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CHAPITRE 4 Comment résister aux périls des derniers temps ?
Leçon 1 — 2 Timothée IV, 1-5 : L'urgence apostolique
SOMMAIRE : Paul conjure Timothée devant Dieu de se livrer avec toute la force dont il est capable à la prédication de l’Evangile qui lui a été confié, car il lui prédit l’approche des temps de malice, pendant lesquels la vérité sera enveloppée des nuages de l’erreur.

1. Je vous conjure donc devant Dieu et devant le Christ qui jugera les vivants et les morts à son avènement glorieux, et dans l’établissement de son signe,

2. D’annoncer la parole. Pressez les hommes à temps et à contretemps; reprenez, suppliez, menacez, sans vous lasser jamais de les tolérer et de les instruire

3. Car il viendra un temps où les hommes ne pourront plus souffrir la saine doctrine; au contraire, au gré de leurs désirs, ils auront recours à une foule de docteurs propres à satisfaire leurs désirs.

4. Et fermant l’oreille à la vérité, ils l’ouvriront à des fables.

5. Mais pour vous, veillez; souffrez constamment toutes sortes de travaux; faites la charge d’un évangéliste; remplissez tous les devoirs de votre ministère; soyez sobre.

Après avoir annoncé d’abord les périls des derniers temps et montré que Timothée pouvait y résister, l’Apôtre explique ici comment résister. I° Il fait une recommandation; II° il en fait voir la nécessité (verset 3) : "Car il viendra un temps, etc."

I° Il fait I. l’appel de ses témoins; II. Sa recommandation (verset 2) : "Annoncez la parole [de Dieu], etc."

I. Dans l’appel des témoins, il y a deux choses à considérer, ceux devant qui et ceux par qui il adresse sa recommandation.

1° L’Apôtre fait sa recommandation devant deux témoins, à savoir devant celui qui est notre béatitude et devant celui qui nous introduit dans cette béatitude. Or, notre béatitude est Dieu (Psaume XXXII, 12) : "Bienheureux le peuple qui a le Seigneur pour son Dieu." Il dit donc (verset 1) : "Je vous conjure devant Dieu," c’est-à-dire j’invoque comme témoin Dieu que je vous fais cette recommandation. On ne trompe pas ce témoin ; (2 Co I, 23) : "Je prends Dieu à témoin sur mon âme." (verset 1) : "Et devant Jésus-Christ," à qui il appartient de nous introduire dans la béatitude ; (Rom., V, 2) : "Par Lui (J.-C.) nous avons entrée par la foi à cette grâce,…" Ou bien encore il nous introduit dans la béatitude, parce que (verset 1) : "C’est lui qui doit juger les vivants et les morts." L’Apôtre appelle vivants ceux qui seront trouvés vivants au moment de son avènement; ils mourront néanmoins, mais parce qu’ils ressusciteront après un court intervalle, il les appelle vivants (Thess., IV, 15) : "Pour nous autres, qui sommes vivants et qui seront demeurés pour l’avènement du Seigneur, nous ne devancerons pas ceux qui sont déjà dans le sommeil." Ou bien encore Paul appelle vivants les bons, c’est-à-dire ceux qui vivent de la vie de la grâce, et morts les méchants ; (I Jean, III, 14) : "Celui qui n’aime pas demeure dans la mort." Jésus est ainsi leur juge (Actes I, 42) : "C’est Lui qui a été établi par Dieu pour être le juge des vivants et des mort "

Mais puisque Jésus-Christ est Dieu, pourquoi Paul se sert-il ici de la particule conjonctive : "Devant Dieu et devant le Christ ?" On peut dire que l’Apôtre veut dire : "Devant Dieu," à savoir le Père, "et Jésus-Christ" c’est-à-dire Dieu le Fils, car Dieu le Père est le principe de la divinité.

