SOMMAIRE : Que le Christ étant médiateur du Nouveau Testament, qu’il a scellé de son sang, ce Testament est plus excellent que le premier.
15. C’est pourquoi il est le médiateur du Testament nouveau, afin que par la mort qu’il a soufferte pour expier les iniquités qui se commettaient sous le premier Testament, ceux qui sont appelés de Dieu reçoivent l’héritage éternel qu’il leur a promis.
16. Car où il y a un testament, il est nécessaire que la mort du testateur intervienne,
17. Parce que le testament n’a lieu que par la mort, n’ayant pas de force tant que le testateur est encore en vie.
18. C’est pourquoi le premier n’a été confirmé qu’avec le sang.
19. Car Moïse ayant récité devant tout le peuple toutes les ordonnances de la loi, prit du sang des veaux et des boucs avec de l’eau, de la laine teinte en écarlate et de l’hysope, et en jeta sur le livre même et sur tout le peuple,
20. En disant : C’est le sang du testament que Dieu a fait en votre faveur.
21. Il jeta encore du sang sur le tabernacle et sur tous les vases qui servaient au culte de Dieu.
22. Et selon la loi, presque tout se purifie avec le sang, et les péchés ne sont pas remis sans effusion de sang.
Saint Paul a expliqué plus haut ce qui se passait sous l’Ancien Testament, et en a découvert le sens mystique ; il en tire ici un argument pour ce qu’il se propose d’établir, à savoir que le Nouveau Testament l’emporte sur l’Ancien, puisqu’il peut ce que celui-ci ne pouvait pas. Premièrement donc, il pose la conclusion de ce qu’il veut déduire ; en second lieu, il prouve un point qu’il avait supposé (verset 16) : Car où il y a un testament.
I° La première partie se subdivise, car l’Apôtre d’abord conclut de ce qui a été dit que le Christ est médiateur ; secondement, il établit que le premier Testament ne pouvait avoir cet effet (verset 19) : Les iniquités qui se commettaient sous le premier Testament.
I. Il dit donc (verset 15) : C’est pourquoi, c’est-à-dire parce que le Christ est entré dans le Saint des Saints, après avoir acquis pour nous une rédemption éternelle, c’est-à-dire qui conduit aux biens éternels, ce que l’Ancien Testament ne pouvait faire. Il faut donc que ce second Testament soit différent du premier, comme ce qui est nouveau l’est de ce qui est ancien ; (Jérémie, XXXI, 31) : "Je ferai une nouvelle alliance avec la maison d’Israël et la maison de Juda, etc..." ; (Apoc., XXI, 5) : "Je vais faire toute choses nouvelles." Le Christ, pour cette raison (verset 15) est donc le médiateur du Testament Nouveau, c’est-à-dire entre Dieu et l’homme ; (I Tim., II, 5) : "Il n’y a qu’un médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme." Or, dans tout Testament il y a quelque chose de promis et quelque chose qui confirme l’alliance. Dans le Nouveau Testament, ce qui est promis, ce sont les biens du ciel, spirituels, et cette promesse est confirmée par la mort de Jésus-Christ. Le Christ est donc médiateur du Testament Nouveau, afin (verset 15) que ceux qui sont appelés de Dieu reçoivent l’héritage éternel de la béatitude qu’il leur a promise. L’Apôtre dit : "Ceux qui sont appelés," parce que ce don n’est pas mérité par les oeuvres, mais par la vocation de Dieu ; (Rom., VIII, 30) : "Et ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés" ; (I Thess., II, 12) : "Vous conjurant de vous conduire d’une manière digne de Dieu, qui vous a appelés à son royaume et à sa gloire." C’est pour cette raison que saint Paul dit : "de l’héritage éternel," c’est-à-dire de la gloire éternelle, qui est notre héritage ; (I Pierre I, 3) : "Il nous a régénérés, par la résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts, pour nous donner la vive espérance de cet héritage, où rien ne peut ni se détruire, ni se corrompre, ni se flétrir, qui nous est réservé dans les cieux" ; (Ps., CXXVI, 4) : "Voici l’héritage du Seigneur" ; De même (Ps.V, 5) : "Le Seigneur est la part qui m’est échue en héritage." Or nous obtenons cet héritage par la mort du Christ, c’est ce qui fait dire à saint Paul (verset 15) : afin que la mort intervienne. (I Pierre, III, 9) : "Vous avez été appelés à recevoir comme héritiers la bénédiction." L’effet de cette mort, c’est la rédemption de la prévarication du péché ; (I Pierre, I, 18) : "Sachant que ce n’est pas par des choses corruptibles, comme de l’or ou de l’argent, que vous avez ôté rachetés de votre vaine manière de vivre, mais par le précieux sang de Jésus-Christ, l’agneau sans tache."
