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CINQUANTE-TROISIÈME SERMON DE SAINT AUGUSTIN SUR LA CONVERSION DE SAINT PAUL (CINQUIÈME SERMON)
ANALYSE. — 1. Grâce admirable de Dieu dans la conversion de saint Paul. — 2. Effets prodigieux de conversion dans la personne de saint Paul. — 8. Conclusion.
1. La lecture que l'on vient de faire des Actes des Apôtres nous a rappelé que Paul avait été terrassé par une voix du ciel. Animé d'une rage insatiable, disposé à déchirer et à persécuter le troupeau de Jésus-Christ, il se rendait à Damas, lorsqu'il entendit cette voix du ciel : « Saul, Saul, pourquoi me persécutez-vous ? Pourquoi vous êtes-vous attaqué à mon nom ; pourquoi avez-vous lapidé mon martyr ? Je devais vous perdre à jamais, mais Etienne a prié pour vous. Paul répond : « Qui êtes-vous, Seigneur ? » Le Seigneur : « Je suis Jésus de Nazareth, que vous persécutez ». Le Chef réclame du haut du ciel en faveur de son membre. Parce qu'on persécute son corps, Jésus-Christ intervient du haut du ciel. « Saul », dit-il, « Saul, pourquoi me persécutez-vous ? » Le ciel se montre en courroux, toute l'armée céleste réprouve la cruauté de Paul ; mais n'est-ce pas afin que celui qui n'avait pas cru à la résurrection de Jésus-Christ se vît contraint de croire à son triomphe dans le ciel ? En effet, il est dit à Ananie : Allez le trouver, et marquez-le de mon sceau. Ananie répondit : « Seigneur, il m'a été dit de cet homme qu'il a fait beaucoup de mal à vos saints ». Le Seigneur répliqua : « Allez, car il est pour moi un vase d'élection ». Ô bienheureux Ananie, vous vous laisseriez facilement aller à la crainte, si vous ne sentiez que vous devez combattre pour Jésus-Christ. L'orgueil est ainsi terrassé, afin que la sainteté se relève plus éclatante. Ananie vint donc trouver Saul, le baptisa et le changea en Paul ; il baptisa le loup, qui alors devint agneau, et celui qui était persécuteur se trouva changé en prédicateur et en Apôtre.
2. Après avoir persécuté Jésus-Christ, Paul prêcha hautement sa divinité ; après avoir combattu contre lui, il se trouva disposé à tout souffrir pour lui ; Paul éprouva lui-même ce que Saul faisait d'abord éprouver aux autres. Saul lapida, Paul fut lapidé ; Saul frappa de verges les chrétiens, Paul reçut a pour Jésus-Christ cinq fois quarante coups de a verges, moins un » ; Saul persécuta l'Église de Dieu, Paul fut descendu de prison dans une corbeille ; Saul enchaîna, Paul fut enchaîné ; tandis que Saul cherche à diminuer le nombre des chrétiens, il se trouve adjoint lui-même au nombre des confesseurs ; après avoir semé la mort dans les rangs des chrétiens, il reçoit lui-même la mort pour Jésus-Christ ; après être entré comme un loup rapace dans la bergerie, il devient lui-même une brebis docile.
3. Quel homme pourrait donc désespérer à cause de la grandeur de ses crimes, ou de l'humiliation de sa naissance ? Pierre n'était qu'un pêcheur, et les empereurs se prosternent aujourd'hui à ses pieds, dans les sentiments du plus profond respect ; Paul n'avait été d'abord qu'un cruel persécuteur des chrétiens, et il est aujourd'hui honoré comme l'Apôtre des nations ; tant est puissante la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui vit et règne avec le Père et le Saint-Esprit dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
2 février : La présentation du Seigneur au Temple


PREMIER SERMON DE SAINT BERNARD POUR LE JOUR DE LA PURIFICATION DE LA SAINTE VIERGE MARIE
Des trois miséricordes.
1. Aujourd'hui, une vierge mère porte le Seigneur du temple dans le temple du Seigneur, et Joseph vient offrir à Dieu, non pas son fils à lui Joseph, mais le Fils même de Dieu, en qui le Père a mis toutes ses complaisances. Siméon, le juste, reconnaît celui qu'il attendait, Anne ; la veuve, le confesse. Ces quatre personnages sont les premiers qui ont célébré, en ce jour, une procession qui devait ensuite être l'objet d'une fête joyeuse, fête pour tous les peuples de la terre, et dans tous les endroits du monde. Ne vous étonnez point si cette procession fut petite, Celui qui en était l'objet était si petit lui-même ! Mais, dans ses rangs, il n'y avait point de place pour un seul pécheur, ceux qui la composaient étaient tous justes, saints et parfaits. Mais Seigneur, ne sauverez-vous que ceux-là ? Vous grandirez et votre compassion grandira aussi, et, quand votre miséricorde se sera multipliée, vous ne sauverez pas seulement les hommes, Seigneur Dieu, vous sauverez les animaux même. Dans une seconde procession, le Sauveur marche précédé et suivi de la foule, mais alors ce n'est plus une vierge, c'est un âne qui le porte. Il ne dédaigne donc personne, pas même ceux qui se sont corrompus, comme les animaux qui pourrissent dans leurs propres ordures (Joel. I, 17) ; non, il ne rejette personne, mais à condition qu'on ait les vêtements des apôtres, qu'on soit imbu de leur doctrine ; si on est de mœurs pures, si à l'obéissance on joint la charité, qui couvre une multitude de péchés, alors on sera jugé digne de l'honneur de suivre sa procession. Je vais plus loin et je trouve que cette procession même, où il semble n'avoir admis qu'un si petit nombre de personnes, nous est réservée, à nous aussi. Et pourquoi n'aurait-il pas réservé, pour la postérité, cet honneur qu'il a accordé à nos devanciers ?
