1. Vous, enfants, obéissez à vos pères et à vos mères, en ce qui est selon le Seigneur, car cela est juste.
2. Honorez votre père et votre mère ; c'est le premier des commandements auquel Dieu ait promis une récompense ;
3. Afin que vous soyez heureux, et que vous viviez longtemps sur la terre.
4. Et vous, pères, n’irritez pas vos enfants ; mais ayez soin de les bien élever en les corrigeant et en les instruisant selon le Seigneur.
L’Apôtre a tracé les devoirs du mari et de la femme, qui forment le premier élément constitutif de la famille ; il instruit ici le père et les enfants qui en forment le second lien. Et d’abord il établit comment les enfants doivent se conduire à l’égard de leurs parents ; en second lieu, comment les parents doivent se conduire réciproquement à l’égard des enfants (verset 4) : Et vous, pères, n’irritez pas, etc.
I° La première partie se subdivise en deux. L’Apôtre I. fait sa recommandation ; II. il en donne la raison (verset 1) : car cela est juste.
I. Il dit donc d’abord (verset 1) : Vous, enfants, obéissez, etc. Il faut observer ici que les parents sont naturellement les instituteurs de leurs enfants sur le plan de la morale, et que ceux-ci sont naturellement tenus d’obéir à leurs parents qui les instruisent, comme le malade obéit au médecin. Le devoir propre des enfants est donc l'obéissance ; (Col III, 20) : "Enfants, obéissez," à savoir à vos parents, en tout, car cela est agréable au Seigneur, etc. " L’Apôtre dit : selon le Seigneur, car on n’est tenu d’obéir ni aux parents, ni à qui que se soit, en tout ce qui est contraire à la loi de Dieu ; (Actes V, 29) : "Il faut plutôt obéir à Dieu qu’aux hommes." Cette explication donne la solution de la difficulté du passage cité plus haut (Luc XIV, 21) : "Si quelqu’un vient à moi, et ne hait pas son père, etc.", car cela s’entend, en ce qui est contre Dieu.
II. Saint Paul déduit la raison de qui précède de deux motifs, à savoir la justice et l’utilité. Que ce soit juste, la chose est de toute évidence, et la preuve en est que la loi de Dieu ne prescrit que ce qui est juste. (Psaumes XVIII, 9) : "Les préceptes de Dieu sont droits." Or la loi divine prescrit cette obéissance ; (Exode XX, 12) et (Deut., V, 16) : "Honorez votre père et votre mère, etc." ; et encore (Ecclesiastique III, 8) : "Celui qui craint le Seigneur honorera son père, etc." Or l’honneur suppose la démonstration du respect à l’égard de ceux qui sont au-dessus de nous ; nos parents étant donc au-dessus de nous, l’Apôtre s’est servi de ce terme: « honorez ». Il dit donc : Puisque cela est juste, honorez votre père et votre mère, etc. ; (Ecclesiastique III, 7) : "Celui qui honore son père jouira d’une longue vie, et celui qui lui obéit, consolera sa mère." Or les enfants sont tenus d’honorer leurs parents, de trois manières : ils leur doivent le respect comme à leurs supérieurs, l’obéissance comme à leurs précepteurs, et l’assistance lorsqu’ils sont dans leur force, comme à leurs nourriciers.
