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PREMIER ET DEUXIÈME LIVRES DES ROIS

INTRODUCTION

Comme les livres de Samuel, les livres des Rois ne formaient, au départ, qu’un seul ouvrage. La division est due à l’édition grecque de la Septante, qui les a regroupés avec les livres de Samuel sous le titre de « Règnes ». La coupure, uniquement fonctionnelle (longueur des rouleaux), passe au milieu de la notice du règne d’Ocozias.

Une tradition juive a attribué leur rédaction en partie au prophète Jérémie. Curieusement, à la différence d’Isaïe, celui-ci n’apparaît jamais, alors qu’il connut la fin du royaume de Juda. Aujourd’hui, on considère cet ensemble comme le dernier grand volet de l’« histoire deutéronomiste », rédigée au VIe siècle av. J.-C. par des scribes exilés à Babylone.

Au rythme des notices royales

Alors que les livres de Samuel privilégiaient les débuts de la monarchie avec les figures de Samuel et de David (ou Saül, par contraste), les livres des Rois s’attachent à la longue suite des souverains, depuis la mort de David à Jérusalem (vers 970 av. J.-C.) jusqu’à la réhabilitation de Joïakîn (Jékonias) à Babylone (vers 560 av. J.-C.). Trois grandes parties apparaissent : de la mort de David à celle de Salomon (1 R 1 – 11), de la scission en deux royaumes (au nord, Israël ; au sud, Juda) à la fin du royaume d’Israël (1 R 12 – 2 R 17) et, enfin, la disparition du royaume de Juda (2 R 18 – 25).

À la manière des chroniques royales du Proche-Orient ancien, les guerres et les grands travaux sont mentionnés. Mais les notices qui rythment le récit, introduisant et concluant chaque règne, tranchent avec une présentation trop classique. Pour une grande partie des hauts faits civils et militaires, elles renvoient à des sources extérieures, aujourd’hui perdues : Actes de Salomon (1 R 11,41) ou Annales des rois d’Israël et de Juda. Elles préfèrent juger les monarques sur leur rapport à la loi de Moïse, au culte et, pour les rois de Juda, à leur père David.

Au terme, sans la lueur d’espoir concernant Joïakîn (Jékonias), le pessimisme serait de rigueur. Symboliquement, l’avant-dernière page, après l’assassinat du gouverneur de Jérusalem, ne laisse le choix qu’entre la répression babylonienne et un exode à rebours, vers l’Égypte. Le peuple aurait-il failli à ce point à l’Alliance conclue par le Seigneur à l’Horeb ? Mais qui a failli, le peuple ou ses rois ? À quelques exceptions près, ceux-ci sont coupables d’idolâtrie et de mépris de la Loi. Aucun roi d’Israël (au nord) ne trouve grâce, la faute première – le « péché de Jéroboam » – étant moins le schisme politique que l’existence des sanctuaires de Béthel et de Dane, parodies du temple de Jérusalem. Parmi les rois de Juda (au sud), seuls Ézékias et Josias constituent une référence idéale, à l’image de leur ancêtre David. Cependant, les promesses de Dieu sont sans repentance, et un avenir de salut reste ouvert.

Le fils de David et l’avenir de la promesse

La fin des livres de Samuel avait laissé en suspens les questions du « fils » héritier et du sanctuaire. Elles sont résolues dès les premiers chapitres. Concernant l’héritier, Amnone et Absalom disparus, Adonias rentre en lice. Par plusieurs traits (prestance, ambition, indulgence paternelle), il rappelle Absalom. L’histoire va-t-elle se répéter ? Non, car David désigne Salomon. S’appuyant sur la promesse de Dieu, le prophète Nathan et la reine Bethsabée ont fait auprès du roi une démarche en ce sens, et le choix est bon. L’épreuve que le Seigneur fait passer (songe de Gabaon) le confirme : Salomon est un sage.

