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PROLOGUE aux épîtres à Timothée et Tite

Le pouvoir souverain sur un pays est dans la main de Dieu. Toute iniquité des nations est exécrable, et c’est Dieu qui y suscitera en son temps un prince pour gouverner utilement. (Ecclésiastique X, 4 et 7)

Ces paroles conviennent à la matière de cette Epître. L’Apôtre a instruit l’Eglise de ce qui concerne son unité; il instruit ici les pasteurs même de l'Eglise lesquels en sont comme les membres principaux. Il faut donc considérer cette institution même et son utilité.

L’institution est en Dieu, car elle est dans la main de Dieu lui-même, et cela de trois manières Premièrement, parce qu’elle émane de lui (Rm XIII, 1) : "Il n'y a pas de pouvoir qui ne vienne de Dieu." Ensuite, parce qu’elle doit être réglée selon Dieu ; (Prov., VIII, 15) : "Les rois règnent par moi, et c’est par moi que les législateurs ordonnent ce qui est juste." Enfin, parce que leur puissance est établie suivant la disposition de Dieu ; (Daniel II, 21) : "C’est lui qui change les temps et les siècles, qui renverse et établit les royaumes."

On en reconnaît l’utilité, en ce qu’elle a pour fin de comprimer la méchanceté des hommes; car "toute iniquité des nations est exécrable" (ci-après, I, 9) : "Reconnaissant que la loi n’est pas pour le juste." Or, ceux qui font les lois doivent être dans une triple disposition à l’égard du mal. Ils doivent d’abord le haïr de cœur ; (II Maccabées III, 1) : "Ayant dans le coeur de la haine contre tout mal, etc." Ensuite, défendre de le commettre ; (Prov., XX, 6) : "Le roi qui est assis sur son trône pour rendre justice, dissipe tout le mal [par son seul regard]." Enfin le punir, lorsqu’il est commis ; (Rm XIII, 4) : "Il est le ministre de Dieu, pour exécuter sa vengeance, en punissant celui qui fait de mauvaises actions."En quatrième lieu, il faut considérer l’utilité, à ces mots (verset 4) : "[Il y suscitera en son temps] un prince pour le gouverner utilement." Celui qui gouverne est utile pour les trois fins suivantes : Il est comme Joseph ; (Ecclésiastique, XLIX, 15) : "Le prince de ses frères" afin de soutenir sa nation par sa puissance ; (Isaïe XIX, 4) : "Un roi puissant les dominera, etc.". Le gouverneur de ses frères, en les dirigeant par sa sagesse ; (Isaïe XXXII, 8) : "Le prince aura des pensées dignes d’un prince, etc.;" (Ecclésiastique, X, 24) : "Celui qui conduit ses frères est parmi eux en honneur. Le ferme appui de son peuple," afin de réprimer les injustes par la justice ; (Psaume XVII, 28) : "Vous sauverez le peuple qui est humble, et vous humilierez les yeux des superbes, etc.."

Ainsi l’on voit la matière de ces épîtres destinées à l’institution des conducteurs du peuple fidèle. Les uns sont chargés des choses spirituelles, ce sont les chefs des Eglises auxquels l’Apôtre s’adresse d’abord. Les autres s’occupent des choses temporelles. Paul leur fait ses recommandations dans l'Epître à Philémon. Les trois autres épîtres concernent les premières, et répondent aux trois devoirs de la charge des chefs : le premier, de gouverner le peuple; le second, de souffrir pour le peuple qui leur est confié; le troisième, de réprimer les méchants. Il traite du premier dans la première Epître à Timothée; du second dans la seconde Epître, aussi à Timothée, où il parle du martyre; du troisième dans l’Epître à Tite, où il enseigne et explique comment le pasteur doit éviter les hérétiques. Tout ceci se vérifiera dans l’exposition de ces Epîtres.

CHAPITRE 1 — La charité, supérieure à tout
Leçon 1 — 1 Timothée, I, 1-2 : Salutations
SOMMAIRE : Paul souhaite à son cher Timothée la grâce, la miséricorde et la paix; ce qu’il n’a pas fait ailleurs, parce que les chefs spirituels ont besoin de plus de grâces.

1. Paul, apôtre de Jésus-Christ par l'ordre de Dieu, notre Sauveur, et du Christ Jésus notre espérance.

2. A Timothée, son cher fils dans la foi. Que Dieu notre Père et le Christ Jésus Notre Seigneur vous donne la grâce, la miséricorde et la paix.

Cette Epître se divise en salutation, et en traité épistolaire (verset 3) : "Je vous prie, comme je l’ai déjà fait, etc." Dans la salutation, Paul indique premièrement la personne qui salue; secondement, celle à laquelle s’adresse la salutation; troisièmement, les biens qu’il souhaite.

I° La personne qui salue est désignée.

I. Premièrement, par son nom (verset 4) : "Paul." Ce nom convient bien à l’autorité de l’Apôtre pour une double raison. Il y a, en effet, dans l’apostolat deux choses, à savoir, la grandeur du pouvoir à laquelle sont élevés les humbles ; (I Rois, XV, 17) : "Lorsque vous étiez petit à vos yeux, n’êtes-vous pas devenu le chef de toutes les tribus d’Israël ?" Or, le mot Paul veut dire petit. Ensuite l'éclat de la sagesse; or, Dieu la donne aux petits ; (Matthieu, XI, 25) : "Vous avez révélé ces mystères aux petits."