2. David, le Roi prophète, a désiré avec ardeur de voir ce jour, et il l'a vu, et il en a été comblé de joie (Joan. VIII, 56) ; car s'il ne l'avait point vu, comment aurait-il pu dire dans ses chants : « Nous avons reçu, ô mon Dieu, votre miséricorde au milieu de votre temple (Psal. XLVII, 8). » Cette miséricorde du Seigneur, David l'a reçue, Siméon l'a reçue, nous-mêmes et quiconque est prédestiné à la vie éternelle l'avons reçue ; puisque Jésus était hier, est aujourd'hui et sera demain (Hébr. XIII, 8). De plus, ce n'est pas dans un angle, mais au milieu même du temple qu'elle se trouve, attendu qu'il n'y a en Dieu acception de personne. Elle est donc placée en commun, elle est offerte à tous les hommes, et nul n'en est privé que celui qui refuse d'en prendre sa part. Les eaux de votre miséricorde se répandent au dehors, Seigneur mon Dieu, la source ne vous en appartiendra pas moins à vous seul et les étrangers ne pourront y puiser pour en boire (Prov., 16 et 17). Quiconque est vôtre ne connaîtra point la mort qu'il n'ait vu l'oint du Seigneur auparavant, afin qu'il meure en paix et en sûreté. Et pourquoi ne mourrait-il pas en paix celui qui a l'oint du Seigneur dans son cœur ? N'est-il pas lui-même votre paix, lui qui par la foi habite dans nos âmes ? Mais toi, ô âme malheureuse, toi qui ne connais point Jésus pour t'indiquer la voie, comment pourras-tu sortir de ce monde ? Car il y en a qui ne connaissent point Dieu. D'où cela vient-il ? De ce que la lumière étant venue dans le monde, les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière. L'Évangéliste dit en effet : « La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point comprise (Joan. 1, 5). » C'est comme s'il avait dit : Les eaux de votre miséricorde se répandent sur les places publiques, mais nul étranger n'en boit ; ainsi votre miséricorde est au milieu du temple, mais aucun de ceux qu'attend la damnation éternelle n'en approche. Ô malheureux hommes, au milieu de vous est Celui que vous ne connaissez pas, et parce que vous mourrez avant d'avoir vu l'oint du Seigneur, vous ne sauriez vous en aller en paix, vous serez, au contraire, entraînés avec violence par des lions rugissants et tout prêts à vous dévorer.
3. « Seigneur Dieu, nous avons reçu votre miséricorde au milieu de votre temple (Psal. XLVII, 10. » Quelle parole de reconnaissance, différente de ce gémissement : « Votre miséricorde, ô mon Dieu, est dans le Ciel, et votre vérité s'élève jusqu'aux nues (Psal. XXXV, 6) ! » Eh quoi, en effet, trouvez-vous que la miséricorde était au milieu du temple, lorsqu'elle ne se rencontrait qu'au milieu des seuls esprits célestes ? Mais lorsque le Christ se fut abaissé un peu au dessous des anges, et se fut fait médiateur entre les hommes et Dieu, et que, par son sang ; il pacifia et réunit ensemble, comme la pierre angulaire, les choses du Ciel et celles de la terre, on peut dire que c'est alors que nous avons reçu votre miséricorde, ô mon Dieu, au milieu de votre temple. Nous étions auparavant des enfants de colère, mais nous avons obtenu miséricorde. Comment étions-nous enfants de colère, et quelle miséricorde avons-nous reçue ? Nous étions des enfants d'ignorance, de lâcheté et de servitude, et la miséricorde que nous avons reçue est une miséricorde de sagesse, de force et de rédemption. L'ignorance de la première femme que le serpent avait séduite, nous avait aveuglés ; la mollesse du premier homme attiré, entraîné par sa propre concupiscence, nous avait énervés ; la malice du démon à laquelle Dieu nous avait justement exposés, nous avait réduits en esclavage. Voilà dans quel état nous venons tous au monde. Aussi, en premier lieu, nous ignorons complètement la voie qui conduit à la sainte cité qui doit être notre séjour ; puis, nous sommes si faibles et si lâches, que connussions-nous le chemin qui mène à la vie, nous serions retenus en place et empêchés de le suivre par notre propre lâcheté. Enfin, nous sommes réduits en esclavage par un tyran si mauvais et si cruel, que, quand même nous connaîtrions et pourrions parcourir la voie de la vie, nous en serions empêchés par le poids accablant de notre malheureuse servitude. Ne vous semble-t-il point qu'une pareille misère a besoin d'une compassion et d'une miséricorde excessives ? Mais si nous avons déjà été sauvés de cette triple colère par Jésus-Christ qui nous a été donné (le Dieu son père, pour être notre sagesse, notre justice, notre sanctification et notre rédemption (I Car. I, 30), quelle ne doit pas être notre vigilance, mes frères bien-aimés, pour que notre fin ne devienne pas pire que notre commencement ? Dieu nous préserve de ce malheur, parce que nous retomberions dans la colère, et redeviendrions ainsi des enfants de colère, non plus seulement par un effet de notre nature, mais par suite de notre propre volonté !
