Ressources Catholiques Missel Romain

précédent

LEÇON I (ch. II, 1 à 12): Les souffrance et la constance de Paul
Sommaire: L’Apôtre dit qu’il a beaucoup souffert avant de prêcher chez les Thessaloniciens; il déclare que ces épreuves n’ont diminué en rien son assurance à prêcher la parole de Dieu.

1. Car vous n’ignorez pas vous-même, mes frères, que notre arrivée vers vous n’a pas été sans fruit;

2. Mais après avoir beaucoup souffert auparavant comme vous savez, et avoir été traités avec outrage dans Philippe, nous ne laissâmes pas, en nous confiant en notre Dieu, de vous prêcher hardiment l’Évangile de Dieu, parmi beaucoup de combats.

3. Car nous ne vous avons point prêché une doctrine d'erreur ou d’impureté et nous n’avons point eu dessin de vous tromper.

4. Mais comme Dieu nous a choisis pour nous confier son Évangile, nous parlons aussi, non pour plaire aux hommes, mais à Dieu qui voit le fond de nos cœurs.

5. Car nous n’avons usé d’aucune parole de flatterie, comme vous le savez, et notre ministère n’a point servi de prétexte à notre avarice; Dieu en est témoin.

6. Et nous n’avons point recherché la gloire de la part des hommes, ni de vous, ni d’aucun autre.

7. Nous pouvions, comme apôtres du Christ, vous être à charge, mais nous nous sommes rendus petits parmi vous, comme une nourrice qui a soin de ses enfants.

8. Ainsi dans l’affection que nous ressentons pour vous, nous aurions souhaité de vous donner non seulement la connaissance de l’Évangile de Dieu, mais aussi notre propre vie, tant était grand l’amour que nous vous portions.

9. Car vous vous souvenez, mes frères, de la peine et de la fatigue que nous avons souffertes; et comme nous avons prêché l’Évangile de Dieu en travaillant jour et nuit pour n’être à charge à aucun de vous.

10. Vous êtes témoins vous-mêmes et Dieu l’est aussi, combien la manière dont je me suis conduit envers vous qui avez embrassés la foi, a été sainte, juste et irréprochable.

11. Et vous savez que j’ai agi envers chacun de vous comme un père envers ses enfants.

12. Vous exhortant, vous consolant, et vous conjurant de vous conduire d’une manière digne de Dieu, qui vous a appelés à son royaume et à sa gloire.

Dans le chapitre précèdent, saint Paul a loué les Thessaloniciens d’avoir reçu la parole de Dieu malgré les tribulations; il les loue ici de n’avoir pas abandonné cette parole de Dieu à raison de ces même tribulations. A ce propos, il fait trois choses : il expose donc premièrement les épreuves par lesquelles ils sont passés; secondement quel remède il y a apporté (3. 1) : Aussi [ne pouvant souffrir plus longtemps,] etc. ; troisièmement, quel a été le motif (3. 8) : Car nous vivons maintenant, etc. Or, comme il a dit plus haut qu’on publiait partout qu’il venait au milieu d’eux pour les convertir, il traite d’abord de son arrivée, et ensuite leur conversion (Verset 13) : C’est aussi pourquoi nous rendons de continuelles actions de grâces, etc. Dans la première partie, il montre d’abord la fermeté avec laquelle il s’est conduit avant d’arriver chez eux ; ensuite la pureté de la doctrine par laquelle il les a convertis (Verset 3) : Car nous ne vous avons point prêché une doctrine, etc., enfin la sincérité de sa conduite, lorsqu’ils eurent été convertis (Verset 5) : Car nous avons usé, etc.

La première partie se subdivise. L’Apôtre rapporte en premier lieu les tribulations qu’il a eu à supporter avant de venir chez eux ; en second lieu comment ces tribulations ne lui ont rien fait perdre de sa confiance (Verset 2) : Nous confiant à notre Dieu, etc.

