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Leçon 4 — Romains 11, 25-32 — Les juifs signes de la fin des temps
SOMMAIRE : L’Apôtre explique comment, par le jugement de Dieu, les Juifs se convertiront à la fin des temps, quand la plénitude des nations sera entrée dans l’Eglise. Les dons de Dieu et sa vocation sont sans repentance.

[n° 913] 25 Car je ne veux pas, frères, que vous ignoriez ce mystère, afin que vous ne soyez pas sages à vos propres yeux, c’est que l’aveuglement est venu pour une partie d’Israël, jusqu’à ce que la plénitude des nations païennes soit entrée,

[n° 916] 26 et alors tout Israël sera sauvé, [n° 917] selon qu’il est écrit : "Il viendra de Sion celui qui délivrera et qui détournera l’impiété de Jacob."

[n° 920] 27 Et telle sera mon alliance avec eux, lorsque j’aurai enlevé leurs péchés.

[n° 921] 28 Selon l’Evangile, il est vrai, ils sont ennemis à cause de vous; mais selon l’élection, ils sont très aimés à cause de leurs pères.

[n° 924] 29 Car les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance.

[n° 930] 30 De même, en effet, que jadis vous-mêmes n’avez pas cru à Dieu, et que maintenant vous avez obtenu miséricorde à cause de leur incrédulité,

[n° 931] 31 ainsi eux maintenant n’ont pas cru, par suite de la miséricorde <exercée> envers vous, afin qu’eux aussi obtiennent miséricorde.

[n° 932] 32 Car Dieu a renfermé tout dans l’incrédulité, afin de faire miséricorde à tous.

912. — Après avoir fait entrer les Gentils dans la connaissance des jugements divins, qui manifestent la bonté et la sévérité de Dieu [n° 903], comme s’ils n’étaient pas encore capables de considérer ce qui a été dit, <l’Apôtre> expose ici ce qu’il en pense lui-même. Et

I) Il expose d’abord un fait.

II) Puis, il le prouve [n° 917] : selon qu’il est écrit, etc.

III) Enfin, il en donne la raison [n° 930] : 30 De même, en effet, etc.

913. — I. Sur le premier de ces points il fait trois choses

A. Il expose son intention, en disant : La raison pour laquelle je vous ai amenés à considérer la bonté et la sévérité de Dieu, c’est que ne veux pas, frères, que vous ignoriez ce mystère, car vous ne pouvez pas comprendre tous les mystères. C’est en effet le propre des parfaits, auxquels le Seigneur dit : "Pour vous, il vous a été donné de connaître le mystère du royaume de Dieu." — "Je ne vous cacherai pas les secrets de Dieu " Mais l’ignorance du mystère vous serait dommageable "Si quelqu’un l’ignore, il sera ignoré."

914. — B. <L’Apôtre> donne ensuite la raison de son intention : afin que vous ne soyez pas sages à vos propres yeux, c’est-à-dire pour que vous ne présumiez pas de votre propre sens et qu’en condamnant les autres d’après ce sens, vous vous préfériez à eux : "Ne soyez pas prudents à vos propres yeux."

— "Malheur à vous qui êtes sages à vos yeux, et qui êtes prudents vis-à-vis de vous-mêmes 1!"

915. — C. Enfin <l’Apôtre> expose ce qu’il veut établir :

1. Premièrement, quant à la chute particulière des Juifs, lorsqu’il dit : c’est que l’aveuglement est venu pour Israël, non pas dans sa totalité, mais en partie, comme on l’a montré plus haut. <Il est écrit dans le livre d’> Isaïe : "Aveugle le cœur de ce peuple "

2. Deuxièmement, il indique le terme de cet aveuglement, en disant : jusqu'à ce que soit entrée, à savoir dans la foi, la plénitude des nations païennes, c’est-à-dire non seulement quelques-unes d’entre les nations païennes en particulier, comme celles qui s’étaient alors converties, mais que dans la totalité, ou au moins dans la plus grande partie, l’Eglise soit fondée : "Au Seigneur est la terre et sa plénitude." Or, on dit des Gentils convertis à la foi qu’ils entrent, comme si à partir des choses extérieures et visibles, qui étaient l’objet de leur vénération, <ils entraient> dans la réalité spirituelle et dans la volonté divine "Entrez en sa présence dans l’exultation."

916. — Il faut noter que cette conjonction "jusqu’à ce que" peut désigner la cause de l’aveuglement des Juifs[854]. Car Dieu a permis qu’ils soient aveuglés pour que la plénitude des nations entre, comme on le voit d’après ce qui précède. Il peut aussi désigner le terme, à savoir que l’aveuglement des Juifs durera jusqu’alors, jusqu’à ce que la plénitude des nations entre dans la foi. Et cette interprétation s’accorde avec ce que <l’Apôtre> ajoute ci-après à propos du remède futur des Juifs, lorsqu’il dit : 26 et alors, c’est-à-dire lorsque la plénitude des nations sera entrée, tout Israël sera sauvé, non en partie comme jusqu’à maintenant, mais tous universellement : "Je les sauverai par le Seigneur leur Dieu " — " Il reviendra et il aura pitié de nous."