2° A ces mots (verset 1) : "à son avènement, etc.," l’Apôtre supplie Timothée par deux choses qui doivent être l’objet des désirs des saints. La première est l’avènement de Jésus-Christ (Luc, X, 36) : "[Il faut que vous soyez] semblables à ceux qui attendent que leur maître revienne des noces, etc.;" (Apo XX, 20) : "Venez, Seigneur Jésus" La seconde est son règne ; (Mt VI, 10) : "Que votre règne arrive," Jésus-Christ règne d’abord par sa puissance générale sur toutes les créatures ; (Matthieu XVIII, 18) : "Toute puissance m’a été donnée dans le ciel et sur la terre." Mais Jésus-Christ règne spécialement et spirituellement sur les saints, dans la vie présente par la grâce et dans la Vie future par la gloire; or ces saints ne sont pas de ce monde ; (Jean, XVIII, 36) : "Mon royaume n’est pas de ce monde;" toutefois ce royaume commence ici-bas et s’achèvera dans la vie à venir, quand tous les royaumes, qu’ils le veuillent ou non, lui seront soumis (Psaume CIX, 1) : "Jusqu’à ce que je réduise vos ennemis, etc…"

II. Lorsqu’il dit ensuite (verset 2) : "Annoncez la parole," Paul fait sa recommandation. Son but est que Timothée s’applique surtout à l’enseignement de la doctrine, lequel est de deux sortes : l’un qui s’adresse à tous, l’Apôtre en parle d’abord : l’autre regarde quelques-uns seulement, il en parle ensuite (verset 2) : "Reprenez, etc."

1° Dans sa recommandation, il l’avertit premièrement de donner ses soins à l’enseignement général; secondement, il l’instruit de la manière de le faire.

1. Il dit donc (verset 2) : "Annoncez la parole," à savoir de l’Evangile (Marc, XVI, 15) : "Allez par le monde entier : prêchez l’Evangile à toute créature." Or, la prédication a deux fins : annoncer la vérité et régler les mœurs. Ce sont les deux choses que doit faire le prédicateur ; (Luc, XXIV, 27) : "Ensuite, commençant par Moïse et parcourant tous les prophètes, il leur expliquait [tout ce qui avait été dit de Lui] dans les saintes Ecritures, etc…"

2. Le mode de l’enseignement, c’est l’assiduité et la persévérance. L’Apôtre dit donc (verset 2) : "Pressez les hommes, à temps et à contretemps" ; (2 Co I, 28) : "Outre ces soucis de chaque jour, etc…"

L’Apôtre dit : "A contretemps," mais on objecte ce qui est dit (Ecclésiastique, XX, 22) : "Une parole sage sera mal reçue de la bouche de l’insensé, parce qu’il l’a dite à contretemps;" et (Prov. XV, 23) : "Ce qu’on doit estimer est la parole dite à propos."

Il faut répondre que celui qui prêche en fonction de la vérité doit toujours parler d’une manière opportune, mais, en fonction de la fausse appréciation de ceux qui l’entendent, il doit le faire même d’une manière inopportune, par la raison que le prédicateur de la vérité est pour les bons toujours opportun et toujours importun pour les méchants ; (Jean, VIII, 47) : "Celui qui est de Dieu écoute les paroles de Dieu. Ce qui fait que vous ne les écoutez pas, c’est que vous n’êtes pas de Dieu;" (Ecclésiastique VI, 21) : "Que la sagesse est amère aux personnes indociles." Si, en effet, ou voulait chercher cette opportunité, de ne parler qu’à ceux qui veulent entendre, on ne serait utile qu’aux justes. Or, il faut aussi s’adresser quelquefois aux méchants, afin qu’ils se convertissent. Voilà pourquoi l’Apôtre ajoute : "A contretemps" ; (Isaïe LVIII, 1) : "Criez sans cesse; etc…"

2° Quand Paul dit à la suite (verset 2) : "Reprenez, etc.," il passe à l’enseignement en particulier. D’abord il l’expose; ensuite il en détermine le mode (verset 2) : "Sans vous lasser jamais, etc."

