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Hébreux III, 12 à 19 : Obéir au Christ

SOMMAIRE : L’Apôtre avertit les Hébreux d’obéir au Christ, de peur que participant à la prévarication des Juifs, ils ne participent aussi à leur châtiment.

12. Prenez donc garde, mes frères, que quelqu’un de vous ne tombe dans un dérèglement de coeur et dans une incrédulité qui le sépare du Dieu virant.

13. Mais plutôt exhortez-vous chaque jour les uns les autres, pendant que dure ce temps que l’Ecriture appelle : Aujourd’hui, de peur que quelqu’un de vous étant séduit par le péché, ne tombe dans l’endurcissement.

14. Car il est vrai que nous sommes entrés dans la participation du Christ ; mais à condition, toutefois, de conserver inviolablement jusqu’à la fin le commencement de l’être nouveau qu’il a mis en nous,

15. Pendant que l’on nous dit : Aujourd’hui si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas vos coeurs, comme il arriva au lieu appelé contradiction.

16. Car quelques-uns l’ayant entendue, irritèrent Dieu par leurs contradictions ; mais cela n’arriva pas à tous ceux que Moïse avait fait sortir de l’Egypte.

17. Or, qui sont ceux que Dieu supporta avec peine pendant quarante ans, sinon ceux qui avaient péché, dont les corps demeurèrent étendus dans le désert ?

18. Et qui sont ceux à qui Dieu jura qu’ils n’entreraient jamais dans son repos, sinon ceux qui n’obéissent pas à sa parole ?

19. En effet, nous voyons qu’ils n’y purent entrer à cause de leur incrédulité.

Saint Paul, dans ce qui précède, a prouvé par l’autorité du Psalmiste, qu’il faut obéir au Christ avec constance. Or, des paroles qu’il a citées, il a déduit trois choses : l’avertissement, la prévarication et son châtiment. Il les explique ici par ordre. La première (verset 12) : Prenez garde ; la seconde (verset 16) : qui sont ceux ; la troisième (verset 18) : à qui Dieu jura.

I° Dans l’avertissement, il y a deux choses, à savoir, l’avertissement même et la condition de l’avertissement. L’Apôtre les développe donc, l’avertissement ici même, la condition (verset 14) : Car nous sommes entrés dans la participation du Christ.

I. Dans l’avertissement, il exhorte à deux choses, d’abord à une sérieuse considération ; ensuite à des exhortations réciproques (verset 14) : Ainsi exhortez-vous.

1° Il dit donc (verset 12) : Prenez garde ; car chacun doit considérer en soi l’état dans lequel il se trouve ; (Galat., VI, 4) : "Que chacun examine avec soin ses actions" ; (Jérém., II, 23) : "Voyez les traces de vos pas qui sont encore dans la vallée." - Prenez donc garde, mes frères, pour que chacun examine en soi-même, car chacun est une partie de la société, et Dieu a ordonné à chacun d’avoir soin de son prochain (Ecclis., XVII, 12) ; Prenez garde, c’est-à-dire éprouvez-vous les uns les autres (verset 12), de peur que quelqu’un d’entre vous ne tombe, etc..., comme s’il disait : il y en a parmi vous un grand nombre qui sont dans l’état de perfection, cependant en raison de la fragilité et de votre libre arbitre, il pourrait y avoir quelque faute dans quelqu’un d’entre vous ; (Job, IV, 18) : "Ceux mêmes qui le servent, n’ont pas été stables, et il a trouvé du dérèglement jusque dans ses anges : combien ceux qui habitent dans des maisons de boue, qui n’ont qu’un fondement de terre [ne seront-ils pas beaucoup plutôt trouvés irrépréhensibles ?]" ; (Jean, VI, 71) : "Ne vous ai-je pas choisis vous, les douze : et néanmoins un de vous est un démon ?" Que personne donc ne borne sa sollicitude à soi-même, mais qu’il l’étende à chaque membre de la société dont il fait partie. Et pourquoi ? (verset 12) : de peur que quelqu’un ne tombe dans un dérèglement de coeur." Tel est le mal dont parle l’Apôtre, à savoir un coeur incrédule, c’est-à-dire un coeur qui n’est pas ferme dans la foi : c'est dans cette disposition que consiste la malice de l’âme, car de même que le bien de l’âme consiste à adhérer à Dieu (Ps. LXII, 27) : "Pour moi, c’est mon avantage de demeurer attaché à Dieu," ce qui se fait par la foi ; ainsi se séparer de Dieu par l’incrédulité, c’est le mal de l’homme ; (Jérém., II, 19) : "Sachez et comprenez, Israël, quel mal c’est pour vous, et combien il vous est amer d’avoir abandonné le Seigneur votre Dieu, etc..." Voilà pourquoi saint Paul dit (verset 12) : dans une incrédulité qui le sépare, car c’est par l’incrédulité qu’il se sépare (verset 12) du Dieu vivant ; (Jérémie II, 13) : "Ils m’ont abandonné, moi qui suis la fontaine d'eau vive." L’Apôtre dit : du Dieu vivant, parce que Dieu est et la vie en soi et la vie de l’âme ; (Jean, I, 4) : "La vie était en lui," ce que l’Évangéliste dit, afin de faire comprendre que, par son éloignement de Dieu, l’homme tombe dans la mort spirituelle.

