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SERMON DE SAINT AUGUSTIN POUR LA FÊTE DES SAINTS INNOCENTS. II.
ANALYSE. — 1. Conduit par l'envie du démon, Hérode fait mourir les innocents. — 2. Contre qui s'exercent les vengeances divines. — 3. Les appréhensions et la condition d'Hérode.
1. Très-chers frères, le Saint-Esprit a dit, par l'organe de Salomon : « Par l'envie de Satan, la mort est entrée dans l'univers ». Il est sûr, mes bien-aimés, que, depuis le commencement, le diable enseigne la jalousie et l'envie ; d'où il suit évidemment que tout homme envieux et jaloux est son disciple. Autre conséquence encore : il y en a beaucoup pour jalouser et envier le sort d'autrui, parce qu'il y en a beaucoup pour imiter le diable. N'est-il pas dit, en effet, dans l'Écriture : « Ceux qui l'imitent sont sa part ». L'homme spirituel et saint, voilà la part du Dieu d'Israël ; car de lui il est dit aussi : « La part du Dieu d'Israël est son héritage ». Dans cet héritage, comme nous en avons déjà fait la remarque, l'ennemi de l'homme, son adversaire jaloux, n'a aucune part ; aussi a-t-il fait asseoir un gentil sur le trône royal ; en d'autres termes, il y avait placé le tyran Hérode, né au sein de la gentilité, pour exterminer le peuple de Dieu, pour torturer une multitude d'enfants innocents et répandre le sang de nouveau-nés qui n'étaient coupables d'aucune faute. Nous venons d'entendre le Saint-Esprit adjurant Dieu le Père de le punir, en ce passage prophétique : « Vengez le sang de vos serviteurs qui a été répandu ». « Que les cris des captifs montent jusqu'à vous ». Oui, il est monté et il demeurera en la présence de Dieu jusqu'au jour du Seigneur, c'est-à-dire qu'au jour du jugement il en sera tiré vengeance.
2. Votre charité n'ignore point, sans doute, que Jean a écrit ces paroles dans l'Apocalypse : « Je vis, sous l'autel, les âmes de ceux qui a ont donné leur vie pour la parole de Dieu et pour rendre témoignage à Jésus ; et tous jetaient un grand cri, disant : Jusques à quand différerez-vous de juger et de venger notre sang sur ceux qui habitent la terre ? » Vengez notre sang, car nous ne sommes nullement séparés de votre charité, comme il est écrit dans la leçon présente : « Qui nous séparera de l'amour du Christ ? La tribulation, les angoisses, la faim ? » Vengez le sang d'innocents arrachés au sein de leur mère et toujours unis à vous par les liens de l'amour. Vengez les souffrances, les enfantements, les cris, les douleurs, les pleurs, les larmes, les gémissements désespérés de tant de mères qui n'ont pas rencontré un seul consolateur, suivant cette parole de l'Évangile : « On entendit, dans Rama, une voix et des pleurs, et de grands gémissements : Rachel pleurant ses enfants, et elle ne voulut pas être consolée parce qu'ils ne sont plus ». Et, en réalité, parce qu'ils n'ont point appartenu à ce monde, car, par leur naissance et leur âge, ils ont été les compagnons du Christ. C'est ce que dit l'Évangéliste : « Hérode envoya tuer tous les enfants qui étaient dans le pays d'alentour, depuis l'âge de deux ans et au-dessous, selon le temps indiqué par les Mages ». Qu'est-ce que les Mages lui avaient appris ? Que le Christ, le vrai roi d'Israël, était né selon la chair.
3. À cette nouvelle, Hérode se considéra comme exposé à un grand danger ; il savait, en effet, qu'il n'avait pas le droit de régner sur le peuple de Dieu. Car n'était-il pas une sorte de fugitif et un étranger au milieu de la nation juive ? À ce titre, il ne pouvait demeurer dans les rangs de ce peuple saint ; c'était, pour lui, chose d'autant plus facile à comprendre, qu'un autre roi venait de naître, un roi envoyé de Dieu le Père et non pas choisi par la nation ; un roi doit être tel par droit de naissance, et non par droit d'élection, suivant cette parole du Sauveur : « Je suis né et je suis venu dans le monde pour cela » : Réjouissons-nous et tressaillons d'allégresse de ce qu'il est né, et, par lui, rendons-en grâces à Dieu le Père, à qui appartiennent l'honneur et la gloire, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
27 décembre : saint Jean


HOMÉLIE DE S. JEAN CHRYSOSTOME SUR L'ÉVANGILE DE JEAN
Nous avons trouvé le Messie.