1. Or, celui qui instruit quelqu’un peut lui apprendre d’une manière spéciale soit ce qui appartient à la foi; dans le but, par exemple, de lui faire connaître la vérité et de l’éloigner de l’erreur. De ce premier but l’Apôtre dit : "Reprenez," à savoir les erreurs ; (Tite II, 45) : "Reprenez avec une pleine autorité." Soit ce qui appartient aux bonnes mœurs ; et sur ce point il doit y porter quelquefois celui qui est bon, et même celui qui est meilleur, il doit alors avertir avec retenue et bienveillance. L’Apôtre dit donc (verset 2) : "Suppliez" ; (I Tim V, I) : "Ne reprenez pas le vieillard avec rudesse, avertissez-le comme votre père;" (Galat., VI, 1) : "Vous autres, qui êtes spirituels, relevez celui qui est tombé, en y mettant un esprit de douceur, etc.;" particulièrement, s’il ne pêche pas par malice, mais s’il prépare le mal ou s’il s’y incruste, on doit le reprendre. C’est pourquoi Paul dit (verset 2) : "Menacez" ; (Tite I, 13) : "C’est pourquoi reprenez-les fortement, afin qu’ils conservent la pureté de la foi " (Job, V, 17) : "Ne rejetez pas le châtiment du Seigneur."

2. Comment faut il reprendre ? (verset 2) : "En toute patience," pour ne pas paraître sous l’empire de la colère en voulant instruire, mais pour rester maître de soi ; (Proverbes XIX, 11) : "La science d’un homme se connaît par sa patience;" (Psaume XCI, 15) : "Ils seront remplis de patience pour annoncer, etc." (verset 2). Et en toute doctrine, à savoir, à l’égard de ce qui tient à la foi et de ce qui concerne aux mœurs ; (Jérémie., III 15) : "ils vous nourriront de la doctrine et de la science."

II° A ces mots (verset 3) : "Car il viendra un temps, etc.," l’Apôtre explique la nécessité de la recommandation qu’il vient de faire. Or, il y avait une triple nécessité de donner cet avertissement : la première du côté des auditeurs; la seconde du côté de Timothée lui-même (verset 5) : "Mais pour vous, veillez, etc.;" la troisième du côté de l’Apôtre lui-même (verset 6) : "Car pour moi je suis, etc."

I. A l’égard de la première, Paul expose d’abord cette nécessité; il développe ensuite ce qu’il a dit (verset 4) : "Et [fermant l’oreille] à la vérité."

1° La première nécessité est la perversité même des auditeurs, alors que recevant l’enseignement, ils ne veulent pas entendre des choses utiles, mais des choses qui piquent leur curiosité.

2° L’Apôtre dit donc quant aux premières : "insistez;" quand un ne veut pas entendre la saine doctrine, car (verset 3) : "Il viendra un temps où les hommes ne pourront plus la souffrir, etc."

1. Quand il y aura des docteurs du mal ; (Actes, XX, 29) : "Je sais qu’après mon départ il entrera parmi vous des loups rapaces." C'est ce qui fait dire à Paul (verset 3) : "Ils ne pourront souffrir [la saine doctrine]," c’est-à-dire votre doctrine, celle de Jésus-Christ qui leur sera odieuse ; (Prov., VIII, 8) : "Tous mes discours sont justes, ils n’ont rien de mauvais ni de corrompu."

2. Il est encore une autre perversité, c’est quand, dans le dérèglement de leur esprit, ils veulent entendre des choses curieuses et dangereuses ; (Proverbes I, 22) : "O enfants, jusqu’à quand aimerez-vous l’enfance ? Jusqu’à quand les insensés désireront-ils ce qui leur est pernicieux, et les imprudents haïront-ils la science ?" C’est pour quoi l’Apôtre dit (verset 3) : "Au gré de leurs désirs, ils auront recours," c’est-à-dire, ils multiplieront, etc. C’est contre eux qu’il est dit (Jacques III, 1) : "Mes frères, qu’ils n’y en ait pas tant parmi vous qui veuillent devenir des maîtres, sachant que cette charge vous expose à un jugement plus sévère." Ce recours se passe quand les docteurs indignes et incapables se multiplient, et dans ce cas, quatre indignes font une troupe plus forte que cent docteurs qui seraient dignes, car (Sagesse, VI, 26) : "La multitude des sages est le salut du monde;" (Isaïe, XXX, 10) : "Dites-nous des choses qui nous agréent." Alors tout se passe selon leurs désirs, car celui-ci veut entendre un maître, celui-là en veut un autre, et chacun cherche des maîtres différents. L’Apôtre dit : "[Ils auront recours] à une foule de docteurs, propres à satisfaire leurs désirs," c’est-à-dire, à eux, les auditeurs. On dit de celui qui ne sait pas demeurer en repos : il a des démangeaisons dans les pieds ; en avoir dans les oreilles c’est vouloir entendre toujours des choses nouvelles, extraordinaires, curieuses, nuisibles quelquefois ; (Actes, XVII, 21) : "Les Athéniens ne passaient tout leur temps qu’à dire ou entendre quelque chose de nouveau." Ainsi se propage la doctrine hérétique. (Prov., IX, 17) : "Les eaux dérobées sont plus douces, et le pain pris en cachette, est le plus agréable, etc…"