I.               Secondement, Paul se désigne par son autorité, (verset 4) : "Apôtre," c’est-à-dire envoyé ; (Jean, XX, 21) : "Comme mon père m’a envoyé, [je vous envoie]" ; (l Co IX, 2) : "Vous êtes le sceau de mon apostolat, en Notre Seigneur."

II.                Troisièmement, à raison de l’origine de cette autorité (verset 1) : "[Apôtre] de Jésus-Christ par l’ordre de Dieu, etc." ; (Actes XIII, 2) : "Séparez-moi Saul et Barnabé, pour l’oeuvre à laquelle je les ai destinés"; (I Rois, XIII, 14) : "Le Seigneur s’est pourvu d’un homme selon son coeur." On voit par là que les supérieurs spirituels sont tenus, de nécessité de précepte, aux devoirs propres à leur charge ; (1 Co IX, 16) : "Malheur à moi, si je ne prêche pas l’Evangile" (verset 4) ; "et de Jésus-Christ notre espérance," en qui nous mettons notre espérance pour venir à lui ; (Philip., I, 23) : "Car je désire d’être dégagé des liens du corps, et d’être avec Jésus-Christ, etc." Ou encore : "notre espérance," parce que nous espérons obtenir par lui les biens éternels ; (l Pierre, I, 3) : "Il nous a régénérés pour nous donner une vive espérance, etc."; (Rm XV, 4) : "Par la consolation que nous donnent les saintes Ecritures."

II° L’Apôtre désigne ensuite la personne à qui s’adresse la salutation. D’abord par son nom, quand il dit (2) : "A Timothée," dont il est parlé au ch. XVI, 1, des Actes. Ensuite par son affection, en disant (verset 2) : "Notre bien-aimé" ; (Philipp., II, 20) : "Car je n’ai personne qui soit autant que lui uni avec moi [d’esprit et de cœur]." Enfin par sa filiation, quand il dit (verset 2) : "Fils dans la foi," c’est-à-dire converti par moi ; (I Co. IV, 17) : "Je vous ai envoyé Timothée, qui est mon fils très cher, et fidèle en Notre Seigneur, etc."

III° Paul indique ensuite les dons qu’il souhaite, et explique ensuite de qui ils procèdent. Remarquez que dans les autres Epîtres, ces biens sont de deux sortes; ils sont ici de trois sortes, parce que les supérieurs spirituels ont besoin d’être aidés davantage. L’Apôtre dit donc (verset 2) : "Que la grâce et la miséricorde," d’abord pour lui-même, et ensuite pour les autres. La miséricorde est prise ici pour la rémission des péchés, parce que cette rémission est l’effet de la miséricorde de Dieu; et la grâce est prise pour le don des grâces, nécessaires aux supérieurs spirituels. Ou bien "la grâce," est celle que tous les autres reçoivent, c’est-à-dire, la grâce sanctifiante, et la miséricorde est le don de Dieu qui agit dans toutes les faveurs spirituelles ; (Sagesse, IV, 15) : "La grâce de Dieu et sa miséricorde est sur ses saints, et ses regards favorables sont sur ses élus." (verset 2) : "Et la paix," pour vous d’abord, et ensuite par vous aux autres ; (Psaume LXXI, 3) : "Que les montagnes reçoivent la paix." Mais d’où vient cette paix? (verset 2) : "De Dieu," afin qu’ils la donnent au peuple ; (Jacques I, 17) : "Toute grâce excellente et tout don parfait vient d’en haut, et descend du Père des Lumières." (verset 2) "Et, de Notre Seigneur Jésus-Christ," c’est-à-dire de celui par lequel il nous a communiqué les grandes et précieuses grâces qu’il avait promises (II Pierre, I, 4).

Leçon 2 — 1 Timothée I, 3-5 : Pratiquer d'abord la charité
SOMMAIRE : L’Apôtre recommande de ne pas perdre son temps aux fables des Hébreux, et à d’interminables généalogies; de pratiquer au contraire et préférablement la charité.

3. Je vous prie, comme je l’ai fait en partant pour la Macédoine, de demeurer à Ephèse, et d’avertir quelques-uns de ne pas enseigner une doctrine différente de la nôtre,

4. Et de ne pas s’amuser à des tables et d des généalogies sans fin, qui serrent plus à exciter des disputes qu’à fonder par la foi l’édifice de Dieu.

