6. Enseignant ceci aux frères, vous serez un bon ministre du Christ, vous nourrissant des paroles de la foi et de la bonne doctrine que vous avez apprise.
7. Fuyez les fables impertinentes et puériles, et exercez-vous à la piété.
8. Car les exercices corporels servent à peu de chose; mais la piété est utile à tout, et c’est à elle que les biens de la vie présente et ceux de la vie future ont été promis.
9. Ce que je vous dis est une vérité certaine, et digne d’être reçue avec une entière soumission.
10. Car ce qui nous porte à souffrir tous les maux et toutes les malédictions dont on nous charge, c’est que nous espérons au Dieu vivant, qui est le sauveur de tous les hommes et principalement des fidèles.
I° L’Apôtre après avoir réprouvé, dans ce qui vient d’être dit, toute abstinence superstitieuse des aliments, recommande ici à Timothée d’enseigner aux fidèles la doctrine qui a été exposée. Il rappelle d’abord ce qu’il doit enseigner; ensuite ce qu’il doit éviter (verset 7) : "Fuyez les fables impertinentes."
I. Il lui propose donc deux raisons qui l’obligent à enseigner ce qui a été expliqué. La première est la charge qui lui est confiée; la seconde, son éducation.
1° Il dit donc : "Ces enseignements" que je vous ai donnés plus haut, à savoir, que « tout ce que Dieu a créé est bon », et qu’ on « ne doit rien rejeter, etc. » (verset 6) : "en les proposant, etc. " Timothée avait, en effet, reçu l’office de ministre de Jésus-Christ parce que tous ceux qui sont chargés d’annoncer l'Evangile et de conduire les fidèles, sont par là établis ministres de Jésus-Christ ; (1 Co IV, 1) : "Que les hommes nous considèrent comme les ministres de Jésus-Christ, etc." Or, un bon ministre suit l’intention de son maître; et c’est là ce que Jésus-Christ a enseigné : (Mt XV, 11) : "Rien de ce qui entre dans la bouche ne souille l’homme." Le ministère qui vous a été confié exige donc que vous enseigniez la même doctrine. Votre éducation l’exige aussi ; (Prov., XXII, 6) : "Le jeune homme suit sa première voie; dans sa vieillesse même il ne la quittera pas." II est inconvenant, en effet, qu’après avoir été nourri de la vérité d’une doctrine, on s’en écarte ensuite. Celui qui le fait et s’écarte de celle dont l’Eglise nourrit ses enfants, n’est plus un bon ministre de Jésus-Christ. C’est ce qui fait dire à Paul (verset 6) : "Nourri vous-même des paroles de la foi, etc." Car la parole de Dieu est comme un aliment spirituel qui sustente l’âme, ainsi que la nourriture soutient le corps ; (Mt IV, 4) : "L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu." Or, cette parole de la foi instruit d’abord de ce qu’il faut croire; c’est pourquoi l’Apôtre dit (verset 6) : "Nourri des paroles de la foi" ; ensuite de ce qu’il faut faire, et il ajoute : (verset 6) : "Et de la bonne doctrine [que vous avez apprise]." Ou bien encore "la parole de la foi" que les simples eux-mêmes possèdent, et "la bonne doctrine", réservée aux maîtres spirituels.
II. Quand Paul dit (verset 7) : "[Fuyez les fables] impertinentes et puériles," il enseigne ce qu’il faut éviter, car les fables sont impertinentes et vaines. La fable, suivant le philosophe, est un composé de récits merveilleux. A l’origine, remarque le même philosophe dans sa « Poétique », les fables furent imaginées dans l’intention de porter les hommes à acquérir la vertu et à éviter le vice, car les âmes simples se laissent plus facilement déterminer par ce qui parle à leurs sens que par les raisons. Aussi prend-on plaisir au merveilleux, quand il est bien représenté, parce que la raison se laisse charmer par les comparaisons. Et de même que la représentation est plaisante quand elle porte sur des faits, on la goûte aussi quand elle porte sur des paroles. Telle est donc la fable, un récit qui représente une action, et par là conduit à vouloir quelque chose. L’antiquité avait des fables accommodées à quelque vérité, qu’ils cachaient ainsi sous la fiction. La fable contient donc deux choses : un sens vrai, et la représentation d’une chose utile, en rapport avec la vérité qu’elle renferme. Si donc on propose une fable qui ne puisse représenter aucune vérité, elle est vaine; celle qui ne la représente pas avec justesse, est impertinente. Telles sont les fables du Talmud.