3° Quand l’Apôtre dit ensuite (verset 4) : "[Et fermant l’oreille] à la vérité," il explique ce qu’il vient de dire.

1. Et d’abord il rappelle ce qu’il avait dit : qu’ils ne supporteront pas la saine doctrine, lorsqu’il dit (verset 4) : "Et fermant l’oreille à la vérité." La doctrine saine est celle qui n’admet le mélange d’aucune erreur. Ils ne supportent donc pas la saine doctrine, quand ils ne veulent pas entendre la vérité (Osée, IV, 1) : "Il n’y a pas de vérité, il n’y a pas de miséricorde, il n’y a pas de connaissance de Dieu sur la terre;" (Jean, VIII, 45) : "Si je vous dis la vérité pourquoi ne me croyez-vous pas ?"

2. Ensuite il explique cette autre parole qu’il avait dite (verset 3) : "Ils auront recours, etc.," quand il ajoute (verset 4) : "Ils l’ouvriront à des fables." La fable est composée de récits merveilleux, dépourvus de vérité. Ce sont de tels récits, que ces hommes à qui les oreilles démangent veulent entendre (l Tim., IV, 7) : "Fuyez les fables impertinentes et puériles,"

II. Quand il ajoute (verset 5) : "Mais pour vous, [veillez], etc.," Paul exprime la même nécessité du côté de Timothée qui avait reçu la charge [de prêcher] et devait par conséquent l’exercer. D’abord il lui recommande la sollicitude; ensuite il l’exhorte au travail; enfin il tempère cette notion de travail.

1° Il dit donc (verset 5) : "Mais pour vous, veillez;" en d’autres termes : Si ceux dont je vous ai parlé agissent de la sorte," pour vous, veillez, etc…" ; (Mt XXIV, 42) : "Veillez donc parce que vous ne savez pas à quelle heure votre Seigneur doit venir;" (Luc, II, 8) : "Il y avait là aux environs des bergers qui passaient la nuit dans les champs, veillant tour à tour à la garde de leur troupeau;" (Rom., XII, 8) : "Que celui qui est chargé de la conduite de ses frères,…"

2° Mais comme la vigilance sans travail, manque son but, l’Apôtre engage Timothée, d’abord en termes généraux, à travailler ; en second lieu, il détermine quel doit être l’objet de ce travail; enfin la nécessité de s’en acquitter.

1. Il dit donc : "Veillez," mais de manière à faire quelque chose; par conséquent : "Souffrez les travaux" (Sagesse, III, 15) : "Le fruit des justes travaux est plein de gloire." Et cela : "En toutes circonstances," c’est-à-dire à l’égard de toutes les catégories d’hommes ; (Isaïe, XXXII, 20) : "Vous serez heureux vous qui semez près de toutes les eaux;" (Marc, XVI, 15) : "Prêchez l’Evangile à toute créature."

2. Paul détermine immédiatement, après ce premier point, quel doit être ce travail, quand il dit (verset 5) : "Faites la charge d’un évangéliste," c’est-à-dire annoncez l’Evangile. C’est là, en effet, un noble ouvrage, car c’est pour lui que Jésus Christ a été envoyé ; (Luc, IV, 43) : "Il faut aussi que j’annonce aux autres villes l’Evangile du royaume de Dieu, car c’est pour cela que j’ai été envoyé;" (Isaïe XLI, 27) : "C’est lui qui dira le premier à Sion : Voici mes paroles, et je vais donner à Sion un messager de bonne nouvelle." On donne quelquefois le nom d’évangéliste à celui qui a écrit un évangile; or ces évangélistes sont au nombre de quatre. Quelquefois aussi à celui qui prêche l’Evangile même; c’est dans ce sens que ce terme est pris ici et au chap. IV, 41 de l'Epître aux Ephésiens.

