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Leçon 3 : Galates I, 11-14 ─ L’Evangile divin prêché par l’ancien persécuteur
SOMMAIRE : L’Apôtre prouve que la doctrine de l’Evangile qu’il a prêché, il ne l’a reçue que de Dieu seul, et que ce ne fut pas avant sa conversion, puisqu’alors il était lui-même animé de la haine la plus violente contre Jésus-Christ, et d’un zèle ardent pour le Judaïsme.

11. Je vous déclare donc, mes frères, que l’Evangile que je vous ai prêché n’a rien de l’homme;

12. Parce que je ne l’ai pas reçu ni appris d’aucun homme, mais par la révélation de Jésus-Christ.

13. Car vous savez de quelle manière j’ai vécu autrefois dans le judaïsme, avec quel excès je persécutais l’Eglise de Dieu, et la ravageais;

14. Me signalant dans le judaïsme au-dessus de plusieurs de ma nation et de mon âge, et ayant un zèle démesuré pour les traditions de mes pères.

Dans ce qui précède, Saint Paul a repris les Galates de leur légèreté d’esprit, parce qu’ils avaient si vite abandonné la doctrine de l’Evangile; il établit ici la dignité de cette doctrine. Dans ce dessein, d’abord il relève l’autorité de la doctrine de l’Evangile, par ce qu’elle est en elle-même; ensuite du côté des autres apôtres et de lui-même, (ci après, II, 4) : Quatorze ans après, etc. Le premier de ces points se subdivise en deux; car I° il énonce sa proposition; II° il la développe (verset 15) : Car vous savez, etc.

I° Sur la première subdivision, I. il énonce ce qu’il veut établir, II. il prouve ce qu’il a énoncé (verset 12) : parce que je ne l’ai pas reçu, etc.

I. Voulant donc mettre en valeur la vérité de la doctrine de l’Evangile, il dit (verset 11) : je vous déclare, etc. En d’autres termes : je suis tellement certain de l’autorité de l’Evangile, que je ne croirais pas, non seulement les hommes, mais les anges même, s’ils disaient le contraire, et s’ils le faisaient, je les anathématiserais. Or cette certitude je la tiens de cette règle qu’il vaut mieux croire à Dieu qu’aux hommes et qu’aux anges. Par conséquent, ayant reçu cet Evangile de Dieu lui-même, je dois avoir, et j’ai en effet, le plus haut degré de certitude. C’est ce qui lui fait dire (verset 14) : Je vous déclare, mes frères, que cet Evangile que j’ai prêché, et à vous-mêmes, et aux autres Eglises, n’a rien de l’homme, c’est-à-dire de la nature humaine, en tant qu’elle s’écarte de la règle ou de la révélation divine. Ainsi cette expression : « selon l’homme » indique une défectuosité ; (I Corinth., III, 3) : « Puisqu’il y a parmi vous des jalousies, des disputes, etc. » C’est dans ce sens que l’Apôtre l’entend; et voilà pour quoi il dit : n’a rien de l’homme, de l’homme qui m’aurait ou instruit ou envoyé ; en d’autres termes : En aucune manière cet Evangile ne saurait venir de l’homme, il vient de Dieu.

II. C’est pourquoi il ajoute (verset 12) : parce que je ne l’ai pas reçu ni appris d’aucun homme, etc., excluant dans ces paroles deux manières de recevoir l’Evangile.

1° D’abord, parce que ce n’est pas d’un homme qu’il a reçu la puissance d’annoncer l’Evangile; et quant à cette première manière il dit (verset 12) : parce que ce n’est pas d’un homme, c’est-à-dire de quelqu’un qui serait homme seulement, que j’ai reçu cet Evangile, c’est-à-dire l’autorité d’annoncer l’Evangile, mais de Jésus-Christ, ; (Rom., X, 15) : « Comment prêcheront-ils, s’ils ne sont envoyés ? » ; (Isaïe, XLII, 6) : « Je vous ai établi pour être la lumière des nations, etc. » ; (Act., IX, 15) : « Celui-ci est pour moi un vase d’élection, etc. »

