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LIVRE DES JUGES

INTRODUCTION

L’appellation du livre n’est qu’approximative, puisque les juges n’apparaissent qu’aux chapitres 2 à 16, alors que le livre en compte vingt et un. En outre, les personnages dont ces chapitres rapportent les faits et gestes sont des juges en un sens élargi. Car ici le titre de « juge » peut désigner quiconque rend la justice au nom de Dieu et donc tous ceux qui, dans ce livre, participent d’une manière ou d’une autre au salut du peuple. Et le vrai Juge, c’est Dieu lui-même (Jg 11,27). Certains sont uniquement des sauveurs d’Israël : Éhoud, Shamgar, Gédéon ; d’autres sont uniquement des juges au sens étroit : Débora, Yaïr, Ibsane, Élone, Abdone ; d’autres, enfin, sont à la fois des sauveurs et des juges : Otniel, Tola, Jephté et Samson.

Après des préliminaires qui présentent un bilan mitigé de la « conquête » (Jg 1,2-5 ; 2,20 – 3,6) et rapportent la mort de Josué (Jg 2,6-10), la première partie du livre forme ce qu’il est convenu d’appeler le « cycle des sauveurs d’Israël » (Jg 2,11-19 ; 3,7 – 16,31). Il s’agit d’une suite de récits plus ou moins développés (un verset pour Shamgar, cent pour Gédéon), consacrés – à l’exception du Judéen Otniel, qui ouvre la série – à des personnalités originaires des tribus du Nord.

On trouve au chapitre 2 (Jg 2,11-19) le schéma qui revient dans ces récits. C’est une succession d’éléments qui s’enchaînent : infidélité envers le Seigneur, oppression, retour au Seigneur, envoi d’un sauveur, élimination de l’oppresseur et période de répit, suivie d’une nouvelle infidélité, etc.

Deux histoires de Lévites occupent la fin du livre. La première concerne le sanctuaire de Dane (Jg 17 – 18), fondé au terme d’une migration de cette tribu. Le récit vise à déconsidérer le culte exercé en ce lieu. La seconde histoire concerne la guerre des Israélites contre la tribu de Benjamin (Jg 19 – 21), texte qui combine des traditions différentes.

Le propos est clairement théologique, puisqu’il s’agit de raconter comment Dieu sauve son peuple en ce « temps des Juges » où Israël n’est pas encore constitué en État royal. Ainsi ne doit-on pas s’étonner de voir poindre çà et là, de manière fort explicite, la question du pouvoir. La chose est particulièrement nette dans l’histoire de Gédéon (Jg 6 – 8), d’Abimélek (Jg 9) et de Jephté (Jg 11 – 12), et dans le savoureux apologue de Yotam (Jg 9,7-15).

La clef d’une lecture spirituelle de ces récits est de contempler la fidélité de Dieu au milieu des infidélités des hommes, sa patience infinie qui le conduit chaque fois à les relever pour un nouveau départ, en leur permettant d’écraser les forces du mal et de sortir vainqueurs du combat spirituel.