II. Cette rédemption de nos péchés n’aurait-elle pas pu avoir lieu sous l’Ancien Testament ? L’Apôtre répond que non, parce que ces prévarications avaient lieu sous l’Ancien Testament ; comme s’il disait : parce qu’elles ne pouvaient être effacées par l’efficacité des sacrements du premier Testament ; (Rom., III, 9) : "Nous avons déjà convaincu et les Juifs et les Gentils qu’ils étaient tous pécheurs."
On objecte que David et un grand nombre de saints ont obtenu la rémission de leurs péchés. Il faut répondre que cette rémission ne leur a pas été accordée quant à cet effet qui est d’entrer au ciel, parce que ce n’est que par la mort du Christ qu’a été ouverte la porte de la vie. Personne en effet, n’est entré dans les cieux avant la mort du Christ ; (Zach., IX, 11) : "C’est vous aussi qui, par le sang de votre alliance, avez fait sortir vos captifs du fond du lac qui était sans eau." Quant à la souillure du péché, ils ont obtenu cette rémission, non pas par la vertu des sacrements du premier Testament, mais dans la foi du Christ. Ainsi donc le Nouveau Testament l’emporte en excellence sur l’Ancien, ce qui a été confirmé par la mort de Jésus-Christ qui remet les péchés et accomplit les promesses.
II° Quand l’Apôtre dit ensuite (verset 16) : Car où il y a un testament, il prouve ce qu’il avait supposé, que le Nouveau Testament a été confirmé par la mort du Christ. Et d’abord il le prouve par l’autorité de la loi humaine ; en second lieu, par celle de la loi divine (verset 16) : C’est pourquoi le premier Testament.
I. Il dit donc : Il a été établi que le Nouveau Testament est confirmé par la mort du Christ qui est intervenu parce que (verset 16) là où il y a un Testament, il est nécessaire que la mort du testateur intervienne. Par conséquent le Nouveau Testament serait sans valeur, si la mort du Christ ne fût intervenue. C’est de là qu’il est dit en saint Jean (XI, 50) : "Il est de votre intérêt qu’un seul homme meure pour tout le peuple." La mort du testateur est, en effet, nécessaire pour deux raisons d’abord pour que le testament ait toute sa force, car le testament étant l’expression de la dernière volonté, il peut toujours être changé avant la mort. C’est ce qui fait dire à saint Paul (verset 17) : parce que le testament n’a son effet qu’en cas de mort, c’est-à-dire par la mort ; (Matth., XXVI, 28) : "Ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance", c’est-à-dire ce sang qui confirme et qui consacre cette alliance. En second lieu, la mort du testateur est nécessaire pour que le testament soit validé et qu’il ait son effet. C’est pourquoi l’Apôtre dit (verset 17) : autrement il n’a pas de force, parce que nul n’a droit, pas même les héritiers, de réclamer quoi que ce soit de l’héritage, en vertu du testament, sinon après la mort du testateur. Voilà pourquoi le Christ voulut que sa mort intervînt pour nous.
II. Quand l’Apôtre ajoute (verset 18) : C’est pourquoi le premier Testament, il prouve ce qu’il avait supposé par l’autorité de la loi divine, c’est-à-dire par ce qui eut lieu dans l’Ancien Testament même.
1° Premièrement donc, saint Paul établit les rapports des deux Testaments ; secondement, il en montre la différence (verset 23) : Il était donc nécessaire. Sur la première partie, premièrement, il énonce ce qu’il veut établir ; secondement, il l’explique (verset 19) : Car Moïse ayant récité.
Il dit donc : il a été dit que pour qu’un testament ait de la valeur, il était nécessaire que la mort du testataire intervînt ; et ce que nous disons ne doit pas paraître étonnant, car (verset 18) : Le premier Testament lui-même ne fut consacré, c’est-à-dire confirmé, que par le sang. Or, ce sang était la figure de celui du Christ, car (I Corinth., X, 11) toutes les choses qui arrivèrent à ce peuple étaient des figures.
2° En disant (verset 19) : Car Moïse ayant récité, l’Apôtre prouve sa proposition, à savoir que le premier Testament ne fut confirmé que par le sang. Il établit sa preuve sur trois circonstances dans lesquelles le sang a été employé : premièrement, quand la loi fut donnée ; secondement, à la consécration du tabernacle (verset 21) : Il jeta encore du sang sur le tabernacle ; troisièmement, pour la purification des vases (verset 22) : et selon la loi presque tout se purifie avec le sang.