II° Quand l’Apôtre ajoute (verset 7) : "Et exercez-vous, etc." après avoir condamné l’abstinence superstitieuse, il compare l’abstinence véritable et méritoire aux autres vertus. Il faut ici savoir que Timothée était un homme d’une grande mortification. C’est ainsi que l’Apôtre (ci-après, V, 23) dit à son disciple : "Qu’il doit user d’un peu de vin", peut-être lui fait-il cette recommandation afin qu’il n’oublie pas les devoirs de la miséricorde, car ceux qui sont durs pour eux-mêmes, le sont souvent envers les autres. Paul engage donc Timothée à préférer sa piété à l’abstinence. Premièrement, il l’exhorte à la piété; secondement, il élève la piété au-dessus de l’abstinence (verset 8) : "Par les exercices corporels, etc." ; troisièmement, il confirme ce qu’il vient de dire (verset 8) : "Elle est la promesse, etc." ; quatrièmement, il indique la manière de porter les fidèles à la piété (verset 11) : "Annoncez ces choses, etc."
I. Il dit donc (verset 7) : "Exercez-vous donc à la piété." Cette vertu consiste à rendre à ses parents et à sa patrie les devoirs de bienveillance, comme la religion consiste à rendre à Dieu le culte qui lui est dû. Car la piété suppose un sentiment d’affection pour son principe; or le principe de la génération, c’est le père et la patrie; l’homme est donc tenu à un sentiment de bienveillance à leur égard. Mais le père de tous les êtres, c’est Dieu. (Malachie I, 6) : "Si donc je suis votre Père, où est l’honneur que vous me rendez ?" De là, dit Augustin, le nom de piété, de son sens général, a été appliqué au culte de Dieu (« de Civitate Dei », lib. IV); de là encore l’Eusebie (bonne vénération) a la même signification que piété ; (Job., XXVIII, 28) : "La piété c’est la sagesse même" suivant une autre version, là où la nôtre dit : "La sagesse, c’est la crainte du Seigneur" ; (Tite I, 1) : "Dans la connaissance de la vérité, qui est selon la piété." Quand on restreint la piété aux affections terrestres, elle suppose la bienveillance de l’homme à l’égard de ses compatriotes, mais la piété chrétienne exige que ce sentiment s’étende à tous les hommes, car nous sommes tous de la même patrie. Voilà pourquoi la piété est prise pour la miséricorde. Quand donc l’Apôtre dit : "Exercez-vous à la piété," on peut l’entendre du culte de Dieu et des oeuvres de miséricorde que nous avons à pratiquer. S’exercer à la piété, dit la Glose, c’est s’exercer au culte du Dieu Tout-puissant et aux oeuvres de miséricorde. Paul dit : "Exercez-vous," et non pas « pratiquez », parce que l’exercice indique la promptitude, dans ce sens que celui qui est exercé s’acquitte avec plus de plaisir, avec moins de peine et avec une persévérance plus soutenue [que tout autre]. (Proverbes XXIV, 27) : "Remuez votre champ avec grand soin."
II. En ajoutant (verset 8) : "Car les exercices corporels servent à peu de chose," l’Apôtre élève la piété au-dessus de l’abstinence. Et d’abord il explique à quoi peuvent servir les exercices corporels; en second lieu, à quoi peut-être utile la piété (verset 8) : "Mais la piété [est utile à tout]."
1° Les exercices corporels du jeûne, ou tout autre semblable, de par leur nature, ne sont pas bons, mais ordonnés par pénitence. Si l’homme n’eût pas péché, aucune pénitence n’eût été ordonnée; ces exercices corporels sont des peines médicinales. Car de même que la rhubarbe est bonne, parce qu’elle sert à se débarrasser d’un surcroît d’humeurs, ainsi en est-il de ces pratiques, en tant qu’elles compriment les convoitises; leur usage est donc restreint à ce genre d’effet. (I Corinth. IX, 27) : "Je traite rudement mon corps et je le réduis en servitude, etc." ; (Coloss., III, 5) : "Faites donc mourir les membres de l’homme terrestre qui est en vous". Si l’homme était dans une situation où il ne pourrait pécher, il n’aurait besoin ni du jeûne, ni d’aucune pratique semblable. C’est ce qui a fait dire à Jean Chrysostome, sur ce passage du ch. XVI, 13, de Matthieu : "Jésus est venu, etc." « Jean, qui n’était qu’un homme, avait besoin du jeûne comme remède, mais Jésus-Christ était Dieu, et non pas homme seulement; il n’avait donc pas besoin de remède ». Concluons que l’utilité de l’abstinence est restreinte puisqu’elle ne sert que comme remède contre le péché de la chair, et non contre les vices spirituels. Car à cause de l’abstinence même, on tombe quelquefois dans la colère, dans la vaine gloire ou dans d’autres péchés de ce genre.
