Le but de cette lettre est le même que celui de l’Évangile de Jean (Jn 20,31). Il se trouve exprimé en 1 Jn 5,13 : « Je vous ai écrit cela pour que vous sachiez que vous avez la vie éternelle, vous qui mettez votre foi dans le nom du Fils de Dieu. » Si le but est le même, la manière de l’atteindre est différente.
En effet, le genre littéraire employé n’est pas celui de l’évangile mais de l’épître. L’auteur, cependant, ne propose pas une lettre de circonstance mais un document doctrinal à visée plus large, bien qu’il veuille aussi répondre à une situation de crise. Les deux autres lettres attribuées à l’apôtre Jean relèvent davantage de la lettre de circonstance.
Cette Première lettre se présente d’abord comme une sorte de méditation sur la vie chrétienne. La pensée se développe lentement, en spirale, et elle approfondit, en les reprenant, des thèmes fondamentaux : l’amour fraternel, la manifestation du Verbe de vie, le pardon des péchés, la communion avec Dieu, etc. Tout cela structure la vie du croyant : en contemplant le Fils de Dieu, qui s’est donné par amour, il découvre que Dieu lui-même est amour, et il s’engage dans une vie d’amour qui le fait participer à la vie de Dieu.
Cette lettre est aussi un écrit de combat rendu nécessaire par la gravité du danger qui menace les communautés chrétiennes. Elle dénonce avec sévérité des prédicateurs qui, tout en se prétendant chrétiens, ont en fait apostasié et cherchent maintenant à égarer les croyants restés fidèles. Ce sont des adversaires du Christ ou antichrists (1 Jn 2,18.22 ; 4,3), des faux prophètes (1 Jn 4,1), des séducteurs, etc.
Les communautés traversent alors une grave crise et sont déchirées. À l’intérieur même de ces communautés, certains en sont venus à proposer une interprétation prétendument plus « spirituelle » de la foi. Ils refusent de voir en Jésus le Christ (1 Jn 2,22) et le Fils de Dieu (1 Jn 4,15) ; ils rejettent l’Incarnation (1 Jn 4,2) et tendent à séparer en Jésus Christ l’homme du Fils de Dieu ; ils manifestent une forme d’indifférence à l’égard des frères dans la communauté. Ils parviennent ainsi à désorienter nombre de fidèles, qui ne savent plus que croire.
La lettre veut remédier audésarroi des fidèles. Elle ne cherche donc pas tant à réfuter les doctrines hérétiques qu’à affermir la foi des croyants en leur donnant les signes qui leur permettront de reconnaître qui est vraiment chrétien : fidélité à la prédication des origines, refus de pactiser avec le péché, insistance sur l’amour fraternel dans la communauté, et d’abord proclamation que Jésus Christ est le Fils de Dieu. De même, celui qui sous-estime l’humanité de Jésus Christ ne saurait être en communion avec Dieu. Or, comme le souligne aussi le quatrième Évangile – avec la vigueur que l’on sait –, le Fils est le seul chemin qui mène au Père. Ceux qui reconnaissent en l’homme Jésus le Fils de Dieu, ceux-là reçoivent dès maintenant la vie éternelle.
À côté de la longue méditation de la Première lettre, nous avons ici deux épîtres au ton beaucoup plus personnel – adressées l’une à une communauté, l’autre à un responsable de communauté. L’atmosphère est sensiblement la même : il s’agit de vivre dans la charité et d’accueillir la lumière du Christ. Mais les oppositions internes à la communauté demeurent très vives. Il ne faut donc pas laisser les adversaires diffuser des idées qui s’opposent à la vérité de Jésus Christ.