2° Que si l’on trouve cette sorte de mal en quelqu’un, faut-il en désespérer ? Nullement, il faut l’exhorter davantage, c’est-à-dire l’avertir. Voilà pourquoi saint Paul dit (verset 13) : Ainsi, exhortez-vous chaque jour les uns les autres, c’est-à-dire continuellement, chacun en examinant sa propre conscience et en s’appliquant à faire le bien (verset 13), pendant ce temps qu’on appelle aujourd’hui, c’est-à-dire tant que dure le temps présent de la grâce, qui dans sa durée est comme un seul jour ; (Jean, IX, 4) : "Car il faut que je fasse les oeuvres de Celui qui m’a envoyé, et cela pendant qu’il est jour." Et cela, donc, (verset 13) de peur que quelqu’un d’entre vous étant séduit par le péché ne tombe dans l’endurcissement." Car, ainsi qu’il a été dit plus haut, le coeur s’endurcit par l’obstination dans le mal. C’est par là qu’on adhère avec violence au pêché, parce qu’on est trompé. Il est, en effet, naturel à l’appétit d’adhérer au bien, mais il s’en éloigne, parce qu’il est trompé ; (Proverbes XIV, 22) : "Ceux qui s’appliquent à faire le mal se trompent " et (Proverbes XIII, 13) : suivant une autre version : "Les âmes trompeuses se trompent dans le péché" ; (Sag., V, 6) : "Nous sommes donc égarés de la voie de la vérité."

II. Quand saint Paul ajoute (verset 14) : dans la participation de Jésus-Christ, etc..., il explique la condition de l’avertissement, comme s’il disait : L’état présent est plus efficace que l’état ancien, car autrefois les hommes avaient seulement entendu, tandis que nous nous sommes entrés en participation de Jésus-Christ. Il s’explique ici avec justesse, parce que dans l’Ancien Testament il n’y avait que la parole entendue ; la grâce n’était pas donnée, en raison de l’œuvre même que l’on avait accomplie, tandis que dans le Nouveau Testament, la foi se donne par la parole entendue, et l’homme qui opère reçoit lui-même la grâce. C’est ainsi que nous sommes entrés en participation de Jésus-Christ ; (Jean, I, 16) : "Tous nous avons reçu de sa plénitude." Nous sommes aussi participants de la grâce, d’abord en recevant la foi ; (Ephés., III, 17) : "Qu’il fasse que le Christ habite par la foi dans vos coeurs". En second lieu, par les sacrements de la foi ; (Galal., III, 27) : "Car vous tous qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez été revêtus du Christ." Troisièmement, par la participation au corps du Christ ; (I Corinth., X, 16) : "Le pain que nous rompons n’est-il pas la communion au corps du Seigneur ?" Or il faut se souvenir qu’il y a deux manières de participer à Jésus-Christ. L’une imparfaite, qui se fait par la foi et par les sacrements ; l’autre parfaite, qui se fait par la présence et la vision de Jésus-Christ lui-même ; nous jouissons déjà de la première, et nous avons la seconde en espérance. Toutefois l’espérance est encore sous cette condition que nous persévérerons, c’est ce qui fait dire à saint Paul (verset 14) : pourvu que nous conservions…le commencement de l’être. Quiconque, en effet, est baptisé en Jésus-Christ, reçoit encore une nouvelle nature, et dans un certain sens le Christ est formé en lui ; (Galal., IV, 19) : "Mes petits enfants, pour qui je sens de nouveau les douleurs de l’enfantement, jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous." En nous, il le sera parfaitement et véritablement dans la patrie céleste ; nous en recevons ici le commencement et cela par la foi, quand elle est vivante, car la foi qui est informe est morte ; (Jacq., II, 20) : "La foi est morte sans les oeuvres." Cette sorte de foi n’est donc pas pour nous le commencement de la participation à Jésus-Christ, mais le commencement n’est donné que par la foi formée ; (ci-après, XI, 1) : La foi est la substance des choses que l’on doit espérer, c’est-à-dire le fondement et comme le commencement. L’Apôtre dit donc : Nous sommes entrés en participation de Jésus-Christ, si toutefois nous conservons inviolablement jusqu’à la fin le commencement de la substance, à sa voir la foi vivante.