4. Embrassons donc la miséricorde que nous avons reçue au milieu du temple, et ne nous éloignons pas plus du temple que la bienheureuse Anne ne s'en éloignait elle-même. « Car le temple de Dieu est saint, mais ce temple n'est autre que vous-même (I Cor. III, 17), » dit l'Apôtre. Par conséquent, cette miséricorde n'est pas loin de vous, la parole de Dieu n'est point éloignée de vous, elle est dans votre bouche, dans votre cœur (Rom. X, 8). D'ailleurs, le Christ habite dans vos cœurs par la foi, voilà quel est son temple, quel est son trône ; car je ne pense pas que vous ayez oublié ces paroles : « L'âme du juste est le trône de la sagesse (Cette phrase est citée comme étant de l'Écriture sainte par plusieurs Pères, et entre autres par saint Grégoire-le-Grand. Nous la retrouverons encore sous la plume de saint Bernard, dans son sermon XXVII sur le Cantique des cantiques, où on peut consulter les notes dont elle a été l'occasion pour Horstius.). » Aussi, s'il est une chose que je veux rappeler souvent à mes frères, que je veux leur rappeler toujours, et que je leur demande aujourd'hui avec instance, c'est que, dans cette chair, nous ne vivions point selon la chair, si nous ne voulons point déplaire à Dieu. Ne soyons pas amis de ce siècle, si nous ne voulons être ennemis de Dieu. Résistons aussi au diable, et il s'éloignera de nous, il nous laissera marcher librement selon l'esprit, et vivre dans notre cœur. Aussi bien, le corps qui se corrompt appesantit, énerve et effémine l'âme, et cette habitation de boue accable l'esprit par la multitude de soins dont elle l'occupe, et l'empêche de s'élever aux choses du ciel (Sap. IX, 15). Voilà pourquoi la sagesse de ce monde est appelée folie auprès de Dieu, et celui qui se laisse vaincre par le malin lui est abandonné en esclavage. Or, c'est dans le cœur que nous recevons la miséricorde, c'est dans le cœur que Jésus-Christ habite, c'est dans le cœur enfin qu'il parle de paix à sort peuple, à ses saints, à ceux, en un mot, qui rentrent dans leur cœur.


DEUXIEME SERMON DE SAINT BERNARD POUR LE JOUR DE LA PURIFICATION DE LA SAINTE VIERGE MARIE
Ordre de la procession du Christ dans le temple et manière dont elle s'accomplit.
1. Grâces soient rendues à notre Rédempteur qui nous a si généreusement prévenus des douceurs de ses bénédictions, qui a multiplié nos motifs de joie dans les mystères de son enfance. Il y a quelques jours à peine, nous célébrions sa Nativité, sa Circoncision et son Épiphanie, et aujourd'hui se lève encore un jour de fête pour nous, celui de sa Présentation au temple. En effet, c'est aujourd'hui qu'on offre au Créateur le fruit sublime de la terre, aujourd'hui que, par les mains d'une Vierge, est présentée à Dieu, dans son temple, une hostie de propitiation, une victime agréable ; 'aujourd'hui qu'elle est portée par ses parents, et attendue par des vieillards. Aujourd'hui, en effet, Marie et Joseph viennent offrir un sacrifice de louanges, un vrai sacrifice matinal ; Siméon et Anne le reçoivent. Voilà les quatre personnes qui ont fait la procession qui est aujourd'hui rappelée à notre souvenir, comme un jour de fête, sous les quatre vents du ciel. Comme nous devons, nous aussi, faire aujourd'hui cette procession avec un appareil de fête inaccoutumé a dans nos autres solennités ; il ne me semble pas hors de propos de vous faire remarquer en quel ordre et de quelle manière elle se passe. Nous avançons deux à deux, tenant à la main un cierge allumé, mais allumé à un feu consacré d'abord à l'Église par la bénédiction du prêtre, non à un feu ordinaire. De plus, dans cette procession, les derniers sont les premiers, et les premiers sont les derniers, et, en parcourant les voies du Seigneur, nous célébrons dans nos chants la grandeur de sa gloire.