1. Sur le premier de ces points, il faut se rappeler que l’Apôtre touche ici une histoire qui est rapportée au ch. XXIV, 4 à 8 de l’Exode, où il est dit qu’après que Moïse eut lu devant le peuple les commandements du Seigneur, et que le peuple eut répondu : "Tout ce que le Seigneur a prescrit, nous le ferons, et nous nous montrerons obéissants," Moïse prit du sang qu’il avait ordonné de garder, des douze veaux [qui avaient été immolés], et en fit l’aspersion sur le livre de la loi et sur le peuple, comme une sorte de confirmation de l’alliance. C’est ce qui fait dire à saint Paul (verset 19) : Car Moïse ayant récité devant tout le peuple toutes les commandements, etc..., parce qu’il était nécessaire que cette lecture fût faite d’abord ; or cette lecture était la promulgation de la loi. Il fallait, en effet, que la loi fût promulguée : prenant donc, etc...
On fait ici, sur la lettre, deux objections : d’abord parce qu’au chapitre XXIV de l’Exode, il n’est pas fait mention du bouc, mais de douze veaux ; ensuite parce qu’il n’est pas fait mention en cet endroit de l’eau, de l’hysope et le l’écarlate. Il y a à cette double objection une double réponse. L’une, que l’Apôtre avait été élevé dans la science de la loi. Il savait donc que c’était une pratique usitée dans les purifications légales de faire une aspersion avec le sang des boucs et des veaux, et de l’eau où l’on avait mis de l’hysope et de la laine teinte en écarlate, dont on se servait comme d’un aspersoir. Bien que ces détails ne se trouvent pas dans l’Exode, l’Apôtre toutefois les avait reçus de la coutume suivie pour l’accomplissement du rite de la loi. On peut dire encore que ce fut là une première consécration et qu’en elle étaient virtuellement contenues les autres purifications futures, parmi lesquelles il faut signaler principalement celle qui se faisait au jour de l’expiation, et qui est rapportée au ch. XVI, 20 à 29 du Lévitique, et celle de la vache rousse, au ch. XVI, 2 à 10 des Nombres. Or, dans cette première purification on employa le sang du veau et du bouc, et dans la seconde, l’eau, l’hysope, et la laine teinte en écarlate. La première de ces cérémonies contenant donc les deux autres qui devaient la suivre, l’Apôtre a rapporté le tout à cette première. Il dit donc (verset 10) : Prenant du sang…, il en jeta sur le livre même, et sur tout le peuple (verset 20) en disant : "C’est le sang du Testament que Dieu a fait en votre faveur," c’est-à-dire le sang qui confirme ce Testament ; (Ecclésiastique XXIV, 33) : "Moïse nous a donné la loi avec les préceptes de ta justice." Or, ce sang était la figure du sang du Christ, par lequel fut confirmé le Nouveau Testament. C’est aussi parce que le Christ lui-même s’est servi de ces paroles ; (Matth., XXVI, 28) : "Car ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance", c'est-à-dire le sang qui la consacre. Il était figuré, avons-nous dit, par le sang du bouc, à cause de la ressemblance de la chair du péché, et par le sang du veau, à cause de sa puissance. Il est mêlé avec de l’eau, parce que le baptême tire son efficacité du sang du Christ ; et on en fait l’aspersion avec l’hysope qui purifie le coeur et qui marque la foi ; (Actes, XV, 9) : "ayant purifié leurs coeurs par la foi," et avec de la laine teinte en écarlate, c’est-à-dire d’une couleur rouge, afin de signifier la charité ; (Cantiq., V, 10) : "Mon bien-aimé éclate au-dessus de tous par la blancheur et sa rougeur" parce que c’est par la foi et l’amour de la passion de Jésus-Christ que le peuple est sanctifié. On fit aussi l’aspersion sur le livre de la loi, parce que la passion du Christ a accompli la loi ; (Jean, XIX, 30) : "Tout est consommé" ; (Matth., V, 17) : "Ne pensez pas que je sois venu pour détruire la loi ; je suis l’ accomplir."
2. Quand l’Apôtre dit (verset 21) : "Il jeta encore du sang sur le tabernacle, il rappelle la consécration du tabernacle. Il jeta encore (verset 21): du sang sur le tabernacle et sur tous les vases qui servaient au culte. On objecte que le tabernacle n’était pas fait alors, et que ce n’est qu’au chap. XXV que Dieu donne l’ordre de le faire. Il faut répondre que, bien que ce ne soit pas le même sang dont on fit l’aspersion sur le peuple et sur le tabernacle, cependant le tabernacle fut aussi purifié par le sang. On peut donc faire la construction de cette manière : il se servit de sang même quand il consacra le tabernacle.