On objecte qu’il semble que la crainte est plutôt ce commencement, puisque le Psalmiste a dit (Ps. CX, 9) : "La crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse." Nous répondons que la foi se forme par la charité. Or la charité n’existe pas sans la crainte chaste ; voilà pourquoi la foi, quand elle est vivante, est toujours accompagnée de la crainte. La foi et la crainte sont donc ensemble le commencement. Ce que l’Apôtre ajoute (verset 15) : Pendant que l’on dit : aujourd’hui, etc..., a déjà été expliqué dans son ensemble.

II° (verset 16) : car ceux qui ayant entendu Dieu, en disant cela, Paul explique ce qu’il avait dit de leur péché, comme s’il disait : vous participez effectivement au Christ, si vous n’endurcissez pas vos cœurs comme ceux-là qui, autrefois, ont entendu Dieu mais l’ont irrité, mais pas tous, c'est-à-dire non pas tous entièrement. En effet, deux hommes, à savoir Caleb et Josué demeurèrent fidèles, comme il est rapporté (Nomb., XIV, 6), et inspirèrent du courage aux autres. Il faut comprendre par cet exemple, que l’Eglise ne tombant jamais tout entière, mais quelques-uns de ses membres seulement, bien que le nombre en soit considérable, il n’y a toutefois que les méchants de punis et jamais les bons, ainsi qu’il arriva pour Caleb et Josué ; (III Rois XIX, 18) : "Je me suis réservé dans Israël sept mille hommes qui n’ont jamais fléchi le genou devant Baal" ; (Rom., XI, 5) : "Dieu a sauvé ceux qu’il s’est réservés selon l’élection de sa grâce."

III° Enfin quand il ajoute (verset 17) : Qui sont ceux que, etc..., l’Apôtre explique ce qu’il avait dit du châtiment [des Hébreux]. Et d’abord cette parole : J’ai été irrité ; ensuite cette autre : Je leur ai juré dans ma colère, etc... à ces mots (verset 18) : Qui sont ceux à qui Dieu jura, etc...

I. Il dit donc (verset 17) : "Et qui sont ceux que Dieu supporta avec peine pendant quarante ans ? etc... Il est évident par ceci, que ce que l’Apôtre avait dit plus haut : durant quarante ans, se rapporte à cette parole : J’ai été irrité. C’est pour cette raison qu’il dit qu’il a été offensé par eux pendant quarante ans. Il faut se rappeler que tous ceux qui étaient sortis de l’Egypte, moururent dans le désert, ainsi qu’il est rapporté (Josué, V, 4). Tous pourtant ne furent pas frappés, mais seulement quelques-uns soit par Dieu lui-même, ainsi qu’il arriva quand la terre s’entr’ouvrit et engloutit Dathan et Abiron (Psaume CV, 17) et (Nombres XVI, 31sv) ; soit par Moïse, comme on le voit dans l’histoire de la fonte du veau d’or, rapportée au ch. XXXII, 16 de l’Exode. D’autres furent mis à mort par les ennemis, ainsi qu’il est dit dans un grand nombre d’endroits. Ces faits sont assez connus (I Corinth., X, 51). Il en est enfin qui moururent de mort naturelle. Tous ne furent donc pas frappés, en sorte que le châtiment ne fut pas général, mais adapté à chacun. Mais aucun, à l’exception des deux qui ont été nommés plus haut, n’entra dans la terre promise.

