Le livre d’Amos contient, en plus d’oracles de jugement à la facture classique, des morceaux autobiographiques. Après un titre et un bref prologue (Am 1,2) qui donne la tonalité du recueil s’ouvre une première partie formée d’oracles sur les nations environnantes, qui se termine paradoxalement par un oracle plus accusateur contre Israël (Am 2,10-16).
Une deuxième partie est constituée d’oracles contre Israël (Am 3 – 6), tandis que la troisième (Am 7 – 9) offre un cycle de cinq visions qui se répondent et annoncent, dans un crescendo, la fin d’Israël. Quelques oracles sont groupés autour de ces visions, ainsi que le récit de l’expulsion d’Amos (Am 7,10-17).
Le recueil s’achève par un oracle de restauration dont l’authenticité est discutée.
Amos est le premier des « prophètes écrivains ». Il a pour originalité d’être issu du royaume de Juda – il est de Teqoa, ville située à quelques kilomètres de Bethléem – mais d’avoir exercé son ministère prophétique dans le royaume de Samarie, sous le règne de Jéroboam II, roi d’Israël dans la première moitié du VIIIe siècle av. J.-C. Amos n’est donc pas chez lui à Béthel, d’où il sera sans doute chassé après son conflit avec le prêtre Amazias, desservant du sanctuaire (Am 7,10-17).
Amos est un homme de la terre, non pas un petit gardien de troupeau, mais l’un des éleveurs de Teqoa, peut-être chargé de la surveillance des troupeaux et des vergers du roi. Cette responsabilité de fonctionnaire royal pourrait peut-être expliquer l’ampleur de sa vision géopolitique, qu’attestent les oracles des chapitres 1 et 2 : l’ouvrage, en effet, débute par une série d’oracles dans lesquels sont interpellées les nations qui entourent Israël. Au nom de Dieu, le prophète y dénonce leurs comportements violents et immoraux.
Le livre d’Amos donne l’impression qu’à Samarie et dans l’ensemble du royaume du Nord la situation est prospère. Mais le royaume vit dans une tranquillité illusoire, car il est en réalité menacé par l’expansion assyrienne, et sa fin est proche. Une partie de la population vit même dans le luxe, possède « maison d’hiver » et « maison d’été » (Am 3,15), organise banquets et festivités, tandis que les activités commerciales font fi de la justice la plus élémentaire : les balances sont faussées, et les jours de fête sont à peine respectés. Mais derrière cet étalement de richesses se cache une autre réalité : les pauvres sont exploités par les classes dirigeantes et riches, le culte est réduit à une observance extérieure, et la foi en Dieu est contredite par une vie qui s’accommode des pires injustices.
Le premier des « prophètes par vocation », Amos évoque son expérience prophétique, conséquence de son appel imprévu et soudain en plein exercice de son métier (Am 7,14). Il y fait encore allusion quand il témoigne de cette sorte de contrainte qu’exerce sur lui la personne même de Dieu : « Quand le lion a rugi, qui peut échapper à la peur ? Quand le Seigneur Dieu a parlé, qui refuserait d’être prophète ? » (Am 3,8).
Mais l’axe le plus important de sa prédication est cette dénonciation de l’injustice dont sont victimes les pauvres. Le message d’Amos a une portée éthique et théologique, car le prophète souligne qu’Israël, le peuple élu, a fait de ce choix divin un privilège et non une responsabilité. Opprimer le pauvre, commettre l’injustice, rendre un culte formaliste, c’est être infidèle à l’Alliance. Amos va jusqu’à proclamer que Dieu pourrait bien en finir avec son peuple Israël (Am 8,2). Le jour du Seigneur, qui était attendu comme un jour de salut, sera en réalité un jour de ténèbres (Am 5,18-20). Pire même, le comportement des Israélites, et en tout premier lieu du roi, conduira au silence de Dieu.
Cette exigence de justice, liée au souci des pauvres, prépare la déclaration de Jésus : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,40 ; voir aussi 2 P 3,13). Dans les Actes des Apôtres (Ac 7,41-43), Étienne citera explicitement le livre d'Amos (Am 5,25-27), dans lequel, pour dénoncer un culte sans pratique de la justice, le prophète rappelle qu’au désert les Israélites n’ont pas offert de sacrifices. Le véritable culte est avant tout intérieur.