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Leçon 2 – 2 Co III, 6-11 – La grandeur des ministres de la nouvelle Alliance

6 (n° 89) c’est Lui qui nous a rendus aptes à être les ministres de l’Alliance nouvelle, non de la lettre, mais de l’esprit; car la lettre tue, mais l’esprit vivifie.

7 (n° 92) Si le ministère de mort, gravé en lettres sur des pierres, a été entouré d’une telle gloire que les fils d’Israël ne pouvaient tenir leurs regards fixés sur la face de Moïse", à cause de l’éclat de son visage, quoique passager,

8 comment le ministère de l’Esprit n’en serait-il pas davantage entouré?

9 (n° 95) En effet si le ministère de la condam­nation a été glorieux, combien le ministère de la justice le surpassa en gloire.

10 (97) Non, sous ce rapport ce qui a été glorieux autrefois ne l’est pas vraiment, en comparaison de cette gloire suréminente.

11 (n° 99) Si ce qui a été passager a passé par la gloire, à plus forte raison ce qui demeure doit-il être glorieux.

88. Ayant glorifié le ministère de la Nouvelle Alliance (n° 78), l’Apôtre glorifia ses ministres. Et il place d’abord deux considérations qui répondent aux expressions précédentes. En effet il avait mis en avant le don reçu Dieu, en disant (verset 5) : Notre capacité vient de Dieu, l’assurance conçue à la suite de ce don (verset 4) : Voilà L’assurance que nous avons... D’abord il détermine les conditions du don reçu, puis en second lieu celles de l’assurance conçue (n° 100) : "Ayant donc un tel espoir"...

Sur le premier point :

Il montre le don reçu de Dieu, c’est-à-dire ministère de la Nouvelle Alliance.

Il définit la Nouvelle Alliance (n° 90) : "non de lettre mais de l’esprit"

Par la dignité de la Nouvelle Alliance il montre celle de ses ministres (n° 92) : "Si le ministère de mort"...

89. Je dis, affirme l’Apôtre, que notre capacité vient de Dieu, "qui nous a rendus aptes à être les ministres de l’Alliance Nouvelle". Isaïe LXI, 6 – On vous nomme, ministres de notre Dieu. Et en cela nous tenons la place des anges. Psaume CIII, 4 – Toi qui fais des vents tes messagers...

Mais Il n’a pas seulement fait de nous des ministres, Il nous a "rendus aptes à l’être". Dieu en effet donne à tout être le moyen d’atteindre la perfection de sa nature. Aussi, puisque Dieu a établi des ministres de la Nouvelle Alliance, Il leur a donné aussi l’aptitude à exercer leur office, à moins d’un obstacle de la part de ceux qui reçoivent leur parole. Supra. II, 16 – Et qui donc est apte à un tel ministère, sinon les Apôtres institués par Dieu?

90. Il définit ce qu’est la Nouvelle Alliance, qui est "non de la lettre mais de l’esprit" et sa définition considère en quoi elle consiste, la raison pour laquelle elle a été donnée (n° 91) : "La lettre tue"...

Sur le premier point, il faut savoir que l’Apôtre parle avec profondeur. En effet on lit dans Jérémie. XXXI, 31 – Je conclurai avec la maison de Juda une alliance nouvelle, non comme celle que j’ai conclue avec leurs pères. Et plus loin Je mettrai ma loi dans leurs entrailles et je l’écrirai dans leur coeur. Donc l’Ancienne Alliance est écrite dans un livre et elle sera par la suite aspergée de sang, comme on lit dans Hébreux IX, 19 – Moïse prit le sang et aspergea le livre.., disant Voici le sang de l’Alliance...

Il est clair que l’ancienne loi est l’alliance de la lettre. Mais la Nouvelle Alliance est celle de l’Esprit Saint, par laquelle la charité de Dieu se répand dans nos coeurs, comme on lit dans Romains V, 5 – et ainsi, tandis que le Saint Esprit fait naître en nous la charité, qui est la plénitude de la loi, il y une alliance nouvelle fondée non "sur la lettre", c’est-à-dire sur un texte écrit, mais sur l’Esprit qui vivifie. Romains VIII, 2 – La loi de l’Esprit de vie, c’est-à-dire qui donne la vie.