5. Car la fin des commandements, c’est la charité qui naît d’un coeur pur, d’une bonne conscience et d’une foi sincère.

Ici commence le traité épistolaire. Cette Epître est comme la règle des pasteurs, donnée par Paul à Timothée. Il l’instruit de tout ce qui regarde la conduite des supérieurs spirituels, et dans l’ordre même selon lequel ils doivent diriger leur intention. Il l’instruit donc de la manière d’administrer d’abord les affaires spirituelles, ensuite les affaires temporelles (ci-après, IV, 1) : "Or, l’Esprit [dit expressément], etc." De plus, le supérieur spirituel doit premièrement enseigner la forme de la foi, afin que la foi de ceux qui lui sont soumis, ne se corrompe en aucune manière ; (Luc, XXII, 32) : "J’ai prié pour vous, afin que votre foi ne défaille pas. Lors donc que vous aurez été converti, ayez soin d’affermir vos frères." ; secondement, les instruire de ce qui regarde le culte de Dieu, lequel ne peut exister, si la foi n’est pas droite. Paul traite donc, en premier lieu, de la foi; secondement, du culte de Dieu (ci-après, II, 1) : "Je vous conjure donc, etc."; troisièmement, de l’institution des offices (ci-après, III, 1) : "C’est une vérité certaine, etc." Il faut ici se rappeler que dans la primitive Eglise, quelques-uns émirent une erreur dangereuse. Ils prétendaient qu’il fallait garder, simultanément avec l’Evangile, les observances légales de la loi de Moïse. L’Apôtre condamna cette erreur, d’abord en établissant la condition de la Loi; ensuite en prouvant sa proposition, par son propre exemple (verset 12) : "Je rends grâces, etc." Sur le premier de ces points, il établit, premièrement, ce qu’il faut rejeter dans la Loi; secondement, ce qu’il faut en accepter (verset 5) : "Car la fin des commandements, etc." Enfin, il en déduit la condition de la Loi, (verset 8) : "Or, nous savons que [la Loi est bonne], etc."

I° Il faut rejeter de la Loi ce que certains y ont ajouté à tort, et non pas ce qui vient de Dieu, partie qu’on ne doit pas entendre dans un sens charnel. L’Apôtre enseigne donc d’abord qu’il faut repousser les fables inventées à plaisir et les fausses traditions; en second lieu, il en donne la raison (verset 4) : "Qui [servent plutôt à exciter] des disputes, etc."

I. Il dit donc : Vous devez faire, "ce dont je vous ai prié," quand pourtant je pouvais vous le commander (Exode XXXII, 1) : "Vous a-t-on établi pour gouverner les autres? Ne vous élevez pas; soyez parmi eux comme l’un d’eux." (verset 3) : "c’est d’en avertir quelques-uns." Ou bien encore, le supérieur a deux devoirs à remplir : Le premier c’est de réprimer ceux qui enseignent l’erreur, Paul dit donc (verset 3) : "De ne pas enseigner une doctrine différente de la nôtre" ; (Galates I, 9) : "Si quelqu’un vous annonce un Evangile différent de celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème"; (Deut., IV, 2) : "Vous n’ajouterez rien ni n’ôterez rien aux paroles que je vous dis." Le second, est que s’il arrive que quelques-uns enseignent l’erreur, il défend au peuple d’y prêter l’oreille (verset 4) : "Et de ne pas s’amuser à fables et à des généalogies sans fin." Il s’est rencontré quelques hérétiques, qui par haine pour l’Ancien Testament, prétendaient que Paul le rejetait et tournait en dérision les histoires qu’il contient, par ces paroles : "des fables et des généalogies sans fin, etc." Mais Augustin leur répond que l’Apôtre se sert des histoires et des généalogies de l’Ancien Testament même ; (Galat., IV, 22 : "Il est écrit qu’Abraham eut deux fils, etc." Si donc il réprouvait ces histoires, il ne s’en servirait pas. L’Apôtre appelle donc des fables, non pas la Loi écrite, mais la tradition orale, c’est-à-dire, le Talmud[1], non pas ce que Moïse a dit de vive voix, mais ce que d’autres y ont ajouté, par exemple, ces fables pleines d’inepties, qu’Adam eut une autre femme, de laquelle, prétendent-ils, seraient nés les démons ; (Mt XV, 6) : "Vous avez réduit à néant la parole de Dieu par votre tradition"; (II Timoth., IV, 4) : "[Et fermant l’oreille à la vérité], ils l’ouvriront à des fables."

II. La raison de la recommandation de l’Apôtre, est que (verset 4), de pareils discours "servent plutôt à soulever des difficultés," c’est-à-dire des disputes ; (II Timoth., II, 14) : "Ne vous amusez pas à de vaines disputes de paroles"; (Prov., XX, 3) : "C’est une gloire à l’homme de se séparer des contentions " (verset 4) : "Plutôt qu’à fonder par la foi l’édifice de Dieu," c’est-à-dire, qu’à confirmer les fidèles dans la vérité de la foi, ce qui doit être le but de tout enseignement.