2° Ensuite qu’il n’a pas reçu d’un homme la science d’annoncer l’Evangile. C’est ce qui lui fait dire (verset 12) : et je n’ai pas appris, c’est-à-dire l’Evangile, par celui qui ne serait qu’un homme, mais par la révélation de Jésus-Christ, c’est-à-dire de Jésus-Christ qui m’a montré clairement toutes choses ; (I Corinth., II, 10) : « Pour nous Dieu nous l’a révélé par son esprit, etc. » ; (Isaïe L, 5) : « Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille, etc. » ; et (verset 4) : « Le Seigneur mon Dieu m’a donné une langue savante, afin que je puisse soutenir, etc. » Or cette révélation a été faite à l’Apôtre, lorsqu’il fut ravi dans le Paradis, où « il entendit des paroles ineffables qu’il n’est pas permis à un homme d’entendre. » (II Corinth., XII, 4).

II° Quand l’Apôtre ajoute (verset 1) : Car vous savez etc., il prouve sa proposition c’est-à-dire qu’il n’a pas reçu d’un homme l’Evangile ni avant sa conversion à Jésus-Christ , ni même depuis, (verset 15) : car lorsqu’il a plu à Dieu, etc.

I. Or que Saint Paul n’ait pas reçu d’un homme l’Evangile avant sa conversion, il en donne une double preuve et par la haine qu’il ressentait pour la foi de Jésus-Christ et les chrétiens, et par le zèle qu’il professait pour le Judaïsme, (verset 4) : me signalant dans le Judaïsme, etc. Il dit donc : Je déclare que je n’ai reçu l’Evangile d’aucun homme, et cela avant ma conversion, ce qui est manifeste par ce qui s’est passé alors, et par la haine que je portais à la foi. Car vous mêmes, (verset 13) vous savez de quelle manière (ci-après, I, 23) : Ils avaient seulement entendu dire, etc.- Vous savez donc de quelle manière j’ai vécu autrefois (pendant que j’étais infidèle) dans le Judaïsme, c’est que je vivais à la manière des Juifs. Et il dit : la manière dont j’ai vécu, parce que ce que nous faisons de mal vient de nous-mêmes; tout ce que nous faisons de bien, vient de Dieu ; (Osée, XIII, 9) : « Votre perte vient de vous, ô Israël ! de moi, vous ne pouvez qu’attendre du secours! » Or, ce que vous avez appris, c’est qu’au-delà de toute mesure, que les autres gardent encore, parce que non seulement il persécutait par lui-même, mais il y provoquait les chefs de la nation, car les autres étaient peut-être poussés à persécuter par ces derniers, mais lui poussait les instigateurs ; (Actes, IX, 1) : « Cependant Saul, ne respirant encore que menaces, etc.., vint, etc. » Et encore parce qu’il agissait ainsi, non seulement à Jérusalem, mais dans tout le pays : C’est de là qu’il reçut des lettres pour les synagogues de Damas, etc. On peut donc entendre de lui ce qui est dit dans la Genèse (XLIX, 27) : « Benjamin sera comme un loup ravisseur, etc. »

(verset 15) : J’ai persécuté l’Eglise de Dieu, c’est-à-dire en recherchant les chrétiens, et en les mettant en fuite ; (I Corinth., XV, 9) : « Je ne suis pas digne d’être appelé apôtre, etc. »

(verset 13) : et je l’ai ravagée, non pas, à la vérité, spirituellement, parce que je ne pouvais détourner de la foi les coeurs des fidèles, mais physiquement, en les tourmentant par des afflictions corporelles et en les jetant en prison ; (Actes, XX, 21) : « N’est-ce pas celui qui, etc. » ; (Ps., CXXVIII, 1) : « [Qu’Israël dise maintenant] : Ils m’ont souvent attaqué dans ma jeunesse! » Il est donc évident, par la haine que Paul ressentait contre la foi au Christ avant sa conversion, qu’il n’a pas reçu d’un homme l’Evangile.

II. Il ne l’est pas moins par la passion et l’ardeur du zèle qu’il avait pour le Judaïsme, et cela quant à sa profession extérieure; c’est ce qui lui fait dire (verset 14) : Et je me signalais, etc. Dans ces paroles, il fait entrevoir trois circonstances qui expriment l’importance de ces progrès.