91. La raison pour laquelle la Nouvelle Alliance nous donnée par l’Esprit, c’est que "la lettre tue" par occasion. Car la lettre de la loi donne seulement la connaissance du péché. Romains III, 20 – La loi ne fait que donne connaissance du péché. Deux conséquences découlent de ce que je connais le péché. Car la loi qui nous donne cette connaissance ne réprime pas la concupiscence, mai l’augmente plutôt, dans la mesure où la concupiscence se porte avec plus d’ardeur vers la chose défendue. Donc une telle connaissance tue, la cause de la concupiscence n’étant pas encore détruite, et elle ajoute la transgression. Car il est plus grave de pécher contre une loi à la fois écrite et naturelle que contre une loi naturelle seulement. Romains VII, 8 – L’occasion ayant été saisie, -non donnée-, le péché fait naître en moi toutes sortes de convoitises...

Quoiqu’elle tue par occasion, dans la mesure où elle augmente la concupiscence et ajoute la transgression, l’ancienne loi n’est cependant pas mauvaise, parce qu’au moins elle défend le mal. Mais elle est imparfaite parce qu’elle n’écarte pas la cause du mal. Elle est donc une loi privée de l’esprit, qui, s’imprimant dans le coeur, est une occasion de mort. C’est pourquoi il fut nécessaire de donner une loi de l’esprit qui, faisant naître la charité dans le coeur, lui donne la vie. Jean. VI, 64 – c’est l’Esprit qui donne vie...

92. En conséquence des points établis, (n° 88) il montre la dignité de son ministère.

A. Il montre que le ministère de la Nouvelle Alliance est supérieur à celui de l’Ancienne Alliance.

B. Et que non seulement il est supérieur, mais que le ministère de l’Ancienne Alliance ne peut se comparer pour la gloire dont il est entouré à celui de la Nouvelle Alliance (n° 97) : "Ce qui a été glorieux autrefois"...

Divisions de A :

il montre cette supériorité.

il en dégage la raison (n° 95) : "Si le ministère de la condamnation a été glorieux".

93. Sur le premier point, l’Apôtre argumente d’après le récit de l’Exode XXIV (XXXIV, 30 et 35) où notre texte porte que le visage de Moïse avait des cornes de telle sorte que les fils d’Israël ne pouvaient tenir leurs regards fixés sur la face de Moïse. Un autre texte porte "le visage resplendissant de Moïse", ce qui est meilleur. Il ne faut pas comprendre qu’il portait des cornes à la lettre, comme certains le peignent, mais que son visage émettait des rayons qui semblaient des espèces de cornes. Voici comme il raisonne. Il procède par similitude et tire sa preuve de l’être inférieur. Il est certain en effet que, si un être inférieur possède quelque gloire, ce qui lui est supérieur doit en posséder bien davantage. Or l’Ancienne Alliance est inférieure à la nouvelle. Puisqu’elle a été entourée d’une telle gloire que les fils d’Israël ne pouvaient tenir leurs regards fixés sur la face de Moïse, il semble que la Nouvelle Alliance doive avoir une gloire infiniment plus grande.

94. Il prouve de trois manières que l’Ancienne Alliance est inférieure à la Nouvelle.

Quant à son effet, car elle est une alliance de mort, et la nouvelle une alliance de vie, comme il a été dit. Il en parle comme d’un "ministère de mort", parce qu’elle est une occasion de mort. Et il rappelle que la lettre tue.

Quant à son mode de transmission, car l’Ancienne Alliance fut transmise par l’écriture sur des tables de pierre, et la Nouvelle fut imprimée par l’Esprit sur des coeurs de chair. C’est ce qu’il indique en disant qu’elle est "gravée en lettres", c’est-à-dire parfaitement dessinée, sur des pierres, ou des tables de pierre. Et il répond que la Nouvelle Alliance est un ministère non de la lettre, mais de l’esprit.