917. — II. Ensuite, lorsqu’il dit : selon qu’il est écrit, <l’Apôtre> prouve ce qu’il avait dit à propos du salut futur des Juifs.

Et :

A) D’abord, par l’autorité <scripturaire>.

B) Puis, par un raisonnement [n° 921] Selon l’Evangile, etc.

918. — A. Je commence donc par dire que tout Israël sera sauvé, selon qu’il est écrit dans <le livre d’>Isaïe, là où notre version lit : "Un rédempteur viendra de Sion, et pour ceux qui dans Jacob reviennent de l’iniquité, dit le Seigneur. Voici mon alliance avec eux, dit le Seigneur." Mais l’Apôtre cite ce passage selon la version de la Septante[855] et fait allusion à trois choses mentionnées ici.

1. En premier lieu, à l’avènement du Sauveur, lorsqu’il dit : Il viendra, à savoir Dieu fait homme pour nous sauver, de Sion, c’est-à-dire du peuple juif, lequel est indiqué par le <mot> "Sion", qui était la citadelle de Jérusalem, la métropole de la Judée. Ce qui fait dire <au prophète> Zacharie : < pleinement, fille de Sion; jubile, fille de Jérusalem; voici que ton roi viendra à toi, juste et sauveur." <Et à l’Apôtre> Jean : "Le salut vient des Juifs." Ou bien il dit qu’il viendra de Sion, non parce qu’il y est né, mais parce que c’est de là que sa doctrine s’est répandue dans le monde entier, après que les apôtres eurent reçu l’Esprit-Saint au cénacle de Sion : "De Sion sortira la Loi."

919. — 2. En deuxième lieu, <il fait allusion> au salut offert aux Juifs par le Christ, en disant : celui qui arrachera et qui détournera l’impiété de Jacob. L’arrache ment peut se rapporter à la libération de la peine : "Il a arraché mon âme à la mort " tandis que le détournement de l’impiété de Jacob peut se rapporter à la libération de la faute : "Le Seigneur détournera la captivité de son peuple." Ou bien l’un et l’autre se rapportent à la libération de la faute, mais <l’Apôtre> dit : celui qui arrachera, à cause du petit nombre qui s’est maintenant converti, avec difficulté et comme avec une sorte de violence

"Comme si le pasteur arrachait de la gueule du lion deux jambes ou un bout d’oreille, ainsi seront arrachés les fils d’Israël." Il dit d’autre part : qui détournera l’impiété de Jacob, pour montrer la facilité de la conversion des Juifs à la fin du monde : "Quel Dieu est semblable à toi, qui ôtes l’iniquité, et passes sous silence le péché des restes de ton héritage

920. — 3. En troisième lieu, <il montre> le mode du salut, lorsqu’il dit : 27. — Et telle sera mon alliance, à savoir la nouvelle, avec eux, lorsque j’aurai enlevé leurs péchés. Car l’ancienne Alliance n’enlevait pas les péchés, parce que selon ce passage de <l’épître aux> Hébreux : "Il est impossible que les péchés soient enlevés par du sang de taureaux et de boucs." Voilà pourquoi, à cause de l’imperfection de l’ancienne Alliance, une nouvelle Alliance leur est promise : "Je ferai une nouvelle Alliance avec la maison d’Israël et avec la maison de Juda." Cette Alliance nouvelle sera efficace pour la rémission du péché par le sang du Christ : "Ceci est mon sang, le sang de la nouvelle Alliance, qui sera répandu pour une multitude en rémission des péchés." — "Il laissera de côté nos iniquités, et il jettera au fond de la mer tous nos péchés."

921. — B. En disant ensuite : 28 Selon l’Evangile, etc., <l’Apôtre> prouve sa proposition par un raisonnement. Et

1) Il commence par donner sa preuve.

2) Puis, il écarte une objection [n° 924] : 29 Car les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance.

922. — 1. Il commence donc par dire que leurs péchés seront enlevés et qu’après avoir péché ils sont manifestement ennemis du Christ. Selon l’Evangile, il est vrai, ils sont ennemis, c’est-à-dire en ce qui concerne la doctrine de l’Evangile qu’ils attaquent, à cause de vous, c’est-à-dire que <leur attaque> tourne à votre avantage, comme on l’a dit plus haut." D’où ces paroles de Luc : "Quant à mes ennemis, qui n’ont pas voulu que je règne sur eux, amenez-les ici et tuez-les devant moi " — "Mais main tenant ils ont vu <mes œuvres>, et ont haï et moi et mon Père " Ou bien il dit Selon l’Evangile, parce que leur inimitié est utile à l’Evangile, dont la prédication, à cause de cette inimitié, se répand de tous côtés : "Par la parole de la vérité de l’Evangile, qui vous est parvenu, comme il est aussi répandu dans le monde entier, où il fructifie et croît."