I. Il dit donc: Ce qui est digne de remarque dans notre arrivée parmi vous, c’est (Verset 1), comme vous le savez vous-même, que cette arrivée n’a pas été vaine, etc. et sans fruit, c’est-à-dire, elle n’a point été facile, mais pleine de difficultés, car elle n’a pas pu avoir lieu qu’à travers de nombreuses tribulations. Ou encore : elle n’a pas été vaine, c’est-à-dire, sans fruit, mais suivie de bons effets ; (Gen: 1. 2) : « La terre était uniforme et toute nue, etc. » ou bien : elle n’a pas été vaine, c’est-à-dire passagère, mais stable ; (Philip: 2. 16) : « Je n’ai pas couru ni travaillé en vain » (Verset 2). Mais auparavant nous avons eu à supporter des souffrances corporelles ; (Prov: 19. 11) : « La doctrine d’un homme se connaît par sa patience » ; (Ps: 91. 15) : « Ils serons remplis de patience pour annoncer… » En outre des souffrances spirituelles, car l’Apôtre et son compagnon furent accablés d’outrages à Philippes, pour avoir guéri la pythonisse. Philippes était une ville de Macédoine.

II. Et toutefois sa constance à prêcher l’Évangile n’en fut point affaiblie ; (Isaïe: 12. 2) : «Je sais que mon Dieu est mon sauveur, j’agirai avec confiance et je ne craindrai pas ». L’effet de cette confiance fut (Verset 2) : de vous prêcher hardiment l’Évangile de Dieu parmi beaucoup de combat, afin de procurer votre conversion ; (Rom: 12. 8) : «Que celui qui est chargé de la conduite de ses frères le fasse avec sollicitude »; (2 Corint: 11. 28) : « outre ces maux extérieurs, le soin que j’ai de toutes les Églises attire sur moi une foule d’affaires.

II° Quand saint Paul ajoute (Verset 3) : Car nous ne vous avons point prêché, etc. il montre la pureté de la doctrine qu’il a prêchée. Premièrement il prouve que sa doctrine est sincère; secondement, il indique certains points de son enseignement (Verset 4) : Non pour plaire aux hommes, etc.

I. Sur le premier de ces point, il condamne d’abord la doctrine corrompue ; ensuite il montre la pureté de la sienne (Verset 4) : Mais comme Dieu nous a choisis, etc.

Or, la doctrine peut être altérée, ou en raison de ce que l’on enseigne, ou par l’intention de celui qui l’enseigne. Sous le premier rapport, on peut corrompre la doctrine de deux manières, à savoir, par l’erreur, en enseignant, par exemple, qu’on obtient le salut par Jésus-Christ conjointement avec les observances légales (2 Timoth: 3. 13) : «Les hommes méchants et les imposteurs se fortifieront de plus en plus dans le mal, étant dans l’erreur, et y faisant tomber les autres ». C’est ce qui fait dire à saint Paul (Verset 3) : Car nous ne vous avons point prêché, comme certains autres, une doctrine d’erreur. On peut encore corrompre la doctrine, par l’impureté, comme le font ceux qui disent qu’il faut s’abandonner aux voluptés. Cette doctrine fut celle d'un certain Nicolas[1], qui autorise la promiscuité dans le mariage, et permet d’abandonner à d’autres sa propre épouse.

C’est ce qui faisait dire à saint Paul (Verset 3) : ou d’impureté ; (Apoc: 2. 20) : «Vous souffrez que Jézabel, cette femme qui se dit prophétesse, enseigne et séduise mes serviteurs, pour les faire tomber dans l’impudicité et les faire manger de ce qui est sacrifié aux idoles, etc. ».; (Job: 6. 30) : «Vous ne trouverez point d’iniquité sur ma langue ». Nous ne vous avons pas non plus prêché (Verset 3), avec le dessin de vous tromper, comme font certains prédicateurs, qui, bien qu’ils disent la vérité, ont cependant une intention perverse, parce qu’ils ne se proposent ni le progrès de leurs auditeurs, ni la gloire de Dieu, mais leur propre gloire. C’est contre ce désordre que saint Paul dit (Verset 3) : Nous n’avons pas eu non plus dessein de vous tromper; (Jérémie: 9. 8) : «Leur langue est comme une flèche qui perce, elle ne parle que pour tromper, etc. »

La prédication de l’Apôtre n’est donc point corrompue; elle est sincère. Or, être sincère, c’est conserver sa nature. La prédication est donc sincère quand l’enseignement se fait dans les termes, et selon la fin que Jésus-Christ a lui-même voulus. C’est pourquoi l’Apôtre dit (Verset 4) : Mais comme Dieu nous a choisis, etc., c’est-à-dire, c’est de la manière et selon l’intention qu’avait Dieu en nous choisissant et en nous approuvant pour prêcher l’Évangile, que nous parlons ; (Galat: 2. 7) : «La charge de prêcher l’Évangile aux incirconcis m’a été donnée, comme à Pierre celle de prêcher aux circoncis». (Act: 9. 15) : «Cet homme est un instrument que j’ai choisi pour porter mon nom devant les gentils, devant les rois, et devant les enfants d’Israël».