Quant à sa perfection. La gloire de l’Ancienne Alliance ne donne aucune assurance parce que la loi ne conduit personne à la perfection. A la Nouvelle Alliance appartient la gloire, avec l’espérance d’une gloire plus belle, c’est-à-dire éternelle, Isaïe LI, 6 – Mon salut sera éternel. C’est ce qu’il veut dire lorsqu’il parle d’un "éclat passager" Galates V, 2 – Si vous vous faites circoncire, le Christ ne vous servira de rien. La conclusion est posée au verset 8, et elle est évidente.

95. Il en donne la raison en ces mots : "Si la ministère de la condamnation a été glorieux"... En effet la justice doit être plus glorieuse que la condamnation : or la Nouvelle Alliance est un ministère de justice, qui justifie en donnant la vie intérieure. L’Ancienne Alliance est un ministère de condamnation par occasion. Supra, V. 6 – La lettre tue et l’esprit vivifie. Puisque "le ministère de la condamnation", celui de l’Ancienne Alliance, qui est par occasion une cause de condamnation, est entouré d’une gloire qui apparut sur le visage de Moïse, il est certain qu’il est "bien davantage entouré de gloire", c’est-à-dire qu’il donne une pleine gloire à ses ministres, ce "ministère de justice", celui de la Nouvelle Alliance, par lequel nous recevons l’esprit, et qui établit la justice ainsi que la consommation des vertus. Prov. III, 35 – Les sages posséderont la gloire.

96. On a coutume ici de soulever la question de la comparaison de Moïse et de Paul. Mais si on considère correctement les paroles de l’Apôtre, cela n’est pas nécessaire, parce qu’il y a ici comparaison, non de deux hommes, mais de deux ministères.

97. Mais les faux apôtres pourraient dire que, bien que le ministère de la Nouvelle Alliance soit supérieur à celui de l’Ancienne Alliance, il ne l’est pas tellement, et que par conséquent il est bon que nous considérions l’un et l’autre ministère, comme eux le font, puisqu’ils observent à la fois les préceptes de la loi et de l’Evangile. C’est ce que l’Apôtre rejette par ces mots : "Ce qui a été glorieux autrefois ne l’est pas vraiment"...

Il montre que le ministère de la Nouvelle Alliance sans aucune comparaison surpasse le ministère de l’Ancienne.

Il en donne la raison (n° 99) : "Si ce qui est passager"...

98. Voici son raisonnement. J’ai dit que le ministère de justice est riche de gloire et que la gloire de l’ancien ministère ne doit pas être dite une vraie gloire, "parce que qui a été glorieux autrefois ne l’est pas vraiment", cela s’explique de deux façons : Premier sens. Cette gloire n’est rien en comparaison celle de la Nouvelle Alliance, parce qu’elle n’a pas conférée à tous les ministres et qu’elle n’a pas brillé Moïse tout entier mais sur une partie de sa personne, son visage. Ainsi cette gloire, qui a brillé partiellement en Moïse "n’est pas vraiment glorieuse en comparaison de la gloire suréminente" qui est celle de la Nouvelle Alliance, qui riche en grâce, afin que les hommes, purifiés par cette grâce puissent voir la gloire, non d’un homme, mais de Dieu.

Second sens. On peut ponctuer différemment et placer virgule, non après glorificatum est, mais après claruit. Le sens de In hac parte serait : sous ce rapport, c’est-à-dire en considération de notre nature particulière d’esclaves, ce qui a brillé dans l’Ancienne Alliance n’est rien de glorieux, et cela comparaison de la gloire suréminente qui est dans la Nouvelle Alliance, parce que c’est la gloire de Dieu le Père.

99. Et voici la raison qu’il donne : "Si ce qui est passager a passé par la gloire"...

Ce qui est donné afin de passer n’est rien en considé­ration de ce qui est donné afin de demeurer toujours. L’Ancienne Alliance, étant passagère, a pris fin I Corinthiens XIII, 10 – Quand viendra ce qui est parfait, ce qui est imparfait disparaîtra... La gloire de Moïse en effet n’est qu’une gloire qui lui est particulière.