III. L’Apôtre montre ensuite l’excellence de ce précepte, quand il dit (verset 2) : C’est le premier des commandements.
On objecte qu'au contraire le premier commandement est d’honorer un seul Dieu. Il faut répondre que les préceptes sont renfermés dans deux tables. La première contient ceux qui ont rapport à Dieu ; la seconde, ceux qui concernent le prochain; or dans celle-ci, le premier précepte est d’honorer les parents. Il y à cela deux raisons : d’abord, parce que dans cette table il n’y a aucun autre précepte affirmatif sauf celui-ci, car c'est chose conforme à notre nature de rendre des devoirs à nos parents, tandis qu’il n’en est pas de même pour le prochain ; voilà pourquoi il n’y a pas d’autre précepte affirmatif [dans la seconde table]. Mais la nature nous dicte de ne pas faire de tort à notre prochain, c'est pourquoi Dieu le défend. Le premier commandement étant donc celui qui concerne le plus grand et le premier devoir, le précepte d’honorer les parents vient en tête de tous les autres. En suite, parce que Dieu doit être honoré comme le principe de notre être ; or, nos parents sont aussi le principe de notre être et, comme il est dit au VIème livre de l’Ethique : nous leur devons trois choses, à savoir l’être, la vie et l’éducation ; il est donc convenable qu’après les préceptes, qui comprennent nos obligations à l’égard de Dieu, le premier qui suit se rapporte à nos parents. On peut dire encore qu’il est le premier par rapport à la promesse, car il est le seul pour lequel elle ait été faite. Il y a encore à cela une double raison : la première que l’homme, dans tout le reste de ce qu’il fait, cherche son intérêt particulier. Mais de ses parents déjà vieux, il n’attend aucun intérêt, si ce n’est ce qui lui pourra venir de Dieu. La seconde est qu’on ne s’imagine pas que l’honneur rendu aux parents n’est pas méritoire, parce qu’il est conforme à la nature ; aussi saint Paul ajoute (verset 3) : afin que vous viviez longtemps sur la terre. C’est que dans l’ancien Testament les promesses ne portaient que sur les biens temporels, parce que le peuple Juif, encore enfant, avait besoin d’être instruit avec ménagement, et d’être conduit par un maître, comme on l’est dans le jeune âge. Et toutefois ces petites récompenses, proportionnées à ce peuple enfant, figuraient des biens plus grands, c'est-à-dire les biens spirituels. On peut donc entendre ce passage, au sens littéral, des bienfaits temporels. L’Apôtre dit en ce sens : quant à la promesse, afin que vous soyez heureux, c'est-à-dire que vous receviez avec abondance les biens promis. Celui-là en effet qui se montre reconnaissant dans les moindres bienfaits, mérite d’en recevoir de plus grands. Or nous recevons de nos parents de grands bienfaits, à savoir l’être, la nourriture, et l’éducation ; quand donc on s’en montre reconnaissant, on devient digne de bienfaits d’un ordre supérieur. C’est ce qui fait dire à saint Paul (verset 3) : afin que vous soyez heureux, car ainsi qu’il est dit (I Timoth., IV, 8) : "La piété est utile à tout, et c'est à elle que les biens de la vie présente et ceux de la vie future ont été promis." Aussi l’Apôtre ajoute (verset 3) : et que vous viviez longtemps sur la terre, c'est-à-dire au-delà du don et du bienfait de la vie que vous avez reçu de vos parents ; (Proverbes III, 16) : "La sagesse a, dans sa droite, la longueur des jours ; et dans sa gauche les richesses et la gloire."
Objection : on voit que beaucoup d’enfants, dévoués à leurs parents, meurent prématurément. Il faut donc savoir que ces biens temporels, ne sont pas des biens dans le sens absolu, si ce n’est en tant qu’ils se rapportent aux biens spirituels ; et par conséquent ils ne sont des biens pour l’homme, qu’autant qu’ils lui viennent en aide pour atteindre les biens spirituels. C’est ainsi que la fortune ne peut être appelée un bien, dès qu’elle devient un empêchement à la vertu. La longueur de la vie n’est donc elle-même un bien qu’autant qu’elle est dirigée pour le service de Dieu. Aussi est-elle quelquefois enlevée, afin qu’elle n’y soit un obstacle ; (Sagesse, IV, 11) : "Il a été enlevé de peur que son esprit ne fùt corrompu par la malice." On peut encore entendre dans un sens spirituel « afin que vous viviez longtemps » dans la terre des vivants ; (Psaume CXLII, 10) : "Votre Esprit qui est bon, me conduira dans une terre droite ; vous me ferez vivre, Seigneur, pour votre nom."
II° Après avoir instruit les enfants, l’Apôtre instruit les parents. I. Il fait une défense ; II. il fait une recommandation (verset 4) : mais ayez soin de les bien élever, etc.
