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COMMENTAIRE DU PSAUME 27
Psaume par David lui-même.
1 Vers toi, Seigneur, je crierai; mon Dieu, ne garde pas le silence en t'éloignant de moi, de peur que si tu te tais, en t'éloignant de moi, je ne devienne semblable à ceux qui descendent dans la fosse.
2 Exauce, Seigneur, la voix de ma supplication, lorsque je te prie, lorsque j'élève mes mains vers ton temple saint.
3 Ne m'entraîne pas en compagnie des pécheurs, et ne me perds pas avec ceux qui opèrent l'iniquité qui parlent de paix avec leur prochain, et qui ont le mal dans leurs cœurs.
4 Donne-leur, selon leurs œuvres et selon la méchanceté de leurs intentions: accorde-leur, selon les œuvres de leurs mains; rends-leur leur salaire.
5 Parce qu'ils n'ont pas compris les œuvres du Seigneur, l'ouvrage de ses mains, tu les détruiras et tu ne les rétabliras pas.
6 Que le Seigneur soit béni, parce qu'il a exaucé la voix de ma supplication.
7 Le Seigneur est mon aide et mon protecteur, en lui a espéré mon cœur, et j'ai été aidé. Et ma chair a refleuri, et de toute mon âme je lui rendrai grâce.
8 Le Seigneur est la force de son peuple, et le protecteur des saluts de son oint.
9 Sauve ton peuple, Seigneur, et bénis ton héritage; dirige-les et élève-les jusque dans l'éternité.
* * *
Psaume par David lui-même.
1 Vers toi, Seigneur, je crierai; mon Dieu, ne garde pas le silence en t'éloignant de moi, de peur que si tu te tais, en t'éloignant de moi, je ne devienne semblable à ceux qui descendent dans la fosse.
Dans le psaume précédent le psalmiste montre la confiance qui lui vient de Dieu; mais ici, afin de ne pas défaillir dans sa confiance, il ajoute un psaume de prière. Son titre est: Psaume par David lui-même. Au sens littéral on dit que certains psaumes concernaient la personne de David, entre autres ce dernier qui semble concerner David lui-même. Ou bien, par David, parce qu'il l'avait composé lui-même, et qu'il l'avait chanté en personne ainsi que d'autres psaumes. Au sens mystique ce psaume n'est pas intitulé par David lui-même de manière figurée, mais bien par le vrai David, c'est-à-dire par le Christ. Or, au sens mystique, il est question dans ce psaume de la prière du Christ au Père en tant qu'il est libéré de ses mauvais traitements.
Le psalmiste traite de trois choses dans ce psaume.
I) Il commence par demander d'être exaucé.
II) Ensuite il expose sa demande 3 Ne m'entraîne pas.
III) Enfin il expose son action de grâces: 6 Que le Seigneur soit béni.
I. Il demande d'être exaucé pour deux raisons
A) D'abord en raison d'un danger imminent.
B) Puis en raison de sa dévotion Exauce, Seigneur.
A. À propos du danger imminent il fait trois choses:
1) Il montre d'abord que son intention de prier est incessante.
2) Ensuite il demande d'être exaucé Ne garde pas le silence.
3) Enfin il expose le péril imminent: de peur que si tu te tais.
1. Il montre la première chose lorsqu'il dit: Vers toi, Seigneur, je crierai, non une fois pour toutes, mais continuellement: "Il faut toujours prier." - "Priez sans cesse."
2. Ensuite il demande d'être exaucé: mon Dieu, ne garde pas le silence. On a coutume de dire que lorsque quelqu'un exauce celui qui prie, il lui répond. Ainsi donc Dieu semble répondre lorsqu'il satisfait au vœu de celui qui prie: "Tu m'appelleras, et moi je te répondrai." Donc ne garde pas le silence, c'est-à-dire ne me retire pas ta réponse: "Ma justice répondra demain pour toi."
3. Il montre enfin le péril imminent de peur que si tu te tais, en t'éloignant de moi. L'homme parfait, s'il est laissé à lui-même, s'affaiblit: "Ta perte vient de toi, Israël c'est seulement en moi qu'est ton secours." Car si parfois tu te tais en ne m'exauçant pas, je deviens semblable à ceux qui descendent dans la fosse, c'est-à-dire en enfer: "Mais cependant tu seras traîné dans l'enfer, au profond de la fosse." - "Ma vie est tombée dans la fosse". "Une version de Jérôme lit: "Ne te tacente assimiler (De peur que si tu te tais je ne sois semblable)." Mais au sens mystique, selon la Glose, il parle dans la personne du Christ qui, en tant qu'homme, crie afin de ne pas être délaissé dans sa divinité; et il dit: ne garde pas le silence, c'est-à-dire ne me délaisse pas dans la passion. Sans quoi je deviendrais semblable aux autres hommes qui descendent dans la fosse, comme le pensent mes ennemis: "J'ai été regardé comme ceux qui descendent dans une fosse."
2 Exauce, Seigneur, la voix de ma supplication, lorsque je te prie, lorsque j'élève mes mains vers ton temple saint.
B. L'autre raison est que la dévotion de celui qui prie demande d'être exaucée. Or cette dévotion consiste en deux choses: dans les dispositions intérieures du cœur, et dans les œuvres extérieures.
1. Dans les dispositions intérieures car Dieu est esprit, et ceux qui l'adorent doivent être spirituels: "Les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité"; et c'est pourquoi il dit: Exauce ma supplication, lorsque je te prie.
2. Mais nous devons être révérencieux aussi dans nos actes et nos signes extérieurs, aussi dit-il: lorsque j'élève mes mains vers son temple saint. Ce qui se lit de deux manières. Ou bien au sens littéral, d'après la Glose, il était prescrit aux Juifs que partout où ils étaient, ils prieraient du côté où ils savaient que se trouvait Jérusalem. Ou bien, lorsque j'élève, c'est-à-dire lorsque je lève, mes mains vers ton temple, c'est-à-dire vers le ciel: "Le Seigneur est dans son saint temple; le Seigneur, son trône est dans le ciel." Donc je prierai non seulement avec la dévotion du cœur, mais je prierai aussi vers le ciel avec des signes extérieurs, et je manifesterai de la dévotion. Ou bien, lorsque j'élève, c'est-à-dire dirige vers Dieu, mes mains, c'est-à-dire mes œuvres: "Que ma prière soit dirigée", c'est-à-dire mes œuvres, "comme l'encens en ta présence: que l'élévation de mes mains soit un sacrifice du soir !" Mais on peut l'appliquer au Christ: car il leva ses mains vers le temple, parce qu'il ne le condamna pas, mais en approuvant son culte il chassa les vendeurs et les acheteurs installés dans ce dernier. Ou bien, il éleva les mains sur la croix: "J'ai étendu mes mains tout le jour à un peuple incrédule", qui s'opposait à moi. vers ton temple, c'est-à-dire l'Église qui devait être édifiée par sa Passion.
