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COMMENTAIRE DU PSAUME 51
1 Pour la fin. Intelligence de David.
2 Lorsque Doëg l'Iduméen vint annoncer à Saül que David était venu dans la maison d'Abimelech.
3 Pourquoi te glorifies-tu en ta malice, toi qui es puissant en iniquité ?
4 Tout le jour, ta langue a médité l'injustice: comme un rasoir aiguisé, tu as trompe.
5 Tu as aimé la malice plus que la bénignité, et un langage d'iniquité plutôt que d'équité. 6 Tu as aimé toutes les paroles de perdition, ô langue trompeuse.
7 C'est pour cela que Dieu te détruira pour toujours, et t'enlèvera, et te fera sortir de ta tente, et ta racine de la terre des vivants.
8 Les justes verront cela et ils craindront, et ils se riront de lui et ils diront: "
9 Voici un homme qui n'a pas pris Dieu pour son aide, mais qui a espéré dans la multitude de ses richesses, et qui s'est prévalu de sa vanité."
10 Pour moi, comme un olivier verdoyant dans la maison de Dieu, j'ai espéré dans la miséricorde de Dieu pour l'éternité, et pour les siècles des siècles.
11 Je te louerai à jamais, car tu as agi; et j'espérerai ton nom, parce qu'il est bon, en présence de tes saints.
* * *
Ici commence la deuxième division de cinquante psaumes. Et comme on l'a dit au début de ce livre, la première division de cinquante psaumes est ordonnée aux pénitents, tandis que cette deuxième division est ordonnée aux progressants. En relation avec ces derniers il y a successivement trois choses à considérer: en effet le premier degré des progressants est la justification. Le deuxième degré est l'exercice des bonnes œuvres. Le troisième est la considération des œuvres divines.
Et ainsi cette division de cinquante psaumes comprend trois parties. La première traite des choses qui concernent la justification. La deuxième traite des choses qui sont relatives à l'accomplissement des bonnes œuvres: "O Dieu, donne ton jugement au roi." La troisième traite des choses qui ont trait à la considération des œuvres divines: "Dieu se tient en l'assemblée des dieux."
Deux choses sont nécessaires à la justification: l'aversion du péché et la conversion à Dieu. Et de même, il y a deux choses dans le péché qui sont en opposition. Il expose donc d'abord les psaumes qui sont ordonnés à l'aversion et à la détestation du péché; ensuite ceux qui sont ordonnés à la pratique ou au maintien de la soumission à Dieu: "Est-ce que mon âme ne sera pas soumise à Dieu ?"
Touchant l'aversion et la détestation du péché, il montre deux choses: d'abord la malice des pécheurs; ensuite les maux qui sont perpétrés par les pécheurs.
Le péché est aggravé par deux choses: par l'attachement de celui qui le commet et par le mépris de Dieu. Donc le péché aggrave en premier lieu la malice des pécheurs par leur attachement, ensuite il aggrave leur malice par le mépris de Dieu: "L'insensé a dit dans son cœur: "Il n'est pas de Dieu.""
1 Pour la fin. Intelligence de David. 2 Lorsque Doëg l'Iduméen vint annoncer à Saül que David était venu dans la maison d'Abimelech.
Le titre de ce psaume est: Pour la fin. Intelligence de David. Lorsque Doëg l'Iduméen vint annoncer à Saül que David était venu dans la maison d'Abimelech. Cette histoire est rapportée par le premier livre des Rois. Lorsque David fuyant Saül se rendit à Nob où se trouvaient les prêtres, et prit le glaive de Goliath ainsi que les pains de proposition. Et Doëg l'Iduméen était présent, lui qui était le premier parmi les gardiens de Saül; et Saül se plaignant de ce que personne ne combattait pour lui contre David, ce Doëg raconta comment le prêtre Abimelech avait reçu David, et lui avait donné le glaive de Goliath ainsi que les pains de proposition. Alors Saül irrité ordonna de tuer tous les prêtres. Il y a cependant une différence entre le titre du psaume et l'histoire, car le prince des prêtres est appelé Abimelech dans l'histoire, et dans le titre on lui donne le nom d'Abimelech. La Glose dit que cela est dû à une faute de scribe, ou bien que c'est en raison d'une signification cachée, car par David est signifié le Christ: tantôt parce qu'il usa de la fonction de la dignité royale, tantôt aussi parce qu'il usa de la fonction de la dignité sacerdotale en mangeant les pains de proposition. Doëg veut dire" mouvement"; Iduméen "terrestre"; Saül "demande"; Abimelech "royaume de mon père". Donc Doëg qui fut mû par les choses terrestres, lorsque David vint, c'est-à-dire le Christ, chez Abimelech, c'est-à-dire chez les Juifs, qui sont le royaume de mon Père, [Doëg annonça) à Saül, c'est-à-dire à la mort, que les impies l'ont appréhendé et accusé, et l'ont tué. Ou bien Doëg, c'est-à-dire l'Antéchrist qui ébranlera les hommes à la fin du monde. Quand le Christ vint dans son Église, il annonça au diable qu'il serait persécuteur de l'Église. Aussi tout ce psaume s'entend principalement des méchants qui persécutent le Christ, ou en lui-même, ou dans ses membres.
3 Pourquoi te glorifies-tu en ta malice, toi qui es puissant en iniquité ? 4 Tout le jour, ta langue a médité l'injustice: comme un rasoir aiguisé, tu as trompé.