II. C’est de cette terre que l’Apôtre dit (verset 18) : Et qui sont ceux à qui Dieu jura, c’est-à-dire à l’égard desquels il arrêta d’une manière immuable, qu’ils n’entreraient jamais dans le lieu de son repos, sinon ceux qui restèrent incrédules aux paroles des espions ? On voit ainsi que c’est à cause de leur incrédulité qu’ils ne purent entrer dans le lieu du repos. C’est ce qui fait dire, à saint Paul (verset 19) : nous voyons qu’ils firent l’expérience de la puissance divine, et qu’ils ne purent entrer à cause de leur incrédulité. Ou bien encore, nous voyons nous-mêmes, à savoir par le châtiment qui vient d’être rapporté, qu’ils ne purent, etc...

CHAPITRE IV : La gloire éternelle
Hébreux IV, 1 à 8 : Viser la gloire de Dieu

SOMMAIRE : Saint Paul presse de redoubler d’efforts pour entrer dans le repos de Dieu par la foi, et de ne pas s’associer à ceux qui à cause de leur incrédulité n’ont pu y pénétrer,

1. Craignons donc que négligeant la promesse qui nous est faite d’entrer dans le repos de Dieu, il n’y ait quelqu’un d’entre nous qui en soit exclu.

2. Car on nous l’a annoncé aussi bien qu’à eux, mais la parole qu’ils entendirent ne leur servit de rien, n’étant pas accompagnée de la foi dans ceux qui l'avaient entendue.

3. Pour nous qui avons cru, vous entrerons en ce repos, selon qu’il est dit : J’ai juré, dans ma colère, qu’ils n’entreront pas dans mon repos : or, Dieu parle du repos qui suivit l’accomplissement de ses outrages dans la création du monde

4. Car l’Ecriture dit en quelque endroit, parlant du septième jour: Dieu se reposa le septième jour, après avoir achevé toutes ses oeuvres.

5. Et il est dit encore ici : ils n’entreront pas dans mon repos.

6. Puis donc qu’il faut que quelques-uns y entrent, et que ceux à qui la parole en fut premièrement portée, n’y sont pas entrés à cause de leur infidélité.

7. Dieu détermine encore un jour particulier, qu’il appelle : Aujourd’hui, en disant tant de temps après David, ainsi que je viens de dire: Aujourd’hui si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas vos coeurs.

8. Car si Josué les avait établis dans ce repos, l'Ecriture n’aurait jamais parlé d’un autre jour postérieur.

L’Apôtre, dans ce que nous avons vu, a cité et expliqué le témoignage de David ; il en tire maintenant un argument. Premièrement donc il provoque l’empressement pour être admis ; secondement il recommande de se hâter d’entrer (verset 11) : Efforçons-nous donc d’entrer, etc… Sur le premier de ces points, d’abord il excite le souci de la crainte ; ensuite il prouve que notre sollicitude doit être vive sur ce point (verset 2) : Car on nous l’a annoncé, etc…

