dans ma maison, je trouverai mon repos avec elle."
2° Saint Paul indique la matière de la méditation, quand il dit (verset 19) : de Psaumes, etc. Psalmodier, c'est se servir de l’instrument destiné aux psaumes. Ainsi donc dans les psaumes signifie « pendant vos bonnes œuvres » ; (Psaume LXXX, 3) : "Entonnez le cantique, et faits entendre le tambour, l’instrument harmonieux, etc." - (verset 19) : et d’hymnes, c'est-à-dire des divines louanges ; (Psaume CXLVIII, 14) : "Qu’il soit loué par tous les saints, etc. " ; (verset 19) : et de cantiques spirituels, c'est-à-dire des éternelles récompenses ; (Rm XII, 12) : "Réjouissez-vous dans l’espérance" ; (Psaume XCI, 4) : "Sur l’instrument à dix cordes, avec des cantiques sur la harpe" ; et (Psaume XCVII, 1) : "Chantez au Seigneur un nouveau cantique, etc." Méditons donc dans les oeuvres de justice ce que nous avons à faire, par les divines louanges ce que nous avons à imiter ; par les joies célestes ce que nous avons à faire comme serviteurs et la manière de le faire. Ainsi donc, le premier effet du Saint-Esprit, c'est la sainte méditation ; le second, la joie spirituelle, parce que de la méditation fréquente naît dans le coeur le feu de la charité ; (Psaume XXXVIII, 4) : "Mon coeur s’est échauffé au dedans de moi, et tandis que je méditais, un feu s’y est embrasé, etc."
II. Ce feu produit dans le coeur la joie spirituelle ; c'est pourquoi saint Paul dit (verset 19) : chantant et psalmodiant, comprenez : afin que nos affections s’animent d’une joie toute spirituelle pour faire le bien ; (1 Co XIV, 15) : "Je chanterai avec l’esprit des cantiques, mais je les chanterai avec intelligence" et (Col III, 16) : "Que la parole de Jésus-Christ vous comble de sagesse. Instruisez-vous et exhortez-vous les uns les autres par des psaumes, des hymnes et des cantiques spirituels, sous l’inspiration de la grâce chantant de coeur les louanges du Seigneur." Ce passage confond les hérétiques, qui prétendent c'est une puérilité de chanter au Seigneur des cantiques, de la voix, et que les cantiques spirituels suffisent. Car il y a, dans les chants de l’Eglise, quelque chose à considérer en soi ; c'est ce que l’Apôtre donne à entendre lorsqu'il dit : du fond de vos coeurs, et cela pour deux raisons : pour nous d’abord, pour que notre âme soit portée par là à la dévotion intérieure. Que si quelqu’un prend de là occasion de se laisser aller au désordre, ou à la vaine gloire, c'est contre l’intention de l’Eglise. Ensuite pour les autres ; car c'est un moyen d’amener à plus de dévotion les natures incultes ; (IV Rois, III, 15) : "Pendant que le joueur de harpe chantait sur son instrument, la main du Seigneur fut sur Elisée."
III. Le troisième effet, c'est l’action de grâces. Car par le fait que l’affection se porte vers Dieu, on reconnaît qu’on tient tout de lui. En effet, plus on tend vers Dieu et plus on le connaît, plus aussi on voit en lui de grandeur, et en soi de faiblesse. Disons mieux, on se voit presqu’un néant, en comparaison de Dieu ; (Job, XLII, 5) : "Maintenant je vous vois de mes yeux, c'est pourquoi je m’accuse moi-même, etc." Saint Paul dit donc (verset 20) : rendant grâces en tout temps, et pour toutes choses, c'est-à-dire pour tous les dons, soit dans la prospérité, soit dans l’adversité ; (Psaume XXXIII, 2) : "Je bénirai le Seigneur en tout temps, etc.", car les adversités, pendant que nous sommes en chemin, sont aussi des dons ; (Jacques I, 1) : "Considérez comme le sujet d’une extrême joie, etc." ; (Act., V, 41) : "Alors les Apôtres sortirent du conseil tout remplis de joie, etc." ; (1 Thess., V, 18) : "Rendez grâces à Dieu en toutes choses." Mais tout au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ, parce que tous les biens nous viennent par lui ; (Rm V, 1) : "Ayons la paix avec Dieu, par Notre Seigneur Jésus-Christ, par qui aussi nous avons accès par la foi, etc." L’Apôtre ajoute (verset 20) : à Dieu, comme notre auteur par la création, et notre Père, comme nous ayant envoyé Jésus-Christ par lequel il nous a régénérés. Ainsi donc, grâce à Dieu, pour les dons de la nature ; à Dieu comme Père, pour les dons de la grâce. Saint Paul dit ensuite comment nous sommes remplis des dons de l’Esprit Saint, par rapport au prochain, quand il ajoute (verset 21) : et vous soumettant les uns aux autres, dans la crainte de Jésus-Christ, c'est-à-dire non pour quelque crainte humaine, mais par la crainte de Jésus-Christ.