I. Il dit donc (verset 4) : Et vous, pères, n’irritez pas vos enfants, non pas pourtant que vous donniez en toutes choses votre assentiment à leur volonté. Remarquez ici qu’autre est la puissance d’un père sur son fils, autre celle d’un maître sur son serviteur; car un maître se sert de son serviteur pour son avantage particulier, tandis qu’un père se sert de son fils dans l’intérêt de ce fils. Il est donc nécessaire que les pères éduquent les enfants, dans le but de leur propre intérêt, non pas cependant en les harcelant et en les soumettant avec excès. Voilà pourquoi il est dit (Col III, 21) : "Pères, n’irritez pas vos enfants", comprenez : de manière à ce qu’ils n’aient pas de sentiments bas, car cette sorte de provocation ne porte pas au bien.
II. Que faut-il donc faire ? L’Apôtre le dit (verset 4) : Mais ayez soin de les bien élever, en les redressant, c'est-à-dire en usant de châtiments, et en les reprenant, c'est-à-dire en employant la réprimande ; en d’autres termes, corrigez-les et instruisez-les, pour qu’ils servent le Seigneur. Ou par la discipline, en les portant au bien, et par la correction, en les retirant du mal.
5. Vous, serviteurs, obéissez à ceux qui sont vos maîtres selon la chair, avec crainte et avec respect, dans la simplicité de votre coeur, comme au Christ même.
6. Ne les servez pas seulement lorsqu’ils ont l’oeil sur vous, comme si vous ne pensiez qu’à plaire aux hommes ; mais comme des serviteurs du Christ, faites de bon coeur la volonté de Dieu.
7. Servez-les avec affection, regardant en eux le Seigneur et non les hommes ;
8. Sachant que chacun recevra du Seigneur la récompense du bien qu’il aura fait, qu’il soit esclave ou qu’il soit libre.
9. Et vous, maîtres, témoignez de même de l’affection à vos serviteurs, ne les traitant pas avec rudesse et avec menaces, sachant que vous avez les uns et les autres un maître commun dans le ciel, qui n’aura pas d’égard à la condition des personnes.
Après avoir établi ce qui a rapport aux deux premiers liens de la société, c'est-à-dire au mari et à la femme, aux pères et aux enfants, l’Apôtre touche ici les rapports du serviteur au maître, en deux points : il instruit en premier lieu le serviteur ; en second lieu le maître (verset 9) : Et vous, maîtres, etc.
I° La première partie se subdivise en trois. L’Apôtre I. fait une recommandation ; II. il l’explique (verset 6) : Ne les servez pas seulement lorsqu’ils ont l’oeil sur vous, etc.; III. il fait connaître quelle sera la récompense (verset 8) : Sachant que chacun, etc.
I. La première subdivision se partage encore en trois recommandations. L’Apôtre demande en premier lieu l’obéissance ; en second lieu, le respect ; enfin la simplicité de coeur. Le respect (verset 5) : avec crainte, etc. ; la simplicité (verset 5) : dans la simplicité de votre coeur, etc.
1° Saint Paul recommande aux serviteurs l’obéissance aux ordres de leur maître. C’est ce qui lui fait dire (verset 5) : Vous, serviteurs, obéissez à ceux qui sont vos maîtres selon la chair.
2° Il recommande le respect (verset 5) : avec crainte ; c'est la disposition intérieure ; (Malachie, I, 6) : "Si je suis votre Seigneur, où est la crainte que vous me devez ?" - et avec respect, c'est la disposition extérieure ; (Psaume II, 11) : "Servez le Seigneur dans la crainte, etc."
3° (verset 5) : et dans la simplicité de votre cœur ; (Sagesse, I, 1) : "Cherchez-le avec un coeur simple" ; (Luc XII, 42) : "Quel est, à votre avis, le serviteur fidèle ?, etc." ; (Job, 1, 5) : "N’as-tu pas remarqué mon serviteur Job, etc." et à la suite : "c'est un homme simple, etc." Car c'est ainsi qu’on doit servir Jésus-Christ; ce qui fait dire à saint Paul (verset 5) : comme à Jésus-Christ même ; (Sagesse, I, 1) : "Cherchez-le dans la simplicité de votre coeur, etc." ; (Chroniques, XXIX, 17) : "Mon Dieu, je vous ai offert toutes ces choses dans la simplicité de mon cœur et avec joie." L’Apôtre dit encore : comme à Jésus-Christ même, parce que si le maître a quelque pouvoir, c'est de notre Seigneur Jésus-Christ qu’il le tient ; (Rm XIII, 2) : "Celui qui résiste aux puissances résiste à l’ordre de Dieu." On doit donc servir les maîtres, comme on servirait Jésus-Christ dans tout ce qui n’est ni contre la foi, ni contre Jésus-Christ lui-même.