923. — Mais ils sont très aimés de Dieu à cause de leurs pères, et cela selon l’élection, c’est-à-dire qu’à cause de la grâce de leurs pères <Dieu> a choisi leur postérité : "Il a choisi leur postérité après eux." Il ne faut pas comprendre ces paroles comme si les mérites accordés aux pères eussent été la cause de l’élection éternelle des fils, mais que Dieu de toute éternité a choisi gratuitement les pères et les fils, en ordonnant cependant que les fils obtiendraient le salut à cause de leurs pères; non point comme si les mérites des pères suffisaient au salut des fils, mais <l’Apôtre> dit cela à cause d’une surabondance de la grâce divine et de la miséricorde, que <Dieu> a si largement prodiguée aux pères, qu’en raison des promesses qui leur ont été faites, leurs fils aussi seraient sauvés. Ou bien il faut comprendre : selon l’élection, c’est-à-dire quant aux élus de ce peuple, comme on l’a dit plus haut : "Ce que recherchait Israël il ne l’a pas obtenu; mais l’élection l’a obtenu " S’ils sont très aimés du Seigneur, il est raisonnable qu’ils soient sauvés par Dieu, selon ce passage d’Isaïe "L’œil n’a pas vu, ô Dieu, toi excepté, ce que tu as préparé à ceux qui t’attendent."

924. — 2. Lorsqu’il dit : 29 Car les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance, etc., <l’Apôtre> écarte une objection. En effet, on pourrait objecter en disant : que les Juifs, bien qu’autrefois très aimés <de Dieu> à cause de leurs pères, étaient cependant empêchés d’être sauvés dans l’avenir, à cause de l’inimitié dont ils faisaient preuve contre l’Evangile. Mais l’Apôtre affirme que cette objection est erronée, en disant : Car les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance, autrement dit quand Dieu donne aux uns ou qu’il appelle les autres, c’est sans repentance, parce que Dieu ne s’en repent pas, selon ce passage du premier livre des Rois : "Le triomphateur en Israël n’épargnera point et il ne sera pas touché de repentir." <Et selon ce verset d’un psaume> : "Le Seigneur l’a juré et il ne s’en repentira point."

925. — Mais cela semble faux, car le Seigneur dit : "Je me repens d’avoir fait l’homme." Et encore : "Je parlerai d’une nation et d’un royaume, afin de l’édifier et de l’affermir. Et s’il fait le mal à mes yeux et n’écoute point ma voix, je me repentirai du bien que j’ai dit que je lui ferai."

Réponse. De la même manière qu’on dit que le Seigneur s’est mis en colère[856], non qu’il y ait en lui le trouble de la colère, mais parce qu’il se comporte à la manière d’un homme irrité quant à l’effet de la punition, ainsi dit-on parfois qu’il se repent, non comme s’il y avait en lui un changement <dû au> repentir, mais parce qu’il se comporte à la manière de celui qui se repent, quand il change ce qu’il avait fait.

926. — Mais il semble encore que les dons et l’appel ne soient pas sans repentance, puisque les dons divinement accordés se perdent fréquemment, selon cette parole de Matthieu : "Reprenez-lui donc le talent et donnez-le à celui qui a dix talents." L’appel de Dieu est aussi quelquefois, semble-t-il, sujet au changement, puisqu’il est écrit : "Beaucoup sont appelés, mais peu sont élus."

On répondra que <le mot> "don" est pris ici pour la promesse, qui se fait selon la prescience ou la prédestination de Dieu; tandis que <le mot> "appel" est pris ici pour l’élection, attendu qu’en raison de la certitude de l’un et de l’autre Dieu donne déjà en quelque sorte ce qu’il promet, et il appelle déjà en quelque sorte ceux qu’il a choisis. Toutefois le don de Dieu, même temporel, et son appel temporel, ne sont pas annulés par le changement de Dieu, qui se repentirait, mais par le changement de l’homme, qui rejette la grâce de Dieu, selon ce passage de <l’épître aux> Hébreux : "Veillant à ce que personne ne manque à la grâce de Dieu."

927. — On peut encore[857] comprendre ce qu’on vient de dire d’une autre manière Nous disons que les dons de Dieu accordés dans le baptême et l’appel par lequel le baptisé est appelé à la grâce sont sans repentance du côté de l’homme baptisé[858]. <L’Apôtre> parlerait ainsi pour qu’on ne désespère pas du salut futur des Juifs, étant donné qu’ils ne semblent pas se repentir de leur péché[859].

Mais en sens contraire Pierre dit ces paroles : "Faites pénitence, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ, en rémission de vos péchés, et vous recevrez le don de l’Esprit-Saint."