Il dit donc : il a été dit que Dieu a été irrité contre ceux qui demeurèrent incrédules, ensuite qu’il jura qu'ils n’entreraient pas dans le lieu de son repos (verset 1) : Craignons donc aussi nous-mêmes, à savoir d’une crainte filiale et pleine de bonne volonté ; (Proverbes XXVIII, 14) : "Heureux l’homme qui est toujours dans la crainte" ; (I Corinth., X, 12) : "Que celui donc qui croit être ferme prenne bien garde à ne pas tomber." Cette sorte de crainte est un avertissement utile pour le bien, et elle est la compagne des trois vertus spirituelles : de l’espérance, de la foi et de la charité ; (Ecclésiastique XXIV, 24) : "Je suis la mère du pur amour, de la crainte, de la science et de l’espérance sainte." Or que devons-nous craindre ? (verset 1) : que, négligeant la promesse qui nous est faite. La béatitude ou la félicité consiste en effet à entrer dans ce repos ; (Tobie, XIII, 20) : "Je serai heureux s’il reste encore quelqu’un de ma race, pour voir la lumière et les splendeurs de Jérusalem" ; (ci après, XII, 15) : Prenez garde que quelqu’un ne manque à la grâce de Dieu. Car, ainsi que l’a dit saint Jean Chrysostome, c’est une plus grande peine pour les damnés, d’être exclus de la vision de Dieu, que de souffrir tous les autres châtiments qu’ils endurent, et, ajoute l’Apôtre (verset 1) : de peur qu’il n’y ait quelqu’un d’entre vous qui en soit exclu, à savoir par le jugement de Dieu. (Matth., XXV, 41) : "Retirez-vous, maudits, allez au feu éternel." Ou encore de peur que quelqu’un d’entre vous n’en soit exclu, à savoir au jugement des hommes ; (Eph., V, 5): "Car sachez que nul fornicateur, nul impudique, nul avare, ce qui est une espèce d’idolâtrie, ne sera héritier du royaume du Christ et de Dieu." Il faut donc craindre qu’il n’y ait quelqu’un d’entre vous qui soit exclu, puisque la promesse d’entrer vous a été faite ; (Isaïe, XXXII, 18) : "Mon peuple se reposera dans la beauté de la paix, dans des tabernacles de confiance, dans un repos plein d’abondance" ; (Apoc., XIV, 13) : "Dès maintenant, dit l’Esprit, ils se reposent de leurs travaux." Il faut donc craindre, que, par notre faute, négligeant l’offre, c’est-à-dire la promesse : [nous n’entrions pas] ; or cette promesse nous la négligeons en abandonnant la foi, l’espérance, la charité, au moyen desquelles nous pouvons entrer. C’est ce qui arrive par le péché mortel.

II° Quand l’Apôtre dit (verset 2) : Car on nous l’a annoncé aussi bien qu’à eux, il établit que cette sollicitude doit être vive de notre part. Premièrement il énonce ce qu’il se propose ; secondement il le prouve ; (verset 3) : Nous entrerons dans ce repos, etc…

I. Sur la première partie il fait deux choses : d’abord il établit que la promesse nous a été faite ; ensuite que cette promesse ne suffit pas (verset 2) : mais [la parole qu’ils entendirent] ne leur servit rie rien.

1° Il dit donc (verset 2) : Car on nous l’a annoncé, c’est-à-dire on nous a promis. Il faut donc ici se rappeler que ce qui avait été promis, dans l’Ancien Testament, par rapport aux biens temporels, doit être entendu dans le sens spirituel. Car (I Corinth., X, 11) : "Toutes les choses qui leur arrivaient étaient des figures" ; et (Rom., XV, 4) : "Tout ce qui est écrit a été écrit pour notre instruction."

2° Mais en ajoutant (verset 2) : La parole qu’ils entendirent ne leur servait de rien, etc…, l’Apôtre établit que la promesse ne suffit pas, en sorte que nous ne devons pas pour autant cesser de nous en soucier. Il dit donc que la parole entendue et reçue sans la foi, ne leur a été d’aucune utilité. (Rom., II, 13) : "Car ce ne sont pas ceux qui écoutent la loi qui sont justes devant Dieu, mais ceux qui la mettent en pratique qui seront justifiés." Saint Paul dit donc (verset 2) : Cette parole n’étant pas accompagnée de la foi, parce que de même que de l’intelligence et de l’objet qu’elle a reçu il se fait un seul tout, ainsi se forme un seul tout du coeur de celui qui croit et de la foi même ; (I Corinth., VI, 17) : "Celui qui demeure attaché au Seigneur est avec lui un même esprit." Ce que dit saint Paul : à l’égard de ce qu’ils avaient entendu peut être la raison pour laquelle la parole ne fut pas accompagnée de la foi, car ce fut à cause de ceux qui l’avaient entendu dire par les observateurs, auxquels ils ne voulurent pas croire. Or ce peut être aussi la raison de la détermination de la foi, qui doit avoir pour objet les choses qui ont été entendues ; "Car la foi vient de ce qu’on a entendu" (Rom., X, 17). Or la parole de Dieu est d’une telle efficacité qu’aussitôt entendue, elle doit être crue (Ps. CLII, 7) : "Seigneur vos témoignages sont très dignes de croyance."