André, après avoir demeuré auprès de Jésus et avoir beaucoup appris, n'a pas gardé ce trésor pour lui : il se hâte de courir auprès de son frère, pour le faire participer aux biens qu'il a reçus. Considère ce qu'il dit à son frère : Nous avons trouvé le Messie (autrement dit le Christ). Vois-tu comment il a fait connaître ce qu'il venait d'apprendre en si peu de temps ? Il montre et l'autorité du Maître qui a persuadé ses disciples, et l'ardeur de ceux-ci qui s'en sont préoccupés d'emblée, dès le début. Son propos vient d'une âme qui désire avec angoisse l'avènement du Messie, qui attend son arrivée du ciel sur la terre, qui est comblée de joie de voir apparaître ce qu'elle attendait, et qui se hâte de faire participer les autres à cette bonne nouvelle. C'est montrer une amitié vraiment fraternelle, une affection profonde et un naturel plein de sincérité, que de se communiquer ainsi les richesses spirituelles. Remarque combien, dès le début, Pierre a un esprit docile et obéissant, car il accourut sans tarder. Il le conduisit à Jésus, dit l'évangéliste. Mais que personne ne condamne cette facilité, comme s'il avait accueilli aveuglément l'invitation de son frère. Il est probable que celui-ci lui avait parlé en détail et longuement. Mais les évangélistes suppriment beaucoup de choses par souci de concision. D'ailleurs on ne dit pas que Pierre a cru aussitôt, mais que son frère le conduisit à Jésus pour le lui confier, afin que Pierre soit entièrement instruit par lui. Car l'autre disciple était là et participait à l'entretien. Lorsque Jean Baptiste a dit : C'est l'Agneau, et : Il baptise dans l'Esprit Saint, il a confié au Christ le soin d'enseigner lui-même plus clairement cette doctrine. À plus forte raison André a-t-il fait de même, car il ne se jugeait pas capable de tout expliquer. Il a conduit son frère à la source même de la lumière, avec tant de hâte et de joie, pour ne pas le laisser attendre si peu que ce soit.


COMMENTAIRE DE S. CYRILLE D'ALEXANDRIE SUR L'ÉVANGILE DE JEAN
Notre Seigneur Jésus Christ a institué des guides et des enseignants pour le monde entier, et des intendants de ses mystères divins. Il leur a prescrit de briller et d'éclairer comme des flambeaux non seulement dans le pays des Juifs, mais partout sous le soleil, pour les hommes habitant sur toute la surface de la terre. Elle est donc vraie, cette parole de saint Paul : On ne s'attribue pas cet honneur à soi-même, on le reçoit par appel de Dieu, Notre Seigneur Jésus Christ, en effet, a appelé à ce très glorieux apostolat ses disciples avant tous les autres. Les saints disciples ont donc été comme les colonnes et le soutien de la vérité. Le Seigneur dit qu'il les a envoyés comme le Père l'avait envoyé lui-même. Il montre ainsi quelle est la dignité de l'apostolat et la gloire incomparable du pouvoir qu'il leur a donné. En même temps, semble-t-il, il fait entrevoir la route de la fonction apostolique. Car, s'il estimait devoir envoyer ainsi ses propres disciples comme le Père l'avait envoyé lui-même, comment n'était-il pas nécessaire que ceux-ci, destinés à être ses imitateurs. découvrent pour quelle tâche le Père avait envoyé son Fils ? Celui-ci nous a donc expliqué de diverses manières le caractère de sa mission. Il a dit un jour : Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs pour qu'ils se convertissent. Et encore : Je suis descendu du ciel non pas pour faire ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé. Et une autre fois : Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. Il résumait en quelques paroles la fonction des Apôtres en disant qu'il les a envoyés comme le Père l'avait envoyé lui-même : ils sauraient par là qu'il leur incombe d'appeler les pécheurs à se convertir, de soigner les malades, corporellement et spirituellement ; dans leurs fonctions d'intendants, de ne chercher aucunement à faire leur propre volonté, mais la volonté de celui qui les a envoyés ; enfin de sauver le monde dans la mesure où il recevra les enseignements du Seigneur. Nous pourrons facilement voir comment les saints disciples ont excellé dans toutes ces tâches, si nous lisons les Actes des Apôtres et les écrits de saint Paul.


31 décembre
Nuit de prière du 31 décembre
La nuit du 31 décembre au 1er janvier est traditionnellement dans l'Église une nuit entière consacrée à la prière. Les fidèles sont invités à méditer sur le "mystère du temps" qui passe à la fois rapidement et inexorablement. Cette réflexion suscite en eux les deux réactions suivantes : tout d’abord, un sentiment mêlé de repentir et de regret pour les fautes qui ont été commises, et pour toutes les occasions de vivre dans la grâce de Dieu qui ont été perdues durant l’année qui s’achève ; ensuite, le désir de remercier Dieu pour tous les bienfaits reçus de Lui. Cette double attitude a donné naissance respectivement à deux pieux exercices : d’une part, l’exposition prolongée du Saint-Sacrement qui permet aux communautés religieuses et aux fidèles de bénéficier de longs moments de prière, surtout silencieuse ; d’autre part, le chant du Te Deum, qui exprime la louange et l’action de grâces des fidèles pour tous les bienfaits obtenus de Dieu durant l’année qui va s’achever. Dans certains lieux, juste après minuit, il est d'usage de commencer la nouvelle année en chantant l'hymne du Veni Creator. La nuit de prière s’achève normalement par la célébration tôt le matin du Saint-Sacrifice de la Messe en l'honneur de "Sainte Marie, Mère de Dieu". L'Église encourage vivement l’organisation de telles veillées ; toutefois, celles-ci doivent être célébrées en tenant compte des éléments liturgiques de l’Octave de Noël ; de plus, elles doivent être conçues non seulement comme un acte de réparation tout à fait juste face à l’insouciance et à la débauche, qui marquent le passage d’une année à l’autre, mais encore comme une veillée offerte au Seigneur pour les prémices du nouvel an.