2. Ce n'est pas sans raison que nous nous avançons deux à deux. Nous voyons, en effet, dans l'Évangile (Luc. X, 1) que c'est ainsi que le Sauveur envoya ses disciples pour nous faire estimer la charité fraternelle et la vie commune. Celui qui voudrait marcher seul à son rang dans cette procession, en troublerait l'ordre, se nuirait à lui-même dans sa solitude, et gênerait en même temps les autres, ceux qui se mettent ainsi à l'écart sont des hommes charnels qui n'ont point l'esprit de Dieu (Jud. 19), et qui n'ont aucun souci de conserver l'unité d'un même esprit par le lien de la paix (Ephes. IV, 3). Mais, s'il n'est pas bon que l'homme soit seul, il ne faut pas non plus qu'il se présente à Dieu les mains vides. (Exod. XXIII, 15), car si on reproche
a Ces paroles ont trait à une objection que Abélard faisait à saint Bernard dans sa lettre V, où il disait : « Vous avez supprimé chez vous, à peu prés toute la pompe des processions. »
à ceux mêmes qui n'ont point trouvé de maître pour les employer (Matt. XX, 6), de demeurer à ne rien faire, à combien plus forte raison ceux qui sont loués mériteront-ils d'être blâmés s'ils ne font rien ? « La foi sans les œuvres n'est-elle pas une foi morte (Jacob. II, 26) ? » Nous devons donc accomplir les œuvres que nous avons à faire, avec ferveur, et dans tous les désirs de notre âme, si nous voulons avoir des lampes ardentes dans nos mains, autrement craignons, si nous sommes tièdes, de causer des nausées à Celui qui s'exprime ainsi dans son Évangile : « Je suis venu apporter le feu sur la terre, et que désiré-je, sinon qu'il s'allume (Luc. XII, 49) ? » Il est bien certainement lui-même le feu béni, le feu sacré que le Père a sanctifié et envoyé dans le monde, et qui est l'objet de nos bénédictions dans nos Églises, selon ce mot du Psalmiste : » Bénissez le Seigneur dans vos églises, c'est-à-dire dans vos assemblées, (Psal. LVIII, 27). » Notre ennemi a aussi, car c'est un pervers imitateur des œuvres de Dieu, notre ennemi, dis-je, a aussi son feu à lui, c'est le feu de la concupiscence de la chair, le feu de l'envie et de l'ambition, ce feu que le Sauveur n'est certes pas venu allumer, mais éteindre sur la terre. Si jamais quelqu'un ose se servir de ce feu étranger dans le sacrifice qu'il offre à Dieu, il périra dans son iniquité, eût-il Aaron même pour auteur de sa race.
3. Mais c'est peu de ce que nous avons dit de la vie commune, de la charité fraternelle, des bonnes œuvres, et de la sainte ferveur, la vertu de l'humilité est plus grande encore, et nous est bien nécessaire aussi pour que nous nous prévenions les uns les autres par des témoignages de déférence et d'honneur (Rom. XII, 10), et que chacun de nous donne le pas sur lui non-seulement à ceux qui sont placés avant lui, mais à ceux qui sont plus jeunes que lui, car c'est en cela que consiste la perfection de l'humilité et la plénitude de la justice. Puis, comme Dieu aime celui qui donne le cœur gai (II Cor. IX, 7), et que le fruit de la charité est la joie dans le Saint-Esprit, chantons, comme il est dit, dans les voies du Seigneur, et célébrons la grandeur de sa gloire ; faisons entendre au Seigneur un cantique nouveau, parce qu'il a fait des merveilles. Dans tout cela, s'il s'en trouve par hasard un seul quine veuille point avancer, et qui ne cherche point à marcher de vertu en vertu, il faut qu'il sache, quel qu'il soit, qu'il est en station, non en procession ; que dis-je, il recule au lieu de stationner, car dans le chemin de la vie, ne point avancer c'est reculer, puisque rien n'y demeure constamment dans le même état. Or, votre avancement à vous, mes frères, consiste, comme je vous l'ai dit bien souvent, à être convaincus que nous n'avons point encore atteint le but, à marcher sans cesse en avant, à tendre constamment vers quelque chose de mieux, et à mettre toujours nos imperfections sous les yeux de la miséricorde divine.


TROISIEME SERMON DE SAINT BERNARD POUR LE JOUR DE LA PURIFICATION DE LA SAINTE VIERGE MARIE
L'enfant Jésus, Marie et Joseph.