II. Quand il ajoute (verset 3) : Car nous entrerons dans ce repos, etc..., saint Paul prouve ce qu’il a énoncé. A cet effet premièrement, il établit qu’il nous est nécessaire de croire, comme il le fut pour les Hébreux ; secondement, il cite deux autorités pour prouver sa proposition (verset 3) : Après avoir achevé ses ouvrages ; troisièmement il en déduit un argument (verset 6) : Puis donc qu’il faut que.

1° Il dit donc : Nous avons, comme eux, entendu la parole et nous entrerons dans ce repos ; (Ps. IV, 9) : "Je dormirai et je me reposerai dans la paix" ; (Job, XI, 19) : "Vous jouirez du repos, et personne ne pourra le troubler." Or il y a deux sortes de repos : l’un dans les biens extérieurs ; celui qui veut le goûter sort du repos de l’âme ; l’autre dans les biens spirituels, celui-là est intérieur, et on y entre ; (Matth., XXV, 21) : "Entrez dans la joie de votre Seigneur" ; (Cantiq., I, 3) : "Le roi m’a fait entrer dans ses celliers." Saint Paul cite ensuite l’autorité de l’Ecriture, déjà expliquée : selon qu’il est dit : j’ai juré, etc…

2° Quand il dit à la suite (verset 3) : Après avoir achevé ses ouvrages, etc…, il cite deux autorités : l’une prise de la loi, on la lit dans la Genèse (II, 2) ; l’autre qui est souvent répétée, et qu’on lit au psaume XCIV, 8.

1° Il dit donc, à l’égard de la première (verset 3) : Et après avoir achevé ses ouvrages dans la création du monde (verset 1), car l’Ecriture, etc... On peut lire de deux manières. D’abord comme si on n’y trouvait pas la conjonction : "car", mais seulement : "l’Ecriture a dit dans un endroit, etc..." Ainsi entendue, le texte présente moins de difficulté et voici le sens : je dis que nous entrerons dans ce repos, qui a été figuré dès le commencement du monde, et c’est de ce repos figuré par le septième jour qu’il a dit, à savoir le Saint Esprit qui parle dans l’Ecriture, car (II Pierre, I, 21) : "Ç’a été par le mouvement du Saint Esprit que les saints hommes de Dieu ont parlé." Il a donc dit en quelque endroit bien connu, à savoir dans la Genèse (II, 2), en parlant du septième jour : "Dieu se reposa le septième jour après avoir achevé toutes ses oeuvres", ses oeuvres, disons-nous, accomplies depuis la création du monde. Ou encore : l’Esprit saint a dit dans un endroit en parlant du septième jour ; et il l’a dit, après avoir expliqué les oeuvres des six jours accomplies depuis la création du monde. Si vous lisez : "car il a dit," la construction alors n’est pas régulière, et voici le sens : il nous a été annoncé que nous entrerions, et cela après que les ouvrages de Dieu, depuis la création du monde, seront achevés. Mais quand et comment cela nous a t-il été annoncé ? C’est qu’il a dit dans un endroit, etc… L’Ecriture dit : "les oeuvres achevées," pour désigner les oeuvres des six jours, qui ont été accomplies, et "depuis la création du monde," parce que le monde a d’abord été créé, et, dans l’espace des six jours distinctement marqués, il a reçu sa perfection dans chacune de ses parties. Les saints ont diversement envisagé la distinction de ces jours. Saint Augustin l’a entendu dans un sens différent des autres, comme on peut le voir dans la première partie de la Somme, quest., LXXIV, art. 2 et 3. Toutefois, de quelque manière qu’on l’explique, il est manifeste que ces oeuvres furent parfaites. Il y a, en effet, en elles, deux sortes de perfection. L’une dans l’ensemble des parties qui composent le monde, et qui sont le ciel et les quatre éléments ; cette perfection s’étend à leurs essences, ainsi qu’il est dit dans la première partie de la Somme, au lieu cité ci-dessus. Elle leur fut donnée par l’oeuvre de la création qui eut lieu le premier jour, et par celle de leur division qui se fit le second et le troisième jour. En ceci saint Augustin est d’accord avec les autres Pères. L’autre perfection s’étend aux différentes parties, et elle appartient à l’oeuvre de la beauté du monde. Cette beauté lui fut donnée, dans sa partie supérieure, le quatrième jour : dans sa partie moyenne, l’air et l’eau, le cinquième jour ; et quant à la terre, qui est l’élément inférieur, le sixième jour. Or cette perfection se rapporte convenablement au nombre six, qui se forme tantôt en prenant ensemble ses multiples un, deux et trois ; car 1 six fois répété donne 6 ; de même 2 trois fois répété donne encore 6 ; et 1, 2 et 3 ajoutés ensemble font également 6. Le nombre 6 étant donc le premier nombre parfait, car bien que le nombre 3 se prête assez bien à ce qui précède, puisque 1 trois fois répété donne 3, et 1 et 2, 3 encore, toutefois deux fois 1 ne font pas 3, comme une fois 2 ne forme que 2, le nombre 6, disons-nous, désigne donc par lui-même la perfection des choses. Or cette perfection une fois atteinte, le repos est permis, mais il n’est donné qu’à celui qui travaille. Ainsi donc le septième jour, où l’état du monde eut à subir un changement, il y avait comme dans chacun des autres jours, une sorte de variété. Car c’est dans ce jour que commença l’état de reproduction, ce qui le fait compter avec les autres ; et voilà pourquoi le septième âge du monde devient l’état de ceux qui se reposent. Suivant saint Augustin cependant, ce septième jour n’est autre chose que la connaissance des anges appliquée à Dieu se reposant après avoir achevé ses ouvrages.