Il est certain que la Nouvelle Alliance demeure, parce qu’elle commence ici-bas et s’achève dans la Patrie. Luc XXI, 33 – Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas. A plus forte raison doit-elle être glorieuse "d’une gloire éternelle", où elle trouvera son achèvement. Sa gloire, dis-je, sera nôtre, puisque nous sommes ses ministres.


Leçon 3 – 2 Co III, 12-18 – La supériorité par rapport à l'Ancienne Alliance

12 (n° 100) Ayant donc une telle assurance, nous sommes pleins d’espérance,

13 (n° 102) et nous ne faisons pas comme Moïse qui mettait un voile sur son visage pour empêcher la fils d’Israël de voir s’éteindre un éclat passager.

14 (n° 106) Mais leur entendement a été aveuglé en effet jusqu’à ce jour dans la lecture de l’Ancien Testament, la même voile demeure (c’est dans le Christ qu’il est levé).

15 (n° 108) Mais jusqu’à aujourd’hui, quand on lit Moise, un voile est sur leur coeur.

16 (n° 109) Quand on se convertit au Seigneur, le voile tombe.

17 (n° 111) Or la Seigneur, c’est l’Esprit. Où "l’Esprit du Seigneur, là est la liberté".

18 (n° 113) Et nous tous, qui réfléchissons sur nos visages découverts la gloire du Seigneur, nous somme transfigurés en cette même image de clarté en clarté comme par l’esprit du Seigneur.

100. Ayant exposé tout ce qui concerne la glorifi­cation du don reçu de Dieu (n° 88), il en vient à l’assurance conçue par l’effet de ce don lui-même.

Il expose l’assurance que ce don fait concevoir.

Il compare l’assurance donnée par l’Ancienne Alliance et par la Nouvelle (n° 102) : "Nous ne faisons pas comme Moïse".

101. "Ayant donc une telle espérance", dit-il, par suite de la parole que nous avons reçue, c’est-à-dire l’espérance de voir la gloire de Dieu, Romains VIII, 24 – c’est en espérance que nous sommes sauvés, "nous sommes pleins d’assurance", nous accomplissons avec confiance tout ce qui regarde les fonctions de notre ministère, et par là notre espérance s’accroît. Prov. XXVIII, 1 – Le juste a l’assurance d’un lion. Jérémie XVII, 7 – Bienheureux l’homme qui se confie dans le Seigneur.

102. En conséquence, après avoir montré la supériorité de la Nouvelle Alliance sur l’Ancienne par le don de Dieu, il la montre par l’assurance qu’elle donne : "Nous ne faisons pas comme Moïse"...

Il expose le fait dans l’Ancien Testament.

Il expose (n° 104) que "l’Ancienne Alliance n’a qu’un éclat passager".

103. On peut lire le fait qu’il nous propose dans l’Exode XXXIV, 34 – quand Moïse parlait au peuple, il se voilait la face parce que, à cause de l’éclat de son visage, les fils d’Israël ne pouvaient fixer leurs regards sur lui. C’est pourquoi il déclare : "Nous ne faisons pas comme Moïse" autrement dit : je dis que nous avons une grande assurance si grande que nous nous abstenons d’imiter Moïse, qui dévoilait pas son visage devant le peuple, parce que le temps n’était pas encore venu de dévoiler l’éclat de la vérité. Nous avons donc une assurance sens voile.

104. Il explique donc ce qu’il a dit au sujet de voile qui cachait "un éclat passager"... Ce voile était l’obscurité des figures, et le Christ l’a dissipée.

Il explique la disparition de ce voile.

Il explique comment cette disparition a lieu chez les Juifs (n° 106) : "Mais leurs esprits ont été aveuglés"...

et comment elle n’a pas lieu de se faire chez les ministres de la Nouvelle Alliance (n° 113) : "Pour nous, réfléchissant la gloire du Seigneur".

105. Il dit donc que Moïse posait un voile sur son visage, - il s’agit des figures-, et que "ce voile disparaît", c’est-à-dire est levé par le Christ, en accomplissant dans la vérité ce que Moïse a transmis en figure, parce que toutes choses arrivaient aux Juifs en figure. Ainsi le Christ par sa mort a écarté la voile de l’immolation de l’agneau pascal aussi dès qu’il eut rendu l’esprit, le voile du temple se déchira. Il fit de même en envoyant la Saint Esprit dans les coeurs des fidèles, afin qu’ils comprissent spirituellement ce que les Juifs comprennent charnellement. Il écarta ce voile lorsqu’il leur ouvrit le sens, afin qu’ils comprissent les Ecritures. Luc XXIV, 45.