II° Quand Paul dit ensuite (verset 5) : "Car la fin [des commandements, c’est la charité]," il instruit de ce qu’il faut garder dans la Loi. D’abord il établit ce qu’il faut garder; ensuite, il fait voir à quel danger s’exposent ceux qui ne le gardent pas (verset 6) : "Donc quelques-uns se détournant, etc." Sur le premier de ces points, il faut se souvenir que la loi ancienne est appelée la loi des préceptes, parce qu’elle est renfermée dans les commandements et les préceptes ; (Eph., II, 15) : "Par sa doctrine il a aboli la loi des préceptes." Il faut donc principalement garder ce à quoi se rapportent tous les préceptes de la Loi, or c’est la charité ; (Matth. XXII, 37) : "Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre coeur, etc." ; et un peu après (verset 10) : "Toute la Loi et les prophéties sont renfermées dans ces deux commandements." Or, comment la charité est-elle la fin des préceptes? Pour comprendre ceci, il faut observer deux choses. La première, que tous les préceptes de la Loi ont pour objet les actes de vertu, et que c’est par les différents actes de vertu que se règlent les rapports des hommes entre eux. La seconde, que l’objet d’une vertu est la fin d’une autre vertu, parce la puissance une fois donnée pour une fin, tout ce qui appartient à cette puissance s’y rapporte également comme à sa fin. C’est ainsi que le frein est en rapport avec le cavalier, parce que la fonction de celui-ci est sa fin; et que celle-ci se rapporte au chef. Or, les vertus théologiques ont pour objet notre fin dernière, mais les autres vertus sont en rapport avec ce qui tient à cette fin. Toutes les vertus se rapportent donc aux vertus théologiques, comme à leur fin ; et parmi ces dernières, celle-là a le plus du caractère de la fin, qui est en rapport plus prochain avec cette fin même. Or, la foi la montre, l’espérance fait tendre vers elle, mais la charité unit à elle. Toutes les vertus se rapportent donc à la charité, et c’est dans ce sens que la charité est appelée la fin des préceptes. Mais comme tout ce qui est en rapport avec la fin dispose aussi à atteindre cette fin, et que les préceptes sont en rapport avec la charité, l’Apôtre dit (verset 5) : "Qui naît d’un coeur pur." Car pour que le coeur soit pur, nous avons reçu les préceptes des vertus, dont quelques-unes se rapportent à la manière de remettre dans le droit chemin les passions, à savoir, celles de ces vertus, dont l’objet est la passion même, par exemple, la tempérance qui modère la concupiscence, la douceur qui soumet la colère, la force qui règle la crainte et l’audace. Or, ces passions troublent la pureté du coeur; ces vertus donc contribuent à le maintenir pur.

Toutefois cela est-il nécessaire pour la charité?

Il faut répondre qu’il en est ainsi, parce qu’il est impossible que le coeur qui n’est pas pur, soit prompt à pratiquer la charité; car l’objet de notre affection est ce qui est en conformité avec nous-même. Le coeur qui n’est pas pur, aime ce qui lui convient à raison de sa passion. Il est donc nécessaire que ce coeur soit libre de toute passion. (Cant., I, 3) : "Ceux qui ont le coeur pur vous aiment." Il est d’autres vertus qui dirigent l’homme vers le bien du prochain. Leur effet est de lui procurer une bonne conscience, car alors l'homme ne fait pas à autrui, ce qu’il ne voudrait pas qu’on lui fît à lui-même. (Mt VII, 12) : "Faites aux hommes tout ce que vous voulez qu’ils vous fassent." Tout ce qui est contre le prochain est donc contre la conscience. C’est ce qui fait dire à Paul (verset 5) : "Et d’une bonne conscience." Celui donc qui n’a pas une bonne conscience, ne peut pas aimer Dieu purement, parce qu’on craint le châtiment, quand on n’a pas cette bonne conscience. Or, la crainte ne procède pas de la charité; elle fuit Dieu, et ne lui est pas unie. Les préceptes qui redressent la conscience, disposent donc à la charité. D’autres vertus servent à acquérir la foi véritable. Ce sont les vertus au moyen desquelles nous honorons Dieu, par exemple, celle de latrie, et autres semblables, qui ont pour fin d’éloigner l’erreur, et de fortifier dans les coeurs la fermeté de la foi à Dieu. Car celui qui n’a pas la vraie foi ne peut pas aimer Dieu, puisque celui qui croit quelque chose de faux sur Dieu, n’aime déjà plus Dieu. Celui là, en effet, n’aime pas, qui ne croit pas, parce que l’affection ne s'arrête que sur ce qui lui est montré par l’intellect, par conséquent, ce qui assure la vérité de la foi, se rapporte à la charité. C’est pourquoi Paul dit (verset 5) : "Et un coeur pur," parce que le coeur pur arrive à la foi ; (Mt V, 8) : "Bienheureux ceux qui ont le coeur pur, parce qu’ils verront Dieu"; "et d’une bonne conscience" (2 Co I, 42) : "Ce qui fait notre gloire, c’est ce témoignage de notre conscience," "et d’une foi sincère," c’est-à-dire véritable. Les vertus et les préceptes se rapportent donc à une fin, et cette fin est la charité; et cette charité se forme par ces trois dispositions, etc.


[1] "Talmud," mot hébreu qui signifie "doctrine". Les Juifs actuels appellent de ce nom une compilation énorme des écrits de leurs docteurs.


Leçon 3 — 1 Timothée, I, 6-14 : Les vertus
SOMMAIRE : L’Apôtre explique qu’il ne faut pas s’écarter des vertus, parce qu’il y a danger imminent de tomber dans l’erreur.