On objecte : si Dieu s’est reposé le septième jour, qui donc a fait ce jour, qui ne serait pas l’oeuvre de Dieu ? En outre (Jean, V, 17) : "Mon Père jusqu’aujourd’hui ne cesse pas d’agir, et j’agis aussi." Nous répondons que le terme de repos est pris ici, non par opposition à celui de travail, mais à celui de mouvement. Car bien que Dieu, quand il produit, n’ait à subir aucun mouvement, cependant comme nous ne pouvons parler de lui qu’à l’aide des choses sensibles, dans lesquelles l’acte suppose toujours le mouvement, pour cette raison, toute oeuvre, en l’entendant dans un sens large, est appelée mouvement. On dit donc qu’il s’est reposé, quand il a cessé de produire de nouvelles espèces, parce que tout ce qui s’est fait depuis était dès lors contenu dans ces espèces déjà produites, soit quant à la puissance, comme dans les êtres animés et parfaits, soit sous la forme des raisons séminales, soit comme matière, par exemple, les minéraux. Ainsi il n’y eut pas alors de corps ressuscité, mais Dieu créa un corps qui pouvait être ressuscité. Il y eut aussi alors des êtres formés à une ressemblance, comme âmes raisonnables, qui ne peuvent être l’oeuvre que de Dieu seul. Ainsi donc Dieu se reposa et cessa de produire ses ouvrages, parce que tous, d’une manière ou d’une autre, précédèrent son repos, comme il a été dit ; cependant il agit jusqu’aujourd’hui, en conservant et en gouvernant ce qu’il a produit. C’est ainsi que Dieu a fait le septième jour, comme il a fait les autres, car il y eut alors quelque chose de produit de nouveau, puisque ce jour commença l’état de reproduction. Or toute oeuvre nouvelle apportait une variété dans l’état du monde, comme nous l’avons expliqué, et faisait un jour nouveau. Ou bien encore, en suivant saint Augustin, l’Écriture ne dit pas simplement : il se reposa, mais il se reposa après avoir achevé toutes ses oeuvres. Car de toute éternité, il s’est reposé en lui-même, mais alors il se reposa, non pas dans ses oeuvres, mais de ses oeuvres. Autre en effet, est la manière dont Dieu agit, autre celle de tout artisan : quand celui-ci agit, c’est à cause d’un manque : celui qui bâtit une maison, je suppose, la construit pour y prendre son repos, de même encore celui qui travaille le fer fabrique un couteau parce qu’il se propose un gain, en sorte que le désir de quiconque agit, vient se reposer dans son ouvrage. Il n’en est pas ainsi de Dieu, car il n’agit pas parce qu’il lui manque quelque chose, mais pour communiquer sa bonté : il ne se repose donc pas dans son ouvrage, il se repose en cessant de produire cet ouvrage. Son repos à lui est dans sa seule bonté.