On objecte encore qu’il est dit au livre des Nombres, chap. IV, 9 et au Lévitique, VIII, 41, que Moïse sanctifia le tabernacle avec l’huile de l’onction. Il faut répondre qu’il n’est pas ici question de cette sanctification, qui eut lieu lors de la première consécration du tabernacle et des vases, mais de celle qui avait lieu le jour des expiations. On peut dire encore mieux, qu’il se servit aussi de ce sang à la première consécration, puisqu’il est rapporté qu’il consacra le tabernacle avec l'huile de l’onction, et ensuite qu’il fit l’aspersion. Or, l’aspersion ne peut se faire avec de l’huile, et par conséquent il faut entendre que Moïse oignit d’abord le tabernacle, et ensuite qu’il y fit l’aspersion. En effet, il faut nécessairement pour la satisfaction deux choses : l’efficacité du sang du Christ et l’huile de la miséricorde, et c’est ainsi qu’on sanctifie le tabernacle, c’est-à-dire, l’Église et les vases, c’est-à-dire les ministres.
3. En ajoutant (verset 22) : Et selon la Loi, presque tout se purifie avec le sang, l’Apôtre traite des autres purifications légales. Or, il y avait deux sortes de purifications : l’une de la tache corporelle, comme la lèpre, l’autre de la tache spirituelle, le péché. La première pouvait se rencontrer même dans les créatures inanimées, comme on le voit par la lèpre des maisons. La purification de cette souillure se faisait avec le sang d’un animal immolé, ou avec l’eau d’expiation, qui était préparée avec le sang de la vache rousse ; c’est ce qui fait dire à saint Paul (verset 22) : presque tout, et non pas simplement tout ; ou encore toutes choses presque, en entendant l’expression « presque » comme déterminatif du verbe « purifier », en d’autres termes « sont presque purifiées », parce qu’elles n’étaient pas purifiées parfaitement, ce qui ne peut avoir lieu que par le sacrement de la loi nouvelle. Ou bien cet adverbe peut déterminer le mot « tout », car tout n’est pas purifié par le sang, parce que, ainsi qu’il est dit au livre des Nombres (XXXI, 23), tout ce qui peut passer par les flammes doit être purifié par le feu, et tout ce qui ne peut souffrir le feu doit être sanctifié par l’eau d’expiation. Mais pour la sanctification de la souillure du péché, il faut nécessairement l’effusion du sang, car cette effusion était nécessaire pour le sacrifice. Voilà pourquoi l’Apôtre dit (verset 22) que les péchés ne sont pas remis sans effusion de sang. Ce qui annonçait d’une manière figurative que la rémission des péchés aurait lieu par le sang du Christ. Ainsi donc, dans la loi ancienne, ce n’était pas par la vertu d’un sacrement, mais par la vertu de la foi du Christ, qu’avait lieu la rémission des péchés. C’est pourquoi il est dit souvent dans l'Ecriture : "Le prêtre priera pour lui et sa faute lui sera remise." [Il était donc nécessaire que ce qui n’était que figure des choses célestes, fût purifié par le sang des animaux; mais que les choses célestes mêmes le fussent par des victimes plus excellentes que n’ont été les premières.]
SOMMAIRE : L’Apôtre établit que la purification qui a lieu dans le Nouveau Testament est supérieure à celle qui avait lieu dans l’Ancien Testament,
24. Car Jésus-Christ n’est pas entré dans ce sanctuaire fait par la main des hommes qui n’était que la figure du véritable ; mais il est entré dans le ciel même, afin de se présenter maintenant pour nous devant la face de Dieu.
25. Et il n’y est pas aussi entré pour s’offrir soi-même plusieurs fois, comme le Grand Prêtre entre tous les ans dans le sanctuaire en portant un sang étranger ;
26. Car autrement il aurait fallu qu’il eût souffert plusieurs fois depuis la création du monde ; au lieu qu’il n’a paru qu’une seule fois vers la fin des siècles, pour abolir le péché en s’offrant lui-même comme victime.
27. Et comme il est arrêté que les hommes meurent une fois, et qu’ensuite ils soient jugés,
28. Ainsi le Christ a été offert une fois pour effacer les péchés de beaucoup ; et une seconde fois il apparaîtra sans avoir plus rien du péché, pour le salut de ceux qui l’attendent.
Saint Paul a établi plus haut ce qu’il y a de commun entre l’Ancien et le Nouveau Testament, et les points sur lesquels ils s’accordent ; il montre ici la différence qui existe entre eux. Premièrement donc, il établit que dans le Nouveau, la purification est plus excellente ; en second lieu, qu’elle est plus parfaite (verset 25) : Et il n’y est pas aussi [entré pour s’offrir soi-même] plusieurs fois.