106. Quel effet produit cette disparition chez les Juifs, il le montre en disant : "Mais leur entendement a été aveuglé"…

A. Il montre que le voile n’a pas été écarté de leur coeur dans l’état d’infidélité.

B. Il montre qu’il le sera au moment de leur conversion (n° 109) : "Quand on se convertit."

Divisions de A :

1- Il dégage la raison pour laquelle cette disparition n’a pas lieu chez les Juifs.

2- Il montre qu’ils conservent encore ce voile (n° 108) : "Mais jusqu’à aujourd’hui"...

107. Il affirme donc que ce voile disparaît chez ceux qui voient, mais non chez les Juifs infidèles. Et la raison en est que leur entendement est aveugle, c’est-à-dire que leur raison est émoussée, leur esprit impuissant et obtus : ils ne peuvent voir la clarté de la lumière divine, celle de la vérité divine, sans le voile des figures. Ils ferment les yeux afin de ne pas voir que le voile du temple s’est déchiré. Et cela vient de leur infidélité coupable, non de la défaillance de la vérité; car, le voile étant écarté, la vérité se manifeste très clairement à tous ceux qui ouvrent les yeux de leur esprit par la foi. Romains XI, 25 – Une partie d’Israël est tombée dans l’aveuglement. Jean. IX, 39 – Je suis venu dans ce monde pour un jugement... C’est ainsi que l’avait prophétisé Isaïe, VI, 10 – Aveugle le coeur de ce peuple...

Et vraiment leur entendement a été aveuglé, de sorte que jusqu’à aujourd’hui ils ne comprennent pas la vérité qui s’est manifestée à nous. Mais ce voile lui-même qui était sur l’Ancien Testament, avant que le voile du temple se fût déchiré, demeure dans la lecture de l’Ancien Testament, parce qu’ils ne le comprennent pas autrement qu’auparavant : ils s’appuient sur les figures, mais ne leur demandent pas la révélation de la vérité; ils ne comprennent donc pas. Ainsi ils croient que le voile de Dieu est, non pas une figure, mais la vérité. Ce voile disparaît pour les fidèles, et pour tous autant que cela leur est donné par le Christ, c’est-à-dire dans la foi au Christ. Mais il subsiste chez les Juifs, parce qu’ils ne croient pas que le Messie soit venu.

108. En conséquence lorsqu’il dit : "jusqu’à aujourd’hui", il montre comment le voile subsiste encore pour les Juifs en tant qu’infidèles, quoique le Christ l’ait fait disparaître.

Ici ce voile peut s’entendre de deux manières. Ou bien il est posé sur la chose vue pour qu’elle ne puisse être vue; ou bien sur celui qui regarde pour qu’il ne puisse voir. Pour les Juifs de l’ancienne loi il y avait voile dans les deux sens. Car leurs coeurs étaient aveuglés, afin qu’ils ne connussent pas la vérité à cause de leur dureté, et l’Ancienne Alliance n’était pas parvenue à son terme parce que la vérité n’était pas encore venue; en signe de quoi il y avait un voile sur la face de Moïse, et non sur leurs visages. Mais à la venue du Christ le voile fut retiré de la face de Moïse, c’est-à-dire de l’Ancien Testament, parce que tout était accompli; et pourtant il ne fut pas retiré de leurs coeurs. D'où ces mots : "jusqu’à aujourd’hui", autrement dit : la voile de l’Ancien Testament est retiré pour les fidèles; mais pour les autres, "quand on lit Moïse" c’est-à-dire quand on leur explique l’Ancien Testament, - Actes XV, 21 – Moïse depuis les temps antiques a dans chaque cité des hommes qui le prêchent dans les synagogues... "Un voile", ce qui signifie "aveuglement", "est posé sur leurs coeurs". Romains XI, 25 – Une partie d’Israël est tombée dans l’aveuglement...