Ce psaume se divise en deux parties.
I) Dans la première partie il traite de la malice du pécheur, qui participe à l'iniquité.
Il) Puis il traite de la justice des saints: 10 Pour moi, comme un olivier.
I. En traitant de la malice du pécheur il fait deux choses.
A) Il traite d'abord de la faute des méchants.
B) Ensuite de leur châtiment: 7 C'est pour cela que Dieu te détruira.
A. Il faut savoir que dans l'homme qui s'adonne au péché, trois choses se succèdent selon un ordre. Il y a d'abord la jouissance du péché. Puis la pensée du péché, car nous portons notre pensée sur ce que nous aimons. Enfin l'exaltation résultant du péché commis. N'importe qui se réjouit naturellement quand il accomplit ce qu'il aime. Ainsi donc le psalmiste procède-t-il à partir de la fin.
1) Il commence par mentionner l'exaltation des méchants résultant de l'acte du péché.
2) Ensuite il mentionne la pensée du péché: Tout le jour.
3) Enfin l'amour du péché: Tu as aimé.
1. Concernant l'exaltation des méchants résultant de l'acte du péché il fait deux choses.
a) Il expose d'abord la puissance de certains à accomplir le mal.
b) Puis il montre que certains se glorifient de leur œuvre mauvaise.
a. Certains sont donc prompts et forts pour accomplir des actes mauvais, mais faibles quand il s'agit d'actes bons. Il dit donc: toi, pécheur, qui es puissant en iniquité. - "Tu as fait le mal, et tu as prévalu." - "Malheur à vous qui êtes puissants à boire le vin, et des hommes vaillants à mêler des boissons enivrantes; qui justifiez l'impie pour des présents, et ravissez au juste sa propre justice !"
b. Donc toi qui es tellement puissant, quid, c'est-à-dire quare, pourquoi te glorifies-tu en ta malice ? En conséquence tu dois avoir honte, être rempli de confusion, et être attristé: "Ils se réjouissent lorsqu'ils ont mal fait, et ils tressaillent de joie dans les choses les plus mauvaises."
2. Tout le jour, ta langue a médité l'injustice, etc. Le psalmiste montre ici la deuxième chose qu'il avait mentionnée plus haut: que non seulement ils se glorifient dans leurs maux, mais qu'ils méditent comment accomplir le mal. Et il expose d'abord l'assiduité ininterrompue de leur pensée, aussi dit-il: Tout le jour, ta langue a médité l'injustice. On dit de manière impropre que la langue médite, parce que l'acte de penser relève du cœur, et c'est pourquoi cela peut se comprendre de deux manières: ta langue, c'est-à-dire ton cœur, car il se manifeste dans la langue: "Dans la bouche des insensés est leur cœur"; car il ne fait qu'un avec la langue, c'est-à-dire que le cœur est prêt à parler. Ou bien: ta langue a médité l'injustice, en tant qu'elle exprime les choses méditées tout le jour. Et spécialement parce que le cœur enseigne à pécher par la langue. Puis il accomplit efficacement ce qu'il médite, aussi dit-il: comme un rasoir aiguisé, tu as trompé. Et c'est une similitude pour trois raisons.
a. D'abord, parce qu'un couteau aiguisé, c'est-à-dire un rasoir, coupe efficacement et rapidement, car aucun poil ne lui résiste; ainsi Doëg n'a ni respecté la dignité sacerdotale, ni manifesté de la crainte envers David, ni envers quoi que ce soit, mais il tua tous les prêtres: "À la lumière du matin ils accomplissent le mal", c'est-à-dire aussitôt.
b. Ou bien: comme un rasoir aiguisé, etc., car de même qu'un rasoir rase les poils, ainsi les méchants aiguisent leur ruse contre les justes, c'est-à-dire envoient des persécuteurs; mais à vrai dire ils font cela à la manière d'un rasoir qui rase les poils superflus, car les pécheurs n'enlèvent rien aux saints Si ce n'est des choses superflues, c'est-à-dire temporelles, mais jamais des biens spirituels.
c. Ou bien: comme un rasoir, etc., car il promet seulement la purification; mais de même que des barbiers inexpérimentés entaillent la chair, ainsi font les méchants, eux qui par leur machination entaillent la chair des justes, c'est-à-dire s'appliquent à détruire leur réputation par leur langue inique: "Ils parlent de paix avec leur prochain." Une version de Jérôme lit: "Quid gloriaris in malitia ? potens misericordia Dei tota die (Pourquoi te glorifies-tu en ta malice ? Puissante est la miséricorde de Dieu tout le jour)." Et en voici le sens: autrement dit, toi qui es puissant dans le mal, pourquoi te glorifies-tu en ta malice ? La miséricorde est prête pour que tu puisses te convertir.
5 Tu as aimé la malice plus que la bénignité, et un langage d'iniquité plutôt que l'équité. 6 Tu as aimé toutes les paroles de perdition, ô langue trompeuse.
