La Deuxième lettre de Pierre se présente comme un « testament spirituel » à l’approche de sa mort (2 P 1,13-15). Selon un genre littéraire bien connu dans le judaïsme comme dans le Nouveau Testament, celui qui s’en va prévoit un avenir difficile ; mais en l’annonçant, il rassure, et il montre que les crises n’échappent pas au dessein de Dieu ; aussi met-il en garde ceux qui seraient troublés et ébranlés par les faux docteurs qui ne manqueront pas de se présenter (Ac 20,29 sv. ; 1 Tm 4,1-7 ; 2 Tm 3,1-9). C’est bien ce que fait Pierre en dénonçant à l’avance les « maîtres de mensonge » (2 P 2,1). Ils se désintéressent totalement de l’avènement du Seigneur ou parousie, qui doit être l’accomplissement du salut et la condamnation définitive du monde pécheur. Ils ironisent sur son retard indéfini (2 P 3,1-4). Ce faisant, ils mettent en cause la crédibilité de la promesse de Dieu. Chrétiens éclairés, ils revendiquent la liberté (2 P 2,19) ; mais elle tourne à la débauche (2 P 2,1-21). La « vraie connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ » (2 P 2,20), qui est au premier plan des préoccupations de Pierre (2 P 1,2.3.5 ; 2,20 sv. ; 2 P 3,17), va de pair avec la pratique des vertus évangéliques et n’est pas compatible avec ce laxisme.
Pour justifier cette mise au point, Pierre est amené à énoncer les fondements régulateurs de la foi chrétienne (2 P 1,12-21). Il invite à un travail de mémoire (2 P 1,12-15 ; 3,1 sv.). Les Apôtres ont été les témoins oculaires de la gloire du Christ transfiguré, prélude de la parousie (2 P 1,16-18). Appuyé sur l’enseignement des prophètes (2 P 1,19-21), ce témoignage apostolique devra être sans cesse rappelé pour servir de norme et de discernement. Nous voyons alors s’élaborer sous nos yeux ce qui sera le canon chrétien des « Écritures inspirées » : avec les Écritures reçues d’Israël, elles incluent désormais le témoignage des Évangiles ainsi que les lettres de Paul (2 P 3,5). Encore faut-il les recevoir selon l’interprétation communautaire et ne pas en tordre le sens comme c’est le cas pour les lettres de Paul, « notre frère bien-aimé », et « le reste des Écritures » (2 P 3,15-16).
L’attribution à Pierre de cette seconde lettre, au demeurant bien différente de la première, se heurte à de grandes difficultés : le style très recherché, le langage hellénistique (ainsi « la nature divine », 2 P 1,4), le démarquage étroit de la lettre tardive de Jude, l’existence supposée d’un recueil des lettres de Paul soumises à débat, les signes avant-coureurs de la crise gnostique (valorisation unilatérale de la connaissance). On pourrait ajouter : la « haute christologie », selon laquelle le Christ est explicitement désigné non seulement comme « Seigneur », mais comme « Dieu » (2 P 1,1) et « Sauveur » (2 P 1,10 ; 2,19 ; 3,17). On ne s’étonnera pas dès lors que la plupart des spécialistes datent cette lettre de la première moitié du deuxième siècle (vers 125-130). Écrite d’Alexandrie ou de Rome, elle pourrait avoir eu les mêmes destinataires que ceux de la première lettre (Asie mineure et régions voisines). Mais son actualité ne se dément pas : dans les crises que traverse la foi, elle nous renvoie toujours opportunément aux Écritures et à la Tradition apostolique.
Le premier chapitre invite les croyants à s’attacher à la vraie connaissance de notre Seigneur Jésus Christ, en faisant mémoire du témoignage des Apôtres.
Le deuxième chapitre dénonce vigoureusement les faux docteurs en les promettant au même jugement que les impies dépeints dans les Écritures.
Le troisième chapitre exhorte la communauté à ne pas abandonner l’espérance du jour du Seigneur.