1er janvier : Sainte Vierge Marie, Mère de Dieu


Lettre de saint Cyrille d'Alexandrie aux moines d'Egypte, avant le Concile, pour les mettre en garde contre Nestorius
« Je m'étonne qu'il y ait des gens pour poser cette question : faut-il, ou ne faut-il pas appeler la Sainte Vierge Mère de Dieu ? Car si Notre-Seigneur Jésus-Christ est Dieu, comment la Vierge qui l'a mis au monde ne serait-elle pas la Mère de Dieu ? [...] L'Écriture divinement inspirée déclare que le Verbe de Dieu s'est fait chair, c'est-à-dire s'est uni à une chair douée d'une âme raisonnable. À sa suite le grand et saint concile de Nicée enseigne que c'est le même Fils unique de Dieu, engendré de la substance du Père, par qui tout a été fait, en qui tout subsiste, qui pour nous autres hommes et pour notre salut est descendu des cieux, s'est incarné, s'est fait homme, a souffert, est ressuscité, et reviendra un jour comme juge ; le Concile nomme le Verbe de Dieu : le seul Seigneur Jésus-Christ. Et que l'on observe bien qu'en parlant d'un seul Fils, et en le nommant le Seigneur, le Christ-Jésus, le Concile déclare qu'il est engendré par Dieu le Père, qu'il est le Monogène. Dieu de Dieu, lumière de lumière, engendré, non créé, consubstantiel au Père... Et dès lors la Sainte Vierge peut être appelée à la fois Mère du Christ, et Mère de Dieu, car elle a mis au monde non point un homme comme nous [ce qui explique le miracle de la Virginité Perpétuelle : la naissance est exclusivement Divine car la Personne qui est née dans le temps est exclusivement divine, nullement humaine. Nombreux sont les hérétiques nestoriens qui existent encore aujourd'hui. NDLR], mais bien le Verbe du Père qui s'est incarné et s'est fait homme. Mais, dira-t-on : "La Vierge est-elle donc Mère de la divinité ?". À quoi nous répondons : Le Verbe vivant, subsistant, a été engendré de la substance même de Dieu le Père, il existe de toute éternité, conjointement avec celui qui l'a engendré, il est en lui, avec lui. Mais dans la suite des temps, il s'est fait chair, c'est-à-dire s'est uni une chair possédant une âme raisonnable, dès lors on peut dire qu'il est né de la femme, selon la chair. Ce mystère d'ailleurs a quelque analogie avec notre génération même. Sur la terre en effet les mères, d'après les lois mêmes de la nature, portent dans leur sein un fruit qui, obéissant aux mystérieuses énergies déposées par Dieu, évolue et finalement se développe en forme humaine ; mais c'est Dieu qui dans ce petit corps met une âme de la manière que lui seul connaît. "C'est Dieu qui façonne l'âme de l'homme", dit le prophète. Or, autre chose est la chair, autre chose est l'âme. Pourtant bien que les mères aient produit le corps seulement, on ne laisse pas de dire qu'elles ont mis au monde l'être vivant, corps et âme, et non point seulement une de ses parties. Nul ne dirait par exemple qu'Elisabeth est la mère de la chair (sarkotokos), qu'elle n'est pas la mère de l'âme (psychotokos) ; car elle a mis au monde Jean-Baptiste, avec son corps et son âme, cette personne unique, l'homme composé de corps et d'âme. C'est quelque chose de semblable qui se passe à la naissance de l'Emmanuel. II a été engendré, avons-nous dit, de la substance du Père, étant son Verbe, son Fils unique ; mais quand il a pris chair, et qu'il s'est fait Fils de l'homme, il est nécessaire de confesser, qu'il est né de la femme selon la chair [...] »


Saint Épiphane, évêque de Salamine, † 403, sur les louanges de Sainte Marie, Mère de Dieu
« Que dirai-je ou qu’exprimerai-je au sujet de la Vierge illustre et sainte ? Car Dieu seul excepté, elle est supérieure à tous : elle est naturellement plus belle que les Chérubins et les Séraphins eux-mêmes et que toute l’armée angélique ; pour la célébrer, une langue du ciel ou de la terre ne saurait suffire, pas même celle des anges. Ô bienheureuse Vierge, colombe pure et céleste Épouse, Marie, temple et trône de la divinité, qui possédez le Christ, ce soleil qui brille au ciel et sur la terre ! Nuée céleste qui du ciel avez amené le Christ au monde, tel un éclair éblouissant ! Salut, pleine de grâce, porte des cieux, dont parle de façon claire et évidente le prophète, lorsqu’il s’écrie dans le Cantique : « Vous êtes un jardin fermé, ma sœur, mon épouse, vous êtes un jardin fermé, une fontaine scellée » (Cantique des cantiques 4, 12). La Vierge est le lys immaculé qui a enfanté le Christ, rose qui ne passe pas. Ô Sainte Mère de Dieu, brebis immaculée, qui avez enfanté votre agneau, le Christ, Verbe incarné en vous ! Ô Vierge toute sainte, qui avez rempli de stupeur l’armée des anges ! Merveille qui remplit les cieux de stupeur : une femme revêtue du soleil, portant la lumière en ses bras ; merveille qui remplit les