22. Que les femmes soient soumises à leurs maris, comme au Seigneur;
23. Parce que le mari est le chef de la femme, comme le Christ est le chef de l’Eglise, qui est son corps dont il est aussi le Sauveur,
24. Comme donc l'Eglise est soumise au Christ, les femmes aussi doivent être soumises en tout à leurs maris.
25. Et vous, maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l’Eglise, et s’est livré lui-même pour elle,
26. Afin de la sanctifier, après l’avoir purifié dans le baptême de l’eau par la parole de vie,
27. Pour la faire paraître devant lui pleine en gloire, n’ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable, mais étant sainte et irrépréhensible.
28. Ainsi les maris doivent aimer leurs femmes comme leur propre corps.
L’Apôtre a donc donné plus haut des préceptes généraux qui s’adressent à tous, il donne ici ceux qui appartiennent spécialement à certaines personnes et à divers états. Et comme suivant le Philosophe, dans son livre de la Politique, une maison a trois liens sans laquelle elle ne peut subsister, à savoir celui de l’époux et de l’épouse, celui du père et du fils, et celui du maître et du serviteur, saint Paul instruit successivement ces trois classes de personnes. D’abord la femme et le mari ; ensuite le père et le fils ; (VI, 1) : Vous, enfants, obéissez, etc. ; et enfin les serviteurs et les maîtres, vous serviteurs, obéissez, etc. La première partie se subdivise en deux. L’Apôtre fait d’abord une recommandation aux femmes d’être soumises ; ensuite aux maris d’aimer leurs femmes (verset 25) : et vous, maris, aimez, etc.
I° La première subdivision se partage encore en deux. I. Saint Paul recommande ; II. il donne la raison de la recommandation (verset 23) : parce que le mari est le chef de la femme, etc.
I. Il dit donc (verset 22) : Que les femmes soient soumises à leurs maris, car sans aucun doute, si la femme a l’autorité principale, elle s’élève contre son mari, ainsi qu’il est dit (Ecclesiastique XXV, 30). Voilà pourquoi saint Paul avertit, spécialement les femmes d’être soumises ; et d’être soumises comme au Seigneur, parce que les rapports du mari à la femme ont quelque ressemblance avec les rapports du maître au serviteur, en ce que celui-ci doit se conduire par l’ordre du maître ; avec cette différence que le maître emploie ses serviteurs pour son utilité propre, au lieu que le mari fait concourir sa femme et ses enfants à l’utilité commune. C’est pourquoi l’Apôtre dit (verset 22): comme au Seigneur, non pas qu’il en soit véritablement le seigneur, mais comme le Seigneur ; (I Pierre, III, 1) : "Vous aussi, femmes, soyez soumises à vos maris, etc."
II. L’Apôtre donne ensuite la raison de la recommandation. 1° Il l’énonce ; 2° il cite un exemple (verset 23) : comme Jésus-Christ ; 3° il tire de cet exemple sa conclusion (verset 2) : comme l’Eglise, etc.
1° La raison que donne saint Paul c'est que le mari est le chef de la femme ; or c'est dans le chef que réside le sens de la vue ; (Ecclesiastique II, 14) : "Les yeux du sage sont à sa tête." ; le mari doit donc gouverner la femme, comme étant son chef ; (1 Co XI, 3) : "L’homme est le chef de la femme."
2° L’Apôtre cite un exemple, lorsqu’il dit (verset 25) : comme Jésus-Christ est le chef de l’Eglise" ; (ci-dessus, I, 22) : Il l’a donné pour chef à toute l’Eglise, qui est son corps. Ce n’est pas pour son avantage propre, mais pour celui de l'Eglise, car (verset 23) : il en est aussi le Sauveur ; (Act.., IV, 12) : "car aucun autre nom n’a été donné aux hommes, sous le Ciel, par lequel nous devions être sauvés" ; (Isaïe, XII, 2) : "Voici mon Dieu, qui est mon Sauveur, etc."
3° saint Paul déduit sa conclusion, quand il dit (verset 24) : Mais comme l’Eglise, etc., en d'autres termes : Il est contre toute convenance qu’un membre soit en désaccord avec son chef, en quoi que ce soit ; or de même que Jésus-Christ est le chef de l’Eglise à sa manière, ainsi le mari est le chef de la femme. La femme ne doit donc pas désobéir à son mari, (verset 24) mais de même que l'Eglise est soumise à Jésus-Christ ; (Psaume LXI, 2) : "Mon âme ne sera-t-elle pas soumise à Dieu, etc." – Ainsi les femmes doivent être soumises à leurs maris ; (Genès., III, 16) : "Vous serez sous la puissance de votre mari." - et soumises en toutes choses, c'est-à-dire en tout ce qui n’est pas contre Dieu, car il est dit (Actes V, 29) : "Il faut plutôt obéir à Dieu qu’aux hommes."
II° Quand saint Paul ajoute (verset 25) : Et vous, maris, aimez vos femmes, il recommande aux maris l’attachement pour leurs femmes. Et d’abord, il fait cette recommandation ; ensuite, il en donne la raison (verset 25) : comme Jésus-Christ, etc."