3 Ne m'entraîne pas en compagnie des pécheurs, et ne me perds pas avec ceux qui opèrent l'iniquité qui parlent de paix avec leur prochain, et qui ont le mal dans leurs cœurs.
II. Ici le psalmiste expose sa demande afin de n'être pas ébranlé par la même punition que les impies; et à cet égard il fait deux choses:
A) Il décrit d'abord la faute.
B) Ensuite il expose le châtiment Donne-leur.
A. Il montre en premier lieu leur faute, en mentionnant leurs péchés, c'est-à-dire le mal projeté et le mal accompli. Je dis: Exauce [ma] voix, etc., ce qui signifie que c'est lorsque je prie que je suis libéré de la perdition des pécheurs; car bien qu'en cette vie les justes vivent en compagnie des pécheurs, au jugement dernier cependant ils ne seront plus ensemble: "Il séparera les bons des méchants." - "Discerne ma cause d'une nation qui n'est pas sainte; délivre-moi de l'homme inique et trompeur." - "Est-ce que tu perdras le juste avec l'impie ?" Et c'est pourquoi je demande Ne m'entraîne pas, à la damnation, c'est-à-dire en compagnie des pécheurs. Les pécheurs sont à proprement parler ceux qui pèchent par habitude, ou qui ont le propos de pécher en acte et qui le mettent à exécution. Quelqu'un commet un péché en acte de deux manières: par une injustice manifeste, et par la fraude. Et tel est celui qui parle de paix avec les autres.
À propos de l'injustice manifeste il dit ne me perds pas avec ceux qui opèrent l'iniquité. Ceux-là sont dits commettre l'iniquité, qui pratiquent manifestement l'injustice. Cependant tout péché ne se commet pas par l'injustice; il se commet cependant en particulier en tant que le pécheur ne rend pas l'obéissance due à Dieu.
À propos de la fraude il dit: qui parlent de paix avec leur prochain. Et il mentionne deux choses: les douces paroles qu'ils ont sur leur bouche: "Par de douces paroles et des flatteries, ils séduisent les âmes simples." - "L'homme qui parle à son ami en des ternies flatteurs et déguisés tend un filet à ses pieds." Cependant ils ont autre chose dans le cœur; d'où ce qui suit: et qui ont le mal dans leurs cœurs, c'est-à-dire ce qu'ils préparent pour leurs propres ennemis: Chacun "en sa bouche parle de paix avec son ami, et en cachette il lui tend des pièges."
Toutes ces choses peuvent être appliquées au Christ, qui sur la croix "a été compté parmi les scélérats", comme l'écrit Isaïe. Mais il demande de ne pas être entraîné en même temps, c'est-à-dire pour la même cause, à savoir de ne pas être crucifié avec eux; car leur passion ou condamnation eut lieu à cause de leur propre péché, tandis que la Passion du Christ eut lieu à cause de notre iniquité. De même, Ne m'entraîne pas dans la même fin que les pécheurs impies, c'est-à-dire dans leur propos d'effacer le nom du Christ. Et tels sont ceux qui parlent de paix avec leur prochain, et à l'égard du Christ lorsqu'ils tentaient de le surprendre dans sa parole; mais ils ont le mal dans leurs cœurs, c'est-à-dire l'intention mauvaise: car c'est afin de surprendre, c'est-à-dire dans le but de pouvoir le saisir.
4 Donne-leur, selon leurs œuvres et selon la méchanceté de leurs inventions: accorde-leur, selon les œuvres de leurs mains; rends-leur leur salaire.
B. Il est ici question de leur malheur et de leur châtiment.
1) Et il traite d'abord du châtiment proprement dit.
2) Puis de l'équité du châtiment: selon leurs œuvres.
3) Enfin de sa perpétuité: Parce qu'ils n'ont pas compris.
1. Une double faute est mentionnée. L'une est extérieure et vient de la bouche, l'autre est intérieure et vient du cœur.
a. Et c'est pourquoi il dit à propos de la faute extérieure: Donne-leur, selon leurs œuvres. - "Tu rendras à chacun selon ses œuvres." Donne, pris sous forme d'annonce, signifie: Tu donneras; ou bien, Donne en se conformant à la justice divine: "Le juste se réjouira, lorsqu'il aura vu la vengeance." Ou bien, si on applique cela au Christ: Toi, Seigneur Père, Donne-leur, selon leurs œuvres, autrement dit: de ma Passion découle le bien; mais toi, Donne-leur, c'est-à-dire aux pécheurs non selon leur fruit, mais selon leur intention qui fut mauvaise: "Car leurs œuvres étaient mauvaises."
b. À propos de la faute intérieure il dit: "Et selon la méchanceté de leurs inventions." Les inventions sont des procédés imaginés pour nuire et pécher. Et ces derniers sont punis plus gravement par Dieu, mais un châtiment pareil leur est dû. Ici il procède ainsi à la lettre, aussi dit-il: "Accorde-leur, selon les œuvres de leurs mains", car ce n'est pas sous l'effet de la contrainte qu'ils ont péché, mais en vertu de leur mauvaise volonté. C'est pourquoi leurs œuvres sont les œuvres de leurs mains.
2. Si on l'applique au Christ, il dit: selon les œuvres de leurs mains; rends-leur leur salaire, car les Juifs, quoiqu'ils n'aient pas crucifié le Christ de leurs mains, ont cependant accompli ce crime avec leur langue et leurs mains, parce qu'il eut lieu sous leur pouvoir; c'est pourquoi le psalmiste dit: rends-leur leur salaire, c'est-à-dire de même qu'ils ont accompli ce crime avec une intention mauvaise, ainsi, toi, rétribue-les suivant leurs œuvres mauvaises: "selon la mesure avec laquelle vous aurez mesuré, mesure vous sera faite."
5 Parce qu'ils n'ont pas compris les œuvres du Seigneur, l'ouvrage de ses mains, tu les détruiras et tu ne les rétabliras pas.
