Solennité du Christ Roi
Traité de saint Augustin sur l’Évangile de saint Jean
Écoutez, tous les royaumes de la terre : « je ne mets aucun obstacle à votre domination en ce monde : Mon royaume n’est pas de ce monde. » N’ayez pas peur, laissez cette crainte, on ne peut plus vaine, qui bouleversa Hérode le Grand à l’annonce de la naissance du Christ, et qui lui fit tuer tant de petits enfants dans l’intention que la mort atteignit celui-là : cruauté où la peur eut plus de part que la colère. Mon royaume n’est pas de ce monde, dit le Seigneur. Que voulez-vous de plus ? Venez à ce royaume qui n’est pas de ce monde. Venez-y par la foi, au lieu de le persécuter parce qu’il vous fait peur. Qu’est-ce, en effet, que le royaume du Christ, sinon l’ensemble des hommes qui croient en lui et auxquels il déclare : Vous n’êtes pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde ? Et pourtant, il les veut dans le monde, et c’est pourquoi il a dit au Père, à leur sujet : Je ne demande pas que tu les retires du monde, mais que tu les gardes du Mauvais. C’est pour cela qu’ici non plus il ne dit pas : « Mon royaume n’est pas dans ce monde », mais : n’est pas de ce monde.
Et lorsqu’il en donne la preuve en disant : Si mon royaume était de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs, il ne conclut pas : « Non, mon royaume n’est pas ici », mais : n’est pas d’ici. Car il est bien ici, son royaume, jusqu’à la fin des temps, avec l’ivraie qui s’y mêle jusqu’à la moisson. La moisson, c’est la fin des temps, lorsque viendront les moissonneurs, c’est-à-dire les anges, qui enlèveront de son royaume tout ce qui est pierre de scandale pour les autres ; ce qui, bien entendu, n’arriverait pas, si son royaume n’était ici. Et pourtant, il n’est pas d’ici, car il est pèlerin dans le monde.
À son royaume, le Seigneur dit en effet : Vous n’êtes pas de ce monde, puisque je vous ai choisis en vous prenant du inonde. Oui, ils étaient bien de ce monde quand ils n’étaient pas son royaume, quand ils appartenaient au prince de ce monde. Est donc de ce monde tout ce qui, chez les hommes, certes a été créé par le vrai Dieu, mais a été engendré de la lignée pécheresse et corrompue d’Adam. Est au contraire devenu le royaume, désormais étranger à ce monde, tout ce qui, arraché de là, s’est trouvé régénéré dans le Christ. Car c’est ainsi que Dieu nous a arrachés au pouvoir des ténèbres, et nous a fait entrer dans le royaume de son Fils bien-aimé ; royaume dont le Christ déclare : Mon royaume n’est pas de ce monde, ou encore : Mon royaume n’est pas d’ici.
« Pour le Fils de Dieu égal au Père, pour le Verbe par qui tout a été fait, s’il a voulu être Roi d’Israël, c’est condescendance et non promotion » (Saint Augustin)
1. « Quelle grandeur y a-t-il à ce que le Roi des siècles devienne le Roi des hommes ? Car si le Christ est Roi d’Israël, ce n’est pas pour exiger le tribut, ni pour armer de fer des soldats, ni pour vaincre visiblement des ennemis. Ce qui le fait Roi d’Israël, c’est qu’il lui appartient de régir les esprits, de prendre soin de nous, en vue de l’éternité, de conduire au Royaume des Cieux ceux qui croient, qui espèrent et qui aiment. Ainsi donc, pour le Fils de Dieu égal au Père, pour le Verbe par qui tout a été fait, s’il a voulu être Roi d’Israël, c’est condescendance et non promotion, marque de miséricorde et non augmentation de pouvoir. Car celui qui est appelé sur terre « Roi des Juifs » est dans les cieux le Seigneur des Anges ».
2. « Mais le Christ est-il Roi des Juifs seulement, ou aussi des Gentils ? Il l’est plus encore des Gentils. Dans la prophétie, il dit : « J’ai été établi Roi par Dieu, sur Sion sa montagne sainte, promulguant le précepte du Seigneur » ; mais pour qu’à cause de Sion, personne ne puisse dire qu’il a été Roi pour les seuls Juifs, il ajoute aussitôt : « Le Seigneur m’a dit : « Tu es mon Fils, aujourd’hui je t’ai engendré ; demande, et je te donnerai les nations pour ton héritage, et en ta possession les frontières de la terre » (Psaume 2, 6-8) ».
