Cette lettre est la plus longue des lettres de Paul parvenues jusqu’à nous. Elle est aussi la plus doctrinale. Elle exige du lecteur une attention soutenue.
Paul l’écrivit de Corinthe au début de mars 58 (ou 57), avant de partir pour Jérusalem. Estimant avoir achevé sa tâche missionnaire en Asie Mineure et en Grèce, il projetait de partir de Jérusalem à Rome, pour, de là, se rendre en Espagne. Pourquoi une aussi longue lettre à une communauté qu’il n’avait pas fondée ? Pour préparer sa venue à Rome et s’assurer un accueil favorable de la part des chrétiens de Rome, en manifestant toute sa capacité d’apôtre, surtout sa capacité doctrinale. Il expose donc sa doctrine de la justification par la foi au Christ indépendamment des œuvres de la Loi. Il l’avait présentée d’une manière polémique dans sa Lettre aux Galates, il la reprend plus paisiblement, l’approfondit et la complète en parlant de la vie spirituelle du croyant habité par l’Esprit Saint.
Paul proclame qu’aucun homme ne saurait, par ses propres œuvres, se justifier devant Dieu, c’est-à-dire se libérer du péché et faire valoir son innocence. Penser qu’un homme pourrait tenir devant Dieu par sa seule force n’est qu’illusion. Tout homme est radicalement incapable de se rendre pleinement juste. Mais Dieu, qui est le seul juste, a voulu, dans son immense bonté, communiquer sa justice aux pécheurs, moyennant la foi en Jésus, mort pour tous sur la Croix. La justification, qui purifie radicalement les pécheurs et en fait des justes, est ainsi octroyée gratuitement par Dieu à toute personne qui croit au Christ. Par la foi en lui, nous sommes en paix avec Dieu (Rm 5,1-11), nous passons de la mort à la vie (Rm 5,12-21), du péché à la véritable obéissance (Rm 6), de la chair pécheresse (Rm 7) à l’Esprit sanctifiant, qui nous fait enfants de Dieu (Rm 8).
Après cet exposé enthousiasmant, l’Apôtre se met soudain à parler d’une souffrance qui lui broie le cœur (Rm 9,1-3) ; elle est provoquée par la situation du peuple d’Israël, une situation qui semble démentir le dessein de Dieu. Dans son ensemble, en effet, Israël n’a pas accueilli la foi en Jésus, qui est pourtant son Messie, envoyé par Dieu. Paul considère tous les aspects de cette situation paradoxale et douloureuse (Rm 9 – 11) et y reconnaît à la fin une stupéfiante stratégie divine, dont le but est le salut de tous, païens et juifs (Rm 11,30-32).
La partie suivante de la lettre (Rm 12 – 15,13) est de genre exhortatif. Elle complète très utilement la perspective présentée par l’auteur, car la doctrine de la justification par la foi, sans les œuvres de la Loi, pourrait faire penser que les œuvres n’ont aucune place dans la vie des croyants. En réalité, elles sont indispensables, mais comme œuvres de la foi et non comme œuvres de la Loi, c’est-à-dire comme fruit de l’union avec le Christ et non comme activité simplement humaine. Paul donne donc diverses directives, en particulier pour la conduite à tenir dans la communauté chrétienne, où des questions d’observances alimentaires pouvaient provoquer des tensions et des divisions (Rm 14,13-23).
La dernière partie (Rm 15,14 – 16) est plus nettement épistolaire. Paul y parle de son ministère et de ses projets, envoie une longue série de salutations, donne de derniers conseils et souhaite « la grâce de notre Seigneur Jésus ».