II. En disant (Verset 4) : Non pour plaire aux hommes, etc., saint Paul montre que dans sa prédication, il n’a pas eu dessin de tromper, d’abord en condamnant ce qui pourrait la faire paraître telle; ensuite en donnant une preuve de sa sincérité (Verset 5) : Car nous n’avons usé d’aucune [parole de flatterie]; enfin en rappelant le motif de cette prédication (Verset 5) : Et notre ministère n’a pas servi d’occasion, etc.

Sur le premier de ces points, il dit : ma prédication n’a pas pour but final de plaire aux hommes ; (Ps. LII. V,6) : «Dieu a brisé les os de ceux qui veulent plaire aux hommes»; (Galat: I, 10) : «Si je voulais encore plaire aux hommes, je ne serais pas serviteur de Jésus-Christ». Quelquefois cependant, les prédicateurs doivent désirer de plaire aux hommes, pour la gloire de Dieu, afin que la prédication porte plus de fruits, ainsi qu’il est dit (1 Corint, X, 33) : «comme je tâche moi-même de plaire à tous en toutes choses, etc.»; (Verset 4) : [Mais je me propose de plaire] à Dieu ; (Prov. XVI, 2) : «Toutes les voies de l’homme sont exposées à ses yeux».

La preuve de ce que j’avance, c’est que nous n’avons flatté qui que ce soit, en disant des choses qui eussent pu plaire ; (Isaïe, XXX, 10) : «Dites-nous des choses qui nous plaisent; prophétisez-nous des illusions, etc. ; (Prov, XXIV, 28) : «Que vos lèvres, par leurs caresses, ne séduisent personne, etc. »

L’Apôtre ajoute encore en preuve le motif de sa prédication. On cherche, en effet, à plaire aux hommes pour deux raisons : pour obtenir leurs bienfaits, ou pour acquérir de la réputation.

1. Saint Paul repousse l’un et l’autre.

A) Le premier d’abord, en disant (Verset 5) : Car nous n'avons usé [d’aucune parole de flatterie, comme vous le savez], etc. Non seulement nous évitons l’adulation, mais encore toute occasion suspecte d’avarice ; (1Timot. 6, 5) : «Ils s’imaginent que la piété doit leur servir de moyen pour s’enrichir » ; (Jérémie 6, 13) : «Depuis le plus petit jusqu’au plus grand tous cherchent à satisfaire leur avarice».

B) Ensuite le second (Verset 6) : Et nous n’avons point aussi recherché aucune gloire, ni de vous, ni d’aucun autre, à raison de notre doctrine, alors même que nous avions une raison de nous glorifier et de recevoir un salaire (Verset 7), et même d’être à charge, parce qu’ils devaient [à Jésus-Christ] de se charger de notre réputation et de notre subsistance, ce qui lui fait dire (Verset 7) : Quand nous pouvions revendiquer, etc. Il dit "charger", par ce que ceux qui prêchaient chez eux pour des fins mauvaises, exigeaient d’eux cette dette jusqu’à l’excès ; (Isaïe III, 14) : «Vous avez mangé tout le fruit de ma vigne, etc. »

2. (Verset 7) Mais nous nous sommes rendus [petits parmi vous], etc. Saint Paul explique ici les deux points qu’il vient d’avancer : et d’abord qu’il ne recherche point la faveur des hommes; ensuite qu’il fuit tout prétexte d’avarice (Verset 9) : Car vous vous souvenez, etc.