Il faut répondre qu’il y a une double pénitence : l’une intérieure, l’autre extérieure[860]. <La pénitence> intérieure consiste dans la contrition du cœur, par laquelle on s’afflige de ses péchés passés, et cette pénitence est requise chez le baptisé, parce que, comme le dit Augustin dans <son sermon sur> la pénitence "Nul, à partir du moment où il est établi arbitre de sa volonté, ne peut commencer une vie nouvelle à moins qu’il ne se repente de l’ancienne[861]", autrement il s’approcherait du baptême avec simulation (fictus)[862]. La pénitence extérieure, en revanche, consiste dans la satisfaction extérieure qui n’est pas requise chez le baptisé, parce que par la grâce baptismale l’homme est libéré non seulement de la faute[863], mais aussi de toute la peine[864], par la vertu de la passion du Christ qui a satisfait pour les péchés de tous, comme on l’a dit plus haut : "nous tous qui avons été baptisés en Jésus-Christ, c’est en sa mort que nous avons été baptisés." Aussi est-il dit : "Par le baptême de régénération et de renouvellement de l’Esprit-Saint, qu’il a répandu sur nous en abondance par Jésus-Christ Notre Sauveur[865]."

928. Cependant,[866] comme les clefs de l’Eglise et tous les autres sacrements opèrent aussi par la vertu de la passion du Christ, il semble que pour la même raison tous les autres sacrements libèrent l’homme de la faute et de toute la peine.

Il faut répondre que la passion du Christ opère dans le baptême par mode de régénération, ce qui requiert de l’homme qu’il meure totalement à la première vie pour recevoir la vie nouvelle. C’est la raison pour laquelle dans le baptême toute l’obligation à la peine, qui appartient à la vétusté de la première vie, est enlevée. Mais dans les autres sacrements la vertu de la passion du Christ opère par mode de guérison, comme dans la pénitence. Or la guérison ne requiert pas qu’aussitôt tous les restes de l’infirmité soient enlevés. La même raison vaut pour les autres sacrements.

929. — Toutefois, comme la confession des péchés appartient à la pénitence extérieure, on peut se demander si la confession des péchés est requise chez le baptisé. Il semble que oui, car il est dit dans <l’évangile de> Matthieu que les gens "étaient baptisés par Jean en confessant leurs péchés."

Il faut répondre que le baptême de Jean était un baptême de pénitence, parce qu’en le recevant on s’engageait en quelque sorte à faire pénitence de ses péchés[867]. Il convenait donc qu’ils confessent <leurs péchés> afin qu’une pénitence proportionnée à la mesure du péché leur soit infligée. Mais le baptême du Christ est le baptême de la rémission de tous les péchés, en sorte qu’il ne reste à acquitter chez le baptisé aucune satisfaction pour les péchés passés. Voilà pourquoi la confession vocale n’est nullement nécessaire. Si cette confession est nécessaire pour le sacrement de pénitence, c’est afin que le prêtre, par le pouvoir des clefs, lie ou délie le pénitent comme il convient (convenienter)[868].

930. III. Lorsqu’il dit : 30 De même, en effet, etc., <l’Apôtre> donne la raison du salut futur des Juifs après leur incrédulité.

Et :

A) Il expose d’abord une similitude entre le salut de l’un et l’autre peuple.

B) Puis, il montre la raison de cette similitude [n° 932] : 32 Car Dieu a renfermé, etc.

931. — A. Il commence donc par dire : J’affirme que tout Israël sera sauvé, bien que maintenant ils soient ennemis. De même, en effet, que jadis vous-mêmes, Gentils, vous n‘avez pas cru à Dieu ("Vous étiez en ce temps-là sans Christ, séparés de la cité d’Israël, étrangers aux alliances, n’ayant point l’espérance de la promesse, et sans Dieu en ce monde ") — et que maintenant vous avez obtenu miséricorde

— (" les nations honorent Dieu pour sa miséricorde." Et encore "J’aurai pitié de celle qui fut sans miséricorde ") — et cela à cause de leur incrédulité, qui fut la cause occasionnelle de votre salut, comme on l’a dit plus haut, 3! ainsi eux, c’est-à-dire les Juifs, maintenant, c’est-à-dire au temps de la grâce, n'ont pas cru, à savoir au Christ "Pourquoi ne me croyez-vous pas ?" Et c’est ce que "Apôtre> ajoute : par suite de la miséricorde <exercée> envers vous, c’est-à-dire par suite de la grâce du Christ, par laquelle vous avez obtenu miséricorde "Il nous a sauvés selon sa miséricorde." Ou bien n'ont pas cru, afin de parvenir ainsi à votre miséricorde. Ou encore : n’ont pas cru, ce qui a tourné occasionnellement à votre miséricorde, afin qu’eux aussi obtiennent un jour miséricorde. — < Le Seigneur aura pitié de Jacob."