3. La nécessité de ce travail, c’est que tel est "le ministère" qui vous a été confié (verset 5) : « Remplissez-en donc les devoirs », à savoir, en prêchant l’Evangile. (Coloss., IV, 17) : "Dites à Archippe : veillez à bien accomplir le ministère que vous avez reçu du Seigneur." Or, pour remplir les fonctions d’évangéliste, il faut prêcher la parole et accomplir les oeuvres (Actes, I, 1) : "…que Jésus commença à faire et à enseigner, etc."

3° L’Apôtre engage ensuite son disciple à éviter tout excès, quand il dit (verset 5) : "Soyez sobre," ou de cette sobriété corporelle qui convient à celui qui prêche [la vérité], car l’ivresse est l’ennemie de la sagesse (Ecclésiastique, II, 3) : "J’ai pris en moi-même la résolution de refuser à ma chair l’usage du vin;" ou plutôt de la sobriété qu’on appelle discrétion ; (Actes, XXVI, 25) : "Les paroles que je viens de dire sont des paroles de vérité et de bon sens;" (1 Pierre, V, 8) : "Soyez sobres, etc…"


Leçon 2 — 2 Timothée IV, 6-8 : La mort et la gloire à venir
SOMMAIRE : Paul prédit la dissolution prochaine do son corps et dit qu’il est assuré de la couronne céleste.

6. Car pour moi je suis comme une victime qui a déjà reçu l’aspersion pour être sacrifiée, et le temps de ma mort s’approche.

7. J’ai bien combattu, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi.

8. Il ne me reste qu’à attendre la couronne de justice qui m’est réservée, que le Seigneur comme un juste juge me rendra en ce grand Jour; et non seulement à moi, mais encore à tous ceux qui aiment son avènement.

L’Apôtre, dans ce qui précède, a averti Timothée de s’occuper instamment de la doctrine, et ce dans l’intérêt de ceux qui la reçoivent, et dans le sien propre ; il en apporte ici une troisième raison, prise du côté de Paul Lui-même. C’est que bientôt il devait être retiré de cette vie. Et d’abord il lui annonce que sa mort n’est pas éloignée; en second lieu, il lui mande de venir le visiter (verset 9) : "Hâtez-vous [de venir me trouver au plus tôt]." Sur le premier de ces points, l’Apôtre I° révèle sa mort prochaine; II° il dit sa sécurité aux approches de sa mort (verset 7) : "J’ai bien combattu, etc."

Dans la première division, il rend compte I° des souffrances qu’il a endurées ; II° il prédit la mort qu’il attend (verset 6) : "Le temps de ma mort approche."

I° De ses souffrances, il dit (verset 6) : "Car pour moi, je suis comme une victime…;" en d’autres termes : Je suis comme déjà effleuré par la mort. La mort des saints s’appelle immolation (Philipp., II, 17) : "Mais si je devais être immolé dans le sacrifice et dans le service de votre foi, je m’en réjouirais;" (Psaume CXV, 17) : "Je vous offrirai un sacrifice de louanges," à savoir, en souffrant pour vous. Autrefois, dans les sacrifices qui consistaient en corps liquides, on prenait d’abord les prémices, ce qui s’appelait faire des libations ; (Rom., XI, 16) : « Si les prémices sont saintes, la masse l’est aussi. » Voilà pourquoi l’Apôtre appelle ses souffrances imminentes des libations.

II. Et bien qu’il les endure depuis longtemps, il dit (verset 6) : "Et le temps de ma mort approche." Or, il y a deux sortes de mort, l’une qui sépare l’âme d’avec le corps ; (Ecclésiastique, XII, 7) : "Et que la poussière rentre dans la terre d’où elle avait été tirée, et que l’esprit revienne à Dieu qui l’a donné;" l’autre, qui réduit le corps en poussière ; (Gen., III, 19) : "Vous êtes poussière, et vous retournerez en poussière."