1. Nous célébrons aujourd'hui la purification de la Sainte Vierge qui eut lieu, selon la loi de Moïse (Levit. XII, 2) quarante jours après la naissance du Seigneur. D'après la loi, toute femme qui, devenue grosse des œuvres d'un homme, avait mis un fils au monde, était impure l'espace de sept jours, son enfant devait être circoncis le huitième ; à partir de ce jour, toute entière au soin de se laver et de se purifier, elle devait se tenir un mois entier éloignée 'du temple, après quoi elle allait offrir son fils au Seigneur avec des présents. Mais qui ne comprend que, par les premiers mots de cette loi, la mère du Seigneur se trouvait exemptée de s'y soumettre ? En effet, ne pensez-vous pas que Moïse eut peur en disant simplement, toute femme qui mettra un fils au monde, sera impure, de passer pour blasphémer contre la mère du Seigneur, et que c'est pour cela qu'il ajoute ces mots : « Toute femme devenue grosse des œuvres d'un homme ? » S'il n'avait pas prévu qu'une vierge concevrait un jour sans le secours de l'homme, pourquoi aurait il parlé de celles qui conçoivent par ce moyen ? Il est donc évident que la loi de Moïse ne regardait pas la sainte Vierge, car elle n'a pas mis au monde un fils conçu par l'opération d'un homme, ainsi d'ailleurs que Jérémie l'avait annoncé en disant : « Le Seigneur doit faire un nouveau prodige sur la terre (Jerem. XXXI, 22). » Vous me demandez de quel nouveau prodige il veut parler ? Le voici « Une femme enceindra, un homme. » Elle ne recevra pas dans son sein un homme par l'opération d'un autre homme, elle ne recevra pas un fils selon les lois de la nature, mais elle renfermera un homme dans son sein demeuré intact et vierge, si bien que, soit en entrant, soit en sortant, selon le mot d'un autre prophète (Ezech. XLIV, 2), le Seigneur laissera la porte de l'Orient constamment close.
2. Ne vous semble-t-il point, par conséquent, que Marie aurait pu protester dans son cœur et s'écrier : Qu'ai-je besoin de purification ? Pourquoi m'abstiendrais-je d'aller au temple, moi dont le sein que l'homme n'a point touché, est devenu le temple du Saint-Esprit ? Pourquoi enfin, ne pourrais-je entrer au temple du Seigneur même du temple ? Dans cette conception, dans cet enfantement, il n'y eut rien, absolument rien d'impur, car le fruit de mes entrailles est là source même de la pureté, et n'est venu que pour laver la souillures des péchés. Qu'est-ce que la purification légale purifiera en moi, qui suis devenue parfaitement pure par mon enfantement immaculé ? C'est vrai, ô Vierge bienheureuse, oui il n'y a pour vous aucun motif de vous purifier, nul besoin de purification. Mais votre fils avait-il besoin d'être circoncis ? Soyez donc parmi les femmes comme l'une d'entre elles, puisque votre Fils a été comme l'un d'entre nos enfants. Il a voulu être circoncis, pourquoi ne voudrait-il pas plus encore être offert ? Offrez donc votre fils, Vierge consacrée, et présentez au Seigneur le fruit béni de votre ventre ; oui, offrez pour notre réconciliation à tous, cette hostie Sainte et agréable à Dieu. Certainement Dieu le Père aura pour agréable cette victime nouvelle, cette hostie infiniment précieuse dont il a dit lui-même : « celui-ci est mou Fils bien aimé, en qui j'ai mis toute mes complaisances (Matt. III, 17). » Mais il me semble, mes frères, que cette offrande est bien douce, car on se contente de le présenter au Seigneur, puis on le rachète pour quelques oiseaux et on le remporte. Un jour viendra où il ne sera point racheté par un sang étranger, mais où il cachettera les autres par son propre sang, car son Père l'a envoyé pour être la rédemption de son peuple. Cette seconde oblation sera celle du sacrifice du soir, celle d'aujourd'hui est l'offrande du sacrifice du matin, celle-ci est plus douce, celle-la sera plus complète. L'une se fait aux premiers jours de sa vie, l'autre se trouve dans la plénitude de l'âge, mais dans l'un et l'autre cas on peut dire avec le Prophète . « Il a été offert parce qu'il l'a bien voulu (Isa. LIII, 7). » En effet, il est offert aujourd'hui, non parce qu'il avait besoin de l'être, non parce que la loi l'atteignait, mais uniquement parce qu'il l'a bien voulu ; et sur la croix, il n'en fut pas moins offert également parce qu'il l'a bien voulu encore, non pas parce qu'il avait mérité de l'être, ou parce que le Juif avait le moindre pouvoir sur lui. Aussi, je vous offrirai volontiers mon sacrifice, Seigneur, parce que vous vous êtes vous-même offert volontairement pour mon salut, non point pour votre propre nécessité.
