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LIVRE DE JOB

INTRODUCTION

Par beaucoup d’aspects, le livre de Job peut paraître déroutant et presque marginal dans l’Ancien Testament. Nous n’y trouvons pas une seule mention d’Israël ni de son rôle dans l’histoire du salut, pas un seul rappel de l’Exode, de la Terre promise, ni de l’expérience de la monarchie, pas une seule allusion au Temple, à la Ville sainte, ni à la Loi, ni au messianisme. Même le personnage de Job nous est décrit comme un étranger.

Pourtant, c’est bien le langage des hommes de l’Alliance que ce livre fait entendre de bout en bout, et les discours que nous y lisons sont tissés de réminiscences des Prophètes et des Psaumes ; mais les thèmes et les images ainsi repris à la tradition sont mis au service d’un questionnement radical : que deviennent la foi et l’espérance d’un juste aux prises avec une souffrance imméritée ?

La souffrance du corps et du cœur est partout présente dans le destin typique de Job et les divers dialogues qui l’interprètent ; mais, à travers cette souffrance, le livre de Job pose une question sur Dieu, et il la pose à Dieu. Par cette audace, il nous rejoint, et toute lecture attentive de Job débouche sur des problèmes majeurs auxquels le croyant, tôt ou tard, se trouve confronté : le mystère du mal et de la souffrance, la rencontre de Dieu jusque dans l’échec de toute entreprise humaine, le rapport de la fidélité de l’homme avec la justice de Dieu, les difficultés du dialogue avec l’homme qui souffre, et enfin le sens de la vie elle-même, dès lors qu’elle doit intégrer la perspective de la mort.

Le thème général est annoncé dans un prologue en prose (Jb 1 – 2) : Job est frappé successivement dans ses biens, dans ses affections et dans sa chair ; mais il persiste à bénir Dieu et veut s’en remettre à lui seul. L’Adversaire qui a réclamé ce test se trouve donc débouté. Mais la durée fait son œuvre, et après « sept jours et sept nuits », c’est un Job désespéré et amer qui prend la parole pour maudire le jour qui l’a vu naître (Jb 3).

Le relais est pris immédiatement par trois amis, venus de loin le visiter, mais qui vont le déstabiliser en lui proposant, comme seule explication, l’adage désolant de la sagesse traditionnelle : si tu souffres, c’est que tu as péché. Par trois fois, Élifaz, Bildad et Sofar prennent la parole, toujours dans le même ordre, et chacun reçoit une réponse de Job, ce qui donne trois cycles de discours (Jb 4 – 14 ; 15 – 21 ; 22 – 27). Les visiteurs reviennent à satiété sur trois thèmes : le châtiment immanquable des méchants, le bonheur des justes, l’indignité de l’homme, qui n’est jamais pur devant Dieu. Job, dans ses réponses, met en cause tour à tour la bonté, la sainteté et la sagesse de Dieu. Il ne voit plus à l’œuvre la justice divine, c’est-à-dire concrètement la cohérence de Dieu avec sa volonté de faire vivre.

Après le poème sur la sagesse introuvable (Jb 28), un second monologue de Job semble clore le débat (Jb 29 – 31) ; mais un quatrième ami, le jeune et bouillant Élihou, tente à son tour de convaincre Job de présomption (Jb 32 – 37).

Dieu sort alors de son silence (Jb 38 – 42,6). Il répond à Job « du milieu de la tempête » théophanique. Semblant d’abord oublier les griefs de Job, il le convie à une longue promenade dans le monde des choses et des vivants, signalant à chaque pas sa puissance, sa fantaisie et son amour de Créateur. Les questions se succèdent, soulignant les limites du savoir et du pouvoir de Job, mais le ton et l’intention restent paternels, et Dieu pose Job devant lui en authentique partenaire : « Ceins donc tes reins comme un homme » (Jb 38,3 ; 40,7).

Dieu a donc donné la parole à ses œuvres, et, contrairement à toute attente, c’est cette longue parole de Dieu qui réussit à diluer l’angoisse dans le cœur de Job. Le juste souffrant accepte maintenant d’entrer par la foi dans la logique de l’amour créateur : si Dieu se montre à ce point tendre pour les biches, s’il entend le cri des petits du corbeau, à plus forte raison ne « cache-t-il en son cœur » pour l’homme que des pensées de paix.

Job se soumet. Il se repent, sur la poussière et la cendre, d’avoir parlé « de merveilles hors de [sa] portée » (Jb 42,3) ; mais l’amitié est maintenant renouée, et Job annonce lui-même cette reprise du dialogue en demandant à Dieu : « Daigne écouter, et moi, je parlerai ; je vais t’interroger, et tu m’instruiras » (Jb 42,4).

Puis le livre se referme, comme il s’est ouvert, sur une page enluminée : l’épilogue en prose. Dieu désavoue les amis et restaure Job dans ses biens. C’est l’œuvre magnanime que Dieu se réservait ; et cette nouvelle « bénédiction » (Jb 42,12), œuvre libre d’un Dieu libre, échappe au mécanisme de la rétribution.

Ainsi, Dieu a parlé, sans toutefois révéler pourquoi le juste a souffert. Même si Job a su accueillir le message de la transcendance de Dieu, il continuera de penser que celui-ci, en définitive, n’a que partiellement dévoilé son dessein ; mais il a compris maintenant que l’homme ne saurait être l’unique mal-aimé dans le monde que Dieu façonne, et la seule chose qui lui importe, c’est que, même au plus fort de son épreuve, Dieu ait reconnu en lui son serviteur.