6. Desquelles quelques-uns se détournant, se sont égarés en de vains discours,

7. Voulant dire les docteurs de la loi, et ne sachant ni ce qu’ils disent, ni ce qu’ils assurent.

8. Or, nous savons que la loi est bonne, si on en use selon l’esprit de la loi,

9. En reconnaissant que la loi n’est pas pour le juste, mais pour les méchants et les esprits rebelles, pour les impies et les pécheurs, pour les scélérats et les profanes, pour les meurtriers de leur père et de leur mère, pour les homicides,

10. Pour les fornicateurs, les abominables, les voleurs d’esclaves, les menteurs, les parjures et tout ce qu’il y a de contraire à la saine doctrine,

11. Qui est selon l’Evangile de la gloire de Dieu souverainement heureux, dont la dispensation m’a été confiée.

12. Je rends grâces à notre Seigneur Jésus-Christ, qui m'a fortifié de ce qu’il m’a jugé fidèle, en m’établissant dans son ministère;

13. Moi qui étais auparavant un blasphémateur, un persécuteur et un persécuteur mais j’ai obtenu miséricorde de Dieu, parce que j’ai fait tous ces maux dans l’ignorance, n’ayant pas la foi.

14. Mais la grâce de Notre Seigneur s’est répandue sur moi avec abondance, en me remplissant de la foi et de la charité qui est dans le Christ Jésus.

I° Paul, après avoir traité plus haut de la dignité et de l’utilité des vertus, en établit ici la nécessité, puisque quiconque s’en écarte, s’expose au danger de recevoir une doctrine fausse. L’Apôtre montre donc, premièrement, la fausseté de la doctrine dans laquelle ils tombent; secondement la condition de ceux qui enseignent cette fausse doctrine (verset 7) : "Voulant être [les docteurs de la Loi], etc."

I. Il dit donc (verset I) : "La fin des commandements [est donc la charité]." C’est là le point essentiel de la Loi, dont quelques-uns s’écartent ; (Psaume XI, 2) : "Chacun dit des choses vaines [à son prochain], etc." Remarquez que s’éloigner de la charité est une cause d’erreur en fait de doctrine, parce que celui qui n’aime pas la charité, tombe dans le mensonge ; (II Thessal., II, 11) : "Ils n’ont pas cru à la vérité; ils ont consenti à l’iniquité." Il en est de même de ceux qui s’écartent de la pureté du coeur, car ayant le coeur infecté de passions, ils jugent d’après les sentiments qu’inspirent ces passions, et non pas selon Dieu ; (I Co. II, 14) : "L’homme animal ne conçoit pas les choses qui sont de l’Esprit de Dieu, etc." Il en est de même de ceux qui ont une conscience mauvaise, car ils ne peuvent se reposer dans la vérité. De là vient qu’ils se mettent à la poursuite de choses fausses, afin de pouvoir s’y reposer (ci-après, I, 19) : "Conservant la foi et la bonne conscience." De même aussi pour ceux qui affectent une fausse confiance ; (Isaïe, XXI, 2) : "L’incrédule agit toujours en incrédule,"

II. Quand Paul ajoute (verset 7) : "Voulant [être les docteurs de la Loi]," il montre la condition de ceux qui enseignent l’erreur. Et, d’abord leur ambition désordonnée; ensuite leurs défauts. De la première il dit (verset 7) : "Voulant être les docteurs de la Loi, etc." ; (Matthieu XXIII, 6) : "Ils aiment les premières places dans les festins… et à être appelés Rabbi par les hommes, etc." ; (Jacques III, 1) : "Mes Frères, gardez-vous [de l’ambition qui fait que] plusieurs veulent devenir maîtres." Des seconds (verset 7) : "Ne sachant, etc." ; (Psaume LXXXI, 5) : "Ils sont dans l’ignorance, ils ne comprennent pas, ils marchent dans les ténèbres, etc." ; (Sagesse, V, 6) : "Le soleil de l’intelligence ne s’est pas levé sur nous." ; (verset 7) : "ni ce qu’ils disent," en citant des autorités, qu’ils ne comprennent pas, "ni ce qu’ils assurent, " à savoir, dans leurs déduction.