II. Saint Paul explique ensuite ces mots : dans la simplicité de votre cœur ; 1° Il repousse tout ce qui est opposé à la simplicité ; 2° il enseigne comme il faut la pratiquer ; (verset 6) : faisant de bon coeur la volonté de Dieu, etc.
1° Or, ce qui est opposé à la simplicité, c'est que le serviteur ne fasse attention qu’à l’oeil du maître, et non pas à lui plaire. Un tel serviteur n’a ni la simplicité, ni la droiture d’intention. L’Apôtre condamne donc cette attitude quand il dit (verset 6) : Ne les servez pas seulement lorsqu’ils ont l’oeil sur vous, c'est-à-dire seulement pour le bénéfice temporel que vous en recevez, comme si vous ne pensiez qu’à plaire aux hommes, c'est-à-dire comme si vous ne vouliez que plaire ; (Galates I, 10) : "Si je voulais encore plaire aux hommes, je ne serais pas serviteur de Jésus-Christ" ; (verset 6) : mais comme des serviteurs de Jésus-Christ ; (Col III, 24) : "Servez le Seigneur Jésus-Christ."
2° Et comment ? (verset 6) : en faisant de bon coeur la volonté de Dieu, c'est-à-dire en accomplissant ses préceptes par vos actes ; (Psaume CII, 20) : "faisant ce qu’il vous dit," comme Jésus-Christ l’a fait ; (Jean VI, 38) : "Je suis descendu du ciel, non pour faire ma volonté mais pour faire la volonté de celui qui m’a envoyé. Or, telle est la volonté de celui qui m’a envoyé", que j’obéisse aux hommes à cause de Dieu. C’est ce qui fait dire à saint Paul : comme des serviteurs de Jésus-Christ, en servant le Seigneur et non pas les hommes, c'est-à-dire non pour eux-mêmes, mais pour le Seigneur. Et comment ? de bon cœur ; (Col III, 23) : "Faites de bon coeur tout ce que vous faites, comme le faisant pour le Seigneur et non pour les hommes." Il répète la même recommandation, en ajoutant (verset 7) : regardant en eux le Seigneur et non les hommes, servez-le avec affection, c'est-à-dire avec une intention droite ; (Col IV, 12) : "afin que vous demeuriez fermes et parfaits, et que vous accomplissiez pleinement tout ce que Dieu demande de vous."
III. L’Apôtre rappelle quelle sera la récompense, lorsqu’il dit (verset 8) : sachant ; (I Jean, V, 13) : "Je vous écris ces choses, afin que vous sachiez, etc." - Sachant donc que chacun de vous qu’il soit esclave, ou qu’il soit libre, sans acception de personne, car Dieu ne fait pas acception de personne ; (Galates III, 28) : "il n’y a plus ni esclave, ni homme libre, ni homme ni femme ; mais vous n’êtes tous qu’un en Jésus-Christ" ; (Actes X, 34) : "En vérité, je vois bien que Dieu ne fait pas acception des personnes ; mais qu’en toute nation celui qui le craint et dont les oeuvres sont justes, etc. " ; (verset 8) : recevra du Seigneur la récompense de ce qu’il aura fait de bien ; (Ecclesiastique IX, 10) : "Faites promptement tout ce que votre main pourra faire" ; (Colos. III, 24) : "Sachant que vous recevrez du Seigneur l’héritage [céleste] pour récompense."
II° Quand saint Paul ajoute (verset 9) : Et vous, maîtres, etc., il instruit les maîtres, en deux points. Et d’abord il fait une recommandation ; en second lieu il en donne la raison (verset 9) : sachant que avez, les uns et les autres, etc.