1° Car Il se signalait au-dessus, non pas d’un petit nombre seulement, mais de plusieurs, non pas au-dessus de vieillards inhabiles aux progrès de la connaissance, mais de son âge, c’est-à-dire de jeunes gens à l’esprit actif, et propres à avancer ; (Lament., III, 27) : « Il est bon à l’homme de porter le joug dès sa jeunesse. »

2° Et encore, non pas au-dessus des jeunes gens de son âge, étrangers, et ignorant la langue hébraïque, mais de sa propre nation, c’est-à-dire Juifs comme lui ; (Act., XXII, 5) : « Je suis Juif, élevé à Jérusalem aux pieds de Gamaliel, etc. »

3° Il le prouve encore par le zèle intérieur qu’il avait pour la Loi; c’est ce qui lui fait dire (verset 14) : J’avais un zèle bien au-dessus de celui des autres, non seulement pour la Loi, mais pour les traditions de mes pères, c’est-à-dire celles de ces traditions que les Juifs regardent comme légitimes, et venues de Juifs véritables, comme remarque la Glose; il appelle ces traditions « miennes », parce qu’il les regardait comme si elles eussent été telles ; (Philipp., III, 5) : « Pharisiens selon la Loi, persécutant l’Eglise de Dieu par zèle pour le Judaïsme, etc. »

Il se présente une difficulté sur ce que dit la Glose : « Les traditions apportées par les Juifs véritables. » Il semble que ces Juifs n’aient pas été tels, car il est dit au Deutéronome (IV, 2) : « Vous n’ajouterez rien aux paroles que je vous dis, etc. » ; ils ont donc agi contre la défense du Seigneur, en ajoutant ces traditions. Il faut répondre que cette parole du Seigneur doit être entendue dans ce sens : vous n’ajouterez aux paroles que je vous dis, rien de contraire ou d’étranger, etc. Il leur était donc permis d’ajouter quelque chose, mais qui n’était pas contraire, par exemple la célébration de quelques solennités et d’autres choses semblables, ainsi qu’il arriva au temps de Mardochée et de Judith, en mémoire des bienfaits qu’ils recevaient de Dieu.

On objecte ce qui est dit en saint Matthieu (XV, 3), passage où Notre Seigneur reprend les Juifs, en disant : « Pourquoi vous-mêmes violez-vous le commandement de Dieu pour votre tradition ? » Ces traditions ne sont donc pas licites ? Il faut répondre que les Juifs ne sont pas critiqués parce qu’ils gardent les traditions humaines, mais parce que, pour ces traditions, ils laissent de côté les commandements de Dieu.

Leçon 4 : Galates I, 15-17 ─ L’origine divine de l’Evangile
SOMMAIRE : L’Apôtre établit qu’il n’a reçu l’Evangile d’aucun homme, ni au temps de sa conversion, ni depuis.

15. Mais lorsqu’il a plu à Dieu, qui m’a choisi particulièrement dès le sein de ma mère, et qui m’a appelé par sa grâce,

16. De me révéler son Fils, afin que je prêche parmi les nations, je l’ai fait aussitôt, sans prendre conseil de la chair et du sang :

17. Et je ne suis pas retourné à Jérusalem, vers ceux qui étaient Apôtres avant moi; mais je m’en suis allé en Arabie, et puis je suis encore revenu à Damas.

Après avoir établi qu’il n’a reçu l’Evangile d’aucun homme avant sa conversion, l’Apôtre, prouve ici qu’il ne l’a pas reçu davantage d’un homme depuis cette conversion. Premièrement il prouve qu’il n’a pas reçu l’Évangile d’un homme au temps de sa conversion; secondement ni même après cette conversion, (verset 18) : Ainsi trois ans s’étant écoulés, etc. Sur le premier de ces points, l’Apôtre prouve I° qu’il n’a ni reçu ni appris, des autres apôtres, l’Evangile qu’il a annoncé; II° qu’il ne l’a pas appris des autres fidèles (verset 17) : Moi je m’en suis allé en Arabie, etc.

I° Sur la première de ces subdivisions, Saint Paul fait voir I. quelle est la cause efficiente de sa conversion; II. la fin de cette conversion (verset 16) : afin de faire connaître, etc. ; III. son mode (verset 16) : Aussitôt, sans prendre conseil, etc.