II° Quand l’Apôtre dit ensuite (verset 8) : "Or, nous savons [que la loi est bonne,] etc.," il établit la condition de la loi sur deux points : d’abord, quant à la bonté de la loi même; ensuite, quant au but et à l’intention du législateur (verset 9) : "En reconnaissant, etc.". Il dit donc : "Or, nous savons, avec certitude, que la loi est bonne, et non mauvaise," comme les hérétiques le prétendent. (Psaume XVIII, 8) : "La loi du Seigneur est sans tache, etc." ; (Rm VII, 12) : "La loi est véritablement sainte, et le commandement est saint, juste et bon." Mais on use quelquefois mal d’une chose qui est bonne. La Loi donc étant bonne, il faut que l’homme en use bien. C’est pourquoi l'Apôtre dit (verset 8) : "Si on en use selon l’esprit de la loi," autrement elle est une cause de mort, comme il est dit au ch. VIII, 6, de l’Epître aux Romains. Or, il y a dans la loi des préceptes moraux et d’autres cérémoniels. Les préceptes cérémoniels ont été donnés à l'Eglise pour figurer Jésus-Christ, mais il est nécessaire de les expliquer, non pas seulement selon la chair, mais selon l’esprit et comme figure de ce qui doit arriver, et pour que l’on sache qu’ils ne doivent pas être gardés pour toujours, mais qu’ils prennent fin quand la vérité est donnée. (Jérémie XXXI, 31) : "Je conclurai une nouvelle alliance avec la maison d’Israël et la maison de Juda, non selon l’alliance que j’ai faite avec leurs pères, etc." C’est ainsi que la Glose explique ce passage. Toutefois l’Apôtre semble parler des préceptes moraux, puisqu’il ajoute que la loi a été donnée à cause du péché. Or, tel est l’objet des préceptes moraux, dont l’usage légitime exige qu’on ne leur attribue pas plus qu’ils ne renferment. La loi a été donnée pour faire connaître le péché ; (Rm VII, 7) : "Je n’aurais pas connu la concupiscence, si la loi n’avait dit : "Vous n’aurez pas de mauvais désirs, etc." ce qui est une loi du Décalogue. L’espérance de la justification n’est donc pas dans ces préceptes, mais dans la foi seule ; (Rm III, 28) : "Nous devons reconnaître que l’homme est justifié par la foi[2], sans les oeuvres de la loi."

II. (verset 9) : "En reconnaissant [que la loi n’est pas pour le juste], etc.," l’Apôtre établit ici la condition de la loi, par rapport à l’intention du législateur. D’abord il rappelle l’intention supposée, ensuite il explique quelle est l’intention véritable (verset 9) : "Mais pour les méchants, etc."

1° Il condamne donc d’abord l’intention supposée, lorsqu’il dit : "[La loi n’est pas] pour le juste." Il pourrait y avoir ici une double interprétation erronée. La première, que le juste ne garde pas la loi, ce qui est faux; car s’il ne l’observait pas, quant aux préceptes moraux, il ne serait pas juste. Aussi Jésus-Christ s’est-il soumis lui-même à la loi. La seconde, que le juste n’est pas obligé par les préceptes de la loi, et qu’il ne pécherait pas s’il agissait contre ces préceptes. Le sens vrai est celui-ci, à savoir de supposer que qui est imposé à quelqu’un, est imposé comme un fardeau. En effet la loi n’est plus imposée aux justes comme un fardeau, parce que leur disposition intérieure habituelle les incline à ce que la loi exige, et par conséquent, la loi n’est plus un fardeau pour eux ; (Rm II, 14) : "Ils sont pour eux-mêmes une loi." Ou bien encore : La loi n’est pas pour le juste, mais pour celui qui ne l’est pas; en d’autres termes, si tous étaient justes, il n’y aurait aucune nécessité de donner une loi, car tous se tiendraient à eux-mêmes lieu de loi : l’intention de ceux qui sont bons doit être de porter les autres à la vertu. Mais les uns sont par eux-mêmes bien disposés à la vertu; les autres, y ont l’âme bien disposée, mais il leur faut le secours d’autrui; à ceux-là il suffit d’une admonition paternelle, sans qu’il faille recourir aux châtiments. Il en est d’autres qui ne sont bien disposés ni par eux-mêmes, ni avec le secours des autres; pour ceux-là, la loi est indispensable, comme on le voit dans l’Ethique.

2° Quand l’Apôtre dit (verset 9) : "Mais pour les méchants, etc." il explique l’intention véritable du législateur. Il désigne d’abord en général ceux à qui la loi est nécessaire; il les désigne ensuite en particulier (verset 9) : "Aux meurtriers de leur père, etc."

1. Il faut ici se souvenir de cette parole (l Jean, II, 4) : "Tout péché est une transgression [de la loi de Dieu]," par conséquent, tout péché est opposé à un droit. Or, il y a deux sortes de droit : le droit naturel et le droit positif. Ce qui est mal en soi répugne au droit naturel; ce qui est mal en raison d’une défense, répugne au droit positif. Par rapport au premier, l’Apôtre dit (verset 9) : "Mais pour les méchants," c’est-à-dire, ceux qui agissent contre le droit naturel ; (Isaïe, XXIV, 5) : "Ils ont transgressé la loi, changé le droit, rompu l’alliance éternelle, etc." Par rapport au second, Paul dit (verset 9) : "Aux esprits rebelles ", comprenez : rebelles au droit humain. (Rm I, 3.) : "Désobéissant à leurs pères et mères." Ces deux caractères touchent à l’essence du péché. L’Apôtre en indique d’autres, par comparaison avec ce qu’il vient de dire, car le péché peut être ou contre Dieu, ou contre le prochain, ou contre le pécheur lui-même. Contre Dieu, c’est l’impiété, car la piété suppose le culte de Dieu. L’Apôtre dit donc (verset 9) : "Pour les impies." Contre le prochain : "Pour les pécheurs" ; (Ps I, 5) : "C’est pourquoi les impies ne lèveront pas la tête au jugement." ; (Galates II, 15) : "Nous sommes Juifs par notre naissance, et non pas du nombre des Gentils qui sont pécheurs." Or, suivant Augustin (« Livre de la Doctrine chrétienne »), les péchés se distinguent en deux catégories : en péchés de l’esprit qui portent le nom de crimes, et en péchés charnels, qui reçoivent le nom de débauches. Paul dit donc (verset 9) : "Pour les scélérats," par rapport aux péchés spirituels ; (Prov., XVII, 9) : "Celui qui cache ses crimes, etc." Par rapport aux péchés charnels (verset 9) : "Pour ceux qui se souillent" ; (Malach., II, 11) : "Juda a souillé le peuple consacré au Seigneur, etc."