3. « Jésus répond à Pilate : « Mon Royaume n’est pas de ce monde. Si mon Royaume était de ce monde, mes serviteurs certes lutteraient pour que je ne sois pas livré aux Juifs ; mais maintenant mon royaume n’est pas d’ici ». Voilà ce que le bon Maître a voulu que nous sachions. Mais d’abord il devait nous montrer la vanité de l’opinion des hommes, au sujet de son royaume, opinion soit des païens, soit des Juifs, de qui Pilate la tenait. Ils prétendaient le mettre à mort pour avoir convoité une royauté illégitime, ou parce que ceux qui règnent portent habituellement envie à ceux qui sont appelés à régner, et qu’il fallait en effet prendre garde que son Royaume ne s’opposât soit aux Romains, soit aux Juifs. Le Seigneur aurait pu répondre : « Mon Royaume n’est pas de ce monde » à la première question du gouverneur qui lui dit : « Es-tu Roi des Juifs ? ». Mais à son tour, il lui demande s’il dit cela de lui-même, ou si c’est d’autres qu’il l’a entendu dire. Jésus veut montrer, par la réponse que va faire Pilate, que cette accusation lui a déjà été rapportée par les Juifs contre lui-même, comme un crime ; il nous découvre aussi les pensées des hommes, pensées « dont il savait qu’elles sont vaines » (Psaume 93, 11). Et après la réponse de Pilate, il pouvait répondre encore aux Juifs et aux Païens, avec plus d’à-propos et de clarté : « Mon royaume n’est pas de ce monde ».
Saint Jean Chrysostome - Homélie sur la croix et le larron, 1,3-4, PG 49, 403-404
« Seigneur, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne (Luc 23, 42). Le larron n’a pas osé faire cette prière avant d’avoir déposé par son aveu le fardeau de ses péchés. Tu vois, chrétien, quelle est la puissance de la confession ! Il a avoué ses péchés et le paradis s’est ouvert. Il a avoué ses péchés et il a eu assez d’assurance pour demander le Royaume après ses brigandages. Songes-tu à tous les bienfaits que la croix nous procure ? Tu veux connaître le Royaume ? Dis-moi : Que vois-tu donc ici qui y ressemble ? Tu as sous les yeux les clous et une croix, mais cette croix même, disait Jésus, est bien le signe du Royaume. Et moi, en le voyant sur la croix, je le proclame Roi. Ne revient-il pas à un Roi de mourir pour ses sujets ? Lui-même l’a dit : Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis (Jean 10, 11). C’est également vrai pour un bon Roi : lui aussi donne sa vie pour ses sujets. Je le proclamerai donc Roi à cause du don qu’il a fait de sa vie. Seigneur, souviens-toi de moi quand tu seras dans ton Royaume. Comprends-tu maintenant comment la croix est le signe du Royaume ? Si tu le veux, voici encore une autre preuve. Le Christ n’a pas laissé sa croix sur la terre, mais il l’a soulevée et emportée avec lui dans le ciel. Nous le savons parce qu’il l’aura près de lui quand il reviendra dans la gloire. Tout cela pour t’apprendre combien est vénérable la croix qu’il a appelée sa gloire. Lorsque le Fils de l’homme viendra, le soleil s’obscurcira et la lune perdra son éclat (Matthieu 24, 29). Il régnera alors une clarté si vive que même les étoiles les plus brillantes seront éclipsées. Les étoiles tomberont du ciel. Alors paraîtra dans le ciel le signe du Fils de l’homme (Matthieu 24, 29-30). Tu vois quelle est la puissance du signe de la croix ! Quand un Roi entre dans une ville, les soldats prennent les étendards, les hissent sur leurs épaules et marchent devant lui pour annoncer son arrivée. C’est ainsi que des légions d’anges et d’archanges précéderont le Christ, lorsqu’il descendra du ciel. Ils porteront sur leurs épaules ce signe annonciateur de la venue de notre Roi ».