II° Quand l’Apôtre dit ensuite (verset 7) : "J’ai bien combattu," il exprime sa sécurité à l’approche de la mort. Il faut observer quelle est la différence entre la mort du juste et celle du pécheur, car, ainsi qu’il est dit au livre des Proverbes (XI, 7) : "A la mort du méchant il ne lui restera plus d’espérance." Il a mis, en effet, ses espérances dans les choses qui passent, il n’en a pas dans celles qui sont éternelles. Le juste, au contraire, a placé ses espérances dans les choses éternelles et non dans celles d’ici-bas. Paul exprime donc I. le mérite qui fait sa sécurité. II. son assurance de la récompense (verset 8) : "Il me reste [la couronne de justice], etc."

I. Le mérite de cette vie consiste en trois choses, à savoir résister au mal, avancer dans le bien et user comme on le doit des dons de Dieu.

1° Le premier de ces mérites suppose une sorte de combat, c’est pour cela que Paul dit (verset 7) : "J’ai bien combattu." Or, pour que ce combat soit bon, il faut d’abord qu’on le livre pour le bien, par exemple pour la foi et la justice, comme ont fait les apôtres ; (Jude, I, 3) : "Ayant souhaité avec une grande ardeur de vous écrire touchant le salut qui nous est commun, je m’y trouve maintenant obligé, pour vous exhorter à combattre pour une foi qui a été une foi laissée par tradition aux saints;" (Ecclésiastique, IV, 33) : "Prenez la défense de la justice pour sauver votre âme, et combattez pour la justice jusqu’à la mort." Ensuite il faut observer la manière de combattre, c’est-à-dire, combattre avec vigilance et selon la loi (ci-dessus, II, 5) : "[Celui qui combat dans les jeux publics] ne sera couronné qu’après avoir combattu selon la loi;" (1 Co X, 26) : "Je combats, mais pas comme si je donnais des coups en l’air; mais je traite rudement mon corps, etc." Enfin, la difficulté du combat ; (Sag., X, 12) : "Elle (la sagesse) l’a engagé dans un rude combat, afin qu’il demeurât victorieux."

2° La seconde condition du mérite est l’avancement dans le bien; on l’appelle ici course. L’Apôtre dit donc à la suite (verset 7) : "J’ai achevé ma course." (1 Co IX, 24) : "Courez de telle sorte que vous remportiez le prix." L’avancement des saints dans le bien est appelé une course, parce qu’ils courent avec empressement afin que, poussés par l’aiguillon de la charité, ils dépassent même ceux qui sont les premiers ; (Hébr., IV, 11) : "Efforçons-nous d’entrer dans ce repos;" (Psaume CXVIII, 32) : "J’ai couru dans la voie de vos commandements."

Cependant puisqu’il lui restait encore et le combat et la course de la mort, l’Apôtre n’avait donc ni terminé sa course, ni fini son combat. Il faut dire que, de même que celui qui a bien commencé et se propose de finir de même est dans la perfection de son oeuvre, ainsi en était-il de Paul ; car déjà il avait bien commencé et il se proposait de bien finir.

3° Le bon usage des dons de Dieu comprend deux choses : la conservation de la foi ; Paul dit donc (verset 7) : "J’ai gardé la foi." C’est ce que fait celui qui se sert des dons de Dieu, pour la gloire de Dieu et le salut du prochain ; (Mt XXIV, 45) : "Quel est à votre avis, le serviteur fidèle et prudent que son maître a établi sur ses domestiques ?" ; (I Timothée 1, 12) : "Il m’a jugé fidèle en m’établissant dans son ministère." Ou bien encore il a conservé en moi la vertu de foi ; (Rom., XIV, 23) : "Tout ce qui ne se fait pas selon la foi, est péché." C’est pourquoi il est dit en Matthieu (X, 16) : "Soyez prudents comme des serpents," c’est-à-dire gardez la foi, comme la tête et le fondement de toutes les vertus.

II. Quand l’Apôtre dit ensuite (verset 8) : "Il me reste [la couronne de justice]," il exprime son espérance à l’égard de la récompense. Et d’abord il dit quelle est cette récompense; en second lieu, il précise qui la lui donnera (verset 8) : "Que [le Seigneur qui est un juste juge] me rendra, etc.;" enfin avec qui il doit la partager (verset 8) : "Et encore à tous ceux qui attendent son avènement."