3. Mais qu'offrons-nous à Dieu, mes frères, et que lui rendons-nous pour tous les biens qu'ils nous a donnés ? Pour nous, il a offert l'hostie la plus précieuse qu'il y ait, et même il n'aurait pu en trouver de plus précieuse que celle-là ; faisons donc aussi de notre côté tout ce que nous pouvons, offrons-lui ce que nous avons de meilleur, offrons-lui tout ce que nous sommes. Il s'est offert : qui êtes-vous donc, mon frère, pour hésiter à vous offrir de même ? Ah, qui me fera la grâce de voir mon offrande acceptée d'une si grande Majesté ? Seigneur, je n'ai que deux choses, mon corps et mon âme, elles sont de bien peu de valeur, plaise au ciel que je puisse vous les offrir, parfaitement, en sacrifice de louange ! Car, s'il est quelque chose de bon, de glorieux, d'avantageux pour moi, c'est bien que je vous sois offert, plutôt que de nie voir laissé par vous à moi-même. Abandonnée à elle-même, mon âme est dans le trouble, mais, en vous, Seigneur, si elle vous est véritablement offerte, elle est au comble du bonheur. Mes frères, au Seigneur qui devait être immolé un jour, le Juif n'offrait que des victimes immolées, mais aujourd'hui, dit le Seigneur, « je suis vivant, et je ne veux point la mort du pécheur, je veux plutôt qu'il se convertisse et qu'il vive (Ezech. XXXIII, 11). » Le Seigneur ne veut donc point ma mort, et ce ne serait qu'à regret que je lui offrirais ma vie ? C'est là pourtant une hostie propitiatoire, agréable à Dieu et vivante. Mais dans l'offrande du Seigneur, nous trouvons trois choses, de même le Seigneur veut rencontrer trois choses aussi dans les nôtres. Ainsi, à la présentation de Jésus, se trouvait Joseph, l'époux de la mère du Seigneur, celui dont Jésus passait pour être le fils ; il y avait aussi la Vierge mère, et enfin on y voyait l'enfant Jésus lui-même qu'ils venaient offrir. Qu'il y ait ainsi dans notre offrande une constance virile, une chair continente, et une humble conscience. Oui, qu'on y retrouve la résolution virile de persévérer dans l'état que nous avons embrassé, une chasteté virginale dans la continence, et dans notre conscience, une simplicité et une humilité d'enfant. Ainsi-soit-il.
Mercredi des Cendres


PREMIER SERMON DE SAINT BERNARD POUR LE PREMIER JOUR DU CARÊME
Que faut-il entendre par ces mots : « Parfumez-vous la tête et lavez-vous le visage (Matth., VI, 17) ? »
1. Nous entrons aujourd'hui, mes bien-aimés, dans le saint temps du carême, dans le temps destiné aux combats du chrétien, car les observances du carême ne sont pas faites pour nous seulement, elles le sont pour tous ceux qui nous sont unis par les liens de la foi. Après tout, pourquoi le jeûne du Christ ne serait-il pas commun à tous les chrétiens ? Pourquoi les membres ne suivraient-ils point leur chef ? Si nous recevons les biens des mains de ce chef, pourquoi n'en accepterions-nous point aussi les maux ? Voudrions-nous donc n'avoir de commun avec lui que ce qui est agréable, non aussi ce qui est triste et pénible ? S'il en est ainsi, nous montrons assez que irons sommes des membres indignes d'une pareille tête. En effet, tout ce qu'il souffre, c'est pour nous qu'il l'endure ; s'il nous en coûte trop de travailler avec lui à l'œuvre de notre salut, en quoi pourrons-nous après cela unir nos rouvres aux siennes. Il n'y a pas grand mérite de jeûner avec Jésus-Christ quand on doit s'asseoir avec lui à la table de son Père, et il n'y a rien de bien surprenant que le membre souffre avec la tête, quand il doit être glorifié avec elle. Heureux le membre qui aura en toutes choses adhéré à la tête, et qui l'aura suivie partout où elle sera allée. Après tout, s'il lui arrive de se séparer d'elle et d'en être retranché, il est inévitablement privé de vie à l'instant même ; car toute partie du corps qui ne tient plus à la tête, perd, à 'l'instant, le sentiment et la vie. Mais il ne manquera point d'êtres qui s'en emparent et qui lui servent de tête. On verra germer de nouveau pour elle une racine pleine d'amertume, et repousser la tête venimeuse que la femme forte, je veux dire l'Église notre mère, avait, jadis écrasée, le jour où elle enfanta, à l'espérance de la vie, celui qu'une mère, selon la chair, avait fait enfant de colère.