2° Quand Paul dit ensuite (verset 8) : "Mais la piété [est utile à tout]," il élève la piété au-dessus de l’abstinence. Il prend le terme de piété dans ses deux sens, à savoir pour le culte de Dieu et pour la miséricorde (verset 8) : "La piété, dit-il, est utile à tout," car elle peut servir à la destruction de tous leurs péchés ; (Ecclésiastique, III, 33) : "L’eau éteint le feu, lorsqu’il est le plus ardent, et l’aumône résiste au péché", et donc à augmenter le bien ; (Ecclésiastique, XVII, 18) : "L’aumône devant Dieu est comme un sceau, etc." La piété mérite aussi spécialement la miséricorde de Dieu. (Mt V, 7) : "Bienheureux ceux qui sont miséricordieux, ils obtiendront eux-mêmes miséricorde," Pour en donner une marque, le Seigneur (Mt XXV, 35-45) désigne nommément les oeuvres de miséricorde.
III. L’Apôtre prouve ce qu’il vient d’avancer, quand il dit (verset 8) : "à elle qu’ont été promis, etc." Parmi les principes du Décalogue, en effet, nous n’en trouvons qu’un seul qui appartienne à la piété, c’est celui d’honorer son père et sa mère. Et dans ce précepte sont renfermés tous les autres qui ont rapport au bien qu’on doit faire au prochain. Or, ce précepte aussi, parmi tous les autres qui concernent le prochain, "a sa promesse" spéciale, "afin que vous viviez longtemps, etc." (Ex XX, 12). Or, l’Apôtre interprète ici cette expression "viviez longtemps" en fonction de la vie présente et de la vie future. C’est pourquoi il dit (verset 8) : "[C’est à elle que les biens] de la vie présente et ceux de la vie future [ont été promis]." (Prov. III, 16) : "Elle a (la sagesse) la longueur des jours dans sa droite."
On fait ici une difficulté. On rencontre certaines personnes qui pratiquent la piété, et qui néanmoins n’obtiennent pas une longue vie. Nous répondons comme l’a dit le philosophe, les biens du temps ne sont des biens qu’autant qu’ils sont utiles à la félicité. Si donc il arrivait que quelqu’un possédât ces biens temporels en si grande quantité qu’ils devinssent par eux-mêmes un empêchement au bien de la vertu et de la félicité, ces biens ne seraient plus pour lui une bonne fortune, mais une mauvaise (livre X de « l’Ethique »); or la longueur de la vie est un de ces biens temporels. C’est un bien seulement autant qu’il peut aider à la vertu. Quelquefois aussi c’est une occasion de péché; et Dieu, pour ce motif, la retire à l’homme, non pas qu’il revienne sur ses promesses, mais parce qu’il donne ce qui est meilleur ; (Sagesse IV, 11) : "Dieu l’a enlevé de peur que son esprit ne fût corrompu par la malice."
On fait une autre difficulté, Paul donne à la piété la préférence sur les exercices corporels, parce qu’elle a l’espérance de la vie présente et de la vie future. Les exercices corporels n’auraient ils donc aucune espérance ? S’il en était ainsi, celui qui jeûne ne mériterait pas la vie éternelle. Nous répondons que quand, de deux vertus, l’une contient l’autre, ce qui appartient à la vertu de l’ordre le plus élevé, par sa propre nature, appartient par accident à la vertu du degré inférieur. Or la vertu qui, de sa nature, permet de mériter la Vie éternelle, c’est la charité dont la piété est l’effet propre et immédiat. La piété permet donc, en raison de son caractère spécial, d’atteindre la récompense éternelle. Mais il n’en est pas ainsi de l’abstinence à moins qu’elle ne soit en rapport avec la charité et la piété; si, en effet, celui qui jeûne ne rapporte pas ce jeûne à l’amour de Dieu, il ne mérite pas la vie éternelle.