I° La première partie se subdivise. L’Apôtre établit que, soit par rapport à ce qui est purifié, soit par rapport à ce par quoi la purification s’opère, la purification est meilleure dans le Nouveau Testament ; en second lieu, il explique ce qu’il a dit (verset 24) : Car Jésus n’est pas entré dans ce sanctuaire fait par la main des hommes.
I. L’Apôtre dit donc (verset 23) : Il était ainsi nécessaire que ce qui était la figure des choses célestes, c’est-à-dire le tabernacle lui-même, qui, par rapport à nous, est le modèle, bien qu’il soit simplement la copie et la figure du tabernacle supérieur, et par conséquent d’une moindre dignité, puisque la chose figurée est plus noble que la figure, comme le corps est plus que l’ombre, il était, disons-nous, nécessaire que les célestes mêmes, c’est-à-dire le Testament nouveau, soient purifiées par des victimes plus excellentes que n’ont été les premières, et plus excellentes incontestablement, car les premières étaient purifiées par le sang des animaux, mais dans le Nouveau Testament, la purification se fait par le sang du Christ. Or les choses excellentes ne peuvent être purifiées que par de plus excellentes encore ; ces dernières choses étaient célestes, c’est-à-dire la figure des choses célestes, elles ont pu être purifiées par le sang, il faut que les dernières, qui sont autrement célestes, soient purifiées par un sang bien plus excellent encore.
On objecte : Dans le ciel il n’y a aucune impureté. Il faut répondre que, selon la Glose, on entend par célestes les choses qui appartiennent à l’état présent de l’Eglise, et qui sont appelées du nom de choses du ciel. De plus, les hommes de foi portent en eux l’image des choses célestes, dans la mesure où par l’esprit ils sont déjà dans les cieux. Ou mieux encore et autrement, par les choses célestes on entend la céleste patrie. L’Apôtre parle ici dans le même sens où l’on dit que, dans l’Ancien Testament, le tabernacle était purifié, non pas qu’il eût en lui-même quelque impureté, mais parce qu’il fallait le purifier de certaines irrégularités qui devenaient un obstacle pour approcher du sanctuaire. Les choses célestes sont donc soumises à une sorte de purification, quand, par les sacrements de la loi nouvelle, les péchés sont purifiés, et cessent d’être, comme ils le sont, un obstacle à l’entrée dans le ciel.
De plus, l’Apôtre dit : par des victimes, au pluriel. On objecte sur ceci qu’il n’y a qu’une seule hostie, le Christ (ci-après X, 14) : Par une seule oblation, il a rendu parfaits pour toujours ceux qu’il a sanctifiés. Il faut répondre que, bien que cette victime fût unique en soi, elle était toutefois figurée par plusieurs victimes de l’ancienne loi. Il résulte de ces paroles de saint Paul que les victimes du premier Testament étaient bonnes, car le mieux ne se dit que par rapport au bien.
II. Quand saint Paul dit ensuite (verset 24) : car Jésus n’est pas entré dans ce sanctuaire fait de la main des hommes, etc..., il explique comment les choses célestes sont purifiées par des victimes plus excellentes. Le grand prêtre, en effet, purifiait un sanctuaire fait de la main des hommes, mais (verset 24) le Christ est entré, non dans un semblable sanctuaire qui n’était pour nous que la figure du véritable, mais il est entré dans le ciel même, qu’il a purifié, non que ce sanctuaire supérieur en eût besoin en soi, mais pour nous-mêmes, ainsi qu’il a été dit. Il ne l’a pas non plus purifié par des victimes charnelles, car le Christ n’était pas venu pour offrir des victimes de ce genre ; (Ps. XXXIX, 6) : "Vous n’avez pas demandé d’holocaustes pour le péché" et encore (Ps. L, 19) : "Vous n’auriez pas les holocaustes pour agréables." De plus (ci-dessus VI, 14) : Il est certain que Notre Seigneur est sorti de la tribu de Juda, dont nul n’a jamais servi à l’autel, mais il est entré dans le ciel même ; (Marc, XVI, 19) : "Et le Seigneur Jésus fut élevé dans le ciel" ; (Actes, I, 11): "Ce Jésus qui en se séparant de vous, s’est élevé dans le ciel." Pourquoi s’est-il élevé dans le ciel ? (verset 24) : afin de se présenter maintenant pour nous devant la face de Dieu. L’Apôtre, dans ces paroles, fait allusion au rite de la loi ancienne, selon lequel le Grand Prêtre qui entrait dans le Saint des Saints, se tenait devant le propitiatoire, et y priait pour le peuple : de même donc, le Christ, comme homme, est entré dans le ciel, afin de se présenter devant Dieu pour notre salut. Mais il y a une différence, car le prêtre était empêché par la fumée qui s’élevait de l’encensoir, et ne pouvait pas voir le Saint des saints, ni la face de qui que ce fût. Le Christ, au contraire, est présent devant la face de son Père, sans que pourtant il y ait en Dieu une face corporelle, ou une nuée, mais seulement une connaissance manifeste.