A) sur le premier de ces points, il manifeste premièrement son humilité; secondement, il témoigne, par une comparaison, de sa sollicitude (Verset 7) : Comme une nourrice, etc. a) Il marque donc d’abord son humilité, quand il dit (Verset 7) : Mais nous nous sommes rendus petits, c’est-à-dire humbles, parmi vous. (Eccl. 32, 1) : «Vous a-t-on établi pour gouverner les autres, ne vous élevez point; soyez parmi eux comme l’un d’entre eux ». b) C’est ce qu’il fait ressortir par une comparaison en disant (Verset 7) : Comme une nourrice qui se met au niveau de son enfant, balbutie en lui parlant, afin que l’enfant apprenne à parler, et proportionne à son âge jusqu’à ces gestes. (I Corint: IX, 22) : «Je me suis fait tout à tous » (I Corint: III, 1) : «Comme à des petits enfants, en Jésus-Christ, je n’ai pu vous donner que du lait pour vous nourrir, et non pas des viandes solides». (Verset 8) : Ainsi dans l’affection que nous ressentions pour vous, etc. (S. Jean, X, 11) : «Le bon pasteur donne sa vie pour ces brebis, etc.» (Verset 8) : Tant était grand l’amour que nous vous portions, etc. (II Corint: XII, 15) : «Aussi, pour ce qui est de moi, je donnerai très volontiers ce que j’ai, et je me donnerai encore moi-même pour vos âmes, etc.»

B) Quand il dit ensuite (Verset 9) : Car vous vous souvenez, etc. saint Paul développe le second point qu’il avait annoncé plus haut, à savoir (Verset 5) : [notre ministère] n’a point servi de prétexte à notre avarice. Nous n’avons, en effet, rien reçu de vous, car vous vous souvenez de la fatigue, etc. Il en est qui travaillent, il est vrai, mais pour y trouver de la consolation ; pour nous il n’en est pas ainsi, nous n’avons trouvé que de la fatigue. C’est ce qui lui fait dire : Vous vous souvenez du travail, qui n’a pas été un exercice du corps, mais une fatigue (Verset 9) : et de la fatigue [que nous avons supportée]. D’autres travaillent le jour, mais nous la nuit et le jour. Par ces mots, il voulait attaquer les faux apôtres, qui recevaient trop, et ceux d’entre eux qui étaient oisifs ; (I Corint: IV, 12): Nous travaillons avec beaucoup de peine de nos propres mains, etc.

III°. (Verset 10). Vous êtes témoins aussi vous-mêmes, etc. saint Paul rappelle ici la pureté de sa conduite, et d’abord combien elle était sainte sous le rapport de sa vie, ensuite combien elle l’était sous le rapport de la doctrine (Verset 11) : Car vous savez que j’ai agi envers chacun de vous, etc.

I. Il dit donc (Verset 10) : [Vous êtes témoins vous-mêmes, et Dieu l’est aussi], combien a été sainte, c’est-à-dire pure. (Lévit: XI, 44 et XIX, 2) : «Soyez saints parce que je suis saint, moi qui suis le Seigneur votre Dieu ». Et juste, par rapport au prochain ; (Tite, II, 12): Nous devons vivre dans le siècle présent avec tempérance, avec justice et avec piété.

II. Et irréprochable, [la manière dont je me suis conduit] envers vous qui avez embrassé la foi, c’est-à-dire je n’ai rien fait, depuis le moment où vous avez reçu la foi, qui pût donner à qui que ce soit l’occasion de scandaliser en particulier quelqu’un d’entre vous. Remarquez combien la prédication, même d’un seul, a quelquefois de la valeur ; (Verset 11) : [Car vous savez que j’ai agi envers vous] comme un père [envers ses enfants]. (I Corinth: IV, 15): «C’est moi qui vous ai engendrés en Jésus-Christ par l’Évangile ». (Verset 12) : Vous exhortant ; (Philem, 8): «C’est pourquoi, encore que je puisse prendre en Jésus-Christ, une entière liberté de vous ordonner ce qui convient, néanmoins c’est au nom de la charité que j’aime mieux vous en supplier». (Verset 12) : Vous consolant, par des paroles de douceur, à l’opposé de ce qui est dit au prophète Ézéchiel (XXXIV, 4) : «Vous vous contentiez de les dominer avec une rigueur sévère et en affirmant votre puissance ; (Isaïe: LXI, 2) : «Pour consoler ceux qui pleurent, pour avoir soin des enfants de Sion qui sont dans les larmes». Et qu’avez-vous prêché ? (Verset 12) : De [vous conduire] d’une manière digne de Dieu, c’est-à-dire que votre conduite soit telle qu’il convient à des ministres de Jésus-Christ ; (Colos: I, 10) : «Afin que vous vous conduisiez d’une manière digne de Dieu, tâchant de lui plaire en toutes choses». Digne de Dieu, qui, etc. ; (Sag: VI, 21) : «C’est ainsi que le désir de la sagesse conduit au royaume éternel».