Troisième difficulté. Ambroise cité par la Glose, dit sur ce passage : Toute la discipline chrétienne se résume dans la miséricorde et dans la piété, et celui qui pratique ces deux vertus, éprouvât-il quelque faiblesse dans sa chair, sera châtié, mais il ne périra pas. La première partie de la difficulté porte sur le commencement de la citation de saint Ambroise, car la miséricorde et la piété se rapportent immédiatement à la charité, dans laquelle vient se résumer la religion chrétienne. Nous répondons que dans l’opinion de quelques Pères, comme saint Augustin le remarque (livre X de « la Cité de Dieu »), ceux qui pratiquent les oeuvres de la piété, quelques graves que soient les péchés de la chair qu’ils puissent commettre, finalement ne périront pas pour l’éternité. Et la preuve, c’est d’abord l’autorité que nous avons citée, et ensuite ce qu’on lit en Matthieu (XXV, 41) : le Sauveur ne reproche aux réprouvés que d’avoir manqué de miséricorde. La peine éternelle n’est donc encourue que par ceux qui n’auront pas été miséricordieux. Augustin enseigne le contraire, se fondant sur ce que dit l’Apôtre que "ceux qui se rendent coupables de ces crimes, [ne posséderont pas] le royaume de Dieu." Quelles que soient, en effet, les oeuvres de miséricorde qu’on ait pratiquées, si au moment; de la mort on est en état de péché mortel, on n’entrera pas dans le royaume des cieux. On objecte dans un sens opposé, que celui-là n’est pas miséricordieux qui ne l’est pas envers lui-même, suivant cette parole (Ecclésiastique, XXX, 24) : "Ayez pitié de votre âme en vous rendant agréable à Dieu." Mais on ne peut suivre ce conseil qu’autant que l’homme est uni à Dieu par la charité, autrement il n’est pas miséricordieux. Au passage tiré de l’Evangile, Augustin répond que celui qui pèche n’est pas aussitôt précipité dans l’enfer, puisqu’il lui reste l’occasion de faire pénitence. Celui-là seul y est précipité, qui meurt finalement dans l’état de péché; or la pénitence appartient à la miséricorde.
Cependant; que dit Amboise ? "S’il ressent quelque faiblesse dans la chair, etc." Il faut répondre qu’il parle d’une faiblesse qui a le caractère de péché mortel. Quand il dit : "Il ne périra pas," il admet que ce ne sera pas par suite d’un mérite tout à fait digne, mais par un mérite de congruité, en tant que l’âme est disposée au bien. C’est ainsi que le Seigneur restaure l’homme après sa chute. Mais on remarque surtout cet effet dans la piété, car l'homme, en faisant du bien aux autres, les engage à prier pour lui; or le Seigneur accorde quelquefois aux prières des saints le pardon des pécheurs, en ce sens qu’ils obtiennent pour eux la rémission de leurs péchés, et le don de la grâce; car on peut mériter pour un autre, d’un mérite de congruité, la première grâce. Autrement ce serait en vain que l’Eglise prierait pour les pécheurs.
IV. Quand l’Apôtre dit enfin (verset 9) : "[Ce que je vous dis] est une vérité certaine," il montre que la vie future nous est promise. La première preuve est déduite des oeuvres des saints; la seconde de leur espérance (verset 10) : "C’est que nous espérons [au Dieu vivant]" ; la troisième de la bonté de Dieu (verset 10) : "Qui est le Sauveur, etc."
1° Il dit donc (verset 9) : "Ce que je vous dis," à savoir, que la piété a ses promesses, "est une vérité certaine". Nous l’avons expliqué plus haut. Mais quelle en est la preuve ? C’est que (verset 10) : "C’est pour cela," c’est-à-dire pour obtenir la vie éternelle, "que nous supportons toutes les fatigues." (2 Tm II, 6) : "Un laboureur qui a travaillé, doit avoir la première part dans la récolte des fruits." C’est aussi pour cela que nous faisons du bien, quoi que nous ayons à supporter du mal, ce qui fait dire à Paul (verset 10) : "Tandis que nous bénissons, on nous rend des malédictions." (Jacques I, 4) : "La patience doit être accompagnée d’œuvres parfaites" ; et (Rm V, 3) : "L’épreuve engendre la patience, etc."