3. Plus haut, le psalmiste a parlé d'abord du châtiment dû aux méchants ainsi que de son équité; ici il expose ensuite la perpétuité de son châtiment; et il fait deux choses dans ce verset.
a) Il traite d'abord du caractère irréparable du châtiment.
b) Puis de sa cause.
a. Il faut savoir que l'homme pèche fréquemment, et que de fait il est passible d'un châtiment, mais puisqu'en vertu des nombreuses œuvres de la justice divine l'homme est incité à la crainte, et que par les œuvres de miséricorde, il est incité à l'espérance, il revient parfois à la repentance et guérit; mais si par habitude il s'endurcit dans le péché, et perd l'intelligence, il n'y a pas d'espérance de salut "Parce que nul n'a l'intelligence, ils périront éternellement." - "Aveugle le cœur de ce peuple, et rends ses oreilles sourdes, et ferme ses yeux; de peur qu'il ne voie de ses yeux, et qu'il n'entende de ses oreilles, et que de son cœur il ne comprenne, et qu'il ne se convertisse et que je ne le guérisse."
b. Et c'est pourquoi comme cause du caractère irréparable du châtiment il mentionne d'abord la perte de l'intelligence. Il faut savoir que toute œuvre n'est pas appelée œuvre des mains, mais seulement les œuvres extérieures; il y en a aussi d'autres qui sont des œuvres intérieures. Ainsi en Dieu certaines œuvres sont spirituelles, ce sont celles qu'il opère en nous: "Seigneur, tu as opéré toutes nos œuvres en nous." D'autres sont matérielles, comme les cieux. Semblablement pour le Christ, ses œuvres spirituelles sont le salut des fidèles, tandis que ses œuvres matérielles sont ses miracles: "Ces œuvres que je fais moi-même, rendent témoignage de moi." Et c'est pourquoi il dit: Parce qu'ils n'ont pas compris les œuvres du Seigneur, c'est-à-dire les spirituelles, et l'ouvrage de ses mains, c'est-à-dire les matérielles, tu les détruiras, et ainsi tu détruiras ce que tu ne rétabliras pas. Et cela se rapporte à une double instruction: spirituelle, car ils sont détruits par la perte de la foi mais non par la perte de la connaissance de Dieu: "Disperse-les par ta puissance et fais-les déchoir." Mais cependant ceux qui sont ainsi détruits, sont parfois rétablis, comme Pierre; et ainsi les Juifs sont aussi rétablis, ou seront rétablis jusqu'à la fin du monde: "Une partie d'Israël est tombée dans l'aveuglement, jusqu'à ce que la plénitude des païens soit entrée; et qu'ainsi tout Israël soit sauvé." Ou bien cela se rapporte à la destruction matérielle: car détruits par les Romains, ils n'ont jamais été rétablis, ni ne seront jamais rétablis; ou bien ils ont été détruits par les Babyloniens et relevés par les Perses; ou bien détruits par Antiochus et relevés par les Romains; mais enfin détruits par les Romains de telle manière qu'ils n'ont jamais été reconstruits.
6 Que le Seigneur soit béni, parce qu'il a exaucé la voix de ma supplication.
III. Ici le psalmiste rend grâce comme s'il était déjà exaucé.
A) Et d'abord pour les bienfaits qui lui ont été donnés.
B) Puis il rend grâce pour les bienfaits donnés à tout le peuple: Le Seigneur est la force.
A. Concernant ses propres bienfaits il fait deux choses:
1) Il rend d'abord grâce pour son exaucement.
2) Puis il montre en quoi il fut exaucé: Le Seigneur est mon aide.
1. Ainsi dit-il: Moi j'ai demandé, et j'ai été exaucé dans ma demande, d'où ces paroles: Que le Seigneur soit béni. Pour Dieu, nous bénir, c'est causer sa bonté en nous, car "il a dit, et les choses ont été faites". Pour nous, bénir c'est reconnaître sa bonté qui nous fait du bien mais notre bénédiction ne lui ajoute rien. Cependant nous devons le bénir pour tous les bienfaits reçus: "Béni le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console dans toutes nos afflictions, afin que nous puissions nous-mêmes, par l'encouragement que Dieu nous donne, consoler aussi ceux qui sont sous le poids de toute sorte de maux !" - "Bénissez le Dieu du ciel, et rendez-lui gloire devant tous les vivants, parce qu'il a exercé envers nous sa miséricorde." Et c'est pourquoi il dit: parce qu'il a exaucé la voix de ma supplication, c'est-à-dire la dévotion de ma prière: "La supplication du juste peut beaucoup."
7 Le Seigneur est mon aide et mon protecteur; en lui a espéré mon cœur, et j'ai été aidé. Et ma chair a refleuri, et de toute mon âme je lui rendrai grâce.
2. Ici le psalmiste montre en quoi il est exaucé, c'est-à-dire qu'il a obtenu le secours de Dieu; et à ce propos il fait trois choses.
a) Il expose d'abord le bienfait du secours divin.
b) Puis le mérite du bienfait: et en lui a espéré mon cœur.
c) Enfin l'effet du bienfait: et a refleuri.
a. L'homme a besoin du secours divin pour deux raisons: pour bien agir, et parce qu'il est libéré du mal et porté au bien.
- Touchant la première raison il dit: Le Seigneur est mon aide. - "Sans moi vous ne pouvez rien faire." - "Le Seigneur Dieu est mon aide."
- Touchant la deuxième raison, il dit: et mon protecteur, et il est protecteur contre les maux, à la manière d'un bouclier protégeant l'homme des traits extérieurs: "À l'ombre de sa main il m'a protégé, et il m'a disposé comme une flèche choisie; il m'a caché dans son carquois; et il m'a dit Mon serviteur, c'est toi, Israël, parce qu'en toi je me glorifierai." - "Tu m'as protégé, ô Dieu, contre l'assemblée des méchants."
b. Mais pour quel mérite me défends-tu ? Est-ce dû à mon mérite ? Non. Mais ce n'est pas dû à un autre, si ce n'est que mon cœur a espéré en lui, autrement dit: Je me suis confié en lui avec un attachement profond: "En toi je me confie, je n'en rougirai pas." Et c'est pourquoi il dit: j'ai été aidé. - "Ceux qui espèrent dans le Seigneur reprendront leur force." Et toutes ces choses peuvent être appliquées au Christ en tant qu'homme: car en tant que Dieu, lui-même aide tous les hommes et les protège avec le Père; en tant qu'homme il est aidé et protégé par le Père. Et d'où ce qui suit: en lui.
c. Il expose ici l'effet par rapport à deux choses.