[1] Les nicolaïtes soutenaient que pour ne pas irriter les démons, on devait manger des viandes immolées aux idoles. De plus, ils permettaient la prostitution. Les premiers chrétiens avaient une grande aversion pour ces hérétiques qu’ils savaient être odieux à Dieu: Odisti facta Nicolaïtarum quae et ego odi (Apoc: 11. 6). Cette secte adopta les erreurs des gnostiques. Ont-ils pris leur nom du diacre Nicolas ? de graves autorités l’ont dit: S. Irénée, Tertullien, S. Epiphane. Nicolaus unus fuit de septem diaconis. etc. Postea vero in ipsum subiit diabolus, et decepti cor ipsius. Namcum hic haberet uxorem formosam... Clement d’Alexandrie et d’autres auteurs considérables ne le regardent pas comme coupable. Saint et fervent chrétien, disent-ils, l’un des sept premiers diacres, choisi parce qu’il était rempli du Saint Esprit, est-il vraisemblable que Nicolas soit tombé dans des erreurs si monstrueuses ? Des hommes superstitieux, voluptueux, auront voulu descendre d’un homme qui avait vécu avec les apôtres, et pour arriver là, ils auront abusé d’expressions qui présentaient un sens équivoque dans certains discours de ce diacre, ou auront interprété malignement quelques unes de ces actions.



LEÇON II (ch. 2, 13 à 20): La solide foi des Thessaloniciens
SOMMAIRE. - Saint Paul rend grâces à Dieu du courage avec lequel les Thessaloniciens ont gardé la foi, sans se laisser abattre par l’adversité.

13. C’est pourquoi aussi nous rendons à Dieu de continuelles actions de grâces, de ce qu’ayant entendu la parole de Dieu que nous vous prêchions, vous l’avez reçue, non comme la parole des hommes, mais comme étant, ainsi qu’elle l’est véritablement, la parole de Dieu, qui agit en vous, qui êtes fidèles.

14. Car, mes frères, vous êtes devenus les imitateurs des églises de Dieu qui ont embrassé la foi du Christ. Jésus dans la Judée, ayant souffert les mêmes persécutions de la part de vos concitoyens, que ces églises ont souffertes de la part des juifs,

15. Qui ont tué même le seigneur Jésus et ses prophètes, qui vous ont persécutés, qui ne plaisent point à Dieu, et qui sont ennemis de tous les hommes.

16. Qui nous empêchent d’annoncer aux gentils la parole qui les doit sauver, pour combler toujours ainsi la mesure de leurs péchés; car la colère de Dieu est tombée sur eux et y demeurera jusqu’à la fin.

17. Aussi, mes frères, ayant été pour un peu de temps séparés de vous, de corps, non de cœur, nous avons désiré avec d’autant plus d’ardeur et d’empressement de vous revoir.

18. C’est pourquoi nous avons voulu vous allez trouver; et moi Paul, j’en ai eu le dessin plus d’une fois, mais Satan nous en a empêchés.

19. Et certes, quelle est notre espérance, notre joie et la couronne de notre gloire? N’est-ce pas vous qui l’êtes devant notre Seigneur Jésus-Christ pour le jour de son avènement?

20. Car vous êtes notre gloire et notre joie.

L’Apôtre, après avoir montré plus haut quelle a été son arrivée chez les Thessaloniciens, fait ici ressortir ce que fut leur conversions. Deux points : Il établit donc premièrement que leur conversion a été parfaite, à raison de la fermeté de leur foi ; secondement, qu’ils ont persévéré avec courage au milieu des tribulations (Verset 14) : Car vous êtes devenus les imitateurs, etc.