3. Le psalmiste traite ici de la disposition du méchant, ou du pécheur, à nuire au prochain, et cette disposition porte sur deux domaines: sur le domaine des choses extérieures et des choses intérieures.
a. Il montre d'abord qu'il se soustrait à la justice dans les choses extérieures. Il dit donc: Tu as aimé la malice plus que la bénignité. La bénignité, c'est-à-dire le bon feu: et ainsi fait-elle fondre l'âme de l'homme pour lui communiquer des biens; la malice au contraire provoque l'emportement de l'homme en vue de nuire. Et ces méchants ou pécheurs ont aimé la malice plus que la bonté, c'est-à-dire la bénignité, car ils sont davantage disposés au mal qu'au bien, du fait qu'ils sont sans cœur et relâchés: "Comme le mal est doux à sa bouche, il le cachera sous sa langue." Quant au fait de se soustraire à la justice il dit: Tu as aimé le langage d'iniquité plutôt que [le langage de] l'équité. - "Celui qui aime l'iniquité hait son âme."
b. À propos des choses intérieures il dit: Tu as aimé toutes les paroles de perdition, en entraînant les autres vers la mort, comme Doëg; et souvent vers le mal du péché: "Les mauvaises compagnies corrompent les bonnes mœurs." Ou bien, en t'y précipitant toi-même; et c'est pourquoi il dit: langue trompeuse. Et toi qui es bavard et trompeur, ou toi qui fais cela avec une langue trompeuse: "C'est une flèche blessante que leur langue, elle parle pour tromper."
7 C'est pour cela que Dieu te détruira pour toujours, et t'enlèvera, et te fera sortir de ta tente, et ta racine de la terre des vivants.
B. Le psalmiste a traité plus haut de la malice des pécheurs, mais ici il traite de leur châtiment.
1. Et à cet égard il fait deux choses.
a) Il expose d'abord le châtiment de ces méchants.
b) Puis le moyen pour parvenir à cette destruction: il t'enlèvera.
a. Ainsi dit-il: C'est pour cela, c'est-à-dire parce que tu as aimé la malice, etc., et que tu as aimé les paroles qui entraînent la perte des autres, Dieu te détruira jusqu'à la fin, c'est-à-dire pour toujours: "Tu les détruiras, et tu ne les rétabliras pas." Et il est écrit à juste titre: "Précipite-les, Seigneur, divise leurs langues."
b. Le moyen, car il t'enlèvera. Il faut noter ici que cette destruction est d'abord exposée quant au moyen proprement dit. Ensuite, quant à la perte des biens futurs.
- Quant au moyen proprement dit, deux choses sont à considérer. En effet il arrive parfois aux hommes de s'appuyer en quelque façon sur leur prospérité, par exemple sur leurs amis et leurs richesses, ou autres choses semblables, et c'est pourquoi il dit: il t'enlèvera, de toutes ces choses sur lesquelles et par lesquelles tu es enraciné dans la prospérité: "Il m'a ôté l'espérance comme à un arbre arraché."
- "Voilà aujourd'hui je t'ai établi sur les nations et sur les royaumes, afin que tu arraches et que tu détruises, et que tu perdes et que tu dissipes, et que tu édifies et que tu plantes." Puis il émigre à la suite de sa première perte, c'est-à-dire se déplace entièrement; d'où ces mots: il te fera sortir, c'est-à-dire te fera quitter ta tente, c'est-à-dire ta demeure, ta condition et ta dignité: "Je te chasserai de ton rang." - "L'œil qui l'avait vu ne le verra pas." Une autre version lit: "de tabernaculo suo (de sa tente)", c'est-à-dire l'Église: "Voici la tente de Dieu avec les hommes." À présent les bons sont mêlés aux mauvais, mais à la fin du monde ces derniers seront exclus de l'Église où ils sont maintenant par le nombre, non par le mérite.
- Quant à la perte des biens futurs il dit: et ta racine de la terre des vivants, c'est-à-dire t'enlèvera. Par racine on entend cette charité qui est la racine de tous les biens: "Qu'enracinés et fondés dans la charité, vous puissiez comprendre avec tous les saints quelle est la largeur et la longueur, la hauteur et la profondeur, et connaître aussi la charité du Christ, qui surpasse toute science, afin que vous soyez remplis de toute la plénitude de Dieu." Dieu enlève cette racine de la terre des vivants, parce qu'il t'enlève le don de la charité qu'il t'a donné. Semblablement la cupidité, qui peut être signifiée par la racine, est ôtée aux bons: "La racine de tous les maux est la cupidité." Dieu enlève celle-ci aux hommes spirituels, parce que ceux qui s'adonnent aux choses temporelles ne peuvent parvenir à la terre des vivants: "Car ceux qui veulent devenir riches tombent dans la tentation." Dans ces cupidités sont enracinés les méchants, c'est-à-dire l'Antéchrist, et le diable: "J'ai vu l'insensé", c'est-à-dire le pécheur, "avec une forte racine, et j'ai maudit sa beauté aussitôt".
8 Les justes verront cela et ils craindront, et ils se riront de lui et ils diront: "9 Voici un homme qui n'a pas pris Dieu pour son aidé, mais qui a espéré dans la multitude de ses richesses, et qui s'est prévalu de sa vanité."
2. Le psalmiste expose ici le fruit du châtiment: car Dieu punit ici-bas et il annonce des châtiments pour le bien des justes.
D'abord pour susciter la crainte du châtiment: et ils craindront. Et cela peut être appliqué à la vie présente, au cours de laquelle les justes craignent en ayant du respect à l'égard de Dieu, et périssent dans la condition où ils sont: "Ne cherche pas à t'élever, mais crains." Mais ceux qui sont dans la Patrie ne craignent pas de déchoir de leur condition, puisqu'ils sont confirmés dans la perfection de la grâce, car ils n'en sont pas séparés mais craignent avec une crainte filiale: "La crainte du Seigneur est sainte, elle subsiste dans les siècles des siècles; les jugements du Seigneur sont vrais, ils se justifient par eux-mêmes." Et ils révéreront la justice de Dieu. Cependant ils craignent plus spécialement dans la vie présente.