932. B. En disant : 32 Car Dieu a renfermé, etc., <l’Apôtre> donne la raison de cette similitude : c’est parce que Dieu a voulu que sa miséricorde ait lieu à l’égard de tous. Tel est bien ce qu’ajoute <l’Apôtre> : Car Dieu a renfermé, c’est-à-dire a permis que tout, c’est-à-dire tout le genre humain, Juifs aussi bien que Gentils, soit renfermé dans l’incrédulité, comme dans une chaîne d’erreur "D’une même chaîne de ténèbres tous étaient liés." — afin de faire miséricorde à tous, c’est-à-dire afin que sa miséricorde ait lieu à l’égard de tout le genre humain : "Tu fais miséricorde â tous, Seigneur." Parole qu’il ne faut assurément pas étendre aux démons, selon l’erreur d’Origène[869], ni même à tous les hommes pris individuellement, mais à toutes les classes d’hommes. Car cette extension (distributio) s’applique aux diverses classes d’hommes et non à chacun des hommes compris dans ces classes. Aussi la raison pour laquelle Dieu veut que tous soient sauvés par sa miséricorde, c’est afin qu’ils trouvent en cela un sujet de s’humilier et qu’ils attribuent leur salut non à eux-mêmes, mais à Dieu : "Ta perte <vient de toi>, Israël c’est seule ment en moi qu’est ton secours." <Et encore> : "que toute bouche soit fermée et que tout le monde devienne soumis à Dieu "


Leçon 5 — Romains 11, 33-36 — Hymne à la mystérieuse providence de Dieu
SOMMAIRE : L’Apôtre pousse un cri d’admiration sur les jugements de Dieu et sur les profondeurs infinies de sa sagesse; il termine l’exposition du mystère de la prédestination.

[n° 934] Ô abîme des richesses de la sagesse et de la science de Dieu ! Que ses jugements sont incompréhensibles, et ses voies insondables

[n° 938] 31 Car qui a connu la pensée du Seigneur ? Ou qui a été son conseiller ?

[n° 940] Ou qui, le premier, lui a donné, et sera rétribué ?

[n° 942] Puisque c’est de lui, et par lui, et en lui, que sont toutes choses; à lui la gloire dans les siècles des siècles. Amen.

933. — Plus haut, l’Apôtre s’est efforcé de donner la raison des jugements divins, par lesquels les nations païennes comme les Juifs obtiennent miséricorde après leur incrédulité [n° 903]; comme s’il reconnaissait maintenant son incapacité à les sonder, il pousse un cri d’admiration devant l’excellence divine. Et

I) II commence par admirer l’excellence divine.

II) Puis, il prouve ce qu’il avait dit [n° 938] u Car qui a connu, etc.

I. Sur le premier point, il admire l’excellence de la sagesse divine

A) D’abord considérée en elle-même.

B) Puis, comparée à nous [n° 937] : Que ses jugements sont incompréhensibles.

934. — A. Il[870] admire l’excellence de la connaissance divine.

1. En premier lieu, quant à son abîme, en disant : 33 O abîme des richesses de la sagesse et de la science de Dieu! — "<Sa> profondeur est un abîme, qui la trouvera ?" Et : "Le trône de la gloire est un abîme depuis le commencement." Or on peut considérer cet abîme sous trois rapports

a. D’abord, quant à l’objet de la connaissance, à savoir en tant que Dieu se connaît lui-même parfaitement[871] "C’est moi qui habite dans les abîmes les plus profonds."

b. Ensuite, quant au mode de connaissance, à savoir en tant que par lui-même <Dieu> connaît toutes choses[872] — "Il s’est penché du haut de son lieu saint, le Seigneur a regardé du ciel sur la terre."

c. Enfin, quant à la certitude de la connaissance : "Les yeux du Seigneur sont beaucoup plus lumineux que le soleil, explorant du regard toutes les voies de l’homme et le profond de l’abîme, et examinant les cœurs des hommes jusque dans les parties les plus cachées."

935. — 2. En deuxième lieu, <l’Apôtre> admire l’excellence de la connaissance divine quant à sa plénitude, lorsqu’il dit : des richesses. — "Sagesse et science sont des richesses de salut." Cette plénitude peut être considérée sous trois rapports :

a. D’abord, sous le rapport de la multitude des choses connues, c’est-à-dire que <Dieu> connaît toutes choses : "Seigneur, tu sais toutes choses." — "En lui sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science."

b. Ensuite, sous le rapport de sa facilité de connaître, puisque son regard embrasse aussitôt toutes choses sans recherche et sans difficulté : "Tout est à nu et à découvert à ses yeux."

c. Enfin, sous le rapport de l’abondance de la connaissance, puisque <Dieu> la communique à tous en abondance : "Si quelqu’un d’entre vous manque de sagesse, qu’il la demande à Dieu, qui donne à tous en abondance."

936. — 3. En troisième lieu, <l’Apôtre> admire l’excellence divine quant à sa perfection, lorsqu’il dit : de sagesse et de science de Dieu. Car <Dieu> a la sagesse des choses divines : "En lui sont la force et la sagesse ", et la science des choses créées "Celui qui sait toutes choses la connaît[873]."