I. L’Apôtre explique donc d’abord la cause de sa conversion; cette cause est double : le bon plaisir de Dieu, ce qui comprend l’élection divine, et la vocation de la part de Dieu qui opère la conversion.

1° Quant à la première, il dit (verset 15) : Lorsqu’il lui a plu, c’est-à-dire à Dieu ; non quand je l’ai voulu, moi, mais quand cela lui a plu à Lui, « car cela ne dépend ni de celui qui veut, ni de celui qui court, » comme il est dit (Rom., IX, 16); et (Ps., CXLVI, 11) : « Le Seigneur met son plaisir en, etc.; (Philipp., II, 13) : « C’est Dieu qui opère en nous, etc. » Dieu donc, pendant que j’étais rebelle (I Corinth., XV, 9) : « Je suis le moindre des Apôtres, etc. » parce que j’ai persécuté l’Eglise de Dieu, etc. » ; (Act., IX, I) : « Saul ne respirant que menaces, etc. » Persécuteur : « Saul, Saul, pourquoi me persécutez-vous ? » Blasphémateur : (I Timoth., I, 13) : « Moi, qui étais auparavant un blasphémateur, etc. »

…m’a choisi, dis-je, pendant que j’étais tel, et choisi dès le sein de ma mère. Ou, à la lettre, qui m’a fait naître du sein de ma mère. C’est, en effet, avec vérité que l’on dit que Dieu fait naître du sein de la mère, bien que ce soit l’oeuvre de la nature, car elle est comme l’instrument de Dieu, puisque tout ce que nous accomplissons est attribué à Dieu, comme à leur auteur principal (Isaïe, XXVI, 12) : « C’est vous, Seigneur, qui avez fait en nous toutes nos œuvres, etc. » ; de même qu’on attribue l’effet au principal agent. C’est pourquoi il est dit au livre de Job. (X, 11) : « Vous m’avez revêtu de peau et de chair, etc. » Il l’a fait naître du sein de sa mère pour être justifié, car la justification appartient à celui qui donne l’existence ; (Ps., XXI, 11) : « [Vous avez été mon Dieu], dès l’instant où je quittai le sein de ma mère, etc. » Ou bien encore : « du sein de ma mère, » c’est-à-dire de la synagogue dont le sein était le collège des Pharisiens, qui entretenaient les autres dans le Judaïsme ; (Matth., XXIII, 15) : « Vous parcourez la mer et la terre pour faire un prosélyte, etc. » C’est donc ainsi que la synagogue fut sa mère ; (Cant., I, 5) : « Les enfants de ma mère se sont élevés contre moi, etc. » Le sein dont Saint Paul est sorti est le collège des Pharisiens : c’est de ce sein que l’Esprit de Dieu l’a fait naître, pour la foi à l’Evangile ; (Rom., I, 1) : « Paul, séparé pour annoncer l’Evangile de Dieu, etc. » Ou encore, sa mère fut l’Eglise de Jésus-Christ; le sein dont il est sorti est le collège apostolique. Dieu a donc fait naître Paul du sein de l’Eglise, c’est-à-dire du collège des apôtres pour l’office de l’apostolat et de la prédication parmi les Gentils, quand il dit aux Apôtres (Act., XIII, 2) : « Séparez-moi Paul et Barnabé, etc. » Or il appelle la synagogue « sa mère », parce qu’il était Pharisien, et à ce titre, comme tenant au milieu d’elle un rang considérable, en s’appelant de ce nom; et d’entre les Pharisiens, parce que entre tous les autres il avait un zèle ardent pour la loi (ci-dessus, I, 14) : ayant un zèle démesuré pour la tradition de mes pères, etc.