Néanmoins, Salomon n’est pas la sagesse personnifiée. Certes, il construit le sanctuaire, le mythique temple de Jérusalem. Dans sa description, volontairement complexe et idéalisée, le narrateur en magnifie la sainteté. Mais le lieu ne sauve pas. Salomon, dont la prière était si belle (1 R 8), tombe dans l’idolâtrie. Après la division du royaume, la dynastie davidique se maintient sur le trône de Jérusalem malgré les vicissitudes de la politique internationale (guerres araméennes, assyriennes, babyloniennes), les intrigues de cour et les fautes personnelles – dont l’idolâtrie, toujours récurrente. À la fin, alors que l’institution monarchique est morte en Israël et en Juda, le narrateur s’arrête sur Joïakîn (Jékonias), dernier de la liste. Il est vivant et, de plus, honoré par le roi de Babylone. N’est-ce pas le signe que la promesse ancestrale subsiste, que l’Alliance continue, mais autrement ? Quant aux futurs « fils de David », leur histoire n’appartient plus aux livres des Rois mais au dessein mystérieux de Dieu, hors texte.

Le Temple et le livre

Le Temple est détruit par le roi de Babylone en même temps que le royaume de Juda. Salomon l’avait construit, répondant ainsi à la prophétie de Nathan (2 S 7). Son histoire accompagne celle de la monarchie. Lieu unique, il cristallise le culte du Dieu unique, si difficile à observer. Jéroboam en érige des copies dans le royaume d’Israël (nord) : faute. À Jérusalem même, les rois de Juda laissent se développer des pratiques idolâtres dans le Temple et autour : faute. En restaurant le Temple, seuls Ézékias et Josias – et, dans une moindre mesure, Joas – montrent leur attachement au seul vrai Dieu.

Les divinités rivales du Seigneur sont appelées d’un nom générique : Baal, « le maître ». Les écrits prophétiques reviennent ailleurs sur cette déviance qui fut une tentation permanente. La lutte, engagée dans le royaume d’Israël (nord) par les prophètes Élie et Élisée, « champions » du Dieu unique (1 R 17 – 2 R 5), trouve une issue dramatique, selon le narrateur, dans la chute de Samarie et la fin d’Israël (2 R 17). Dans le royaume de Juda (sud), la foi au Seigneur et en sa Parole est portée, là aussi, par les prophètes, dont Isaïe, conseiller du roi Ézékias lors des guerres assyriennes (2 R 18 – 20).

Presque à la fin du récit deutéronomiste, l’épisode du « livre trouvé » articule les principaux fils narratifs autour des figures du prêtre, du scribe, du roi et du prophète (2 R 22 – 23). C’est dans le sanctuaire en voie de restauration que le prêtre Helcias trouve le « livre de l’Alliance » (sans doute une première version de l’actuel livre du Deutéronome). Celui-ci est remis au roi Josias, qui a été présenté comme un nouveau David. Le fait est interprété par la prophétesse Houlda. Enfin, le scribe Shafane assure la communication entre tous les acteurs.

Ce sont des scribes qui, en exil, rappellent cette histoire. La monarchie n’a pu garder l’Alliance entre le Seigneur et son peuple, malgré David, Ézékias et Josias. Le magnifique Temple de Salomon est en cendres. Que reste-t-il ? La fidélité du Seigneur. On l’a dit, la survie à Babylone du petit-fils de Josias suggère le maintien de la promesse ancestrale. Mais, surtout, la parole de Dieu, qui s’est toujours frayé un chemin dans les méandres des actions humaines, continue d’agir. Les prophètes la servaient. Par-delà les institutions et le Temple, elle se donne à entendre désormais dans cet objet issu du sanctuaire et que les scribes recopient, lisent et commentent : le « livre de l’Alliance ». Ajoutons que pour nous, aujourd’hui, ce livre ne se restreint pas au seul Deutéronome mais s’étend aux cinq rouleaux de la Loi (le Pentateuque) et à toute la Bible… dont font partie les livres de Josué, des Juges, de Samuel et des Rois !