2. L’Apôtre énumère ensuite les péchés en particulier. Et d’abord il en désigne quelques-uns d’une manière spéciale; ensuite il résume les autres, pour les désigner d’une manière générale. (verset 10) : "Et s’il y a quelque’autre chose d’opposé, etc." A) Il nomme donc premièrement les péchés d’action, ensuite les péchés de parole ; (verset 10) : "Aux menteurs, etc." Par ceux de la première espèce, il indique d’abord les crimes, et ensuite les débauches. On donne le nom de crimes aux méchancetés qui causent un dommage au prochain; et plus le prochain nous est intime, plus le péché a de gravité, parce qu’alors on est tenu de faire davantage pour lui. C’est pourquoi l’Apôtre désigne d’abord le père, puis la mère (Exode, XX, 12) : "Honorez votre père et votre mère, etc.," et au chapitre suivant (Exode, XXI, 15) : "Celui qui aura frappé son père ou sa mère sera puni de mort." Viennent ensuite les homicides (verset 9) : "Pour les homicides" ; (Exode, XXI, 14) : "Si quelqu’un tue son prochain par ruse, etc." Paul parle ensuite des débauches, et d’abord de celles qui ne sont pas contre nature (verset 10) : "Pour les fornicateurs," (Hébr., XIII, 4) : "Dieu condamnera les fornicateurs et les adultères" ; ensuite celles qui sont contre nature (verset 10) : "Les abominables" ; (l Co. VI, 40) : "Ni les abominables ne seront pas héritiers du royaume des cieux." Puis Paul nomme les manquements par paroles, et d’abord le mensonge simple (verset 10) : "Pour les menteurs" ; (Ephés., IV, 25) : "C’est pourquoi, en vous éloignant de tout mensonge, dites la vérité". Secondement le mensonge accompagné de serment, (verset 10) : "les parjures." Enfin, il rassemble tous les autres manquements d’une manière générale, quand il dit (verset 10) : "S’il y a quelque autre chose qui soit opposé à la saine doctrine, etc." ; (Job, VI, 30) : "Vous ne trouverez pas d’iniquité sur ma langue, ni de folie dans ma bouche, etc." ; (Tite II, 1) : "Vous instruirez d’une manière qui soit digne de la saine doctrine, etc."

III° (verset 14) : "Doctrine qui est selon l'Evangile, etc." Paul établit ici que l’Evangile communique la saine doctrine. Il l’explique de trois manières. D’abord à raison de la fin [de cette doctrine], quand il dit (verset 11) : "De la gloire," que cet évangile annonce ; (Psaume XCV, 3) : "Annoncez sa gloire parmi les nations." Ensuite à raison de l’auteur même de la gloire (verset 11) : " De notre Dieu, souverainement heureux" ; (ci-après, VI, 15) : "[jusqu’à l’avènement de Jésus-Christ], qui doit faire paraître en son temps le bienheureux et seul puissant, le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs." Enfin, à raison de son ministère, (verset 11) : "dont la dispensation m’a été confiée" ; (Galat., II, 7) : "Ayant reconnu que la charge de prêcher l’évangile aux incirconcis m’avait été confiée, etc."

IV° (verset 12) : "Je rends grâces [à Notre Seigneur Jésus-Christ qui m’a fortifié], etc." L’Apôtre prouve ici par une expérience tirée de sa propre personne, ce qu’il a été du temps de la loi et ce qu’il a acquis au temps de la grâce. Et d’abord il rappelle ce qui s’est passé à son égard dans l’un et l’autre de ces temps; ensuite il engage Timothée à suivre son exemple. (verset 18) : "Ce que je vous recommande donc, etc." Sur le premier de ces points, il établit en premier lieu ce qui lui a été donné sous la Loi; en second lieu, ce qu’il a reçu sous l’Evangile ; il en donne ensuite l’explication ; (verset 15) : "C’est une vérité certaine, etc." La première partie se subdivise en trois : L’Apôtre rappelle d’abord la dignité qu’il a obtenue sous l’Evangile; ensuite les péchés dont il a été l’esclave sous l’empire de la loi ; (verset 13) : "Moi qui étais auparavant un blasphémateur;" enfin, comment il en a été délivré, (verset 13) : "Mais j’ai obtenu de Dieu miséricorde, etc."