cieux de stupeur : la couche d’une vierge possède le Fils de Dieu ; merveille qui remplit les cieux de stupeur : le Seigneur des anges est devenu l’enfant d’une Vierge. Les anges accusaient Ève, ils comblent maintenant d’honneur Marie qui a relevé Ève de sa chute et mis en possession du ciel Adam chassé du paradis. Elle est en effet la médiatrice naturelle du ciel et de la terre, puisqu’elle a réalisé leur union. La grâce de la Vierge sainte est immense. Aussi Gabriel salue-t-il dès l’abord la Vierge par ces mots : « Salut, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous ». « Salut, pleine de grâce », vous qui êtes un ciel resplendissant ! « Salut, pleine de grâce », Vierge ornée de nombreuses vertus ! « Salut, pleine de grâce », vous qui êtes l’urne d’or contenant la manne céleste ! « Salut, pleine de grâce », vous qui rassasiez les assoiffés de la douceur d’une source intarissable ! Salut, Très Sainte Mère Immaculée, qui avez enfanté le Christ, qui existe avant vous ! Salut, pourpre royale, qui avez revêtu le Roi du ciel et de la terre ! Salut, livre mystérieux, qui avez donné à lire au monde le Verbe et le Fils du Père ».
Solennité de l’Épiphanie


PREMIER SERMON DE SAINT BERNARD POUR LE JOUR DE L'ÉPIPHANIE DE NOTRE-SEIGNEUR
Sur ces paroles de l'Apôtre : « La bonté de Dieu notre Sauveur et son humanité ont paru dans le monde (Tit. III, 4) : » et sur les trois apparitions de Jésus-Christ. »
1. La bonté de Dieu notre Sauveur et son humanité ont paru dans le monde (Tit. III, 14). Grâces soient rendues à Dieu par qui nous recevons une si abondante consolation dans notre voyage, au sein de l'exil et au milieu de nos misères. Car nous avons soin de vous rappeler bien souvent, afin que vous ne l'oubliiez pas, que nous sommes des voyageurs sur la terre, des exilés de la patrie, des hommes dépouillés de leur héritage ; car quiconque n'a point gémi sur son sort ne sera jamais consolé. Quiconque ne sent point la nécessité d'être consolé ne saurait espérer la grâce de Dieu (Saint Bernard vent dire que ceux qui ne sentent point leur misère ne recevront point la grâce de Dieu, parce qu'il ne la donne qu'à ceux qui la demandent ; de plus elle ne se conserve que dans ceux qui craignent de la perdre. (Voir plus loin le premier sermon de saint Bernard pour le jour de l'octave de l'Epiphanie, n. 5, et le deuxième sermon pour le même jour, n. 8.) On peut consulter aussi le premier sermon sur la psaume quatre-vingt-dixième, n. 1, ainsi que le cinquième sermon pour le jour de la race de l'Église, n. 8, où notre saint s'exprime ainsi : « Ne point voir sa propre est un obstacle à la miséricorde, et la grâce ne se répand point là où on présume de son mérite. » (Voir encore la livre I de la Vie de saint Bernard, n. 36 et 37.)). Aussi, les gens du monde, absorbés tout entiers par une multitude d'affaires et dé désordres, ne s'aperçoivent point de leur misère et ne recherchent point la miséricorde. Mais vous, à qui il n'a pas été dit en vain : « Arrêtez-vous et voyez que je suis le Seigneur de toutes douceurs (Psal. XLV, 11), » vous, à qui le même Prophète disait encore : « Le Seigneur fera connaître à son peuple la puissance de ses œuvres (Psal. CX, 6) : » vous, dis-je, que les occupations du siècle ne captivent plus, remarquez combien est grande la consolation spirituelle. Vous, qui n'ignorez point que vous êtes en exil, apprenez que le secours vient du ciel, « car la bonté de Dieu notre Sauveur et son humanité ont paru dans ce monde. » Tant que son humanité ne parut point, sa bonté demeura cachée, attendu que celle-ci existait avant celle-là puisque la miséricorde du Seigneur est éternelle. Mais comment pouvait-elle être connue dans toute sa grandeur ? Elle était promise mais on ne le sentait point encore, et voilà pourquoi tant d'hommes en doutaient. Dieu avait parlé autrefois en diverses occasions et en diverses manières par la bouche des prophètes (Hebr. I, 1), il avait dit : « Mes pensées sont des pensées de paix, non d'affliction (Jerem. XXIX, 11). » Que répondait l'homme qui né ressentait que son affliction et ignorait les douceurs de la paix ? Il disait à Dieu jusques à quand nous direz-vous : « La paix, la paix, lorsqu'il n'y a point de paix (Ezech. XIII, 10) ? » Aussi les anges de paix versaient-ils des larmes amères en s'écriant : « Seigneur, qui est-ce qui croira nos paroles (Isa. XXXIII, 7) ? » Mais que les hommes en croient du moins leurs propres yeux maintenant, car « les témoignages de Dieu sont très-dignes de créance (Psal. XCII, 5). » Et, afin qu'elle ne pût échapper à ses regards, « Dieu a dressé sa tente en plein soleil (Psal. XVII, 5). »