2° Nous acceptons tout, à cause de l’espérance de la vie (verset 10) : "parce que nous espérons dans le Dieu vivant," qui est le Sauveur de la vie présente et de la vie future.
3° Nous l’espérons aussi de l’office même de Dieu, à qui il appartient de sauver ; (Isaïe, XLIII, 11) : "Hors moi, il n’y a pas de sauveur." Car c’est pour cette fin que Dieu s’est fait homme, et qu’il a reçu le nom de Jésus ; (Mt I, 21) : "Ce sera lui qui sauvera son peuple, en le délivrant de ses péchés." Aussi Jésus signifie-t-il Sauveur, parce qu’il sauve, du salut corporel, tous les hommes. Voilà pourquoi l’Apôtre dit "De tous les hommes," et du salut spirituel tous les bons; c’est ce qui lui fait ajouter : "et principalement des fidèles."
11. Annoncez ces choses et enseignez-les.
12. Que personne ne vous méprise à cause de votre jeunesse; mais rendez-vous l’exemple et le modèle des fidèles dans les entretiens, dans la manière d’agir avec le prochain, dans la charité, dans la foi, dans la chasteté.
13. En attendant que je vienne, appliquez-vous à la lecture, à l’exhortation et à l’instruction.
14 Ne négligez pas la grâce qui est en vous, qui vous a été donnée, suivant une révélation prophétique, par l’imposition des mains du prêtre.
15. Méditez ces choses, soyez toujours occupé, afin que votre avancement soit connu de tous.
16. Veillez sur vous-même et sur l’instruction des autres : demeurez ferme dans ces exercices; car agissant de la sorte, voue vous sauverez vous-même et ceux qui vous écoutent.
17. Ne reprenez pas les vieillards avec rudesse; mais avertissez-les comme vos pères; les jeunes hommes comme vos frères,
18. les femmes âgées comme vos mères, les jeunes comme vos soeurs, avec toute sorte de pureté.
L’Apôtre, dans ce qui précède, a exhorté Timothée à la piété, il lui enseigne ici la manière d’en instruire les fidèles. Premièrement, il lui enjoint de donner cette instruction; secondement, il lui apprend comment il deviendra apte à le faire (verset 12) : "Que personne, etc." Troisièmement, il lui dit comment il doit proportionner aux conditions diverses l’instruction qui leur convient (ci-après, V, 1) : "Ne reprenez pas les vieillards, etc."
I° L’enseignement de la piété comprend deux choses, ce qu’il faut faire et ce qu’il faut croire. Pour ce qu’il faut faire, non seulement on doit instruire, quand on a pour cela l’autorité, mais encore commander. Voilà pourquoi Paul dit (verset 11) : "Commandez ces choses." ; (Tite II, 15) : "Reprenez avec une pleine autorité." Pour ce qu’il faut croire, il dit (verset 14) : "Et enseignez-les." ; (Matthieu, XXVIII, 19) : "Enseignez tous les peuples" ; (Job, IV, 3) : "N’est-ce pas vous qui en avez autrefois instruit plusieurs ? "
II° Quand l’Apôtre dit ensuite (verset 12) : "Que personne ne vous méprise," il apprend à Timothée comment il peut se rendre apte à ce qu’il lui recommande. Et d’abord à commander, ensuite à enseigner (verset 13) : "En attendant que je vienne, etc."
I. Sur le premier de ces points, premièrement, il lui apprend comment il doit prévenir le mépris; secondement, il lui explique la méthode pour le prévenir (verset 12) : "Mais soyez l’exemple, etc."
1° Un commandement n’a d’efficacité que par l’autorité de celui qui l’impose; quand donc l’autorité est méprisée, le précepte n’atteint plus son but; or, ceci arrive surtout à l’occasion des jeunes gens, parce qu’on ne les croit guères prudents. De là, dit le philosophe, qu’on ne choisit pas des jeunes gens comme chefs. C’est pourquoi Paul dit aussi (verset 12) : "Que personne ne vous méprise," en d’autres termes : bien que vous soyez jeune, que votre conduite représente la vieillesse ; (Tobie, I, 4) : "Quoiqu’il fût le plus jeune [de toute la tribu de Nephtali]"
2° L’Apôtre apprend ensuite à son disciple comment on se met à l’abri du mépris (verset 12) : "Mais soyez, etc." c’est-à-dire, il faut vous montrer comme l’exemple des vertus que votre parole enseigne à pratiquer. Remarquons ici que dans les devoirs où le chef spirituel est un exemple, il y a une grande diversité, car ces devoirs se rapportent soit au prochain, soit à Dieu, soit au chef lui-même.