- D'abord quant à la chair.
- Puis quant à l'âme, aussi dit-il: et a refleuri.
- La jeunesse de l'homme est comparée à une fleur: car de même qu'une fleur annonce un fruit, ainsi la jeunesse de l'homme la vie future: "Qu'il passe le matin comme l'herbe." Ainsi donc la chair refleurit, lorsque vieillie elle rajeunit; car l'homme semble vieillir dans la tristesse, et rajeunir dans la joie; mais cependant la chair du Christ s'épanouit avec la fleur de l'honnêteté et de l'incorruptibilité. Dans le premier homme sa chair a fleuri par la pureté de l'innocence, mais en péchant elle a été souillée. Mais dans le Christ elle a refleuri par sa résurrection; car il fut conçu de l'Esprit-Saint sans péché: "Une fleur s'élèvera de sa racine." De même, dans son premier état, la nature a fleuri, car elle était incorruptible, mais par le péché elle est soumise à la corruption: "Le corps est mort à cause du péché." Mais le Christ a refleuri dans la résurrection: "Notre lit est couvert de fleurs."
- Quant à l'âme il dit: et de toute mon âme je lui rendrai grâce. L'âme, aussi longtemps qu'elle est dans le péché, garde sa volonté détournée de Dieu, et tournée vers les choses temporelles, mais lorsqu'elle se rétablit par la conversion, alors sa volonté se tourne vers Dieu et elle rend grâce à Dieu en le louant. Ou bien si on dit cela du Christ, on l'applique à ses membres, c'est-à-dire aux fidèles: "Je t'offrirai volontairement un sacrifice; et je rendrai grâce à ton nom, parce qu'il est bon."
8 Le Seigneur est la force de son peuple, et le protecteur des saluts de son oint..
B. Ici le psalmiste rend grâce pour les bienfaits du peuple.
1) Et il commence par exposer les bienfaits déjà manifestés.
2) Puis il demande qu'ils aient une continuité: Sauve ton peuple, Seigneur.
1. Ces mêmes bienfaits qui lui ont été donnés quand il disait: Le Seigneur est mon aide, etc.; il dit à présent qu'ils sont prodigués à tout le peuple: Le Seigneur est la force [du] peuple des Juifs libérés par moi des Philistins. Et le Christ est la force de son peuple libéré par lui du péché: "Ma force et ma louange c'est le Seigneur, et il est devenu mon salut." - "Il est mon protecteur, et en lui j'ai espéré." Et celui-ci est le protecteur des saluts, c'est-à-dire celui-ci protège ceux qui sont sauves par le Christ: "Nul autre nom n'a donné sous le ciel aux hommes par lequel nous devions être sauvés." Le Christ donc nous protège dans le siècle présent, afin que nous ne tombions pas dans le péché; et c'est pourquoi il dit: des saluts, c'est-à-dire des prédestinés au salut; et il nous protégera dans le futur en nous libérant de tout mal: "Ils n'auront plus ni faim ni soif; et le soleil, ni aucune chaleur ne tombera sur eux; parce que l'Agneau qui est au milieu du trône sera leur pasteur; il les conduira à des fontaines d'eau vive, et Dieu essuiera de leurs yeux toute larme."
9 Sauve ton peuple, Seigneur, et bénis ton héritage; dirige-les et élève-les jusque dans l'éternité.
2. Ici le psalmiste montre la continuité des bienfaits ou du salut.
a) Et il expose d'abord le salut.
b) Puis le moyen d'y parvenir.
a. Ainsi dit-il: Seigneur, toi qui es mon protecteur, sauve ton peuple, c'est-à-dire je demande que tu les conduises vers le salut: "Je ne demande point que tu les ôtes du monde, mais que tu les gardes du mal." - "Israël a été sauvé par le Seigneur d'un salut éternel."
b. Ensuite il expose le moyen de parvenir au salut. Afin d'y parvenir, trois choses sont requises: le don de la grâce, la direction, et le progrès spirituel.
- Touchant le don de la grâce il dit: et bénis ton héritage, c'est-à-dire confirme ses dons: "La bénédiction du Seigneur est sur la tête du juste." Et il dit: héritage, parce que les élus sont son héritage: "Bienheureuse la nation dont le Seigneur est le Dieu ! le peuple qu'il a choisi pour son héritage."
- Touchant la direction il dit: et dirige-les, car avec la grâce la direction est aussi nécessaire: "Où il n'y a point de gouvernement, le peuple croulera."
- Touchant le progrès spirituel il dit: et élève-les, c'est-à-dire fais-les avancer par le progrès, jusque dans l'éternité. Cela peut se comprendre de deux manières.
· D'abord, au niveau de l'intelligence, lorsqu'elle est élevée à la connaissance manifeste de la vérité: "Voici que mon serviteur aura l'intelligence, il sera exalté."
· Ensuite, au niveau de l'affection, lorsqu'elle ne désire plus les choses charnelles, mais les spirituelles: "Désirant d'être dissous et d'être avec le Christ." Car on passe de cette vie à la vie de la gloire. "Je t'élèverai sur les hauteurs" des nuées, "et je te nourrirai avec l'héritage de Jacob ton père, car la bouche du Seigneur a parlé".


COMMENTAIRE DU PSAUME 28
Psaume de David.
1 Pour l'achèvement du tabernacle.
Apportez au Seigneur, enfants de Dieu.
2a Apportez au Seigneur des petits de béliers.
2b Apportez au Seigneur gloire et honneur, apportez au Seigneur de la gloire pour son nom adorez le Seigneur en son saint parvis.
3 Voix du Seigneur sur les eaux, le Dieu de majesté a tonné; le Seigneur [a tonné] sur les eaux abondantes.
4 Voix du Seigneur avec force voix du Seigneur avec magnificence.
5 Voix du Seigneur brisant les cèdres; et le Seigneur brisera les cèdres du Liban,
6 et les mettra en pièces comme un jeune veau du Liban et le bien-aimé [sera] comme un petit de licornes.
7 Voix du Seigneur fendant une flamme de feu, 8 voix du Seigneur ébranlant le désert; et le Seigneur ébranlera le désert de Cadès. 9 Voix du Seigneur préparant les cerfs, et elle découvrira les lieux touffus; et dans son temple tous diront gloire.