2. Or, voici maintenant la paix non plus promise simplement, mais envoyée ; non plus différée, mais donnée ; non plus prophétisée, mais présentée. Voici que Dieu a envoyé sur la terre comme le trésor même de sa miséricorde, ce trésor, dis-je, dont la passion doit briser l'enveloppe, pour en répandre le pria de notre salut qui y est caché ; pour être, peu volumineux, il n'en est pas moins rempli, car si ce n'est qu'un tout petit enfant qui nous a été donné, en lui habite toute la plénitude de la divinité. Dans la plénitude des temps est donc venue la plénitude, de la divinité. Elle est venue dans la chair afin d'être visible par des yeux de chair, et, afin qu'à la vue de son humanité, on reconnût sa bonté ; car si ce dès que l'humanité de Dieu apparaît, il n'est plus possible de doutes de sa bonté. Comment, en effet, aurait-il pu nous mieux signaler sa bonté, qu'en prenant notre chair, notre chair, dis-je, non point celle qu’Adam eut, avant son péché ? Est-il rien qui prouve mieux sa miséricorde que de voir qu'il a pris, notre misère ? Enfin où trouver un amour plus plein, que dans le fait du Verbe même de Dieu se faisant pain pour nous ? « Seigneur, qu’ est-ce que l'homme pour faire tant de cas de lui, et pour que votre cœur, s'attache à lui (Job. VII, 17) ? » Que l’homme apprenne, par là, quel soin Dieu prend de lui, quel bien il lui rend dans sa pensée, et quels sentiments il nourrit à son égard. Ne te demande point, ô homme, ce que tu souffres, mais ce qu'il, a souffert. Reconnais quel cas il fait de toi, par ce qu'il est devenu pour toi afin que tu pusses, en voyant son humanité, te convaincre de sa bonté. En effet, plus il s'est fait petit en se faisant homme, plus il s'est montré grand en amour, et, plus il s'est fait humble pour moi, plus il est digne de mon amour. « La bonté de Dieu notre Sauveur et son humanité nous ont apparu, » disait l'Apôtre. Oui elles ont apparu, mais immenses, mais manifestes ! ce qui a rendu la preuve de sa bonté plus grande encore, c'est le nom de Dieu qu’il a voulu ajouter à son humanité.
3. Car l’ange Gabriel, qui fut envoyé à Marie, lui parle du fils de Dieu, mais ne le nomme point. Dieu. Béni donc soit Dieu qui a trouvé parmi nous, et pour nous, un ange de notre race qui suppléât ce que l'ange du ciel avait omis, Car le nôtre avait aussi l'esprit de Dieu, et c'est dans cet esprit qu'il nous a annoncé :ce qu'il nous importait tant de savoir. Est-il, en effet, quelque chose qui fonde la foi, fortifie l'espérance et enflamme la charité comme l'humanité de pieu ? Mais ce que les autres anges n'ont point dit, c'est le notre qui devait le dire. Il ne convenait point que tous les anges annonçassent toutes choses, car, il fallait que nous eussions le plaisir, d'apprendre une chose des uns et une autre des autres, et que nous eussions des actions de grâces à rendre à chacun. Pourtant, il y a un nom que les anges et l'Apôtre s'accordent à lui donner, c'est celui de Sauveur. En s'adressant à Marie qui était plus complètement instruite que lui par le Saint-Esprit, Gabriel se contente de lui indiquer le nom du Sauveur ; « vous lui donnerez le nom de Jésus (Luc. I, 31). » Mais lorsqu'il s'adresse à Joseph, il lui explique la signification de ce nom : « Vous lui donnerez le nom de Jésus, parce que ce sera lui qui sauvera son peuple (Matth. I, 21). » De même aux, bergers, la grande nouvelle qui leur est annoncée, c'est qu'il leur est né un Sauveur, le Seigneur Christ. Saint Paul s'exprime à peu près de la même manière quand il dit : « La bonté et l'humanité du Sauveur notre Dieu ont paru (Tit. III, 6). » C'est un nom d'une grande douceur, et nul n'a négligé de le prononcer, attendu qu'il m'était bien nécessaire de l'entendre. Autrement qu'aurai-je fait en apprenant que le Seigneur venait ? Ne me serais-je point enfui, comme Adam qui voulait éviter sa présence et ne put y réussir ? Ne tomberais-je point dans le désespoir, en apprenant l'arrivée de celui dont j'ai si souvent violé la loi, de la patience de qui j'ai tant abusé, dont j'ai si mal reconnu les bienfaits ? Quelle plus grande consolation pourrait-il y avoir pour moi que d'entendre un nom plein de douceur et de consolation ? Aussi entendez-le lui-même dire que « le Fils n'est pas venu pour juger le monde, mais, pour que le monde fût sauvé par lui (Joan. III, 17). » Alors je m’approche avec confiance, je prie, l'espérance dans l’âme. En effet, que craindrais-je quand celui qui vient dans ma demeure est le Sauveur ? Je n'ai péché que contre lui, s'il me pardonne tout sera oublié, d'autant plus qu'il peut faire tout ce qu'il lui plait il est Dieu, s’il me justifie, qui est-ce qui me condamnera ? Qui est-ce qui osera élever la voix contre les élus de Dieu (Rom. VIII, 33) ? Il faut donc nous réjouir de ce qu'il est venu chez nous, car il se montrera facile à pardonner.