109. Quand et comment ce voile s’écarte pour eux, il le montre par ces mots : "Quand on se convertit au Seigneur, le voile tombe"…

Il explique le moyen d’écarter ce voile.

Il dégage la raison qui commanda cette opération (n° 111) "Or le Seigneur, c’est l’esprit"...

110. Il explique donc que, si ce voile demeura encore en eux, ce n’est pas que l’Ancien Testament soit obscur, c’est que leurs coeurs sont obscurcis. Par conséquent, pour que ce voile soit écarté, il ne faut qu’une chose, c’est qu’ils se convertissent. "Quand on se convertit", dit-il, quand quelqu’un se tourne vers Dieu par la foi dans le Christ, par sa conversion "le voile tombe". Isaïe X, 21 – Un reste se convertira, le reste de Jacob... On trouve la même idée dans Romains IX, 27.

Il faut noter que, lorsqu’il traitait de leur aveuglement, il parlait au pluriel : un voile est sur leur coeur. Quand il s’agit de leur conversion, il parle au singulier : si quelqu’un se convertit, afin de montrer leur inclination au mal et la difficulté qu’ils ont à venir au bien : d’où le petit nombre des conversions.

111. La raison de cette conversion qui fait tomber le voile, c’est simplement que Dieu le veut.

On pourrait dire que ce voile a été posé par le comman­dement du Seigneur, et que par conséquent il ne peut être écarté. Mais l’Apôtre montre que non seulement il peut être écarté, mais qu’il l’est effectivement par Celui qui est le Seigneur. Voila pourquoi il dit : "Le Seigneur, c’est l’Esprit"... Cela peut s’interpréter de deux façons. D’abord on peut faire de spiritus un sujet et dire : l’Esprit, c’est-à-dire le Saint Esprit, qui est auteur de la loi, est le Seigneur; c’est-à-dire qu’il opère selon le choix de sa liberté. Jean. III, 8 L’Esprit souffle où il veut. I Corinthiens XII, 11 – L’Esprit distribue ses dons à chacun comme il veut. Or, "où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté", ce qui signifie : parce que le Seigneur est Esprit, il peut donner la liberté, afin que nous puissions user des livres de l’Ancien Testament librement et sans voile. Donc ceux qui n’ont pas le Saint Esprit ne peuvent avoir ce libre usage. Galates V, 13 – Vous êtes appelés à la liberté. 1 Pierre II, 16 – Conduisez-vous comme des hommes libres, non comme des hommes qui couvrent leur malice du manteau de la liberté.

Dans une seconde interprétation on peut comprendre que c’est le Christ qui est le Seigneur. Il faut lire alors que la Seigneur -c’est-à-dire le Christ- est Esprit, c’est-à-dire un Esprit de puissance, et que par conséquent "là où est l’Esprit du Seigneur", c’est-à-dire la loi du Christ comprise spirituel­lement -non pas simplement écrite, mais imprimée par la foi dans les coeurs- "là est la liberté", dégagée de tout obstacle dû au voile.

112. Il faut savoir qu’à l’occasion de ces mots : "Où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté", et de ceux-ci : La loi n’est pas faite pour le juste (I Tim. 1, 9), quelques auteurs ont faussement prétendu que les hommes spirituels ne sont pas tenus par les préceptes de la loi divine. Mais cela est faux : car les préceptes de Dieu sont une règle pour la volonté humaine. Il n’y a ni homme ni ange même dont la volonté n’ait besoin d’être réglée et dirigée par la loi divine. Aussi il est impossible qu’un homme quelconque ne soit pas soumis aux préceptes de Dieu. Cette parole : La loi n’est pas faite pour la juste, signifie qu’elle n’est pas faite à cause des Justes, qui sont portés par une habitude intérieure vers ce que la loi de Dieu commande, mais à cause des injustes : à plus foi raison les justes sont-ils tenus à cette loi.