I. Il dit donc : Et vous, maîtres, agissez de même, c'est-à-dire soyez avec eux dans l’identité de rapport, en sorte que vous servant de bon coeur et avec affection, vous leur témoigniez les mêmes sentiments ; (Ecclesiastique XXXIII, 31) : "Si vous avez un serviteur qui vous soit fidèle, qu’il vous soit cher comme votre vie;" - (verset 9) : laissez là les menaces, et ne laissant pas seulement de côté les paroles et les coups. Pourquoi ?
II. Saint Paul en donne la raison, quand il dit (verset 9) : sachant que vous avez les uns et les autres un maître commun dans le ciel ; (Rm X, 12) : "Car tous n’ont qu’un même Seigneur" ; en d’autres termes : vous êtes serviteurs comme eux, et par conséquent vous devez les traiter avec bonté ; (Matth., XVIII, 33) : "Ne fallait-il pas que vous eussiez aussi pitié de votre compagnon de service ? "- (verset 9) : qui n’aura pas d’égard à la condition des personnes ; on retrouve cette même vérité en (Rm II, 11). (Luc XX, 21) : "Maître, vous n’avez pas d’égard aux personnes" et en Actes (X, 34).
10. Enfin, mes frères, fortifiez-vous dans le Seigneur, et dans sa vertu toute puissante.
11. Revêtez-vous de toutes les armes de Dieu, pour pouvoir vous défendre des embûches du diable.
12. Car nous avons à combattre, non contre la chair et le sang, mais contre les principautés et les puissances, contre les princes du monde, c'est-à-dire de ce siècle ténébreux, contre les esprits de malice répandus dans l’air.
Saint Paul, dans ce qui précède, a donné plusieurs préceptes soit généraux, soit spéciaux pour détruire la vieille corruption du péché et produire le renouvellement de la grâce. Il indique ici la force dont ils ont besoin pour s’acquitter de ces préceptes : c'est la confiance dans le secours divin. Il fait donc deux choses : I° Il fait une recommandation. II° il l’explique d’une manière particulière (verset 12) : Car nous avons à combattre, non, etc.
I° La première partie se subdivise. L’Apôtre montre d’abord en qui nous devons mettre notre confiance, quant à l’intérieur; ensuite, quant à l’extérieur (verset 11) : Revêtez-vous, etc.
I. Nous devons mettre notre confiance, quant à l’intérieur, dans le secours de Dieu ; c'est pourquoi l’Apôtre dit (verset 10) : Enfin, mes frères, fortifiez-vous. (Jérémie, XVII, 7) : "Heureux l’homme qui met sa confiance au Seigneur, et dont le Seigneur est l’espérance, etc." Or on met sa confiance en quelqu’un pour deux motifs. Le premier, parce qu’il lui appartient de nous défendre ; le second, parce qu’il a le pouvoir et la volonté de le faire ; mais ce deux motifs se trouvent en Dieu, par rapport à la créature. D’abord il prend soin de nous, ainsi qu’il est dit (I Pierre, V, 7) : "Jetant dans son sein toutes vos inquiétudes, parce qu’il a soin de vous." Ensuite il est puissant et disposé à nous porter secours. C’est ce qui fait dire à saint Paul (verset 10) : "Enfin, mes frères, etc. ; en d’autres termes : après que je vous ai instruits, comme je viens de le faire, des préceptes que vous avez à accomplir, il ne vous reste qu’à vous fortifier, non pas en vous-mêmes, mais dans le Seigneur qui prend soin de vous ; (Psaume LXII, 28) : "Pour moi, c'est mon avantage de demeurer attaché à Dieu, etc." ; (Isaïe XXXV, 4) : "Dites à ceux qui ont le coeur abattu : prenez courage, etc." ; (Jérémie, XX, 11) : "Le Seigneur est avec moi, comme un guerrier invincible ; c'est pourquoi ceux qui me persécutent tomberont, etc. " - et dans sa vertu toute puissante ; (Luc, I, 49) : "Celui qui est le tout-puissant." Bien qu’en Dieu la vertu et la puissance soient une seule et même chose, comme la vertu est le signe supérieur de la puissance, et en quelque sorte sa perfection, l’Apôtre dit (verset 10) : dans sa vertu toute-puissante, c'est-à-dire dans sa puissance pleine de vertu ; (Philipp., IV, 13) : "Je puis tout en celui qui me fortifie" ; (Job XVII, 3) : "Mettez-moi auprès de vous, et après cela que la main de qui que ce soit s’arme contre moi."