4. Après tout il est tout petit enfant, il sera donc bien facile de l'apaiser : Qui ne sait que les enfants pardonnent aisément ? Et s'il n'est pas venu à nous pour peu de chose, cependant il faut bien peu de chose pour nous réconcilier avec lui ; mais si peu que ce soit de ne saurait pourtant pas être moins que la pénitence, après tout n'est-ce que notre pénitence, sinon infiniment peu de chose ? Nous sommes pauvres, nous ne pouvons donner que peu ; mais ce peu, si nous le voulons, suffit pour nous réconcilier. Tout ce que je puis donner, c'est ce misérable corps, mais si je le donne, il suffit ; sinon j'ajoute son propre corps au mien, en effet il est du même sang que moi, il est à moi. Car cet « enfant est né pour nous, ce fils a été donné à nous (Is. IX, 6). » Seigneur, je supplée par vous à ce qui me manque. Ô réconciliation d'une incomparable douceur ! Ô satisfaction infiniment agréable ! Ô réconciliation vraiment facile mais infiniment utile ; satisfaction vraiment petite mais non de peu de prix ! Mais plus elle est facile aujourd'hui, plus elle sera difficile demain, et si maintenant il n'est personne qui ne puisse se réconcilier, bientôt il n'y aura plus personne qui le pourra, car, de même que la bonté du Sauveur s'est montrée au delà de toute espérance, au delà de tout ce que les hommes pouvaient imaginer, ainsi pouvons-nous nous attendre à un jugement dune sévérité pareille à ce que fut sa bonté. Gardez-vous donc bien de mépriser la miséricorde de Dieu si vous ne voulez point ressentir sa justice, ou plutôt sa colère, son indignation, sa violence ou sa fureur. Seigneur, ne me reprenez point dans votre fureur, et ne me châtiez pas dans votre colère (Psal. VI, 1). Pour que vous n'ignoriez point quelle sera la sévérité du jugement futur, il a commencé par vous en donner une idée dans la grandeur de sa miséricorde qui, le précède ; jugez donc de la grandeur de la vengeance par la grandeur de l'indulgence. Dieu est immense, sa justice comme sa miséricorde est infinie, il est riche en pardon, riche en vengeance ; mais la miséricorde a pris le devant, afin que, si nous le voulons, la sévérité du jugement n'ait plus le motif de sévir. Il a donc donné le pas à sa bonté, afin que réconciliés par elle, nous pussions considérer sans crainte sa sévérité. Voilà pourquoi il voulut non-seulement descendre sur la terre, mais s'y faire connaître ; non-seulement y naître, mais y être connu.