Il faut comprendre de même "où est l’Esprit Seigneur, là est la liberté". Est libre celui qui agit pour lui-même : l’esclave agit pour le compte d’un maître; quiconque agit de lui-même agit librement, mais celui qui est poussé par un autre n’agit pas librement. Donc celui qui fuit le mal, ni parce que c’est le mal, mais à cause du commandement du Seigneur, n’est pas libre; mais celui qui fuit le mal parce que c’est le mal, est libre. C’est là l’oeuvre du Saint Esprit, qui de l’intérieur conduit l’âme à la perfection par de bonnes habitudes, de telle sorte que l’amour le maintient dans la volonté de Dieu mieux qu’un commandement divin; on peut donc dire l'âme libre, non parce qu’elle se soumet à la loi divine, mais parce que, par l’effet de l’habitude bonne, elle incline à faire ce que la loi divine ordonne.

113. Ensuite lorsqu’il dit : "Nous tous". Il montre comment les fidèles du Christ sont tout à fait affranchis de ce voile. Voici sa pensée : Je dis que ce voile leur est retiré lorsque quelqu’un s’est converti comme nous, qui somme les fidèles du Christ, conversion qui n’est pas de quelqu’un mais de tous. Luc VIII, 10 – A vous il a donné de connaître le mystère du royaume de Dieu. "Nous tous qui réfléchissons sur nos visages découverts ...," parce que nous n'avons pas un voile sur le coeur comme les Juifs. Et par ces mots : visage, coeur, âme, il faut entendre que, de même que le visage permet une vue corporelle, l’âme donne une vue spirituelle. Psaume CXVIII, 18 – Ouvre-moi les yeux...

"La gloire du Seigneur"... non de Moïse : gloire signifie "éclat", comme dit saint Augustin. Les Juifs voyaient sur le visage de Moïse une certaine gloire, qui venait de ce qu’il avait parlé avec Dieu. Mais cette gloire est imparfaite parce qu’elle n’est pas cet éclat qui fait la gloire de Dieu même. Cela signifie que par cette gloire nous connaissons Dieu en lui-même. On peut encore comprendre que c’est le Fils de Dieu qui est la "gloire du Seigneur". Prov. X – Un fils sage est la gloire de son père.

114. Le mot speculantes vient non de specula, "observatoire", mais de speculum "miroir" : cela veut dire que nous connaissons Dieu lui-même dans sa gloire par le miroir de la raison, dans laquelle est imprimée une certaine image de Lui. Et c’est Lui que nous réfléchissons lorsque, de la considération de nous-mêmes, nous nous élevons vers une certaine connaissance de Dieu, connaissance qui nous transfigure.

En effet, comme toute connaissance se fait par l’assimi­lation du sujet connaissant à l’objet connu, il faut que ceux qui voient Dieu soient d’une certaine manière transformés en Dieu. Et s’ils Le voient dans la perfection, ils sont parfai­tement transfigurés, comme les bienheureux dans la Patrie par l’union de fruition. I Jean. III, 2 – Quand apparaîtra ce que nous devons être, nous Lui serons semblables... S’ils ne voient qu’imparfaitement leur transfiguration est imparfaite, comme ici-bas par la foi. I Corinthiens XIII, 2 – Nous Voyons maintenant dans un miroir d’une manière obscure.

115. "Nous sommes transfigurés, dis-je -dans la mesure où nous voyons- en cette même image, de clarté en clarté". Il distingue trois degrés de la connaissance dans les disciples du Christ.

Le premier nous fait passer de la clarté de la connaissance naturelle à celle de la connaissance de la foi.

Le second nous conduit de la clarté de la connaissance de l’Ancienne Alliance à la clarté de la connaissance de grâce de la Nouvelle Alliance.

Le troisième nous élève de la clarté de la connaissance naturelle et de l’Ancienne et de la Nouvelle Alliance à la clarté de la vision éternelle. Infra, IV, 16 Quoique l’homme extérieur se dissolve, l’homme intérieur se renouvelle...

Mais d’où vient cela? Non pas de la lettre de la Loi, mais "de l’Esprit du Seigneur". Romains VIII, 14 – Tous ceux qui sont conduits par L’Esprit de Dieu sont fils de Dieu. Psaume CXLII, 10 – Ton Esprit de bonté me conduira…


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