Puis pour susciter le mépris du péché et de la prospérité d'ici-bas.
a) Et il expose d'abord la moquerie.
b) Puis la cause de la moquerie: Voici un homme.
a. En parlant de la moquerie il dit: de lui, c'est-à-dire contre lui, entendez le pécheur, ils se riront, c'est-à-dire mépriseront sa confiance et sa prospérité. Et cela aura lieu plus particulièrement au jugement dernier: "Le juste se réjouira, lorsqu'il aura vu la vengeance."
b. "Les justes verront et ils se réjouiront", et ils se riront de l'orgueil des pécheurs; puis de leur vaine présomption et de leur gloire éphémère:
De leur orgueil, parce qu'ils n'espéraient pas en Dieu mais se confiaient en eux-mêmes: et ils diront, les justes: 9 Voici un homme qui n'a pas pris Dieu pour son aide, c'est-à-dire qui n'a pas admis qu'il avait besoin du secours de Dieu: "Nos lèvres sont à nous, qui est notre maître ?" - "Il a abandonné son créateur."
De leur vaine présomption, c'est pourquoi il dit: mais qui a espéré dans la multitude de ses richesses. Il est écrit dans les Proverbes: "Celui qui se confie dans ses richesses tombera précipitamment." Et dans la première épître de Paul à Timothée: "Ordonne aux riches de ce siècle de ne point s'élever d'orgueil, de ne point se confier en des richesses incertaines, mais dans le Dieu vivant (qui nous donne abondamment toutes choses pour en jouir); de faire le bien, de devenir riches en bonnes œuvres, de donner de bon cœur, de partager, de se faire un trésor qui soit un bon fondement pour l'avenir, afin d'acquérir la véritable vie."
De leur vaine gloire, car ils se sont prévalus de faire le mal et d'agir comme avec le consentement de Dieu; aussi dit-il: et qui s'est prévalu de sa vanité. Et les justes se riront de cela: "Le Seigneur sait que les pensées des hommes sont vaines." Ou bien: il s'est prévalu, etc., en tant qu'on applique cela à l'avare qui par son avarice l'emporte sur tous les autres pécheurs: "Rien n'est plus criminel que l'avare." Et du fait qu'il est entraîné à l'avarice, il tombe facilement dans d'autres péchés. Ou bien on peut appliquer cela à l'Antéchrist, parce qu'il l'emporte sur tous les autres pécheurs.
10 Pour moi, comme un olivier verdoyant dans la maison de Dieu, j'ai espéré dans la miséricorde de Dieu pour l'éternité, et pour les siècles des siècles. 11 Je te louerai à jamais, car tu as agi; et j'espérerai ton nom, parce qu'il est bon, en présence de tes saints.
II. Ici le psalmiste traite de la sainteté des bons.
A) Et il montre d'abord ce qu'ils font dans le temps présent.
B) Puis ce qu'ils promettent: Je te louerai.
A. Les saints accomplissent un double bien dans l'Église présente.
1. D'abord, dans le fait qu'ils se comportent bien vis-à-vis du prochain, en produisant du fruit à leur égard. Et c'est pourquoi le juste est comparé à un olivier, ce qui revient à dire: ainsi le pécheur est anéanti sans fruit, mais moi, je suis comme un olivier verdoyant dans la maison de Dieu. Et il est comparé à un olivier à cause de sa fertilité, car l'olivier a toujours un fruit onctueux: "Les arbres allèrent pour oindre et [établir] sur eux un roi, et ils dirent à l'olivier: "Commande-nous." L'olivier leur répondit: "Est-ce que je peux abandonner mon huile dont les dieux et les hommes se servent, et venir pour être promu, parmi les arbres ?"" - "Olivier fertile, beau, chargé de fruits, superbe, le Seigneur t'a appelé de ce nom." Ici cependant il est comparé à l'olivier spécialement à cause de son fruit, car on extrait l'huile des oliviers, ce qui signifie la miséricorde, dont les justes usent envers les autres et grâce à la quelle ils produisent du fruit dans l'Église: "Je vous ai établis pour que vous alliez, et rapportiez du fruit." Et j'ai produit ce fruit, dans la maison de Dieu, non dans le monde: "J'ai choisi d'être méprisé dans la maison de Dieu."
2. De même, à l'égard de Dieu, les justes accomplissent en ce monde un autre bien, à savoir en espérant en lui, aussi dit-il: j'ai espéré dans la miséricorde de Dieu, non dans mes mérites mais en sa miséricorde: "Il nous a sauvés non en vertu d'œuvres que nous aurions accomplies nous-mêmes dans la justice, mais en vertu de sa miséricorde." Et cette miséricorde est pour l'éternité. Et l'on peut expliquer cela de deux manières.
Selon une première manière, en tant que ce mot signifie l'éternité, et ainsi l'éternité peut être appliquée à l'essence de la miséricorde divine, qui est éternelle: "Je t'ai aimé d'un amour d'éternité, aussi est-ce par miséricorde que je t'attire à moi."
Selon une autre manière, en tant qu'on l'applique à l'effet de la miséricorde. Les biens éternels sont parfois accordés par la miséricorde de Dieu, et ainsi dit-il: pour les siècles des siècles, c'est-à-dire pour tous les siècles.