2. Alors quiconque a les yeux du cœur ouverts, et sait regarder de l'œil de l'esprit, apercevra un monstre horrible ayant un corps d'homme et une tète de démon. C'est peu que cela, usais le dernier état de cet homme sera certainement pire que le premier ; car la tête du serpent, qui avait été coupée, ne repoussera qu'avec sept autres tètes pires qu'elle ; qui ne tremble en entendant ces choses ? Irai-je donc prendre les membres de Jésus-Christ pour en faire les membres du démon ? Serai-je assez malheureux pour aller me joindre au corps de Satan, après m'être séparé de celui du Sauveur ? Ah ! mes frères, Dieu nous préserve à jamais d'un si exécrable échange. C'est pour moi le plus grand des bonheurs, ô tête glorieuse que les anges brûlent du désir de contempler, de m'attacher à vous. Je veux vous suivre partout où vous irez. Si vous passez par le feu, je ne me séparerai point de vous, il n'est point de maux que je redoute, parce que vous êtes avec moi. Vous vous chargez de mes douleurs, et vous souffrez pour moi, vous passez par l'étroit sentier de la passion, pour frayer à vos membres qui vous suivront une voie large et facile. « Qui pourra nous séparer de la charité de Jésus-Christ (Rom. VII, 35) ? » N'est-ce point elle qui donne la force et l'accroissement aux liens et aux jointures de tous les membres du corps. C'est le bon mastic dont parle Isaïe (Is. XLI, 7). C'est elle qui fait goûter à des frères, le plaisir et le bonheur de vivre unis. Elle est ce parfum répandu sur la tête qui descend de la tête sur la barbe, et jusques sur le bord du vêtement (Psal. CXXXII, 1), en sorte qu'il n'est pas un fil qui n'en soit embaumé. En effet, c'est dans la tète due se trouve la plénitude des grâces, d'où nous avons tous reçu nous-mêmes celles que irons avons ; c'est dans la tète que réside toute la miséricorde, la source intarissable de la bonté divine, et l'inépuisable abondance des parfums spirituels, selon ce qui est écrit : « Le Seigneur vous a oint d'une huile de joie, de préférence à tous ceux qui ont part à votre gloire (Psal. XLIV, 8). » Mais l'huile que le Père avait si abondamment versée sur cette tête, n'a point empêché Marie de l'arroser à son tour. Les disciples en murmurèrent, il est vrai, mais la Vérité répondit pour elle, et dit qu'elle avait fait une bonne œuvre.
3. Eh bien ! qu'est-ce que l'Évangile nous ordonne aujourd'hui ? « Pour vous, dit-il, lorsque vous jeûnez, parfumez votre tête. » Quelle condescendance admirable ! L'esprit du Seigneur repose en lui, puisqu'il l'a oint, et néanmoins il évangélise les pauvres et leur dit : « parfumez votre tête. » Dieu le Père se complait en son Fils, et pendant que sa voix retentit dans les cieux, l'Esprit-Saint descend sous la forme d'une colombe. Pensez-vous, mes frères, due le saint Chrême fit défaut au baptême du Christ ? Le Saint-Esprit se repose sur lui, qui osera douter qu'il ait été oint par lui ? « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j'ai mis toutes mes complaisances (Matth. III, 17). » Ne s'exhale-t-il point de ces mots tout un parfum d'onction spirituelle ? Le Père a oint son Fils de préférence à tous ceux qui ont part à sa gloire, parce qu'il se complait en lui beaucoup plus qu'en tous les autres, attendu qu'il l'aime d'un amour divin, inconnu à toute créature. Le Père, dis-je, a donc oint son Fils de préférence à tous ceux qui partagent sa gloire, il a accumulé sur lui toutes les Chrêmes de bonté, de mansuétude et de douceur, et fa rempli abondamment des entrailles de sa miséricorde et de sa pitié. Lorsqu'il l'eut oint il nous l'envoya, et nous le fit voir plein de grâce et de miséricorde. Oui, voilà comment notre chef fut oint par son Père, et cela ne l'empêche point de nous demander de l'oindre encore nous-mêmes, car il nous dit : « Lorsque vous jeûnerez ayez soin d'oindre votre tête. » Eh quoi, la source intarissable demande de l'eau à un mince ruisseau ? Oui, elle lui en demande, ou plutôt elle la lui redemande, car les eaux reviennent à la source d'où elles sont parties pour s'en écouler de nouveau.
4. Ce n'est pas toutefois parce qu'il est clans le besoin, que le Christ redemande ce qu'il vous a donné, mais c'est afin de vous conserver tout ce que vous voudrez bien lui rendre. De même que l'eau d'un fleuve, si elle cesse de couler, se corrompt, et arrête en même temps, par une sorte d'inondation, le cours des eaux qui surviennent, ainsi en est-il de la grâce, elle cesse de couler dès qu'elle ne revient plus à sa source, et, non-seulement elle cesse de s'accroître chez l'ingrat, mais de plus celles qu'il a reçues tournent à sa perte. Au contraire, celui qui se montre fidèle en de petites choses se rend digne d'une récompense plus grande. Parfumez donc votre tête en rapportant à celui qui est ai dessus de vous, tout ce que vous avez de dévotion, de bonheur et d'amour. Oui, parfumez votre tête, c'est-à-dire rapportez-lui toutes les grâces que vous en aviez reçues, et recherchez sa gloire bien plus que la vôtre. Or, celui-là seul parfume le Christ, qui répand lui-même une bonne odeur de vertu en tous lieux. Sachez que c'est contre les hypocrites qu'il a parlé ainsi, car il a dit : « Ne ressemblez point aux hypocrites (Matth. VI, 16). » Le Seigneur n'interdit point par-là toute espèce de tristesse, mais celle qu'on affecte d'avoir quand on se trouve en public, car il est dit ailleurs : « Le cœur des sages est volontiers là où se trouve la tristesse (Eccl. VII, 5), » et saint Paul ne regrette point d'avoir contristé ses disciples, puisque leur tristesse a contribué à leur salut (II Cor. VII, 8). Or telle n'est point la tristesse des hypocrites, parce qu'elle n'est point dans leur lune mais uniquement sur leur visage, car ils affectent de paraître avec un air abattu (Matth. V., 6).
