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PREMIER ET DEUXIÈME LIVRES DES CHRONIQUES

INTRODUCTION

Les deux livres des Chroniques ne formaient en hébreu qu’un seul ouvrage. L’édition grecque de la Septante l’a divisé, comme les livres de Samuel et des Rois, en raison de la longueur des rouleaux ; ceux-ci ont alors été intitulés « Paralipomènes », c’est-à-dire « ce qui a été omis ».

Or, si les livres des Chroniques (littéralement « événements des jours ») reprennent des épisodes entiers aux livres de Samuel et des Rois, qu’ils modifient parfois, ils n’en sont pas les compléments. L’œuvre « deutéronomiste » fait partie de leurs sources, mais ils puisent aussi à d’autres ouvrages, aujourd’hui disparus, comme le Livre des rois de Juda et d’Israël, les Actes du roi David, du voyant Samuel, du prophète Nathan, et d’autres encore (1 Ch 9,1 ; 1 Ch 27,24 ; 1 Ch 29,29, etc.).

Dans la Bible hébraïque, les Chroniques sont les derniers des Ketouvîm ou Écrits, ensemble de onze livres qui commence avec les Psaumes. Dans la Bible grecque, reprise par la Vulgate, ils suivent les livres des Rois. Rédigés bien après ceux-ci, sans doute au IVe siècle av. J.-C., ils relisent l’histoire royale (plus précisément celle du royaume de Juda, au sud) dans une perspective presque exclusivement cultuelle. Vu l’importance accordée au Temple et au rôle des Lévites, on pense que l’auteur – appelé « Chroniste » par commodité – était un Lévite (ou plusieurs Lévites) du Temple de Jérusalem reconstruit après l’Exil.

Le monde et le Temple

Le plan de l’ouvrage est simple. L’histoire du monde est divisée en quatre époques. Première époque : via une suite impressionnante de généalogies, le temps est parcouru d’Adam à Saül, de l’universel au particulier (1 Ch 1 – 9). Dans cette première époque, l’Exode n’est pas évoqué, et l’armature du peuple de Dieu est constituée par les tribus. Deuxième époque : David et Salomon, temps de l’unité monarchique mais surtout de l’élaboration et de la construction du Temple à Jérusalem (1 Ch 10 – 2 Ch 9). Troisième époque : de Roboam à Acaz, temps de la division du royaume et d’une idolâtrie de plus en plus menaçante (2 Ch 10 – 28). Quatrième époque : d’Ézékias à Cyrus, temps des réformes commencées, puis avortées, de la catastrophe de l’Exil et de l’espoir d’un retour en terre de Juda (2 Ch 29 – 36).

La fin de l’ouvrage est exemplaire. D’abord, le Chroniste situe son propos sur l’horizon de l’histoire du monde : le premier personnage avait été Adam, le dernier en est Cyrus, roi de Perse, qui reconnaît avoir reçu une royauté universelle de la part du Seigneur, Dieu du ciel. Ensuite, le centre du monde est la province de Juda et, dans Juda, la ville de Jérusalem et, dans Jérusalem, le Temple à reconstruire (2 Ch 36,22-23). L’« histoire deutéronomiste » expliquait l’Exil par la faillite de l’Alliance ; le Chroniste, sorti de l’Exil, est persuadé, lui, qu’un avenir de bonheur est possible, pourvu que le culte du Dieu unique prenne toute la place.

De l’importance des Lévites

Le Temple est au centre du monde. Le véritable constructeur en a été David, dont les fautes, tel l’adultère avec Bethsabée, sont omises pour mieux souligner sa piété. À l’image de Moïse autrefois recevant les plans de la tente de la Rencontre, David a reçu directement de Dieu un modèle du sanctuaire (1 Ch 28,19). Il le lègue à Salomon, avec l’organisation du service. Et c’est là qu’apparaît l’importance des Lévites.

Les descendants de Lévi par Aaron et son fils Éléazar occupent les fonctions sacerdotales ; l’exécution des multiples sacrifices leur revient. Mais les autres descendants de Lévi – les Lévites – ont des tâches non moins nobles : présidence des offices, métiers de scribes et de juges, de portiers et de chantres. Soucieux de la transcendance du Seigneur, ils sont de toutes les réformes, depuis Josaphat jusqu’à Ézékias et Josias. Les chantres sont particulièrement mis à l’honneur. Répartis en trois branches, ils sont plus que des musiciens du culte. Le Chroniste (qui en fait partie ?) est persuadé qu’ils ont hérité de l’esprit prophétique, tout comme David, leur fondateur. Un épisode significatif a lieu sous Josaphat. Devant le danger d’une invasion, qui redonne courage au roi ? C’est Yahaziel, un chantre investi par l’esprit du Seigneur (2 Ch 20,10-19). La musique précède les armes, la foi vaut mieux que les stratégies militaires… et même, parfois, que les sacrifices. Au début de l’histoire royale, il y a le transfert de l’Arche à Jérusalem. La liturgie comprend, certes, des holocaustes ; mais le narrateur accorde d’abord son attention au chant, en citant (1 Ch 16), presque in extenso, les psaumes 104 (105) et 95 (96).

Bonnes et mauvaises actions

Le Chroniste commence son œuvre par de longues généalogies. En parcourant ainsi l’histoire du monde, il attire le regard du lecteur sur les personnes, leurs actes et leurs choix. À partir de David et de Salomon, les rois sont jugés suivant le bien ou le mal qu’ils ont fait. Intelligence politique, réussites et échecs sont liés à l’écoute et à la pratique de la Loi.

Le pire monarque, s’il s’humilie, peut obtenir le pardon du Seigneur. C’est le cas de Manassé, qui, particulièrement impie, détient néanmoins le plus long règne de l’histoire (cinquante-cinq ans), ce qui a pu passer pour un paradoxe. Le livre des Rois se contentait de noter le fait (2 R 21). Le livre des Chroniques trouve une explication : Manassé, malgré sa méchanceté, a régné aussi longtemps parce qu’il s’est converti en captivité (2 Ch 33). Auparavant, Roboam (entouré, il est vrai, de Lévites) avait eu un règne heureux de trois ans pour avoir suivi, durant ce temps, l’exemple de David et de Salomon (2 Ch 11,17).

L’inverse est aussi vrai : une faute peut avoir des effets néfastes. Ainsi le Chroniste avance-t-il que Josias, roi exemplaire par excellence, est mort à Meguiddo pour avoir négligé une parole de Dieu transmise par le pharaon (2 Ch 35,21). Quant à Sédécias, il a commis l’erreur de n’avoir pas écouté le prophète Jérémie (2 Ch 36,12).

Cette théologie de la rétribution peut étonner aujourd’hui. Elle a au moins l’intérêt de mettre l’accent sur la responsabilité personnelle. De ce point de vue, au retour de l’Exil, les livres des Chroniques sont de beaux ouvrages de piété. L’écoute et la pratique de la Loi ne sont pas choses secondaires. La louange des hauts faits du Seigneur dans la liturgie non plus.