2° Saint Paul indique la seconde cause de la conversion, quand il dit (verset 15) : Il m’a appelé, etc. Or il y a deux sortes de vocations : l’une extérieure; c’est de celle-ci dont il dit (verset 15) : Il m’a appelé, d’une voix céleste ; (Act., IX, 4) : « Saul, Saul, pour quoi me persécutez-vous ?, etc. » (et verset 7) : « Levez-vous, et entrez dans la ville, etc. » C’est de cette manière qu’il appela aussi les autres Apôtres. L’autre intérieure; et Dieu l’appela ainsi par une sorte d’inspiration intime, au moyen de laquelle, par la grâce, il touche le coeur, afin de l’attirer à lui : c’est ainsi qu’il nous appelle d’une mauvaise voie à une bonne; et cela par sa grâce, et non en vertu de nos mérites ; (Rom., VIII, 30) : « Et ceux qu’il a prédestinés il les a aussi appelés, etc. » ; (Isaïe., XLV, 13) : « C’est moi qui l’ai suscité pour la justice, etc. » ; (Amos, V, 8) : « Il appelle les eaux de la mer, etc.. « 

II. Lorsqu’il ajoute (verset 16) : pour révéler son Fils, etc., Saint Paul indique la fin de sa conversion; or cette fin, c’est Jésus-Christ. En effet, sa conversion s’y rapporte de deux manières, à savoir,

1° de fait, c’est ce qui lui fait dire (verset 16) : pour révéler son Fils ; en d’autres termes : en ce qu’il a fait à mon égard par ma conversion, et par la rémission de mes iniquités, il voulait révéler quelle avait été sa miséricorde à mon égard ; (I Timoth., I, 15) : « Jésus-Christ est venu dans le monde sauver les pécheurs, etc. », « mais aussi, j’ai reçu miséricorde, parce que j’avais agi ainsi par ignorance, etc. » Ainsi donc, Dieu, dans la conversion de Paul, a révélé son Fils, en tant que ce Fils est appelé « la grâce de Dieu ». De plus, il l’a révélé par ses oeuvres; ce qui faisait dire à Saint Paul lui-même (Rom., XV, 18) : « Car je n’oserais parler de ce que Jésus-Christ n’aurait pas fait par moi pour amener les Gentils à l’obéissance par la parole, par les oeuvres, et par la vertu, etc. » ; et ceci en tant que ce Fils est la puissance de Dieu. Il l’a révélé encore dans sa prédication; c’est pourquoi l’Apôtre disait lui-même (I Corinth., I, 23) : « Pour nous, nous prêchons, etc. » et la suite jusqu’à ces mots : « qui est la sagesse de Dieu » ; et ceci en tant que ce Fils est appelé la sagesse de Dieu.

2° La conversion de Paul se rapporte à Jésus-Christ à cause du ministère de la parole. C’est dans ce sens qu’il dit (verset 16) : afin que je le prêche parmi les nations, parce que pendant que les autres apôtres annonçaient Jésus-Christ aux Juifs, Paul, par l’ordre de Dieu, alla vers les nations afin de les convertir ; (Isaïe, XLIX, 6) : « C’est peu que vous me serviez, etc. je vous ai établi pour être la lumière des nations, etc. » ; (Act., XIII, 47) : « Car le Seigneur nous l’a ainsi commandé, etc. « et (Isaïe, LV, 4) : « Je m’en vais le donner pour témoin aux peuples, pour maître et pour chef aux Gentils. »

III. La conversion de l’Apôtre, quant à son mode, fut parfaite;

1° dans son effet; c’est ce qui lui fait dire (verset 16) : Soudain, sans consulter la chair et le sang, » c’est-à-dire dès le premier instant, ma conversion a été si parfaite que toute affection charnelle s’est éloignée de moi ; (Ecclésiastique XI, 23) : « Il est aisé à Dieu d’enrichir tout d’un coup celui qui est pauvre. » Ici, la chair et le sang sont pris pour les vices charnels ; (I Corinth., XV, 50) : « La chair et le sang ne peuvent posséder le royaume de Dieu, etc. » ; (ci-après, V, 17) : La chair a des désirs contraires, etc. Ou bien encore pour l’affection et l’amour à l’égard de ceux qui lui étaient unis par les liens de la chair ; (Matth., XVI, 17) : « Ce n’est pas la chair, ni le sang qui vous ont révélé ceci, etc. » Ainsi l’Apôtre a triomphé de ses vices, et ne s’est pas laissé séduire par les Juifs de sa nation.

