ZACHARIE
Le livre de Zacharie comprend deux œuvres fort différentes l'une de l'autre. La première, formée des chapitres 1 — 8, contient les oracles et les visions du prophète Zacharie, au retour de l'exil. La seconde, comprenant les chapitres 9 — 14, provient d'un auteur plus tardif, communément appelé Deutéro-Zacharie.
I. ZACHARIE 1 — 8
Le prophète
Le prophète Zacharie, auteur des ch. 1 — 8, exerce son ministère entre novembre-décembre 520 avant J.C. (Za 1.1) et novembre 518 (Za 7.1), trois ans avant la dédicace du second Temple, en 515.
De sa personne, nous ne savons presque rien. Présenté comme petit-fils de Iddo (Za 1.1 et 1.7), il a pu être encore vers les années 500 le chef de la famille sacerdotale de Iddo (Ne 12.16). Sa qualité de prêtre explique son insistance sur le rôle du temple, son souci de pureté de la Terre Sainte (Za 2.16 ; 5.1-4,5-11), et aussi le fait qu'il répond à une consultation touchant un problème rituel: fallait-il maintenir ou supprimer des jeûnes commémoratifs (Za 7.1-3; 8.18-19) ?
Mais ce prêtre est un authentique prophète. Comme ses prédécesseurs, il lance des appels à la conversion (Za 1.3-6 ; 7.4-14 ; 8.16-17) et se relie à eux par certains emprunts littéraires, tels Am 7 pour les visions ; Ez 40.3-4 pour l'ange mesureur; Ez 2.9-10 pour le rouleau qui vole. Sa mission, comme celle d'autres prophètes, semble avoir été contestée (Za 2.13,15 ; 4.9 ; 6.15). La tradition en a fait un martyr (Mt 23.35), mais à la faveur d'une confusion avec un autre Zacharie, assassiné sur l'ordre du roi Joas (2Ch 24.20-22).
Le livre
L'essentiel du livre est formé par un récit de huit « visions », sorte de journal rédigé à la première personne et annonçant le prochain rétablissement de la communauté fidèle.
Le plan du livret est bien équilibré : les trois premières visions promettent la venue imminente du jugement et de la grâce de Dieu ; les deux visions centrales concernent les ministres de la nouvelle communauté; enfin les trois dernières évoquent la purification de la communauté et l'achèvement du plan de Dieu dans le monde.
La quatrième vision (ch. 3), qui accorde une place prépondérante au prêtre, trahit l'importance croissante prise par le sacerdoce dès le retour de l'exil et paraît avoir été surajoutée à un récit primitif de sept visions.
Par ailleurs, plusieurs oracles entrecoupent ces visions pour les rattacher aux événements du moment : 2.10-17, appelle les exilés à revenir ; 3.8,9c et 10 accorde une promesse spéciale au grand prêtre Josué ; 4.6b-10a encourage Zorobabel.
Le livret a encore été complété par quelques courtes pièces, échos de la prédication morale du prophète (Za 1.1-6 ; 7.4-14), et par des promesses d'avenir (Za 8.1-17,20-23).
Le message
Les épreuves de l'exil et les difficultés matérielles de l'heure n'étaient-elles pas le signe que Dieu abandonnait les siens? Zacharie apporte une double réponse à ce doute: D'abord, dit-il, rien n'échappe au regard de Dieu (Za 4.10b) ; son intervention salutaire ne saurait tarder (Za 1.14-16). Mais à la différence des prophètes d'avant l'exil qui voyaient Dieu personnellement à l'œuvre dans l'histoire, Zacharie multiplie les intermédiaires au service du Seigneur (anges, cavaliers, ministres). Son message prend ainsi en compte la perception d'une certaine distance entre Dieu et le monde, tout en affirmant la solidité du lien qui unit Dieu à ses fidèles.
En second lieu, le temps du salut est proche pour Israël, mais aussi pour les nations (Za 2.15 ; 8.20-23). Déjà le prophète désigne celui qui en sera l'instrument: c'est Zorobabel, le gouverneur d'alors, descendant de la dynastie de David. En effet, le couronnement symbolique raconté en 6.9-14 concernait primitivement, semble-t-il, ce personnage royal et n'a été que secondairement transféré sur la personne du prêtre Josué. La vision centrale désigne deux ministres à la tête de la communauté messianique, le roi et le prêtre (Za 4.14). Plus tard, Zacharie semble avoir concentré cette attente sur le prêtre, comme l'attestent la vision de 3.1-7 et les promesses faites à Josué et à ses collègues (Za 3.8-10).
C'est cette attente que l'épître aux Hébreux proclamera accomplie en Jésus (He 3).
II. ZACHARIE 9 — 14
Caractères généraux du livre
La deuxième partie du livre de Zacharie est bien différente de la première.