937. — B. Lorsqu’il dit : Que ses jugements sont incompréhensibles, <l’Apôtre> montre l’excellence de la sagesse divine en la comparant à notre intelligence.

1. Et premièrement quant à la sagesse, à laquelle il appartient de juger et d’ordonner. Aussi <l’Apôtre> dit-il : Que ses jugements sont incompréhensibles, c’est-à-dire l’homme ne peut comprendre la raison des jugements divins, puisqu’ils se cachent dans la sagesse de Dieu : "Tes jugements sont un abîme profond" — "Comprendras-tu peut-être les traces de Dieu et découvriras-tu la perfection du Tout-Puissant ?"

2. Deuxièmement, quant à la science, par laquelle il opère dans les choses. Aussi ajoute-t-il : et insondables, c’est-à-dire que l’homme ne peut sonder parfaitement, ses voies, c’est-à-dire comment il procède pour opérer dans les créatures. Quand ces créatures elles-mêmes seraient connues de l’homme, cependant le mode selon lequel Dieu opère en elles ne peut être compris de l’homme : "Dans la mer a été ta voie, dans la multitude des eaux tes sentiers, et tes traces ne seront pas connues." — "Par quelle voie se répand la lumière et se distribue la chaleur sur la terre."

938. — II. Lorsqu’il ajoute : 34 Car qui a connu, etc., <l’Apôtre> prouve ce qu’il avait dit. A cet effet, il cite deux autorités <scripturaires>, dont l’une se trouve dans <le livre d’>Isaïe. On y lit selon notre version 12. — "Qui a aidé l’Esprit du Seigneur, ou qui a été son conseiller ?" au lieu de ce qui est écrit ici : Car qui a connu la pensée du Seigneur ? Ou qui a été son conseiller [874] ?" L’autre autorité <scripturaire> se trouve dans <le livre de> Job. <On y lit selon notre version> : "Qui m’a donné le premier, afin que je lui rende ?" au lieu de ce qui est écrit ici : Ou qui, le premier, lui a donné et sera rétribué ? Or dans ces paroles comme dans celles qui suivent, l’Apôtre fait trois choses :

939. — A. Il montre en premier lieu l’excellence de la sagesse divine, en la comparant à notre intelligence, en disant : On a dit : Que ses jugements sont incompréhensibles, et ses voies insondables! <Et il ajoute aussitôt> : Car qui a connu la pensée du Seigneur ?, c’est-à-dire par laquelle il juge et procède pour opérer; autrement dit, personne, à moins qu’elle ne lui soit révélée : "Qui pourra connaître ta pensée, si tu ne donnes toi-même la sagesse, et si tu n’envoies ton Esprit-Saint du plus haut des cieux ? "Et : "Nul ne connaît ce qui est de Dieu, sinon l’Esprit de Dieu." Or "Dieu nous l’a révélé par son Esprit."

940. — B. En deuxième lieu, <l’Apôtre> montre l’excellence de la sagesse divine, selon qu’elle renferme un abîme en elle-même, abîme qui est le propre du principe suprême, lequel se caractérise de deux manières :

1) D’abord, en ce qu’il ne dépend d’aucun autre.

2) Puis, parce que les autres <principes> dépendent de lui.

L’Apôtre montre ces caractères <en disant :> [n° 942] : 36 Puisque c’est de lui, etc.

941. — 1. Que la sagesse de Dieu ne dépend pas d’un principe plus élevé, <l’Apôtre> le montre de deux manières[875]

a. D’abord, parce qu’elle n’est pas instruite par un conseil étranger. Aussi dit-il : Ou qui a été son conseiller ? Autrement dit, personne. Car celui-là a besoin d’un conseil qui ne sait pas tout à fait comment il faut agir; ce qui ne s’applique pas à Dieu : "A qui as-tu donné conseil ? sans doute à celui qui n’a pas de sagesse." — "Qui a assisté au conseil du Seigneur ?"

b. Ensuite, parce qu’elle n’est pas aidée par un don étranger. Aussi dit-il : Ou qui, le premier, lui a donné, et pour cela sera rétribué comme s’il lui avait donné le premier ? Comme s’il disait : personne. En effet, l’homme ne peut donner à Dieu que ce qu’il a reçu de Dieu : "Tout est à toi, et c’est de ta main que nous avons reçu ce que nous t’avons donné." — "Si tu agis justement, que lui donneras-tu, ou que recevra-t-il de ta main ? "

942. — 2. En disant[876] ensuite 10. — 36 Puisque c’est de lui, etc., <l’Apôtre> montre l’abîme de Dieu, en tant qu’en lui sont toutes choses.

a) Et il montre d’abord sa causalité.

b) Puis, sa dignité[877] [n° 950] : A lui l’honneur et la gloire.

c) Enfin, sa perpétuité [n° 951] : Dans les siècles des siècles. Amen.