. Il énumère d’abord leurs bonnes oeuvres, pour lesquelles il rend grâces ; ensuite il donne le motif de son action de grâce ;

I. il dit donc : Par la raison même que je vous ai annoncé l’Évangile avec sollicitude, comme un père à ses enfants, je rends grâce du bien que vous avez accompli, comme un père le fait aussi du bien accompli par ses enfants. (III S. Jean: 4) : «Je n’ai point de plus grande joie que d’apprendre que mes enfants marchent dans la vérité ». (Phil: IV, 6) : «Par des prières accompagnées d’actions de grâces». Or, quels sont ces biens ? (Verset 13) : C’est pourquoi [nous rendons à Dieu de continuelles actions de grâces], de ce qu’ayant reçu de nous [la parole de Dieu], etc. Celui qui prêche doit donc rendre grâces quand sa parole fructifie dans le cœur de ses auditeurs. L’Apôtre dit : La parole de Dieu que vous avez ouïe de nous, c’est-à-dire par notre ministère. (Ps. XXXIV, 9) : «J’écouterai ce que le seigneur mon Dieu me dira au-dedans de moi». (Rom: X, 17) : « La foi vient donc de ce qu’on a entendu, et on a entendu parce que la parole de Dieu a été prêchée ». (Verset 13) : Vous l’avez reçue cette parole, c’est-à-dire, vous l’avez gardée avec courage dans vos cœurs, non comme la parole des hommes, car les paroles des hommes sont vaines. (II Corinth: XIII, 3) : « Est-ce que vous voulez faire l’expérience de la puissance de Jésus-Christ qui parle par ma bouche ? » ; (II Pierre: I, 21) : « Ce n’a point été par la volonté des hommes que les prophéties nous ont été anciennement apportées ; mais c’est par le mouvement du Saint Esprit que les saints hommes de Dieu ont parlé ».

II. Et pourquoi rendez-vous grâces ? Parce que cette disposition même qui vous fait croire, c’est Dieu qui la produite en vous ; (Philip: II, 13) : « Car c’est Dieu qui opère en vous le vouloir et le faire, selon qu’il lui plaît » ; (Isaïe: XXVI, 12) : « C’est vous qui avez fait en nous toutes nos œuvres, Seigneur ».

II°. Quand saint Paul ajoute (Verset 14) : Car, vous êtes devenus [les imitateurs des églises de Dieu], il rappelle comment ils ont persévéré avec courage, malgré les tribulations. D’abord il énumère les tribulations dans lesquelles ils ont fait preuve de courage; ensuite quel remède il s’est proposé d’y apporter (Verset 17) : Aussi, ayant été [pour un peu de temps séparé de vous], etc.

I. La première partie se subdivise, car l’Apôtre commence par rappeler leur patience dans les épreuves ; en second lieu, il s’en prend à ceux qui ont amené ces épreuves (Verset 15) ; Qui ont tué même le seigneur Jésus, etc.

Il dit donc : Vous avez reçu la parole, non comme étant la parole des hommes, mais comme étant, ainsi qu’elle l’est véritablement, la parole de Dieu, car pour elle, vous vous êtes exposés à la mort. Quand, en effet, un homme meurt pour Jésus-Christ, il rend témoignage que les paroles de la foi, sont les paroles de Dieu. Aussi martyr est-il synonyme de témoin ; en Judée, car c’est là que la foi de Jésus-Christ a été d’abord annoncée. (Isaïe: II, 3) : « La loi sortira de Sion, et la parole du Seigneur de Jérusalem ». C’est là aussi qu’eut lieu la première persécution contre la foi. (Act: VIII, 1) : « Il s’éleva en ce temps-là une grande persécution contre l’église de Jérusalem, etc. » (Hebr: X, 32) : « Rappelez en votre mémoire ces premiers temps durant lesquels, après avoir été illuminés [par le baptême], vous avez soutenu de grands combats et de grandes persécutions ». Or, les fidèles de Thessalonique ont supporté des souffrances semblables, et voilà pourquoi l’Apôtre dit (Verset 14) : Ayant souffert les mêmes persécutions de la part de vos concitoyens, c’est-à-dire de la part des infidèles qui étaient à Thessalonique. (Matthieu X, 36) : « Et l’homme aura pour ennemis [ceux de sa propre maison] ».

En disant (Verset 15) : Qui ont tué même le seigneur Jésus, saint Paul jette le blâme aux Juifs, par qui a commencé la persécution. Premièrement il rappelle leur faute ; secondement, il explique pour quelle raison ils l’ont commise (Verset 16) : Pour combler ainsi toujours la mesure de leurs péchés.

1. Dans le premier point, il considère leur crime par rapport aux ministres de Dieu, dans le second par rapport à Dieu lui-même, dans le troisième par rapport à tout le genre humain.