La situation historique s'est modifiée; les personnages historiques de cette époque, Zorobabel et Josué, ont cédé la place à des figures non identifiées : le roi-messie pauvre (Za 9.9-10), le bon berger rejeté (Za 11.4-14) et le mystérieux transpercé (Za 12.1 — 13.1).
Cela exige une date de composition plus tardive. La meilleure date proposée pour l'origine de cette œuvre pourrait bien être la période grecque, entre 330 et 300. En effet, l'année 332, Alexandre le Grand atteint le littoral de la Méditerranée et s'empare de Tyr dont la chute est évoquée en 9.1-8. Ainsi les « Grecs » (Yavân), en 9.13, peuvent-ils être désignés comme la puissance ennemie du peuple de Dieu.
Par ailleurs, les périodes de grandes épreuves ont toujours constitué, pour le peuple, des moments d'intenses réveils religieux: ainsi l'invasion de Sennakérib au temps d'Esaïe, le renouveau consécutif à l'exil, puis, bien plus tard encore, celui que provoqua la persécution maccabéenne et qui inspira le livre de Daniel.
L'aspect littéraire de l'œuvre est très original. A la place des visions et des courts oracles de la première partie, nous trouvons d'amples développements au souffle poétique puissant et même rude par moments. Les titres identiques en 9.1 ; 12.1 et Ml 1.1 révèlent le travail des éditeurs pour ces dernières sections du recueil des Douze prophètes.
Le plan du livre dénote une construction soignée. Avec des morceaux de provenance diverse — dont certains pourraient être anciens : 9.9-10 ; 10.1-2 ; 11.1-3 — l'auteur final a élaboré une œuvre unifiée comprenant deux parties.
La première partie (Za 9.1 — 11.17) évoque l'intervention puissante de Dieu (Za 9.1-8), suivie de la venue du messie pauvre (Za 9.9-10). Mais la réalisation messianique — confiée dans la suite du texte à un bon berger — se heurte à des difficultés telles que la communauté s'en va à la dérive. Le rejet du bon berger par ses propres sujets, et la conduite éhontée du mauvais berger signifient l'échec de l'œuvre entreprise.
La seconde partie (Za 12.1 — 14.21), rédigée surtout en prose, présente un retour victorieux de la grâce: le sacrifice d'un personnage mystérieux, le Transpercé, introduit un esprit nouveau (Za 12.1 — 13.1) qui permet l'instauration d'une nouvelle Alliance (Za 13.2-9). Elle touchera tous les peuples, appelés à rejoindre une communauté entièrement consacrée au Seigneur (ch. 14).
Le message du Deutéro-Zacharie
Le livret est tout entier consacré à l'évocation de l'achèvement messianique. Deux conceptions complémentaires s'y font jour.
a) Un messianisme sans messie : cet idéal est présenté en 9.1-8 ; 9.11-17 ; 10.3 — 11.3 ; 14. Selon cette vue, l'œuvre du salut est réalisée par le Seigneur lui-même qui assure la défaite des ennemis et le grand rassemblement du peuple tout entier. Les païens pourront prendre place au sein de la communauté — les clans de Juda — à condition de se soumettre aux observances rituelles (Za 9.7) et aux pratiques cultuelles (Za 14.16-19) exigées par la Loi.
b) Un messie à plusieurs visages: d'autres passages font intervenir un personnage particulier, qui se présente sous plusieurs aspects :
Le roi-messie : 9.9-10. Il réalise l'attente et l'idéal prophétiques des « pauvres du Seigneur » (So 2.3 ; 3.11-13 ; Es 49.13 ; 57.15 ; 61.1-2 ; Ps 22.27 ; 69.33-34). Par son programme de pacification universelle et l'extension de son royaume, il relève encore de l'idéal royal représenté par David et Salomon.
Le bon berger : 11.4-17 ; 13.7-9. Il se relie moins à l'idéologie royale qu'au modèle du Berger, représenté par le Seigneur lui-même en Ez 34.11-22,31.
Le Transpercé: 12.9-14. Cette figure mystérieuse rappelle le Serviteur souffrant d'Es 53. Comme pour le Serviteur, le sacrifice du Transpercé est source de transformation des cœurs (Za 12.10), de purification (Za 13.1). Le lien avec l'antique figure royale est rappelée par de discrètes allusions à la dynastie davidique : 12.7-8,10,12 ; 13.1. Cependant la gloire messianique fait place au dépouillement et à l'échec, source de salut.
L'importance donnée par le Deutéro-Zacharie au messie pauvre et humilié explique l'utilisation qu'en font les évangélistes du N.T. pour présenter le rôle et la personne de Jésus, spécialement dans sa passion : Jn 2.16 ; Mt 21.4-5 et Jn 12.15 ; Mc 14.27 et Mt 26.31 ; Mt 27.9-10 ; Jn 10.12 ; 19.37.