B. Je te louerai. Il promet ici ce qu'il fera, et il promet deux choses.
1. La première se rapporte aux choses passées, et c'est l'action de grâce pour les bienfaits reçus. Voilà pourquoi il dit: Je te louerai à jamais, c'est-à-dire c'est à toi que je rapporterai les louanges, et cela parce que toi tu as agi, parce que j'étais un olivier verdoyant dans la maison du Seigneur, et parce que j'espère dans la miséricorde de Dieu.
2. L'autre se rapporte aux choses futures: j'espérerai ton nom, parce qu'il est bon. Il espère que le nom de Jésus soit son salut. Et cela se réalise spécialement pour ceux qui sont dans la Patrie, c'est pourquoi il dit: parce qu'il est bon, en présence de tes saints, qui voient l'essence même de ta bonté, aussi ne peuvent-ils qu'aimer Dieu.


COMMENTAIRE DU PSAUME 52
1 Pour la fin. Pour Amalech. Intelligence de David. L'insensé a dit dans son cœur: "Il n'est pas de Dieu".
2 Ils sont corrompus, et sont devenus abominables par leurs iniquités; il n'en est pas un qui fasse le bien.
3 Le Seigneur, du haut du ciel, a jeté un regard sur les fils des hommes, afin de voir s'il en est un d'intelligent ou qui cherche Dieu.
4 Tous se sont détournés, ensemble ils sont devenus inutiles. Il n'en est pas un qui fasse le bien. Il n'en est pas même un seul.
5 Est-ce qu'ils ne connaîtront point, tous ceux qui opèrent l'iniquité, qui dévorent mon peuple comme la nourriture du pain ?
6 Ils n'ont pas invoqué Dieu, là ils ont tremblé de crainte, là où il n'y avait pas de crainte. Parce que Dieu a dispersé les os de ceux qui plaisent aux hommes; ils ont été confondus, parce que le Seigneur les a méprisés.
7 Qui donnera de Sion le salut d'Israël ? Lorsque le Seigneur aura détourné la captivité de son peuple, Jacob exultera, et Israël se réjouira.
* * *
1 Pour la fin. Pour Amalech. Intelligence de David.
L'insensé a dit dans son cœur: "Il n'est pas de Dieu."
Plus haut le psalmiste a examiné la méchanceté des pécheurs dans leur attachement au péché; mais ici il examine leur méchanceté dans leur mépris de Dieu. Le titre de ce psaume est: Pour Amalech. Intelligence de David. Cette histoire est décrite au premier livre des Rois, lorsque David, s'enfuyant, vint vers Achis, roi des Philistins, qui lui donna la cité de Siceleg. Et il arriva que les Amalécites, en son absence, incendièrent la cité; David enfin les poursuivit et recouvra le butin.
Au sens mystique, par David est signifié le Christ; et comme on le dit dans la Glose, les Amalécites sont un peuple qui suce le sang, et ils signifient l'Antéchrist et ses satellites qui sucent avec passion les choses charnelles. - "Ni la chair ni le sang ne t'ont révélé ceci, mais mon Père qui est dans les cieux." Donc on l'entend de leur malice, et à partir de cette dernière ils sont amenés au Christ.
Augustin dit: "Pour Maheleffi", ce qui veut dire "celui qui souffre et qui enfante", et signifie l'Église au sujet de laquelle Jean écrit: "La femme, lorsqu'elle enfante, a de la tristesse, parce que son heure est venue." Et ainsi ce psaume exprime les tribulations que l'Église endure de la part des méchants de ce monde. Il a été composé par Coré, qui fut l'un des principaux chantres; et c'est ainsi que ce psaume fut chanté au cours de sa fonction.
De même il faut savoir que ce psaume a été commenté plus haut; il ne s'agit cependant pas purement et simplement d'un même psaume, ni de tous les mêmes versets, car là le psalmiste décrit le premier avènement du Christ; tandis qu'ici il décrit l'avènement du Christ au jugement dernier. Et à ce propos il fait deux choses.
I) Il expose d'abord la malice des pécheurs.
II) Puis il décrit le jugement divin: 3 Le Seigneur, du haut du ciel.
I. Concernant la malice des pécheurs il fait deux choses.
A) Il commence par exposer la racine du mal, c'est-à-dire le mépris.
B) Puis il montre ce qui résulte d'une telle racine: 2 Ils sont corrompus.
A. Il faut savoir que la sagesse, si on la considère à proprement parler, diffère de la science, parce que la sagesse concerne la connaissance des choses divines, tandis que la science concerne la connaissance des choses humaines. L'homme insensé méprise la connaissance des choses divines: "Retire-toi de nous; nous ne voulons pas connaître tes voies." - "Ils se sont perdus dans leurs pensées, et leur cœur insensé a été obscurci; ainsi en disant qu'ils étaient sages ils sont devenus fous." A l'encontre de cette affirmation, Anselme dit que nul ne peut penser que Dieu n'est pas. Il faut dire qu'une chose peut être ignorée en nous de deux manières. D'abord en soi; puis en nous.
En soi sont ignorées de nous les choses qui portent d'abord sur l'être, comme la contingence, la matière première, le mouvement et le temps. Puis sont ignorées en nous les choses qui surpassent notre connaissance.