5. Après tout, c'est à cause de cette manifestation que ce jour est célèbre pour nous, sous le nom de jour de l'apparition. En effet, c'est aujourd'hui que les Mages sont venus de l'Orient à la recherche du soleil de justice qui venait de se lever, de celui dont il est écrit : « Voilà l'homme qui a pour nom Orient (Zach. VI, 12). » C'est aujourd'hui qu'ils ont adoré l'enfantement nouveau d'une vierge, après avoir suivi la route que leur indiquait un astre nouveau. N'y a-t-il point là encore pour nous une grande consolation, de même que dans le mot de l’Apôtre dont je vous ai entretenus ? Celui-ci la nommé Dieu ; et ceux-là lui donnent le même titre sinon de bouche, du moins par leurs actions. Que faites-vous, ô Mages, que fais-vous ? Vous adorez un enfant à la mamelle, dans une vile étable, et caché sous de vils langes ? Est-ce que vous voyez Dieu en lui ? Si c'était un Dieu ne serait-il point dans son temple ; le Seigneur, mais c'est dans les cieux qu'il habite : et vous venez, le chercher, dans une vile étable, sur le sein d'une mère ? Que faites-vous, encore une fois, et pourquoi lui offrez-vous de l’or ? Est-il donc roi aussi ? Mais où est sa cour royale, où est son trône, où est la foule de ses courtisans ? Faut-il prendre une étable pour la cour d'un roi, une crèche pour son trône, Joseph et Marie pour tous courtisans ? Comment des hommes aussi, sages ont-ils pu perdre le sens au point d'adresser leurs adorations à un tout petit enfant, que son âge et la pauvreté de ses parents contribuent à rendre méprisable ? Ils ont perdu le sens, c'est vrai, mais c'est pour le recouvrer, et le Saint-Esprit leur a appris avant tout autre ce que l'Apôtre n'a annoncé que plus tard, c'est, que : « Si quelqu'un parmi vous veut être sage, qu'il devienne insensé et il deviendra sage (I Cor. I, 21). » N'y avait-il pas lieu de craindre, mes frères, que ces hommes ne se scandalisassent et ne se crussent mystifiés en voyant tant de choses indignes d'un Dieu et d'un roi ? De la capitale d'un royaume où ils présumaient qu'ils devaient chercher le roi, ils sont envoyés à Bethléem, dans une misérable petite bourgade ; ils entrent dans une étable et y trouvent un enfant enveloppé de langes. Cette étable ne les choque point, ces langes ne les offusquent point, et cet enfant à la mamelle ne les scandalise point ; ils se prosternent, ils le saluent comme un roi, et l'adorent comme un Dieu ; sans douté c'est que celui qui les a conduits là les a instruits en même temps ; sans doute celui qui les a avertis extérieurement par une étoile, les a aussi intérieurement éclairés. Le Seigneur en se manifestant ce jour-là l'a donc rendu céleste ; et les Mages, parleurs respect leur dévotion, en ont fait un jour de dévotion et de respects.
6. Mais nous ne célébrons point que cette manifestation aujourd'hui il en est encore une autre que nous avons appris de nos pères à célébrer encore. Bien qu'elle soit séparée par un long laps de temps de la première, cependant on croit qu'elle eut lieu le même jour. Jésus ayant accompli sa trentième année dans la chair (car en tant que Dieu il est toujours le même et ses années ne marchent point vers leur déclin), il se présenta au baptême de Jean au milieu d'un grand concours d'hommes de sa nation. Il y vint comme un homme du peuple, lui qui seul était sans péché. Qui l'aurait pris alors pour le Fils de Dieu ? Qui aurait pensé qu'il était le Seigneur de majesté ? Ô Seigneur, comme vous vous humiliez profondément ! Vous vous cachez bien bas, mais vous ne pouvez demeurer inconnu à Jean. N'est-ce pas lui qui du fond du sein maternel, avant même d'avoir vu le jour, vous reconnut, bien que vous ne fussiez pas encore né non plus ? N'est-ce pas lui qui vous reconnut à travers la double enveloppe du sein de sa mère et du sein de la vôtre ? Comme il ne pouvait alors s'adresser à la foule, il instruisait du moins sa mère de votre présence par un tressaillement de joie. Mais aujourd'hui que se passe-t-il ? l'Évangéliste nous le dit : « Jean le vit venir et il dit : voici l'Agneau de Dieu, voici celui qui ôte les pêches du monde (Joan. II, 29). » Oui, c'est bien un agneau, c'est bien lui plein d'humilité, lui plein de douceur. « Voici, dit-il, l'Agneau de Dieu, celui qui ôte les péchés du monde. » C'est-à-dire voici celui qui ;va effacer nos iniquités et purifier notre cloaque. Mais nonobstant ce témoignage il veut être baptisé de la main de Jean. Celui-ci n'ose céder à ses vœux, qui peut s'en étonner ? Oui, qu'y a-t-il d'étonnant qu'un homme tremble et n'ose point toucher au chef saint d'un Dieu, à cette tête que les Anges adorent, que les puissances vénèrent, que les principautés ne considèrent qu'avec crainte ? Eh quoi, Seigneur Jésus, vous voulez être baptisé ? Pourquoi cela, Seigneur, et quel besoin avez-vous du baptême ? Est-ce que l'homme qui est en bonne santé a besoin de médecin, et celui qui est pur a-t-il besoin de se purifier encore ? D'où vous viendrait donc le péché pour avoir besoin du baptême ? Est-ce de votre père ? Vous en avez un, je le sais, mais ce père est Dieu, vous lui êtes égal, car vous êtes Dieu de Dieu, lumière de lumière. Or, qui ne sait que le péché ne peut se trouver en Dieu ? Est-ce de votre mère, car vous avez aussi une mère, mais cette mère est vierge. Je me demande quel péché vous pouvez tenir d'elle, puisqu'elle vous a conçu sans péché et vous a mis au monde sans perdre sa virginité ? Quelle tâche peut se trouver dans l'Agneau immaculé ? « C'est moi plutôt, dit Jean, qui dois être baptisé par vous, et vous venez à moi (Matth,. III, 14) ! » Des deux côtés l'humilité est grande, mais il n'y a pas de comparaison entre celle de l'un et celle de l'autre. En effet, le moyen pour un homme de ne point s'humilier en présence d'un Dieu qui est humble ? « Laissez-moi faire pour le moment, dit le Seigneur, car c'est ainsi qu'il convient que nous accomplissions toute justice (Matth. III, 15). » Jean céda et obéit ; il baptisa l’Agneau de Dieu, il purifia l’eau. C'est nous qui avons été lavés, ce n'est pas lui, car nous savons que c'est pour nous purifier, que les eaux ont été purifiées elles-mêmes.