Le Christ, vivant sur la terre, ne pouvait-il pas se présenter devant la face de Dieu, lui qui étant Dieu voit tout ? Il faut répondre dans le même sens où saint Augustin, parlant à Dieu, dit : "Vous étiez avec moi, et je n’étais pas avec vous parce que Dieu est en tous par son essence, sa présence et sa puissance, tandis que les méchants ne sont pas avec Dieu par sa grâce. Nous disons que le Christ est entré dans les cieux, afin de se présenter pour nous devant la face de son Père : parce que bien qu’il le contemplât toujours par une claire vision, étant parfaitement heureux, toutefois l’état de voyageur, en tant que tel, ne comporte pas cette lumière qui est réservée à l’état de la patrie céleste. Ainsi donc, quand il est monté aux cieux, rempli de 1a perfection de la béatitude, il est entré en corps et en âme," afin de se présenter pour nous devant la face de son Père, c’est-à-dire, il est entré dans le lieu où Dieu se manifeste à ceux qui le voient, et cela pour nous. Car il est monté pour nous préparer la voie ; (Jean, XIV, 2) : "Je vais vous préparer une place ; et après je reviendrai et je vous attirerai à moi." (Michée, II, 13) : "Celui qui doit leur ouvrir le chemin marche devant eux." Le corps doit, en effet, suivre sa tête ; (Matth., XXIV, 28) : "Partout où se trouvera le corps, les aigles s’y assembleront.
II° Quand saint Paul dit ensuite (verset 25) : Et il n’y est pas aussi entré pour s’offrir soi-même plusieurs fois, il prouve que la purification opérée par le Nouveau Testament est plus parfaite que celle qu’on recevait dans l’Ancien. Il établit sa preuve, premièrement, sur ce que cette dernière était réitérée chaque année, tandis que la première ne fut opérée qu’une fois seulement. De plus, quant à son effet, en ce que celle-ci peut opérer la rémission du péché, ce que l’autre ne peut pas faire. L’Apôtre établit donc d’abord le premier de ces points ; ensuite le second (X, 1) : Car la loi n’ayant que l’ombre des biens à venir. Il faut ici se rappeler que saint Paul avait dit du Christ, premièrement, qu’il est pontife ; secondement, quelle est la dignité du lieu dans lequel il est entré ; troisièmement, comment s’est faite cette entrée, c’est-à-dire, avec son sang. Il a déjà établi ces trois points, il explique maintenant quand il est entré. Le Grand Prêtre de la loi entrait dans le tabernacle une fois l’année ; le Christ est entré comme lui, mais une fois seulement : c’était là le quatrième point. Sur ceci, saint Paul rappelle, premièrement, ce qui se passait dans l’Ancien Testament; secondement, il prouve combien il serait contradictoire qu’il en fût de même pour le Nouveau Testament (verset 26) : car autrement ; troisièmement, il explique ce qui a lieu sous le Nouveau Testament (verset 26) : au lieu qu’il n’a paru qu’une fois.
I. En effet, dans l’Ancien Testament, le Grand Prêtre, il est vrai, n’entrait qu’une fois seulement chaque année dans le sanctuaire, cependant, chaque année, par suite du précepte de la loi elle-même, il fallait qu’il entrât de nouveau avec un sang étranger, comme il est dit au chapitre XVI, 14 du Lévitique. Mais le Christ est entré dans un tabernacle que la main de l’homme n’avait pas élevé, etc..., et (verset 25) il n’y est pas entré pour s’offrir lui-même plusieurs fois, comme le Grand Prêtre entrait tous les ans dans le sanctuaire, portant un sang étranger.
II. Quand l’Apôtre ajoute (verset 26) : car autrement, etc..., il prouve qu’il y aurait contradiction à ce qu’il en fût ainsi sous le Nouveau Testament, car il s’ensuivrait cette extrême contradiction, que le Christ, par là même qu’il entrait avec son propre sang, aurait dû s’offrir plusieurs fois depuis la création du monde. Il n’en est pas ainsi des anciennes victimes, car elles étaient offertes pour les péchés des enfants d’Israël ; or, ce peuple eut sa naissance spirituelle quand la loi lui fut donnée. La victime qui se rapportait à lui ne dut donc pas être offerte dès l’origine du monde. Le Christ, au contraire, s’est offert lui-même pour les péchés de tout le monde, car c’est lui qui est la victime de propitiation pour nos péchés, et non seulement pour nos péchés, mais aussi pour ceux de tout le monde ; (I Jean, II, 2) : et ainsi, s’il était offert plus d’une fois, il lui eût fallu et naître et souffrir depuis le commencement, ce qui implique la plus absurde contradiction.