10 Le Seigneur fait habiter [sur la terre] le déluge; et le Seigneur roi siégera éternellement.
11 Le Seigneur donnera de la force à son peuple: le Seigneur bénira son peuple dans la paix.
* * *
Psaume de David. 1 Pour l'achèvement du tabernacle. Apportez au Seigneur, enfants de Dieu.
Dans les autres psaumes, le psalmiste a rappelé sa confiance qui vient de Dieu; mais ici, comme s'il était libéré, il rend grâce.
Et il expose d'abord des psaumes qui traitent de l'action de grâce. Puis il rappelle les bienfaits donnés: "En toi, Seigneur, j'ai espéré."
Concernant l'action de grâce il fait deux choses.
Il invite d'abord les autres à rendre grâce.
Puis il rend grâce lui-même: 2 Je t'exalterai, Seigneur.
Le titre de ce psaume est: Psaume de David. 1 Pour l'achèvement du tabernacle. Considérez l'histoire rapportée au premier livre des Rois, où les enfants d'Israël au temps d'Heli, combattirent contre les Philistins, et où l'arche de Dieu fut prise, et resta en leur territoire durant six mois; enfin ceux-ci à cause de leur malheur la ramenèrent à Gabaa. Et à la mort de Saül, David la prit et la transporta à Jérusalem, lui dressa un tabernacle et dansa devant elle, comme on le rapporte au deuxième livre des Rois; et c'est à cette occasion, semble-t-il, que ce psaume fut composé. Au sens mystique, par tabernacle est signifiée la Sainte Église: "Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes" Ce tabernacle, c'est-à-dire l'Église, a été arraché aux mains des Philistins, c'est-à-dire des démons. Et le contenu de ce psaume se rapporte aux dons du Saint-Esprit, par lesquels ce tabernacle est achevé. Ce psaume se divise en deux parties.
I. Dans la première partie, le psalmiste invite les autres au devoir d'offrir à Dieu par l'action de grâce.
II. Puis il rappelle les bienfaits: 3 Voix du Seigneur sur les eaux.
I. En parlant du devoir d'offrir à Dieu par l'action de grâce, il fait trois choses.
A) Il montre d'abord à qui il faut offrir.
B) Puis qui offre.
C) Enfin ce qu'ils doivent offrir.
A. Ainsi dit-il: Apportez. Mais à qui ? au Seigneur seul, non à d'autres. Le fait que l'on doit offrir à Dieu seul est signifié au premier livre des Paralipomènes: "Tout est à toi, et c'est de ta main que nous avons reçu ce que nous t'avons donné."
B. Qui devait offrir, il le montre en disant: enfants de Dieu. - "Le Très-Haut n'approuve pas les dons des hommes iniques." - "Le Seigneur regarda" d'abord "Abel", et "ensuite ses dons", car l'homme doit d'abord plaire à Dieu, et ensuite faire une offrande; et c'est pourquoi il dit: enfants de Dieu, par la foi: "Mais à tous ceux qui l'ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom." De même par la charité: "Voyez quelle charité [Dieu] le Père a eue pour nous, de vouloir que nous soyons appelés, et que nous soyons réellement enfants de Dieu !" Par les bonnes œuvres: "Tous ceux qui sont conduits par l'Esprit de Dieu, ceux-là sont enfants de Dieu."
2a Apportez au Seigneur des petits de béliers.
C. Ici le psalmiste montre ce qui doit être offert.
1) Et il expose d'abord un sacrifice matériel.
2) Puis spirituel: Apportez au Seigneur de la gloire.
1. Le sacrifice matériel s'accomplissait avec trois sortes d'animaux avec des bœufs, des chèvres et des béliers; et par dessus les autres animaux c'était surtout un agneau qu'on sacrifiait habituellement. C'est pourquoi dans l'Exode on rapporte que chaque matin et chaque soir on immolait un agneau, car à travers l'agneau c'était le Christ qui était surtout et plus expressément figuré: "Voici l'Agneau de Dieu." Et c'est pourquoi il dit: Apportez au Seigneur des petits de béliers, c'est-à-dire des agneaux. Au sens mystique, les béliers ce sont les chefs du troupeau, c'est-à-dire les Apôtres "Les princes des peuples se sont réunis." Leurs enfants, ce sont les fidèles: "Moi, je vous ai engendrés par l'Évangile dans le Christ Jésus." Apportez donc vous-mêmes à Dieu, vous qui êtes les petits des béliers.
2b Apportez au Seigneur gloire et honneur, apportez au Seigneur de la gloire pour son nom adorez le Seigneur en son saint parvis.
2. Ensuite il expose le sacrifice spirituel.
a) Et il commence par le mentionner.
b) Puis il l'explicite: adorez le Seigneur en son saint parvis.
a. Il faut noter que le Seigneur a voulu que ces sacrifices lui soient offerts non pour lui, car lui-même a dit: "Est-ce que je mangerai des chairs de taureaux ? Ou boirai-je du sang des boucs ?", mais afin que nous le reconnaissions comme le principe de tous nos biens, et la fin vers laquelle toutes choses doivent être rapportées; et c'est pourquoi nous devons le glorifier, de telle sorte que tout ce que nous accomplissons, nous l'accomplissions pour sa gloire: "Faites tout pour la gloire de Dieu." De même Dieu est le principe, et c'est pourquoi nous lui devons l'honneur: "Si moi je suis [le Seigneur,] où est mon honneur ?" Et c'est pourquoi il dit: Apportez au Seigneur gloire et honneur - -"Au seul Dieu, honneur et gloire."
b. adorez le Seigneur. Ici il explique le sacrifice spirituel.
- Et il montre d'abord comment nous devons lui rendre gloire.
- Puis comment nous lui devons l'honneur.
- Dieu lui-même est glorieux, et c'est pourquoi nous lui devons la gloire; aussi dit-il: apportez au Seigneur de la gloire pour son nom. Lui-même est glorieux en soi, mais son nom doit être glorieux en nous, c'est-à-dire qu'il faut qu'il soit glorieux dans notre connaissance.
- Et du fait qu'il est lui-même glorieux et resplendissant en nous, nous devons lui donner l'honneur; et c'est pourquoi il dit: adorez le Seigneur en son saint parvis, c'est-à-dire dans cette Église, qui est comme un parvis céleste. Ou bien en son parvis, c'est-à-dire en esprit: "Les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité."