943. — a. [878]Il commence donc par dire : J’ai dit à juste titre que personne ne lui a donné le premier, puisque c’est de lui, et par lui, et en lui, que sont toutes choses. Et ainsi rien ne peut exister sans l’agrément de Dieu.

Or pour désigner la causalité de Dieu, <l’Apôtre> se sert de trois prépositions, qui sont "de" ou "à partir de" (ex), "par" (per), et "en" (in).

— La préposition " de" ou "à partir de" (ex) indique le principe du mouvement, et cela de trois manières : D’abord en désignant le principe même de l’action ou du mouvement; ensuite la matière même; enfin, dans l’opposition des termes contraires <de tout processus>, le terme même à partir duquel se produit le mouvement. On dit en effet que le couteau se fait à partir du fabricant, à partir du fer, et à partir de ce qui n’a pas encore la forme de couteau. Toutefois, l’ensemble des êtres créés n’a pas été fait à partir d’une matière préexistante, puisque la matière est elle-même l’effet de Dieu. Il s’ensuit qu’on ne dit pas, de tous les êtres créés, qu’ils existent à partir de quelque chose, mais que, comme à partir d’un terme opposé, ils existent à partir de rien, car ils n’étaient rien avant que la création ne les fasse passer à l’existence : "Nous sommes nés de rien." Mais c’est à partir de Dieu, comme de leur premier agent, que tous les êtres viennent à l’existence : "Et toutes choses viennent de (ex) Dieu

944. — Il faut noter, il est vrai, que la préposition <latine> de semble désigner les mêmes relations (que la préposition ex) elle y ajoute cependant quelque chose : elle désigne toujours la consubstantialité de la cause (et de l’effet). Ainsi nous disons que le couteau est de fer, nous ne disons pas qu’il est du (de) fabricant; puis donc que le fils procède du père en tant qu’il lui est consubstantiel, nous disons que le fils est du père. Mais les créatures ne procèdent pas de Dieu comme si elles lui étaient consubstantielles; aussi ne dit-on pas qu’elles sont de (de) lui, mais qu’elles sont à partir de (ex) lui

945. — Quant à la préposition "par" (per), elle désigne la cause de l’opération, mais parce que l’opération est intermédiaire entre celui qui fait et ce qui est fait, cette préposition peut désigner de deux manières la cause de l’opération.

Selon une première manière, en tant que l’opération vient de celui qui opère c’est ainsi que l’on dit opérer par soi-même quand on est soi-même la cause qui fait opérer. Cela appartient, dans un sens, à la forme, comme nous disons que le feu réchauffe par la chaleur. Selon une autre manière, en tant que l’opération est l’acte d’un agent supérieur, par exemple lorsque nous disons que l’homme engendre par la vertu du soleil, ou plutôt par celle de Dieu[879].

Ainsi donc toutes choses sont dites être par lui de deux manières : D’abord, comme par un premier agent, par la vertu duquel toutes les autres choses agissent : "Par moi règnent les rois."

Ensuite, en tant que sa sagesse, qui est son essence, est la forme par laquelle Dieu a fait toutes choses, selon ce passage des Proverbes : "Le Seigneur, par la sagesse, a fondé la terre."

946. — Selon[880] un autre sens, cette préposition "par" désigne la cause de l’opération, non en tant que l’opération résulte de celui qui opère, mais en tant qu’elle se termine à une œuvre. On dit ainsi que l’ouvrier fabrique le couteau par (per) son marteau; ce qui ne signifie pas que le marteau opérerait avec l’ouvrier, comme on l’a expliqué au <paragraphe> précédent, mais parce que, pour faire le couteau, l’ouvrier opère au moyen (per) du marteau. Et voilà pourquoi on dit que cette préposition "par" désigne l’autorité, tantôt directement, lorsqu’on dit par exemple : Le roi opère par le bailli — ce qui concerne le cas dont nous parlons maintenant —, tantôt dans son principe causal, lorsqu’on dit par exemple : le bailli opère de par le roi ce qui concerne le mode (causal) du <para graphe> précédent. Or, s’agissant du mode (causal) dont nous parlons maintenant, on dit que le Père a fait toutes choses par le Fils, selon ce verset de Jean "Toutes choses ont été faites par lui "; non que le Père tienne du Fils ce <pouvoir> qui fait les choses, mais plutôt parce que le Fils reçoit du Père la puissance de faire, non de manière instrumentale, ou moindre, ou différente, mais principale, égale et semblable : "Tout ce que <le Père> fait, cela aussi le Fils le fait pareillement." Par conséquent, bien que le Père fasse toutes choses par le Fils, le Fils n’est ni l’instrument ni le ministre du Père[881].

947. — Quant à la préposition "dans" (in), elle désigne aussi une triple relation causale

Elle désigne d’abord la matière, à la manière dont nous disons que l’âme est dans le corps et la forme dans la matière. Dans ce sens, on ne peut pas dire que toutes choses sont en Dieu, parce qu’il n’est pas la cause matérielle des choses[882].