On objecte ce qu’on lit dans l’Apocalypse (XIII, 8) : "L’agneau qui a été immolé dès le commencement du monde" Il faut répondre que cette expression « a été immolé » veut dire « a été figuré » dès le commencement du monde comme devant être immolé, par exemple, dans le meurtre d’Abel.
III. Quand saint Paul dit (verset 26) : au lieu qu’il, il explique ce qui se fait sous le Nouveau Testament Et d’abord, il donne deux raisons pour lesquelles, sous ce Testament, l’immolation de la victime ne se réitère pas ; secondement il développe ces raisons (verset 27) : Et comme il est arrêté, etc...
1° Il dit donc (verset 26) : Maintenant donc le Christ n’a paru qu’une fois vers la fin de siècles ; (I Corinth., X, 11) : "nous autres qui nous trouvons à la fin des temps." L’Apôtre s’exprime ainsi à cause du nombre des années, car elles se sont déjà écoulées au nombre de plus de mille, depuis qu’il a écrit ceci. Les âges du monde se prennent, en effet, dans un certain rapport avec les âges de l’homme, qui se distinguent particulièrement par le degré d’accroissement, et non par le nombre des années. Ainsi le premier âge comprend le temps qui s'écoule avant le déluge, époque où il n’y eut ni loi écrite, ni punition, comme dans l’enfance. Le second âge s'étend depuis Noé jusqu’à Abraham, et ainsi des autres, en sorte que le dernier âge est l’état présent, après lequel il n’y a plus d’autre état, par rapport au salut, comme il n’y a plus de temps après la vieillesse. Ainsi donc que les autres âges de l’homme renferment un nombre déterminé d’années et qu’il n’en est pas ainsi dans la vieillesse, qui tantôt commence avec la soixantième année, tandis qu’il est des vieillards qui vivent cent vingt ans, de même n’est-il pas déterminé combien doit durer ce dernier âge du monde ; et cependant c’est la consommation des siècles, car après lui il n’en reste plus d’autre dans l’ordre du salut. Or, c’est dans cet âge que le Christ a paru, une seule fois, et l’Apôtre donne deux raisons pour lesquelles il ne devait être offert qu’une seule fois. La première, c’est que dans l’Ancien Testament les péchés n’étaient pas remis et qu’ils le sont par le sacrifice du Christ. La seconde, c’est que le Grand Prêtre de la Loi n’offrait pas son propre sang, comme le Christ l’a offert ; c’est ce qui lui fait dire que le Christ (verset 26) a paru une seule fois, en s’offrant lui-même pour victime. Voilà pourquoi l’immolation de celle-ci n’est pas réitérée, comme l’était celle des premières victimes ; (I Pierre, III, 18) : "Jésus-Christ a souffert la mort une fois pour nos péchés."
2° Quand saint Paul dit ensuite (verset 27) : et comme il est arrêté, il développe les raisons qu’il a données. D’abord la seconde, ensuite la première (X, 1) : car la Loi n’ayant que l’ombre. Il explique donc la seconde par une similitude prise des autres hommes. Premièrement donc il rappelle ce qui arrive aux autres hommes ; en second lieu ce qui est arrivé à l’égard du Christ (verset 28) : Ainsi le Christ a été offert une fois.
1. Or, dans chaque homme nous trouvons deux choses, d’abord la nécessité de mourir, ensuite sa résurrection, non pas pour être purifié, mais pour être jugé sur ses oeuvres.
L’Apôtre indique la première quand il dit (verset 27) : et comme il est arrêté que les hommes meurent une fois.
On objecte qu’il semble, au contraire, qu’il n’était pas arrêté que l’homme dût ainsi mourir ; que c’est plutôt la conséquence de son péché, puisqu’il est dit au ch. I de la Sagesse, 13, que "Dieu n’a pas fait la mort, et qu’il ne se réjouit pas de la perte des vivants" et à la suite (verset 16) : "Les méchants ont appelé la mort à eux par leurs paroles et par leurs œuvres." Nous répondons qu’à l’égard de la mort il y a trois choses à considérer. D’abord, sa cause naturelle ; et sous ce rapport, par la condition de sa nature, il est arrêté que tout homme mourra une fois, parce qu’il est formé d’éléments contraires. En second lieu, le don qui lui avait été fait ; sous ce rapport, il avait reçu, sous condition le bienfait de la justice originelle, au moyen duquel l’âme retenait le corps sous sa puissance, de manière à ce qu’il pût ne pas mourir. Troisièmement, ce qui a mérité la mort. L’homme en péchant comme il l’a fait a mérité de perdre le don de la justice originelle et par suite il a encouru la mort. C’est de là que le Sage dit : "Les méchants, de leurs propres mains," c’est-à-dire en touchant au fruit défendu, "ont appelé la mort à eux." L’homme, par sa désobéissance coupable est donc la cause de la mort ; mais Dieu l’inflige comme juge, "car la solde du péché, c’est la mort " (Rom., VI, 23).
