Cette lettre est adressée à la première communauté que Paul a fondée en Europe, communauté qu’il connaît bien. En effet, il a séjourné à Philippes dans les années 49-50, séjour au cours duquel il est emprisonné. D’après le récit des Actes (Ac 16), Paul et Silas sont accusés de prôner des usages contraires à l’ordre établi par les Romains en matière de prosélytisme ; ils sont donc arrêtés et emprisonnés, avant de retrouver la liberté.
Le séjour à Philippes représente un tournant dans la prédication de l’Apôtre qui, jusque-là, avait sillonné l’Asie Mineure. La ville de Philippes, colonie de vétérans romains, située à un carrefour routier, constitue un milieu très vivant et entreprenant en raison de la volonté politique des Romains et des activités commerciales qui lui sont propres.
Lorsqu’il écrit aux Philippiens, Paul est de nouveau en prison sans que l’on puisse préciser ni le lieu (Césarée, Éphèse, Rome) ni les raisons de son emprisonnement. La datation est difficile à préciser : soit vers 56 ou 58-60 ou 61-63. La situation dans laquelle Paul se trouve est une épreuve pour la cohésion de la communauté chrétienne (Ph 1,15-17 ; 4,2-3) qui subit l’assaut des adversaires de l’Évangile (Ph 1,28-29 ; 3,2-3). Il exhorte la communauté à ne pas se décourager et surtout à ne pas se diviser. Dans cette lettre – dont certains disent qu’elle est composée de plusieurs billets – il emploie le ton de la confidence et de l’amitié. Cela se vérifie notamment dans le passage où il remercie avec délicatesse les Philippiens pour les secours qu’ils lui ont envoyés en diverses circonstances (Ph 4,10-20). Le thème dominant demeure cependant celui de l’annonce impérieuse de l’Évangile, quelles que soient les conditions dans lesquelles on se trouve. On notera aussi que le thème de Paul prisonnier apparaît pour la première fois et devient symbolique de l’attachement de l’Apôtre au Christ.
Paul recentre donc la communauté sur le Christ et l’invite à la communion avec lui dans son combat. Deux textes majeurs orchestrent la lettre : l’hymne (Ph 2,6-11), sans doute antérieur à la lettre, et le rappel de la conversion de Paul (Ph 3,5-14).
L’Apôtre remet les croyants en présence du Christ dans son mystère d’abaissement et d’exaltation (Ph 2,6-11) qui, seul, doit déterminer leur existence, quelles que soient les épreuves qu’ils traversent : le Père et le Fils ainsi connus et reconnus instaurent parmi les hommes une vraie fraternité, dans un dépassement complet des comportements égocentriques. Les croyants sont appelés à découvrir leur identité en entrant avec le Christ et par lui dans le mouvement qui le conduit vers le Père. Dans le second texte majeur de la lettre, Paul invite les membres de la communauté à « devenir ses imitateurs » (Ph 3,17) en se référant à leur tour au dépouillement qui fut celui de l’Apôtre. La mémoire de l’événement de Damas comme point de départ absolu de la vie de Paul est une invitation pour les chrétiens à la totale déprise de soi qu’il convient d’avoir pour suivre vraiment le Christ. On notera l’évolution de la réflexion de Paul sur la parousie et la mort : jusque-là, Paul pensait être vivant au moment de la venue du Seigneur ; si la mort ne peut être un obstacle à l’union au Christ, le retour du Seigneur subit un délai qui doit être mis à profit pour annoncer l’Évangile (Ph 1,20-24).