Je dis donc que si nous considérons Dieu en lui-même, alors on ne peut penser qu'il n'est pas, et aucune proposition n'est plus connue que celle dont le prédicat est inclus dans le sujet. L'être de Dieu est son essence, et c'est pourquoi cette proposition: "Dieu est", signifie qu'il est parfaitement connu par lui-même; cependant par rapport à nous l'essence de Dieu ne nous est pas connue, mais elle se fait connaître à travers ses effets, par exemple la providence des hommes bons et mauvais, et de toutes choses universellement, et les miracles de Dieu; et celui qui dit qu'il n'est pas tout-puissant nie Dieu. Et le psalmiste dit: dans son cœur, parce que le fait que Dieu est dans le cœur de tous vient de Dieu lui-même, et que celui qui en vérité refuse cela, est considéré comme insensé, étant donné qu'il dit que Dieu n'est pas. Ou bien: L'insensé, c'est-à-dire le Juif: "Comprenez, insensés", parce qu'il a dit que le Christ n'est pas Dieu. - "Parce que toi, étant homme, tu te fais Dieu."
2 Ils sont corrompus, et sont devenus abominables par leurs iniquités; il n'en est pas un qui fasse le bien.
B. Il est question ici de l'effet de leur malice. De même que la crainte, la connaissance et l'amour de Dieu sont le principe de toute bonne œuvre, ainsi la suppression de la connaissance et de l'amour de Dieu entraîne la disparition de toute vie droite.
1) Et le psalmiste montre d'abord ce qui résulte de l'accomplissement du mal.
2) Puis de la perte du bien.
1. Il y a deux maux qui en résultent. Le premier est qu'ils sont corrompus. Un corps est corrompu par l'exhalaison de la chaleur naturelle et par la perte de la chaleur actuelle extérieure. La chaleur naturelle de l'âme humaine est Dieu lui-même; et c'est pourquoi, aussi longtemps que dans l'âme se trouve la connaissance de Dieu, l'âme contient sa propre forme que Dieu a imprimée en elle, c'est-à-dire l'innocence et l'image divine, mais lorsque cette chaleur s'exhale, la chaleur actuelle disparaît, à savoir la chaleur du désir ardent et de la crainte, l'âme s'en trouve alors corrompue et il en résulte que beaucoup rejettent loin d'eux la crainte, l'amour et la connaissance de Dieu, et se corrompent dans les impuretés; et c'est pourquoi ils sont devenus abominables par leurs iniquités. - "Ils sont devenus abominables comme les choses qu'ils ont aimées." Et il dit: par leurs iniquités, c'est-à-dire à cause de leurs iniquités,
2. et ils perdent aussi le bien: Il n'en est pas un qui fasse le bien. - "Ils sont intelligents pour faire le mal, mais faire le bien, ils ne le savent pas."
3 Le Seigneur, du haut du ciel, a jeté un regard sur les fils des hommes, afin de voir s'il en est un d'intelligent ou qui cherche Dieu.
II. Du haut du ciel [il] a jeté un regard. Le psalmiste expose ici le jugement de Dieu contre les méchants.
A) Et il introduit d'abord l'examen du jugement.
B) Puis il montre ce que le juge découvre, car 4 tous se sont détournés.
C) Enfin il ajoute sa sentence: 5 Est-ce qu'ils ne connaîtront point ?
A. Le motif pour lequel ils nient que Dieu est, c'est qu'ils croient qu'en raison de sa sublimité Dieu ne considère pas les choses les plus lointaines: "Ne songes-tu pas que Dieu est plus élevé que le ciel, et qu'il est au-dessus du sommet des étoiles ? Et tu dis: "Mais que connaît Dieu ?" car c'est comme à travers une profonde obscurité qu'il juge. Des nuées le cachent; il parcourt les pôles du ciel et ne s'occupe pas de ce qui nous regarde." Mais cela concerne la perfection de sa sagesse parce qu'il est attentif à toutes choses: "Qui est comme notre Dieu, qui habite dans les lieux les plus élevés, et regarde les choses basses dans le ciel et sur la terre ?" Et c'est pourquoi il dit que le Seigneur a jeté un regard du haut du ciel, c'est-à-dire considère les fils des hommes depuis sa hauteur: "Qu'est mon âme dans une création si immense ?" - "Toutes les voies de l'homme sont ouvertes à ses yeux." - Le Seigneur a jeté un regard du haut du ciel sur la terre. Ou bien du ciel, c'est-à-dire le regard du Christ. Ou bien celui de l'âme du juste. Il cherche parmi les fils des hommes afin de voir s'il en est un d'intelligent, ou qui cherche Dieu. Il y a une différence entre Dieu et les hommes, car les juges de la terre enquêtent sur les actes extérieurs, tandis que Dieu considère le cœur: "Ô Dieu qui sonde les cœurs et les reins." Il y a deux dispositions qu'il faut avoir à l'égard de Dieu: que l'intelligence se fixe intérieurement dans la connaissance de Dieu et que l'affection tende vers Dieu comme vers sa fin. Aussi dit-il: [il] a jeté un regard afin de voir s'il en est un d'intelligent. Et si on le comprend en l'appliquant au juste, il convainc dans sa douceur; mais si on le comprend en l'appliquant au méchant, comme on le dit à son sujet: "Il n'a pas voulu acquérir l'intelligence pour qu'il fît le bien", alors il cherche, c'est-à-dire ce qu'il fera pour qu'il parvienne à lui: "Cherchez le Seigneur et votre âme vivra." Mais le Seigneur regarde, c'est-à-dire afin de voir s'il trouve une malice abondante.