II. Toutefois comme l’on pourrait dire : « si Dieu a le pouvoir et la volonté [de nous secourir] nous sommes en sécurité », l’Apôtre répond et dit, qu’il n’en est pas ainsi, mais que chacun doit, de plus, faire tout ce qui dépend de lui, car si l’on allait au combat sans armes, quelque protection que lui assure le prince, on serait en danger. Saint Paul ajoute donc (verset 11) : Revêtez-vous de toutes les armes de Dieu, c'est-à-dire de ses dons et des vertus ; (Rm XIII, 12) : "Quittons donc les oeuvres de ténèbres et revêtons-nous des armes de lumière, etc. " ; (Col III, 12) : "Revêtez-vous donc, comme élus de Dieu, saints et bien-aimés, de tendresse et d’entrailles de miséricorde, de bonté, d’humilité, de modestie, etc. " ; car c'est par les vertus que nous sommes protégés contre les vices.
Mais on dit : « Le Seigneur est un roi tellement puissant, que nul ne peut l’attaquer ». Il faut répondre qu’il est vrai qu’on ne peut l’attaquer par la force ouverte, mais le démon l’attaque par ses ruses et les tromperies, non pas en sa personne, mais dans ses membres ; car, ainsi qu’il est dit (Ecclesiastique XI, 31) : "Le trompeur a beaucoup de pièges, etc. " Aussi saint Paul ajoute (verset 11) : afin de pouvoir vous défendre contre les embûches du Diable" ; (I Pierre, V, 8) : "Soyez sobres, et veillez, etc." ; (Psaume X, 8) : "Il dresse des embûches dans le secret, ainsi qu’un lion, etc. "
II° Quand saint Paul dit (verset 12) : car nous avons à combattre non pas, etc., il applique spécialement sa recommandation ; et d’abord à ce qui a rapport aux embûches de l’ennemi ; en second lieu, aux armes dont il faut se revêtir (verset 15) : C’est pourquoi prenez, etc. ; enfin à la confiance qu’il faut mettre en Jésus-Christ (verset 18) : par toutes sortes de supplications, etc. L’Apôtre décrit donc les embûches dressées contre nous, parce que quand un ennemi menace, s’il est dépourvu de force, d’intelligence ou d’autres ressources de ce genre, il est peu à craindre, et peu redoutable en soi. Mais s’il est puissant, méchant et rusé, il faut s’en garder. Or le démon possède ces trois avantages.
I. Il n’est pas faible ; c'est ce qui fait dire à saint Paul (verset 12) : car nous avons à combattre, non contre la chair et le sang, etc. Par ces termes on entend les vices de la chair ; (1 Co XV, 50) : "La chair et le sang ne peuvent posséder le royaume de Dieu" ; et les hommes charnels ; (Galates I, 16) : "Aussitôt, sans prendre conseil de la chair et du sang," c'est-à-dire des hommes charnels. Saint Paul dit donc (verset 12) : Nous n’avons pas à combattre, etc. Cependant cette manière de parler peut paraître dénuée de vérité, de quelque manière qu’on l’entende, puisqu’il est dit (Galates V, 17) : "La chair a des désirs contraires à ceux de l’esprit, etc." et (Psaume CXVIII, 157) : "Il y en a beaucoup qui me persécutent." On peut répondre de deux manières. D’abord en disant: Nous n’avons pas à combattre contre la chair et le sang, etc. suppléez seulement, mais encore contre le démon. Ou encore, en attribuant à l’agent principal l’action de l’instrument ; c'est dans ce sens que l’on explique ce passage (Rm IX, 16) : "Ainsi cela ne dépend ni de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde", comme si l’Apôtre voulait dire : Lorsque vous voulez, ou lorsque vous agissez, cela ne vient pas de vous, mais d’un autre, c'est-à-dire de Dieu. Ainsi l’on peut dire : Nous n’avons pas à combattre, etc., c'est-à-dire que la tentation ne vient pas principalement de la chair et du sang, mais d’un agent supérieur qui les meut, à savoir du Démon.