« Tu es Roi pour l'éternité, ô mon Dieu » (Sainte Thérèse d'Avila, Docteur de l’Église)
« Tu es Roi pour l'éternité, ô mon Dieu ; et Ton Royaume n'est pas un Royaume d'emprunt. Lorsque l'on dit au Credo que « Ton Royaume n'aura pas de fin », il est rare que mon cœur n'en éprouve pas une joie toute particulière. Je te loue, Seigneur, je te bénis à jamais ! Enfin, Ton Royaume durera éternellement ! Ne tolère pas, mon Maître, qu'en T'adressant la parole on se croie permis de ne le faire que des lèvres... Il est clair qu'on n'aborde pas un prince avec le même laisser-aller qu'un paysan ou de pauvres femmes comme nous, qu'il est toujours permis de traiter sans façon. Dans ma simplicité, je ne sais pas parler à ce divin Roi, mais son humilité est si grande qu'Il ne manque pas de m'écouter et me permet d'approcher de Lui. Ses gardes non plus ne me repoussent pas, car les anges qui l'entourent connaissent les goûts de leur Roi : ils n'ignorent pas que cette simplicité d'un petit berger bien humble, qui en dirait davantage - le Roi voit bien - s'il en savait davantage, lui est plus agréable que tous les raisonnements choisis des plus sages et des plus savants, quand l'humilité leur manque. Mais si notre Roi est bon, ce n'est pas une raison pour que nous soyons discourtois. Et ne serait-ce que pour le dédommager de l'infection que lui apporte l'approche d'une personne telle que moi, il est juste que nous nous efforcions de bien connaître sa noblesse et sa grandeur. En vérité, il suffit de L'approcher pour en être instruit... Si, en approchant de Lui, mes filles, vous réfléchissez, vous vous demandez à qui vous allez parler, ou à qui vous parlez déjà, mille vies comme les nôtres ne suffiront pas pour concevoir les égards que mérite un tel Seigneur, Celui devant qui les anges tremblent, qui commande à tout, qui peut tout, et pour qui vouloir c'est faire ».
Sur le sens de cette fête
La Fête du Christ-Roi a été instituée par le pape Pie XI le 11 décembre 1925. Le Souverain Pontife voulait proclamer solennellement la royauté sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ, dans un contexte difficile voire tragique : communisme athée en Russie ; montée des tensions au Mexique, devant bientôt aboutir à la guerre civile (Cristiada) ; progression du laïcisme radical dans les sociétés démocratiques occidentales, etc. Le contexte a aujourd’hui changé. La tonalité de la fête aussi. Initialement fixée au dernier dimanche du mois d’octobre, elle clôt l’année liturgique dans le nouveau calendrier, en faisant office de 34ème dimanche du Temps ordinaire. Désormais encadrée par l’évangile de la fin des temps (33ème dimanche per annum) et le début de l’Avent, la solennité acquiert de ce fait une coloration eschatologique nettement plus accentuée que dans l’ancien calendrier (MR1962). Ce changement d’esprit se retrouve dans les modifications que l’on constate dans les oraisons de la Messe, et tout particulièrement dans la collecte (1), ainsi que d’autres changements affectant l’office divin (2).
Elle se trouve enrichie de lectures qui explicitent le sens et l’objet de la célébration, et nous font, chaque année, célébrer une facette de ce mystère du Christ Roi de l’Univers.
En cette fête du Christ Roi de l’Univers, nous contemplons Jésus en croix excerçant sa royauté au profit du bon larron qui l’implore. Jésus, fils de David, est venu apporter la paix. "Il est l’image du Dieu invisible, le premier-né de toute créature et le premier-né d’entre les morts. Il a en tout la primauté, car il a voulu tout réconcilier en faisant la paix par le sang de la croix.
Le Seigneur est Roi, chante le psalmiste. Il donne son pouvoir à un Fils d’homme, dit le prophète Daniel. Jésus Christ est le souverain de la terre, proclame le visionnaire de l’Apocalypse. Ma royauté ne vient pas de ce monde, dit Jésus dans l’Évangile de Jean. Avec la fête du Christ Roi, terminons le cycle liturgique en acclamant le Christ, Roi de l’Univers, venu rendre témoignage à la vérité.
Puisse toute la création, libérer de la servitude, reconnaître sa puissance et le glorifier sans fin.