5. Au reste, remarquez bien que le Seigneur n'a pas dit : ne soyez pas tristes comme ; les hypocrites, mais « ne leur ressemblez, pas, » c'est-à-dire, n'affectez point comme ceux-là d'être tristes. On dit, en effet, vulgairement en parlant d'un homme, il fait le triste, ou bien il fait le superbe ; et encore, ceux qui vantent votre bonheur vous trompent ; il y a beaucoup d'autres tours semblables, à l'usage de la feinté plutôt que de la vérité. « Pour vous, quand vous jeûnez, parfumez votre tête et lavez votre visage. » Ils affectent un air abattu, à vous, on, recommande ; de vous laver la figure ; or, la figure signifie ici les actions de la vie qui paraissent au dehors. Voilà ce qu'un fidèle serviteur du Christ lave avec soin, afin de n'y rien laisser qui choque les regards ; l'hypocrite, au contraire, leur donne un air d'abattement, en affectant toute sorte de singularités et de pratiques extraordinaires. Il ne parfume point non plus sa tête, dont toutes les pensées sont loin du Christ, et que charment seulement les vaines louanges des hommes. Il aime mieux se parfumer lui-même, pour s'enivrer de la bonne odeur de l'opinion qu'il a de lui, ou bien encore, comme il est manifeste que le Christ n'est pas le chef de l'hypocrite, il ne parfume même point sa tête, quelle qu'elle soit, attendu que son esprit se complaît, non point dans le témoignage de sa conscience, mais uniquement dans l'estime des hommes. Les vierges folles disaient aux vierges sages : « Donnez-nous de votre huile (Matt. XXV, 8), » pourquoi cela ? Parce qu'elles n'en avaient point dans leurs lampes ; mais ce n'est pas le fait de vierges prudentes de donner ainsi de l'huile aux autres. Elles ne voudraient pas en recevoir, comment en donneraient-elles ? Mais écoutez un Prophète à qui Dieu avait révélé les impénétrables secrets de sa sagesse : « L'huile du pécheur, dit-il, ne parfumera point ma tête (Psal. CXI., 5). » Voilà, l'huile qu'achètent les hypocrites, mais comme dit le Seigneur : « En vérité, ils ont reçu leur récompense. Ils affectent, en effet, de paraître avec un visage pâle et défiguré, pour faire voir aux hommes qu'ils jeûnent (Matt. VI, 16). » Voyez-vous comment en deux mots il signale les habitudes de singularité des hypocrites et condamne leur vanité ? Mais remarquez aussi comment en quelques mots, il nous engage à faire de bonnes œuvres devant Dieu et devant les hommes : « Parfumez votre tête, dit-il, et lavez votre visage. » En d'autres termes : ayez soin de vous montrer toujours au dehors d'une conduite irréprochable, mais en ayant soin de vous rendre dignes de la grâce de Dieu ; et ne recherchez point votre gloire, mais celle de votre Auteur devant les hommes.
6. On peut encore entendre par ce visage lavé une conscience pure, et par cette tête parfumée, une âme dévote. Mais si on les prend en ce sens, il semble alors que les paroles du Sauveur sont dirigées particulièrement contre deux défauts propres aux personnes qui jeûnent. En effet, les uns jeûnent par ostentation, c'est à eux qu'il est dit : « Lavez votre visage. » Les autres jeûnent avec impatience et murmure ; ce sont ceux qui ont besoin de se parfumer la tête. Or, par la tête, il faut entendre les dispositions intérieures de l'âme, qui se trouvent parfumées dans le jeûne, lorsqu'on est spirituellement heureux de jeûner. Il vous semble peut-être que je m'explique d'une façon bien nouvelle, quand je dis que le jeûne parfume ? je vais plus loin, je prétends même qu'il engraisse. En effet, n'avez-vous jamais lu dans les Saintes Lettres « qu'il doit les nourrir dans la faim (Psal. XXXII, 10) ? » Le jeûne du corps est donc l'onction de la, tête ; et les privations de la chair, la réfection du cœur. Après tout, pourquoi ne verrais-je point une onction dans ce qui guérit nos blessures et adoucit les tourments de la conscience ? Que l'hypocrite achète donc au prix de son jeûne l'huile du pécheur ; pour moi, je ne vends point mon jeûne, je m'en sers comme d'une huile dont je me parfume. « Parfumez votre tête, » est-il dit, de peur que le murmure ou l'impatience n'entrent dans votre âme. Ce n'est même pas encore assez ; mais « glorifiez-vous dans la tribulation (Rom. V, 3), selon le mot de l'Apôtre. Oui, glorifiez-vous, mais sans jamais céder à une pensée de vanité, afin que votre figure soit pure de l'huile du pécheur.

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