I. Pour être ministre de l’Evangile, il faut trois choses : D’abord que cet Evangile vous soit confié ; (Rm X, 15) : "Comment prêcheront-ils, s’ils ne sont envoyés, etc." Ensuite l’aptitude; il faut que le ministre soit fidèle ; (I Corinthiens IV, 2) : "Or, ce qui est à désirer parmi les dispensateurs, c’est qu’ils soient trouvés fidèles." Enfin la force pour accomplir la mission. Or, l’Apôtre énonce ces trois conditions dans un ordre rétrograde. Il place en premier lieu la troisième condition (verset 12) : "[Je rends grâces à Notre Seigneur Jésus-Christ] qui m’a fortifié," pour que je mène à bien la charge qu’il m’a imposée. (Ezéch., III, 14) : "La main du Seigneur était avec moi qui me fortifiait." Ensuite la seconde, (verset 12) : "de ce qu’il m’a jugé fidèle, etc.," ; (Mt XXIV, 45) : "Le serviteur fidèle et prudent, que son maître a établi sur ses domestiques, etc." Et ce dernier point parce que l’Apôtre ne cherchait que les intérêts de Dieu. Enfin il rappelle la première lorsqu’il dit (verset 12) : "En m’établissant dans son ministère, etc." c’est-à-dire, en me le confiant. (Actes XIII, 2) : "Mettez-moi à part Paul et Barnabé pour l’oeuvre à laquelle je les ai destinés" ; (2 Co XI, 23) : "Sont-ils ministres de Jésus-Christ ? [J’ose dire que] je le suis [encore plus qu’eux]."

II. Mais qu’était Paul, sous l’empire de la Loi ? Il était pécheur. D’abord à l’égard de Dieu; et il le dit (verset 13) : "Moi qui étais auparavant un blasphémateur," à savoir, du nom de Jésus-Christ (Lévit., XX, 14) : "Faites sortir hors du camp ce blasphémateur; que tous ceux qui ont entendu, lui mettent les mains sur la tête, et qu’il soit lapidé par tout le peuple." Il méritait donc ce châtiment. A l’égard du prochain, il était (verset 13) : "Un persécuteur" ; (1 Co XV, 9) : "Je ne suis pas digne d’être appelé Apôtre, parce que j’ai persécuté l’Église de Dieu." De plus (verset 13) : "Un insolent," en paroles et en actions ; (Jérémie, XX, 10) : "J’ai en tendu les propos méchants d’un grand nombre de personnes, etc."

III. Quand il ajoute (verset 13) : "Mais j’ai obtenu de Dieu miséricorde," Paul fait voir comment il a été délivré par Jésus-Christ. Sur ce sujet, il subdivise :

1° Il montre donc en premier lieu la miséricorde qui le délivre; secondement qu’il a été surabondamment rempli de grâces (verset 14) : "Mais la grâce a surabondé." Sur le premier de ces points, il dit (verset 13) : "Mais j’ai obtenu la miséricorde de Dieu" ; (Lam. III, 22) : "Si nous n’avons pas été perdus entièrement, c’est l’effet de la miséricorde du Seigneur" ; (Romains IX, 18) : "Il fait miséricorde à qui il lui plaît et il endurcit qui il veut." Cependant il y a, de mon côté, une sorte d’excuse à mon péché, (verset 13) : "parce que j’ai fait tous ces maux par ignorance." Il dit moins pour donner à entendre davantage. Car autre chose est de faire quelque chose dans l’état d’ignorance, autre chose de le faire par ignorance. On agit dans l’état d’ignorance, quand on ne sait pas ce que l’on fait, tout en étant disposé, d’ailleurs, à le faire encore, quand même on saurait ce que l’on fait. Ainsi, par exemple, on croit tuer une bête sauvage, et l’on tue son ennemi, que l’on tuerait également et même plus volontiers, si l’on savait qu’il fût là présent. Mais on agit par ignorance quand on fait une chose que l’on ne ferait pas si on était instruit; comme celui qui tue son père, qu’il ne tuerait pas, s’il le reconnaissait. Il l’a tué, parce qu’il croyait que c’était son ennemi. Or, Paul a agi par ignorance, car s’il avait su que le Christ était le Fils de Dieu, il ne se fût pas conduit comme il l’a fait. Mais ce n’est pas par ignorance que les Juifs ont mis à mort Jésus-Christ; ils l’ont fait dans l’état d’ignorance, car s’ils eussent su qu’il était le Fils de Dieu, ils l’eussent mis à mort plus volontiers encore ; (Luc, XII, 47) : "Le serviteur qui aura su la volonté de son maître, et qui ne se sera pas tenu prêt et n’aura pas agi selon ses ordres, sera battu de plusieurs coups, etc."

2° Sur le second point, il dit (verset 14) : "[Et la grâce de Notre Seigneur Jésus-Christ] s’est répandue sur moi avec abondance" ; (Rm V, 20) : "Où il y eu abondance de péché, il y a eu surabondance de grâce" ; (verset 14) : "en me remplissant de la foi et de la charité," car il a fait produire à la foi ses effets par la charité qui opère (verset 14), "laquelle est en Notre Seigneur Jésus-Christ" ; (Galat., III, 14) : "…en Jésus-Christ afin que nous recevions par la foi le Saint-Esprit qui nous avait été promis."


[2] Au sens de "foi vivante par la charité." (Concile de Trente). La foi seule est une simple étape vers la justification.


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