4 Tous se sont détournés, ensemble ils sont devenus inutiles. Il n'en est pas un qui fasse le bien. Il n'en est pas même un seul.
B. Le psalmiste
1) traite d'abord de l'éloignement des pécheurs par la racine du mal;
2) puis il dit ce qui en résulte. Et voici son explication:
1. A propos de leur éloignement il dit donc que le Seigneur recherche, mais trouve que tous se sont détournés, qu'ensemble ils sont devenus inutiles; et d'autre part qu'il n'en est pas un qui fasse le bien. Tous se sont détournés de l'intelligence et de la recherche de Dieu: "Chacun s'est détourné vers sa voie."
2. Il en résulte qu'ils sont inutiles et à eux-mêmes et aux autres. Car ceux qui ne possèdent pas l'amour de Dieu ne possèdent pas la vraie foi; quelles que soient les bonnes œuvres qu'ils accomplissent, elles leur sont inutiles en vue de la récompense de la vie éternelle. C'est pourquoi il dit: ensemble ils sont devenus inutiles, c'est-à-dire qu'ils font des œuvres inutiles: "Quand je distribuerais tout mon bien pour la nourriture des pauvres et que je livrerais mon corps pour être brûlé, si je n'ai point la charité, cela ne sert de rien." - "Tu as été jeté loin de ton sépulcre; comme un tronc inutile [et] souillé."
Et il explique comment ils sont inutiles: c'est parce qu'il n'en est pas un qui fasse le bien, car les actions qui sont accomplies sans la vertu de foi et qui ne sont pas informées par l'amour de Dieu ne sont pas bonnes absolument parlant: "Ce qui ne procède pas de la foi est mort." Et le fait qu'ils se sont détournés, il le montre lorsqu'il dit: Il n'en est pas un qui fasse le bien, c'est-à-dire il ne s'en trouve pas un qui soit bon. Mais n'y a-t-il pas quelqu'un de bon dans l'univers ? Il faut dire selon une première manière que si on applique cela à la société des méchants, alors nul n'est bon. Selon une autre manière, si on l'applique au sens universel: Il n'en est pas un qui fasse le bien signifie il n'en est pas un qui soit bon par sa propre vertu jusqu'au Christ: "C'est Dieu qui opère en nous."
5 Est-ce qu'ils ne connaîtront point, tous ceux qui opèrent l'iniquité, qui dévorent mon peuple comme la nourriture du pain ?
C. Plus haut le psalmiste a présenté le juge regardant l'iniquité et l'inutilité. Ici il traite de la sentence du juge.
1) Et d'abord quant à la condamnation des méchants.
2) Puis quant au salut des bons: 7 Qui donnera de Sion, etc.
1. En parlant de la condamnation des méchants il fait deux choses.
a) Il pose d'abord une question.
b) Puis il fait connaître l'intention liée à cette question: Parce que Dieu a dispersé.
a. En posant cette question il fait deux choses.
Il s'interroge d'abord sur le manquement au repentir.
Puis il justifie le mérite du châtiment: qui opèrent.
- Concernant l'absence elle-même de repentir on fera la remarque suivante: il arrive fréquemment aux hommes qui jouissent de la prospérité de ne pas reconnaître Dieu, mais grâce aux châtiments infligés par Dieu ils se souviennent que Dieu est, autrement dit: c'est nécessaire en raison de leur faute: "Le Seigneur s'est fait connaître en exerçant ses jugements." Et nous en avons un exemple dans l'attitude de Pharaon: "Je ne connais pas le Seigneur." Et après les châtiments infligés, les Égyptiens dirent: "Fuyons devant Israël, car le Seigneur combat pour eux contre nous." Et parce qu'il a déclaré plus haut: L'insensé a dit: "Il n'est pas de Dieu", voilà pourquoi il dit maintenant: Est-ce que tous ceux qui opèrent l'iniquité ne connaîtront point, au moins par les châtiments, que Dieu est ? Autrement dit: au contraire ils sauront que nul ne peut infliger des châtiments si ce n'est Dieu.
- Et cela est très nécessaire à cause de la faute qu'ils ont commise. Et ils ont commis une double faute, c'est-à-dire en acte et dans leur disposition. La faute est l'acte de l'iniquité; et c'est pourquoi il dit: qui opèrent l'iniquité. L'iniquité est à proprement parler le péché contre le prochain, parce qu'elle s'oppose à l'équité. Il souligne cette faute lorsqu'il dit: qui dévorent mon peuple comme la nourriture du pain. La nourriture du pain est régulière et agréable, autrement dit: ceux-ci persévèrent agréablement dans leurs méchancetés et se plaisent à causer des injustices: "Ils ont dévoré la chair de mon peuple ainsi que leurs cadavres, et ont emporté leurs biens." - "C'est un troupeau dispersé qu'Israël; des lions l'ont chassé; le premier qui l'a mangé est le roi d'Assur."
6 Ils n'ont pas invoqué Dieu, la ils ont tremblé de crainte, là où il n'y avait pas de crainte. Parce que Dieu a dispersé les os de ceux qui plaisent aux hommes; ils ont été confondus, parce que le Seigneur les a méprisés.
Les pécheurs sont désordonnés dans leur affection de deux manières.
· D'abord par leur mépris de Dieu.
· Puis par leur amour désordonné à l'égard des biens temporels.
· Concernant leur mépris de Dieu il dit: Ils n'ont pas invoqué Dieu, pour deux raisons.