Ensuite, <cette préposition "dans"> désigne une relation de cause efficiente, cause qui a le pouvoir de disposer de ses propres effets. Dans ce sens on dit que toutes choses sont en <Dieu>, en tant que toutes choses sont sous sa puissance et à sa disposition, selon ce verset d’un psaume : "Dans sa main sont tous les confins de la terre." Et des Actes : "C’est en lui que nous vivons, que nous nous mouvons, et que nous sommes."

Enfin, <cette préposition "dans"> désigne une relation de cause finale, selon que tout le bien d’une chose et sa conservation résident dans son bien suprême. Dans ce sens on dit que toutes choses sont en Dieu, comme dans la bonté qui conserve "Toutes choses subsistent en lui."

948. - Quant à l’expression : "Toutes choses", elle doit être prise au sens absolu pour toutes les choses qui ont véritablement l’être[883]. Or les péchés n’ont pas véritablement d’être, mais ils sont péchés par défaut d’être, étant donné que le mal n’est rien si ce n’est la privation du bien. Ainsi, lorsque <l’Apôtre> dit : c’est de lui, et par lui, et en lui, que sont toutes choses, il ne faut pas entendre ce passage des péchés; en effet, selon Augustin, "le péché n’est rien et les hommes sont réduits à rien lorsqu’ils pèchent[884]." Cependant ce qu’il y a d’entité dans le péché, tout cela est de Dieu[885].

949. — Ainsi donc[886], d’après ce qui précède, toutes choses sont de lui, c’est-à-dire de Dieu, comme du premier pouvoir qui opère; toutes choses sont par lui, en tant qu’il fait toutes choses par sa sagesse; et toutes choses sont en lui, comme dans la bonté qui conserve. Or ces trois attributs, à savoir la puissance, la sagesse et la bonté, sont communs aux trois personnes; par conséquent la formule <de l’Apôtre> : de lui, et par lui, et en lui, peut être attribuée à chacune des trois personnes[887].

Cependant, la puissance, qui a le caractère de principe, est appropriée au Père, qui est le principe de toute divinité; la sagesse au Fils, qui procède en tant que Verbe, parce qu’il n’est autre chose que la Sagesse engendrée; la bonté est appropriée à l’Esprit-Saint, qui procède en tant qu’amour, dont l’objet est la bonté. Et c’est pourquoi nous pouvons dire par appropriation : de lui, c’est-à-dire du Père, par lui, c’est-à-dire par le Fils, en lui, c’est-à-dire en l’Esprit-Saint, sont toutes choses.

950. — b. Lorsqu’il dit : à lui l’honneur et la gloire, <l’Apôtre> montre la dignité de Dieu, qui consiste en deux choses mentionnées précédemment. Car du fait que de lui, et par lui, et en lui, sont toutes choses, l’honneur, le respect et la soumission lui sont dus par toute la création < Si donc moi <je suis> votre père, où est mon honneur ?" Mais du fait qu’il ne reçoit d’autrui ni conseil ni don, la gloire lui est due, comme en sens contraire il est dit à l’homme :" Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? Que si tu l’as reçu, pourquoi t’en glorifies-tu, comme si tu ne l’avais pas reçu" Et parce que c’est le propre de Dieu, il est dit dans <le livre d’>Isaïe : "Je ne donnerai pas ma gloire à un autre."

951. — c. En dernier lieu[888] <l’Apôtre> expose l’éternité <de Dieu>, lorsqu’il dit : dans les siècles des siècles, parce que sa gloire n’est pas transitoire, comme la gloire de l’homme, dont il est dit : "Toute sa gloire est comme la fleur du champ ", mais elle dure dans les siècles des siècles, c’est-à-dire à travers tous les siècles qui succéderont aux siècles, selon que par siècle on entend la durée de chaque chose. On appelle encore siècles des siècles, les siècles, c’est-à-dire la durée des choses incorruptibles, qui contient les siècles des choses corruptibles, et principalement l’éternité proprement dite de Dieu qui, bien qu’elle soit une et simple, peut cependant s’exprimer au pluriel, à cause de la multitude et de la diversité des siècles qu’elle contient, de sorte que le sens est dans les siècles qui contiennent des siècles "Ton règne est un règne de tous les siècles."

952. — <L’Apôtre> ajoute comme confirmation[889] : Amen, autrement dit : En vérité, il en est ainsi. C’est dans ce sens que ce mot est pris dans les évangiles, où il est dit Amen, je vous le dis. Quelquefois cependant cette expression est prise pour Fiat, qu’il en soit ainsi. D’où il est dit dans le psautier de Jérôme : "Tout le peuple dira : Amen, amen[890]", là où nous, nous lisons : < Fiat, flat, qu’il en soit ainsi, qu’il en soit ainsi Ps 105, 48 (selon la Vulgate)."

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