7. Mais peut être ne vous en rapporterez-vous point entièrement au témoignage de Jean, attendu qu'après tout, il est homme et par conséquent sujet à caution, d’autant plus qu'il est proche parent de celui à qui il rend témoignage. Eh, bien ! voilà un témoignage plus imposant, que celui, de Jean, c'est le témoignage de la colombe qui vient se reposer sur Jésus-Christ. Or ce n'est pas sans raison que pour désigner l'Agneau de Dieu, c'est une colombe qui arrive attendu qu'il n'est point d'être qui convienne mieux à l'agneau que la colombe. Ce qu'est l'agneau parmi les animaux, la colombe l’est parmi les oiseaux. L'un et l'autre sont d'une parfaite innocence, d'une très-grande douceur et d’une extrême simplicité. Est-il rien de plus éloigné de toute malice qu’un agneau et qu'une colombe ? Ils ne sauraient nuire à personne, ils ne savent point ce que c'est que de faire du mal. N'allez pas croire que tout cela s’est passé par hasard, le témoignage de Dieu le Père vous détromperait : Le Dieu de toute majesté fit retentir son tonnerre, le Seigneur s'est fait entendre sur les grandes eaux (Psal. XXVIII, 3). « Au même instant on entendit une voix du ciel qui dit : celui-ci est : mon Fils bien-aimé en qui j'ai mis toutes mes complaisances (Matth. III, 17). » En effet, Jésus est bien celui en qui rien ne déplaît au Père, rien ne choque les regards de sa majesté. Aussi dit-il lui-même : « Je fais toujours ce qui lui plaît. Écoutez-le (Joan. VIII, 29), » dit-il. À vous maintenant, Seigneur Jésus, à vous de parler. Jusques à quand ferez-vous comme si vous n'entendiez point ? Vous ne vous êtes tu que trop longtemps, oui trop longtemps ; mais à présent votre Père vous permet de parler. Combien de temps vertu, sagesse de Dieu, demeurerez-vous cachée dans la foule comme un homme faible et dépourvu de sagesse ? Combien de temps encore, noble Roi, Roi du ciel, souffrirez-vous qu'on vous croie et qu'on vous appelle le ils du charpentier ? Car saint Luc nous apprend qu'alors encore il passait pour être le fils de Joseph (Luc. III, 23). » Ô humilité, vertu du Christ, ô sublime humilité ! Comme vous confondez notre orgueil et notre vanité ! J'ai une ombre de savoir à peine, ou plutôt je me figure que je l'ai, et je ne puis plus me taire, je me produis et me fais valoir avec autant d'imprudence que d'impudence, j'ai hâte de parler, je suis aussi avide d'instruire les autres que lent à les écouter. Est-ce que Jésus, quand il gardait si longtemps le silence et se tenait caché, redoutait la vaine gloire ? Pourquoi aurait-il appréhendé la vaine gloire lui qui est la vraie gloire du Père ? Et pourtant il la craignait, mais non pour lui. Il la craignait pour nous, à qui il savait qu'elle était redoutable. C’est nous qu'il voulait prémunir, nous encore qu'il voulait instruire. Il gardait le silence des lèvres, mais il nous parlait par ses œuvres, et, ce qu’il nous apprit plus tard par ses leçons, en disant : apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur (Matth. XI, 29), » il nous l'enseignait dès lors par ses exemples. En effet, nous ne savons que peu de choses de son enfance, et, depuis son enfance jusqu'à l’âge de trente ans, il n'est plus parlé de lui. Mais à présent il ne peut plus demeurer caché, car son Père fa trop clairement montré à tous les yeux. Mais dans sa première manifestation même il voulut se montrer en la société de la Vierge Marie parce que la virginité de sa mère est encore une leçon de réserve.
8. Nous trouvons dans l'Évangile sa troisième manifestation dont nous célébrons également aujourd'hui le souvenir. Il était invité aux noces de Cana ; là, le vin étant venu à manquer, il compatit à l'embarras des époux et changea l'eau en vin : « Ce fut, dit l’Évangéliste, le premier de ses miracles (Joan. II, 11). » Ainsi dans la première manifestation, il montre le vieil homme en lui, car c'est sous la forme d'un enfant suspendu aux mamelles de sa mère qu'il a apparu : dans la seconde, le témoignage de son Père montre en lui le vrai Fils de Dieu ; et dans la troisième, il se montre lui-même vraiment Dieu en changeant la nature à son gré. Ce sont là, autant de preuves qui confirment aujourd'hui notre foi, autant de démonstrations qui fortifient notre espérance, autant de motifs qui enflamment notre amour.

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