I. Il dit donc (verset 25) : Et vous, maris, aimez vos femmes, car sans aucun doute l’amour que le mari a pour sa femme, le fait vivre davantage dans la chasteté, et ils sont l’un et l’autre en paix. Si au contraire le mari aime un autre femme plus que la sienne, il s’expose lui-même, et expose sa femme au danger ; (Col III, 19) : "Maris, aimez vos femmes, et ne les traitez pas avec aigreur." L’Apôtre donne ici une triple raison à sa recommandation. Il déduit la première de l’exemple de Jésus-Christ (verset 25) : comme Jésus-Christ, etc. ; la seconde est prise du côté du mari (verset 28) : Celui qui aime sa femme, etc.; et la troisième du précepte divin (verset 34) : C’est pourquoi l’homme abandonnera, etc. Sur la première raison, l’Apôtre fait trois choses, 1° il propose l’exemple de l’amour de Jésus-Christ ; 2° la marque qu’il en a donnée (verset 25) : Il s’est livré lui-même, etc.; 3° il en déduit la proposition (verset 28) : C’est ainsi que les maris, etc.
1° Il dit donc : de même que Jésus-Christ a aimé l’Eglise. (ci-dessus, V, 1) : Soyez donc les imitateurs de Dieu, comme ses enfants bien aimés, etc.
2° Or la marque de l’amour de Jésus-Christ pour l’Eglise est facile à voir (verset 25) : C’est qu’il s’est livré lui-même pour elle ; (Galates II, 20) : "Il m’a aimé, et il s’est livré lui-même à la mort pour moi" ; (Isaïe, LIII, 12) : "Il a livré son âme à la mort, etc." Et à quelle fin ? (verset 26) : afin de la sanctifier ; (Hébr., XIII, 12) : "pour sanctifier son peuple par son propre sang, etc." ; (Jean, XVII, 17) : "Sanctifiez-les dans la vérité." Tel est le fruit de la mort de Jésus-Christ. Or l’effet de la sanctification, c'est de purifier l’Eglise des taches du péché. Aussi l’Apôtre l’indique, en ajoutant (verset 26) : en la purifiant dans le baptême de l’eau, baptême qui tire son efficacité des souffrances de Jésus-Christ ; (Rm VI, 3) : "Nous tous, qui avons été baptisés en Jésus-Christ, nous avons été baptisés en sa mort ; car nous avons été ensevelis avec lui par le baptême pour mourir" ; (Ezéch., XXXVI, 25) : "Je répandrai sur vous de l’eau pure, etc." ; (Zach., XIII, 1) : "Il y aura une fontaine ouverte à la maison de David, etc." Cet effet est produit (verset 26) : par la parole de vie, qui reposant sur l’eau, lui donne vertu de purifier ; (Matth., XXVIII, 19) : "Allez donc, et instruisez tous les peuples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit." La fin de la sanctification c'est la pureté de l’Eglise ; l’Apôtre dit donc (verset 27) : pour la faire paraître devant lui pleine de gloire, comme s’il voulait dire : L’époux immaculé ne peut sans inconvenance prendre une épouse souillée ; voilà pourquoi il la rend, pour lui-même tout immaculée ; dès ici-bas par la grâce, et dans le siècle futur par la gloire. C’est ce qui fait dire à saint Paul : pleine de gloire, à savoir par l’éclat de l’âme et du corps ; (Philipp., III, 21) : "Il transformera notre corps, tout vil et abject qu’il soit, etc." Aussi l’Apôtre ajoute-t-il (verset 27) : n’ayant ni tache. (Psaume C, 6) : "… que celui qui marche dans une voie innocente, etc." ; (Psaume CXVIII, 1) : "Bien heureux ceux qui se conservent sans tache dans la voie, etc." - (verset 27) : ni ride, c'est-à-dire sans aucune des misères de la nature passible, parce que, ainsi qu’il est dit (Ap VII, 16) : "Ils n’auront plus ni faim ni soif " - (verset 27) : ou rien de semblable, mais étant sainte, par la confirmation en grâce et immaculée, par l’absence de toute souillure. Tout ceci peut s’entendre de l’état du siècle futur par la gloire ; que si on l’entend de l’état tel qu’il est par la foi, il faudrait dire: afin de se former, à savoir par la foi, une Eglise glorieuse, car "c'est une grande gloire de suivre le Seigneur" comme il est dit (Ecclesiastique XXIII, 38) ; - et sans tache, à savoir de faute mortelle ; (Jérémie II, 22) : "Vous demeurez souillée devant moi dans votre iniquité," - ni ride, c'est-à-dire de duplicité d’intention, qui ne se trouve pas dans ceux qui sont légitimement unis à Jésus-Christ et à l’Eglise ; (Job, XVI, 9) : "Les rides qui paraissent sur ma peau, rendent témoignage contre moi" ; et plus sainte encore par l’intention, et immaculée par une pureté parfaite.
3° L’Apôtre déduit ensuite sa conclusion, en disant (verset 28) : Ainsi les hommes doivent aimer leurs femmes, comme leur propre corps.