1. Pour ce qui regarde le prochain, Paul dit (verset 12) : "Soyez l’exemple des fidèles," en sorte que ce que vous prescrivez par la parole, vous l’accomplissiez dans vos œuvres ; (I Pierre, V, 3) : "Vous rendant, [du fond du cœur], les modèles du troupeau, etc." Et cela dans les conversations (verset 12) : "Dans les entretiens", à savoir, en les rendant graves, mesurés, pleins de circonspection ; (Coloss., IV, 6) : "Que votre entretien soit toujours accompagné d’une douceur édifiante" ; (I Pierre, IV, 14) : "Si quelqu’un parle, que ce soit selon les oracles de Dieu." Ensuite (verset 12) : "dans la manière d’agir extérieure," c’est-à-dire que, de même que le chef spirituel l’emporte sur les autres quant à la place qu’il occupe et quant à la dignité, il l’emporte aussi par la décence de sa vie ; (I Pierre, II, 12) : "Conduisez-vous parmi les Gentils d’une manière pure et sainte, etc. " ; (Mt V, 16) : "Que voyant vos bonnes oeuvres, ils glorifient votre Père qui est dans le ciel."
2. Pour ce qui regarde Dieu, on s’unit à lui d’abord par la charité, qui perfectionne les affections. C’est pourquoi l’Apôtre dit (verset 12) : "Dans la charité" ; (2 Co XIII, 1) : "Quand je parlerais toutes les langues des hommes, etc. " ; (Coloss., III, 14) : "Mais surtout revêtez-vous de la charité." Ensuite par la foi, qui éclaire l’intelligence. C’est ce qui fait dire à Paul (verset 12) : "Dans la foi" ; (Hébr., XI, 6) : "Sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu." Cette disposition est spécialement obligatoire aux chefs des églises, qui sont les gardiens de la foi. Aussi (Luc, XXII, 32). Le Sauveur prie-t-il particulièrement pour la foi de Simon Pierre, en disant : "Pierre, j’ai prié pour vous, afin que votre foi ne défaille pas."
3. Par rapport à lui-même, la vie et l’âme doivent être réglées par la chasteté; car il y aurait par trop d’inconvenance que la vie du ministre fût en désaccord avec celle du maître ; (Ecclésiastique, X, 2) : "Tel est le juge du peuple, tels sont ses ministres." Or, Jésus-Christ a tellement aimé la chasteté, qu’il a voulu naître d’une vierge et qu’il a gardé lui-même cette vertu. Son ministre doit donc l’imiter en pratiquant cette vertu.
II. Quand Paul ajoute (verset 13) : "En attendant que je vienne, etc.," il instruit son disciple de la manière de se rendre apte à enseigner. C’est ce qu’il fait d’abord; ensuite il donne la raison de la recommandation qu’il vient de lui adresser (verset 14) : "Ne négligez pas [la grâce qui est en vous], etc."
1° On devient capable d’enseigner par deux moyens : par la lecture, qui est le moyen d’acquérir la science, et ensuite par l’exercice, au moyen duquel on obtient la facilité d’enseigner. C’est pourquoi l’Apôtre dit (verset 13) : "En attendant que je vienne, appliquez-vous à la lecture, à savoir, des livres saints ; (I Macchab., XII, 9) : "Ayant pour consolation les livres saints, qui sont entre vos mains" ; (Jean, V, 39) : "Parcourez les Ecritures." Nous avons la figure de ceci au livre de l’Exode (XXV, 12), où il est dit, qu’il devait y avoir toujours aux quatre coins de l’arche des anneaux d’or, et des leviers dans les anneaux, afin qu’on fût pour ainsi dire toujours en mesure de la transporter. Quant à l’exercice, il faut employer l’exhortation afin de porter les fidèles à remplir leurs devoirs, et l’enseignement afin de les leur faire connaître. C’est pourquoi Paul ajoute (verset 13) : "A l’exhortation et à l’instruction" ; (Jérémie, III, 15) : "Je vous donnerai des pasteurs selon mon coeur, qui vous nourriront de la doctrine et de la science."