3Voix du Seigneur sur les eaux, le Dieu de majesté [a tonné]; le Seigneur a tonné sur les eaux abondantes. 4 Voix du Seigneur avec force voix du Seigneur avec magnificence.
II. Ici le psalmiste expose les bienfaits divins.
A) Et d'abord les bienfaits passés.
B) Puis les bienfaits futurs: 10 Le Seigneur fait habiter [sur la terre] le déluge.
A. À propos des bienfaits passés il fait deux choses:
1) Il énumère d'abord les bienfaits accordés.
2) Puis il conclut par une action de grâce: et dans son temple.
1. Les bienfaits accordés peuvent être expliqués au sens figuré et au sens mystique.
a. Au sens figuré: dans la première partie de ces versets, il expose deux bienfaits accordés:
- D'abord dans la sortie de l'Égypte.
- Ensuite après sa sortie: Voix du Seigneur brisant.
- Et il rappelle:
· En premier lieu le bienfait de la sortie de l'Égypte.
· Puis il le manifeste.
· Il dit donc la Voix, c'est-à-dire l'ordre, du Seigneur, fut sur les eaux, de la mer qui fut divisée, comme on le rapporte au livre de l'Exode.
· Et il exalte cela de trois manières
D'abord du côté de l'autorité: le Dieu de majesté, qui est la majesté elle-même: "Toute la terre est pleine de sa majesté." a tonné, car lorsque Moïse éleva les mains, le vent souffla. Et en parlant de ce souffle il dit: a tonné, car le tonnerre est dû au mouvement des vents.
De même du côté de la matière, car il n'assécha point de petites quantités d'eau, mais des eaux abondantes, c'est-à-dire celles de la mer: "N'est-ce pas toi qui a desséché la mer ?" - "Elle les a fait passer à travers des eaux immenses."
Semblablement du côté de l'effet, car le fait qu'il renversa les ennemis fut l'effet d'une grande force: "Ta droite, Seigneur, a frappé l'ennemi." De même, un autre effet est dû à sa magnificence, aussi dit-il: voix du Seigneur avec magnificence, car il a fait traverser à sec la mer, d'où ce qui suit dans ce même chapitre de l'Exode: "Magnifique en sainteté, terrible et digne de louanges"
5 Voix du seigneur brisant les cèdres; et le Seigneur brisera les cèdres du Liban,
- Ensuite le psalmiste rappelle les bienfaits accordés après la traversée de l'Égypte. Et cela peut être interprété de deux manières.
· D'abord par l'éloignement du mal.
· Puis par la donation des biens: Voix du Seigneur brisant.
· Concernant l'éloignement du mal il fait deux choses
Il commence par exposer un bienfait.
Puis la facilité de le donner: et les mettra en pièces.
Ainsi dit-il: Voix du Seigneur brisant les cèdres. Les cèdres, ce sont les grands hommes, et le psalmiste désigne les Amorrhéens qui étaient grands et forts: "J'ai exterminé devant sa face l'Amorrhéen, dont la hauteur était la hauteur des cèdres, et il était fort lui-même comme un chêne." Semblablement dans toute la terre qui leur était promise, il y avait des Amorrhéens et d'autres peuples qui ne pouvaient pas être exterminés et soumis jusqu'au temps de David. Tous les Amorrhéens habitaient encore près du Liban, comme on le rapporte dans le livre de Josué. Et c'est pourquoi il dit: le Seigneur brisera les cèdres du Liban, c'est-à-dire les Amorrhéens qui y habitaient encore.
et les mettra en pièces comme un jeune veau du Liban, et [Saron] le bien-aimé [sera] comme un petit [des cornes] de licornes. Les textes hébreux lisent: "Et les mettra en pièces comme un jeune veau du Liban, et Saron comme le petit des buffles." Et c'est le sens littéral: car il y a une différence entre des buffles et des bœufs; les buffles se nourrissent dans les marais, tandis que les bœufs se nourrissent sur les montagnes. Or il y avait sur la montagne du Liban de nombreux pâturages sur lesquels croissaient de grands cèdres. Il y avait aussi des veaux et des bœufs. Ainsi il sera facile à Dieu de mettre en pièces les cèdres du Liban, comme s'il mettait en pièces le jeune veau du Saron. Saron est un lieu: "La beauté du Carmel et du Saron." Ce lieu est marécageux, c'est là où les buffles se nourrissent, autrement dit: il mettra en pièces même Saron comme un petit de buffle ou un jeune taureau.
b. Voix du Seigneur sur les eaux. Au sens mystique, le psalmiste indique un double bienfait: celui de la conversion et des dons qui sont accordés aux convertis. Voix du Seigneur avec force. Selon une signification cachée, on peut expliquer cela de deux manières. Ou bien, en tant que cela se réfère à la prédication du Christ, et il est alors question de la conversion des Juifs et des nations. Des Juifs, lorsqu'il dit: Voix du Seigneur sur les eaux. Les hommes sont comparés aux eaux, car "ils sont comme les eaux qui s'écoulent et qui ne reviennent point", comme on le rapporte dans le deuxième livre des Rois. C'est pourquoi la voix est dite sur les eaux, c'est-à-dire que la prédication du Seigneur se fait sur le peuple des Juifs, parce que par la doctrine de Dieu non encore incarné mais attendu, les Juifs se convertissent à Dieu. À propos de la conversion des nations, il continue en disant: le Dieu de majesté a tonné. Le tonnerre se forme dans les nuages, signifiant l'Incarnation elle-même qui est comme une nuée: "Voici que le Seigneur montera sur un nuage léger." Donc le Dieu de majesté a tonné, c'est-à-dire le Tout-Puissant a tonné par la prédication sous le voile de la chair: "Dieu tonnera merveilleusement par sa voix." Et il dit: sur les eaux abondantes, parce que la voix du Seigneur incarné ne fut pas seulement sur les Juifs, mais aussi sur les nations: "Je t'ai destiné à être la lumière des nations, afin que tu sois mon salut jusqu'à l'extrémité de la terre." Ou bien: sur les eaux, du baptême; voilà pourquoi depuis le temps où le Christ a été baptisé, ce psaume est chanté.
- Voix du Seigneur avec force. Plus haut le psalmiste a traité du mystère de la conversion des Juifs et des nations selon le sens mystique; mais ici il expose le bienfait des dons spirituels; et à cet égard il fait trois choses
· Il mentionne d'abord les dons spirituels.
· Puis il expose l'extirpation des vices, qui résulte de ces dons Voix du Seigneur.