2° Sa conversion est parfaite encore quant à l’intelligence, car il fut tellement instruit par Jésus-Christ qu’il devint superflu qu’il le fût par les Apôtres. Et voilà pourquoi il dit (verset 17) : Et je ne suis pas retourné à Jérusalem, afin d’être instruit par les Apôtres.

II° Il ne fut pas davantage nécessaire qu’il fût instruit par les autres fidèles; c’est pourquoi l’Apôtre dit (verset 17) : Mais je suis allé en Arabie, en d’autres termes : je ne me suis pas rendu dans des contrées qu’auraient habitées des fidèles, afin de m’en faire instruire, mais je suis allé en Arabie où n’habitaient pas des fidèles instruits dans la foi, mais des infidèles; (verset 17) : et je suis revenu de nouveau à Damas, c’est-à-dire vers ma famille ; (Job, XXXVIII, 25) : « Qui a donné cours aux pluies impétueuses, etc.? »

On objecte ce qui est dit aux Actes (IX, 25) que « Les disciples le descendirent durant la nuit dans une corbeille par la muraille, etc. » qu’étant ainsi venu à Jérusalem, il cherchait à se joindre aux disciples. Il est donc venu à Jérusalem.

Il faut répondre qu’il est en effet venu dans cette ville, mai non pour se faire instruire. Ou peut-être mieux encore, qu’il y est venu, non pas immédiatement, mais quelque temps après. Voilà pourquoi il dit en suite (verset 18) : Ainsi trois ans après, etc..

Leçon 5 : Galates I, 18-24 ─ Paul approuvé par les Apôtres
SOMMAIRE : Que la doctrine de Saint Paul a été approuvée par les autres Apôtres et les disciples, mais qu’il ne l’a nullement reçu d’eux.

18. Ainsi trois ans s’étant écoulés, je retournai à Jérusalem pour visiter Pierre, et je demeurai quinze jours avec lui;

19. Et je ne vis aucun des autres Apôtres, sinon Jacques, frère du Seigneur.

20. Je prends Dieu à témoin que je ne vous mens pas en tout ce que je vous écris.

21. J’allai ensuite en Syrie et en Cilicie.

22. Or les Eglises de Judée qui croyaient dans le Christ, ne me connaissaient pas de visage.

23. Les fidèles avaient seulement oui dire : Celui qui autrefois nous persécutait, annonce maintenant la foi qu’il s’efforçait de détruire

24. Et ils rendaient gloire à Dieu à mon sujet.

Après avoir établi dans ce qui précède, qu’il n’a reçu d’aucun homme l’Evangile, ni avant sa conversion, ni au temps même de cette conversion, l’Apôtre prouve ici qu’il ne l’a pas non plus reçu d’un homme depuis sa conversion; mais il fait voir surtout que sa doctrine a obtenu l’approbation des hommes. A cette fin il explique I° comment cette doctrine a été approuvée par les Apôtres; II° comment elle l’a été par les autres fidèles (verset 24) : J’allai ensuite en Syrie et en Cilicie, etc.

I° Il rapporte d’abord les faits; ensuite il confirme la vérité de ce qu’il vient d’avancer (verset 20) : Je prends Dieu à témoin que je ne mens pas, etc.

I. Il dit donc : bien que je ne sois pas allé m’instruire auprès des Apôtres au commencement de ma conversion, parce que, dès ce moment, j’étais déjà instruit par Jésus-Christ, toutefois, poussé par un sentiment de charité, (verset ‘18) : trois ans après, c’est-à-dire après ma conversion, je revins à Jérusalem, parce que depuis longtemps je désirais voir Pierre, non pour être instruit par lui, mais pour le visiter (Job, V,24) : « Visitant votre famille, etc. » - (verset 18) : et je demeurai quinze jours avec lui, reconnu par lui comme un Apôtre véritable. Saint Paul dit : quinze jours, parce que ce nombre se compose de huit et de sept. Huit, c’est le nombre de l’alliance nouvelle, dans laquelle on espère l’octave de la Résurrection; sept, c’est le nombre de l’alliance ancienne, qui célébrait le septième jour. Or il est demeuré avec Pierre pendant quinze jours, conférant avec cet Apôtre du mystère de l’ancien et du nouveau Testament. Et pour qu’on ne croie pas que, s’il n’a pas été instruit par Pierre, il l’a été cependant par d’autres, il ajoute qu’il n’en a pas été ainsi ; (verset 19) : et des autres apôtres, par qui j’aurais pu être instruit, je ne vis personne, c’est-à-dire aucun apôtre, si ce n’est Jacques, le frère du Seigneur. » En effet, il vit cet Apôtre à Jérusalem même.