2° En disant (verset 14) : "Ne négligez pas [la grâce qui est en vous]," Paul donne la raison de la recommandation qu’il a faite. Et d’abord il la déduit des dons reçus; ensuite, des récompenses attendues (verset 16) : "Veillez sur vous-mêmes."
1. Il donne donc, premièrement, la raison de sa recommandation; secondement, il explique comment peut être accompli ce qu’implique cette raison (verset 15) : "Méditez ces choses, etc."
A) L’Apôtre dit donc : "Ne négligez pas, etc." comme s’il disait : Bien plus, veillez, car celui qui reçoit la grâce, ne doit rien en négliger, mais la faire fructifier. En Matthieu (XXV, 24), le serviteur qui a caché dans la terre le talent qui lui a été confié est puni pour sa négligence. – "Ne négligez donc pas la grâce, etc." Entendez par là, ou la dignité épiscopale, ou le don de science et de prophétie, ou celui des miracles, à l’égard desquels rien ne doit être négligé ; (2 Co VI, 1) : "[Nous vous exhortons] à ne pas recevoir en vain la grâce de Dieu." Cette grâce dont je parle, est celle (verset 14) : "qui vous a été donnée par une révélation prophétique" c’est-à-dire par une inspiration de Dieu. Car dans la primitive Eglise, où le choix des ministres se faisait avec piété et en vue de Dieu, nul n’était promu à la dignité d’évêque, que par l’élection divine. C’est ainsi que furent élus saint Ambroise et saint Nicolas. L’Apôtre appelle ici cette inspiration prophétie, ce qui fait dire à la Glose : c’est-à-dire, par l’élection des saints, parce que les saints ne choisissaient pas celui qu’ils ne reconnaissaient pas comme choisi de Dieu. De plus, l’Apôtre prévoyait que ce choix serait utile au peuple ; (Proverbes XXIX, 18) : "Quand il n’y aura plus de prophétie," c’est-à-dire, quand ce mode d’élection sera délaissé, "le peuple se dissipera." Mais comment a été communiquée cette grâce? (verset 14) : "Par l’imposition de la main du prêtre." Une autre version porte "Des mains du prêtre." Ainsi qu’il a été expliqué, les noms de prêtre et d’évêque se prennent indifféremment l’un pour l’autre, parce que les prêtres et les anciens, c’est-à-dire les évêques, étaient également ordonnés avec l’imposition des mains ; (Nombres, XXVII, 18) : "Prenez Josué,… et imposez-lui les mains, etc." Le Sauveur imposa ainsi les mains aux petits enfants, comme il est dit en (Mt XIX, 15), et les apôtres aux sept diacres (Actes VI, 6); de là l’usage d’imposer les mains à ceux qui doivent être sacrés évêques.
Ici se présente une difficulté. L’évêque devant être sacré par trois autres, comment se fait-il que l’Apôtre se sert ici du mot prêtre, au singulier ? Nous répondons : Paul parle ainsi, par la raison que, bien que plusieurs apportent leur concours [au sacre d’un évêque], il n’y a cependant qu’un ministre principal dont les autres sont les assistants. On peut dire aussi qu’à cette époque, cette règle n’était pas encore établie, et qu’il n’y avait qu’un petit nombre d’évêques, qui ne pouvaient se rassembler. Une autre version porte "du presbyterium," c’est-à-dire, de ceux qui lui imposèrent les mains, non en tant qu’hommes, mais comme prêtres. Cette imposition des mains marque ici le don de la grâce, non pas que les ministres confèrent cette grâce, mais parce qu’ils expriment qu’elle est donnée par Jésus-christ. Aussi l’imposition est-elle faite par ceux-là seulement qui sont les ministres de Jésus-Christ. C’est pourquoi l’Apôtre dit : "du presbyterium," ou du prêtre, car il y a une imposition des mains qui se fait par les diacres, et une autre qui se fait par les prêtres.
B) Quand Paul dit ensuite (verset 15) : "Méditez ces choses," il explique comment pourra s’accomplir ce qu’il vient de recommander : c’est en méditant sans cesse les devoirs de sa charge ; (Hébr., XIII, 17) : "Ils veillent sur vos âmes comme devant en rendre compte à Dieu."