A) Les ministres de Dieu sont les prédicateurs. Or, la prédication vient principalement de Jésus-Christ ; les prophètes l’ont figurée, les apôtres l’ont exécutée. Les juifs se sont élevés contre les trois. a) D’abord à l’égard de Jésus-Christ (Verset 15) : Qui ont tué même le seigneur Jésus. (S. Matthieu XXI, 38) : « Voici l’héritier, venez, tuons-le ». Il n’y a pas de contradiction, même si ce sont les Gentils qui ont mis à mort le Sauveur, car les Juifs demandèrent eux-mêmes à Pilate, par leurs clameurs, la condamnation de Jésus ; (Jérém: XII, 8) : « La terre que j’avais choisie pour mon héritage est devenue à mon égard comme un lion de la forêt; elle a jeté à grands cris contre moi, etc. ». b) secondement, à l’égard des prophètes (Verset 15) : et les prophètes (Act : VII, 52) : « Quel est le prophète que vos pères n’ont pas persécuté ? Ils ont même tué ceux qui prédisaient l’avènement du Juste que vous venez de trahir, et dont vous avez été les meurtriers ». c) En troisième lieu à l’égard des apôtres (Verset 15) : Qui nous ont persécutés nous-mêmes, à savoir, nous apôtres ; (S. Matthieu X, 17) : « Ils vous feront comparaître dans leurs assemblées, etc.

B) L’Apôtre considère ensuite leur crime par rapport à Dieu lui-même (Verset 15) : Qui ne plaisent point à Dieu, bien qu’en se conduisant de la sorte, ils s’imaginent le servir. (S. Jean: XVI, 2). Mais parce que leur zèle pour Dieu n’est pas selon la science, ils ne plaisent point à Dieu, car ils n’agissent pas avec la droiture de la foi.. Or, « sans la foi il est impossible de plaire à Dieu » (Hebr: XI, 6) ; (Isaïe: V, 25) : « C’est pour cela que la fureur du Seigneur s’est allumée contre son peuple, etc. ».

C) Troisièmement, saint Paul considère leur crime par rapport à tout le genre humain, quand il dit (Verset 15) : Et ils sont ennemis de tous les hommes. (Gen: XVI, 12) : « Il lèvera la main contre tous, etc. ». Or, ils sont ennemis de tous les hommes, parce qu’ils interdisent et empêchent la prédication parmi les Gentils, et par suite leur conversion ; (Act: XI, 2) : Pierre est repris, parce qu’il est allé trouver Corneille; de même (S. Luc: XV, 28) : Le fils aîné, c’est-à-dire le peuple juif, s’indigne de ce que le plus jeune fils, c’est-à-dire le peuple des Gentils est reçu par son père. (Isaïe, XLV, 10) : « Malheur à celui qui dit à son père : pourquoi avez-vous engendré ? » ; (Nomb: XI, 29) : « Plût à Dieu que tout le monde prophétisât ! »

2. Ce qui explique le crime des Juifs, c’est la permission de Dieu, qui veut qu’ils comblent ainsi la mesure de leurs péchés. Il y a, en effet, à tout ce qui se fait, soit en bien, soit en mal, une certaine mesure déterminée, car rien n'est infini. Or, la mesure de toutes ces choses se trouve dans la prescience divine. La mesure du bien est dans sa préparation ; (Eph: IV, 7) : « La grâce a été donnée à chacun de nous, selon la mesure du don de Jésus-Christ ». La mesure du mal dans la permission de Dieu, car si quelques hommes sont méchants, ils ne le sont pas cependant autant qu’ils le veulent, mais autant que Dieu le permet, et par suite, ils vivent jusqu’à ce qu’ils parviennent au terme que Dieu veut bien leur accorder ; (Matthieu XXIII, 32) : « Achevez de combler la mesure de vos pères ». C’est ce qui fait dire à saint Paul (Verset 16) : Afin de combler ainsi [la mesure de leurs péchés], etc. En effet, Dieu a laissé aux Juifs, après la mort de Jésus-Christ, un espace de quarante années pour faire pénitence; et ils ne se sont point convertis, mais ils ont ajouté péché sur péché; c’est pourquoi le Seigneur n’a pas permis davantage. Aussi saint Paul dit-il (Verset 16) : Car la colère de Dieu est tombée sur eux, etc. ; (II Roi: XXII, 13): Car grande est la colère de Dieu qui s’est embrasée contre nous, parce que nos pères n’ont point écouté les paroles de ce livre, etc. » (S. Luc: XXI, 23) : « Ce pays sera accablé de maux, et la colère du ciel tombera sur ce peuple, etc. » Ne croyez point que cette colère doive durer cent années seulement, elle sera sur le peuple juif (Verset 16) : jusqu’à la fin du monde, jusqu’à l’époque où la plénitude des nations sera entrée dans l’Église. (S. Luc: XIX, 44 et XXI, 6, S. Matthieu XXIV, 2) : «[Je vous le dis en vérité], ils seront tellement détruits, qu’il n’y demeurera pas pierre sur pierre, etc. »