Sur saint Jacques, il faut se rappeler qu’il fut Evêque de Jérusalem, et qu’il était désigné sous le nom de Jacques-le-Mineur, parce qu’il avait été appelé à la foi après l’autre Jacques. Il est beaucoup parlé de lui au ch. XV, 13 sv. des Actes. Il écrivit aussi un Epître canonique. On explique diversement le motif qui le fit appeler « frère du Seigneur ». Helvidius (Arien disciple d’Auxence) a avancé qu’il reçut ce nom, parce qu’il fut le Fils de la Bienheureuse Vierge. Il prétend que la Bienheureuse Vierge conçut et enfanta Jésus-Christ, et qu’après la naissance de Jésus-Christ elle conçut de Joseph et eut ainsi d’autres enfants. Mais cette erreur est condamnée et réprouvée. On en voit encore la fausseté, en ce que Jacques-le-Mineur ne fut pas fils de Joseph, mais d’Alphée ; [(Matth., X, 3; Marc, III, 18)]. D’autres prétendent que Joseph, avant de s’unir à la Bienheureuse Marie, eut une autre épouse, dont il eut ce Jacques et d’autres enfants; et que cette première épouse étant morte, il épousa la Bienheureuse Vierge, de laquelle naquit Jésus-Christ, sans que toutefois Joseph l’eût connue, mais par l’opération du Saint Esprit, comme il est rapporté dans l’Evangile. Or comme c’est par le Père qu’on désigne la parenté, Joseph étant regardé comme le père de Jésus-Christ, Jacques-le-mineur était appelé le frère du Seigneur, bien qu’il ne fût pas fils de la bienheureuse Vierge. Mais ceci est faux encore; car si le Sauveur ne voulut confier sa Mère Vierge qu’à la garde d’un disciple vierge, comment eût-il pu permettre que son époux ne fût pas tel, et qu’il ne se conservât pas dans cet état ? C’est pourquoi d’autres disent, et leur sentiment est indiqué dans la Glose, que Jacques-le-Mineur fut le fils de Marie de Cléophas, soeur de la Bienheureuse Vierge. Ils prétendent donc qu’Anne, mère de la bienheureuse Vierge, épousa d’abord Joachim, dont elle eut Marie, la Mère du Seigneur, et qu’après la mort de Joachin, elle épousa Cléophas son frère, dont elle eut Marie de Cléophas; de celle-ci seraient nés Jacques-le-Mineur, Judas et Simon; enfin Cléophas étant mort également, on dit qu’Anne prit un troisième mari, qui portait le nom de Salomé, dont elle eut une autre Marie, qui s’appela Marie de Salomé; de cette Marie seraient nés Jacques-le-Majeur et Jean son frère. Mais Saint Jérôme rejette cette opinion pour deux raisons. La première, c’est que Salomé n’est pas un nom d’homme comme on peut s’en assurer dans le grec, mais le nom d’une femme, qui fut la soeur de la Bienheureuse Marie, et qui eut de Zébédée Jacques-le-Majeur et Jean; ainsi que Marie de Cléophas eut d’Alphée Jacques-le-Mineur, Judas et Simon. Or Jacques-le-Mineur est appelé le frère du Seigneur, spécialement parmi ses parents du côté maternel, pour deux motifs : d’abord à cause de la ressemblance des traits, car il était très ressemblant de visage avec le Christ; ensuite à cause de la ressemblance de vie, car il imitait Jésus-Christ dans ses moeurs. Ou encore parce qu’Alphée son père était de la parenté de Joseph; or comme les Juifs dressent ordinairement par les mâles la ligne généalogique, et que Jésus-Christ passait pour être le fils de Joseph, comme il est dit en saint Luc (III, 23), Jacques-le-Mineur fut appelé spécialement le frère du Seigneur, et non pas les autres, qui ne lui étaient alliés que par sa mère. Le terme de « frère » est pris dans ce passage pour la parenté, car on donne quelquefois dans l’Ecriture le nom de frère en raison de la nature ; (Matth., I, 2) : « Jacob engendra Judas et ses frères. » Ensuite en raison de la parenté, c’est ainsi que les personnes d’un même sang s’ont appelées frères (Gen., XIII, 8) : « Qu’il n’y ait pas, je vous prie, de dispute entre vous et moi, parce que nous sommes frères. » En raison de la nationalité, et dans ce sens, tous ceux qui parlent la même langue sont frères ; (Deutér., XVII, 15) : « Vous ne pourrez prendre pour roi un homme d’une autre nation qui ne soit pas votre frère. » En raison de l’affection : et de cette manière tous les amis, et ceux qui ont les mêmes sentiments sont appelés frères ; (II Corinth., II, 13) : « Comme je n’y avais pas trouvé mon frère Tite, etc. » En raison de la religion; et dans ce sens, tous les chrétiens qui ont la même règle de vie, sont appelés frères ; (Matth., XXIII, 8) : « Vous êtes tous frères, etc. » et (Ps., CXXXII, 1) : « Que c’est une chose douce et utile que les frères habitent ensemble, etc.! » Commu-nément toutefois, tous les hommes sont appelés frères, parce qu’ils sont gouvernés et éduqués par un seul et même Dieu ; (Malach., II, 10) : « N’avons-nous pas tous un même Père, etc.? « 