D'abord, parce qu'ils ne croient pas en Dieu: "Comment invoqueront-ils celui en qui ils n'ont pas cru ?"
Puis parce qu'ils croient se suffire à eux-mêmes: "Nos lèvres sont à nous."
· Concernant leur amour désordonné des biens temporels il dit: là ils ont tremblé de crainte, là où il n'y avait pas de crainte, autrement dît: parce qu'ils ont craint là où il ne fallait pas craindre. Par le mot illic (là) il ne désigne pas le lieu mais la cause. Voilà pourquoi Augustin dit que la crainte est causée par l'amour. Ceux-ci, c'est-à-dire les méchants, ou les pécheurs, n'ont d'amour que celui des biens temporels; et c'est pourquoi ils craignent seulement les dommages temporels, c'est-à-dire pour un motif sans fondement, à savoir un motif pour lequel il ne faut pas craindre: "Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, et ne peuvent tuer l'âme"; et c'est pourquoi il ne faut pas craindre la perte des biens temporels, car en ceux-ci ne réside pas à proprement parler notre vrai bien, et il est certain que si nous adhérons à Dieu, cela aussi nous sera donné: "Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît."
b. Parce que Dieu a dispersé. Ici le psalmiste répond clairement à sa question qui portait sur la manière dont se fait la correction, c'est-à-dire à propos du châtiment. Et il décrit un double châtiment, intérieur et extérieur.
- Il montre le premier lorsqu'il dit: Dieu a dispersé les os de ceux qui plaisent aux hommes, c'est-à-dire ceux qui désirent finalement plaire aux hommes. Par os on entend la force. Or toute force est ou bien corporelle, et cette dernière est anéantie par Dieu; ou bien spirituelle, et celle-ci est anéantie par le péché. Ces os sont les vertus des hommes bons, voilà pourquoi les os du Christ n'ont pas été brisés sur la croix, mais bien les os des bandits.
Mais il dit: de ceux qui plaisent aux hommes. Est-ce une chose mauvaise de plaire aux hommes ? Il semble que non: "Ne soyez une occasion de scandale ni pour les Juifs, ni pour les païens, ni pour l'Église de Dieu." De même: "Je complais à tous en toutes choses", dit l'Apôtre.
Il faut répondre à cette objection en disant que si quelqu'un veut plaire à autrui en vue de la vaine gloire, ou d'obtenir une gloire humaine, c'est une chose mauvaise pour ceux qui mettent leur fin en cela, car ceux-ci pèchent résolument en secret pourvu seulement qu'ils plaisent. Mais parfois quelqu'un veut plaire aux autres en vue de les attirer à Dieu; et alors une telle complaisance est méritoire et bonne; et c'est dans ce sens que l'Apôtre voulait que nous plaisions aux autres, et c'est ainsi qu'il plaisait lui-même.
- Par opposition le psalmiste expose le châtiment extérieur, aussi dit-il: ils ont été confondus, c'est-à-dire sont confondus, parce que leurs péchés ont été dévoilés: "Les cieux révéleront son iniquité", parce qu'ils ont trompé, et parce qu'ils perdront les biens temporels grâce auxquels ils croyaient obtenir la félicité: "Ils seront confondus grandement." - "Qu'ils soient confondus ceux qui me persécutent." Et ils souffraient cela parce que [Dieu] les a méprisés. Sont honorables ceux que Dieu aime: "Tes amis, ô Dieu, sont devenus extrêmement honorables"; tandis que ceux que Dieu a méprisés ont été confondus.
7 Qui donnera de Sion le salut d'Israël ? Lorsque le Seigneur aura détourné la captivité de son peuple, Jacob exultera, et Israël se réjouira.
2. Ici le psalmiste traite des bons.
a) Et il formule d'abord une question.
b) Puis il donne la réponse.
a. La question est celle-ci: qui venant de Sion sauvera Israël ? Qui ?
b. Le Christ, parce que "le salut vient des Juifs": donc de Sion, c'est-à-dire des Juifs, et de David, et du cénacle de Sion où les Apôtres ont reçu l'Esprit-Saint, sont venus les prédicateurs du salut. Et cela nul ne le donnera si ce n'est Dieu. Et comment ? Lorsqu'[il] aura détourné la captivité de son peuple. Car le peuple fidèle était en captivité, c'est-à-dire était retenu dans la prison du diable que Dieu détourna lorsqu'il l'ouvrit: "Fais revenir, Seigneur, notre captivité, comme le torrent au midi."
Et que résultera-t-il de cela ? La joie et l'allégresse: "Quand le Seigneur a fait revenir la captivité de Sion, nous fûmes comme des consolés." Mais on distingue une double condition parmi les fidèles, c'est-à-dire celle de l'affliction et du couronnement, du mérite et de la récompense; et dans l'un et l'autre cas il y a la joie. Et la première est la joie due à la participation de la grâce: "Le Royaume de Dieu n'est pas affaire de nourriture et de boisson, mais il est justice, paix et joie dans l'Esprit-Saint." Et c'est pourquoi il dit: Jacob exultera. - "Mon âme a exulté dans le Seigneur." Dans la récompense se trouve la joie, commente la Glose. - "Une allégresse éternelle sera sur leur tête; ils obtiendront la joie et l'allégresse, et la douleur fuira ainsi que le gémissement." Et c'est pourquoi le psalmiste dit: Israël se réjouira.

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