2° L’Apôtre rapporte ensuite l’autorité prise du prophète David, dont l’explication a été déjà donnée (verset 5).

3° Quand il ajoute (verset 6) : Puis donc qu’il faut que, etc..., saint Paul argumente des prémisses qu’il a posées, en deux points. Premièrement, il prend le sens de la seconde de ces autorités : Si vous entendez sa voix, etc... Secondement, il argumente de la première (verset 9) : Ainsi donc il reste un sabbat, etc... Sur le premier de ces points, d’abord il déduit deux conséquences de la première autorité ; ensuite il prouve que ces deux conséquences y sont contenues (verset 8) : Car si Josué les avait établis dans ce repos, etc...

1. Il prend donc les deux conséquences contenues dans ce point (verset 6) : Puis donc qu’il faut que, etc..., à savoir la première que nos premiers pères n’y sont pas entrés ; la seconde, qu’au temps de David, il restait encore un repos à obtenir. Car bien qu’il leur eût été promis un repos qui devait leur être accordé dans la terre promise, toutefois comme longtemps après il est dit : Aujourd’hui si vous entendez sa voix, etc..., saint Paul fait voir qu’il y a un autre repos. Car autrement il ne ferait pas mention de ce repos, en disant : Aujourd’hui, etc... Il y a donc un certain repos dans lequel il nous faut entrer, et dans lequel nos premiers pères ne sont pas entrés, à cause de leur incrédulité. Si donc ils n’y sont pas entrés, il faut bien que d’autres y entrent, à savoir ceux qui la promesse en a été faite, puisque ceux à qui la parole en fut premièrement portée n’y sont pas entrés, je veux dire les Juifs à qui d’abord la promesse en avait été faite. Il faut, disons nous, que quelques-uns y entrent, et la raison en est que Dieu ayant créé l’homme pour la béatitude éternelle, puisqu’il l’a créé à son image et à sa ressemblance, il a dû lui préparer un lieu de repos. Que si quelques-uns, en raison de leurs fautes, en sont exclus, cependant Dieu ne veut pas que cette préparation ait été faite en vain. Il est donc nécessaire que quelques-uns y entrent, comme on le voit par la parabole des conviés aux noces (Matth., XXII, 8) : "Le festin des noces est tout prêt, mais ceux qui y avaient été invités n’en ont pas été dignes, etc..." Et par conséquent (verset 7) : Dieu assigne, c’est-à-dire détermine pour nous un jour, le septième, c’est-à-dire le jour de la grâce, en disant par la bouche de David : Aujourd’hui, si vous entendez, etc... L’Apôtre répète ici les paroles déjà expliquées. Il faut donc se souvenir que Dieu a préparé à l’homme pour repos la béatitude, et qu’il ne veut pas que cette préparation ait été faite en vain. Si donc l’un n’entre pas, l’autre entrera, ainsi qu’on le voit dans la parabole des noces citée plus haut (Matth., XXII, 2-14) : "Conservez ce que vous avez, de peur qu’un autre ne prenne votre couronne" ; en d’autres termes : si vous ne la recevez pas, un autre l’obtiendra ; (Job, XXXIV, 24) : "Dieu en exterminera une multitude innombrable, et il en établira d’autres à leur place."

2. Quand ensuite l’Apôtre dit (verset 8) : si Josué les, etc..., il prouve qu’il en reste d’autres qui doivent entrer, parce que si Jésus de Nave, c’est-à-dire Josué, eût établi pour toujours les enfants d’Israël dans ce repos, l’Écriture n’aurait jamais parlé d’un autre jour, etc..., c’est-à-dire, nous n’aurions pas à attendre un autre repos ; et le prophète David ne parlerait pas d’un autre jour après celui-là. Il est manifeste par ces paroles que ce repos n’était que la figure du repos spirituel.

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