II. Quand l’Apôtre ajoute (verset 20) : Quant à ce que je vous écris, etc., il confirme par serment ce qu’il avait avancé. Comme s’il sait : ce que dans ce moment je vous écris à mon sujet, voyez-vous, est tellement manifeste, qu’il est suffisamment certain que (verset 20) je ne mens pas. Et je le dis (verset 20) : devant Dieu, c’est-à-dire Dieu en est témoin. L’Apôtre emploie ici le serment, non par légèreté, mais par le besoin même d’établir avec certitude ce qu’il a dit et ce que les Galates étaient obligés de croire, car s’il n’eût agi ainsi, ils n’eussent pas ajouté foi à sa parole; (II Corinth., II, 17) : « Nous parlons en présence de Dieu et en Jésus-Christ « ; (Rom., I, 9) : « Car Dieu que je sers par mon esprit m’est témoin, etc. »

Mais que dit le Seigneur ? : « Que votre langage soit : Oui ? Oui, Non ? Non : ce qu’on dit de plus vient du Mauvais. »

Il faut répondre que cela vient du Mauvais, de la part de celui qui ne croit pas, ou du mal de peine, à cause de la nécessité où l’on est de s’appuyer sur le serment.

II° Enfin quand l’Apôtre dit (verset 21) : Ensuite j’allai, etc., il fait voir comment il a été approuvé par les autres Eglises de Judée. Et ici, il fait trois choses :

I. il montre en quel pays il s’est rendu et a habité, c’est en Cilicie. Ce qui lui fait dire (verset 21) : J’allai en suite en Syrie et en Cilicie, c’est-à-dire dans sa patrie; là où il fut ravi [au Paradis], car il est dit aux Actes (XXII, 3) : « Je suis Juif, né à Tarse, en Cilicie, etc. »

II. de quelle manière on le connaissait : ce n’était pas de visage, mais on en avait entendu parler, par sa réputation. C’est pourquoi il dit (verset 22) : Or les Eglises de Judée qui étaient en Jésus-Christ, c’est-à-dire qui croyaient en Jésus-Christ , ne me connaissaient pas de visage ; (II Corinth. VI, 8) : « Comme inconnu, quoique très connu. » D’où il est évident que ce ne sont pas les Eglises de Judée qui m’ont instruit. (Verset 23) : Ils avaient seulement entendu dire, c’est-à-dire de moi par des bruits publics : Celui qui autrefois nous persécutait, etc.

III. Enfin, comment il avait été approuvé (verset 24) : Car ils rendaient gloire à Dieu à cause de moi, c’est-à-dire ils voyaient dans ma conversion comment Dieu est grand; lui qui m’a converti par sa grâce ; (Isaïe XLIII, 20) : « La bête sauvage publiera ma gloire, etc. »

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