II. (Verset 17) : Aussi, mes frères, ayant été [pour un peu de temps privé de vous], etc.; saint Paul indique ici le remède qu’il se propose d’apporter à ces épreuves, savoir, de se rendre en personne auprès d’eux. Il déclare donc d’abord qu’il se propose d’aller les visiter; ensuite il indique ce qui l’a empêché de partir (Verset 18) : Mais Satan nous a empêché; enfin, il donne le motif pour lequel il voulait se rendre près d’eux (Verset 19) : Car quelle est notre espérance, etc.

Il dit donc (Verset 17): Aussi, mes Frères, ayant été privés de vous, etc. dont nous étions séparés, ou bien à cause de vos tribulations ; sans paroles de votre part, c’est-à-dire ne pouvant vous entretenir ; sans jouir de votre présence, c’est-à-dire privés de vous voir - la présence d’un ami est nécessaire, pour ces deux motifs, car elle procure de la consolation - mais nullement séparés de cœur, puisque par le cœur nous sommes toujours présents ; (I Corint: V, 3) : « Pour moi, étant, à la vérité absent de corps, mais présent d’esprit », (Verset 17) : Nous avons désiré avec d’autant plus d’empressement vous revoir, etc. afin d’être présents de corps, comme nous l’étions de cœur; (Rom: XV, 23) : « Désirant depuis plusieurs années allez vous voir ». Nous avons désiré, au pluriel, parce qu’il écrit au nom de trois personnes, à savoir lui-même, Sylvain et Timothée. Nous avons donc pour ces motifs voulu venir vous voir (Verset 18) : Vous allez vous trouver tous peut-être au moins une fois, mais moi Paul, j’en ai eu le dessein plus d’une fois, c’est-à-dire, je me l’étais proposé à deux reprises.

* Le texte de la bible dit: Ad tempus horae. Le temps d’une heure, un temps court.

(Verset 18) : Mais Satan nous en a empêchés, c’est-à-dire a suscité des obstacles, peut-être par quelques tempêtes dans l’air ; (Apoc: VII, 1) : « Ce sont ces anges qui retiennent les vents ».

Quand l’Apôtre dit (Verset 19) : Car quelle est notre espérance, etc., il donne le motif de sa résolution. D’abord quant à l’avenir, ensuite quant au présent (Verset 20) : Car vous êtes notre gloire, etc.

A) Il dit donc : J’ai le désir de vous voir et je rends grâces des biens que vous avez reçus, lesquels sont notre espérance. Car nous espérons, à cause de ces biens, recevoir notre récompense du Seigneur, quand il viendra rendre à chacun selon ses oeuvres. La plus grande récompense de celui qui prêche vient, en effet, de ceux qu’il a convertis (Verset 19) : Quelle est notre joie ? car leur joie est la joie de l’apôtre, comme leur bien est son bien, attendu que le bien qui se trouve dans l’effet, remonte au bien de la cause. (Verset 19) : Quelle est aussi la couronne de notre gloire ? Car lui qui les a déterminés à combattre, a sa part de récompense pour leurs combats, attendu que le chef qui conduit les soldats au combat, a aussi sa récompense ; (Eccl: XXX, 2) : « Celui qui instruit son fils, y trouvera sa joie, et il se glorifiera parmi ses proches ». Cette espérance, dis-je, quelle est-elle ? N’est-ce pas vous-mêmes ? Bien plus, il en sera ainsi dans l’avenir, devant notre Seigneur Jésus-Christ au jour de son avènement.

B) (Verset 20): Car vous êtes, devant tous les fidèles, notre gloire ; (I Corinth: IX, 15) : « J’aimerais mieux mourir, que de souffrir que quelqu’un me fit perdre cette gloire » ; (Verset 20) : et notre joie, car je me réjouis dès le moment présent, du bien qui est en vous.


suivant