1° Il dit donc : Dès lors que j’ai combattu et que j’ai achevé ma course, ce qui reste, c’est que je reçoive ma couronne, la couronne de justice que Dieu rendra dans sa justice.

On objecte que la vie éternelle est gratuitement donnée ; (Rom., VI, 23) : "La grâce de Dieu, c’est la vie éternelle, [en Jésus-Christ];" et (Rom., VIII, 18) : "Les souffrances de la vie présente, n’ont pas de proportion avec cette gloire qui sera un jour révélée en nous", et non de par la justice de Dieu. Il faut dire que le terme "Grâce" est employé ici pour indiquer la source du mérite, et celui de "Juste" pour l’acte qui émane de la volonté. Ou encore, la couronne de justice est celle qui est décernée d’après la règle de la justice, parce qu’elle est accordée aux justes pour les oeuvres accomplies dans la justice ; (Isaïe, III, 10) : "Dites au juste qu’il [est heureux], parce qu’il recueillera le fruit de ses œuvres. "

Or, cette couronne est double : l’une principale, l’autre secondaire. La première est la récompense essentielle, qui n’est autre chose que la joie issue de la vérité ; (Isaïe, XXVIII, 5) : "En ces jours là, le Seigneur des armées sera une couronne de gloire, et comme un bouquet pour le reste de son peuple." Dieu est donc notre couronne. La seconde est la couronne qui est due pour des oeuvres spéciales; c’est l’auréole, dont une est destinée aux martyrs (ci-dessus, II, 5) : "Nul n’est couronné qu’après avoir combattu selon la Loi;" et c’est pour cela que Paul dit : « j’ai bien combattu » ; une autre est due aux vierges ; (Sag., IV, 2) : "[La race injuste] est couronnée pour jamais comme victorieuse, après avoir remporté le prix dans les combats sans souillure." C’est pourquoi l’Apôtre dit : "J’ai achevé ma course" ; (Ap XIV, 4) : "Ceux-là suivent l’Agneau [partout où il va], etc…" La troisième est celle des docteurs ; (Prov., IV, 9) : "Elle (la sagesse) mettra sur votre tête un accroissement de grâce et elle vous couvrira d’une éclatante protection." C’est ce qui fait dire à Paul : "J’ai gardé la foi." II ajoute (verset 8) : "Qui m’est réservée," à savoir selon la prédestination éternelle (ci-dessus, I, 12) : "Je sais à qui je me suis confié et je suis persuadé qu’il est assez puissant pour me garder mon dépôt jusqu’à ce jour."

2° Celui qui donne cette couronne, c’est Dieu. C’est ce qui fait dire à Paul (verset 8) : "Que le Seigneur me rendra, par sa justice," en ce jour." Car c’est là cette couronne de gloire. Elle est double, à savoir, d’abord pour l’âme, et elle est décernée aux saints, "en ce jour," c'est-à-dire à la mort. Il dit donc ici : "Le temps de ma mort approche" ; (2 Co V, 1) : "Si cette maison de terre où nous habitons vient à se dissoudre, Dieu nous donnera [dans le ciel] une autre maison." Ensuite pour le corps, et elle sera décernée "en ce jour," c’est-à-dire au jugement ; (1 Co XV, 43) : "Il est mis en terre tout difforme, etc."

3° Tous les saints la reçoivent, c’est pourquoi l’Apôtre dit (verset 8) : "Et non seulement à moi " elle est réservée ; (Ap XX, 20) : "Venez Seigneur Jésus;" (Cant., V, 1) : "Que mon bien-aimé vienne donc dans son jardin, et qu’il mange du fruit de ses arbres." Quant à ceux qui n’aiment pas Dieu, ils n’ont pas de motif pour aimer son avènement ; (Amos V, 18 : "Malheur à ceux qui désirent le jour du Seigneur," car la couronne n’est due qu’a la charité seule ; (Jean, XIV, 21) : "Celui qui m’aime sera aimé de mon Père, et je l’aimerai aussi et je me découvrirai à lui."


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