· Enfin le progrès ou l'avancement vers les biens: Voix du Seigneur préparant.
· Dans l'octroi des dons spirituels on fait la distinction suivante: en effet, à certains ils sont donnés en vue de l'utilité commune et des choses à accomplir, et ces derniers concernent la nécessité du salut; à d'autres ils sont donnés en vue de choses ardues, comme accomplir des miracles ou d'autres choses du même genre.
Au sujet des premiers il dit: Voix du Seigneur avec force, c'est-à-dire que par l'ordre du Seigneur est donnée la force d'accomplir les préceptes.
Au sujet des seconds il dit: voix du Seigneur avec magnificence, c'est-à-dire que par l'ordre du Seigneur il est donné aux saints d'accomplir de grandes œuvres: "Sa magnificence et sa force paraissent dans les nuées." La Glose applique ces choses-là aux dons du Saint-Esprit. Et d'abord, la conversion des fidèles au don de crainte laquelle s'accomplit par la puissance divine, et à celle-ci il appartient d'admettre des craintes. La magnificence relève du don de science, car il appartient à la science d'exécuter de grandes choses: "Qu'il est grand celui qui a trouvé la sagesse."
· Voix du Seigneur brisant. Il traite ici de la suppression des vices.
Et il traite d'abord du vice de l'orgueil.
Puis [de celui] de la concupiscence: Voix du Seigneur fendant une flamme de feu.
Enfin du vice de l'infidélité ou du mépris: voix du Seigneur ébranlant le désert.
Il montre donc d'abord la suppression de l'orgueil. C'est pourquoi il faut noter que tout comme les sapins sont grands, ainsi en est-il également des cèdres; aussi signifient-ils l'orgueil. Il dit donc: Voix du Seigneur brisant les cèdres, c'est-à-dire la puissance du pouvoir divin sur tous les orgueilleux: "Ton orgueil a été précipité dans les enfers." et brisera les cèdres du Liban, c'est-à-dire la voix du Seigneur est sur tous les arrogants et les orgueilleux eux-mêmes en les brisant par son pouvoir: car tous les rois se convertissent au Christ par sa voix; et finalement elle est sur les cèdres du Liban, car les plus notables des Juifs se convertissent, comme il en est de Nicodème.
6 Et les mettra en pièces comme un jeune veau du Liban et le bien-aimé [sera] comme un petit de licornes.
Le psalmiste expose ici la perfection de la conversion. Le mont Liban est très abondant en pâturages, et les prêtres, à cause de la grande quantité de leurs sacrifices, y faisaient paître les bœufs; et c'est pourquoi il dit: Et les mettra en pièces comme un jeune veau du Liban. Et cela est manifeste puisque beaucoup de grands se sont exposés au martyre pour le Christ: "Mes bœufs et les animaux engraissés ont été tués."
et le bien-aimé [sera] comme un petit de licornes. Ce verset peut se lire de deux manières.
D'abord, pour signifier l'autorité de celui qui met en pièces, autrement dit: le bien-aimé accomplira ces choses. Et suivant cela le bien-aimé est présenté comme celui qui a autorité: "Celui-ci est mon fils bien-aimé en qui j'ai mis mes complaisances." Et il accomplira ces choses, comme un petit de licornes, c'est-à-dire un enfant des Juifs, parce que le mystère de l'Incarnation accomplissait ces choses; et les Juifs sont appelés petits de licornes, en tant qu'ils se glorifient dans le culte du Dieu unique. Ou bien on dit: petit de licornes, parce que selon la génération éternelle il est sans mère, et que selon la génération temporelle il fut un fils sans père.
Selon une autre lecture, le bien-aimé, etc., c'est le Christ qui souffrira comme modèle de cet écrasement, afin de donner aux autres l'exemple de souffrir: "Le Christ a souffert pour nous, vous laissant un exemple, afin que vous suiviez ses traces." Et il souffrira non en tant que Dieu, mais en tant qu'enfant des licornes, c'est-à-dire des Juifs.
7 Voix du Seigneur fendant une flamme de feu, 8 voix du Seigneur ébranlant le désert; et le Seigneur ébranlera le désert de Cadès 9 Voix du Seigneur préparant les cerfs, et elle découvrira les lieux touffus; et dans son temple tous diront gloire.
Ici le psalmiste rappelle le bienfait par lequel ils ont été libérés d'un mal infligé par Dieu. On rapporte dans le livre des Nombres qu'en raison du murmure du peuple un feu dévasta l'extrémité du camp, et qu'à la levée de la main de Moïse le feu s'éteignit; et tel est ce que le psalmiste dit: Voix, c'est-à-dire le pouvoir suprême, du Seigneur fendant, c'est-à-dire détruisant, une flamme de feu.
Puis il rappelle les bienfaits qui font progresser dans le bien. Et il en expose trois: D'abord le bienfait de l'accroissement du peuple. Puis celui de l'éducation des petits. Enfin celui de la conduite à travers le désert.
Une version de Jérôme lit: "Vox Domini parturientis desertum (Voix du Seigneur qui fait que le désert engendre)." C'est ce qu'on lit dans le livre de Josué. Aucun de ceux qui sortirent d'Égypte, et qui vinrent au désert, n'entrèrent dans la Terre promise, si ce n'est Josué et Caleb, comme on le voit dans le livre des Nombres. Mais tous ceux qui entrèrent dans cette terre sont nés dans le désert. Et c'est pourquoi il rappelle ce bienfait, à savoir que le peuple ne fut pas réduit à l'extinction; aussi dit-il: "Voix du seigneur enfantant", c'est-à-dire faisant enfanter, et en particulier le désert de Cadès; car ce fut dans l'intention de Moïse qu'aussitôt après être sortis d'Égypte, les enfants d'Israël entreraient dans la Terre promise et se rendraient à Cadès. C'est pourquoi ils envoyèrent des explorateurs, mais ceux-ci les dissuadèrent et ils craignirent d'entrer; et en raison de ce péché tous moururent. Et c'est parce qu'ils renoncèrent à y entrer que tous moururent dans ce désert. Ou bien selon notre version: voix du Seigneur ébranlant le désert, c'est-à-dire ébranlant la génération à travers le désert de Cadès.