Une fois, ce qui est vrai, dans la condition ordinaire, bien que quelques-uns aient été ressuscités, par exemple Lazare et le fils de la veuve qui moururent ensuite. Quant à la seconde, c’est-à-dire la résurrection, l’Apôtre dit (verset 27) : et qu’ensuite ils soient jugés, parce qu’après ils seront ressuscités, ils ne mourront pas une seconde fois, mais le jugement suivra immédiatement. "Car nous devons tous comparaître devant le tribunal de Jésus-Christ, afin que chacun reçoive ce qui est dû aux bonnes ou aux mauvaises actions qu’il aura faites pendant qu’il était revêtu de son corps," comme il est dit dans la seconde au Corinthiens (verset 10).
2. Quand l’Apôtre ajoute (verset 28) : Ainsi le Christ, etc... il prouve que ce qu’il vient de dire convient au Christ. D’abord en ce qui regarde la mort, il dit (verset 28) que c’est ainsi que le Christ a été offert ; et en ceci il y a entre lui et les autres hommes similitude. Mais il diffère d’eux en deux points. D’abord en ce que ne descendant pas d’Adam par la génération ordinaire, mais bien par sa substance charnelle, il n’a pas contracté le péché originel ; et par suite il n’a pas contracté la dette de cet état (Genèse, II, 17) : "Au jour même ou vous mangerez de ce fruit, vous mourrez de mort." Mais il a choisi la mort par sa propre volonté ; (Jean, X, 18) : "Personne ne me ravit ma vie, etc..." Voilà pourquoi saint Paul dit (verset 28) : Il a été offert ; (Isaïe, LIII, 7) : "Il a été offert, parce que lui-même l’a voulu" et (I Pierre, III, 18) : "Le Christ lui-même a souffert une fois la mort pour nos péchés." Il diffère en second lieu des autres hommes, en ce que notre mort est l’effet du péché (Rom., VI, 23) : "La mort, c’est la solde du péché." La mort du Christ, au contraire, la destruction du péché. Voilà ce qui fait dire à saint Paul (verset 28) : pour effacer les péchés de beaucoup, c’est-à-dire pour les en décharger. L’Apôtre ne dit pas : les péchés « de tous », parce que la mort du Christ, bien qu’elle soit suffisante pour tous, n’obtient cependant son efficacité que par rapport aux seuls élus. Tous, en effet, ne sont pas soumis au Christ par la foi et les bonnes oeuvres. Ensuite en ce qui regarde la résurrection, l’Apôtre dit (verset 28) : Et la seconde fois, il apparaîtra, sans avoir rien du péché. Il dit donc deux choses du second avènement : d’abord il on marque la différence d’avec le premier, en ce que dans le second, il n’aura rien du péché. C’est que, dans le premier, bien que le péché n’ait pas été en lui, il est venu dans la ressemblance de la chair du péché (Rom., VIII, 3) ; de plus, dans ce premier avènement, il est devenu la victime pour le péché ; (II Corinth., V, 21) : "Pour l’amour de nous, il a traité celui qui ne connaissait pas le péché". Dans le second, rien de semblable n’aura lieu. Voilà pourquoi l’Apôtre dit (verset 28) : Il apparaîtra sans avoir rien du péché. En second lieu, saint Paul établit ce qui est particulier au second avènement : c’est que le Christ ne paraîtra pas pour être jugé, mais pour juger, lui, et récompenser suivant les mérites. C’est pourquoi il dit (verset 28) : il apparaîtra ; et bien qu’il apparaisse pour tous, même à ceux qui ont transpercé sa chair, cependant il le fera en vertu de sa divinité aux seuls élus, comme dit l’Apôtre (verset 28) : pour le salut de ceux qui l’attendent dans la foi ; (Isaïe XXX, 18) : "heureux tous ceux qui l’attendent" ; (Philip., III, 20) : "Nous attendons le Sauveur, Notre Seigneur Jésus-Christ, qui transformera notre corps, tout vil et abject qu’il est, afin de le rendre conforme à son corps glorieux."