C) "Méditez donc toutes ces choses," c’est-à-dire pensez fréquemment aux soins que réclame de vous votre troupeau ; (verset 15) : "Soyez-en toujours occupé," c’est-à-dire, tournez tous vos efforts vers ce but. Et pourquoi ? (verset 15) : "Afin que votre avancement soit connu de tous." (Mt V, 15) : "On n’allume pas une lampe pour la mettre dans un lieu caché, etc. " ; (Philipp., IV, 5) : "Que votre modestie soit connue de tous."
2° Timothée doit observer ces recommandations, afin d’obtenir la récompense qu’il attend. C’est ce que Paul ajoute en disant (verset 16) : "Veillez sur vous-même et sur l’instruction des autres." Il en est qui veillent sur l’instruction des autres, de telle sorte qu’ils négligent le soin d’eux-mêmes; mais Paul recommande à son disciple de veiller d’abord sur lui-même et ensuite sur l’instruction des autres. (Ecclésiastique XXX, 24) : "Ayez pitié de votre âme, en vous rendant agréable à Dieu." C’est ainsi que le Sauveur commença par pratiquer, puis il enseigna. (verset 16) : "Demeurez fermes dans ces exercices," c’est-à-dire, exercez-vous instamment à les pratiquer. (2 Timothée IV, 2) : "Pressez les hommes à temps, à contre temps." Le fruit que vous en tirerez sera d’autant plus abondant. Car "en agissant ainsi, vous vous sauverez vous-même, etc. ". Or c’est là quelque chose de grand. (Jacques V, 20) : "Celui qui convertira un pécheur et le retirera de l’iniquité de ses voies, sauvera son âme de la mort" ; (Daniel, X V. 3) : "Ceux qui auront enseigné à plusieurs la voie de la justice, luiront comme des étoiles, etc." Aussi les Docteurs ont-ils droit à la récompense de l’auréole.
III° Quand Paul dit enfin (ch. V, 1) : "[Ne repoussez pas] les vieillards [avec rudesse]," il explique à Timothée comment il doit proportionner sa manière d’enseigner à la diversité des conditions. Il les établit en deux catégories basées, l’une sur l’âge, l’autre sur le sexe. Dans celle de l’âge, il distingue d’abord ce qui convient aux hommes; ensuite ce qui convient aux femmes (verset 2) : "Les femmes âgées, etc." Il dit donc (verset 1) : "[Ne reprenez pas les vieillards], mais avertissez-les comme vos pères." (Lévitique., XIX, 32) : "Honorez la personne du vieillard." Il ne faut donc pas les repousser avec aigreur, mais les supplier. (I Petr., V, 1) : "J’exhorte les anciens qui sont parmi vous, étant ancien comme vous." Si Pierre dans sa vieillesse, agissait de la sorte, à combien plus forte raison un jeune homme doit-il le faire !
On objecte (Isaïe, LXV, 20) : "L’enfant, fut-il de cent années, mourra, et le pécheur de cent ans sera maudit!" Nous répondons que le vieillard perd par l’excès de sa malice l’honneur de sa vieillesse; alors on doit le reprendre. (verset 1) : "Reprenez les jeunes hommes comme vos frères" ; (Mt XXIII, 8) : "Vous êtes tous frères" ; (Ezéchiel, XXXIV, 4) : "Vous les dominerez avec une rigueur sévère." Du côté des femmes, il fait la différence de celles qui sont âgées, car (verset 2) : "[Il faut traiter] les femmes âgées comme vos mères," surtout celles qui ne sont plus jeunes ; (ci-après, V, 3) : "Honorez les veuves," (verset 2) : "Les jeunes comme vos soeurs," avec un amour plein de charité, et cela (verset 2) : "en toute pureté". Parce que l’affection spirituelle à l’égard des femmes, si elle n’est pas pleine de vigilance, dégénère en affection charnelle. Dans tout ce qui concerne les plus jeunes, il faut donc observer la chasteté, et c’est pour cette raison que l’Apôtre en fait la recommandation. Aussi quand le Pape leur écrit, il dit : "A nos chères filles en Jésus-Christ," et quand il écrit aux hommes, il dit simplement : "A nos chers fils."