Voix du Seigneur préparant les cerfs. Une version de Jérôme lit: "Obstetricantis cervos (Accouchant les cerfs)". L'hébreu lit: "Préparant les mulets." Les cerfs demeurent dans les déserts. Et parce que les fils d'Israël furent dans le désert pendant quarante ans, c'est la raison pour laquelle on les appelle cerfs "Qui a disposé mes pas comme ceux des cerfs", car les femmes ont reçu la capacité d'engendrer et de nourrir.
et elle découvrira les lieux touffus, ou les bois, parce qu'il lui a montré la direction à l'aide d'une colonne de feu au cours de la nuit et d'une colonne de nuée pendant le jour: "Qui a conduit son peuple à travers le désert." Au sens mystique, en disant: Voix du Seigneur brisant, il signifie le don de force.
Et le psalmiste expose à présent la suppression du péché de concupiscence. En disant: Voix du Seigneur fendant une flamme de feu, c'est-à-dire de la concupiscence: "Le désir de la sagesse conduit au royaume éternel." Et celle-ci entretient les autres maux dont parle Jean dans sa première épître: "Tout ce qui est dans le monde est convoitise de la chair, convoitise des yeux, orgueil de la vie; or cela ne vient pas du Père, mais du monde." Et celle-ci consume: "C'est un feu qui dévore jusqu'à la perdition." Basile commente ces versets: Voix du Seigneur fendant une flamme de feu, etc., de la manière suivante: "Au jour du jugement un feu se divisera par la puissance divine, car il y aura une chaleur extrême sans lumière par un feu enveloppant les réprouvés; et il y aura un feu resplendissant sans chaleur pour la gloire des élus." Et ce qu'il dit relève du don de conseil.
voix du Seigneur ébranlant le désert. Le psalmiste expose ici la suppression d'une double infidélité, c'est-à-dire celle des nations et des Juifs.
Concernant la première il dit: voix du Seigneur ébranlant le désert, c'est-à-dire qui ébranla les nations en les convertissant à la foi: "Les fils de la délaissée (c'est-à-dire du peuple païen) seront plus nombreux que [les fils] de celle qui a un mari."
Concernant la seconde il dit: désert de Cadès, ce qui veut dire saint de la Loi; car les Juifs sanctifiés par le législateur se convertiront à la fin du monde: "Votre terre est déserte. Vos cités brûlées par le feu; votre pays, devant vous, des étrangers le dévorent, et il sera désolé comme dans une dévastation de l'ennemi." Et cela relève du don d'intelligence.
· Enfin le psalmiste rappelle le bienfait qui regarde le progrès vers les biens.
Et il expose d'abord le don de la sagesse.
Puis son action: Voix du Seigneur préparant les cerfs, c'est-à-dire les hommes; car de même que les cerfs rejettent ce qui est vénéneux, ainsi les saints rejettent tout péché; et de même que les cerfs s'avancent à travers les épines sans blessure, ainsi les saints traversent la vanité de ce monde sans en jouir: "Nephtali, cerf échappé: il donne des paroles pleines de beauté." Et ces derniers sont préparés par Dieu, non par eux-mêmes; et Dieu lui-même leur découvrira [les] lieux touffus, c'est-à-dire les choses qui sont cachées aux autres: "Tu as révélé ces choses aux petits." Et cela relève du don de sagesse.
2. Puis il conclut par une action de grâce pour les bienfaits susmentionnés, en disant: dans son temple tous diront gloire. - "Que les jeunes hommes et les vierges, les vieillards et les enfants louent le nom du Seigneur." Une autre version lit: "Omnis dicet vel loquetur gloriam (Chacun dira ou proclamera [sa] gloire)." Il est vrai que chacun a des dons communs et aussi des dons particuliers. Mais pour ce don particulier chacun dira sa gloire: "À celui qui m'a donné la sagesse je rendrai gloire."
10 Le Seigneur fait habiter le déluge; et le Seigneur roi siégera éternellement. 11 Le Seigneur donnera de la force à son peuple: le Seigneur bénira son peuple dans la paix.
B. Le psalmiste traite ici des bienfaits espérés.
1) Et il rappelle d'abord le pouvoir du bienfaiteur.
2) Puis il expose les bienfaits espérés: Le Seigneur donnera de la force à son peuple.
1. En hébreu on dit: "Le Seigneur siège au déluge." Et le sens est clair, autrement dit: c'est vrai, parce qu'il a accompli cela vis-à-vis du peuple d'Israël. N'a-t-il pas exercé ce même pouvoir autrefois ? Bien plus, ses jugements ont été manifestés dès la création du monde. Et il rappelle un jugement manifesté, car en vertu de son jugement, à cause du péché des hommes, il amena le déluge. et le Seigneur roi siégera éternellement, c'est-à-dire en jugeant les peuples avec équité. Une version de Jérôme lit: "Dominus diluvium inhabitat (Le Seigneur habite dans le déluge)", ou bien fait habiter. Le déluge inondant, la terre a été vidée de ses habitants. Par la suite il a de nouveau fait habiter la terre par l'accroissement des hommes.
Au sens mystique on peut lire ce verset de trois manières.
a. Selon une première manière, en tant que ce mot diluvium (déluge) est comme un accusatif apposé à cet infinitif inhabitare (habiter): car ceux-là seuls, qui se trouvaient dans l'arche de Noé habitèrent le déluge; et ainsi par l'arche de Noé est signifiée l'Église et les saints qui sont en elle, et qui habitent en sécurité au milieu du déluge des tribulations.
b. Selon une autre manière, c'est le contraire, comme si le déluge habitait dans son temple. Le déluge, c'est le monde, et les charnels sont les mondains: "Par un déluge qui passera, il consommera la ruine." Donc par ce déluge il fera habiter dans son temple, lorsqu'ils se convertiront, et le roi siégera éternellement, comme nous l'avons commenté plus haut.
c. Selon une autre manière encore, il fait habiter le déluge, c'est-à-dire les eaux baptismales, que lui-même habite par l'effet de sa grâce.
2. Le psalmiste continue en rappelant les bienfaits espérés.
a) Et d'abord ceux qui regardent le progrès.
b) Ensuite la fin.
a. En parlant des premiers il dit: Le Seigneur donnera [la puissance] à son peuple, par laquelle ils pourront progresser: "C'est lui qui donne de la puissance à celui qui est fatigué, et il multiplie la force et la vigueur de ceux qui sont en défaillance."
b. En parlant des seconds il dit: le Seigneur bénira son peuple dans la paix.
- "Mon peuple se reposera dans la beauté de la paix, dans des tentes de confiance, et dans un repos opulent."

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