II. Saint Paul fait ensuite connaître l’ennemi par sa puissance car si nous avons à combattre, (verset 12) : c'est, contre les princes et les puissances des ténèbres, (Jean. XIV, 30) : "Car voilà le prince de ce monde qui vient, etc." On appelle le démon prince de ce monde, non pas qu’il l’ait créé, mais parce que les mondains l’imitent ; (Jean, I, 10) : "Et le monde ne l’a pas connu", c'est-à-dire les princes de ce monde. Ou bien encore il est appelé prince du monde, comme pour dire qu’il en prend la primauté. Les princes sont en effet ceux qui sont comme les premiers pour conduire une entreprise ; (Psaume LXVII, 26) : "Les princes s’unissant à ceux qui chantent des cantiques, etc." ; (Gene., XXIII, 6) : "Vous êtes parmi nous comme un grand prince". Or, c'est l’attribut de la puissance d'exercer la justice ; les démons donc, en tant qu’ils portent les hommes à se révolter contre Dieu, reçoivent le nom de princes ; en tant qu’ils ont pouvoir de punir ceux qui leur sont soumis, ils s’appellent puissances ; (Luc, XXII, 53) : "C’est ici votre heure, et la puissance des ténèbres, etc."
Cependant comme il y eut des chutes dans tous les ordres célestes, pourquoi saint Paul, en désignant les démons, ne fait mention que de deux de ces ordres ? On répond que dans la dénomination des ordres, il y a trois rapports à observer. Dans les uns, leur rapport avec Dieu ; dans les autres, la puissance ; dans d’autres enfin, le ministère que Dieu leur confère. Les noms de Chérubins, de Séraphins et de Trônes supposent un rapport particulier avec Dieu ; or les démons sont opposés à Dieu : aucun de ces noms ne saurait donc leur convenir. D’autres noms supposent un rapport avec le ministère de Dieu, par exemple les noms d’Anges et d’Archanges ; ces noms donc ne peuvent non plus convenir aux démons, à moins qu’on y joigne le déterminatif de Satan. Enfin les noms de Vertus et de Dominations, impliquent le rapport au service de Dieu; ils ne peuvent donc s’appliquer aux démons. Les démons ne peuvent donc recevoir que deux de ces noms, qui sont communs aux bons et aux mauvais, à savoir Principautés et Puissances. Concluons : les démons sont puissants et pleins de force. Ils forment une innombrable armée ; nous avons à combattre contre elle, contre ces princes du monde et de ce siècle de ténèbres, c'est-à-dire du péché ; (ci-dessus, V, 8) : Car vous étiez autrefois ténèbres, etc. Car tout ce qui est ténèbres, est tout entier de leur ordre, il leur est soumis. Les méchants, dit la Glose, sont les chevaux, les démons sont les cavaliers : frappons les cavaliers, les chevaux sont à nous ; (Jean I, 5) : "Les ténèbres ne l’ont pas compris."
III. Les démons sont aussi pleins de ruses, car dit saint Paul (verset 12) : Nous avons à combattre contre les esprits de malice, c'est-à-dire les malices spirituelles, sorte de locution emphatique qui donne à entendre la plénitude de la malice. L’Apôtre dit : les esprits de malice, parce que, plus un esprit est élevé par sa nature, plus il est méchant et plein de malignité, quand il se tourne au mal. C’est ce qui a fait dire au Philosophe que l’homme méchant est le pire des animaux. Voilà pourquoi saint Paul dit : les esprits de malice, parce qu’ils sont des esprits, et des esprits très méchants. Il ajoute (verset 12) : répandus dans l’air, pour deux raisons : soit pour exprimer la force et l’avantage qu’ils ont pour nous vaincre, puisque nous sommes sur la terre, et eux en haut, dans l’air ténébreux, ce qui les met dans des conditions plus favorables ; (Luc, VIII, 5) : "Les oiseaux du ciel ont mangé cette semence" ; ou bien encore il dit : répandus dans l’air, parce que le combat se livre pour les choses du ciel, ce qui doit enflammer notre courage.